Gaza : une guerre avec le O d’Oslo


 

lundi 28 juillet 2014 – 06h:55

Lucas Catherine

 

Remonter à quelques semaines dans le temps pour expliquer l’escalade actuelle serait négliger les raisons plus profondes de la répression à Gaza. D’où l’importance de réexaminer l’importance des Accords d’Oslo de 1993 pour comprendre la vague de répression actuelle.

Oslo : l’article 40 de l’accord stipulait que "Israël reconnaît les droits des Palestiniens sur l’eau en Cisjordanie". Lettre morte : la situation en matière d’eau potable et d’assainissement des eaux usées est épouvantable et indigne. (AFP)

L’opération Plomb Durci 2008-2009, l’opération Pilier de Défense 2012 et l’opération Bordure protectrice de 2014 : c’est la troisième guerre contre Gaza en six ans.

Pour expliciter cette guerre – c’est tout de même ce que font ou ce que devraient faire les journalistes de nos médias – il faut remonter à 1948, quand l’Etat colonial d’Israël a été créé en Palestine par des juifs d’Europe de l’Est.

La plupart des réfugiés qui vivent maintenant à Gaza ont alors été expulsés des petites villes et des villages qui sont à présent en Israël. Chassés de Ramla, Beersheba, Ashkelan (qui s’appelle maintenant Ashkelon), Isdoud (repeuplé par des juifs en 1957 et rebaptisé Ashdod) of Najd (repeuplé en 1951 et rebaptisé Sderot). Ils y étaient la population autochtone.

Aujourd’hui, certaines de ces villes sont ciblées depuis Gaza par les fils des réfugiés, les autochtones qui avaient été expulsés par les colons. Ils tirent sur la terre natale de leurs pères par vengeance, parce qu’ils ne peuvent plus y retourner, tandis que de nouveaux immigrants juifs, autrement dit les colons, ont, eux le droit de s’y établir. C’est leur manière de faire valoir leur « droit de se défendre » palestinien.

Mais on ne peut pas remonter aussi loin dans le temps. En vertu du consensus prédominant dans l’ordre établi et dans les médias, on peut tout au plus remonter à 1967, quand l’État colonial juif a occupé le reste de la Palestine.

Jusqu’au moment où, après la première résistance palestinienne des années 1920-19930, une Résistance Palestinienne a de nouveau vu le jour chapeautée par l’Organisation de Libération de la Palestine.

OK, je veux être lu et je me tiens à ces règles. Je ne remonterai qu’à 1993 et à « LA » solution de la question palestinienne sortie par magie ;. de la manche des grandes puissances : deux états et une Autorité Palestinienne qui réaliserait pour ainsi dire l’État palestinien.

Mais que s’est-il passé en réalité ?

L’OLP, qui avait en 1993 – chose étonnante pour un mouvement de résistance de ces années-là – une structure très démocratique et était de fait la seule démocratie au Moyen-Orient, avec un gouvernement contrôlé par un parlement où siégeaient plus de 10 partis différents mais aussi, en plus, toute la société civile palestinienne – médecins, associations d’ingénieurs, étudiants artistes syndicats organisations féminines, et j’en passe – cette même OLP représentait tous les Palestiniens : ceux de la rive occidentale du Jourdain (Cisjordanie) et de Gaza, mais aussi les réfugiés en Jordanie, au Liban, dans le Golfe … sans oublier les Palestiniens en Israël.

Oslo a liquidé cette structure démocratique et l’a remplacée par l’Autorité Palestinienne qui – c’était une condition posée par Israël – ne pouvait plus représenter que les Palestiniens de la rive occupée du Jourdain et de Gaza. Ou plus exactement – pouvait y exercer une gestion très restreinte.

Cela revenait à se surveiller soi-même sous l’occupation israélienne, tandis qu’Israël même pouvait continuer à coloniser librement. Leur « Président » Mahmoud Abbas a même reçu des « troupes de sécurité » formées, contrôlées et financées par les USA. Ces forces collaboraient avec l’armée israélienne et avec le service de renseignement ShinBeth.

Tout ceci a fait dire à l’universitaire et ancien membre du Parlement israélien Azmi Bishara les paroles suivantes : « Naguère nous aurions appelé ça des collabo[rateur]s, maintenant nous devons les appeler nos représentants ». Cette Autorité Palestinienne (AP) a été rendue entièrement dépendante financièrement des États-Unis et de l’Union Européenne pour sa survie.

Entre-temps Israël s’est intégralement dérobé à ses obligations de puissance occupante (selon le droit international et les Conventions de Genève) pour entretenir les infrastructures des territoires occupés : route, écoles, hôpitaux, etc.

Cette facture ce n’est pas Israël qui la paie, mais l’UE.

En Cisjordanie, un Palestinien sur 4 reçoit sont salaire de cette AP. Dans la ville où siège cette AP, Ramallah, unegrosse bulle économique est née, avec une classe moyenne qui ne voit pas d’un très bon œil une troisième Intifada. Bien trop à perdre …

Max Blumenthal [*] y décrit la situation comme suit : « L’économie néolibérale des donateurs fonctionne comme un laboratoire où l’on fait des expériences sur l’hypothermie [induite] de la Résistance Palestinienne ». Cela réussit pas mal avec Abbas & C°. L’AP s’est avilie pour devenir un régime arabe comme les autres, corrompu, autoritaire et sans aucun respect pour ses citoyens.

Pour le moment seul le Hamas ne veut pas courber l’échine, du moins pas trop bas. C’est de cela qu’il s’agit dans cette guerre. Le but n’est pas d’éliminer le Hamas, mais de l’affaiblir. A deux reprises déjà, l’organisation a baissé le ton après les précédentes guerres de Gaza. Maintenant, il faut qu’il s’incline vraiment, mais sans disparaître.

Le spectre de l’EI (ISIS/ISIL) et autres djihadistes hante les esprits de l’occupant israélien. Non ! Si c’est possible, le Hamas doit devenir une « version islamique » de Mahmoud Abbas & C° et garder sous son contrôle la prison à ciel ouvert de Gaza. Pour cela, tous les moyens sont bons, même des bombardements terrorisants disproportionnés. Plus c’est hors de toute proportion, plus il y a de tués, plus l’objectif sera atteint rapidement : c’est ainsi que raisonne Israël.

Cette dégénérescence de la « résistance » officielle sous l’AP s’observe aussi dans la diplomatie. Quand on compare les travaux, l’engagement et les idées du premier ambassadeur palestinien en Belgique Naim Khader(assassiné à Bruxelles en 1981) avec ceux de l’actuelle ambassadrice Laila Shahid (fille d’une des plus grandes familles de notables palestiniens), on constate la même décadence.

Madame Shahid ne veut même plus travailler avec le Comité Palestine [belge] et avec des Palestiniens qui « n’ont pas de respect pour leur ambassadeur mais posent des questions gênantes ». Elle préfère fréquenter les salons « m’as-tu vu » et les sionistes light comme Simone Susskind, en faveur de qui elle a appelé à voter aux dernières élections [belges], à l’encontre de toutes les règles diplomatiques.

Les Accords d’Oslo de 1993 ont aussi fait en sorte que l’attitude au sein de l’UE évolue toujours davantage en direction d’un soutien presque inconditionnel à Israël. L’opposition palestinienne contre la colonisation ne reçoit plus guère d’attention.

Le 13 juin 1980, Israël se faisait encore étriller dans la Déclaration de Venise :

« Les Neuf rappellent la nécessité pour Israël de mettre fin à l’occupation territoriale qu’il maintient depuis le conflit de 1967, comme il l’a fait pour une partie du Sinaï. Ils sont profondément convaincus que les colonies de peuplement israéliennes représentent un obstacle grave au processus de paix au Moyen-Orient. Les Neuf considèrent que ces colonies de peuplement ainsi que les modifications démographiques et immobilières dans les Territoires arabes occupés sont illégales au regard du droit international. »

Aujourd’hui, en 2014, la vision israélienne est approuvée par principe. Ou, comme le formulait [le quotidien] Israel Today le 23 juillet dernier : « Israël a été agréablement surpris ce mardi … Dans sa déclaration, le ministère israélien des Affaires Étrangères a loué l’appel de l’UE au désarmement des organisations terroristes dans la bande de Gaza et à la démilitarisation de Gaza. Ces déclarations de l’UE sont tout à fait en ligne avec la perception qui guide Israël dans la lutte contre le terrorisme … »

Le Hamas va-t-il capituler, nous ne le savons pas encore. Mais la population palestinienne ? Certainement pas si on entend Hanin Zoabi . Elle est la première Palestinienne à avoir été élue à la Knesset, le Parlement israélien, pour le parti national-palestinien Baladi.

Ce que nous devons arriver à réaliser, c’est que le conflit israélo-palestinien ne soit plus vu sous l’angle de l’occupation de 1967. Implicitement, tous les Palestiniens comprennent qu’il s’agit d’un conflit qui tourne autour d’un projet colonial raciste fondé sur des notions de pureté ethnique … Avec notre volonté de « citoyenneté à part entière » en Israël, nous devons saper le projet sioniste et le dégrader à son vrai statut, celui d’une entreprise coloniale raciste.

Alors, pour comprendre encore mieux ce qui se passe maintenant, peut-être vaudrait-il quand même mieux remonter à 1948, bien longtemps avant Oslo ?

[*] Journaliste étatsunien juif travaillant notamment pour The Huffington Post.

lucas

Lucas Catherine est un auteur bruxellois spécialiste du monde arabe, de la colonisation, des relations entre civilisation occidentale et autres cultures. Il a vécu à Khartoum, Rabat et Dar es Salam. Parmi ses nombreux livres : « L’Islam à l’usage des incroyants » (EPO, 1998), « Palestine, la dernière colonie ? » (EPO 2003), « Gaza » (EPO, 2009), « Promenade au Congo : petit guide anticolonial de Belgique » (CADTM, 2010), « Le lobby israélien » (EPO, 2011).

source

25 juillet 2014 – dewereldmorgen.be – Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.dewereldmorgen.be/artike…
Traduction : Info-Palestine.eu – Marie Meert

Ma lettre au Parlement Européen pour sa session concernant l’attaque Israélienne sur Gaza. Nurit Peled-Elhanan


16 juillet 2014

Chers amis et militants de la paix
Je vous écris depuis la bouche de l’enfer. Génocide à Gaza, pogroms et massacres en Cisjordanie et la panique des roquettes sur Israël .Trois colons israéliens enlevés et tués, et la police qui a été informée immédiatement n’a rien fait. Leur mort a été utilisée comme un prétexte pour mener l’assaut planifié à l’avance sur la Cisjordanie et Gaza. Un garçon palestinien de Jérusalem enlevé et brûlé vif et la police, immédiatement informée, ne fait rien. Plus de 200 victimes dans le raid sur Gaza. Des familles entières tuées par les pilotes israéliens, et pour résultat, des bombardements de roquettes sur tout Israël . Le racisme dangereux et violent contre des citoyens israéliens arabes, encouragé avec enthousiasme par les ministres israéliens et des membres du Parlement, conduit à des émeutes dans les rues, engendre l’agressivité et de graves discriminations contre les Palestiniens, avec une violence renouvelée qui éclate contre les militants de la paix juifs.

Malgré les accords, les résolutions internationales et les promesses israéliennes, les colonies se développent – tandis que les maisons palestiniennes à Jérusalem-Est et la Cisjordanie sont constamment détruites. L’eau coule sans limitation dans les piscines des colonies, tandis que les enfants palestiniens sont assoiffés et que des villages et des villes entières vivent sous un régime cruel de distribution d’eau , comme cela a été récemment souligné par le président Schultz. Des routes de ségrégation réservées pour les Juifs seulement et de nombreux points de contrôle rendent la vie et les déplacements des Palestiniens impossibles. Le caractère non démocratique de l’Etat d’Israël est de plus en plus en train de se transformer en un Etat d’apartheid dangereux. Toutes ces atrocités ont été conçues par le même esprit diabolique et criminel – l’esprit de l’occupant raciste et impitoyable de la Palestine.

Par conséquent, la responsabilité de tous ces crimes contre l’humanité doit être imputé à qui de droit : sur les mains sanglantes des dirigeants politiques racistes d’Israël , des généraux, des soldats et des pilotes, des hooligans de la rue et des membres de la Knesset. Tous sont coupables de l’effusion de sang et devraient être traduits devant la Cour pénale internationale de justice.

A ce jour, la communauté internationale n’a pas fait assez pour arrêter le régime d’occupation israélien. Les pays européens l’ont sévèrement critiqué alors que dans le même temps , ils continuaient à coopérer pleinement avec Israël, économiquement, politiquement et militairement. En conséquence, Israël ne paie pas de prix pour ses graves violations du droit international et des valeurs humaines.

Au contraire, c’est l’Europe qui paie pour la plupart des dommages humanitaires de l’occupation, ce qui rend encore plus facile pour Israël de la maintenir. Bien que les directives aient été émises interdisant aux institutions de l’UE de sponsoriser ou de financer les organismes de recherche et les activités dans les colonies et que 20 pays européens aient publié des avertissements officiels à leurs citoyens et aux entreprises, à l’encontre des relations commerciales et financières avec les colonies, ce n’est pas suffisant.

Ces mesures ne remettent pas sérieusement en cause la politique israélienne en Palestine occupée. L’Europe pourrait faire beaucoup mieux, ainsi que l’illustre sa réponse dure à l’annexion par la Russie de la Crimée. En quelques semaines, l’Union européenne a imposé des sanctions ciblées sur les responsables russes et ukrainiens et entreprises commerciales en activité en Crimée. L’UE est allée encore plus loin et a élargi les sanctions en interdisant l’importation de marchandises de Crimée.

Nous, les citoyens d’Israël et les apatrides de la Palestine, ne pouvons pas réaliser la fin de l’occupation et arrêter le bain de sang par nous-mêmes. Nous avons besoin de l’aide de la communauté internationale en général et de l’UE en particulier. Nous avons besoin de vous pour poursuivre en justice le gouvernement et l’armée israélienne, nous avons besoin de vous pour boycotter l’économie et la culture israélienne, nous avons besoin de vous pour exhorter votre gouvernement à cesser de tirer profit de l’occupation et nous avons besoin d’appeler à un embargo des armes contre Israël et à lever le siège de Gaza.

Israël est la plus grande et la plus dangereuse organisation terroriste existant aujourd’hui. Toutes ses munitions sont utilisées pour tuer des civils innocents, femmes et enfants. Ce n’est rien de moins qu’un génocide. Comme lauréate du Prix Sakharov du Parlement européen pour les Droits de l’Homme, en tant que mère et en tant qu’être humain, je demande à l’UE d’utiliser tous les outils diplomatiques et économiques à sa disposition pour aider à sauver mon pays de cet abîme de mort et de désespoir dans lequel nous vivons.

S’il vous plaît , il faut mettre Israël au ban de la communauté internationale jusqu’à ce qu’il devienne un véritable Etat démocratique, et il faut boycotter et sanctionner quiconque fait des affaires avec cet état d’apartheid et nous aider à nous débarrasser de ce gouvernement raciste et sanguinaire pour restaurer la vie des Palestiniens et des Juifs eux-mêmes.

* Nurit Peled-Elhanan, professeur de littérature comparée à l’université hébraïque de Jérusalem, est connue comme militante pacifiste en Israël. Née en 1949, c’est la fille de Matti Peled, un général de l’armée israélienne qui, après la guerre des Six Jours, s’est élevé contre la politique de colonisation.

 Après avoir perdu sa fille de 14 ans dans un attentat kamikaze palestinien (et interdit aux officiels israéliens dont Benjamin Netanyahou de venir à ses obsèques), elle déclare « ne pas avoir cédé au désespoir mais prononcé un discours avec pour thème la responsabilité d’une politique myope qui refuse de reconnaître les droits de l’autre et fomente la haine et les conflits ».

 Elle est cofondatrice de l’association israélienne et palestinienne des Familles endeuillées pour la paix. Elle reçoit le prix Sakharov en 2001 en tant que représentante de « tous les Israéliens qui prônent une solution négociée du conflit et revendiquent clairement le droit à l’existence des deux peuples et des deux États avec des droits égaux ». Izzat Ghazzawi, un professeur de littérature palestinien militant également pour la paix malgré la perte d’un fils dans le conflit le reçoit en même temps. Elle est l’une des trois promoteurs du Tribunal Russell sur la Palestine dont les travaux ont commencé le 4 mars 2009.
 

Oui, il faut parler de Gaza et de l’occupation


Baudouin Loos
Comment parler de Gaza ? Le conflit israélo-palestinien charrie des émotions à nulles autres pareilles, même en Europe. Emotions qui prennent souvent le dessus sur la raison. Les réseaux sociaux deviennent un défouloir navrant, au nom de la solidarité.
Dans les deux camps. La « cause » de la Palestine. La « cause » d’Israël… En Israël, justement, la paranoïa collective bat son plein. Des foules crient « Mort aux Arabes ! ». Mais aussi « Mort aux gauchistes ! ». C’est-à-dire que ceux qui s’opposent à la méthode forte employée par l’armée israélienne à Gaza sont souvent désormais considérés comme des traîtres.
L’atmosphère devient irrespirable pour ces Israéliens minoritaires qui osent montrer ne fût-ce qu’un peu d’empathie pour « l’ennemi ». Ces Israéliens-là, pourtant, disent souvent des choses qui font sens. Comme l’écrivain Etgar Keret qui, observant avec consternation la montée de l’intolérance dans la société israélienne, se posait une question dans un article publié par le quotidien Yediot Aharonot  : « Même si les militants du Hamas étaient éliminés un à un, y a-t-il quelqu’un pour vraiment penser que l’aspiration du peuple palestinien à l’indépendance nationale disparaîtrait avec eux ? »
Alors, oui, Gaza symbolise la Palestine. Le malheur infini de la Palestine. A cause du Hamas ? A cause d’un mouvement islamiste radical et cynique ? Il est tentant d’adhérer à cette thèse parce qu’elle comporte une part de vérité et qu’elle rassure. Mais elle comporte aussi une très importante part de leurre en occultant quelques données factuelles simples et édifiantes. Il y a toujours, en Palestine, un occupant et un occupé.
Bien que reconnu comme Etat par plus de cent pays, la Palestine ne jouit pas d’une once de souveraineté. Elle n’existe toujours pas. Quant à la bande de Gaza, elle a bien été évacuée en 2005 par les colons et les soldats israéliens, mais le petit territoire est devenu la plus grande prison du monde, avec la complicité de l’Egypte, renforcée depuis 2013 par le régime putschiste du maréchal Sissi. Un million huit cent mille prisonniers piégés sur 360 km².
Les images de samedi ont indigné presque tout le monde. C’était quand les habitants de certains quartiers de Gaza ont profité d’une trêve pour retourner chez eux. Mais il n’y avait plus que des ruines. Ceux qui ont pu rester indifférents à ces destructions, à la vue de cadavres d’enfants retrouvés dans les gravats, se rassurent en soutenant que c’est la faute du Hamas. Pourtant, selon Amira Hass, la seule journaliste israélienne qui réside dans les territoires occupés, « le dégoût croissant exprimé [par les Palestiniens de Gaza] vise Israël, pas le Hamas ». Il faudra encore parler de Gaza et de l’occupation.
source

Cinq points de discussion israéliens sur Gaza: démystifiés


"Israël prétend qu’il ne fait qu’exercer son droit à la légitime défense et que Gaza n’est plus occupée. Voici ce que vous devez savoir sur ces points de discussion, et plus encore."Lire l’article de l’avocate Noura Erekat publié dans le quotidien américain "The Nation",  traduit en français sur le site de l’Agence.

 

‘Le bilan s’alourdit au dix-neuvième jour de l’offensive militaire israélienne contre la bande de Gaza et sa population civile :1020 morts palestiniens jusqu’à cette heure-ci, dont 200 enfants, 110 femmes et 83 personnes âgées suite à des bombardements israéliens en dix-neuf jours."Lire le billet de Ziad Medoukh publié sur le site de l’Agence.
"Plus de 1000 morts à Gaza, et ça continue"

 

La France s’abstient lors d’un vote de l’ONU demandant le respect du droit international dans les territoires palestiniens dont Jérusalem Est
La France s’est abstenue le 22 juillet dernier lors d’un vote de l’ONU  pour “faire respecter le droit international dans les territoires palestiniens dont Jérusalem Est”.Lire la suite sur le site de l’Agence.
Rassemblement du Samedi 26 juillet à Paris: COMMUNIQUÉ
"Une réunion du Collectif aura lieu dès demain pour convenir des moyens de poursuivre dans la plus grande unité les actions de soutien dans les rues, au peuple palestinien dans les jours qui viennent malgré l’attitude partiale du gouvernement."Lire le communiqué publié sur le site de l’Agence.
PHOTO: Respect à Massive Attack pour leur soutien à #GAZA durant leur concert
"Gaza est occupée ou sous restrictions depuis 1948". C’est à travers ces mots que le groupe "Massive Attack" a témoigné de son soutien à Gaza au festival Longitude 2014 .Lire la suite sur le site de la Campagne BDS France. Un article à ce sujet dans le Figaro  également.

 

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Je n’ai plus d’espoir; une lettre de Gaza


Chers amis,

Je suis désolée de vous dire, « JE N’AI PLUS D’ESPOIR ».

Oui, je n’ai plus d’espoir :

Quand on arrive au point de donner le nombre de morts sans donner leurs noms alors qu’on a décidé de ne pas le faire au début de l’offensive, je n’ai plus d’espoir !

Quand on passe notre vie entre la radio et les sites internet d’information, quand l’électricité vient nous rendre visite bien sûr, là, je n’ai plus d’espoir !

Quand l’armée « la plus morale au monde » bombarde partout dans la bande de Gaza et qu’on ne sait plus si les frappes sont près ou loin de chez nous, je n’ai plus d’espoir !

Quand cette armée bombarde les hôpitaux, les écoles et les mosquées, je n’ai plus d’espoir !

Quand l’armée israélienne bombarde tout, les gens même les paramédicaux, les pierres, les terres, les animaux et les arbres, je n’ai plus d’espoir !

Quand mon fils ne peut pas dormir plus de 4h, parce qu’il a peur de nous perdre (il croit bien qu’en gardant les yeux ouverts, il nous protège et nous garde.), je n’ai plus d’espoir !

Quand mon fils m’embrasse et me demande de le prendre entre mes bras et de bien le serrer une dizaine de fois par jour, je n’ai plus d’espoir !

Quand je cours vers le téléphone pour avoir des nouvelles des autres, sciemment, mes parents lorsqu’il y a un/ des bombardement/s près de chez eux, je n’ai plus d’espoir !

Quand le mois de Ramadan, le mois le plus joyeux et généreux de l’année, devient le mois le plus morne, je n’ai plus d’espoir !

Quand mon fils a peur qu’une roquette tombe dans sa chambre et détruise tous ses jouets, je n’ai plus d’espoir !

Quand il sait qu’une de ses meilleures amies a perdu son papa et qu’à cause des bombardements il ne peut pas sortir lui dire, « on est tristes pour toi, on est tous, autour de toi, ne t’inquiète pas ! », je n’ai plus d’espoir !

Quand j’imagine que les musulmans, partout dans le monde, vont fêter la fête de l’Aïd normalement sans penser à ce qui nous arrive, je n’ai plus d’espoir !

Quand on perd un de nos proches lors d’un bombardement et qu’on se dit, « heureusement, on en a perdu un, il y a d’autres familles qui en ont perdu beaucoup plus !! » Oui, je n’ai plus d’espoir !

Quand nos cœurs pleurent plus que nos yeux, je n’ai plus d’espoir ! Quand on croit fort à l’idée que les morts ont plus de chances parce qu’ils ne vont plus souffrir, je n’ai plus d’espoir !

Quand on parle de la mort comme si c’était un choix et que chacun dit, « Je n’ai pas peur de la mort, mais ce qui me fait peur, c’est de perdre tous les membres de la famille et de survivre, je veux mourir avec les autres ! », je n’ai plus d’espoir !

Quand on sait que l’armée israélienne bombarde un quartier tout près des frontières et qu’on a peur qu’un nouveau génocide arrive, je n’ai plus d’espoir !

Quand le père Moussallam dit, « S’ils détruisent vos mosquées, appelez à la prière dans nos églises. » et que les barbares ne bombardent pas seulement les mosquées, mais aussi les églises, je n’ai plus d’espoir !

Quand les criminels tuent la beauté de ma ville et l’innocence de nos enfants et qu’ils disent que c’est le droit à la défense, je n’ai plus d’espoir !

Quand on est dans un pays occupé depuis 68 ans, mais qu’on n’a pas le droit de résister, d’exister, je n’ai plus d’espoir !

Quand ce monde parle de la liberté, de la démocratie et de la fraternité et qu’il les interdit aux autres, je n’ai plus d’espoir !

Quand les pays arabes (nos frères !!!!) nous jettent au feu et vont à la mosquée pour prier et s’approcher de Dieu qui n’accepte pas ce qu’ils font, je n’ai plus d’espoir !

Quand on attend une bonne nouvelle, l’arrêt de tous ces massacres, mais que ces nouvelles deviennent des rêves, je n’ai plus d’espoir !

Quand l’odeur de la mort se rapproche de nous, je n’ai plus d’espoir !

Chers amis,

Je suis très désolée, malgré votre soutien concret et moral, vos manifestations, vos messages très doux et vos sentiments, je n’ai plus d’espoir !

Salma AHMED ELAMASSIE

A Gaza, le 25 juillet A

EUROPALESTINE

Pierre Galand : Justice pour la Palestine




La coordination européenne des comités et associations de soutien à la Palestine (ECCP) basée à Bruxelles,
lance un appel à la solidarité avec le peuple palestinien.

Pierre Galand
Jeudi 24 Juillet 2014

Dans le cadre actuel des négociations engagées pour un cessez-le-feu à Gaza, les revendications de la partie palestinienne, présentées par le Hamas et l’Autorité palestinienne, ne sont rien d’autres que les résolutions adoptées par le Conseil et l’Assemblée générale des Nations Unies. Un peuple occupé, placé par l’occupant sous blocus, est en droit de résister et a, selon les normes des conventions internationales et de la Charte des Nations Unies, le choix des moyens pour obtenir la fin de cette occupation et la levée du blocus qui le privent de sa liberté et de ses échanges sociaux, économiques, culturels avec l’extérieur. C’est en ces termes qu’il y a lieu d’aborder la question de Gaza et de sa population de plus de 1,8 million d’habitants emprisonnés sur quelque 360 km2.

Refusant toute négociation avec les représentants élus de Gaza, Israël se place en situation d’occupant et d’oppresseur colonial. Il oblige ainsi la population à user de sa légitime défense. Mais Israël, se présentant comme l’agressé, inverse tout simplement les réalités du terrain. Son usage totalement disproportionné de la force, non pour se défendre mais pour punir toute une population est un crime de guerre, ainsi que l’a précisé la Fédération Internationale des Droits de l’Homme. En s’attaquant à des civils – femmes, enfants et vieillards, en détruisant les infrastructures et équipements publics – hôpitaux, écoles, centrales électriques, circuits d’eau potable, en détruisant les approvisionnements médicamenteux et alimentaires, en détruisant les maisons et des quartiers entiers, Israël commet une fois de plus des crimes contre l’humanité déjà dénoncés en 2009 par le rapport Goldstone et en mars 2013 par le Tribunal Russell sur la Palestine.

Les Etats et les entreprises qui, directement ou indirectement, apportent un soutien à l’Etat agresseur, se rendent complices de ces crimes.
En décrétant le Hamas « organisation terroriste », les pays occidentaux se placent de facto du côté de l’agresseur qui refuse officiellement toute négociation avec une instance politique élue démocratiquement. L’ancien président US Carter, de nombreux élus occidentaux comme moi-même avons pu observer en 2006 la régularité des élections législatives qui amenèrent au pouvoir les représentants du Hamas. Rappelons-nous qu’en son temps, ce sont les mêmes pays qui, pour soutenir le gouvernement sud-africain de l’apartheid, avaient qualifié l’ANC et son chef Nelson Mandela de terroristes. Qu’on apprécie ou non le Hamas, il est le représentant des populations de Gaza et sa résistance est légitime et soutenue aujourd’hui par le peuple palestinien tout entier.
Le gouvernement israélien, en se lançant une nouvelle fois dans une guerre contre Gaza, a cru pouvoir – une fois encore – abuser de l’impunité dont il bénéficie de la part de responsables politiques occidentaux. Toutefois, il n’a pas prévu que cette guerre coaliserait et rendrait sa volonté de résister à tout un peuple. La suprématie militaire israélienne impose un coût humain inacceptable pour les Palestiniens mais la résistance de ceux-ci a – cette fois aussi – un prix inattendu pour le gouvernement et l’armée. Cette guerre provoque au sein de la population israélienne de fortes réactions d’opposition d’une part grandissante de l’opinion publique et de la presse.

Le renouveau de la résistance dans l’ensemble de la Palestine pourrait être, pour Israël, ce que le Vietnam fut pour les Etats-Unis.

Ceux et celles qui se présentent comme la Communauté internationale vont-ils enfin condamner cette inacceptable agression israélienne qui se poursuit en violation de l’ensemble du droit humanitaire et des conventions internationales notamment la Quatrième Convention de Genève ? Entretemps, une droite sioniste et pro-sioniste s’obstine à vouloir justifier les positions bellicistes et coloniales d’Israël. La plus radicale soutient les faucons de l’extrême-droite du gouvernement au nom de leur indéfectible et aveugle soutien à Israël. Parmi eux, une frange d’extrémistes n’hésite pas à proclamer – pour des motifs idéologiques et religieux – qu’Israël doit rejeter les Palestiniens en Jordanie afin que la Palestine historique du mandat britannique revienne entièrement à Israël. Ils soutiennent qu’Israël est l’Etat des Juifs et d’eux-seuls. Ils nient tout à la fois le droit des Palestiniens à un Etat et aux Palestiniens vivant en Israël d’y bénéficier d’une citoyenneté égale à celle des juifs. La première conséquence étant la création d’un Etat d’apartheid. Une autre droite tout aussi sioniste, si elle ne développe pas ces thèses des ultras, déploie cependant des efforts importants pour détourner l’attention des décideurs et de l’opinion publique sur un terrain particulièrement dangereux : Israël, « la seule démocratie du Proche-Orient », est le seul réel allié des Occidentaux dans la région. Ces derniers perdraient une position stratégique en ne défendant pas ce petit Etat né de la Shoah et vaillant défenseur des « valeurs occidentales » face à un monde arabe « fourbe et incertain ». Ils agitent avec des moyens non négligeables une série d’angoisses latentes parmi nos populations, qui reposent tantôt sur les mythes de l’envahisseur, tantôt sur les risques d’une immigration incontrôlable et inassimilable. Pour eux, n’importe qu’elle manifestation ou revendication exprimée par les Européens originaires de l’autre rive de la Méditerranée est l’expression d’un antisémitisme redoutable. Ont-ils oublié ceux qui, en Europe, durant la guerre du Vietnam, brûlèrent des drapeaux américains sans jamais remettre en cause les Etats-Unis ni leur contribution inestimable à la chute du nazisme en 1945. Tout en se disant prêts à l’existence de deux Etats, leur obsession ou stratégie est de faire campagne contre le retour de l’antisémitisme, campagne qui s’apparente à une manière de détourner l’attention du public des raisons mêmes du courroux des manifestants à savoir la guerre d’occupation, de colonisation et de spoliation menée par Israël contre les Palestiniens. Cela étant dit, tout acte d’antisémitisme est et doit rester condamnable.

Aujourd’hui, avec les Israéliens qui dénoncent la guerre et l’occupation de la Palestine, avec les Palestiniens qui luttent pour leur droit à un Etat libéré de l’occupant israélien, le mouvement de solidarité internationale s’élargit et se renforce en Amérique, en Europe et dans le monde. Il pèsera de plus en plus pour forcer l’ONU, son Conseil de sécurité et les gouvernements à prendre des mesures pour la mise en œuvre des résolutions multiples qui fixent les droits et obligations permettant à la Palestine d’exister et de coexister avec ses voisins et parmi eux, un Etat d’Israël guéri de ses projets annexionnistes.
Face à l’incurie actuelle des responsables politiques mondiaux, le mouvement de solidarité doit amplifier une action solidaire et énergique de la société civile et des opinions publiques. La réponse la plus appropriée est celle du BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) lancée par plus de 174 associations palestiniennes. De son ampleur dépendra aussi le changement d’attitude des responsables publics aux Etats-Unis et en Europe comme ce fut le cas durant la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud.

Bruxelles, le 24 /07/2014
Pierre Galand, ancien Sénateur belge, président de E.C.C.P (coordination européenne des ONG et des comités de soutien à la Palestine


Manifestation nationale en solidarité avec la Palestine


Manifestation nationaleen solidarité avec la Palestine

 

Dimanche 27 juillet à partir de 14h

 

 

Rassemblement gare du Nord

Départ Cortège à 14h30

petite ceinture – Rue Joseph II

Arrivée Place Jean Rey

 

 

Stop aux bombardements de Gaza !

 

 

Soyons nombreux pour dénoncer l’agression israélienne contre Gaza !

 

 

 

Suite à l’intensification des bombardements et à l’offensive terrestre en cours, la plateforme Urgence Gaza appelle à une manifestation nationale dimanche 27 juillet à Bruxelles. Les organisations signataires réclament avec vigueur au gouvernement belge et à l’Union européenne d’agir immédiatement afin de :

-         dénoncer et condamner avec fermeté les violations du droit international commises depuis le début de l’offensive ;

-         exiger un cessez-le-feu et imposer un embargo sur les armes ;

-         exiger d’Israël la levée du blocus illégal de la bande de Gaza ;

-         suspendre l’accord d’association entre l’Union européenne et Israël tant que ce dernier ne respectera par le droit international systématiquement violé par l’occupation et la colonisation des Territoires palestiniens ;

-         soutenir le gouvernement palestinien d’entente nationale.

 

 

Signataires de la Plateforme Urgence-Gaza  :

Association belgo-palestinienne WB ; CNCD 11.11.11, 11.11.11 ; Agir pour la Paix, ; association marocaine des droits humains (AMDH Belgique) ; AntwerpForPalestine; Artistes contre le Mur ; Association Culturelle Joseph Jacquemotte; Association des Démocrates Tunisiens au Benelux;  Awsa-Be; BDS-ULB; CADTM Belgique ; Centrale Générale-FGTB ; CNAPD ; Comité de Vigilance pour la Démocratie en Tunisie ; Comité Verviers Palestine, ; Comité PJPO de Braine l’Alleud, Comité PJPO de d’Ittre & Comité PJPO de Mazerine ; Comité surveillance Otan (CSO) ; Communauté Palestinienne en Belgique et au Luxembourg ; Coordination namuroise belgo-palestinienne ; Conseil de la Jeunesse ; CSC-ACV Bruxelles Halle Vilvorde ; Ecolo J ; Parti ECOLO, EmBeM – Empowering Belgian Muslims; Esperanza Palestina Namur ; Fédération Euro-Tunisienne pour une Citoyenneté Active (FETCA); Femmes Prévoyantes Socialistes; FGTB-ABVV ; FOS-socialistische solidariteit vzw ; Groupe Proche-Orient santé ; Hope-Espoir- Hoop asbl ; Intal ; Jeunes Anticapitalistes ; Jeunes socialistes ; Jeunesse et Culture – Réseau solidaris ; Käthe Kollwitz Vredesloop collectief; LCR-SAP ; LEF-FGE ; Le Monde selon les femmes asbl; Ligue Communiste des Travailleurs (LIT-QI); Ligue des Musulmans de Belgique; Médecine pour le Tiers Monde (M3M) / Geneeskunde voor de Derde Wereld (G3W); Mouvement Chrétien pour la Paix (MCP) ; Mouvement Ouvrier Chrétien (MOC) ; Palestina Solidariteit ; Parti Communiste; Plate-forme Charleroi-Palestine ; Présence et Action culturelle (PAC) ; PTB-PVDA ; SCI ; Secours populaire Wallonie-Bruxelles , Solidarité socialiste ; Solidarity with Bedouins ; Théâtre du Public ; ULDP ; Union des Musulmans de Namur ; Union des Progressistes Juifs de Belgique (UPJB) ; VEGA ; ViaVelo Palestina ; Vie féminine ; Vrede vzw ; Vrouwen in het Zwart Leuven…

 

 

Info : 02 223 07 56 – abp.eccp@skynet.be

 

 

« C’est la faute au Hamas ! »


Cette conversation à bâtons rompus avec le Premier ministre israélien n’a jamais existé. Les arguments développés, en revanche, n’appartiennent pas à la fiction. Ils illustrent le fossé qui sépare les parties au Proche-Orient.

M. Le Premier ministre, merci pour cette occasion rare de pouvoir vous poser des questions…

De rien, c’est normal. Je vous écoute.

M. le Premier ministre, Israël a déjà tué à Gaza ces deux dernières semaines plus de 650 personnes dont plus de 450 civils parmi lesquels près de 200 enfants, l’émotion croît dans le monde devant ces souffrances terribles, allez-vous encore continuer à tuer des civils désarmés et sans protection?

Israël ne cherche jamais à tuer des civils. Nous avons l’armée la plus morale du monde et nous en sommes fiers. Pourtant, c’est vrai, de nombreux civils palestiniens sont morts ces derniers jours, à notre plus grand regret. Mais je ne vais pas demander pardon: la population palestinienne n’a qu’à demander des comptes au Hamas. Cette organisation considérée comme terroriste non seulement par Israël mais aussi par les Etats-Unis, l’Union européenne, etc., se sert des civils comme boucliers humains. Ces terroristes tirent leurs roquettes à partir de quartiers habités par des civils. Nous, nous prévenons les habitants, leur demandons de fuir, puis nous tentons d’éliminer ces terroristes là on nous les repérons. Mais le Hamas leur dit de rester…

Donc, ils meurent. Mais, M. le Premier ministre, d’une part beaucoup d’habitants disent qu’ils ne savent où aller, qu’ils ne reçoivent souvent que quelques minutes (!) pour fuir leurs maisons; d’autre part, quant au Hamas, croyez-vous qu’il est raisonnable de penser qu’il accepterait d’aller tirer ses roquettes sur un terrain de football et d’y attendre vos frappes?

Je ne puis que répéter que nous faisons tout pour éviter les pertes civiles. Pour le reste, une seule adresse: les terroristes du Hamas!

Des quartiers entiers sont détruits, des hôpitaux bombardés, que restera-t-il de Gaza dans quelques jours?

(Agacé) Je le répète: nous visons les infrastructures terroristes du Hamas où nous les détectons. En faisant tout pour éviter les pertes civiles.

Le Hamas porte une revendication qui fait l’unanimité chez les Palestiniens: l’exigence de la fin du siège de Gaza, devenue prison à ciel ouvert depuis huit ans au moins. Or la communauté internationale, dont même vos meilleurs alliés, demande aussi la fin du blocus…

Seul Israël peut juger de ses besoins en matière de sécurité. La satisfaction de cette exigence mènerait rapidement au réarmement des factions terroristes palestiniennes de plus en plus minées par l’extrémisme djihadiste et la situation empirerait de notre point de vue. Il n’en est donc pas question.

Mais croyez-vous que les Gazaouis pourraient jamais accepter ce sort indigne de prisonniers à vie? En toute logique, ils vont continuer à résister, y compris par tous les moyens… Vous êtes-vous jamais mis dans leurs souliers ne serait-ce qu’une ou deux minutes?

La question n’est pas là. Je suis Premier ministre de l’Etat d’Israël. Aucun pays au monde n’accepterait que sa population civile soit bombardée à tout moment. Croyez-vous que la France tolérerait une seule roquette tirée par la Belgique?

Certainement pas, vous avez raison. Mais la France n’occupe pas une partie de la Belgique.

Gaza n’est plus occupée! Nous l’avons quittée en 2005, il y a neuf ans! Et au lieu de construire «un nouveau Singapour», ils en ont fait une base terroriste qui vise à détruire Israël!

Pour construire Singapour, encore eût-il fallu que les frontières fussent ouvertes. Or tout est fermé, y compris côté égyptien. Fermé à double tour. Pour les biens comme pour les personnes. Pour aller à Singapour, il suffit d’avoir un visa en règle. Pour Gaza, c’est bien plus compliqué, le plus souvent simplement impossible… Quant à la destruction d’Israël par les «terroristes», elle ne paraît pas pour demain. En revanche, celle de Gaza est en bonne voie.

Parlez-en au Hamas, il est responsable de toute cette situation!

Pourtant, à l’origine de cette dernière crise, l’horrible assassinat de trois jeunes Israéliens en territoires occupés le 12 juin, vous avez immédiatement accusé le Hamas alors que celui-ci tombait des nues. La responsabilité de cet acte injustifiable repose vraisemblablement sur plusieurs hommes d’un clan de Hébron qui n’obéissaient pas ou plus au Hamas. Ensuite, vous avez embastillé plus de 500 membres du Hamas en Cisjordanie occupée, abattu des militants à Gaza…

Nous n’allions pas rester sans réagir! Le Hamas s’est félicité de la mort atroce de nos jeunes, il est complice, de près ou de loin. Sa charte, antisémite, exige la destruction d’Israël…

Celle du Fatah aussi, pourtant vous avez signé des accords avec Arafat… Si vous le voulez bien, M. le Premier ministre, penchons-nous sur les racines du problème, Israël dit vouloir la paix et deux Etats côte à côte, mais il continue à coloniser sans relâche à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, les deux territoires supposés, avec Gaza, devenir la Palestine, selon le droit international et les vœux non seulement des Palestiniens mais aussi de la communauté internationale. Colonisation et paix riment mal, vous ne trouvez pas?

La racine du problème n’est pas là mais dans la volonté palestinienne de détruire Israël. Ceux qui évoquent les implantations juives donnent raison aux Palestiniens qui cherchent des prétextes pour refuser la paix généreuse que nous proposons. Car nous n’avons aucune envie de dominer un autre peuple. Certes, Jérusalem n’est pas négociable. Ni le retour d’un seul réfugié palestinien. Mais en Cisjordanie, on peut trouver un accord, pour autant que la sécurité d’Israël soit préservée – nous garderons ainsi la vallée du Jourdain proche de la Jordanie, quoi qu’il arrive – et pour autant aussi que les grands blocs de colonies restent du côté israélien. L’Etat palestinien devra aussi être démilitarisé, bien entendu. Il devra également et tout d’abord reconnaître Israël comme l’Etat juif et l’Etat des Juifs!

Les Palestiniens contestent ce point car ils considèrent que cela serait leur demander de s’asseoir sur les droits de leurs réfugiés et aussi de la minorité palestinienne en Israël. En outre, si Jérusalem et les réfugiés ne sont pas au menu de la paix, il n’y aura jamais d’accord, le monde entier le sait et l’admet, sauf Israël. Pour les frontières de l’Etat palestinien, vous semblez envisager une série de petites enclaves cernées par le mur-barrière de sécurité, votre armée et les colonies juives, une perspective peu attrayante du point de vue palestinien, qui devrait tout de même être aussi pris en compte. Permettez-moi pourtant d’insister sur les colonies: vous continuez à les développer à bon rythme un peu partout en territoire palestinien occupé. N’est-ce pas aller ostensiblement dans une direction opposée à la paix, cela ne convainc-t-il la population palestinienne qu’Israël parle vaguement de paix mais nourrit en fait jour après jour la violence, l’humiliation et le désespoir qu’engendrent la colonisation et le comportement belliqueux voire volontiers agressif de nombreux colons juifs? En outre, plusieurs ministres de votre coalition ne veulent pas entendre parler d’un Etat palestinien ou de l’évacuation d’une seule colonie juive…

Vous ignorez peut-être que ce que vous appelez la Cisjordanie s’appelle la Judée et la Samarie: c’est le berceau de la religion hébraïque! C’est notre âme! Il est ainsi pour nous très difficile, d’un point de vue religieux et affectif, de quitter ces lieux. Néanmoins nous pouvons trouver un arrangement avec les Palestiniens si ceux-ci se montrent raisonnables en respectant nos impératifs de sécurité.

M. le Premier ministre, je suis désolé d’insister: croyez-vous possible de négocier l’avenir de territoires qui continuent à être colonisés sans répit?

J’ai déjà répondu à cette question. L’entretien est terminé. Je vous remercie pour votre attention.

Propos imaginés par BAUDOUIN LOOS
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