Réapparition de Farouq Chareh en poseur de chrysanthèmes en Syrie


Les funérailles officielles du général Asef Chawkat, qui se sont déroulées vendredi 20 juillet à Damas avant que sa dépouille soit transportée dans sa région natale de Tartous pour être enterrée dans son village d’al Madhaleh, ont permis de faire plusieurs constatations intéressantes. Elles reposent sur l’observation d’une photo circulant sur internet, qui supplée en partie à la discrétion observée sur cette cérémonie par les médias officiels.

Farouq Chareh (3ème à partir de la gauche) aux funérailles nationales du 20 juillet

La première constatation est celle d’une double absence, d’autant plus remarquable qu’elle concerne les deux beaux-frères du défunt. Personne ne s’attendait à ce que Bachar Al Assad quitte son palais à cette occasion, quelques jours à peine après l’attaque qui, dit-on, aurait visé le convoi au sein duquel il se déplaçait dans Damas. Sur les photos diffusées le 19 juillet pour démontrer, à la faveur de la prestation de serment du nouveau ministre de la Défense, que le chef de l’Etat était toujours en vie et qu’il était à son poste à Damas, il ne portait aucune blessure apparente. Mais on peut présumer que, tirant les conséquences des capacités d’infiltration des plus hautes instances de l’Etat démontrées par les auteurs de l’opération menée contre le Bureau de la Sécurité Nationale, il limitera durant quelques temps ses apparitions publiques.

De toutes manières, s’il était effectivement à Damas et s’il y tenait vraiment, il a eu tout le loisir, depuis les larges baies vitrées du Palais du Peuple, d’observer la cérémonie qui se déroulait au Monument du Martyr, situé lui aussi sur un promontoire, de l’autre côté de la vallée du Barada.

Maher Al Assad

En revanche, contrairement à ce qui avait été annoncé, le général Maher Al Assad ne s’est pas montré. La télévision Al Manar du Hizbollah a affirmé que le patron de la 4ème division a assisté à cette cérémonie, mais on est d’autant moins porté à la croire que, si un film a été diffusé – par la chaîne russe Russia Today… – pour que personne n’ignore rien des obsèques du général Dawoud Al Rajiha, celles de son suppléant, Asef Chawkat, ont été beaucoup plus discrètes.

A la décharge de Maher, on notera que la situation dans la capitale, en ce premier jour du mois de Ramadan, n’a guère laissé de loisirs à celui qui joue un rôle majeur dans le "rétablissement de l’ordre", c’est-à-dire dans le bombardement et la dévastation des quartiers de la capitale dont les habitants ne veulent plus de l’autorité de son frère. Mais ce fâcheux contretemps ne l’a certainement pas affecté. Comme l’aîné de la fraterie, Basel (mort en 1994), Maher n’a jamais éprouvé beaucoup d’affection pour le mari de sa soeur Bouchra, sur lequel, avant le décès de leur père Hafez Al Assad, il avait ouvert le feu à bout portant.

Depuis lors, leurs relations avaient connu des hauts et des bas, ce qui avait poussé Bouchra à quitter momentanément son pays avec les 5 enfants du couple, des triplés nés en septembre 1996 et des jumeaux nés en mai 2000, en compagnie desquels elle s’était réfugiée aux Emirats Arabes Unis. Elle n’était revenue à Damas qu’après la conclusion d’un accord intrafamilial garantissant la prise en compte des intérêts matériels – à défaut des ambitions politiques – de son mari, dont l’influence à Tartous lui assurait des revenus consistants… On ajoutera qu’Asef Chawkat laisse derrière lui d’autres enfants, issus d’un premier mariage, et que, pour conforter son ancrage dans la famille présidentielle, il avait marié son fils aîné, Ziyad, à l’une des filles de Mohammed Makhlouf, oncle maternel de Bachar Al Assad, dont le fils aîné, l’homme d’affaires Rami Makhlouf, n’a plus besoin d’être présenté.

Farouq Chareh

La seconde constatation est celle d’une double présence. Plus exactement d’une double réapparition. Maintenu dans les coulisses par le chef de l’Etat dont il est théoriquement le premier collaborateur, le vice-président Farouq Chareh n’avait plus été aperçu depuis longtemps. L’évocation de son nom par ceux qui avaient un temps imaginé pouvoir convaincre Bachar Al Assad de répondre aux revendications d’une partie des Syriens et de céder sa place pour le bien du pays et de sa population, avait conduit le président à lui imposer une nouvelle occultation. L’expression de sa désapprobation par l’ancien ministre des Affaires étrangères, pour la férocité manifestée par le régime dès le début de la protestation au mois de mars 2011, contre les contestataires de manière générale et contre les habitants de sa ville natale de Sanamaïn en particulier, avait failli lui être fatale. Irrité de l’entendre élever la voix contre son frère, Maher Al Assad avait – encore une fois… - dégainé son arme. Farouq Chareh n’avait pas été touché, mais, psychologiquement ébranlé, il avait été temporairement absent de la scène publique.

On ne se hâtera pas de conclure de cette exhumation que le vice-président est destiné à tenir dans la période à venir un rôle qu’en réalité il n’a jamais occupé. Les circonstances ne jouent guère en sa faveur. Plus la nécessité s’imposera de rechercher une voie de sortie à l’impasse politique dans laquelle Bachar Al Assad s’est engagé depuis bientôt 18 mois, entraînant derrière lui son pays et son régime, plus Farouq Chareh, vétéran de la politique et baathiste convaincu mais également - ce qui est moins ordinaire en Syrie – politicien étranger aux affaires et responsable non corrompu, apparaîtra à certains comme une alternative au chef de l’Etat, moins les piliers du régime seront tentés de lui octroyer une visibilité et de lui concéder des prérogatives qui lui ont été jusqu’ici chichement mesurées.

Mohammed Saïd Bakhitan

A la faveur de la cérémonie, une autre personnalité officielle, Mohammed Saïd Bakhitan, a démontré sa remarquable capacité de survie. Annoncé comme mort, suite à une tentative d’empoisonnement collectif… dont les victimes semblent avoir toutes survécu, il apparait (en 5ème position en partant de la gauche) sur la photo figurant plus haut. A la différence du beau-frère du chef de l’Etat, de son conseiller militaire Hasan Tourkmani, du ministre de la Défense Dawoud Al Rajiha et du directeur du Bureau de la Sécurité Nationale Hicham Al Ikhtiyar, à la différence également des morts et blessés de second rang dont personne n’a jugé utile ou n’a été autorisé à divulguer les noms, il est encore une fois sorti indemne de l’épreuve.

Cela ne lui garantit pas un avenir radieux. Il est douteux qu’il soit réinstallé à la tête de la Cellule centrale de gestion de crise, dont la présidence lui avait été retirée il y a quelques mois pour être confiée à Hasan Tourkmani, aujourd’hui décédé. Outre que sa gestion n’avait pas fait l’unanimité, son action de secrétaire régional adjoint du Parti Baath, qui en fait le premier collaborateur du chef de l’Etat au sein du parti au pouvoir, est depuis quelque temps mise en cause. A la fin du mois de juin, le nom de l’ancien ministre de l’Information Mehdi Dakhallah a même été avancé pour occuper son poste. Mais cette substitution suppose que Bachar Al Assad convoque le 11ème congrès… qui aurait dû être réuni depuis le mois de juin 2010. Si, à cette époque, "les circonstances n’étaient pas favorables"… comme disent les responsables syriens quand ils sont dans l’impasse, elles le sont encore beaucoup moins aujourd’hui.

La troisième et dernière remarque concerne la hiérarchie en vigueur au sein des institutions de l’Etat. On avait cru comprendre que la nouvelle Constitution, promue par Bachar Al Assad après son "approbation" par référendum, le 26 février 2012, avait retiré au Parti Baath les privilèges dont il bénéficiait depuis 1973 en tant que "parti dirigeant de l’Etat et de la société". Or, à y regarder de près, il n’en est rien. Comme il est habituel en Syrie, où ce n’est pas la Loi mais la décision arbitraire  des responsables qui s’impose, la modification du texte n’a rien changé aux comportements. La même chose a été auparavant relevée à de multiples occasions. En particulier lors de la suppression de l’état d’urgence en vigueur dans le pays depuis 1962. Certes, elle a été abolie le 21 avril, mais les Syriens n’ont constaté depuis lors aucun changement, bien au contraire, dans les agissements que le régime justifiait auparavant en s’abritant derrière cette disposition aussi illégale que liberticide.

Si Jihad Lahham (1er sur la gauche de la photo), président de l’Assemblée du Peuple et chef du législatif, est à sa place comme première personnalité civile à la droite du représentant du chef de l’Etat, on ne peut que s’étonner de constater que le nouveau Premier ministre, Riyad Hijab (6ème à partir de la gauche), chef de l’exécutif, est précédé dans l’ordre protocolaire auquel le régime syrien attache une importance considérable par le même Mohammed Saïd Bakhitan. Ce positionnement n’est pas justifié par le fait que le premier nommé, membre du Comité central du parti, n’appartient pas au Commandement régional du Baath, dont son camarade Bakhitan est le deuxième personnage après Bachar Al Assad, secrétaire régional (c’est-à-dire syrien) en titre. Certes, il devrait être rapidement admis au sein de cette instance, puisque, en vertu d’une décision prise lors du 10ème congrès de juin 2005, les Premiers ministres et les présidents de la Chambre en sont désormais membres de droit. Il s’explique, tout simplement, par le fait que, dans l’esprti des décideurs syriens, le Parti Baath reste au pouvoir et que celui qui le représente, s’il n’a plus le pas désormais sur le chef du législatif, n’en continue pas moins de bénéficier de plus de considération que celui qui est censé, à la tête du gouvernement, mettre en oeuvre les décisions politiques.

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