LE DÉSERTEUR SYRIEN


par Ronald Barakat

Monsieur le Président,

Je vous envoie un mot,
Même s’il n’est plus temps
Vu l’ampleur de vos maux,

Pour vous dire que moi,
Soldat de la patrie,
Avec beaucoup d’émoi
Je vous dis : Non merci!

Je ne peux plus servir
Au sein de votre Troupe
Qui sadiquement tire
Sur tout ce qui s’attroupe,

Sur des gens innocents,
Animés de fierté,
Dont on répand le sang
Pour le mot : Liberté;

Sur des voix par milliers,
De simples citoyens
Qui voyagent à pied,
À défaut de moyens,

Pour un pays meilleur,
À l’air plus respirable,
Aux murs moins «écouteurs»,
Sous des cieux tolérables.

Monsieur le Grand Seigneur,
J’ai vu tomber les miens
Au champ du déshonneur
Par vos hommes de main,

Pour avoir refusé
De tirer sur la foule,
D’étrangler, d’écraser
Le pigeon qui roucoule;

Pour avoir protégé,
Comme veut la devise,
Les foyers du danger,
Du malheur qui les vise.

J’ai vu vos gens marcher
L’air grave, aux funérailles,
Sous leur béret cacher
Leur conscience canaille;

Sur leurs galons honteux
Porter les militaires
Assassinés par eux!
− On ne peut plus se taire −

Jeter leur acte odieux,
Leur crime, sur les «autres»,
Les gangs, les séditieux…
Et jouer les apôtres.

Et je vous vois complice,
Monsieur le Président,
Des horreurs, des sévices,
De tous ces coups de dent

Dans nos corps et nos cœurs,
Dans nos chants, notre chair,
Dans le fond des valeurs
Qui nous étaient si chères.

Car en aucun moment
N’avez-vous ordonné
Que cessent les tourments,
Que vivent les damnés,

Que l’on mène une enquête
Pour saisir les coupables,
Que l’on cherche la Bête
Dans votre propre étable.

Monsieur le Président,
En tant qu’officier fier,
Je resterai «dedans»,
En deçà des frontières,

N’étant pas plus précieux
Que ces braves qui meurent
Sous vos lugubres cieux,
Au seuil de leurs demeures.

Dites aux tortionnaires
Qui viendront me chercher
Que je suis au grand air
Librement à marcher

Avec mes sœurs et frères
Et la même rengaine,
Jusqu’à voir se défaire
La Syrie qu’on enchaîne

Et voir couler la sève,
Croître comme un enfant,
Une Syrie de rêve :
La Syrie du Printemps!

Après le mauvais temps,
Couvrant de père en fils
De son linceul sanglant,
Des pères et des fils.

R.B.
Meurtrière d’Espoir (à paraître)