A Maaret al-Noomane, "un nouveau massacre de Bachar al-Assad"


Un opposant syrien inspecte un mur maculé de sang à Maaret al-Noomane, le 11 octobre 2012

Un reportage de l’AFP en Syrie qui date de vendredi. Terrible. (via fb de Baudouin Loos)

Par Hervé BAR

MAARET AL-NOOMANE (Syrie), 12 oct 2012 (AFP)

"Des corps sont tombés sur moi, j’ai senti leur sang couler": Mourad Hakoura accuse des militaires syriens dans la ville de Maaret al-Noomane, dans le nord du pays, d’avoir
perpétré une tuerie dont il affirme être l’un des rares survivants.

Selon son témoignage, près de 65 prisonniers ont été exécutés lundi sur leur lieu de détention par leurs geôliers, membres des services de renseignements militaires, juste avant leur fuite précipitée face à l’avancée des rebelles.
D’après l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), seuls 20 des 65 détenus –déserteurs, rebelles de l’Armée syrienne libre (ASL) et prisonniers de droit commun–, ont été exécutés.
Mourad, commerçant de 32 ans vivant à Damas et dont la famille réside à Maaret al-Noomane, a été arrêté le 21 juin à un barrage sur l’autoroute menant à la capitale syrienne.
Il est emprisonné dans l’ancien centre culturel de Maaret al-Noomane, reconverti depuis la révolte en centre d’interrogatoire par les renseignements militaires, dans la périphérie est de la ville alors encore sous contrôle loyaliste. La ville est tombée mardi aux mains des rebelles.
Près de 80 prisonniers, sympathisants présumés de la révolution, ou des soldats soupçonnés par leur hiérarchie d’avoir voulu déserter, sont entassés dans deux pièces du sous-sol, selon Mourad.
Les interrogatoires, comme les tortures, sont quotidiens, à coups de poings, de matraques, ou d’électricité. Un certain Maymoun, officier, "posait les questions et son adjoint Jalal frappait" les victimes menottées ou suspendues dans la salle des chaudières.
Alors que les rebelles implantés dans l’ouest de la ville passent à l’offensive, les prisonniers craignent des représailles de leurs tortionnaires. "Mais nous n’imaginions pas ce qui allait se passer", se souvient Mourad."J’ai entendu leurs derniers gémissements"Lundi après-midi, deux hommes armés font irruption dans la cave où est détenu Mourad avec une quarantaine d’autres personnes. "Jalal était l’un d’entre eux". Ils ouvrent immédiatement le feu à la kalachnikov, "vidant trois chargeurs".
Mourad se tient à ce moment précis derrière un léger renfoncement du mur. "Je me recroqueville par terre, deux corps tombent sur moi". "J’ai senti leur sang me couler dessus, j’ai entendu leurs prières, leurs derniers gémissements".
Les tueurs passent dans la cave voisine, où ils tirent des rafales de la même manière sur une quarantaine de prisonniers. Les militaires loyalistes évacuent les lieux peu après sous les tirs de rebelles qui approchent.
Miraculeusement, Mourad est indemne. Il porte les premiers secours aux blessés, bricolent garrots et points de compression avec des sacs plastique.
Les rebelles pénètrent l’arme à la main pièce par pièce dans le centre déjà évacué. "Nous leur crions d’arrêter de tirer en interpellant leurs chefs par leurs prénoms".
"J’ai vu de mes yeux 28 morts dans ma cellule, et 32 dans la pièce d’à côté. Trois ou quatre blessés sont morts peu après", poursuit Mourad.
Son témoignage, recueilli sur les lieux, concorde en tout point avec le récit des militants locaux, et les images insoutenables diffusées sur internet par la rébellion, nouveau massacre qui s’ajoute à l’interminable liste des accusations contre le régime de Damas.
Trois jours plus tard, les deux caves grêlées de balles et maculées d’hémoglobine témoignent encore de la tuerie. Une épaisse puanteur de charogne soulève le coeur, les mouches s’agglutinent sur les compresses noirâtres souillées. Les semelles collent au sang pas encore séché.
Sur le mur, la main d’un rebelle a écrit à la bombe de peinture: "ici, un nouveau massacre de Bachar al-Assad". Sinistre slogan au dessus des traînées rouges laissées dans leur dernier souffle par les victimes.
Pour les journalistes, Mourad mime une nouvelle fois le geste qui lui a sauvé la vie, s’accroupit au sol à l’endroit même où il a eu la vie sauve. "Je n’avais rien fait, je n’étais qu’un simple manifestant", assure-t-il. Une kalachnikov à la main, il combat désormais en première ligne dans les rangs des insurgés.
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