Document exclusif : la bombe à retardement de Jérusalem


|  PAR RENÉ BACKMANN

Selon un rapport confidentiel rédigé par les diplomates de l’Union européenne à Jérusalem, que Mediapart s’est procuré, la tension dans la ville n’a jamais été aussi forte depuis 1967. Si la politique de discrimination et de colonisation menée par Israël se poursuit, ce sont les bases mêmes d’une solution pacifique qui seront détruites. Il est peut-être encore temps d’agir, mais l’Europe doit faire preuve de courage.

La situation à Jérusalem a atteint, en 2014, un degré de « polarisation et de violence »que la ville n’avait plus connu depuis 1967 ou la fin de la seconde intifada en 2005.« Si l’on ne s’attaque pas aux causes profondes de cette violence, le résultat probable sera une poursuite de l’escalade, et une aggravation de la division extrême dont la ville a souffert au cours des six derniers mois de l’année dernière. » C’est sur ce constat alarmant que s’ouvre le dernier rapport des chefs de mission diplomatique de l’Union européenne à Jérusalem et à Ramallah, récemment transmis à Bruxelles.

Depuis qu’un diplomate britannique en a eu l’idée il y a une quinzaine d’années, les consuls et consuls généraux représentant les pays de l’UE (aujourd’hui au nombre de 28) en Israël et dans les territoires occupés palestiniens, rédigent chaque année pour le comité politique et de sécurité du Service européen d’action extérieure – le ministère des affaires étrangères de l’Europe – une sorte « d’état des lieux », qui fait le point sur la situation à Jérusalem-Est et en Cisjordanie. Celui de ce printemps, qui couvre l’année 2014, est particulièrement épais. Mediapart s’est procuré ce document européen à diffusion restreinte, traditionnellement rédigé en anglais : il peut être consulté en cliquant ici.

Il comporte 32 pages, dont trois pages de recommandations, et cinq pages de statistiques (nombre de morts et blessés dus aux actes de violence, état des démolitions par Israël de maisons palestiniennes, nombre de personnes affectées, évolution des conditions d’accès pour les Palestiniens à la mosquée Al-Aqsa, nombre d’accrochages avec les colons, répartition des incidents par localité). Il est aussi particulièrement alarmant.

« Jérusalem demeure, dans le cadre du processus de paix au Proche-Orient, l’une des questions les plus passionnelles et les plus problématiques, écrivent les diplomates européens. Aussi longtemps que le statut de la ville ne sera pas résolu, un accord global entre Israéliens et Palestiniens ne sera pas possible. Ce point n’a jamais été aussi pertinent que cette année. […] Au cours de l’année 2014, la situation s’est gravement détériorée à Jérusalem dans pratiquement tous les domaines couverts par les rapports précédents.

L’expansion de la colonisation s’est poursuivie, y compris dans les zones très sensibles ; des politiques très restrictives sur les constructions palestiniennes à Jérusalem ont été maintenues avec force et ont été suivies par des vagues de démolitions et d’expulsions ; l’éducation pour les Palestiniens reste inéquitable ; les Palestiniens continuent d’affronter des difficultés pour bénéficier des soins de santé ; l’économie de Jérusalem-Est ne montre aucun signe d’amélioration. De surcroît, Israël a remis en vigueur des mesures punitives, comme la révocation des droits de résidence et la démolition des habitations des Palestiniens impliqués dans des attentats. »

Après avoir rappelé que pour l’UE les colonies sont, de longue date, considérées comme illégales au regard du droit international et constituent un obstacle à la paix, les auteurs du rapport constatent que sur les 540 000 colons recensés en 2014, près de 200 000 vivent à Jérusalem-Est, aux côtés de 300 000 Palestiniens, et que près de 3 000 bâtiments destinés à accueillir des colons ont été mis en chantier. La même politique a été poursuivie à la périphérie de la ville, parfois à l’abri d’un prétexte touristique, écologique ou archéologique.

Pour développer la zone E1, qui doit devenir une vaste colonie stratégique, à l’est de Jérusalem, le gouvernement israélien s’apprête même à chasser les communautés de bédouins qui vivent traditionnellement sur ces terres, et à les installer au nord de Jéricho, ce qui pourrait être considéré comme un « transfert forcé », en contravention avec la quatrième convention de Genève. Ce déplacement pourrait aussi ouvrir la voie à d’autres expansions de colonies israéliennes, compromettant un peu plus encore la viabilité de la solution à deux États.

« Si ce projet était réalisé, estiment les diplomates, il couperait Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie, et la diviserait en une partie nord et une partie sud, portant un coup sévère à la contiguïté d’un futur État de Palestine et au potentiel de Jérusalem comme future capitale de deux États. »

Après avoir recensé et analysé les principaux attentats et incidents intervenus en 2014, et leur perception par la population de Jérusalem-Est, les auteurs du rapport constatent que « l’une des plus évidentes conséquences de ce très haut niveau de tension et de violence est la polarisation croissante de la ville, qui a récemment été décrite par divers observateurs et médias comme « plus divisée » qu’elle ne l’a jamais été depuis 1967 ». La situation autour de l’Esplanade des mosquées, où deux lieux saints de l’islam surplombent le Mur des lamentations, est décrite comme particulièrement explosive.

Forces de sécurité israéliennes sur l'Esplanade des mosquées.Forces de sécurité israéliennes sur l’Esplanade des mosquées. © Reuters

« Toute menace ou perception de menace contre l’intégrité de ce site ou contre le statu quo ne risque pas seulement de saper la reprise du processus de paix, mais possède le potentiel de déstabiliser la région et de provoquer des réactions de grande ampleur à travers le monde », estiment les diplomates.

Ils déplorent « l’escalade brutale, durant l’année 2014, des tensions sur l’Esplanade alimentée par les constantes provocations et incitations des représentants du gouvernement israélien, des colons et des extrémistes. […] Une source particulière d’inquiétude a été le nombre de visites spectaculaires et provocatrices de membres du monde politique israélien. Le 25 novembre, le chef de la police israélienne a sévèrement critiqué ces visites ».

Discrimination à grande échelle

Cette tolérance, voire complicité de l’État israélien, face à ces intrusions provocatrices sur l’Esplanade, est d’autant plus mal perçue par la majorité de la population musulmane que les Palestiniens sont victimes d’une réglementation qui limite considérablement leur droit d’accès aux lieux saints. « Les vendredis du Ramadan, notent les auteurs du rapport, l’accès de l’Esplanade a été interdit aux musulmans de moins de 50 ans et le nombre de Palestiniens de Cisjordanie qui franchissaient les checkpoints autour de Jérusalem a spectaculairement diminué. Il est passé de 466 466 en 2013 à 45 291 en 2014, car seuls les hommes de plus de 50 ans et les femmes de plus de 40 étaient autorisés à entrer à Jérusalem sans permis spéciaux, tandis que l’accès était totalement interdit aux habitants de Hébron et de Gaza. »

Autre source de préoccupation pour les diplomates européens : le régime de planification urbaine de la municipalité de Jérusalem, « qui soumet à de très sévères restrictions les activités de construction des Palestiniens, ce qui crée une grave pénurie de logements et d’infrastructures pour les résidents palestiniens et paralyse le développement. Près de 52 % de la superficie municipale de Jérusalem-Est, telle qu’elle a été définie par Israël, ne sont pas ouverts à la construction, et 35 % sont affectés aux colonies. Conséquence : moins de 13 % de la superficie peuvent être utilisés par des constructions. Or la majeure partie de cette terre est déjà construite et la réglementation sur la densité rend l’obtention d’un permis très difficile et très coûteuse. Au moins 33 % des habitations palestiniennes à Jérusalem-Est ont donc été construites sans permis, ce qui expose plus de 93 000 Palestiniens au risque de voir leur maison détruite et d’être déplacés ».

Destruction de maisons palestiniennes à Jérusalem-Est sous protection de l'armée.Destruction de maisons palestiniennes à Jérusalem-Est sous protection de l’armée. © Reuters

Très critiques des réglementations municipales (parfois contraires au droit international) qui encadrent de plus en plus étroitement le statut de « résident » des Palestiniens de Jérusalem-Est – mesures officiellement destinées à limiter à 40 % la population palestinienne de cette partie de la ville –, les diplomates européens condamnent aussi énergiquement, arguments à l’appui, les nombreux obstacles à la liberté de mouvement des Palestiniens.

« La barrière [de séparation], rappellent-ils, déconnecte Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie et sépare, physiquement, les communautés palestiniennes au sein de Jérusalem-Est : 30 % de la population de Jérusalem-Est vivent à l’intérieur des limites municipales, mais au-delà de la barrière de séparation, et sont ainsi coupés de tous les services urbains. »

Aggravant encore les conditions de vie créées par cet enchevêtrement de réglementations restrictives, les choix politiques du gouvernement israélien à Jérusalem-Est entravent l’accès des habitants à l’éducation, à la santé et nuisent au développement économique. Alors que les 300 000 Palestiniens de Jérusalem représentent 38 % de la population totale de la ville et sont soumis au même régime fiscal que les résidents israéliens, la part du budget municipal qui leur est consacrée ne dépasse pas 12 %. Et ils ne disposent que de trois bureaux d’aide sociale, bien qu’ils constituent plus du tiers de la population municipale, tandis que la partie occidentale de la ville dispose de 18 bureaux.

Cette politique de discrimination, constatent les rédacteurs du rapport, s’étend aussi aux transports, aux infrastructures, aux institutions palestiniennes de Jérusalem-Est – pour la plupart fermées depuis 2001, à l’exception des hôpitaux – et à l’exercice des religions.« Le droit d’accès, la liberté de culte et le droit de pèlerinage dans la Ville sainte demeurent des domaines de grave préoccupation pour les musulmans et les chrétiens, constate le rapport. La barrière de séparation, qui divise les congrégations, fait aussi obstacle au travail des organisations religieuses qui participent à l’éducation, la santé, l’assistance humanitaire et l’aide sociale aux Palestiniens à Jérusalem-Est, et autour. Degraves entraves à la liberté de circulation et de culte continuent d’affecter les Palestiniens musulmans et chrétiens de Cisjordanie, qui ne peuvent se rendre à Jérusalem sans permis délivré par Israël. Ces permis ont une durée limitée et sont attribués de manière très sélective. »

Ce véritable réquisitoire contre la politique israélienne à Jérusalem-Est est d’autant plus accablant qu’il n’émane pas de militants politiques ou de défenseurs des droits de l’homme, mais de diplomates habitués à peser leurs mots. Ils représentent une entité – l’Union européenne – dont l’audace, en politique étrangère, n’est pas la qualité première. Si elles étaient – même partiellement – suivies d’effet, les 40 recommandations que formulent les auteurs du rapport provoqueraient un bouleversement politique international majeur.

« Élaborées avec, pour objectif, la préservation de la viabilité de la solution à deux États, telle qu’elle est exposée dans de nombreuses déclarations de l’UE, y compris les conclusions adoptées par le Conseil le 22 juillet et le 17 novembre 2014, ces recommandations, précisent les diplomates, ont aussi pour but de préserver la présence palestinienne à Jérusalem aux niveaux politique, culturel et économique. La situation, qui s’est très rapidement détériorée à Jérusalem au cours de l’année 2014, rend la mise en œuvre de ces recommandations des plus pressantes. »

Les 40 recommandations

Les 40 recommandations de l’UE obéissent à quatre axes prioritaires de l’action diplomatique européenne au Proche-Orient : préserver la viabilité de Jérusalem comme futur capitale de deux États ; consolider l’identité religieuse et culturelle de la ville ; mettre fin à l’isolement socio-économique de Jérusalem ; renforcer le rôle, la visibilité et la politique de l’Union européenne.

Pour atteindre ces objectifs, les représentants de l’UE proposent des mesures déjà citées dans les rapports précédents – rouvrir des institutions palestiniennes de Jérusalem-Est, soutenir la société civile, héberger les événements organisés par la société civile palestinienne dans les centres culturels, les consulats, les résidences diplomatiques européennes, encourager le dialogue interreligieux, assurer une présence européenne lorsque des familles palestiniennes sont exposées au risque d’expulsion, ou de démolition de leur maison.

Netanyahou sort grand vainqueur des élections législatives de la mi-mars.Netanyahou sort grand vainqueur des élections législatives de la mi-mars. © Pierre Puchot

Ils avancent aussi des recommandations plus musclées, manifestement dictées par l’urgence de la situation, qui révèlent leur irritation face à la stratégie d’occupation-colonisation-annexion impunie d’Israël. Sans utiliser le mot « boycott », diplomatiquement incorrect, ils suggèrent de prendre « de nouvelles mesures coordonnées pour garantir que les consommateurs européens soient capables d’exercer leur droit à un choix informé, pour ce qui concerne les produits des colonies, en conformité avec les règles en cours dans l’UE ».

Ils conseillent également que soient « examinées et adoptées » des mesures réglementant l’entrée dans les pays de l’UE des colons connus pour leur violence et de ceux qui appellent à commettre des actes de violence. Ils souhaitent que soient poursuivis les efforts visant à attirer l’attention des citoyens européens et des entreprises de l’Union européenne sur les risques liés aux activités économiques et financières dans les colonies. Ils proposent aussi que des « conseils » soient donnés aux organisateurs de voyages européens, pour qu’ils évitent de soutenir les entreprises installées dans les colonies de Jérusalem-Est.

Pour enrayer le naufrage économique de Jérusalem-Est, les diplomates proposent que l’UE demande à Israël de lever les restrictions de mouvement sur les biens et les services entre Jérusalem et le reste des territoires occupés, de mettre un terme aux pratiques qui limitent la liberté de circulation des citoyens européens, de rouvrir la chambre de commerce arabe de Jérusalem-Est, d’améliorer les infrastructures et les services publics à Jérusalem-Est, d’associer les Palestiniens à la planification urbaine à Jérusalem-Est, et d’apporter une aide spécifique aux communautés affectées par la barrière de séparation.

En d’autres termes, compte tenu de la majorité de droite et d’extrême droite qui a émergé des dernières élections législatives et de la coalition sur laquelle Benjamin Netanyahou entend s’appuyer pour constituer son gouvernement, c’est une véritable collision diplomatique qui se dessine entre Israël et l’Europe si Bruxelles s’avise de suivre ces recommandations et, comme Barack Obama, de « réévaluer ses options ».

Le destin réservé aux rapports précédents – un archivage discret, sans suites concrètes, faute de consensus – n’incite pas à l’optimisme. Mais si, comme il l’a annoncé vendredi, Laurent Fabius s’apprête à « relancer les efforts de la France » pour faire voter au Conseil de sécurité de l’ONU une résolution fixant les grandes lignes d’un règlement au Proche-Orient entre Israël et Palestiniens, le contenu de ce rapport pourrait utilement éclairer les rédacteurs de cette résolution…

source

Marinaleda – Les insoumis


Marinaleda. Une petite ville de 2.700 habitants, au cœur de l’Andalousie, dans le sud de l’Espagne. Ici, il n’y a pas de policiers. Pas de voleurs. Ici, il y a moins de chômage qu’ailleurs, et on partage le travail. Ici, on paie son loyer 15 euros par mois. Ici, le maire et ses adjoints ne sont pas rémunérés, et ce sont les habitants qui commandent. Vous n’y croyez pas ? Alors venez voir. On vous emmène là où les habitants ont osé l’impensable, là où les rêves deviennent réalité.

Réalisation : Yannick Bovy – Mars 2015 – 26 mn.

Une émission proposée par la FGTB wallonne & produite par le CEPAG

Musique
« Zambra » de Ojos de Brujo (Google Play • iTunes)

Gidéon Levy : Netanyahu mérite le peuple israélien, et ce peuple le mérite


Si après tout cela, le phénix israélien a réussi à renaître de ses cendres et à être réélu, quelque chose s’est vraiment brisé, peut-être sans espoir de réparation.

Par Gideon Levy, le 18 mars 2015

La première conclusion qui a émergé quelques minutes seulement après l’annonce de l’issue des élections a été particulièrement décourageante : il faut remplacer la nation. Pas une autre élection pour diriger le pays, mais des élections générales pour choisir un nouveau peuple israélien – immédiatement. Le pays en a besoin d’urgence. Il ne pourra pas supporter un autre mandat avec Benjamin Netanyahu, qui est sorti la nuit dernière comme l’homme qui va former le nouveau gouvernement.

sur : http://www.agencemediapalestine.fr/blog/2015/03/20/gideon-levy-netanyahu-merite-le-peuple-israelien-et-ce-peuple-le-merite/
original anglais ici

 

EN ISRAEL : LE TEMPS DES PRESSIONS A SONNE


UNE DONNE CLAIRE

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Il faut se rendre à l’évidence au lendemain de la claire victoire de Binyamin Netanyahou, le Premier ministre israélien sortant, aux élections législatives anticipées qu’il avait provoquées : ce triomphe a été obtenu après avoir mené une campagne destinée à attiser les peurs du public israélien et aussi, alors que les derniers sondages lui étaient plutôt défavorables, en proclamant lundi haut et fort que s’il était réélu à la tête du pays il n’y aurait jamais d’Etat palestinien.
Selon toute vraisemblance, « Bibi » Netanyahou sera donc encore le Premier ministre de l’Etat d’Israël dans les prochaines années. Il n’y a guère de doutes qu’il entend respecter sa promesse de dernière minute concernant les Palestiniens puisqu’elle correspond à son intime conviction depuis toujours. Peu lui chaut que cela contredise sa « conversion » de 2009 en faveur de la solution des deux Etats, Israël-Palestine, à laquelle peu d’observateurs avaient accordé un réel crédit. Que voulez-vous, clame-t-il, nous sommes entourés d’ennemis mortels, l’Iran, le Hezbollah, le Hamas, l’Etat islamique…
Netanyahou a jeté bas le masque, du moins pour les derniers naïfs qui voyaient en lui un homme capable de faire la paix. Qu’offre-t-il comme perspectives aux Palestiniens ? Au mieux, peut-être, se risquera-t-il à affiner un statut d’autonomie qu’ils auraient tôt fait d’assimiler – à raison – à des « bantoustans » de funeste mémoire sud-africaine.
Comme l’écrit sur le site 972mag.com le journaliste israélien indépendant Noam Sheizaf, « Netanyahou ne pourra pas blâmer l’Autorité palestinienne pour l’échec du processus de paix qui n’en finit pas alors qu’il proclame que, quoi que fassent les Palestiniens, ils n’obtiendront jamais leur indépendance ».
En outre, il faut ajouter que la colonisation des territoires palestiniens occupés, en développement permanent, va encore s’accélérer en même temps que le désespoir des Palestiniens…
Ces Palestiniens vont maintenant se tourner vers la communauté internationale et lui demander quelle suite elle compte donner aux événements. Le monde entier et le droit international donnent raison aux Palestiniens dans leur aspiration nationale. Désormais, le « niet » israélien est officiel. Le temps des pressions a sonné. Du moins est-ce la logique qui s’impose quand la donne politique prend les allures d’une équation sans inconnue.
Dans toutes les capitales où siègent les décideurs, de Washington à Moscou en passant par Londres, Paris, Bruxelles, Pékin ou Tokyo, tout le monde sait cela. Encore faudrait-il que les décideurs se décident à décider. Et que, donc, l’immunité totale d’Israël vis-à-vis du droit international soit levée.
Baudouin Loos
Le Soir du 18 mars 2015

Soutenir Mazen


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Mazen a 24 ans. Il a grandi dans un camp de réfugiés près de Bethléem. Après son bac, il a entamé une formation de cuisinier et a travaillé dans un grand restaurant de Bethléem. Un parcours presque banal, en Cisjordanie occupée. Jusqu’au jour où son patron n’a pu le ramener chez lui après le boulot, comme il le faisait d’habitude. Mazen est donc rentré à pied avec un copain, par les petites rues de Bethléem. Il était aux environs de 3-4h du matin.

Tout le monde en Palestine sait ce qui se passe la nuit tombée. Tout le monde connaît quelqu’un qui s’est fait arrêter, a été blessé, voire tué, au saut du lit. Peu d’hommes, d’ailleurs, dorment la nuit. Et, s’ils s’endorment malgré tout avant que le jour ne se lève, c’est tout habillés, au cas où…

Cette nuit-là, Mazen et son copain sont tombés sur une première scène d’arrestation, puis sur une deuxième, une troisième : des soldats armés, hurlant et bousculant des hommes, des femmes, des enfants pris au saut du lit, en pleurs ou muets de stupeur. Arrêtés sur dénonciation – les dénonciateurs ayant eux-mêmes été battus jusqu’à ce qu’ils donnent des noms… Le lendemain, Mazen et son ami décident de rentrer à pied aussi, pour voir. Et ils ont vu. Les mêmes scènes d’humiliation et de brutalité, répétées à divers endroits de la ville..

La première fois que nous avons rencontré Mazen1, il nous avait dit, avec une douceur infinie : « I hate my life… » Une vie sans espoir que les choses s’améliorent un jour pour les Palestiniens enfermés derrière le Mur. Il a essayé, pourtant, de vivre, malgré le sentiment d’impuissance qui l’étouffait : études, boulot, une jeune fille qui lui plaisait bien…

Mais, une nuit de 2012, Mazen se fait arrêter à son tour.

En 2014, Mazen fait partie des prisonniers en grève de la faim pour dénoncer les conditions de détention : faim, froid, tortures de toutes sortes, physiques et psychologiques. La Croix Rouge le tire de là. Il pèse 40 kilos, retrouve sa famille au bout d’un an et demi de prison. Commence alors pour lui et les siens un harcèlement continu : des soldats débarquent chez eux à toute heure du jour et de la nuit et démolissent tout, systématiquement. Mazen est régulièrement convoqué pour des interrogatoire pendant lesquels on lui montre que tous ses faits et gestes sont désormais surveillés2.

Ses parents l’envoient alors chez une tante en Jordanie. Visa de tourisme valable trois mois. Puis, il reçoit l’invitation d’un ami en Allemagne : mi-décembre 2014, l’espace Schengen s’ouvre pour lui pour 30 jours. C’est à cette occasion que nous le rencontrons à nouveau. Il sait qu’il est grillé : s’il rentre en Palestine, il se fera arrêter à la frontière. Il nous dit : « Tout plutôt que revivre l’enfer de la prison ». Il repart en Jordanie : visa de tourisme jusqu’au 2 avril. Ensuite, quoi ?… Ses parents le poussent à trouver un projet qui le tienne loin du danger pendant quelques temps.

Nous allons voir une avocate qui nous parle d’un visa étudiant3. L’idée germe alors de pouvoir offrir à Mazen cette porte de sortie… Là, Mazen attend… De voir si, en nous mettant à plusieurs, nous arriverions à organiser ce séjour d’étude. Il n’ose pas trop y croire. Mais, avoir un visa d’étudiant semble être sa seule planche de salut actuellement. 4


L’idée serait que Mazen fasse une première année de français à l’EPFC, avant de suivre une formation en cuisine (en continuation de sa formation en Palestine) au Ceria idéalement pendant 3 ans.
Comment soutenir Mazen concrètement ?

Un petit noyau de départ a pris contact avec l’EPFC, où les inscription se font à partir du 23 avril 2015. Une fois l’inscription faite et envoyée à Mazen, il pourra faire les démarches nécessaires auprès de l’ambassade de Belgique à Amman afin d’obtenir un visa d’étudiant. Pour l’obtenir, Mazen doit pouvoir donner un plan d’étude, le nom de personnes qui se portent garantes pour lui, et la preuve qu’il a un compte approvisionné régulièrement (il faut un minimum de 614 euros/mois).

Le problème du logement est réglé : Mazen logera chez des amis à Bruxelles.

Le problème des garants est en passe d’être réglé.

Reste à trouver une jolie brochettes de généreux donateurs, petits et grands, prêts à verser chaque mois une partie des 614 euros mensuels, et ce sur deux ans, peut-être trois (EPFC + Ceria). Le numéro de compte sera communiqué dès qu’il sera ouvert.

Si la contribution mensuelle ne vous convient pas, une autre façon de participer serait d’organiser des « coups » ponctuels (soirées plats palestiniens, concerts…) avec vos amis et connaissance afin de récolter quelques fonds de soutien.

Reste à trouver aussi quelqu’un(e) qui se sentirait l’âme d’un coordinateur/référent et pourrait aider Mazen dans ses démarches administratives et autres, tout en gérant les petits ruisseaux vers le compte.

Où que vos disponibilités ou envies soient, chaque geste fera la différence et, au nom de Mazen, nous vous en remercions déjà chaleureusement.

N’hésitez pas à vous signaler à l’adresse suivante : ac.cornet@hotmail.com

Une date de réunion de toutes les forces vives vous sera communiquée bientôt.

1 Lors d’un voyage avec un groupe d’élèves en 2009. Mazen avait 19 ans et participait au projet du centre culturel Al-Rowwad du camp de Aida. http://www.taayoush.be/spip.php?article39,

2 Au point qu’ il demande à son père et à son frère aîné : « Vous travaillez pour eux ou quoi ? »

3 Il ne veut pas demander l’asile. Il veut pouvoir rentrer chez lui si ses parents venaient à mourir.

4 Mazen n’est évidemment pas un cas unique. Il y a aujourd’hui plus de 5000 prisonniers palestiniens dans les geôles israéliennes, dont de nombreux enfants. Le fait est que nous avons connaissons Mazen personnellement…