La Turquie riposte après des tirs meurtriers venus de Syrie


Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 03.10.2012 Mis à jour le 03.10.2012 à 23h20

Sur le lieu de l'explosion dans le village turc d'Akçakale, visé par un tir d'obus syrien, le 3 octobre.

La Turquie a bombardé, mercredi 3 octobre, des cibles situées en territoire syrien, en représailles aux tirs d’obus venus de Syrie, qui ont causé la mort de cinq civils dans un village turc proche de la frontière, a annoncé le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan. « Cette attaque a fait l’objet d’une riposte immédiate de nos forces armées […] qui ont bombardé le long de la frontière des cibles identifiées par radar », a-t-il indiqué.

L’OTAN, qui avait convoqué une réunion d’urgence mercredi soir à Bruxelles, à la demande de la Turquie, a appelé la Syrie à « mettre un terme à ses violations flagrantes du droit international ». « L’Alliance continue de se tenir aux côtés de la Turquie », l’un de ses 28 membres, « et exige la cessation immédiate de tels actes agressifs envers un allié », a déclaré l’OTAN. La réunion avait débuté à 21 h 30 au siège de l’Alliance atlantique, suite à cet incident – le plus grave entre la Turquie et la Syrie depuis la destruction d’un avion militaire turc par un missile syrien en juin, provoquant la mort de ses deux pilotes.

MORT D’UNE MÈRE ET DE SES QUATRE ENFANTS

Cette brusque escalade de la tension entre les deux voisins a débuté mercredi après-midi, lorsque plusieurs obus ont frappé le petit village turc d’Akçakal, tuant cinq civils turcs et en blessant neuf autres. Même si l’origine des tirs n’a pas été formellement déterminée, le chef du gouvernement turc a accusé le régime de Damas d’en être le seul responsable. Selon le maire de la localité, ce bombardement, qui a détruit une maison, a provoqué la mort d’une « mère et ses quatre enfants ». Les images diffusées sur les chaînes de télévision turques montraient mercredi des policiers au chevet de personnes gisant dans des mares de sang.

Depuis la mi-septembre, la localité turque d’Akçakale a été à plusieurs reprises victime des combats qui ont opposé, juste de l’autre côté de la frontière, les troupes fidèles au régime syrien aux rebelles. Selon son maire, elle a déjà été touchée par des balles perdues et des obus tirés autour du poste-frontière syrien de Tall Al-Abyad. Celui-ci, comme plusieurs postes-frontières avant lui, est tombé aux mains de rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL) il y a une dizaine de jours, à l’issue de violents combats qui ont fait cinq blessés du côté turc de la frontière. Les écoles du secteur sont fermées côté turc depuis plusieurs semaines pour des raisons de sécurité.

UN INCIDENT « QUI DÉPASSE LES BORNES »

Après ces tirs d’obus, le vice-premier ministre turc, Besir Atalay, avait estimé qu’il s’agissait d’un « incident très grave qui dépasse les bornes ». Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a demandé au gouvernement syrien de « respecter totalement l’intégrité territoriale de ses voisins ». Selon M. Ban, cet incident « démontre que le conflit en Syrie […] a de plus en plus un impact négatif sur les voisins » de Damas.

Ces tirs constituent un « nouvel exemple du comportement dévoyé » du régime de Bachar Al-Assad, a dénoncé le porte-parole du Pentagone, George Little. Plus tôt, les Etats-Unis se sont déclarés « indignés » et ont déploré « les pertes en vies humaines du côté turc ». Ce nouvel événement dans le conflit syrien est, aux yeux de la secrétaire d’Etat Hillary Clinton, « très, très dangereux ». La France a aussi « fermement » condamné ces tirs d’obus et affirmé sa « solidarité » et son « plein soutien » à son allié turc, a indiqué le ministère des affaires étrangères, précisant que le ministre Laurent Fabius s’était entretenu avec son homologue turc, Ahmet Davutoglu.

Longtemps proche du régime syrien, la Turquie, qui accueille aujourd’hui près de 100 000 réfugiés syriens sur son sol, soutient ouvertement depuis des mois les rebelles de l’ASL et a appelé à de nombreuses reprises à la chute de Bachar Al-Assad.

ATTENTATS À ALEP, OFFENSIVES À DAMAS

Mercredi matin, près de 50 personnes, en majorité des militaires, ont été tuées, et une centaine d’autres blessées dans un triple attentat qui a secoué le centre d’Alep, la grande métropole du nord de la Syrie que se disputent depuis fin juillet rebelles et forces gouvernementales. Des images de la télévision officielle Al-Ikhbariya montraient au moins deux immeubles totalement détruits sur la place et des corps ensanglantés recouverts de débris et de poussière en train d’être évacués. Un groupe djihadiste, le Front Al-Nosra, a revendiqué ces attentats, selon le centre américain de surveillance des sites islamistes SITE. Dans un communiqué posté sur des sites djihadistes, Al-Nosra affirme avoir « touché quatre cibles utilisées par les forces du régime, dont un club des officiers et l’hotel Al-Amir ». Al-Nosra a revendiqué la plupart des attentats dans le pays et récemment le double attentat contre le siège de l’état-major syrien à Damas.

Au moins seize personnes, dont trois enfants et cinq femmes, ont par ailleurs trouvé la mort dans le bombardement par l’armée syrienne d’un village de la province de Hama, Sahn, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Plus au nord, au moins 15 soldats ont été tués dans des attaques rebelles coordonnées contre des barrages militaires et des combats à Bdama, une localité de la province d’Idlib dans le Nord-Ouest, selon l’OSDH. L’armée menaient dans le même temps une offensive majeure dans des banlieues ouest de Damas selon l’OSDH, des militants et des journalistes de l’AFP, qui ont rapporté un déploiement militaire inhabituel dans la zone.

A travers le pays, les violences ont fait au moins 147 morts mercredi, dont 52 civils, selon un décompte provisoire de l’OSDH, qui a établi un bilan de plus de 31 000 morts, en majorité des civils, en dix-huit mois de violences. Aucune issue au conflit n’est en vue en raison des divisions de la communauté internationale, entre l’Occident d’une part qui réclame un départ du président Assad, et l’axe Russie-Chine-Iran, alliés de Damas. Dans ce contexte, le médiateur international Lakhdar Brahimi doit retourner dans la région cette semaine dans l’espoir d’obtenir une réduction des violences.

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