Paroles de réfugiés


Ils sont réfugiés et n’ont jamais été aussi nombreux. Selon les chiffres fournis par l’ONU, plus de 51 millions d’êtres humains sont contraints de vivre sur une terre qui n’est pas la leur. Parqués dans des camps à travers le monde, certains survivent sous des tentes ou dans des baraques en tôle, d’autres sont hébergés pendant des années dans des centres collectifs bien établis. Plus de la moitié sont localisés en Asie et près de 29 % en Afrique.

Réfugiés Irakien  dans le camp de Kawergosk.

Qui sont-ils ? Pourquoi sont-ils arrivés là ? Quel est leur avenir ? C’est pour répondre à ces différentes questions et raconter leur(s) histoire(s) que les équipes d’Arte Reportage, en partenariat avec l’UNHCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, sont parties à leur rencontre au Népal, en Irak, au Liban et au Tchad. Dans la foulée, seize artistes (réalisateurs, écrivains, photographes et auteurs de bandes dessinées) se sont installés trois semaines dans ces camps et ont rapporté des récits très personnels de leur expérience. « L’idée était qu’ils proposent une vision singulière et sans contrainte formelle d’un univers que beaucoup d’entre eux ont découvert », explique Philippe Brachet, rédacteur en chef d’Arte Reportage, dans le dossier de présentation de la série.« Ce sont des regards différents de celui des journalistes. »

C’est le cas pour les cinéastes Régis Wargnier et Pierre Schoeller, qui livrent deux films très personnels. Le premier s’est installé dans le camp de Beldangi, au Népal, et a choisi de suivre une famille du Bhoutan engagée dans un processus de réinstallation aux Etats-Unis. Le second est allé à la rencontre de réfugiés syriens au Kurdistan irakien, où il a confié aux réfugiés des caméras dont il a utilisé une partie les images. « Avant de filmer, je n’avais aucune idée de la vie d’un réfugié, même si enfant j’ai vécu un grand déracinement en tant que fils de militaire, confie Régis Wargnier. Mais je me suis rendu compte que, tout au long de ma vie professionnelle, j’avais été confronté à des refugiés, que ce soient les Palestiniens au Liban avec Volker Schlöndorff pour Le Faussaire ou les Mongs en Guyane avec Francis Girod pour L’Etat sauvage ». Au Népal, où il est arrivé sans aucune préparation, le cinéaste a d’abord essayé de « comprendre avant de filmer ». « J’étais très maladroit, raconte-t-il. J’ai d’abord gardé les yeux grands ouverts, observé, puis j’ai filmé et tenté de raconter une histoire. »

Réfugiés Bhoutanais.

 

Pour chaque réalisateur de la série, ce fut aussi de nombreuses et longues discussions avec les représentants des ONG qui ont expliqué les détails de leurs travaux. « Pour moi, il n’y a pas de différences entre la fiction et le documentaire, c’est la même approche », dit Pierre Schoeller, qui s’est fait remarquer en 2011 avec son film L’Exercice de l’Etat et le téléfim Les Anonymes pour Canal+. Quant à savoir si cette série documentaire peut fairebouger les choses, chaque contributeur ose l’espérer. « Je cherche surtout à donner un sens à la réalité », affirme Régis Wargnier. C’est réussi.

 

« Let My People Go », samedi 13 septembre à 18 h 35 sur Arte et sur arte.tv/refugies

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Affaire Aarrass: l’État belge condamné en appel


Baudouin Loos
Mis en ligne jeudi 11 septembre 2014, 16h13

Le prisonnier belgo-marocain doit bénéficier de l’assistance consulaire.

Ali Aarrass, ce Belgo-Marocain condamné pour « terrorisme » à douze ans de prison au Maroc sur la base d’aveux extorqués sous la torture, doit bénéficier de l’assistance consulaire de la Belgique. C’est la décision, datée du 9 septembre mais connue ce jour, de la Cour d’appel de Bruxelles siégeant en référé. La cour confirme ainsi le jugement de première instance, qui constituait déjà un camouflet pour la Belgique qui considérait que la double nationalité du condamné lui ôtait tout devoir à son égard.

«  La Cour d’appel précise même, communiquent les avocats du condamné, que des visites hebdomadaires devraient lui être rendues. Une astreinte de 100 € par jour de retard à exécuter cette décision de justice a été ordonnée, afin de s’assurer du bon respect de ses obligations par l’État belge.  »

Pour les conseils du condamné, «  cette nouvelle victoire met du baume au cœur des proches d’Ali Aarrass. Toutefois, ils demeurent extrêmement préoccupés de sa situation. En effet, dans sa prison marocaine, toujours entouré par des personnes l’ayant maltraité, physiquement et/ou psychologiquement, Ali Aarrass reste la proie des malveillants et continue à subir d’intenses pressions  ».

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A tous ceux qui envisagent d’aller en #Syrie pour le "jihad"; voilà pourquoi il faut y renoncer


publié en janvier mais toujours valable en pire  avec l’acion de l’Etat islamique

Même si vos intentions et vos motivations pour aller faire le "jihad" en Syrie sont à priori louables, il y a des dizaines de raisons pour y renoncer.

Le jihad dans l’islam a des conditions qui doivent être TOUTES remplies pour pouvoir le qualifier ainsi.

Pour le cas de la Syrie, ces conditions ne le sont pas, donc, aller en Syrie pourrait vous mettre dans une position contradictoire avec les principes de l’islam, ce qui n’est à priori pas votre souhait.

Il y a en Syrie quelques « combattants » qui vont, certes, vous accueillir et vous promettre de vous aider à vous battre au nom de l’islam et éventuellement obtenir la « shahada » et le paradis…

- Êtes-vous sûr que ces gens savent de quoi ils parlent ?
– Pensez-vous qu’ils mènent un combat cohérent avec ce qu’ils vous racontent ?
– Respectent-ils, eux-mêmes, les conditions du jihad avant de vous pousser dans l’inconnu ?

L’expérience démontre que vous n’avez aucune certitude sur qui vous allez tomber une fois vous êtes dans le territoire syrien… même si l’on vous donne TOUTES les garanties que vous serez bien accueilli par des gens qui vont vous aider à accomplir votre "devoir".

Certains groupuscules qui se battent en Syrie au nom de l’islam commettent des crimes, ils tuent des innocents au nom de l’islam. Autrement dit, faire partie de leur groupe ferait de vous un CRIMINEL selon toutes les normes Y COMPRIS selon les celles de l’ISLAM. Ceci est très clair dans le coran (l’une des deux références des musulmans) :

*** مَن قَتَلَ نَفْسًا بِغَيْرِ نَفْسٍ أَوْ فَسَادٍ فِي الْأَرْضِ فَكَأَنَّمَا قَتَلَ النَّاسَ جَمِيعًا وَمَنْ أَحْيَاهَا فَكَأَنَّمَا أَحْيَا النَّاسَ جَمِيعًا ***

Voici une traduction ::

« Quiconque tuerait une personne non coupable d´un meurtre ou d´une corruption sur la terre, c´est comme s´il avait tué tous les hommes. Et quiconque lui fait don de la vie, c´est comme s´il faisait don de la vie à tous les hommes ».

- Qui pourrait décider qu’une personne doit être tuée ?
– Êtes-vous sûr qu’une fatwa lancée par des personnes qui n’ont ni les connaissances de l’islam ni la légitimité nécessaire vous couvriraient d’un tel acte contradictoire à l’islam ?

Non, si vous le faites, sachez alors que vous êtes SEUL responsable de vos actes aussi bien devant dieu que devant les lois de la république.

Il ne faut pas oublier que le vrai jihad, qui signifie l’effort, comporte des priorités dans la vie d’un musulman. Le prophète de l’islam a qualifié le jihad-combat (quand ses conditions sont remplies) du petit jihad… il a qualifié de grand jihad celui qui consiste à prendre soin de votre mère, père, frères et sœurs, époux ou épouse, enfants… c’est-à-dire, assumer vos responsabilités vis-à-vis d’eux… et là, vous allez atteindre votre objectif pour lequel vous œuvrez.

*** Si vous souhaitez combattre le régime, son terrorisme et sa tyrannie sanguinaire, alors, vous devez savoir ce qui se passe sur le terrain. En effet, certains groupuscules qui se battent au nom de l’islam ont été fabriqués par ce régime ou ont été infiltrés par lui, c’est pour cela que certains groupuscules commettent aujourd’hui des massacres contre les civils, contre l’opposition syrienne qui se bat depuis plus de deux ans pour libérer la Syrie… le tout en coordination avec les miliciens du régime Assad et ses alliés.

*** Si vous voulez aider le peuple syrien et sa révolution et rester fidèle aux objectifs "Liberté et Dignité" alors, vous avez d’autres alternatives :

1/ Il y a d’abord l’information, sensibiliser nos concitoyens en France et ailleurs sur les pratiques et crimes du régime, parler du combat que mène le peuple syrien et les sacrifices qu’il a consentis, condamner l’inaction ou l’action insuffisante de la communauté internationale face aux crimes de guerre et crimes contre l’Humanité perpétrés en Syrie par le régime, ses alliés et les groupuscules imposteurs qui se battent avec une étiquette "islamistes"…

2/ Il y a également l’aspect humanitaire. Il y a à ce jour plus de 2,4 millions de syriens réfugiés dans les pays limitrophes à la Syrie, certaines organisations non gouvernementales (ONG) sont présentes pour leur apporter de l’aide. Contactez-les et demandez à en faire partie… croyez-moi, ça, c’est du grand jihad.

Quoi qu’il en soit, partir en Syrie ou dans les pays voisins n’est pas une décision anodine, cela comporte de grands risques et doit être murement réfléchie, ce doit obéir à des règles strictes.

Ne vous mettez pas hors la loi vis-à-vis de la république, informez-vous, demandez des conseils autour de vous… pour que le combat que vous souhaitez mener soit juste à tous les points de vue.

@RevolutionSyrie
30 janvier 2014

Bachar al-Assad contesté dans sa famille et sa communauté


La menace que l’Etat islamique (Da’ech) fait aujourd’hui peser en Irak et en Syrie a finalement contraint les Etats-Unis et les Etats démocratiques à prendre la mesure des dangers auxquels les exposait leur indifférence prolongée pour les souffrances du peuple syrien. Alors qu’ils pourraient être obligés de sortir bientôt de leur indécision, principale raison de leur immobilisme, il est cocasse de lire ou d’entendre des hommes politiques, des députés, des chercheurs et des experts suggérer à ces même Etats de faire confiance, s’ils devaient intervenir en Syrie, au… Costa Concordia !

Le Costa Concordia remis à flot (©EPA)

Comme cet ex- fleuron de la marine de loisir, Bachar al-Assad, au profit duquel ils plaident explicitement ou implicitement en dressant de lui un tableau flatteur déconnecté de la réalité, ne se maintient à la surface depuis la fin de l’année 2012 que grâce aux énormes flotteurs qu’ont constitué pour lui les milliers de mercenaires, recrutés du Liban à l’Afghanistan avec l’aide de l’Iran dans l’ensemble du monde chiite. En dépit de leur taille ces adjuvants inélégants risquent d’être bientôt insuffisants pour empêcher le navire de sombrer, les défaites militaires consécutives subies par les forces du pouvoir provoquant des remous et des critiques contre le capitaine du bateau, dont les compétences sont mises en doute à haute voix par des membres mêmes de son équipage.

A ceux qui, pour influencer les arbitres de la situation en faveur de leur poulain, affirment que les forces de Bachar al-Assad sont dans "une dynamique de victoire" et qui se déplacent d’une chaine de radio à l’autre en chantant sur l’air des lampions "Bachar il a gagné, Bachar il a gagné", on rappellera brièvement que :
– désignée objectif prioritaire après la reconquête de Qousseir, au début du mois de juin 2013, la ville d’Alep reste en majorité entre les mains de l’Armée syrienne libre et de ses alliés ;
– la prise de Yabroud n’a nullement mis fin à la résistance du Qalamoun, dans lequel les groupes armés font subir au Hizbollah et à l’armée régulière de lourdes pertes, les morts seuls se comptant par centaines ;
– en dépit de bombardements quotidiens et du recours à des gaz asphyxiants, les forces pro-régimes ne sont pas encore parvenues à s’emparer de certains quartiers de Damas et de quelques agglomérations du gouvernorat de Damas campagne, auxquelles elles n’ont d’autre solution que de proposer des trêves ;
– les "rebelles" ont progressé ces dernières semaines dans le gouvernorat de Daraa, en dépit des difficultés qu’ils rencontrent dans leurs relations avec le Front de Soutien ;
– le régime est en passe d’être chassé de celui de Qouneitra et en particulier de la zone tampon avec les forces israéliennes ;
– après la prise de Morek, les révolutionnaires avancent aujourd’hui dans le gouvernorat de Hama en direction de son aéroport militaire ;
– l’aéroport de Deïr al-Zor est désormais sous la menace directe d’une opération de l’Etat islamique qui mettrait fin à toute présence du régime dans ce gouvernorat aussi…

Au cours des mois de juillet et d’août 2014, l’Etat islamique s’est emparé des dernières implantations de l’armée régulière dans le gouvernorat de Raqqa, capturant et exécutant dans la foulée plus d’un milliers de soldats et d’officiers, dans une stratégie de terreur destinée à démontrer tout à la fois sa force, sa résolution et son impunité. Or, si la cruauté manifestée à cette occasion par le groupe radical a choqué l’ensemble des Syriens, elle est aussi à l’origine de critiques aussi sévères qu’inhabituelles de partisans inconditionnels du pouvoir en place contre les plus hauts responsables de l’Etat-major et de la Défense. Elles visent en réalité, sans pouvoir la nommer, la personne même de Bachar al-Assad, commandant en chef de l’Armée et des Forces armées syriennes, qui porte la responsabilité de toutes les décisions politiques, sécuritaires et militaires en Syrie. Elles témoignent d’une perte de confiance dans les rangs des soutiens traditionnels du régime, qui prennent enfin conscience que leur vie et celle de leurs proches comptent peu pour celui dont la seule préoccupation, en dépit de l’accumulation des morts et de l’aggravation quotidienne des destructions, est de se cramponner ad vitam aeternam à son poste et à ses privilèges.

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La première salve de critiques ou du moins la plus bruyante a été tirée après la chute du camp de la 17ème division entre les mains de Da’ech, le 24 juillet. Ce qui a particulièrement attiré l’attention, c’est qu’elle émanait d’une parente du chef de l’Etat, sa cousine Falak al-Assad, fille de Jamil al-Assad et d’Amina Aslan. Mariée à un autre cousin, Qousaï Ali Aslan, elle a laissé libre cours à sa colère le 26 juillet, au lendemain de la diffusion par Da’ech d’une photo montrant le cadavre décapité du colonel Samir Aslan, l’un de ses cousins par alliance, qui était à la fois le chef de la Sécurité militaire à Raqqa et l’officier responsable de la 17ème Division.

Elle écrivait : "A quelques jours de distance, chute du champ pétrolier d’al-Cha’er et désastre de la 17ème Division… Ces jours ont suffi pour mettre en lumière l’extrême faiblesse des responsables militaires, sécuritaires et médiatiques, qui ne pensent à rien d’autre qu’à se remplir les poches, fut-ce au détriment du sang des martyrs… Où sont les grands chefs militaires ? Cela faisait 2 ans que la division était encerclée. Da’ech avait annoncé qu’elle s’en emparerait avant la fête… Où sont passés le soutien, les avions, les armes stratégiques ? A moins que leur rôle se réduise à récupérer et à voler ? La sécurité n’a-t-elle pour mission que de rechercher ceux qui ont fait l’objet de rapports, de poursuivre les détenteurs de dollars et de les rançonner, à inventer des histoires et à terroriser les simples citoyens et les commerçants, à faire du business et de la contrebande dans les ports et les aéroports ? Si les fils de responsables se trouvaient avec leurs camarades au service de la Patrie, nous l’aurions certainement déjà emporté… Il n’y aura de victoire que lorsque des hommes honorables seront installés aux postes de décision".

Son exaspération envers les responsables militaires, dont l’incompétence ou la corruption avaient contribué à l’issue dramatique des combats pour la possession du camp, était justifiée par les interrogations sur les circonstances exactes de sa capture et le sort de ses occupants. Pourquoi le régime n’avait-il pas répondu aux appels à l’aide lancés par les officiers qui savaient l’attaque imminente ? Pourquoi les bombardiers du régime avaient-ils interrompu leurs vols de soutien après quelques passages, au cours de la journée du 24, tirant davantage sur la ville de Raqqa que sur les forces de Da’ech ? Comment une petite centaine d’officiers et de soldats étaient-ils parvenus à gagner à pied le casernement du 93ème régiment, à près de 45 kilomètres, alors que la région est tenue et quadrillée par le groupe radical ? Le camp abritant quelque 1 500 militaires au moment de sa capture, qu’était-il advenu de ceux dont les noms ne figuraient ni parmi les victimes (105), ni parmi les rescapés (97) ?

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Une autre salve est venue d’un autre cousin du chef de l’Etat, Douraïd al-Assad, dont le père n’est autre que Rifaat al-Assad et dont la mère appartient à la famille Makhlouf. Il a lui aussi laissé éclater son irritation en réclamant sur sa page Facebook, le 28 août, au lendemain de la chute de la base de Tabqa, dernière emprise du régime dans le gouvernorat, "la mise à pied du ministre de la défense, celle du chef d’état-major, celle du commandant des forces aériennes, celle du ministre de l’Information, et celle de de tous ceux qui sont impliqués dans la chute de l’aéroport militaire de Tabqa et qui portent la responsabilité de la capture et de l’assassinat de centaines de soldats de l’armée arabe syrienne. Ils doivent être déférés devant une cour spéciale".

Le nom même de Bachar al-Assad n’a évidemment été mentionné ni par l’un, ni par l’autre de ses cousins. Mais le destinataire ultime de leurs messages d’insatisfaction ne fait aucun doute. Lorsqu’ils demandent le limogeage du général Fahd al-Freij, le ministre de la Défense surnommé par les partisans du régime "ministre de la Mort", et le renvoi du général Ali Abdallah Ayyoub, le chef d’état-major, ils sont bien placés pour savoir que les intéressés n’ont "aucun pouvoir et ne peuvent prendre une décision de quelque importance sans en référer au chef suprême des Armées, Bachar al-Assad, qui détient seul, avec les chefs des services de renseignements, la capacité de décider". La personne du chef de l’Etat étant sacrée et celle de ses collaborateurs devant être au minimum ménagée, ils ne peuvent faire plus, pour exprimer leur désarroi ou leur colère, que de s’en prendre à ceux qui sont là pour prendre les coups et servir de "décor".

Bachar al-Assad n’étant disposé à entendre aucune critique sur ses décisions, de telles dénonciations ne sont pas sans danger pour leurs auteurs… quand elles proviennent d’ailleurs que du sein de sa famille. On l’a vu ces tout derniers jours avec le sort réservé à l’un des initiateurs d’une campagne destinée à demander aux responsables du pays, sous le titre #waïnoun (où sont-ils ?), de répondre aux légitimes interrogations des parents sur le sort de leurs proches présents dans le gouvernorat de Raqqa, lors de la chute des derniers bastions gouvernementaux. Ils avaient envisagé d’organiser une marche de soutien aux disparus et à leurs familles, mardi 26 août, mais ils y ont finalement renoncé sous la pression des moukhabarat. Ceux-ci n’en ont pas moins sanctionné l’un d’entre eux, un dénommé Moudarr Hassan Khaddour, un chabbiha connu pour son attachement au régime, qui a étéenlevé vendredi 29 août par les services de renseignements de l’armée de l’air et qui a depuis lors disparu…

Et, pour montrer qu’il n’entend se laisser guider sa conduite par personne, et surtout pas par le fils d’un oncle dont il craint également les ambitions et le retour, Bachar al-Assad a reconduit à son poste le ministre de la Défense contesté, en bonne position dans l’ordre protocolaire dans le nouveau gouvernement du Dr Wa’el al-Halqi !

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Il n’y a pas lieu de douter que c’est bien la gestion du successeur de Hafez al-Assad qui est aujourd’hui en cause, au sein même de ses partisans les plus résolus, parce que c’est à lui qu’ils imputent in fine l’accumulation des "pertes inutiles" dans les rangs de l’armée et que c’est son action en tant que chef suprême des forces armées qui est aujourd’hui l’objet de leur défiance.

Un exemple ?
Le 27 août, les habitants du village d’al-Hounadi, dans le gouvernorat de Lattaquié, ont chassé de chez eux un membre du Commandement régional du Parti Baath, Yousef al-Ahmed. Il n’est pas inutile de savoir qu’il est parent par alliance du chef de l’Etat dont il a épousé l’une des cousines, Raw’a al-Assad, une autre fille de Jamil al-Assad. Tant qu’il s’est contenté de leur présenter les condoléances des autorités pour la mort au combat d’un membre d’une famille locale tué par Da’ech lors de la "livraison" de Raqqa au groupe extrémiste, et aussi longtemps qu’il a disserté sur les thèmes de la résistance et du nationalisme chers à la propagande du régime, ils l’ont écouté en silence. Mais lorsqu’il a observé que "8 000 jeunes réservistes de Lattaquié s’étaient abstenus de répondre à l’appel, en plus des réfractaires au service militaire obligatoire", et quand il leur a demandé de "coopérer avec le régime en envoyant leurs enfants à l’armée", un vieillard est intervenu pour déclarer : "Lorsque tu enverras ton fils comme réserviste, nous ferons de même. Je souhaite que les prochaines condoléances nous réunissent autour de l’un de tes enfants ou de tes frères, de manière à ce que tu puisses bénéficier toi aussi des mérites attachés au martyre" ! Pour échapper à la colère des assistants que ces propos avaient déclenchée et pour ne pas entendre les insultes proférées contre lui-même et la famille Al-Assad toute entière, Yousef al-Ahmed a préféré s’éclipser sous la protection de ses gardes du corps…

Alors que le nombre exact des militaires disparus au combat – 70 000 ? 100 000 ? – est soigneusement dissimulé par la hiérarchie militaire, que celle-ci hésite ou temporise avant de rendre à leurs familles les dépouilles des soldats décédés, et qu’elle préfère parfois enterrer les victimes dans des fosses communes pour bénéficier temporairement du bénéfice du doute, les partisans du régime s’étonnent de plus en plus souvent du grand nombre de décès intervenus dans certaines familles depuis le début de la répression du mouvement de protestation, comparativement à d’autres. Ils estiment que la mort de Hilal al-Assad, disparu à Lattaquié le 23 mars 2014 dans des circonstances jamais vraiment élucidées, ne suffira pas à démontrer que la famille Al-Assad dans son ensemble a payé le "prix du sang" et donné des gages de son patriotisme, alors que d’autres familles alaouites, comme les Moalla par exemple, se passeraient bien de pleurer la disparition de plusieurs dizaines de morts entre officiers et soldats du rang.

Les partisans du régime se gaussent ou s’irritent aussi du peu de considération de Bachar al-Assad pour les familles de victime. Tandis qu’il prétend les "dédommager", tantôt en leur offrant deux têtes de chèvres, tantôt en leur octroyantun petit Suzuki, tantôt en leur distribuant du riz et du bourghoul, tantôt en leur proposant une kolabaun kiosque ou une échoppe, Asma al-Akhras son épouse profite ouvertement de ses rencontres avec les mères des martyrs pour améliorer son image. Toujours vêtue à la dernière mode de la tête aux pieds et soigneusement manucurée, elle semble afficher des sentiments de compassion artificielle et donne à penser que "les soldats de la Patrie se sacrifient chaque jour pour défendre son élégance et son apparence et pour lui offrir l’occasion de montrer toutes les chaussures qu’elle possède". Mais "les membres de la communauté alaouite ne savent sans doute pas que ses chaussures valent 1 000 dollars et plus, soit 147 000 livres syriennes, pour ne rien dire de ses habits qui dépassent allègrement cette somme".

Un autre exemple ?
Les habitants des villages de Qamhaneh et Erza, considérés comme de véritables "repaires de chabbiha", ont récemment accueilli le colonel des services de renseignements de l’armée de l’air Souheïl al-Hasan surnommé "le Tigre", nouveau responsable des opérations militaires dans le gouvernorat de Hama, au cri de "notre vie, notre sang, nous le donnerons pour toi ô Souheïl". Cette formule est totalement iconoclaste en Syrie pour tout autre que le chef de l’Etat, auquel elle est strictement réservée, et où elle peut mettre en danger immédiat de mort celui qui ne peut manquer d’être dès lors considéré comme un concurrent… Surtout quand elle inspire l’ouverture de pages Facebook destinées à susciter des amis à celui qu’elles présentent comme "le Tigre de Syrie"… dans une allusion évidente à Bachar al-Assad, "le Lion de Syrie". Pour avoir laissé percer ses ambitions de devenir président à la place du président, Rifaat al-Assad a jadis été banni de son pays par son frère Hafez en 1985. Pour avoir mal dissimulé les siennes, Asef Chawkat, qui n’était qu’une pièce rapportée et n’était pas suffisamment protégé par son mariage avec Bouchra al-Assad, a naguère été supprimé par son beau-frère, Bachar al-Assad, dans l’attentat du siège du Bureau de la Sécurité nationale, en juillet 2012…

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D’autres problèmes que le nombre croissant des morts irritent aujourd’hui la communauté alaouite.

Le premier est celui que pose la prolifération des armes dans la région côtière. Certes, les alaouites avaient besoin d’être protégés contre les raids éventuels de groupes combattants, nationalistes, islamistes, et surtout djihadistes. Mais, au lieu de confier cette mission aux militaires, surnommés en Syrie "Protecteurs des maisons"… avant le soulèvement, le pouvoir a opté pour la distribution massive de fusils, voire de fusils d’assaut, à ses fidèles. En équipant inconsidérément des civils de tous âges, auxquels l’Association caritative al-Bustan de Rami Makhlouf et les branches locales du Parti Baath ont distribué plus de 100 000 armes dans les villes et un nombre encore supérieur dans les villages, le pouvoir a favorisé l’anarchie. Il leur a donné les moyens de se dresser les uns contre les autres avec violence à la moindre occasion, par exemple pour le vol d’une tresse d’ail, et il a facilité la multiplication dans la région des crimes, des agressions, des enlèvements et des exactions en tous genre. Il est aujourd’hui incapable de maîtriser une situation qui se traduit par l’apparition d’une quantité de "nouveaux chabbiha", lesquels profitent de la place laissée vacante par leurs prédécesseurs dans le métier, incorporés dans les Forces de défense nationale et mobilisés sur d’autres terrains d’action. Il a ouvert une boîte de pandore dont feront les frais ceux dont il prétendait assurer la sécurité, puisque certaines de ces armes ont été vendues et revendues, d’autres "perdues" et d’autres enfin dissimulées par leurs détenteurs, pour éviter de devoir les restituer quand elles leur seront réclamées.

Un second problème est l’indifférence manifestée par le régime pour le sort des familles de ses partisans prises en otage. Dans le nord du pays, seule une partie des femmes enlevées avec leurs enfants lors des opérations menées sur les hauteurs de Lattaquié, au début du mois d’août 2013 ont été aujourd’hui libérées.Une vingtaine d’entre elles, avec plus de trente enfants, restent à ce jour détenues par le Front islamique. A Adraa, dans la grande banlieue de Damas, les femmes parentes de militaires ou de membres des Comités populaires enlevées à la mi-décembre 2013, n’ont toujours pas été concernées par des négociations, le régime espérant récupérer cette ville soit par un siège, soit par des bombardements. Dans les deux cas, les ravisseurs avaient proposé au pouvoir un échange de prisonnières, mais cette offre a été à chaque fois ignorée ou refusée.

Les menhebbakjis, les adorateurs de Bachar al-Assad, sont d’autant plus exaspérés par le pourrissement de cette situation qu’ils ont eu l’opportunité d’observer la différence de traitement par le régime de situations similaires.
– Une solution a en effet été trouvée qui a permis, le 9 mars 2014, la libération des 13 religieuses du couvent orthodoxe de Mar Taqla, enlevées à Maaloula quelques mois plus tôt. Elles ont été remises aux autorités syriennes en échange de la libération de 153 femmes détenues à la prison civile d’Adra.
– Un officier répondant au nom de Ghadir Yousef a été échangé, en avril 2014, contre une famille entière (un couple et ses deux enfants de moins de 2 ans), parce que son père, officier en poste à la Présidence, était parvenu à convaincre Salem al-Ali, conseiller du chef de l’Etat, d’obtenir une décision en ce sens du président ou du Conseil de Sécurité nationale.
Des Iraniens qui combattaient à Alep avec les forces du régime ont également été libérés par leurs ravisseurs en échange de la sortie de Homs de ses derniers défenseurs, au début du mois de mai 2014…

Mieux vaut donc, en Syrie, pour voir son sort pris en considération par les responsables, être chrétien ou Iranien, ou appartenir à une famille disposant d’accès au plus haut niveau. Ces éléments conduisent les alaouites à penser, et à dire à présent de plus en plus ouvertement, que, pour Bachar al-Assad qui les recrute pour les envoyer au combat et pour protéger son pouvoir dans des affrontements dont il tient éloignés les membres de sa famille, ils ne sont guère plus que de la chair à canon.

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Se résoudre à penser que c’est sur un tel chef qu’il faudrait s’appuyer pour lutter contre Da’ech et à un dirigeant aussi contesté que devrait profiter une intervention des Occidentaux en Syrie contre cette organisation, traduirait un manque singulier d’imagination. Elle serait surtout la preuve d’un immense mépris pour les milliers de Syriens qui, en ce moment, continuent de lutter à la fois contre le radicalisme de l’Etat islamique et le jusqu’au-boutisme de Bachar al-Assad.

Les activistes et les opposants ne se font pas d’illusion : les expressions de contestation émanant de la communauté alaouite n’annoncent pas une volte-face immédiate de sa part et une adhésion prochaine aux revendications de liberté, de justice et de dignité qui ont jeté les Syriens dans la rue en mars 2011. Mais ils se réjouissent de constater que, trois ans et demi après la révolte de Daraa, les alaouites sont en passe de renverser à leur tour le mur de la peur derrière lequel le régime s’employait à les maintenir, comme la plupart des autres communautés minoritaires en Syrie, et ne veulent plus être une main d’oeuvre à bon marché et à son service exclusif contre le reste de la population syrienne.

source

 

"LA DEUXIÈME MORT DU JUDAISME


Via Serge Grossvak (Juif Autrement Yid)

Publié par Eitan Altman dans le groupe que nous co administrons "survivants de l’Holocauste et leur descendants contre la guerre de Gaza". Un texte très fort de Eric Hazan.

Jeudi 15 janvier 2009. Les millions de juifs qui ont été exterminés par les nazis dans les plaines de Pologne avaient des traits communs qui permettent de parler d’un judaïsme européen. Ce n’était pas tant le sentiment d’appartenance à un peuple mythique, ni la religion car beaucoup d’entre eux s’en étaient détachés : c’étaient des éléments de culture commune. Elle ne se réduisait pas à des recettes de cuisine, ni à des histoires véhiculant le fameux humour juif, ni à une langue, car tous ne parlaient pas le yiddish.

C’était quelque chose de plus profond, commun sous des formes diverses aux ouvriers des usines textiles de Lodz et aux polisseurs de diamants d’Anvers, aux talmudistes de Vilna, aux marchands de légumes d’Odessa et jusqu’à certaines familles de banquiers comme celle d’Aby Warburg.

Ces gens-là n’étaient pas meilleurs que d’autres, mais ils n’avaient jamais exercé de souveraineté étatique et leurs conditions d’existence ne leur offraient comme issues que l’argent et l’étude. Ils méprisaient en tout cas la force brutale, dont ils avaient souvent eu l’occasion de sentir les effets. Beaucoup d’entre eux se sont rangés du côté des opprimés et ont participé aux mouvements de résistance et d’émancipation de la première moitié du siècle dernier : c’est cette culture qui a fourni son terreau au mouvement ouvrier juif, depuis le Bund polonais, fer de lance des révolutions de 1905 et 1917 dans l’empire tsariste, jusqu’aux syndicats parisiens des fourreurs et des casquettiers, dont les drapeaux portaient des devises en yiddish et qui ont donné, dans la MOI, bien des combattants contre l’occupant. Et c’est sur ce terrain qu’ont grandi les figures emblématiques du judaïsme européen, Rosa Luxembourg, Franz Kafka, Hannah Arendt, Albert Einstein.

Après guerre, nombre des survivants et de leurs enfants soutiendront les luttes d’émancipation dans le monde, les Noirs américains, l’ANC en Afrique du Sud, les Algériens dans leur guerre de libération. Tous ces gens sont morts et on ne les ressuscitera pas.

Mais ce qui se passe en ce moment à Gaza les tue une seconde fois. On dira que ce n’est pas la peine de s’énerver, qu’il y a tant de précédents, de Deir Yassin à Sabra et Chatila. Je pense au contraire que l’entrée de l’armée israélienne dans le ghetto de Gaza marque un tournant fatal. D’abord par le degré de brutalité, le nombre d’enfants morts brûlés ou écrasés sous les décombres de leur maison : un cap est franchi, qui doit amener, qui amènera un jour le Premier ministre israélien, le ministre de la Défense et le chef d’État-major sur le banc des accusés de la Cour de justice internationale. Mais le tournant n’est pas seulement celui de l’horreur et du massacre de masse des Palestiniens. Il y a deux points qui font des événements actuels ce qui est advenu de plus grave pour les juifs depuis Auschwitz.

Le premier, c’est le cynisme, la manière ouverte de traiter les Palestiniens comme des sous-hommes les tracts lâchés par des avions annonçant que les bombardements vont être encore plus meurtriers, alors que la population de Gaza ne peut pas s’enfuir, que toutes les issues sont fermées, qu’il n’y a plus qu’à attendre la mort dans le noir. Ce genre de plaisanterie rappelle de façon glaçante le traitement réservé aux juifs en Europe de l’Est pendant la guerre, et sur ce point j’attends sans crainte les hauts cris des belles âmes stipendiées.

L’autre nouveauté, c’est le silence de la majorité des juifs. En Israël, malgré le courage d’une poignée d’irréductibles, les manifestations de masse sont menées par des Palestiniens. En France, dans les manifestations du 3 et du 10 janvier, le prolétariat des quartiers populaires était là, mais des hurlements de colère d’intellectuels juifs, de syndicalistes, de politiciens juifs, je n’en ai pas entendu assez. Au lieu de se satisfaire des âneries du gouvernement et du CRIF (« ne pas importer le conflit »), il est temps que les juifs viennent en masse manifester avec les « arabo-musulmans » contre l’inacceptable.

Sinon, leurs enfants leur demanderont un jour « ce qu’ils faisaient pendant ce temps-là » et je n’aimerais pas être à leur place quand il leur faudra répondre."

Eric Hazan. Photo : Moi, fille de juifs d’Europe de l’Est, fille de juifs polonais qui parlaient le yiddish, je partage ce beau texte d’Eric Hazan, Eric Hazan, écrivain et éditeur français, fondateur des éditions "La Fabrique", né en 1936 d’une mère apatride née en Palestine et d’un père juif originaire d’Égypte. Fin décembre 2008-janvier 2009. Guerre de Gaza.

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La Syrie est bel et bien notre guerre d’Espagne : relire Orwell


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Jean-Pierre Filiu

Universitaire
Publié le 01/09/2014 à 10h54

Les analyses sans concession que j’ai publiées au fil des mois sur la révolution syrienne m’ont amené des réactions contrastées en termes positifs ou négatifs. Mais aucun de ces textes n’a suscité autant d’hostilité que ma mise en perspective du conflit syrien à la lumière de la guerre d’Espagne.

En avril 2013, j’ai tenté, dans les colonnes du Monde, de dresser un parallèle entre, d’une part, l’Espagne de Franco soutenue par l’Allemagne d’Hitler et l’Italie de Mussolini et, d’autre part, la Syrie d’Assad appuyée par la Russie de Poutine et l’Iran de Khamenei. Quant je parle d’Espagne, d’Allemagne, d’Italie en 1936-39, de Syrie, de Russie et d’Iran en 2011-2014, je ne parle pas des peuples de ces extraordinaires pays, mais des régimes despotiques qui en ont accaparé le devenir et les ressources.

Deux triades des dictatures

Face à cette triade des dictatures, active alors comme aujourd’hui, je mettais et je mets en exergue la résistance, alors du peuple espagnol, aujourd’hui du peuple syrien, déterminé une fois pour toutes à reprendre son destin en mains. Mais je soulignais et je souligne que cette révolution avait et a pour ennemi mortel les visées totalitaires des forces arrivées soi-disant pour la secourir, les staliniens dans l’Espagne républicaine, les jihadistes dans la Syrie soulevée contre Assad.

Que n’ai-je pas entendu pour avoir osé associer une partie de la geste « progressiste » européenne à ceux que de distingués intellectuels considèrent toujours comme des Arabes englués dans leurs querelles d’Arabes ! J’avais en effet brisé un tabou, celui du caractère exemplaire, et par définition exclusif, de notre « progrès » lorsque est en jeu la libération de peuples qui ne sont pas censés partager nos « valeurs ». Bel aveu de refus d’universalité des dites « valeurs », mais passons…

Les liens intimes de ma famille avec l’Espagne et ma haine aussi profonde du fascisme que du stalinisme m’ont préservé de la vision « sulpicienne » de la guerre d’Espagne. Ce conflit fut un épouvantable carnage, mais c’est du côté de la République qu’il fallait se tenir, quelles que soient les horreurs, et elle furent nombreuses, perpétrées en son nom. Et les franquistes avaient une indéniable base sociale, même si c’est au nom du peuple, et du peuple seul, qu’ont combattu et qu’ont été vaincus les Républicains.

Si j’invoquais au printemps 2013 les références de la guerre d’Espagne, c’est parce que la non-intervention prônée par le Front populaire en 1936 n’avait sauvé ni la République en Espagne, ni la paix en Europe. Après trois années à prôner l’abandon du peuple syrien, de crainte que les djihadistes n’en tirent profit, nous avons aujourd’hui contribué à nourrir le monstre djihadiste à l’ombre du monstre de la dictature d’Assad. Et ce monstre ne va pas éternellement rester contenu au Moyen-Orient.

« Hommage à la Catalogne »

« Hommage à la Catalogne », édition de 1938

Plutôt que les fresques héroïsantes de Malraux et d’Hemingway, toutes deux grands succès de librairie à leur sortie (« L’Espoir » en 1937, « Pour qui sonne le glas » en 1940), je préfère me replonger dans la guerre d’Espagne en compagnie d’Orwell.

Son « Hommage à la Catalogne » ne fut édité qu’à titre confidentiel en 1938 (dix-sept ans plus tard pour la version française), mais il reste pourtant inégalé dans sa description de l’exaltation populaire, du désordre milicien et de la volonté farouche qui firent de Barcelone en 1936-37 le bastion de la résistance au fascisme et au stalinisme.

Orwell, se confiant à Koestler, méditait sur le tournant essentiel de la guerre d’Espagne :

« En Espagne pour la première fois, je vis des articles de journaux qui n’avaient absolument aucun rapport avec la réalité des faits, pas même ce type de relation que conserve encore un mensonge ordinaire. Et je vis des journaux de Londres colporter ces mensonges, et des intellectuels zélés édifier toute une superstructure d’émotions sur des événements qui ne s’étaient jamais produits. Je vis en fait l’Histoire qui s’écrivait non pas suivant ce qui s’était passé, mais suivant ce qui aurait dû se passer, selon les diverses lignes officielles ».

Depuis 2011, on ne compte plus les journalistes assassinés, enlevés et blessés en Syrie. Pourtant, combien d’articles n’ont-ils pas été écrits sur la base de contre-vérités manifestes, de négation des massacres perpétrés à l’encontre du peuple syrien, de divagations dérivées de tel ou tel service de « renseignement ». Quant aux « intellectuels zélés » qui ont glosé sur la base de ces infamies, je les laisse à leur enfer personnel.

« Socialisme signifie justice et liberté »

Ecoutons encore une fois Orwell à l’heure où le débat fait de nouveau rage pour savoir s’il est « bien » ou « mal » d’intervenir en Syrie :

« La plupart d’entre nous persistent à croire que tous les choix, et même les choix politiques, se font entre le bien et le mal et que, du moment qu’une chose est nécessaire, elle doit aussi être bonne. Il nous faudrait, je pense, dépouiller cette croyance qui relève du jardin d’enfants. La guerre, par exemple, est parfois nécessaire, mais elle ne saurait être ni bonne, ni sensée. »

Orwell était libre, passionnément libre, et son exigence de justice et de liberté s’appelait « socialisme ». En Syrie, la même exigence de justice et de liberté, envers et contre tout, peut se parer d’autres couleurs, elle n’en demeure pas moins éminemment digne de respect et de soutien. Que chacun agisse selon sa conscience, avec le dernier mot à Orwell l’indémodable.

« Socialisme signifie précisément justice et liberté, une fois qu’on l’a débarrassé de toutes les sottises qui l’encombrent. C’est sur ces valeurs essentielles et sur elles seules que nous devons fixer notre attention. Rejeter le socialisme simplement parce que tant de socialistes, individuellement, sont des gens lamentables, serait aussi absurde que de refuser de voyager en chemin de fer parce qu’on n’aime pas la figure du contrôleur. »

Tant pis pour la tronche du contrôleur, je persiste et signe : la Syrie est notre guerre d’Espagne.

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