Syrie : un vétéran de l’humanitaire réclame une zone d’exclusion aérienne


lundi 3 septembre 2012, par La Rédaction

Pour Jacques Bérès, chirurgien de guerre et cofondateur de Médecins sans frontières, en mission à Alep, la mise en place d’une zone d’interdiction aérienne en Syrie est d’une urgence absolue face au nombre croissant de victimes de bombardements aériens.
« Il y a au moins 50.000 morts, plus tous les disparus. C’est honteux ! », s’insurge le médecin français, rencontré par l’AFP dans un hôpital près de la ligne de front à Alep, la grande métropole du nord de la Syrie, théâtre depuis plus d’un mois d’une bataille cruciale pour le régime comme les rebelles.
Selon lui, le bilan de plus de 26.000 morts depuis mars 2011 établi par l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), installé en Angleterre et s’appuyant sur un réseau de militants et de témoins, est nettement sous-évalué.
« Je suis sûr que les morts que j’ai ici ne sont pas comptabilisés à Londres », insiste ce septuagénaire à la barbe blanche. Au cours des deux dernières semaines, le Pr Bérès estime avoir soigné entre 20 et 45 combattants rebelles par jour, et enregistré deux à six décès quotidiens.
Et ces chiffres ne concernent qu’un hôpital relativement petit dans une immense métropole où la situation évolue très vite, avec des commerces ouverts et des piétons dans les rues dans certains quartiers tandis que d’autres zones sont sous les bombes.
« C’est un massacre incroyable. Même si maintenant, c’est devenu une guerre civile. Mais c’est quand même très très asymétrique comme conflit. Des armes légères contre des chars et des bombardements aériens », dénonce le médecin, qui a arpenté la plupart des champs de bataille depuis le Vietnam dans les années 1960 jusqu’à la Libye l’année dernière.
Et pourtant, les rebelles « vont gagner. Ils méritent de gagner. Ce sont des hommes braves, ils sont très courageux. Ils souffrent beaucoup et il y a beaucoup de pertes », déclare-t-il en posant sa tasse de thé pour examiner des radios et conseiller un collègue syrien sur le meilleur moyen de retirer une balle de la jambe d’un blessé.
Face à ce drame, l’inaction de la communauté internationale met le vétéran de l’aide humanitaire hors de lui : « C’est honteux qu’on n’ait pas fait une zone d’exclusion aérienne ».
Le régime de Damas est « un gouvernement assassin de son propre peuple.
C’est assez rare, un gouvernement qui tue son peuple. (Le dirigeant libyen Mouammar) Kadhafi a essayé, mais heureusement, il a eu l’intervention » militaire internationale en soutien à la rébellion libyenne, souligne-t-il. « En une seconde, un bombardement fait plus de blessés que ce qu’un chirurgien peut réparer en une journée », rappelle-t-il.
Dans les zones contrôlées au sol par les rebelles, l’armée multiplie en effet les attaques aériennes. Lundi matin, un raid mené par un avion de combat a fait au moins 18 morts, dont des femmes et des enfants, à Al-Bab, à 30 km au nord-est d’Alep, selon l’OSDH.
C’est la troisième fois que Jacques Bérès est en mission clandestine en Syrie cette année, avec le soutien de petites associations françaises.
En mai, il a sillonné la région d’Idleb (nord-ouest), où il assure que des soldats ont détruit des pharmacies et incendié des centres de soins. Et auparavant, il était à Homs (centre) en février, quand l’armée pilonnait le quartier de Baba Amr.
« C’est beaucoup de souffrance, beaucoup de malheur, des familles détruites… Des orphelins… Tout ça parce qu’ils ont demandé un peu de liberté, qu’ils ont dit qu’ils en avaient un peu marre » du président Bachar al-Assad, s’indigne-t-il.

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L’armée syrienne sort l’arme du bulldozer
Des bulldozers de l’armée syrienne ont rasé des habitations lundi dans l’ouest de Damas, poursuivant une stratégie de punition collective dans les quartiers sunnites hostiles au président Bachar al Assad, rapporte l’opposition.
Dans le nord de la Syrie, 18 cadavres ont été découverts dans les décombres d’une maison bombardée par un avion de chasse gouvernemental dans la ville d’Al Bab, contrôlée par la rébellion dans la province d’Alep, et 13 personnes sont portées disparues, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).
A Taouahine, un quartier pauvre de la capitale syrienne proche de l’autoroute Damas-Beyrouth, les bulldozers sont entrés en action lundi matin, détruisant des boutiques et des maisons, ont déclaré habitants et militants d’opposition.
« Ils ont commencé il y a trois heures. Les habitants sont dans la rue », a déclaré une femme habitant un immeuble dominant le secteur.
Ces informations restent invérifiables en raison des restrictions imposées par les autorités syriennes aux médias indépendants.
Selon des opposants, l’armée a obligé des riverains à effacer des graffiti anti-Assad ou à écrire des slogans à la gloire du président syrien, contesté par la rue depuis mars 2011.
« C’est un acte de punition collective sans justification. Les rebelles sont partis, il n’y a même plus de manifestations dans le quartier », a déclaré un militant, Mouaz al Chami, dans une vidéo montrant les démolitions.
« Le régime ne peut s’empêcher de se montrer aussi brutal que dans les années 1980″, a-t-il ajouté, faisant allusion aux massacres et aux destructions commis à Hama en 1982 contre un soulèvement islamiste sur ordre du père de Bachar, Hafez el Assad.
Alors que les sunnites sont largement majoritaires en Syrie, le clan Assad et la plupart des membres de l’élite au pouvoir appartiennent à la minorité alaouite, issue du chiisme.
Selon des militants, l’armée a également rasé ou incendié au moins 200 maisons et boutiques dans la vieille ville de Deraa, dans le sud du pays, au cours des derniers jours. Les bombardements des forces gouvernementales ont pratiquement vidé le secteur, forçant 40.000 habitants à se réfugier en Jordanie.
Cette dernière vague de démolitions fait suite à la destruction de plusieurs dizaines de bâtiments dans une zone proche de Taouahine dimanche et dans le quartier sunnite de Kaboun le mois dernier à Damas.
« Je me suis rendu hier à Kaboun. Ce n’est plus un quartier dense. On peut voir d’un bout à l’autre du quartier car de nombreux bâtiments ont été rasés », explique une militante.
L’armée syrienne, qui a repris le contrôle de Damas que les insurgés avaient attaquée à la mi-juillet, a bombardé la nuit dernière des quartiers périphériques à l’ouest et au sud de la capitale pour tenter d’en chasser des rebelles, rapportent des opposants. Au moins deux personnes ont été tuées dans le quartier sud de Kadam, ajoutent-ils.
Selon l’OSDH, cinq personnes ont par ailleurs péri dans l’explosion lundi d’une voiture piégée dans la commune de Jaramanah, au sud-est de la capitale. Vingt-sept autres ont été blessées, ajoute le groupe basé en Grande-Bretagne.
Une bombe avait fait 12 morts dans le même quartier la semaine dernière. Gouvernement et opposition s’étaient renvoyé la responsabilité de l’attentat. Plus de 20.000 personnes ont été tuées dans les violences en Syrie depuis les premières manifestations pacifiques de mars 2011.
Quelque 10.000 réfugiés syriens fuyant les combats sont bloqués depuis une semaine à la frontière turque, un afflux qui pourrait s’accélérer en raison des bombardements de l’aviation et de l’artillerie syriennes sur Azaz, située à trois km de la frontière, ont rapporté des militants anti-Assad.
Azaz, qui serait aux mains de l’insurrection, est souvent la cible de tirs nocturnes d’artillerie émanant d’un aérodrome militaire proche. La moitié de ses quelque 70.000 habitants se sont déjà enfuis.
La Turquie, qui abrite déjà plus de 80.000 Syriens, pousse à l’instauration de « zones de sécurité » dans le nord de la Syrie, sans succès jusqu’ici auprès de la communauté internationale.
Le « Quotidien du Peuple », organe du PC chinois, a jugé que la proposition d’Ankara, qui nécessiterait la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne, n’était pas « une bonne mesure » car elle ne permettrait pas une véritable protection des réfugiés.
Les tentatives diplomatiques visant à sortir du conflit en Syrie sont « quasi impossibles » et insuffisantes pour mettre un terme aux combats, a de son côté reconnu le nouvel émissaire international sur la Syrie, l’Algérien Lakhdar Brahimi.

(03 Septembre 2012 – Avec les agences de presse)

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