Des reportages en Syrie qui dérangent


LOOS,BAUDOUIN

Page 13

Mardi 22 novembre 2011

Deux reportages réalisés en même temps en Syrie, l’un diffusé ce lundi à la RTBF radio, l’autre publié samedi par La Libre Belgique ont suscité quelque émoi parmi ceux des auditeurs et lecteurs belges qui s’intéressent de près aux inquiétants développements dans ce pays du Proche-Orient. Les deux reportages pouvaient donner à penser que le régime syrien était aux prises avec une insurrection menée par des islamistes sanguinaires qui sèment la terreur à coups de mutilations atroces.

La Libre précisait que son reportage avait été « autorisé » par le pouvoir syrien, alors que la RTBF faisait même une interview de sa journaliste pour qu’elle raconte les conditions d’un reportage qu’elle qualifiait d’« assez encadré » (par le régime).

En résumé, les reportages racontaient les rencontres avec le gouverneur d’Homs et avec un archevêque, puis narraient une visite à l’hôpital, où des gens se pressaient pour raconter aux journalistes les atrocités dont leurs proches avaient été victimes (deux cadavres très mutilés ont été exhibés). Les envoyés spéciaux observaient que le régime de Bachar el-Asad bénéficiait d’une grande popularité.

Comment des journalistes occidentaux non suspects de sympathie avec le régime ont-ils pu se rendre en Syrie alors que l’interdiction des reporters internationaux est en vigueur ? C’est par l’intermédiaire d’une religieuse, sœur Agnès Mariam de la Croix (voir ci-contre), que cela s’est fait. Cette personne avait envoyé des invitations à de nombreux médias, promettant l’obtention d’un visa. Le Soir avait d’ailleurs également été contacté et n’avait pas donné suite, craignant un voyage de propagande.

« Trop dangereux »

Françoise Wallemacq, l’envoyée de la RTBF, admet que son reportage va « à contre-courant » de ce qui s’écrit et se dit sur la Syrie. « Je raconte ce que j’ai vu, nous dit-elle. Certes, nous étions cornaqués, sauf le dernier jour à Damas où nous nous sommes promenés librement et où de nombreuses personnes nous ont abordés pour nous confier leur peur de la guerre civile et leur soutien au régime. Cette peur du chaos était très palpable surtout chez les minorités comme les chrétiens. »

Les reportages ne rapportaient pas l’avis des opposants syriens. « Impossible et trop dangereux de vérifier qui sont ces “bandes armées” », écrivait La Libre Belgique à propos des terribles accusations dont elle faisait état.

La Libre et la RTBF évoquent le souci du régime de contrer les informations de l’Observatoire syrien des droits de l’homme, basé à Londres, une source privilégiée des médias occidentaux qui critique le régime syrien. C’est que ce conflit, comme tout conflit, suscite une âpre guerre médiatique. Un phénomène, parfois, qui peut aller jusqu’aux plus ignobles manipulations, comme dans le paradigme de la « sale guerre » algérienne dans les années 90. Des livres entiers ont été écrits sur les massacres en Algérie et cette question qui taraudait déjà les esprits : qui tue qui ?

portrait

Qui est sœur Agnès-Mariam de la Croix ?

Sur Google, l’association des mots Agnès-Mariam et croix donne… 855.000 résultats ! C’est dire si le militantisme de l’higoumène (supérieure) du monastère de Saint-Jacques-le-Mutilé à Qâra, en Syrie, fait florès sur internet. Celle qui a lancé les invitations à la presse (voir ci-contre) a le sens de la formule : elle dénonce « la diabolisation du régime (syrien) face à une canonisation de l’opposition », bien qu’elle prétende ne pas faire de politique. Certains traitent cette nonne palestino-libanaise d’intégriste. Mais elle préfère soigner son image : n’a-t-elle pas écrit au président Bachar el-Assad le 19 novembre pour se dire « bouleversée d’apprendre par Amnesty que dans les hôpitaux du gouvernement les blessés (…) sont maltraités d’après leur appartenance idéologique » ? La bonne sœur, qui avoue un passé de hippie (repentie à 19 ans), se consacre néanmoins corps et âme à la répudiation des insurgés et admet être en contact avec les services secrets syriens. Notre consœur Françoise Wallemacq, qui l’a côtoyée, croit ce « chantre involontaire du régime plutôt sincère mais aveuglé par son émotion ». La religieuse reconnaît cependant que, comme en Algérie pour les moines de Tibhérine en 1996, « l’irréparable peut se produire pour nous à n’importe quel moment, sans qu’on sache exactement qui l’a perpétré et pour quel motif »…

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