Caligula al-Assad


par La Revolution Syrienne en Français, mardi 24 juillet 2012, 15:50 ·

L’exécution soulage et délivre. Elle est universelle, fortifiante et juste dans ses applications comme dans ses intentions. On meurt parce qu’on est coupable. On est coupable parce qu’on est sujet de Caligula. Or, tout le monde est sujet de Caligula. Donc, tout le monde est coupable. D’où il ressort que tout le monde meurt. C’est une question de temps et de patience.

 

Caligula ! Toi aussi, toi aussi, tu es coupable. Alors, n’est ce pas, un peu plus, un peu moins ! Mais qui oserait me  condamner dans ce monde sans juge, où personne n’est innocent !

 

Au demeurant, moi, j’ai décidé d’être logique et puisque j’ai le pouvoir, vous allez voir ce que la logique va vous  coûter.

 

J’exterminerai les contradicteurs et les contradictions. Je veux qu’on fasse entrer les condamnés à mort. Du publie, je veux avoir mon publie Juges, témoins, accusés, tous condamnés d’avance Ah ! je leur montrerai ce qu’ils n’ont jamais vu, le seul  homme libre de cet empire !

 

Demain, il y aura famine Tout le monde connaît  la famine, c’est un fléau. Demain, il y aura fléau… et j’arrêterai- le fléau quand il me plaira.

 

Je ne sais pas si vous m’avez compris !!

 

Mon règne jusqu’ici a été trop heureux. Ni peste universelle,  ni religion cruelle, pas même un coup d’État, bref, rien qui  puisse vous faire passer à la postérité. C’est un peu pour cela, voyez-vous, que j’essaie de compenser la prudence du  destin. Je veux dire… je ne sais pas si vous m’avez compris

 

enfin, c’est moi qui remplace la peste. C’est drôle. Quand je ne tue pas, je me sens seul. Les vivants ne suffisent pas à peupler l’univers et à chasser l’ennui. Quand vous êtes tous là, vous me faites sentir un vide  sans mesure ou je ne peux regarder. Je ne suis bien que  parmi mes morts.

 

Je vis,  je tue, j’exerce le pouvoir délirant du destructeur, auprès  de quoi celui du créateur paraît une singerie. je ne sais pas si vous m’avez compris

 

Oh ! ce ne sont pas ceux dont j’ai  tué les fils ou le père qui m’assassineront. Ceux-là ont compris. Ils sont avec moi, ils ont le même goût dans la bouche.  Mais les autres, ceux que j’ai moqués et ridiculisés, je suis  sans défense contre leur vanité.

 

Tu avais décidé d’être logique, idiot. Il s’agit seulement  de savoir jusqu’où cela ira. Si l’on t’apportait la lune, tout serait changé, n’est-ce pas ? Ce qui est impossible  deviendrait possible et du même coup, en une fois,  tout serait transfiguré. Pourquoi pas, Caligula ? Qui peut le  savoir ?

 

Il y a de moins en moins  de monde autour de moi, c’est curieux. Trop de morts, trop de morts, cela dégarnit.  Même si l’on m’apportait la lune, je ne pourrais pas revenir  en arrière. Même si les morts frémissaient à nouveau sous la  caresse du soleil, les meurtres ne rentreraient pas sous terre pour autant.

 

La logique, Caligula,  il faut poursuivre la logique. Le pouvoir jusqu’au bout,  l’abandon jusqu’au bout. Non, on ne revient pas en arrière et  il faut aller jusqu’à la consommation !

 

Je ne sais pas si vous m’avez compris !!

 

Ninar Hassn

Paris, Juin 2012

D’après le texte Caligula d’Albert Camus

 

Ninar Hassan – Militante syrienne, diplômée en théâtre en exile à Paris.
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