Syrie : Fatima abrite les déserteurs de l’armée


lundi 27 août 2012, par La Rédaction

Quand la révolte a commencé contre le régime syrien, Fatima Zahra n’a pas hésité une seconde à envoyer ses cinq fils combattre sur le front de la « liberté », mais ce n’était pas assez, elle voulait faire plus pour la cause rebelle.
Elle a donc transformé sa maison en un refuge pour l’Armée syrienne libre (ASL), où elle prépare les repas, soigne les blessés, abrite les déserteurs et entrepose même des armes dans les chambres à coucher.
« Depuis mon enfance, je veux assister à la fin de ce régime. Alors quand ma chance est venue, je voulais offrir toute l’aide possible », raconte Fatima.
Son père avait pris dans les années 1980 le chemin de l’exil au Koweït, fuyant la répression exercée contre les membres des Frères musulmans par le président Hafez al-Assad, le défunt père et prédécesseur de Bachar.
Son père ne faisait pas partie de cette confrérie mais craignait que son éducation et sa dévotion ne fassent tôt ou tard de lui une cible pour le régime.
« Nous vivions dans la peur avant la révolution, même derrière des portes fermées nous n’osions pas prononcer le nom de Bachar ou de Hafez », confie Fatima.
Mais pour elle le mur de la peur s’est effondré en mars 2011, soufflé par un Printemps arabe qui a déjà emporté plusieurs hommes forts arabes. Et Fatima espère que le tour de Bachar al-Assad viendra bientôt, en expliquant sa décision de rester quand ses voisins ont décidé de fuir les raids de l’armée syrienne.
Deux de ses fils combattent à Alep, ville stratégique du nord où de violents combats font rage depuis plus d’un mois pour son contrôle.
Deux autres de ses fils aident les réfugiés à gagner la Turquie toute proche tandis que son « petit dernier », 16 ans, fait passer messages et armes pour les rebelles.
Parmi les déserteurs réfugiés chez Fatima se trouve Abou Mohamed qui dit avoir fait défection il y a deux mois de son unité qui avait été affectée au contrôle d’un barrage routier près d’Alep.
« Ce que fait Fatima est incroyable. Elle nous aide énormément. Elle nous traite comme si nous étions des membres de sa famille », dit ce jeune homme de 23 ans.
« J’ai déserté quand je me suis rendu compte que nous ne défendions pas la nation, mais des individus. On nous avait dit de tirer sur toute voiture qui s’approchait du barrage, qu’il y ait ou non à bord des femmes et des enfants ».
Abu Fahd, 24 ans, était lui déployé dans la région d’Alep avec son unité de Homs quand il a décidé de déserter.
« Nous n’avions pas de télévision, de radio ou d’autres moyens de communication dans l’armée. On nous a dit que nous luttions contre des terroristes et tout le monde y a cru », dit-il.
« Mais quand j’ai pu parler au téléphone avec famille, j’ai compris ce qui se passait. J’ai compris que je tirais sur des gens innocents et j’ai décidé de déserter ».
Il a alors pris contact avec un ami qui avait déjà fait défection. Il s’est enfui en escaladant le mur d’enceinte, mais de l’autre côté, l’attendaient les tirs de ceux qui étaient désormais ses anciens camarades. Ce fut pour lui une course éperdue pour sauver sa vie et gagner sa liberté.
« Ils sont mes fils », dit fièrement Fatima, « tous les combattants rebelles sont mes fils ».
Il y a bien d’autres femmes qui, comme Fatima, soutiennent l’ASL, mais elles craignent de trop s’engager dans ce conflit qui a déjà fait quelque 25.000 morts en 17 mois, selon une ONG syrienne.
« Elles ont peur et beaucoup d’entre elles ont déjà fui », explique Fatima dont la soeur, Oum Ahmed, vient d’arriver pour donner un coup de main. Cette femme de 40 ans a envoyé quatre de ses neuf enfants à la guerre. Un d’entre eux a été tué il y a deux mois par un franc-tireur dans la localité d’al-Bab.
« Quand mon fils de quatre ans voit désormais un avion, il prend un bâton et le pointe vers le ciel comme une arme », dit-elle en retenant ses larmes. « Et il ne cesse de demander +Pourquoi ont-ils tué mon frère ? ».

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