Gilad Atzmon & Nizar Al-Issa Cultures de Résistance Juillet 07


Aztmon est non seulement un musicien de talent, c’est un Israélien militant anti-sioniste qui se considère comme Palestinien.
Il raconte comment il s’est brusquement rendu compte de ce qui se passait.

… »A l’été 1984, juste trois semaines avant de me débarrasser de mon uniforme militaire, nous avons été envoyés au Liban pour une tournée de concerts. A l’époque, le Liban était un endroit très dangereux et l’armée israélienne était installée dans des bunkers et des tranchées profondément enfouis pour éviter tout contact avec la population locale. Le deuxième jour, nous sommes arrivés à Aszar, un camp de concentration israélien de sinistre réputation installé sur le territoire libanais.

Et c’est l’événement qui a changé ma vie. Il faisait une chaleur d’étuve en ce début de juillet. Un chemin de terre poussiéreux nous a conduits jusqu’à l’enfer sur terre. Un immense centre de détention entouré de barbelés. Pour aller jusqu’au quartier général du camp, nous avons dû passer devant des milliers de détenus à la peau brûlée par le soleil. C’est difficile à croire, mais les orchestres militaires sont toujours bien accueillis. Une fois arrivés devant le QG des officiers, nous sommes allés faire un tour guidé du camp. Nous avancions le long d’interminables grillages de barbelés et de miradors. Je n’en croyais pas mes yeux.

Qui sont ces gens ?, ai-je demandé à l’officier-guide. Ce sont des Palestiniens, m’a-t-il répondu. Ici, à gauche, vous avez les OLP et là, à droite, les « Ahmed Jibril » (le FPLP, Front populaire de la Palestine), ils sont beaucoup plus dangereux que les autres alors, on les isole. J’ai regardé les détenus et ils avaient l’air totalement différents des Palestiniens que je rencontrais à Jérusalem.

Ceux que je voyais à Ansar étaient en colère. Ils n’étaient pas vaincus et ils étaient nombreux. En avançant le long des barbelés, je regardais fixement ces détenus et j’ai alors réalisé l’atroce vérité : j’étais vêtu de l’uniforme de l’armée israélienne. Alors que je pensais à mon uniforme, essayant de régler le terrible sentiment de honte naissante, je me suis retrouvé sur un grand terrain plat au milieu du camp.

Nous nous sommes arrêtés là, entourant l’officier qui nous servait de guide, et qui nous donnait d’autres informations, d’autres mensonges sur la guerre en cours pour défendre notre havre juif. Pendant qu’il nous ennuyait à mourir avec ses mensonges absurdes, j’ai remarqué que nous étions entourés d’une vingtaine de blocs de béton d’environ un mètre carré de superficie sur un mètre trente de hauteur. Il y avait une petite porte métallique et j’étais horrifié à l’idée que mon armée avait peut-être décidé d’enfermer pour la nuit dans ces constructions les chiens de garde.

Mettant mon « chutzpah » israélien en action, j’ai demandé au guide à quoi servaient ces horribles cubes de béton. Il a répondu aussitôt : « Ca ? ce sont nos cellules d’isolement, deux jours dans une de ces cellules et vous êtes plus sioniste que les sionistes ».

C’en était trop pour moi. C’est donc dès 1984 que j’ai réalisé que ma relation avec l’état israélien et le sionisme était terminée. »

Lisez l’article entier ici