« Attention! Un film peut en cacher un autre »


C’est une lapalissade d’écrire que les puissances politiques et religieuses ont de tous temps utilisé les moyens de communication pour asseoir ou préserver leur pouvoir.

Pendant des siècles, l’expression artistique (architecture, peinture, musique…) joua ce rôle – pyramides, temples, cathédrales, mosquées, tableaux, statues… – mais à l’ère dite moderne, la presse, l’audiovisuel et les nouveaux medias ont pris une place prépondérante.

En ce qui concerne l’audiovisuel, principalement le cinéma, on constate que, depuis le début du XXème siècle, il a été un outil majeur de la propagande d’Etats tels la Russie soviétique, l’Allemagne nazie ou l’Italie mussolinienne et qu’il l’est toujours actuellement pour des nations comme les USA ou Israël.

À propos de ce dernier pays, sa stratégie de propagande dans le domaine cinématographique est d’une redoutable efficacité mais pour l’identifier et tenter de l’analyser, il est assez utile de faire…

 

Un peu d’Histoire pour…

 

Comme l’écrivait l’historien Marc Bloch : « L’ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent : elle compromet, dans le présent, l’action même »  (1)

Un rappel succinct de l’utilisation du cinéma pour la propagande dans quelques grands pays producteurs n’est donc, sans doute, pas sans intérêt.

 

D’Eisenstein à Poutine

 

Dès son invention par Edison et les frères Lumière, le régime tsariste avait bien compris l’intérêt de ce nouvel outil pour glorifier son régime – le tout premier film réalisé en Russie est celui du couronnement de Nicolas II – et Tolstoï lui-même écrivait en 1908 « Vous verrez que cette petite machine qui tourne en faisant clic-clac révolutionnera notre vie«  (2)

Mais c’est après la révolution de 1917, quand le régime soviétique le nationalisa, que le cinéma deviendra un véritable outil politique.

Les films des cinéastes de la première moitié du vingtième siècle (Eisenstein, Dovjenko, Poudovkine, Vertov, Barnet…), réalisant l’ambition de Lénine « Vous devez toujours garder présent à l’esprit que de tous les arts, c’est le cinéma qui est pour nous le plus important », (3) mettront principalement en images la révolution et les héros historiques.

 

Le_Cuirasse_Potemkine

Le cinéma soviétique sera, à la fois, caractérisé par la glorification de son passé et par son action culturelle auprès de la population au travers de films de grande qualité, de « Ivan le Terrible » à « Au bord de la mer bleue » en passant par « La Terre » ou « L’homme à la camera ».

Autre particularité de ce cinéma : il est tourné vers l’intérieur.

Il faudra, en effet, attendre plusieurs dizaines d’années et la fin de la guerre 40/45 pour que cette cinématographie sorte véritablement de ses frontières et arrive en Occident, essentiellement via les réseaux culturels.

A partir des années 50 et la mort de Staline, commence ce que l’on a appelé « Le dégel du cinéma soviétique » qui mènera peu à peu les réalisateurs russes à créer des films plus personnels ou plus commerciaux, sans réels objectifs de propagande politique.

 

De la UFA…  

 

Les plus anciens se souviendront sans doute de la puissante arme de propagande qu’était le cinéma du régime nazi.

Dès son accession au pouvoir en 1933, Hitler fonda un département du film qu’il confia à Goebbels son « Ministre de l’Education du Peuple et de la Propagande »(4) qui n’hésitait pas à déclarer « le cinéma est un des  moyens de manipulation des masses les plus modernes« . (5).

Il instaura immédiatement une « loi sur le cinéma » qui l’autorisait à régenter l’ensemble de la production cinématographique en fonction des intérêts du régime, tant sur le choix du sujet que sur sa réalisation.

Jusqu’en 1945, plus de 1300 films de long métrage furent produits dans les studios de la UFA (Universum Film AG) – le cinéma allemand est alors, après les USA, le plus important au monde quant au nombre de films produits – dont seulement quelques centaines sont clairement de propagande.

Les scénarios de tous les films étaient contrôlés par un censeur (Reichsfilmdramaturg) pour vérifier leur conformité avec la doctrine nazie et ceux qui ne faisaient pas ostensiblement partie du programme de propagande étaient présentés comme des divertissements.

On verra plus loin que cette stratégie consistant à amalgamer subtilement délassement et discours politique fera des émules aux USA et en Israël.

Côté glorification du régime, on citera « Le Triomphe de la volonté » de Riefenstahl dont les premières images montrent Hitler descendant des cieux pour sauver le peuple allemand (!)

 

Affiche Ciné Nazi Suss

Côté bourrage de crâne raciste, « Le Juif Suss » est l’exemple le plus connu, mais ce sont surtout les films documentaires qui diffuseront l’idéologie nazie dans la population (« Le Juif éternel », « Le Führer offre une ville aux juifs », « Les Rothschild »… etc)

Il est à noter que, contrairement au cinéma soviétique, les films de la UFA seront diffusés à l’étranger et, à partir de 1939, dans tous les territoires conquis.

 

… à Cinecitta

 Affiche Ciné italien

Beaucoup ignorent encore que les célèbres studios de « Cinecitta », inauguré en 1937 et où furent tournés tant de films célèbres est né de la volonté de Mussolini de créer un cinéma de propagande fasciste qui puisse supplanter les studios de Hollywood.

Dans la même optique, le régime avait déjà créé le Festival de Venise en 1932.

Appliquant une politique similaire à celle de son cousin allemand, le régime fasciste fera produire près de 800 films, dont une centaine ouvertement de propagande… Les autres étant contrôlés par la « Direzione generale per il cinema ».

Les objectifs sont similaires à ceux prônés par le Nazi Goebbels : diffuser une image positive du régime, célébrer les « valeurs fascistes », exalter les opérations militaires, valoriser la « mission civilisatrice » de la colonisation… etc.

On constatera plus loin de bien curieuses analogies avec les buts affichés par d’autres régimes.

 

Du 7ème de cavalerie à la MPAA

 

Contrairement aux pays déjà évoqués, aucun « service de la propagande » n’a existé aux USA.

C’était inutile car depuis l’origine de Hollywood et le célèbre « Naissance d’une Nation » de Griffith en 1915, la très grande majorité des films étatsuniens glorifiaient systématiquement les colons européens, créateurs cet Etat.

Rappelons-nous ces westerns dans lesquels de braves pionniers pacifiques se faisaient scalper par les sanguinaires Apaches… Alors que la politique du scalp est une « trouvaille » des envahisseurs qui, pour toucher la « prime », ramenaient ainsi la preuve qu’un indien de plus était allé rejoindre le grand Manitou.

Il faudra attendre près de cinquante ans pour voir apparaître les premiers films présentant les Amérindiens pour ce qu’ils sont, les victimes d’une colonisation inhumaine.

Affiche Ciné US

 

Durant la guerre 40/45, il y aura bien l’un ou l’autre film clairement antinazi (« Le Dictateur », « Casablanca », « Mortal Storm »…) ou anti-japonais (« Prisonniers de Satan ») mais ce sont presque tous des productions indépendantes, pas des initiatives gouvernementales.

C’est seulement après cette guerre que le cinéma des USA deviendra une arme politique par la création de la MPAA (Moving Picture Association of America). (6)

Sous l’égide de la CIA qui venait d’être fondée (1947), une gigantesque chasse aux sorcières est lancée en 1950 par le sénateur McCarthy.

Elle entraînera la condamnation de nombreux acteurs, musiciens, scénaristes…

La liste des victimes va de Léonard Bernstein à Orson Welles, en passant par Luis Bunuel et Charlie Chaplin (7) Près de cent intellectuels ou artistes!

Ce « maccarthysme » sévira pendant quatre ans. (8)

Il confirme l’assujettissement de la création cinématographique à la censure gouvernementale et permettra à la MPAA d’imposer la loi de l’industrie US dans le monde. Elle contrôlera non seulement les producteurs mais également la distribution et les festivals internationaux.

Plus tard, avec l’arrivée de Jack Valenti à la tête de l’organisation (1966), cette emprise sur le cinéma s’accentuera encore. Durant près de quarante ans, Valenti développera l’exportation du modèle politique étatsunien et s’opposera avec virulence à toutes les idéologies différentes de la sienne.

Quelques « joyeusetés » imposées par ce gardien de l’ordre.

La présence d’un drapeau américain dans un coin du décor de tous les films de Hollywood (hormis dans les péplums et les films de cape et d’épée, évidemment) ne doit rien au hasard… C’est une obligation faite par la MPAA aux producteurs.

Cette mesure est toujours d’actualité.

Autre « joyeuseté » : jusque dans les années 90, la MPAA interdisait aux producteurs de l’Etat de participer aux festivals internationaux qui ne faisaient pas allégeance à la MPAA et ne se soumettaient pas à son règlement.

Comme on le voit, les USA n’avaient pas besoin de créer un office de propagande… leur industrie audiovisuelle avait conquis l’Univers!

 

… Comprendre la Hasbara.

 

En hébreu, Hasbara signifie « explication », mais pour un observateur des pratiques israéliennes, il signifie plutôt « propagande ». (9)

En 2005, Nissim Ben Sheerit, alors délégué général du Ministère des affaires étrangères, déclarait “Pour nous la culture est un outil de la Hasbara de premier plan. Pour nous il n’a pas de distinction entre Hasbara et culture.”. (10)

 

Du cinéma des pionniers à la Croisette

 

Dès avant même la création de l’Etat – le premier film de propagande date de 1935 (« Avodah »… où on voit les pionniers faire jaillir l’eau du désert) – le cinéma israélien n’a cessé d’être au service de l’idéologie sioniste.

Durant une quarantaine d’années, c’est le modèle soviétique qui sera mis en pratique dans la fabrication des films, surtout documentaires : forger l’identité nationale, glorifier « l’homme nouveau »… etc. Et comme en URSS, la production sera prioritairement destinée à la population locale.

Une première évolution interviendra vers les années 70/80 quand les célèbres cousins Golan et Globus (11) entreprirent d’importer le style hollywoodien et contribuèrent fortement à l’exportation des films.

Plutôt discrète jusque là, la production israélienne sera de plus en plus présente dans les marchés mondiaux de l’audiovisuel (Cannes, Berlin, Los Angeles, Rotterdam…) et se diffusera de mieux en mieux via le « Israël Film Center » et le « Israël Export Institut »

 

D’une propagande à l’autre

 

Comme l’a rappelé Limor Livnat, ex-ministre de la culture : « Le cinéma israélien prouve à chaque fois que la culture est la meilleure ambassadrice de l’Etat« .

… Et en 2000 Israël avait bien besoin d’un ambassadeur efficace pour rafistoler son image et tenter de faire oublier l’agression contre le Liban, l’annexion du Golan, l’expansion de l’occupation et des colonies en Cisjordanie, le blocus de la bande de Gaza…

Le général Barak fait alors voter une loi garantissant l’augmentation du budget alloué au cinéma (±13M€) et soutenant la création d’une vingtaine d’écoles de cinéma.

A partir de cette date, la production de films sera de plus en plus orientée vers la promotion du régime sioniste à l’étranger et la ligne de conduite stratégique adoptée pour la fabrication affichera de fortes similitudes avec celle pratiquée par les régimes nazis et fascistes : amalgame de divertissement et de discours politique.

Mais les responsables du « Israël Film Fund » et des divers ministères en charge de la propagande se montreront bien plus subtils et efficaces que les fonctionnaires qui assuraient les orientations de la UFA et de Cinecitta.

Contrairement à des films comme « Le Juif Suss » ou « Il Piloto Regresa », aucun film israélien n’attaquera de front les Palestiniens ou les opposants au régime sioniste.

Pas de diffamation directe, mais réalisation de films, surtout documentaires, propageant une image positive du régime et exaltant les « valeurs » du sionisme… Et escamotant au maximum la réalité du terrain.

Les réalisateurs veilleront aussi à jouer sur l’émotionnel avec des images montrant des Israéliens altruistes ouvrant leurs bras aux “frères arabes”.

Enfin, ils mettront en avant, quand c’est possible, des Palestiniens rejetant la lutte (toujours appelée terrorisme) pour une chaude collaboration avec leurs généreux et pacifiques amis.

 

… Ou comment faire pleurer dans les chaumières

 

Le film emblématique de cette nouvelle « ligne directrice » est sans doute « Valse avec Bachir » de Ari Folman, tourné en 2008.

Remarquablement réalisé, le film est centré sur les traumatismes d’un jeune tankiste israélien durant l’opération « Paix en Galilée ».

Ce soldat est tourmenté par les horreurs de la guerre et le massacre des réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila, massacre que le réalisateur attribue à des phalangistes chrétiens « fous ». (12)

Durant tout le film, les morts palestiniens ne sont que des silhouettes fantomatiques et les victimes de la tuerie n’apparaissent que dans la dernière scène où des femmes hurlent de désespoir parmi les décombres et les cadavres.

Il est manifeste que pour le réalisateur, l’horrible carnage est secondaire au regard du drame du pauvre tankiste plein d’humanité, bouleversé par le rôle qu’il a involontairement joué dans cette tragédie.

L’habileté du réalisateur fait que l’émotion évince le drame et que le spectateur est entraîné à ressentir avant tout de la compassion pour le pauvre jeune homme… L’objectif politique est atteint!

 

Il pleut des films

 

Sous le gouvernement du général Sharon (2001/2006), la production cinématographique connaît un nouveau développement : accroissement supplémentaire des subventions à la production et signature d’un accord de collaboration avec le gouvernement français et son CNC (centre national du cinéma).

 

C’est aussi l’époque où les festivals consacrés aux documentaires commencent à être inondés de films israéliens… Et que les programmateurs consciencieux et intègres commencent à éprouver des difficultés à identifier ceux qui sont déontologiquement acceptables.

 

Ainsi, d’année en année, le financement du cinéma s’est accru au point de devenir énorme pour un Etat de la taille d’Israël.

Les subventions pour “booster” la production cinématographique, surtout des documentaires,  proviennent de diverses sources (Fonds publics, Fondations, Entreprises…) et sont estimées aujourd’hui à ± 30 millions € par an.

C’est sans commune mesure avec les montants des aides au cinéma dans des pays comme la Belgique, les Pays-Bas ou la Suède.

Ces investissements font aussi que le pays compte actuellement plus de 120 sociétés de production qui réalisent près de 400 heures de films (fictions, documentaires et dessins animés) par an diffusés à travers le monde.

 

Suivant les circonstances, des budgets supplémentaires sont investis.

Exemple récent : Jérusalem et la “judaïsation” des quartiers Est.

En 2014, le gouvernement et la mairie de Jérusalem ont décidé de coupler leurs efforts et débloquent 6,3 millions $ pour  réaliser des films favorables à la politique du régime à Jérusalem.

Ce montant est, évidemment, en surplus des autres subventions.

 

 

Le Brand, les militants, les pharisiens et les idiots utiles

 

En 2010, les services de la Hasbara relancèrent l’opération « Brand Israël » en réponse à l’amplification des condamnations internationales après l’opération « Plomb durci » qui fit plus de 1.300 morts dans la population palestinienne… dont plus de 250 enfants.

Le ravalement de l’image était urgent!

 

La principale activité de cette nouvelle campagne de relations publiques consistera à fabriquer des produits ou à réaliser des événements valorisant Israël, bien sûr…  Mais en les présentant comme autonomes, déconnectés des réalités: « Nous faisons du commerce, pas de politique! Ç’est de la culture… Rien à voir avec la guerre!« 

 

Ce « Brand » sera largement financé et bénéficiera du réseau des ambassades, des organismes commerciaux et des associations sionistes qui seront mobilisées pour mettre sur pied des conférences, des expositions, des rencontres commerciales, des concerts… présentés comme des initiatives citoyennes.

Pour casser l’image négative du régime sioniste et, si possible, décrédibiliser les opposants, les responsables israéliens iront jusqu’à soutenir de soi-disant associations de lutte contre l’antisémitisme… fondées par des sionistes racistes qui insultaient « Ce sont des chiens! » les pacifistes du « Mavi Marmara » (13) qui avaient tenté de briser le blocus de Gaza.

 

En résumé, on assiste depuis quatre ans – avec une accélération après les exactions de « Bordure protectrice » à Gaza en 2014 – à une mobilisation des forces sionistes de droite extrême pour tenter de manipuler l’opinion publique occidentale.

La campagne vise également la communauté juive avec des discours alarmistes amalgamant « Juif européen = Israélien »… Sans oublier d’étiqueter « antisémite » quiconque ose dénoncer les crimes du régime de M. Netanyahu.

 

Pour ce qui est du cinéma, la tentative de conquête des festivals n’ayant pas vraiment produit les effets espérés, les services de la Hasbara mirent une nouvelle initiative au point : organiser directement des festivals via les groupes locaux.

C’est ainsi que des « Semaines du Cinéma » ont récemment été organisées dans de nombreuses villes européennes avec le soutien financier des ambassades.

 

Il faut reconnaître que la tactique mise au point est d’une grande habileté.

Tout est mis en œuvre pour dédouaner ces festivals de la moindre intention de propagande.

On intitule, par exemple, le festival « cinéma juif » alors qu’il n’y a pas le moindre film concernant la culture ou la religion juive, mais essentiellement des productions à la dévotion du régime.

Deux exemples de films, parmi des centaines d’autres, de cette propagande « soft ».

“Le Prince Vert” trace le parcours d’un des fils d’un chef du Hamas qui refuse le « terrorisme », collabore avec le Shin Bet (sorte de CIA israélienne) et finit par se convertir au christianisme.

“Dancing in Jaffa” est le portrait d’un vieux professeur de danse qui fait se rencontrer et danser ensemble enfants israéliens et israélo/palestiniens.

Ce « Dancing in Jaffa » est un remarquable modèle de cette propagande qui avance masquée.

Medallia, la réalisatrice américaine, sioniste pur jus et grande admiratrice des cousins Golan/Globus (14) a fait venir spécialement des USA ce vieux monsieur si sympathique et émouvant pour la réalisation de cette si émouvante rencontre d’enfants, tous Israéliens (israélo-juifs et israélo-musulmans) — les enfants palestiniens de Jérusalem-Est, de Cisjordanie ou de Gaza, n’ont pas été invités — qui ne peut que susciter la compassion et embuer les yeux.

Après le tournage et la tournée de promotion du film, le vieux monsieur si sympathique est rentré chez lui, à New York.

… Et, quand ce genre de manifestation est critiquée par les sympathisants de BDS (15), les organisateurs jouent les victimes naïves ou les autruches, et font mine d’ignorer qu’il existe de nombreux cinéastes israéliens et israélo/palestiniens qui refusent de collaborer avec cette croisade d’intoxication et produisent des films de qualité racontant la vie et la réalité politique de leur pays. (16)

C’est les films de ces réalisateurs-là que tout festival qui se veut intègre choisit de programmer!

 

… Mais la Hasbara ne manque pas de ressources supplémentaires pour contrecarrer les critiques.

Il y a d’abord certains sionistes occidentaux, se disant « progressistes et militants pour la paix », qui montent aux créneaux pour inciter leur entourage et la communauté locale à soutenir ces festivals.

Ce sont les mêmes qui dès qu’un choix déontologique se présente à eux, s’empressent de trouver des excuses au régime israélien, la justice et le droit pour les Palestiniens passant au second plan.

Il y a du cul-bénit et de la « Dame patronnesse » dans cette attitude, non?

La machine à décerveler est puissante et perverse, au point que des militants actifs dans la défense des Droits de l’Homme se sont parfois laissés endormir par cette propagande hypocrite.

C’est un peu désolant pour leurs amis et pour les « lanceurs d’alerte ».

 

Dans ces temps difficiles pour l’information et l’esprit critique, où la lutte contre le racisme est quotidienne, cette époque où les cours et tribunaux ont de plus en plus tendance à être au service des puissants, où l’idéologie de « la bête immonde » (17) ressurgit… la vigilance des citoyens est primordiale.

Cela vaut aussi pour les acteurs du monde culturel.

 

Rudi Barnet

Ancien expert pour l’audiovisuel du Ministère de la Culture de la Communauté Wallonie-Bruxelles

Ancien Directeur du Festival International de Cinéma de San Sebastian

(21 décembre 2014)

 

Notes

 

1.- Marc Bloch L’étrange défaite, Gallimard, 1990

2.- Dans « New York Times » du 31/1/1937

3.- Sovietskoïé Kino [Le Cinéma soviétique]. n° 1-2, 1933, p. 10

4.- Antisémite et antichrétien, il joua un rôle moteur dans les persécutions contre les Juifs allemands.

5.- Dans « propagande-par-le-cinema.over-blog.com

6.- Initiative du « Département d’Etat », la mission de cette association, créée en 1945, est de favoriser l’exportation des films américains, faire la promotion du « American way of life » et s’opposer à la propagation de l’idéologie communiste.

7.- Chaplin fut même obligé de s’exiler. Il ne reviendra aux Etats-Unis que vingt ans plus tard.

8.- Incité par la CIA et McCarthy, Hollywood produira de nombreux films anti-communistes durant cette période, notamment pendant la guerre de Corée.

9.- A propos de la « Hasbara », Noam Chomsky proclamait ironiquement « la position d’Israël étant toujours juste quelle que soit la question considérée, il est seulement nécessaire de l’expliquer« . (Pirates and Emperors, Old and New: International Terrorism in the Real World, South End Press, 2002, p. 182.)

10.- Yuval Steinitz, le Ministre actuellement en charge de ce département est l’ancien président du « Sous-comité pour l’intelligence et les services secrets »… Il n’y a pas de hasard.

11.- Leur « Cannon Group », produisit un grand nombre de films de « série B » (Chuck Norris, Sylvester Stallone, Jean-Claude Van Damme…) et lança la vague des films « ninjas ».

12.- Ce massacre prémédité de civils dans deux camps de réfugiés au Liban en 1982 fit plus de 2.000 morts, dont un grand nombre de femmes et d’enfants. La tuerie est le fruit d’une collaboration entre les phalangistes (fascistes) libanais et les troupes du général Sharon, surnommé « Le Boucher » par les Palestiniens. Sharon recevra un blâme de ses pairs et devra quitter ses fonctions pour un court moment… Nommé Ministre l’année suivante (Lire la résolution de l’ONU 37/123 du 16/1282)

13.- 700 pacifistes de 42 pays, dont Mairéad Maguire, Prix Nobel de la Paix et l’écrivain suédois Henning Mankell, se trouvaient à bord de ce bateau qui fut arraisonné dans les eaux internationales par un commando israélien qui tua 9 passagers.

14.- La même année (2014) elle réalise « The Go-Go Boys » en hommage à ces deux grands militants du projet sioniste.

15.- « Boycott, désinvestissement et sanctions » est une campagne lancée par 171 organisations non-gouvernementales palestiniennes pour, entre autres, obliger Israël à respecter le Droit International, de mettre fin à sa politique d’apartheid et d’arrêter l’occupation.

16.- Quelques noms : Emad Burnat, Eyal Sivan, Keren Yedaya, Maryse Gargour, Guy Davidi, Jonathan Ben Efrat, Shira Geffen, Yoav Shamir, Ronit et Shlomi Elkabetz, Simone Bitton, Mohammad Bakri, Scandar Copti, Yotam Feldman, Michel Khleifi…Tant d’autres.

17..- « Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde » (Berthold Brecht dans « La Résistible Ascension d’Arturo Ui »)

 

Égypte – La révolution enterrée, les diplomaties occidentales renouent avec la « realpolicy »


Presque quatre ans, jour pour jour, après l’éclatement des soulèvements populaires, le « Printemps arabe » connaît des fortunes très diverses. Alors que la Tunisie s’apprête à élire son nouveau président, les velléités démocratiques en Égypte ont été brisées par une implacable contre-révolution. L’ordre ancien est à présent pleinement rétabli et, tandis que des milliers de condamnations à mort sanctionnent les manifestants de la place Tahrir, la « justice » du régime innocente les responsables de la dictature. Consolidé sur le plan intérieur, le pouvoir militaire a aussi gagné en légitimité internationale ; son engagement dans la coalition contre l’État islamique a accéléré la normalisation des relations diplomatiques avec les pays occidentaux. La « lutte contre le terrorisme » légitime aujourd’hui – comme par le passé – une impitoyable répression de l’opposition pacifique à un régime totalitaire.

u00C9GYPTE -Decembre 2014 - Mehdi KARIMI'Le 29 novembre dernier, la justice égyptienne a innocenté Hosni Moubarak, ainsi que de nombreuses figures de l’ancien régime, dans le procès du meurtre des 238 manifestants tués au cours des évènements de janvier-février 2011.

Si le procureur général a fait appel du verdict, l’ancien président égyptien pourrait être prochainement libéré, puisqu’il a d’ores et déjà purgé une peine de trois ans de prison pour une autre affaire de corruption. Sa libération doit encore être confirmée, mais les conclusions du Juge Mahmoud Rashidy, en charge de l’affaire, constituent déjà la dernière étape d’une l’entreprise de réhabilitation de l’ancien régime et de réécriture de l’histoire de la révolution.

Reprenant à son compte une théorie chère aux fellouls (les fidèles de l’ancien régime), le jugement du tribunal suggère que les Frères musulmans, agents supposés d’un complot « américano-sioniste », ont orchestré les évènements qui ont débuté le 25 janvier 2011 et sont dès lors les seuls responsables de la mort des manifestants.

Le procès était suivi de près par les Égyptiens et le verdict a provoqué une manifestation qui a réuni un millier de personnes aux abords de la place Tahrir, bouclée par la police pour l’occasion. Toléré quelques minutes, le rassemblement a rapidement été dispersé dans la violence et s’est soldé par la mort d’un protestataire.

La veille du prononcé du verdict, le pays avait été secoué par une mobilisation de l’opposition au régime : les heures qui suivent la prière collective du vendredi sont, traditionnellement, un moment privilégié de rassemblement des opposants au coup d’État militaire. Mais les manifestants répondaient à l’appel du Front salafiste, pour un nouveau soulèvement et la restauration de « l’identité islamique » du pays.

Paralysée par les mesures de sécurité exceptionnelles mises en place pour y faire face et le déploiement massif de la police et de l’armée, la capitale, le Caire, a été le théâtre de violences qui ont causé la mort de deux manifestants. Les cortèges, cela dit, ne réunissaient pas autant de personnes qu’escompté et se sont surtout cantonnés dans des quartiers populaires périphériques, bien loin de la place Tahrir.

Cette mobilisation et la manifestation qui a suivi l’acquittement de Moubarak montrent que le rejet du régime militaire persiste et, surtout, qu’il est partagé par une diversité d’acteurs au sein de la société, et ne se limite pas aux seuls Frères musulmans. Mais elles montrent aussi que, si beaucoup d’Égyptiens n’acceptent ni ce verdict, ni le pouvoir militaire, ils sont très peu à prendre le risque de descendre dans les rues. Suffisamment consolidé, le régime peut dès lors revenir sur des acquis et des exigences révolutionnaires très symboliques, sans craindre l’opposition et un soulèvement populaire qu’il ne pourrait pas endiguer, par la répression.

Rares sont ceux qui osent aujourd’hui se dresser devant le rouleau-compresseur contre-révolutionnaire. Le désir des uns de voir revenir la stabilité et la peur des autres face à la répression suffisent à dissuader ceux qui n’adhèrent pas au régime de protester publiquement. Rien ne semble être à même d’empêcher la consolidation progressive du pouvoir d’Abdel Fattah al-Sissi, qui, désormais, jouit en outre d’une légitimité internationale croissante, et ce malgré les violations massives et récurrentes des Droits de l’Homme sous son gouvernement.

La récente condamnation à mort de 188 manifestants n’est que le dernier épisode d’une véritable chasse aux sorcières. Plus tôt, en novembre, 78 mineurs d’âge étaient condamnés à des peines de prison allant de deux à cinq ans.

Depuis le mois de juillet 2013, entre 16.000 et 40.000 personnes ont été emprisonnées, selon Amnesty International (il s’agit d’une fourchette basse).

La torture constitue une pratique systématique dans les prisons égyptiennes. Au cours de ces derniers mois, des dizaines de détenus en sont morts, pendant leur mise en garde à vue. Plusieurs milliers d’autres ont été tués pendant les manifestations.

Instance officielle chargée « d’investiguer » notamment sur les évènements de la place Rabaa al-Adawiya [ndlr : le 14 août 2013, l’armée et la police ont ouvert le feu sur les manifestants rassemblés sur cette place en soutien au président Mohamed Morsi renversé par le coup d’État militaire ; le bilan a a été de plus de 850 personnes tuées ; c’est le massacre de manifestants le plus sanglant de l’histoire récente, selon l’organisation Human Rights Watch], le « Fact-Finding Committee » a présenté ses conclusions : il a désigné les Frères musulmans comme étant les seuls responsables du massacre… de leurs propres partisans…

La pression s’est aussi sensiblement accrue sur la société civile égyptienne. De nombreux militants de défense des Droits de l’Homme sont actuellement détenus ou ont été contraints de quitter le pays. Alors qu’il avait été libéré au mois de septembre, Alaa Abdel-Fattah, figure emblématique de l’opposition libérale, a été de nouveau emprisonné, le 27 octobre, pour s’être opposé à une nouvelle loi restreignant considérablement le droit de manifester.

Le pouvoir poursuit son plan d’éradication systématique de toute voix critique et de tout espace de contestation. Dans son entreprise, il n’hésite pas à encourager le recours à la délation. Un article publié sur le site internet Marsad, « Egypt : The Nation of Snitches makes a comeback », raconte le retour de ces pratiques fascisantes. Interpellé au mois de novembre, Alain Gresh, le directeur-adjoint du Monde Diplomatique, en a fait l’expérience alors qu’il discutait de politique sur une terrasse de café du Caire : dénoncé par une passante qui avait surpris sa conversation et arrêté, le journaliste français a finalement été relâché et convié par la suite au ministère de l’Intérieur, où des excuses lui ont été présentées. Sans doute a-t-il dû sa relaxe à sa qualité d’éditorialiste de renom… Et sans doute aussi doit-il s’interroger sur la pertinence de ses assertions passées, lorsqu’il publiait en 2012, dans les colonnes du Monde diplomatique, que l’Égypte était sur le chemin de la démocratie et que rien ne pouvait la ramener en arrière…

Des faits qui ont eu lieu deux semaines avant la visite d’Abdel Fattah al-Sissi à Paris…

Cette dernière tournée européenne (en France et en Italie) marque une nouvelle étape dans la normalisation des relations diplomatiques entre l’Ègypte et l’Union européenne. Le président al-Sissi devrait aussi se rendre en Allemagne, après les élections parlementaires programmées en mars 2015, et une délégation économique britannique visitera le Caire en janvier prochain…

Le rétablissement de l’ordre ancien en Égypte signifie donc aussi la résurgence de politiques étrangères plus traditionnelles, dont le « Printemps arabe » devait pourtant avoir sonné le glas.

En janvier 2011, la France, par l’intermédiaire de Michèle Alliot-Marie, alors ministre des Affaires étrangères, avait offert le « savoir-faire, reconnu dans le monde entier, de [ses]forces de sécurité » à Zine el-Abidine Ben Ali, le dictateur tunisien, contre des manifestants pacifiques. La chute du régime et les révélations sur les amitiés de la ministre avec Aziz Miled, homme d’affaires proche de Ben Ali, entraineront la « démission » de Michèle Alliot-Marie et une rupture dans la politique étrangère de la France à l’égard de pays dont elle a, des décennies durant, soutenu les régimes dictatoriaux.

À l’échelle de l’Union européenne, les changements survenus dans son voisinage sud s’étaient traduits par la définition d’une nouvelle conditionnalité politique, fondée sur « la reconnaissance des erreurs du passé » en matière de démocratie et de Droits de l’Homme.

Tout comme la révolution égyptienne, ces déclarations d’intentions appartiennent à présent au passé.

La contre-révolution a abouti et le pays est aujourd’hui dirigé par un régime répressif plus redoutable encore que celui de Moubarak. Il s’appuie notamment sur une puissante propagande assimilant toute forme d’opposition politique au terrorisme. Autant d’éléments qui n’empêchent nullement les chancelleries européennes de reconnaître le régime militaire.

Historiquement, les Frères musulmans se sont limités à l’action politique non-violente ; y compris après la destitution de Mohamed Morsi, alors même que les sit-in de ses partisans étaient dispersés dans le sang. Malgré les nombreuses erreurs commises par la Confrérie, il ne fait aucun doute que cet engagement a permis au pays d’éviter de reproduire un scénario similaire à celui de la guerre civile algérienne des années 1990.

D’autres groupes djihadistes – essentiellement Ansar Bayt al-Maqdis (ABM) et Ansar Misr – ont effectivement recours au terrorisme, depuis le coup d’État militaire. Ils ont revendiqué de nombreux attentats contre les forces de police et l’armée, majoritairement dans le Sinaï.

Apparu en 2011, ABM est à l’ origine de plusieurs attaques contre des gazoducs qui desservent Israël et la Jordanie. Le groupe a également ciblé un car de touristes coréens à Taba (Sinaï), en février 2014, et revendiqué l’assassinat d’un travailleur américain dans le désert occidental.

Bien que les Frères musulmans soient idéologiquement opposés à ces groupes salafistes, le pouvoir, poursuivant sa rhétorique politique, a cependant choisi de mettre la Confrérie et les groupes djihadistes dans le même sac. Une absurdité qu’il pousse jusqu’à assimiler la Confrérie à l’État Islamique (EI) et à al-Qaïda – qui sont pourtant ouvertement hostiles aux Frères musulmans. Le 18 septembre dernier, par exemple, une caricature représentant Hassan al-Banna, le fondateur de la Confrérie des Frères musulmans, paraissait dans le journal d’État al-Ahram Weekly, présentant les Frères comme les mentors du djihadisme.

Cet amalgame audacieux – pour ne pas dire farfelu – permet de déguiser la répression de l’opposition en « lutte contre le terrorisme », alors qu’une coalition internationale est aux prises avec l’EI en Irak et en Syrie.

À la tête de cette coalition, les États-Unis et plusieurs pays européens préfèrent ménager un allié et un soutien jugé nécessaire, en fermant les yeux sur les violations massives des Droits de l’Homme.

Ainsi, pendant la conférence de presse par laquelle s’achevait la visite d’al-Sissi en France, le président François Hollande a apporté son soutien au « processus de transition démocratique » (sic) en Égypte ; un « processus démocratique » imposé par un militaire élu avec 97% des suffrages…

À l’époque de ces élections, en mai 2012, Laurent Fabius, l’actuel ministre français des Affaires étrangères, avait souhaité au nouveau maître du Caire « beaucoup du succès dans l’accomplissement de sa haute mission »…

Muées par une « commune appréciation de ce que peut être l’équilibre du monde » (selon les termes de François Hollande), la France et l’Égypte ont signé lors de cette rencontre de nombreux accords commerciaux et militaires, qui s’ajoutent à d’autres traités déjà conclus au cours des derniers mois.

Selon Amnesty International, le montant des commandes militaires entre les deux pays ont plus que doublé entre 2012 et 2013, passant de 27 millions d’euros à 63 millions d’euros. La France n’a jamais cessé de vendre des armes à l’Égypte, et ce en violation du code de conduite européen en matière d’armement, qui lui en interdit l’exportation « s’il existe un risque manifeste que la technologie ou les équipements militaires servent à la répression interne ».

François Hollande a justifié ce soutien par « la guerre contre le terrorisme, qui sévit encore au Sinaï ».

Le président français adopte la ligne défendue par John Kerry, le secrétaire d’État américain, qui annonçait, en septembre, au Caire, la livraison d’hélicoptères Apache à l’armée égyptienne.

Ce discours fait pourtant (volontairement) abstraction d’une donnée fondamentale : si l’on ne peut justifier le recours au terrorisme, il faut noter que c’est après la destitution de Mohamed Morsi et en opposition au coup d’État militaire qu’ont émergé Ansar Beit al-Maqdis et Ajnad Misr…

Synonyme de réapparition de l’État répressif et des pratiques fascisantes, le plein retour de l’ordre ancien en Égypte s’accompagne aussi de la résurgence des politiques étrangères occidentales réalistes et de leur soutien à un pouvoir autoritaire.

Le refrain déjà bien connu de « la lutte contre le terrorisme » constitue encore une fois –et en Égypte à présent- le prétexte aux violations massives des Droits de l’Homme et justifie, comme par le passé, l’indifférence complice des États occidentaux.

Plus encore, cette apathie des démocraties occidentales, c’est certainement le dernier clou d’un cercueil… celui qui renferme désormais la dépouille de la révolution égyptienne… et tous les espoirs qu’elle avait suscités.

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Une nouvelle «question d’Orient»?


vendredi 19 décembre 2014

Depuis 2011, les sociétés arabes, notamment celles du Levant, connaissent des mutations, des révolutions et des contre-révolutions, qui bouleversent l’ordre politique ayant régné tout au long de ces quatre dernières décennies. Une nouvelle donne se profile dans la région, à la fois étatique et sociétale, dont les contours se dessinent dans la violence, les déchirures et l’incertitude.

Suite au déclin de l’empire ottoman durant la première guerre mondiale, trois moments ont marqué des tournants dans l’histoire du proche orient.

Le premier est celui des promesses européennes, des trahisons et des tracés frontaliers (1915 – 1920). Ce processus avait commencé avec la correspondance entre McMahon (le commissaire britannique en Egypte) et Hussein (Charif du Hijaz) évoquant la reconnaissance d’un royaume arabe indépendant, allié à Londres. Or, ce même processus s’est achevé avec les accords de Sykes-Picot, la déclaration de Balfour et les conférences de Versailles et de San Remo. Des mandats britanniques et Français ont été imposés dans un Levant où des frontières allaient pour la première fois déterminer les territoires des nouveaux états, où un état juif devait être établi, mais pas le royaume arabe promis à Hussein par McMahon.

Le second moment est celui de la création de l’état d’Israël en 1947 suivi par la première guerre israélo arabe (1948-1949), et le déplacement forcé d’un million de palestiniens. Cette « Nakba » va modifier la démographie dans plusieurs territoires, déstabiliser la région et créer de nouvelles dynamiques permettant à des élites militaires de renverser les pouvoirs civils en place depuis les indépendances (En Egypte, puis en Iraq et en Syrie) et d’utiliser la lutte pour la Palestine comme prétexte pour instaurer des régimes autoritaires, voire despotiques.

Le troisième est celui de la révolution iranienne en 1979 et la fondation d’une république islamique, aspirant à exporter son modèle aux pays voisins à forte composante chiite. Cet évènement, précédé par le boom pétrolier de 1973 qui avait permis à l’Arabie Saoudite d’engranger des revenus colossaux et un rôle régional important, sera suivi par la guerre dévastatrice irako-iranienne. Puis est arrivé le jihad afghan soutenu par les Etats Unis, l’Arabie et le Pakistan dans le cadre de la guerre froide, avec l’apparition de nouveaux discours politiques radicaux au sein des courants islamistes sunnites comme chiites, financés par Riyad et Téhéran. La création du Hezbollah (1983), les guerres du golfe (1990 – 1991), le 11 septembre 2001, et les invasions américaines de l’Afghanistan et de l’Iraq (2001 – 2003) avec les conflits qui en ont découlé n’ont fait qu’accélérer une confrontation à grande échelle qui semblait inéluctable, celle opposant l’Iran et ses alliés aux Saoudiens et leurs alliés. Les paramètres confessionnels, le recours à l’Histoire (à la grande discorde entre musulmans au 7ème siècle), et les narratifs opposés seront de puissants outils de mobilisation dans cette confrontation. Ils finiront par s’imposer comme éléments non moins importants que les aspects géostratégiques.

Révolutions et contre révolutions

En 2011, le désir de changement « par le bas », par les sociétés, par les nouvelles générations a bousculé les régimes en place de Tunis à Damas, en passant par le Caire, Tripoli, Sanaa et Manama. Des révolutions ont éclaté et un retour du temps politique, de l’action citoyenne, et de la prise de parole ont laissé augurer une possible rupture et un espoir de voir une volonté populaire triompher face aux dictatures et aux clivages communautaires.

Or cet espoir a été de courte durée. L’année 2012 a connu à la fois des contre-révolutions dans les pays où les régimes furent déchus, et une répression barbare en Syrie menant à une guerre impliquant des acteurs régionaux (l’Iran, l’Arabie, le Qatar et la Turquie) et internationaux (la Russie, les Etats Unis, la France et la Grande Bretagne). Dès lors, le conflit a pris une dimension confessionnelle, que l’arrivée des combattants chiites irakiens et libanais pro- régime Assad, et de jihadistes sunnites cherchant à s’imposer dans les régions libérées des forces du régime a exacerbée à partir de 2013.

Dans le même temps, la scène irakienne a connu une montée fulgurante de « l’Etat Islamique en Iraq et au Levant » (EIIL), une organisation issue d’Al-Qaeda et active dans le centre de l’Iraq depuis 2004. Plusieurs facteurs ont favorisé son expansion en Iraq et la prise d’assaut de l’Est et du nord-est syrien. D’abord il y a les séquelles de la dictature de Saddam (comme celle de son frère-ennemi Assad) qui a stérilisé le champ politique et anéanti les alternatives démocratiques, ensuite la dissolution des institutions étatiques iraquiennes par les américains et la marginalisation des arabes sunnites dans les gouvernements successifs à Bagdad contrôlés depuis 2005 par les alliés chiites de Téhéran. En outre, le recrutement qui a grossi les rangs et l’efficacité de l’EIIL a été largement facilité par l’afflux d’importants fonds de certains réseaux du golfe (puis par la vente du pétrole dans les régions qu’il contrôle) et l’indéniable expérience militaire de plusieurs de ses dirigeants.

La montée de l’EIIL poussa à l’exode des dizaines de milliers de kurdes yazidis et de chrétiens iraquiens. Elle entraina une intervention militaire aérienne américaine, mais aussi iranienne. Quant à la Syrie, l’EIIL a combattu pendant un an l’opposition, pour occuper des zones qu’elle contrôlait. Ainsi cette dernière et les millions de civils syriens ont été pris entre deux feux : celui du régime Assad (faisant jusqu’à décembre 2014 plus de 200.000 morts), et celui de l’EIIL (faisant près de 10.000 morts).

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Un nouveau moment fondateur 

La proclamation par le chef de l’EIIL d’un Califat à l’étendue considérable et la force combattante qu’il dirige créent une nouvelle situation dans la région : la disparition temporaire des frontières entre l’Iraq et la Syrie. Cela s’accompagne par des déplacements massifs de populations : trois millions d’iraquiens (sur une population de 26 millions) sont des déplacés internes réduisant la surface des territoires cohabités par les différentes communautés, notamment sunnites et chiites ; six millions de syriens le sont également tandis que plus de trois autres millions ont quitté la Syrie pour trouver refuge en Turquie, en Jordanie et au Liban (soit 40% du peuple syrien est déplacé aujourd’hui).

Face à ce paysage Syro-iraquien apocalyptique, le Liban sombre dans une série de crises. Au clivage entre sunnites et chiites libanais se « partageant » les chrétiens et paralysant les institutions politiques du pays, s’ajoute la catastrophe humanitaire des réfugiés syriens (et palestiniens) qui constituent désormais le tiers de la population. Quant à la Jordanie, elle se trouve entourée de conflits. Les jordaniens doivent faire face aux défis sécuritaires que posent l’EIIL sur leur frontière avec l’Iraq. Ils doivent garder un œil sur les combats au sud de la Syrie, avec une crainte grandissante des conséquences de l’agonie du processus de Paix entre israéliens et palestiniens. Le projet de loi du gouvernement de Netanyahou de ne plus définir Israël comme « Etat juif et démocratique » mais comme «Etat national du peuple juif», n’arrange certainement pas les choses pour 22% des israéliens, c’est-à-dire les palestiniens chrétiens et musulmans d’Israël, vivant à quelques kilomètres d’Amman.

Ce scénario tragique se déroule sous les yeux d’une « communauté internationale » dont l’impuissance est avérée.  Les américains sous Obama s’intéressent moins au proche orient, les européens peinent à élaborer une politique étrangère commune, et la Russie aspire à réincarner un rôle impérial sans en avoir véritablement les moyens.

Dans ce contexte, les erreurs stratégiques de vision se répètent inexorablement, privilégiant (à nouveau) le despotisme au « risque jihadiste » alors que ce dernier n’est (entre autres) qu’un fruit pourri du premier. L’impasse dans laquelle se trouve le levant laisse craindre une fragmentation et une flambée de violence encore plus importantes. C’est bien une nouvelle « question d’orient » qui semble interroger, en vain, le reste du monde…

Ziad Majed

Article publié dans le numéro spécial de L’EXPRESS, le 17 décembre 2014

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10 VŒUX ARDENTS POUR BRUXELLES


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HART BOVEN HARD / TOUT AUTRE CHOSE

Hart Boven Hard est une initiative citoyenne qui rassemble les individus et les organisations que la politique du gouvernement flamand et fédéral inquiète. Etudiants et retraités, organisations sociales et culturelles, tous veulent une société du cœur et non de la dureté. L’initiative est née en Flandre, et prend désormais lentement mais sûrement racine en Belgique francophone, sous le nom de Tout Autre Chose.

A Bruxelles, Hart Boven Hard / Tout Autre Chose organise une soirée bilingue – comment pourrait-il en être autrement – quelques jours après la grève nationale. Vous pourrez prendre place aux tables de discussions et formuler vous-même des questions ou élaborer des propositions sur des vœux sociaux essentiels portant sur la durabilité, la fiscalité, la pauvreté, le genre… En table ronde, six experts se pencheront tour à tour sur une réalité que plus aucun Bruxellois ne peut faire mine d’ignorer: la ville où nous vivons est devenue ‘superdiverse’. Que signifie cette superdiversité pour le secteur social et en particulier, pour une initiatives citoyenne comme Hart Boven Hard / Tout Autre Chose?

Tout comme Hart Boven Hard / Tout Autre Chose, cette soirée fait appel à l’engagemenet et à la participation de citoyens.

Vous avez envie de participer à cette soirée bilingue de Hart Boven Hard / Tout Autre Chose?
Réservez vite votre place et venez vous faire entendre !

Programme
– Allocution d’ouverture par Wouter Hillaert (porte-parole Hard Boven Hart) et Pascale Vielle (porte-parole Tout Autre Chose)
– Tables rondes sur 9 vœux ardents pour Bruxelles (autour e.a. de la durabilité, du genre, des jeunes, du logement, de la pauvreté et de l’inégalité, …)
– Pause avec soupe et sandwiches & musique live par Le temps d’une chanson, du jazz détonnant et de la chanson des années 1930-40
– Débat bilingue sur la réalité superdiverse de Bruxelles et sa signification pour le secteur social et pour une initiative citoyenne comme Hart Boven Hard/Tout Autre Chose en particulier. Avec entre autres: Eric Corijn, Meryem Kanmaz, Bleri Llhesi, Henri Goldman, David Méndez Yépez,…
– Mot de la fin par Myriam Stoffen

Les maîtres de cérémonie sont Maaike Neuville & Mourade Zeguendi.

Gratuit, sur réservation
En néerlandais et français
Pause + restauration

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