Banksy Goes to Gaza


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Banksy’s street art in Gaza.

The elusive English street artist Banksy has produced four new works in the Gaza Strip, taking wry aim at the human toll of last summer’s conflict.

Six months to the day after the end of the Gaza war, which killed more than 2,100 Palestinians — including hundreds of children — and 72 Israelis, Banksy published photographs of the four pieces on his web site. The images were confirmed as real Bansky productions by his publicist, Jo Brooks, according to press reports.

Gaza’s rubble is the canvas for Banksy’s new paintings, done in his iconic stenciled style.

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Vous avez bien lu, 2115


Oxfam: Gaza sera finalement reconstruite en… 2115

A peine 0,25% des matériaux nécessaires ont pu être acheminés

Au rythme actuel, la reconstruction d’habitations, d’établissements scolaires et de structures de santé indispensables risque de prendre plus de cent ans. C’est ce qui ressort des observations de l’organisation internationale de développement Oxfam qui constate que le nombre de convoi de matériaux de construction essentiels ont diminué le mois dernier.

Au cours des trois derniers mois, moins de 0,25% des matériaux de construction nécessaires ont pu entrer dans la bande de Gaza. Six mois après la fin du conflit, la situation ne cesse de s’aggraver. Oxfam appelle instamment à la fin du blocus israélien, en place depuis près de huit ans. Environ 100.000 personnes, dont plus de la moitié sont des enfants, continuent de vivre dans des abris et des logements temporaires où se sont réfugiés chez leur famille élargie, suite à la destruction de leur logement. Des dizaines de milliers d’autres familles vivent quant à elles dans des habitations fortement endommagées.

Après les conflits à répétition et les années de blocus, plus de 800.000 camions chargés de matériaux de construction seraient nécessaires pour construire les habitations, les établissements scolaires, les structures de santé et autres infrastructures dont les Gazaouis ont absolument besoin. Pourtant, en janvier, seulement 579 camions de matériaux sont entrés dans la bande de Gaza – encore moins que les 795 du mois précédent.

Koen De Groof, expert en la matière pour Oxfam-Solidarité, revient tout juste du territoire palestinien occupé :

«Seule la fin du blocus permettrait aux Gazaouis de reconstruire leur vie. Des familles vivent dans des maisons sans toit, ni murs ou fenêtres depuis six mois. Beaucoup n’ont de l’électricité que six heures par jour et sont sans eau courante. Chaque jour qui passe sans que ces gens aient la possibilité de reconstruire met en péril davantage de vies. Il est tout à fait déplorable que la communauté internationale manque une fois de plus à ses devoirs vis-à-vis de la population gazaouie qui a tant besoin d’aide.»

Il n’y a eu aucune avancée concernant les pourparlers de fond sur une solution à long terme de la crise à Gaza, qui étaient censés être organisés après le cessez-le-feu. Oxfam appelle les deux parties à rechercher activement une solution pacifique, comprenant la fin du blocus israélien toujours en place, qui continue d’avoir un impact catastrophique sur la population gazaouie. Des tensions croissantes au sein du gouvernement d’unité palestinien exacerbent en outre la situation à Gaza.

L’an dernier, à cause de ce blocus, les exportations gazaouies de produits agricoles n’ont atteint que 2,7% de leur volume avant l’imposition du blocus. Les pêcheurs se voient toujours imposer une zone de pêche de six milles nautiques (11 km), loin des eaux les plus poissonneuses, et les agriculteurs n’ont pas accès à la majeure partie des terres les plus fertiles. La bande de Gaza reste coupée de la Cisjordanie, et la plupart de ses habitants ne sont toujours pas autorisés à en sortir. La frontière avec l’Égypte a en outre été fermée pour l’essentiel de ces deux derniers mois, empêchant des milliers de personnes de se déplacer.

Face à l’augmentation des besoins, Oxfam et ses partenaires fournissent de l’eau potable, des bons alimentaires et des soins de santé aux communautés de la bande de Gaza.

ÉTAT ISLAMIQUE – Reportage exclusif – Enquête au cœur de l’État islamique… à Paris et Bruxelles !


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« Le Califat existe. On peut le toucher. On peut y aller, en revenir, y repartir… Mais, en fait, il est partout ! Une ‘organisation terroriste’ ? C’est absurde de refuser d’appeler une chose par son nom. Ce n’est pas avec des mots qu’on peut diminuer l’importance d’une chose. » L’État islamique (DAESH) n’est pas une fable, en effet ; et cet État d’un autre genre n’existe pas seulement en Irak et en Syrie. L’État islamique s’est également étendu à la Jordanie, au Liban, à l’Arabie saoudite… À l’Égypte, à la Libye, à la Tunisie, au Maroc… Il est présent, massivement, dans tout le Maghreb. Il l’est aussi en France, en Belgique, au Royaume-Uni, en Allemagne… Il l’est dans toute l’Europe. Rencontre avec des « citoyens » de l’État islamique, à Bruxelles et à Paris, issus des ghettos arabo-musulmans… Mais pas seulement… Avec ces Musulmans d’Occident partisans du Califat, des jeunes… Mais pas seulement. Au-delà des réflexes des journaleux « bienpensants » et des donneurs de gages ballotés par l’hystérie collective du moment, la parole est à ces « barbares », à ces « terroristes », à ces « paumés en quête d’identité » et autres « illuminés »… Qui replacent l’Occident en face de ses contradictions.

« Organisation ‘État islamique’ », « Daesh » (acronyme arabe pour « État islamique en Syrie et en Irak »), « mouvement terroriste ‘État islamique’ », autant d’appellations qui, comme des formules magiques, tentent de conjurer la renaissance d’un califat arabo-musulman au cœur islamique historique d’un Moyen-Orient en pleine recomposition, en mutation soudaine et implacable.

C’est en effet le parti du déni, celui qu’ont choisi les cercles politiques et la plupart des commentateurs et des médias occidentaux, de réduire l’État islamique (EI) à la menace « terroriste » qu’il implique, se refusant à considérer à leur réelle échelle ce phénomène politique et le danger qu’il représente, mais aussi la remise en question qu’il impose aux sociétés de l’Ouest.

L’État islamique, c’est pourtant un territoire défini (certes conquis par la force, la violence et la terreur) et un gouvernement qui contrôle militairement et institutionnellement les frontières que ses combattants ont tracées, avec le soutien quasi inconditionnel d’une partie non négligeable de la population sunnite autochtone qui les a accueillis.

voir l’article ici

« Gaza est le symbole de ce qu’un pouvoir militariste et colonial peut faire de pire »


ENTRETIEN RÉALISÉ PAR ROSA MOUSSAOUI
Yonathan Shapira

Yonathan Shapira
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Ancien pilote d’hélicoptère, Yonathan Shapira a été mis au ban de l’armée israélienne en 2003 pour avoir dénoncé ses méthodes. Il soutient aujourd’hui les appelés et les réservistes qui refusent de servir à Gaza.
Tel Aviv, envoyée spéciale 
Quel est le sens du combat des refuzniks israéliens ?
Yonathan Shapira. Ces jeunes gens et ces jeunes filles qui rendent public leur refus de servir sont pour nous source d’espoir. Aucun changement ne viendra de ceux qui sont intégrés au système. Ancien pilote d’hélicoptère, Yonatan Shapira  a quitté l’armée israélienne en 2003 après avoir dénoncé ses méthodes. Il soutient aujourd’hui les appelés et les réservistes qui refusent de servir à Gaza.
Quel est le sens du combat des refuzniks israéliens ?
Yonatan Shapira. A Gaza, Israël sème la mort et la destruction. Ceux qui refusent de prendre part à cette folie en rendant public leur refus de servir sont une lueur d’espoir. Aucun changement ne viendra de ceux qui sont intégrés au système, qui larguent en ce moment même des bombes sur des enfants palestiniens. Les enfants, les adolescents subissent en Israël un lavage de cerveau orchestré par le système éducatif, par les médias. Mais certains échappent à ce formatage. lls sont comme des nénuphars flottant sur les eaux sales d’un marais d’obéissance et d’ignorance.
Ce phénomène prend-il de l’ampleur?
Yonatan Shapira. Des jeunes de plus en plus nombreux évitent le service militaire par différentes techniques. La plupart invoquent des problèmes personnels ou psychologiques. Mais ceux qui déclarent publiquement qu’ils refusent d’aller à l’armée pour des raisons politiques, à cause des crimes de guerre, de l’apartheid, de l’occupation restent encore très  peu nombreux. Il faut dire que ceux qui refusent de servir en dénonçant les massacres sont jetés en prison.
Quelles sont les conséquences pour ces objecteurs de conscience?
Yonatan Shapira. Il sont incarcérés sur décision du commandant du centre de recrutement, sans passer devant un tribunal, pour les priver de toute tribune leur permettant d’exposer publiquement les raisons de leur refus. Ils restent deux semaines à un mois en prison et lorsqu’ils en ressortent, ils sont de nouveau incarcérés. L’un d’entre eux est en prison depuis le mois d’avril, avec ce système d’aller retour. Quant aux conséquences à long terme, dans une société militarisée comme la nôtre, certains objecteurs de conscience peinent à trouver du travail.
Pour vous, quel fut le point de basculement?
Yonatan Shapira. Je n’ai pas autant de mérite que ces jeunes objecteurs de conscience. Je me suis engagé dans l’armée, j’ai servi durant de longues années comme pilote d’hélicoptère. Longtemps témoins des méthodes de cette armée, j’ai finalement ouvert les yeux et pris conscience que je me battais du mauvais côté. Je ne voulais plus être l’un des rouages de ce système de violence, qui sème la mort et la destruction. Je n’ai pas, moi même, appuyé sur les déclencheurs qui larguent les bombes. Mais peu importe. J’étais responsable de servir un tel système.
Comment jugez-vous la  guerre en cours à Gaza?
Yonatan Shapira. Ce massacre d’innocents est un crime contre l’humanité. C’est pour Israël une façon brutale de tenter de détruire l’unité entre le Hamas et le Fatah, en prenant pour cible 1, 8 millions de personnes. Nous ne devrions pas oublier que cette guerre a été précédée d’une opération folle en Cisjordanie. Des Palestiniens ont été tués, près de 500 d’entre eux ont été kidnappés et jetés en prison, en guise de réaction au meurtre des trois adolescents israéliens. Gaza est le symbole de ce qu’un pouvoir militariste et colonial peut faire de pire.
Dans une situation si grave, comment imaginer encore un chemin de paix? 
Yonatan Shapira.  À  mes yeux, entre le Jourdain et la mer, chacun, qu’il soit juif, chrétien ou musulman, athée,  devrait être libre d’aller et venir, de vivre où il veut, de quitter le pays et d’y revenir. Ce qui fait aujourd’hui obstacle à la paix, c’est cette classe d’Israéliens qui se croit supérieure aux gens qui vivent sur cette terre. Ils appellent cela « démocratie » mais en pratique, Israël contrôle la vie de près de 4 millions de personnes dont les droits sont confisqués. Peu importe la forme, l’essentiel  est que tous puissent vivre sur cette terre en citoyens égaux, qu’il y ait ou non des frontières.

Nucléaire: faut-il s’inquiéter de la situation de Tihange et de Doel?


BELGIQUE | Mis à jour le vendredi 20 février 2015 à 9h03

En Syrie, le régime continue à massacrer les civils


Le Point – Publié le 23/02/2015 à 12:33

Alors que le monde entier a les yeux rivés sur les exactions commises par les djihadistes de l’EI, Bachar el-Assad continue de bombarder les Syriens.

Les enfants de Douma enfermés dans une cage pour dénoncer les bombardements du régime syrien.
Les enfants de Douma enfermés dans une cage pour dénoncer les bombardements du régime syrien. © ABD DOUMANY / AFP
Par , À BEYROUTH

L’image, forte, a fait le tour du monde. Au milieu d’immeubles en ruine et enfermés dans une cage, une dizaine d’enfants syriens engoncés dans des combinaisons orange brandissent des pancartes rappelant aux médias leur devoir d’exhaustivité : « Nous avons vu vos médias quand le pilote jordanien s’est fait brûler, mais nous ne les avons pas vus quand les enfants de Douma se sont fait brûler. » Diffusée le 15 février, cette photo prise à Douma, en banlieue de Damas, attire l’attention sur le fait que le pilonnage des civils auquel se livre l’armée syrienne n’est pas moins cruel que l’immolation d’un militaire jordanien par les djihadistes de l’organisation État islamique (EI).

Alors que le monde entier a les yeux rivés sur les atrocités commises par l’EI, Bachar el-Assadcontinue de tuer les civils syriens en toute impunité. Depuis le 1er février, Douma, située dans la Ghouta orientale à une dizaine de kilomètres au nord-est de Damas, subit des attaques sans précédent. Si les bombardements du régime ne cessent jamais vraiment dans cette ville contrôlée par les rebelles depuis octobre 2012, les dix premiers jours du mois ont été particulièrement meurtriers. « Du 1er au 9 février, le régime a bombardé tout le secteur de la Ghouta orientale comme jamais il ne l’avait fait auparavant », témoigne Ahmad*, un médecin travaillant dans un centre médical de Douma joint par Skype. « Il y a eu 114 attaques dont 84 juste sur Douma. »

Le nombre de victimes est proportionnel à l’intensité des bombardements. « Le régime a visé les lieux fréquentés par les habitants, notamment des écoles, c’est pour cela qu’on a un grand nombre de personnes tuées », continue le médecin. « 120 personnes sont mortes en seulement une semaine. » Ahmad précise que parmi ces victimes, au moins 40 sont des enfants. Selon le Centre de documentation des violations (VDC), organisation indépendante qui répertorie les violations des droits de l’homme en Syrie depuis avril 2011, pas moins de 1 000 personnes ont aussi été blessées.

« Brûlés vifs »

« Le 5 février a été vraiment horrible », déplore Hassan*, un activiste des comités locaux de coordination (LCC) présent sur place que nous avons contacté par Skype. « En un seul jour, il y a eu 35 raids aériens sur Douma, on a identifié les corps de 22 victimes et une vingtaine d’autres étaient méconnaissables. » Écoles, marchés : les lieux de vie ont été visés en priorité. Hassan estime que le 9 février a été le jour le plus meurtrier : « Le souk de Douma a été bombardé, plus de quarante personnes sont mortes et quand je suis arrivé, on a retrouvé des corps brûlés vifs », décrit-il. « D’autres personnes étaient brûlées à plus de 60 %, autant dire qu’elles étaient condamnées à mourir, on les a enterrées peu après. »

Pharmacien de formation, Hassan explique que venir en aide aux grands brûlés est extrêmement difficile à Douma : pour faire pression sur cette ville prise par les rebelles, le régime a mis en place un véritable blocus depuis octobre 2013. Il est interdit à quiconque d’entrer ou de sortir de la ville, et d’y introduire nourriture et médicaments. Seule une livraison exceptionnelle du Croissant rouge a été autorisée en novembre dernier.

Pénurie de médicaments et matériel médical

La ville fait donc face à une pénurie de fournitures médicales fatale pour les blessés : « Les brûlures entraînent une insuffisance rénale aiguë qui doit normalement être traitée par l’usage de divers sérums, mais nous n’avons rien à Douma », poursuit Hassan. « On fabrique nos propres médicaments, mais ils sont de très mauvaise qualité et il n’y a aucune stérilisation quand on soigne les blessés. »

« Comment sauver des vies sans médicaments ? » se désespère Ahmad, le médecin. « On a dû venir en aide aux victimes qui se trouvaient dans un immeuble de quatre étages qui s’est effondré après un raid du régime. » Le médecin décrit avoir été « hystérique » devant son impuissance : « On a essayé de faire notre possible pour sauver des vies, mais on est arrivé à un point où on ne peut plus rien faire », regrette-t-il. « Il y avait plus de dix personnes brûlées au troisième degré, dont trois enfants et plusieurs cas d’amputation aussi. »

L’organisation Médecins sans frontières, qui soutient des cliniques dans la Ghouta orientale, dénonce ces attaques. « Le nombre de patients soignés dans les hôpitaux qu’on supporte est arrivé à saturation », a expliqué à l’Agence France-Presse le directeur des opérations de MSF Bart Janssens. L’ONG précise que deux des structures qu’elle soutient ont été bombardées le 5 février. « Parmi les victimes se trouvent beaucoup de femmes et d’enfants », regrette Hassan. « Le régime dit viser l’Armée de l’Islam, qui est le groupe rebelle le plus fort à Douma, mais en fait il tue des enfants ! »

Divisions

L’offensive de l’armée syrienne sur Douma a été lancée après que le groupe rebelle salafiste de l’Armée de l’Islam a attaqué le centre de Damas avec des obus et roquettes le 5 février dernier. Une dizaine de civils sont morts dans cette opération. Deux jours plus tôt, leur chef, Zahran Allouch, avait prévenu qu’il riposterait aux bombardements du régime sur Douma : depuis le début de l’année, toute la région de la Ghouta orientale subit en effet des attaques aériennes aussi intenses qu’aléatoires.

Selon le VDC, 150 civils avaient déjà péri dans les bombardements du régime en janvier 2015, dont 60 à Douma. « Au final, l’attaque de l’Armée de l’Islam sur Damas a engendré des représailles dont sont victimes les civils », constate Hassan devant la détermination de l’armée syrienne à écraser toute velléité des rebelles. Très divisés sur le terrain, leur action ne fait pas l’unanimité. L’Armée de l’Islam s’oppose en effet régulièrement à d’autres groupes armés pour le contrôle de la ville. Son chef est aussi soupçonné d’être responsable de la disparition de l’avocate et militante des droits de l’homme Razan Zaitouneh, fondatrice du VDC, ainsi que de trois autres activistes. Enlevés par des hommes armés en décembre 2013, ils sont toujours portés disparus.

* les prénoms ont été modifiés par mesure de sécurité

source

Egypte. «La prison en nous»


Publié par Alencontre le 21 – février – 2015

Ahmed Maher, Ahmed Douma (g.) et Mohamed Adel (d.)  du Mouvement du 6 Avril, au Caire, le 22 décembre 2013

Par Alia Mossallam

Il y a environ un mois, je suis allée rendre visite à un ami en prison.

Peu importe qui était-ce, elle ou lui, car il y a maintenant des centaines de jeunes hommes et femmes dans les prisons d’Egypte en raison de la nouvelle loi sur les manifestations [1]. Les prisons sont pleines à craquer d’adolescents, d’étudiants, de pères, de frères, de filles et de fils uniques. Elles sont pleines à ras bord de rêveurs et d’idéalistes et d’âmes courageuses qui se sont aventurés dans les rues pour réclamer la libération de leurs ami.e.s, camarades, frères et sœurs. Nos prisons détiennent également en captivité des gens qui ont été arrêtés dans les postes de police où ils se sont rendus à la recherche de leurs proches, des étudiants qui ont assisté à des funérailles «massives», des personnes dans les stations d’essence affiliées à l’armée, qui avaient pourtant des autorisations, et même des manifestants qui se tenaient à l’extérieur des tribunaux appelant à juger l’assassin de Khaled Saeed [2].

Nos prisons sont pleines de jeunes en fin d’adolescence et au début de la vingtaine. Vous vous rappelez de votre fin d’adolescence et du début de la vingtaine? C’est ce moment où nous émergeons dans le monde, quand nous commençons à appliquer nos imaginations vierges à la réalité, imaginations pas encore contaminées par la pratique et l’expérience qui nous rappellent constamment que certaines choses ne sont pas possibles. Nous croyons que nous pouvons faire la loi qui nous sied parce que, évidemment, les lois sont là pour rendre la justice. Nous croyons que les gouvernements peuvent nous rendre des comptes. Mais plus que toute autre chose, nous croyons fermement que nous pouvons changer le monde.

Sanaa Seif est l’une des nombreux/ses militant.e.s qui se sont chargé.e.s d’entrer en contact avec les jeunes détenu.e.s qui sont peu connu.e.s et n’ont pas fait l’objet de campagne. Elle était constamment en contact avec leurs familles, faisant des journées de déplacement aux prisons se trouvant en dehors du Caire.

La dernière fois que je l’ai vue, environ une semaine avant son arrestation, elle a raconté l’histoire d’un jeune homme qui avait été arrêté et détenu dans une cellule de la prison de Fayoum. Elle avait rejoint sa famille lors de leur visite hebdomadaire: un voyage d’une journée à la prison de Fayoum, une attente de cinq heures au soleil, pour une visite de 10 minutes. Ce détenu avait demandé à sa famille de la contacter, afin qu’elle puisse aider pour une campagne en vue d’exiger de meilleures conditions de détention. Ce jeune homme a été maintenu dans une cellule de prison qui était dépourvue de lumière, et était constamment soumis à des attaques à l’intérieur de sa cellule solitaire obscure, où les agents de sécurité venaient piller ses affaires, à la recherche de quelque chose qu’il n’avait nécessairement pas. Ces attaques soudaines et violentes sont des formes de torture psychologique. Vous ne savez jamais quand il faut s’attendre à la venue de ces agents, vous ne savez jamais ce qu’ils recherchent, et vous ne savez jamais ce que votre destin pourrait être s’ils décident de «trouver» quelque chose à retenir contre vous.

Lors de sa visite, le jeune détenu a essayé de lâcher autant d’informations qu’il le pouvait dans les 10 minutes, tournant constamment la tête pour regarder derrière lui quand il lui parlait. Au milieu de la visite, un officier était venu se tenir derrière cet ami de Sanaa et avait crié – pour une raison ou une autre – que celui-ci portait un t-shirt de couleur non conforme. Sans hésiter, et tout en continuant à expliquer les conditions de sa détention à Sanaa, il ôta le t-shirt et le jeta de côté. Le détenu sachant que l’agression était une tentative de perturber la visite – déjà trop courte –, il essaya par tous les moyens de la contrecarrer.

Elle décrit, en pouffant de rire, comment il a continué à parler de ses conditions, insistant sur le fait qu’elle devait se concentrer en griffonnant ses mots, tandis que le détenu était assis là sans son t-shirt.

Cette histoire, comme beaucoup d’autres, me fait beaucoup penser aux nombreux cas similaires dont nous ne savons pratiquement rien. Combien parmi les meilleur.e.s d’entre nous, les plus jeunes d’entre nous, se trouvent dans des cellules obscures, solitaires, certain.e.s avec de longues peines, d’autres encore sans procès du tout, soumis.e.s jour après jour à différentes formes de torture, qui continuent à être pratiquées parce qu’elles ne font pas l’objet d’une grande attention des médias pour les arrêter.

Le jour qui a précédé la visite à mon ami en prison, j’avais des nœuds dans l’estomac. J’étais excitée de voir un ami qui me manque. J’étais nerveuse de ne pas savoir à quoi m’attendre. J’avais peur d’être émue ou consternée au point de vouloir laisser tomber. Je voulais être pleine de bonnes nouvelles, et de choses pour rire. Je voulais lui raconter des histoires sur nos enfants et j’ai fait des listes de tout ce qui est rayonnant. Je voulais, plus que toute autre chose, voir et entendre comment il va.

Quand nous sommes arrivés à la prison, nous nous sommes « enregistrés », et avons attendu jusqu’à ce que nous ayons été informés que notre tour allait venir. Nous faisions la queue avec d’autres familles, jusqu’à ce que nous fussions admis. Après plusieurs recherches, nous sommes finalement arrivés à une sorte de grande cour intérieure bétonnée, une salle rectangulaire avec un banc en béton tout autour. Nous sommes entrés, et avons essayé de nous déplacer entre les amas de provisions que nous avions achetées pour lui et d’autres détenus: de la nourriture, des boissons, des livres, des lettres et du linge blanc frais. La salle était bondée de familles; des mères, des filles, des maris et des frères de prisonniers. Tout le monde s’occupait des provisions, ou se redressait en préparation pour la visite.

Et puis tous nos proches sont entrés, habillés en blanc, comme une bouffée d’air frais. La salle a été inondée d’amour… un genre vrai, extrême, intense de l’amour qui vient de quelqu’un qui nous manque, quelqu’un qu’on aime, qui vient aussi de l’inquiétude au sujet de quelqu’un, et du sens haletant de l’amour d’une réunion tant attendue.

La famille devant nous et plus proche de la porte était celle du fils d’un homme politique important d’un autre bord politique, certainement pas le nôtre. Sa famille (frères, épouse, sœurs) est venue avec de grands bocaux de cornichons, et d’autres types d’aliments, et il était habillé en bleu. Derrière nous, il y avait un camarade à qui la femme et un autre parent étaient venus rendre visite. En face de nous, de l’autre côté de la pièce, deux femmes étaient venues pour voir leurs époux. Elles avaient le visage entièrement voilé et l’une d’elles avait son fils de quatre ou cinq ans. Les deux couples étaient assis sous une séparation de fortune – une invention des prisonniers, consistant en une couverture fixée au mur. Ils se sont cachés derrière la couverture et, pour un cas, seule la femme pouvait se cacher, dans une tentative de créer un moment d’isolement, ou peut-être juste pour un petit moment d’intimité, dans un petit enclos où ils pourraient être ensemble comme ils le feraient ailleurs.

Le dernier des six prisonniers avait reçu le plus grand nombre de visiteurs. Un groupe semblait être la mère, des sœurs, l’époux et les enfants. Ils avaient mis en place un pique-nique, avec sucreries et mets salés, boissons chaudes et froides, et le bavardage et l’air de joie qui accompagnent tels événements. Ils abandonnèrent le banc et se sont assis sur la grande couverture carrée qu’ils avaient mise en place avant qu’il entre.

Tout le monde dans cette pièce s’était préparé pour cette visite. Chacun avait fait de longues listes de toutes les histoires qu’il pourrait raconter, de tout le bonheur qu’il pourrait apporter, de toute la vie qu’il pourrait relater en cette heure d’existence grise-béton.

J’avais espéré apporter de la fraîcheur à ce que j’imaginais une existence fade, mais il y avait tant d’amour intensifié en cette heure que je me suis sentie rajeunie juste d’être là. Je me suis sentie très humble. Je me suis sentie soulagée. J’ai senti, à un moment où j’avais perdu tant d’espoir dans le possible, quand j’ai senti tant d’amertume et de déception envers beaucoup de gens, que j’ai été en quelque sorte désaltérée. Tout ce que je voulais faire était oublier tout ça, pour voir mon ami, pour écouter ses analyses, ses plans pour ce que nous devons et devrions faire pour changer les choses, et regarder les enfants courir se précipitant pour se jeter dans les bras de leur père, jouer à «cache-cache», et donner de l’émotion au béton.

Quand les gardes nous ont avertis que les visites se terminaient, l’atmosphère de l’amour désespéré était devenue plus lourde. Avec un air d’urgence, certains faisaient des listes de leurs besoins, d’autres ont raconté des histoires plus rapidement, et les couples en face de nous disparurent derrière leurs couvertures. Tous se rapprochaient les uns des autres.

Ensuite, les gardes ont annoncé que les visites étaient terminées. Les détenus se sont levés, et commencèrent alors les au revoir. Les gens se retournaient pour cacher leurs larmes, tandis que d’autres respiraient l’émotion de leurs dernières étreintes, tout en gardant leurs visages si proches et en chuchotant leurs dernières assurances. L’ami à notre gauche étreignit sa femme une dernière fois, et tandis qu’il s’éloignait, un seul sanglot lui échappa. Il se précipita et l’embrassa avec une telle force et passion, je luttais pour ne pas m’effondrer.

Alors que notre ami se préparait à quitter la pièce, il demanda, à la hâte: «Qu’est-ce qui se passe à l’extérieur? Vous ne m’avez pas dit ce qui se passe à l’extérieur!» Je l’ai regardé choquée, puis j’ai regardé vers mon autre amie, qui, elle aussi, était nouvelle pour les visites. «A l’extérieur? Nous avons commencé avec des nouvelles de Gaza», lui dis-je. Il a ri, en disant: « Non à l’extérieur de l’Egypte – l’extérieur, extérieur!»

Lorsque les gardes se sont introduits pour nous précipiter dehors, nous avons jeté quelques bribes de nouvelles auxquelles il a répliqué une à une. Dans une ambiance d’excitation et de confusion extrême, nous avons essayé de caser le plus possible de notre monde dans ces dernières minutes – événements ou idées pour y réfléchir. Bien que Dieu sache combien il nous en a chargés.

Et puis nous les avons quittés. Nous tous les avons laissés derrière nous. Il était temps pour eux de retourner à leurs cellules, mais la fin de la visite interviendrait quand nous quitterions la cour et qu’ils seraient attachés et reconduits escortés vers leur cachot. Il se tenait là et nous regardait partir. Nous avons quitté cette pièce en béton pleine de vie, pour nous retrouver dans cette existence stérile, brunie par le soleil, que nous menions impuissants à l’extérieur.

Les meilleurs d’entre nous sont dans ces prisons. Les meilleurs d’entre nous sont enfermés, pour avoir parlé, écrit et réuni des documents contre l’injustice. Les meilleurs d’entre nous sont enfermés par peur qu’ils puissent nous libérer de notre propre existence injuste et fétide. Fragile est notre existence. Ces vagues d’arrestations n’ont épargné que les silencieux; mais peut-on rester silencieux pour toujours? (Paru dans Mada Masr, 17 septembre 2014, traduction de l’anglais par Rafik Khalfaoui)


[1] Il s’agit d’une loi entrée en vigueur en novembre 2013, dite la loi «anti-manifestations», qui interdit de fait les rassemblements et les protestations et donne autorité au ministère de l’Intérieur pour les disperser par la force.

[2] Khaled Mohamed Saeed est un jeune Egyptien qui a été battu à mort par la police le 6 juin 2010 à Alexandrie. Il est devenu un symbole de la lutte contre la répression policière et contre la dictature. La médiatisation de son martyre a contribué au déclenchement de la révolution égyptienne de 2011 qui renversa Hosni Moubarak [Note du traducteur].