Bachar Al Assad sur la place des Omeyyades : une apparition surprise soigneusement préparée


Le président Bachar al-Assad a fait, mercredi 11 janvier au matin, une "apparition surprise" dans une manifestation organisée par ses partisans, dont la chaîne Dounia TV a rendu compte en direct. Elle se déroulait devant la Bibliothèque Al Assad, en bordure de la Place des Omeyyades, à moins de 500 mètres en contrebas des bureaux de la Présidence. Les compte-rendus officiels de ce rassemblement indiquent qu’une foule considérable de citoyens – ou de menhebbakjiyeh, selon le sobriquet donné par les révolutionnaires syriens à ceux qui clament à temps et à contretemps leur amour pour le chef de l’Etat – s’étaient là réunis, ignorant qu’ils auraient la surprise et l’honneur d’accueillir sur l’estrade Bachar Al Assad en personne.

Bachar Al Assad sur la place des Omeyyades

Malheureusement pour la propagande officielle, des images prises depuis le bâtiment de l’Office de la Radio et de la Télévision Arabe Syrienne, qui fait face à la Bibliothèque de l’autre côté de la place, viennent contredire l’aspect improvisé de son apparition. Elles permettent en effet de constater, en offrant sur le rassemblement un autre point de vue, que la place en question était très loin d’être remplie.

Puisqu’il n’y aurait eu aucun sens à organiser une manifestation aussi restreinte s’il s’était agi de démontrer la réalité du soutien massif dont Bachar Al Assad se prévaut, c’est que l’objectif de ce rassemblement était ailleurs : mettre en scène, au lendemain d’un nouveau "discours historique", la proximité et l’osmose du chef de l’Etat avec la population syrienne. Comme cela avait déjà été le cas le 6 novembre dernier, lors de la prière organisée à Raqqa le jour de la fête du Sacrifice, la limitation du nombre des figurants répondait au souci des concepteurs de l’opération de ne prendre aucun risque avec la sécurité. On n’oubliera pas que, arrivés à Damas en même temps que les observateurs arabes, le 23 décembre, des "groupes terroristes" sévissent désormais dans la capitale, prêts à se faire exploser à tout moment avec leur charge…

Largement diffusées, des photos ont montré que, accompagnée des deux plus jeunes enfants du couple présidentiel, Zin (8 ans) et Karim (6 ans), la femme du chef de l’Etat, Asma Al Akhras, avait participé aux premiers rangs de la foule à cette manifestation.

Asma Al Akras

Selon le site All4Syria, qui semble tenir ces photos pour authentiques, il est probable que la présence de l’épouse du chef de l’Etat, si ce n’est celle de son mari, lui a été suggérée par les conseillers en communication britanniques recrutés pour améliorer son image. Celle-ci avait été durablement écornée par l’article que la revue Vogue avait consacré à cette "Rose du désert", à ses tenues coûteuses et à ses chaussures Louboutin, à la veille de l’insurrection en Syrie. Supprimé de son site par la revue, cet article a été pieusement conservé sur un site non officiel du président Al Assad. Ce sont peut-être eux, également, qui lui ont suggéré, pour rectifier l’image de femme insensible qu’elle avait donné d’elle en plusieurs occasions depuis le début des évènements, d’interdire le licenciement des agents de ses diverses fondations et organisations suspectés d’avoir participé à des manifestations. Sa présence était sans doute aussi nécessaire pour mettre un point final à un certain nombre de rumeurs. Les unes laissaient entendre qu’elle avait fui la Syrie pour chercher refuge en Angleterre, son pays natal. D’autres suggéraient qu’elle avait récemment été répudiée par son mari, en raison des divergences qui les opposaient au sein du couple sur la réponse à apporter aux revendications des protestataires. Les dernières rapportaient qu’elle avait préféré s’éloigner de son époux, afin de se prémunir à temps contre le sort récemment réservé à certaines femmes de dictateurs, en Tunisie et en Egypte en particulier.

source

Sortie du Président après la cérémonie :

Une ignominieuse guerre des médias ?


Gilles Jacquier

Un confrère de plus est décédé en faisant son métier. C’était en Syrie hier. A Homs, épicentre de la contestation, une ville dont des quartiers entiers sont en révolte ouverte avec le régime. Gilles Jacquier était de ceux qui honorent notre profession.

Pourquoi est-il mort ? On s’attend à des accusations croisées du régime et des révoltés. Si l’on en juge par la question de savoir à qui profite le crime, on devrait tourner un regard inquisiteur vers le régime : Damas pourra exciper de cet acte pour montrer au monde « les méthodes ignobles des barbares qui s’attaquent à d’innocents journalistes ». Au demeurant, les rares collègues qui parviennent à se rendre en Syrie risquent de se poser des questions avant d’y retourner. En Syrie, on n’aime pas les témoins…

Mais sans preuves, point d’accusation. Même si l’on peut se demander pourquoi la nonne proche du régime qui supervisait l’invitation des journalistes avait renoncé à les accompagner à Homs ce mercredi.

On restera donc dans l’expectative. Avec des relents nauséeux, car ce conflit devient de plus en plus atroce. En atteste la démission spectaculaire d’un des observateurs envoyés par la Ligue arabe. Cet Algérien n’en pouvait plus. « Le régime ne commet pas un seul crime de guerre, mais une série de crimes contre son peuple, déclarait-il ce mercredi. J‘avais l’impression de donner à ce régime une plus grande chance de continuer à tuer et que je ne pouvais rien faire pour l’en empêcher. »
BAUDOUIN LOOS

Des parlementaires français dénoncent (enfin) l’apartheid israélien


lundi, 9 janvier 2012


Les officines sionistes françaises ne savaient plus à quel saint se vouer, lundi, à la suite de la publication, par la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée Nationale, d’un rapport dénonçant enfin, et de manière parfaitement explicite, le régime d’apartheid imposé par Israël au peuple palestinien.

Le rapport, « La géopolitique de l’eau », est disponible sur le lien suivant : http://www.assemblee-nationale.fr/13/rap-info/i4070.asp

La mission parlementaire d’information, qui a remis son rapport le mois dernier, était composée de 11 députés de tous partis : Lionnel Luca (UMP, Alpes-Maritimes, Président de la mission) ; Jean Glavany (PS, Hautes-Pyrénées, rapporteur) ; Nicole Ameline (UMP, Calvados) ; Jacques Bascou (PS, Aude) ; Claude Birraux (UMP, Haute-Savoie) ; Alain Bocquet (PC, Nord) ; Gilles Cocquempot (PS, Pas-de-Calais) ; Jean-Claude Guibal (UMP, Alpes-Maritimes) ; Jean-Pierre Kucheida (PS, Pas-de-Calais) ; Renaud Muselier (UMP, Bouches-du-Rhône), et Jean-Marc Nesme (UMP, Saône-et-Loire).

La lecture du document, d’un peu plus de cent pages, est réellement instructive, tant la question de l’eau et des ressources en eau pour l’humanité est un enjeu fondamental pour l’avenir de la société.

Un chapitre consacré au Tibet rappelle, par exemple, que cette région, au-delà de ce qu’en retient généralement le public avec les apparitions régulières du dalaï-lama à la télévision, est tout simplement le siège des ressources en eau de 3 milliards d’êtres humains, Chinois et Indiens confondus.

Le chapitre consacré, sur une vingtaine de pages, au Proche-Orient, remet lui aussi les pendules à l’heure, en démontrant par A + B que depuis les origines, l’Etat d’Israël n’a eu de cesse de s’emparer des ressources en eau de la région et d’en priver les populations non juives.

Tandis que les habitants de la bande de Gaza sont aujourd’hui ceux du monde qui ont le moins d’eau propre disponible par habitant, leurs frères et sœurs de Cisjordanie en ont pour leur part 10 fois moins que les colons juifs qui volent leurs terres.

Comment nommer un tel crime, une telle situation ? « APARTHEID ! », répondent les auteurs du rapport, dont voici les conclusions, concernant Israël.

« Encadré n°3 : L’eau, révélatrice d’un nouvel apartheid au Moyen Orient Mise en place en 1948 par le premier ministre F. Malan, l’apartheid a vu le développement différencié des groupes ethniques en Afrique du Sud pendant un demi siècle.

Cette politique consistait à la fois en une ségrégation raciale et spatiale (cloisonnement des populations noires et "coloured" dans des espaces confinés appelés bantoustans) mais aussi en une ségrégation citoyenne, les libertés d’une partie de la population (restriction du droit d’aller et venir, du droit de se rassembler dans les lieux publics, violences policières) étant bafouées. L’odieux régime de l’apartheid a pris fin en Afrique du Sud au début des années 90, avec la libération de Nelson Mandela et des prisonniers politiques, le compromis courageux entre M. de Klerk et Mandela et les premières élections libres de 1994 confiant massivement le pouvoir à l’ANC African National Congress, le parti de Mandela.

Bien sûr, comparaison n’est pas forcément raison : la Palestine n’est pas l’Afrique du Sud, et les années 2010 ne sont pas celles d’avant 1990. Pourtant, il est des mots et des symboles qui par leur force peuvent avoir une vertu pédagogique.

Or, tout démontre, même si bien peu nombreux sont ceux qui osent employer le mot, que le Moyen-Orient est le théâtre d’un nouvel apartheid. La ségrégation y est raciale mais comme on n’ose pas le dire, on dira pudiquement « religieuse ». Pourtant, la revendication d’un état « Juif » ne serait-elle que religieuse ?

La ségrégation est spatiale également : le mur élevé pour séparer les deux communautés en est le meilleur symbole. La division de la Cisjordanie en trois zones, A, B et C en est une autre illustration :

L’armée israélienne a transféré à l’Autorité palestinienne la responsabilité des affaires civiles, c’est-à-dire la fourniture de services à la population, dans les zones A et B. Ces deux zones, qui contiennent près de 95 % de la population palestinienne de Cisjordanie, ne représentent que 40 % du territoire. La zone C reste entièrement placée sous l’autorité de l’armée israélienne. Cette zone représente 60 % du territoire de la Cisjordanie, avec toutes les réserves foncières et l’accès aux ressources aquifères, ainsi que toutes les routes principales.

La ségrégation est aussi hautaine et méprisante (« ces gens-là ne sont pas responsables »…répètent à l’envie certains responsables israéliens), vexatrice et humiliante (les passages aux check point sont restreints ou relâchés sans prévenir) voire violente (la répression des manifestations fait régulièrement des morts…).

C’est donc bien d’un « nouvel apartheid » qu’il s’agit.

Et dans cette situation, l’eau est ainsi un élément particulier du conflit entre Palestiniens et Israéliens, au point qu’elle constitue le « 5ème volet » des accords d’Oslo. La Déclaration d’Oslo du 13 septembre 1993 reconnaît les droits des Palestiniens sur l’eau en Cisjordanie. L’accord intérimaire de Taba du 28 septembre 1995 prévoit un partage des eaux jusqu’à la signature d’un accord permanent. Mais ce partage est incomplet : il ne porte que sur les aquifères ; le Jourdain en est exclu, les Palestiniens n’y ayant plus accès. Ensuite il gèle les utilisations antérieures et ne répartit que la quantité d’eau encore disponible, c’est dire 78 mètres cubes de l’aquifère oriental. Il est donc très défavorable aux Palestiniens qui n’exploitent que 18 % des aquifères ; soit 10 % de l’eau disponible sur le territoire.

C’est pourquoi sans règlement politique global, on voit mal comment ce qui est devenu un véritable "conflit de l’eau" pourrait trouver une solution. Quelles sont donc les caractéristiques de ce « conflit de l’eau » ? Du point de vue « hydrique », il concerne avant tout le fleuve Jourdain, où sont réunis tous les éléments prompts à déclencher une « crise de l’eau » : depuis le début du conflit, guerre après guerre, les « extensions territoriales » d’Israël, qu’on le veuille ou non, s’apparentent à des « conquêtes de l’eau », que ce soit des fleuves ou bien des aquifères.

Or, l’eau est devenue au Moyen-Orient bien plus qu’une ressource : c’est une arme.

Pour comprendre la nature de cette « arme » au service de ce « nouvel apartheid », il faut savoir, par exemple, que les 450 000 colons israéliens en Cisjordanie utilisent plus d’eau que 2,3 millions de Palestiniens. Sachons aussi entre autres multiples exemples que :
la priorité est donnée aux colons en cas de sécheresse en infraction au droit international ;
le mur construit permet le contrôle de l’accès aux eaux souterraines et empêche les prélèvements palestiniens dans la « zone tampon » pour faciliter l’écoulement vers l’ouest ;
les « puits » forés spontanément par les Palestiniens en Cisjordanie sont systématiquement détruits par l’armée israélienne ;
à Gaza les réserves d’eau ont été prises pour cible en 2008-2009 par les bombardements.
et comme les zones A et B ne sont pas d’un seul tenant, mais fragmentées en enclaves entourées par des colonies israéliennes et par des routes réservées aux colons, ainsi que par la zone C, cette configuration entrave le développement d’infrastructures performantes pour l’approvisionnement en eau et l’évacuation des eaux usées. La plupart des Palestiniens résident dans les zones A et B, mais les infrastructures dont ils dépendent se trouvent dans la zone C ou la traversent. Les déplacements des Palestiniens dans la zone C sont limités ou interdits ; l’armée israélienne autorise rarement les travaux de construction ou d’aménagement.

On peut citer plusieurs exemples de stations d’épuration programmées par le ministère palestinien de l’Eau et qui sont « bloquées » par l’administration israélienne.

Les Israéliens reprochent aux Palestiniens l’existence de puits non contrôlés responsables de pompages excessifs et d’une salinisation des aquifères. Ils citent l’exemple de Gaza où l’aquifère est en passe d’être perdu. Ils reprochent également l’absence de traitement des eaux. Seuls 31 % des Palestiniens sont raccordés. Mais le Comité n’a approuvé que 50 % des projets palestiniens, avec d’énormes retards, alors que son autorisation doit encore être suivie d’une autorisation administrative pour la zone C. L’appropriation des ressources par les colonies et par le tracé du mur est également troublant. La surexploitation des aquifères est avérée.

Les Israéliens se fondent sur la théorie de la première appropriation pour défendre leurs droits et refusent toute gestion partagée dans une vision sécuritaire de l’eau. Israël propose des solutions, parfois intéressantes, mais où il garderait la maîtrise de l’eau. Il a semblé à la mission que le pays préférerait abandonner les aquifères, en finissant de développer le dessalement, plutôt que de mettre en place une gestion partagée. Il n’y aura pas de partage de l’eau sans solution politique sur le partage des terres.

Pourtant, un comité conjoint sur l’eau (Water joint committee) a été créé par les accords d’Oslo II. Il a compétence pour toutes les questions d’eau relative aux seuls Palestiniens sur le territoire de la Cisjordanie. Ce n’est donc pas un organisme de gestion partagée et encore moins de bassin. Il fonctionne en outre sur le mode du consensus ce qui donne de facto un pouvoir de veto à Israël »

(extrait du rapport « Géopolitique de l’eau », Assemblée Nationale, décembre 2011)

Ayant fini de réveillonner, le député sioniste du très bling bling 16ème arrondissement de Paris Claude Goasguen ne s’est réveillé que ce lundi matin 9 janvier, pour s’époumoner et rameuter contre le rapport de ses collègues. Qu’il braille donc. Nous serions pour notre part plutôt enclins à le féliciter pour avoir fait la promotion du document, et s’être ainsi tiré une balle dans le pied. C’est quand il veut pour la deuxième.

CAPJPO-EuroPalestine