Comment sortir de la guerre et recréer un Etat en Syrie


POSTÉ PAR JEAN-CHRISTOPHE PLOQUIN LE 9 JUILLET 2015

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« Une solution politique négociée est l’unique voie pour sauver la Syrie »

Haytham Manna, opposant syrien

Le 9 juin 2015

Alep

DOCUMENT

La guerre en Syrie n’en finit pas. Les batailles se succèdent, et les attentats, les bombardements, les exécutions. Les populations civiles continuent de subir les violences. Au moins 230.000 personnes ont été tuées depuis mars 2011, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). La moitié des Syriens ont dû fuir de chez eux : l’ONU estime en effet à plus de 4 millions le nombre de réfugiés hors des frontières et à 7,6 millions le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays, sur une population totale de 23 millions.

Pas facile, dans ces conditions, d’imaginer la fin de la guerre, de se projeter dans un scénario où les adversaires se retrouveront autour d’une même table. C’est pourtant ce que tente inlassablement Haytham Manna, un défenseur des droits de l’homme qui vit entre Paris et Genève après avoir dû fuir le régime de Hafez el-Assad. « La Syrie est composée de 23 millions d’habitants. Ceux qui sont directement impliqués dans le conflit armé sont moins d’un million. Malheureusement, 22 millions de personnes n’ont pas le droit de parler », expliquait-il dans une récente interview au Figaro.

> Lire le portrait de Haytham Manna, paru dans La Croix le 4 avril 2014

Ce fervent avocat de la laïcité a été l’un des principaux organisateurs d’un rassemblement de plus de cent soixante-dix personnalités politiques, associatives, sociales et militaires syriennes les 8 et 9 juin au Caire. La moitié des participants à ce congrès vivaient en exil, l’autre était venue de Syrie. La Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution, soutenue par la plupart des pays opposés au régime de Damas, avait boycotté cette rencontre mais plus d’une vingtaine de ses membres étaient venus à titre personnel.

L’objectif du congrès réuni au Caire avec le soutien de la Ligue arabe et du gouvernement égyptien : adopter une « Feuille de route pour une solution négociée en Syrie » ainsi qu’une « Charte nationale syrienne » résumant les principes fondamentaux d’un régime de transition. Une fois approuvés, ces deux documents ont été notamment transmis à Staffan de Mistura, envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon pour la crise syrienne, que Haytham Manna doit rencontrer le 11 juillet. Un jour, peut-être, ils seront officiellement sur la table des négociations.

> Lire l’article de Rémy Pigaglio paru le 10 juin 2015 dans La Croix : « Des opposants syriens prônent une solution politique »

En présentant dans le détail la Feuille de route, cet article vise à montrer que l’avenir n’appartient pas qu’aux islamistes et aux tenants du régime Assad. Les opposants laïques et démocrates peuvent proposer une troisième voie vers « un régime démocratique, pluraliste, générant la liberté, la dignité, la justice et l’égalité ».

« Le président actuel ne saurait avoir sa place, à l’avenir, en Syrie »

» Notre point de vue se fonde sur une analyse concluant à une double impossibilité », préviennent les signataires : « Impossibilité d’une solution militaire fondée sur une victoire de l’un ou de l’autre camp; impossibilité que perdure au delà de ce conflit le système de gouvernance actuel et son président, qui ne saurait avoir sa place, à l’avenir, en Syrie.  Il en découle que la solution politique négociée est l’unique voie pour sauver la Syrie ».

« Une résolution du conseil de sécurité de l’ONU »

» Des négociations entre une délégation de l’opposition et le régime doivent se tenir sous l’égide de l’ONU et avec  la caution des pays ayant une influence sur la situation en Syrie », poursuivent-ils. « Les deux délégations concluront un accord prévoyant un programme de mise en œuvre du «communiqué de Genève» (DOC), assorti d’un calendrier et de mécanismes clairs, ainsi que de garanties contraignantes pour s’assurer de sa bonne exécution. Ces garanties et obligations nécessiteront un plein engagement des États  de la région, agissant sous couvert d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU qui fera office d’une couverture juridique à leur implication en même temps qu’elle dressera le cadre général en appui à la feuille de route ».

Muter vers un régime de démocratie parlementaire

« L’objectif des négociations directes est de muter vers un régime de démocratie parlementaire, pluraliste, pratiquant l’alternance », précisent les opposants. « Ses contours seront dessinés par un Pacte National Fondateur reposant sur le principe de la citoyenneté égale en droits et obligations à tous les Syriens, indépendamment de toute considération de sexe, de nationalité, de croyance ou de confession ».

« Criminaliser le confessionnalisme »

« L’État sera doté d’institutions pour tous les citoyen(ne)s et pour l’ensemble de ses éléments constitutifs », ajoutent-ils. « Cet État de Droit sera seul habilité légitimement à détenir les armes. Sa mission sera d’établir sa souveraineté sur l’ensemble du territoire national, de le défendre et de défendre son peuple, de lui fournir des prestations, d’ancrer le principe de séparation des pouvoirs, d’aménager les droits et obligations, le principe du respect de la constitution, de criminaliser le confessionnalisme, de combattre le terrorisme dans toutes ses formes, quelle qu’en soit sa provenance ».

« La principale victime de ce conflit, le peuple syrien »

« Certes, il n’est pas possible d’engager le processus de négociations sans un minimum d’accord entre les parties aux négociations », reconnaissent les auteurs de la Feuille de route. « Il est même difficile de parvenir à un accord détaillé et d’en définir les mécanismes en l’absence d’un geste à destination de la principale victime de ce conflit, le peuple syrien. Il est nécessaire que les deux parties conviennent, dès le début des négociations, des mesures suivantes ».

« Geler les hostilités et déployer des observateurs »

« 1-L’annonce immédiate d’une cessation du conflit armé de la part de tous les protagonistes sur l’ensemble du territoire syrien, tout opposant à cette mesure comme se plaçant ipso facto hors de la légalité nationale et internationale », détaillent-ils. « Toutefois, les forces armées régulières et les groupements armés ayant opté pour une solution politique du conflit seront maintenus dans leur position afin de geler les hostilités, avec le droit d’autodéfense contre les groupes hostiles à cet accord. Elles se prépareront au retrait ou au redéploiement, selon un programme exécutif convenu entre les deux parties, sous supervision directe de l’ONU et  d’un groupe d’observateurs, composé de pays non impliqués dans le conflit, qui se déploiera dans les zone syriennes ayant souscrit au gel des opérations militaires ».

« Exiger le départ de tous les combattants étrangers »

« 2-Engagement clair et collectif, tant des parties syriennes que des protagonistes régionaux et internationaux, de condamner la présence de tous les combattants non syriens », insistent les signataires. « Exiger de tous les étrangers opérant à titre individuel ou dans le cadre des groupements armés combattant, tant du côté du régime (comme Hizbollah et Failaq al Quds) que contre lui (Comme Da’ech et Jabhat al Nosra), de quitter le territoire syrien. Les pays impliqués aussi bien à l’échelle régional qu’international  doivent s’engager à respecter cette obligation, de même que les conséquences pénales découlant de la violation de ce principe. Un groupe d’observateurs s’assurera du respect de cette disposition et de sa bonne application ».

« Faire parvenir partout les secours aux nécessiteux »

« 3-Engagement à autoriser les organisations internationales de secours à opérer à l’intérieur de la Syrie dans toutes les provinces et de les aider à faire parvenir les secours aux nécessiteux », ajoutent-ils. « 4-Engagement de créer un climat propice dans toutes les zones situées sous le  contrôle d’une des parties aux négociations, de manière à permettre à tous les Syriens de retourner dans leurs foyers et leurs lieux de travail. Veiller à assurer un logement provisoire urgent, des structures d’enseignement et de gestion administrative, prélude nécessaire à un retour digne garant de la sécurité et des conditions de vie élémentaires ».

« Garantir le travail des journalistes »

« 5-Autoriser le retour de tous les nationaux syriens, les opposants résidant à l’extérieur pour diverses raisons, sans le moindre questionnement à leur égard tant du point de vue sécuritaire que juridique que politique, avec  la garantie des libertés fondamentales : liberté d’expression, liberté d’organisation et liberté de rassemblement pacifique. 6-Garantir le travail des journalistes et des médias, des activistes de la société civile et des juristes ainsi que les opérateurs sur le plan des secours humanitaires dans toutes les provinces ».

« Libérer les prisonniers »

« 7-Entreprendre la libération des prisonniers, des personnes enlevées du fait des événements auprès des divers protagonistes. (…) 8-Abroger tous les jugements des tribunaux du terrorisme et des juridictions d’exception rendus à l’occasion des événements du 18 mars 2011 (…).  9-Traiter les dossiers de compensation aux victimes de l’arbitraire ».

« Réunir toutes les forces qui soutiennent une transition démocratique »

« Les deux parties conviennent de la constitution d’une structure du pouvoir transitoire et de la nomination de leurs membres et président dans un délai de 2 mois, sous garantie internationale », reprennent les signataires de l’accord du Caire.  « 1- Le Conseil National Transitoire (CNT) :  sa mission est d’assurer une fonction législative en même temps qu’une fonction de contrôle du gouvernement dans la période transitoire. Il est constitué des représentants de toutes les composantes, des alliances et des forces et partis politique qui soutiennent la transition démocratique, ainsi que des représentants de la société civile, de manière à être représentatif du peuple syrien de manière efficiente et juste. Le CNT adoptera le Pacte National pour la Syrie d’avenir et une constitution provisoire ».

« Être en conformité avec le «communiqué de Genève» »

« 2-Le Haut Conseil de la Magistrature. (…). 3-Gouvernement de la période transitoire. Il devra jouir des pleines compétences exécutives, tant sur le plan civil que militaire, habituellement détenues par le Président de la République et le Conseil des ministres sous la constitution en vigueur et cela en conformité avec le «communiqué de Genève» ».

« 4- Le Conseil Militaire Provisoire (CMP). Il sera constitué d’officiers de toutes les forces militaires ayant opté pour la solution politique et la transition démocratique. Il aura autorité sur toutes les formations militaires qui lui devront obéissance. (…) Il veillera à la fusion des factions militaires convaincues par la solution politique, de même qu’au maintien de le sécurité et de la stabilité, ainsi que le combat contre le terrorisme (…) ».

« Un programme de réconciliation nationale »

« 5- Le Haut Conseil pour l’Équité, la Justice et la Réconciliation. Il met au point un programme de réconciliation nationale en vue de la restauration de la paix civile. Il a en outre la charge de superviser les programmes de justice pour la période transitoire, de veiller à réhabiliter le tissu social syrien déchiqueté par les événements passés ».

« Détacher le parti Baas de tout l’appareil d’État »

« Le Conseil National Transitoire annoncera le gel des activités de la constitution actuelle et des instances qui en émanent, ainsi que la suppression de toutes les lois d’exception, les projets et décisions discriminatoires ainsi que le détachement du parti Baas de tout l’appareil d’État y compris de l’armée et des forces de sécurité », prévoient-ils. « La période transitoire se termine en deux ans et s’achève par l’organisation d’élections générales locales, législatives et présidentielles, selon la nouvelle constitution, et sous la supervision des organisations internationales et régionales concernées.

« Des puissances témoins et garantes de l’accord »

« En raison de la complexité du conflit syrien, les ingérences qu’elle a suscitées sur le plan régional et international, particulièrement la complexité résultant du conflit armé dans le pays, de la difficulté d’obtenir un arrêt des opérations militaires du fait de la volonté des combattants… », concluent-ils. « Il est nécessaire que tout accord entre les deux parties soient nécessairement garanti par les cinq membres du conseil du sécurité de l’ONU, de l’Union européenne, des pays arabes et des puissances régionales, de manière à ce que les États précités soient en même temps témoins et garants de la bonne exécution de cet accord ».

 

POUR ALLER PLUS LOIN

L’interview de Haythem Manna paru dans le Figaro du 8 juin 2015 : « La Syrie est détruite, il est urgent d’arrêter l’hémorragie »;

Le texte intégral de la « Feuille de route pour la solution politique négociée en Syrie » qui a été adoptée le 9 juin 2015 au Caire par le « Congrès de l’opposition syrienne pour une solution politique »,  ainsi quele communiqué final du Congrès;

La « Déclaration du Caire », adoptée le 24 janvier 2015 par un précédent rassemblement composé en partie des mêmes représentants;

Le communiqué final de la réunion du groupe d’action pour la Syrie, à Genève, le 30 juin 2012, dit « Communiqué de Genève » (Genève I);

le dossier de La Croix posté le 6 juillet 2015 : « Alep, au cœur de la guerre en Syrie »;

L’article posté le 17 mars 2014 sur le blog Paris Planète avec Haytham Manna : « Pourquoi la violence n’est pas une solution en Syrie »;

L’article posté le 28 septembre 2014 sur le blog Paris Planète avec Anthony Cordesman : « En Syrie et en Irak, la guerre sera longue pour les États-Unis »;

L’article posté le 4 septembre 2014 sur le blog Paris Planète avec Elias Muhanna : « L’Irak et la Syrie, deux pays, deux histoires millénaires »;

– L‘article : « Qui constitue l’opposition syrienne », paru le 26 avril 2013 sur le site Les clés du Moyen Orient;

POSTÉ PAR JEAN-CHRISTOPHE PLOQUIN LE 9 JUILLET 2015

Expressions Syriennes


A propos

Depuis le début du soulèvement syrien en mars 2011, des journalistes citoyens et des blogueurs se mobilisent pour rendre compte de la situation dans le pays. Seuls témoins sur un territoire où la presse internationale n’a plus accès et où l’information est instrumentalisée par les différentes parties impliquées dans le conflit, ces médias sont confrontés à une répression violente.
Pour les soutenir face à ce défi majeur pour l’avenir de leur pays, CFI, avec le partenariat financier de l’Union européenne, contribue, à travers le projet d’incubateur des médias syriens, à la professionnalisation de ces nouveaux médias.
Expressions Syriennes représente une sélection de documents produits par ces médias, traduits en français, pour comprendre un peu mieux le quotidien des Syriens qui survivent chaque jour à l’intérieur du pays.
http://www.cfi.fr

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Interview du Dr Christophe Oberlin


07 juillet 2015

 

L’ONG palestinienne Maan Development Center dresse un bilan chiffré de la situation dans le grand camp de concentration de Gaza. C’est peut-être un « modèle de civilisation » pour Manuel Valls, mais pas pour nous. Un an après les terribles massacres de l’été dernier, qui ont fait plus de 2200 mille morts et de 11.000 blessés, et qui ont laissé sans abri des milliers de familles, la bande de Gaza est toujours prisonnière d’un siège barbare, qui affame la population la prive de travail, de soins et de contacts avec l’extérieur. Comment agir ?

  • JPEG Hamza, 5 ans, brûlé par les bombardements israéliens l’été dernier.

Dans un rapport intitulé « Déni et Privation continuels », l’association dresse le bilan suivant :

« Le blocus asphyxiant de Gaza par Israël entre maintenant dans sa neuvième année, avec un impact dévastateur croissant sur les vies des 1,8 million de Palestiniens. Le blocus de Gaza a créé une situation humanitaire précaire que la fermeture du passage frontalier de Rafah contrôlé par l’Égypte, la porte de sortie principale vers le monde extérieur, aggrave. Les chiffres ci-dessous, ainsi que les histoires des Gazaouis ordinaires, illustrent quelques-uns des effets désastreux du blocus :

Restrictions à la libre circulation des personnes :

  • 535 patients palestiniens, dont 86 enfants, n’ont pas été autorisés à recevoir un traitement médical à l’extérieur de Gaza en 2014. 160 autres patients, dont 16 enfants, ont subi le même refus en 2015.1
  • Environ 550 étudiants n’ont pas été autorisés à passer par Erez pour aller poursuivre leurs études dans des universités étrangères depuis 2014.
  • Le terminal de Rafah entre Gaza et l’Égypte n’a été ouvert que 5 jours au cours des quatre premiers mois de 2015. Environ 30.000 Palestiniens, dont des patients et des étudiants, attendent de traverser en Égypte.

Entrave à l’entrée de matériaux :

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− Israël limite sévèrement l’importation à Gaza des agrégats, des barres de fer et du ciment, qui sont essentiels à la construction. Environ 800.000 camions de matériaux de construction sont indispensables pour construire maisons, écoles, structures sanitaires et autres infrastructures qui ont été détruites ou endommagées : le taux d’entrée de matériaux de construction n’est que de 0,2 pour cent. A ce rythme, il faudra plus d’un siècle pour reconstruire Gaza.

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Université de Gaza détruite par les bombardements israéliens

  • 17.600 familles sont toujours sans abri du fait de la destruction de leur maison pendant l’attaque israélienne de 20147. Parmi elles, 1.031 familles sont hébergées dans ces centres collectifs de l’UNRWA et 481 autres dans des caravanes8 en attendant la reconstruction de leur maison.

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Effondrement économique :

  • 72%des usines de Gaza ont fermé depuis 2007 à cause des restrictions sévères sur les importations, la quasi totale interdiction sur les exportations et les destructions causées par les opérations militaires israéliennes. Le secteur des exportations de Gaza a pratiquement disparu et le secteur manufacturier connaît une réduction allant jusqu’à 60 %.
  • Le taux de chômage à Gaza est le plus élevé du monde, à 44 pour cent.12
  • L’accès des fermiers à leurs terres dans les « Zones d’accès limité » ( Access Restricted Areas, ARA), en particulier à l’intérieur des 300m depuis la clôture avec Israël, est interdit par l’armée israélienne et empêché par la force létale. Les ARA prennent jusqu’à 17 % de la terre totale de Gaza. En effet, 35 % des terres arables disponibles à Gaza sont d’une utilisation dangereuse pour les Palestiniens. Les zones les plus proches de la clôture frontalière ont les accès les plus limités. 5 civils palestiniens ont été tués et 131 ont été blessés dans les ARA en 2014. 17 autres personnes ont été blessées depuis le début de 2015.

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Et pour faire bonne mesure l’armée israélienne asperge les cultures palestiniennes de produits toxiques

  • Les pêcheurs sont autorisés à accéder à 6 miles nautiques sur les 20 miles nautiques de la zone de pêche qui leur a été allouée par les Accords d’Oslo de 1993. Cette restriction empêche les pêcheurs d’accéder aux zones de pêche les plus riches, ce qui diminue les prises et les revenus. La marine israélienne a détenu 58 pêcheurs à l’intérieur de la limite des 6 miles en 2014 et 13 autres pendant les quatre premiers mois de 2015. Les forces navales israéliennes ont confisqué 27 bateaux et endommagé 7 autres à l’intérieur de la limite des 6 miles en 2014. Au cours des quatre premiers mois de 2015, 4 bateaux ont été confisqués et 6 endommagés. JPEG JPEG Environ 1.400 tonnes de poissons sont perdues chaque année à cause des restrictions sur la zone de pêche de Gaza, ce qui prive l’économie de 26 millions de dollars par an. Le nombre de pêcheurs à Gaza est de 3.500,18 mais en pratique seuls 1.200 pêcheurs peuvent pêcher.
  • 57 % de la population de Gaza souffre d’insécurité alimentaire et près de 80 % ont besoin d’une aide alimentaire.

Effondrement de l’infrastructure d’eau et d’assainissement :

  • 90 millions de litres d’eaux usées et partiellement traitées sont rejetés dans la Mer Méditerranée depuis Gaza à cause des coupures d’électricité et du manque de matériaux de construction, dont les pièces détachées, pour les installations de traitement des eaux usées.
  • 97 % de l’eau fournie par les réseaux municipaux est impropre à la consommation humaine. JPEG

Source : Ghada Snunu | Advocacy, Communication and Reporting Officer

Maan Development Center | Gaza, OPT

Mobile : (+972) 598910834| – Office Tel : (+972) 8 28237112| Fax : (+972) 8 28237112 – www.maan-ctr.org

Bien entendu, les associations caritatives sérieuses, comme le CBSP ou le secours islamique, qui recueillent de l’argent pour venir en aide à la population de Gaza font un travail précieux.

Mais il faut aussi lutter ensemble pour que cesse cette situation barbare, provoquée par l’occupant israélien, en collaboration avec le dictateur égyptien Sissi et la complicité de nos dirigeants, qui au lieu de prendre des sanctions contre Israël — comme ils savent le faire contre bien d’autres pays— punissent les victimes, placent le Hamas sur la liste des associations terroristes et font du commerce, y compris d’armes, avec les terroristes israéliens.

Portfolio

Posté par MCPalestine à

Max Blumenthal, sur les guerres de la bande de Gaza dans son passé – et dans son avenir


« Tuer, et tuer, et tuer.
Toute la journée,
tous les jours »
.

*****

 

« La question, c’est juste, quand » :

 

Elias Isquith – 27 juin 2015 – Salon

 

L’auteur de « La guerre de 51 jours : ruines et résistance à Gaza » a raconté à Salon ce qu’il a vu dans les décombres d’un pays en état de siège.

Illustration de la première de couverture du livre « La guerre de 51 jours : ruines et résistance à Gaza » (Photo : Nation Books)

Illustration de la première de couverture du livre « La guerre de 51 jours : ruines et résistance à Gaza » (Photo : Nation Books)

Si pour une raison quelconque, vous êtes l’une de ces très rares personnes sur cette Terre à vouloir y aller, plutôt que d’en partir, de la bande de Gaza, vous pourriez vouloir savoir à quoi vous attendre.

Parce que, bien qu’il se soit passé presque un an depuis que le conflit israélo-Gaza de 2014 – l’ « Opération Bordure protectrice » comme les Forces de défense israéliennes l’ont appelé – s’est interrompu, vous ne devez pas vous attendre à trouver une société reconstruite. Non, selon « La guerre de 51 jours : ruines et résistance à Gaza », le nouveau livre de Max Blumenthal, journaliste, déjà auteur de l’incendiaire « Goliath : vie et haine dans le Grand Israël », ce que vous y verrez, ce sont des montagnes de décombres, à peine moins qu’il n’y en avait à la fin de la guerre.

Sur la base de ses contacts à Gaza aussi bien que de son propre reportage, de première main, le livre de Blumenthal apporte deux choses, aucune n’étant particulièrement bien accueillie dans le monde politique états-unien et les médias du courant dominant. Non seulement Blumenthal fournit une ventilation méthodique de la période précédant le conflit – qui diverge dans ses aspects essentiels des récits les plus courants que l’on trouve dans la presse américaine –, mais encore il propose une comptabilité plus détaillée de ce qu’il s’est passé derrière le brouillard de la guerre. Il essaie aussi de répondre à certaines des questions toujours gênantes concernant la guerre : Pourquoi a-t-elle duré si longtemps ? Pourquoi tant de victimes civiles ? Et qu’est-ce qui a même été accompli ?

Récemment, Salon s’est entretenu au téléphone avec Blumenthal pour discuter de son livre, de l’histoire de Gaza dont beaucoup d’Américains ne savent rien, des raisons qui lui font penser que la guerre a été une conséquence presque délibérée d’une politique israélienne de longue date, et croire qu’elle ne sera pas la dernière. Ci-dessous, vous trouverez notre entretien, revu pour plus de clarté et dans sa longueur.

Vous soutenez que la guerre de l’été dernier ne peut pas être comprise isolément, qu’il faut la voir dans un contexte plus large. Par exemple, pourquoi pensez-vous que la situation aujourd’hui est une conséquence  du « désengagement » de Gaza par l’ancien Premier ministre Ariel Sharon, en 2005 ?

Le retrait des colons nationalistes religieux israéliens (qui étaient environ au nombre de 9000) de la bande de Gaza a été fêté par les libéraux, parce qu’ils y voyaient ces fanatiques forcés par les troupes israéliennes de quitter une région qu’Israël (avait) occupée. Ce retrait unilatéral relevait en réalité d’un scénario auquel quiconque qui se souciait de la population de la bande de Gaza aurait dû s’opposer, parce que l’ordre du jour en était très clair et très visible. Il s’agissait de libérer (Israël) de ses obligations émanant de la Convention de Genève concernant la bande de Gaza, et de prétendre qu’il ne l’occupait plus.

Qu’a permis la nouvelle situation à Israël ?

Il lui a été possible d’établir un système de style panoptique, où il contrôle l’extérieur, le ciel, la mer, et où il peut placer la bande de Gaza sous un siège très sophistiqué, un siège assuré par des robots. Deuxièmement, cela a permis à Israël de restreindre son contrôle des grands blocs de colonies autour de Jérusalem-Est. Ils ont reçu une lettre de George W. Bush (leur demandant) le retrait unilatéral de la bande de Gaza, et leur garantissant que ces colonies gigantesques sur l’aquifère palestinien – colonies qui s’enfoncent profondément au cœur de la Cisjordanie et qui sépareront finalement la Cisjordanie de lui-même – resteront en permanence aux mains d’Israël dans tout accord américain pour une paix négociée. C’est le point numéro deux.

Et le point numéro trois ?

Le point numéro trois, c’est que ce retrait, selon les propos mêmes du chef du Shin Bet de l’époque, Avi Dichter, permet à l’armée plus de « liberté d’actions » dans la bande de Gaza. S’il n’y a plus aucun Israélien juif dans la bande de Gaza, cela vous permet de commencer à utiliser des obus d’artillerie de 150 mm pour les tirs de barrage aux régions frontalières ; cela vous permet d’utiliser des bombes à fragmentation de 2000 livres. Aussitôt que le retrait aura eu lieu, vous verrez l’utilisation d’armes expérimentales, pour un armement à coût réduit. Gaza va devenir un laboratoire pour l’industrie israélienne d’armement, et pour l’ensemble du mécanisme de contrôle qu’Israël essaie de commercialiser et d’exporter vers le monde comme étant déjà testé sur le terrain.

Je veux juste ajouter un point : nous devons comprendre ce qu’est la bande de Gaza, en considérant la situation dans son ensemble – pas seulement depuis 2005, mais depuis 1948.

Que voulez-vous dire ?

Ils sont 72 à 80 % dans la population de la bande de Gaza à être qualifiés de réfugiés. Cela signifie que ceux-ci sont les descendants de la population qui, durant la Nakba, entre 1947 et 1948, a été expulsée par la force hors de ce qui actuellement est Israël. Ces gens ne sont pas autorisés à rentrer dans leurs foyers comme le leur garantit le Droit au retour – en vertu de la Résolution 194 des Nations-Unies – parce qu’ils ne sont pas juifs. S’ils revenaient, la majorité démographique juive d’Israël serait compromise.

Voilà comment les dirigeants d’Israël, qui règnent aussi sur tous les Palestiniens, les voient. Ils voient la population de la bande de Gaza comme une menace démographique. La bande de Gaza est donc un entrepôt humain, pour une population en excédent – c’est anachronique dans un monde moderne. Une population est entreposée parce qu’elle est de la mauvaise ethnie. Voilà pourquoi la bande de Gaza résiste. Pour moi, c’est là, vraiment, l’essence de la crise.

Votre référence à l’angle démographique m’amène à Aron Soffer, que ses collègues ont surnommé « le compteur d’Arabes ». Qui est-il ? Pourquoi est-il important ?

Armon Soffer est un conseiller en chef en ingénierie démographique – c’est-à-dire, comment manigancer une majorité juive dans les régions sous contrôle israélien –, et il le fut dans les gouvernements israéliens successifs. Il a conçu non seulement le désengagement unilatéral de Gaza, mais également le mur de séparation. Dans chaque cas, il a annoncé qu’ils n’apporteraient pas une plus grande sécurité nationale pour Israël, mais qu’ils conduiraient au maintien de la majorité (démographique) juive. Il est obsédé par le maintien d’un seuil à 70 %. Son nom de famille, Soffer, signifie « compteur » en hébreu ; aussi, ses collègues à l’université de Haïfa se réfèrent à lui comme à « Arnon, le compteur d’Arabes ».

Il a anticipé que ses recommandations politiques réduiraient la sécurité nationale d’Israël, tout cela au nom du maintien d’une majorité démographique ?

Écoutez ce qu’il dit. Alors qu’il expliquait la nécessité du désengagement unilatéral de Gaza, il a déclaré : « Quand 2,5 millions de personnes vivront dans une Gaza fermée à l’extérieur, ça deviendra une catastrophe humaine. Ces gens seront plus encore des animaux qu’ils ne le sont aujourd’hui, aidés en cela par un Islam démentiel, fondamentaliste. La pression à la frontière sera horrible ; ce sera une guerre épouvantable. Si nous voulons rester en vie, nous devrons tuer, et tuer, et tuer. Toute la journée, tous les jours ».

Il a déclaré cela au Jerusalem Post – alors il était un proche conseiller de Sharon. Sharon a attribué à Soffer de l’avoir convaincu du désengagement (de la bande de Gaza). Le journal a été imprimé en Israël, mais pas aux États-Unis. Je n’approuve pas le langage ou l’idéologie raciste de Soffer, mais ce qu’il a dit est devenu réalité. Ce que nous avons vu l’été dernier avec l’Opération Bordure protectrice était l’accomplissement de sa prophétie sanglante : « Tuer, et tuer, et tuer tous les jours ». C’est ce que l’armée israélienne a fait pendant 51 jours.

Quelle est la cause du conflit de l’été dernier ? Qu’est-ce qui a allumé l’étincelle et provoqué cette guerre de 51 jours ?

La guerre était un prolongement de la campagne continue visant à anéantir le mouvement national palestinien. C’est ce que le sociologue israélien, Barruch Kimmerling, a appelé un « politicide », c’est-à-dire la destruction d’une identité politique tout entière. Il extrapolait à partir du terme « génocide », qui signifie la destruction d’un peuple entier. Je pense que c’est un condensé vraiment exact de la stratégie à long terme d’Israël.

De quelles façons ?

Je ne pense pas qu’Israël ait la moindre intention d’exterminer physiquement les Palestiniens par centaines de milliers. Il veut simplement les éliminer en tant que mouvement national, et en faire des Arabes errants, qui seront soit confinés dans des bantoustans en Cisjordanie, ou dans un entrepôt dans la bande de Gaza ; soit des citoyens de quatrième classe, fournissant une main-d’œuvre subalterne en Israël même ; soit disposant tout simplement d’un statut de simples réfugiés. Mais sans aucune direction politique, ni aucun objectif nationaliste….

 

 

http://www.salon.com/2015/06/27/the_question_is_just_when_max_blumenthal_on_war_in_the_gaza_strips_past_%E2%80%94_and_its_future/

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

La “lettre ouverte » d’Alexis Tsipras aux citoyens Allemands sur ce qu’on ne leur a jamais dit sur la Grèce


Dissidence UE

 

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Alexis Tsipras, le nouveau premier ministre de la Grèce, a envoyé ce courrier le 13 janvier au journal Allemand Handelsblatt.

« Chers lecteurs de Handelsblatt,

Je sais d’avance que la plupart d’entre vous ont probablement une opinion déjà formée sur le contenu de cette lettre. Je vous invite, cependant, à la lire sans préjugés. Les préjugés n’ont jamais été un bon conseiller, et encore moins à un moment où la crise économique les renforce, en entretenant l’intolérance, le nationalisme, l’obscurantisme, et même la violence.

Avec cette lettre ouverte, je souhaite vous exposer un récit différent de celui qui vous a été fait au sujet de la Grèce depuis 2010. Et je tiens aussi et surtout à exposer avec franchise les projets et les objectifs de SYRIZA, si le 26 Janvier par le choix des électeurs devient le nouveau gouvernement grec.

En 2010, l’État grec a cessé d’être en mesure de servir sa dette. Malheureusement, les dirigeants européens ont décidé de faire croire que ce problème pourrait être surmonté par l’octroi du plus grand prêt jamais consenti à un état, sous condition que certaines mesures budgétaires seraient appliquées, alors que celles ci, manifestement, ne pouvaient que diminuer le revenu national destiné au remboursement des nouveaux et anciens prêts. Un problème de faillite a été donc traité comme s’ il s’ agissait d’un problème de liquidité. En d’autres termes, l’attitude adoptée, était celle du mauvais banquier qui, au lieu d’admettre que le prêt accordé à la société en faillite a « sauté », il lui accorde des prêts supplémentaires, prétextant que les anciennes dettes restent servies et prolonge ainsi la faillite à perpétuité.

Il s’agissait pourtant d’ une question de bon sens de voir que l’application de la doctrine «extend and pretend» [étendre les maturités de la dette et prétendre que payer les intérêts ne pose aucun problème] dans le cas de mon pays aboutirait à une tragédie. Qu’au lieu de stabiliser la Grèce, l’application de ce dogme installerait une crise auto-alimentée qui sape les fondations de l’UE.

Notre parti, et moi-même, nous nous sommes opposés à l’accord de prêt de mai 2010, non pas parce que l’Allemagne et nos autres partenaires ne nous ont pas donné assez d’argent, mais parce que vous nous avez donné beaucoup plus d’argent que ce qu’il fallait et que nous pouvions accepter. De l’argent qui par ailleurs ne pouvait ni aider le peuple grec puisqu’il disparaissait aussitôt dans le trou noir du service de la dette ni arrêter l’alourdissement continu de celle-ci, obligeant de la sorte nos partenaires prolonger ce fardeau à perpétuité aux frais des citoyens.

Et cette vérité était bien connue par les gouvernants allemands, mais ils n’ont jamais voulu vous la dévoiler.

Et en effet, et avant même que la première année ne se soit écoulée et depuis 2011, nos prévisions ont été vérifiées. L’enchaînement des nouveaux prêts aux réductions drastiques des dépenses a non seulement échoué à dompter la dette, mais il a par surcroît puni les citoyens les plus faibles, en transformant les citoyens ordinaires qui avaient un emploi et un toit à des chômeurs sans-abri qui ont tout perdu, de plus, leur dignité.

L’effondrement des revenus a conduit à la faillite de milliers d’entreprises, augmentant ainsi le pouvoir oligopolistique des entreprises qui ont survécu. De ce fait, les prix diminuaient moins que les revenus tandis que les dettes, publiques et privées, ne cessaient de s’alourdir. Dans ce contexte, où le déficit d’espoir a dépassé tous les autres déficits «l’œuf du serpent » n’a pas mis longtemps pour éclore – et les néo-nazis ont commencé à patrouiller les quartiers en semant la haine.

Malgré son échec manifeste, la logique de «extend and pretend» continue à s’appliquer systématiquement encore aujourd’hui. Le deuxième accord de prêt de 2012, a ajouté une charge supplémentaire sur les épaules affaiblies de l’état grec, en réduisant les fonds de pension, en donnant un nouvel élan à la récession, en finançant aussi une nouvelle kleptocratie avec l’argent de nos partenaires.

Des commentateurs sérieux ont parlé récemment de stabilité et même de croissance à propos de mon pays pour « prouver » que les politiques appliquées ont été efficaces. Aucune analyse sérieuse ne soutient cette «réalité» virtuelle. L’ augmentation récente de 0,7% du revenu national réel ne marque pas la fin de la récession mais sa poursuite, puisqu’elle a été réalisée dans une période d’inflation de 1,8%, ce qui signifie que (en euros) le revenu national a continué de baisser. Simplement, il diminue moins que la moyenne des prix – tandis que les dettes augmentent.

Cet effort de mobilisation des «statistiques grecques», pour démontrer que l’application de la politique de la troïka est efficace en Grèce, est outrageant pour tous les européens qui ont enfin le droit de connaître la vérité.

Et la vérité est que la dette publique grecque ne peut pas être honorée tant que l’économie sociale grecque se trouve en situation de simulation de noyade budgétaire (fiscal waterboarding).

En outre, persévérer dans ces politiques misanthropes et sans issue, dans le refus de reconnaître une simple question d’arithmétique, coûte au contribuable allemand et condamne en même temps un peuple fier à l’indignité. Et le pire: de cet fait, les Grecs se retournent contre les Allemands, les Allemands contre les Grecs, et l’idée d’une Europe Unie Démocratique est offensée cruellement.

L’Allemagne, et plus particulièrement le contribuable allemand qui travaille dur n’a rien à craindre d’un gouvernement SYRIZA. Au contraire. Notre objectif n’est pas d’entrer en conflit avec nos partenaires. Notre objectif n’est pas d’obtenir des prêts supplémentaires ou un blanc-seing pour de nouveaux déficits. Notre objectif est la stabilité économique, des budgets primaires équilibrés et, bien sûr, la cessation des saignées fiscales opérées sur les contribuables depuis quatre ans par un accord de prêt inadéquat aussi bien pour la Grèce que pour l’Allemagne. Nous exigerons la fin de l’application du dogme «extend and pretend» non pas contre le peuple allemand, mais pour le bénéfice de nous tous.

Je sais, chers lecteurs, que derrière les demandes d’une «stricte application des accords» se cache la peur que « si nous laissons les Grecs faire ce qu’ils veulent, ils vont refaire le même coup». Je comprends cette inquiétude. Mais ce n’était pas SYRIZA qui a érigé en institutions dans mon pays la collusion des intérêts privés et la kleptocratie qui feignent de se soucier de l’observation «des accords» et des réformes puisque celles ci ne les affectent pas, comme le démontrent les quatre dernières années des réformes engagées par le gouvernement Samaras sous la direction de la troïka. Nous, nous sommes prêts à entrer en conflit avec ce système afin de promouvoir des réformes radicales au niveau du fonctionnement de l’état, en établissant la transparence de l’administration publique, la méritocratie, la justice fiscale, la lutte contre le blanchissement d’argent. Ce sont ces réformes que nous soumettons à l’appréciation des nos citoyens aux prochaines élections.

Notre objectif est la mise en place d’ un New Deal pour l’ensemble de la zone euro qui permettra aux grecs comme à l’ensemble des peuples européens de respirer, de créer, de vivre avec dignité. Avec une dette publique socialement viable. Avec une croissance qui est stimulée par des investissements publics financés – seul moyen de sortir de la crise – et non pas par la recette échouée de l’austérité qui ne fait que recycler la récession. En renforçant la cohésion sociale, la Solidarité et la Démocratie.

Le 25 Janvier en Grèce, une nouvelle opportunité surgit pour l’Europe. Ne ratons pas cette chance ».

Alexis Tsipras | 13 janvier 2015 

Article original : Open letter to the German readers: That which you were never told about Greece  (Traduction: Vassiliki Papadaki)

Source: .24hgold.com

URL de cet article : http://arretsurinfo.ch/la-lettre-ouverte-dalexis-tsipras-aux-citoyens-allemands-sur-ce-quon-ne-leur-a-jamais-dit-sur-la-dette-grecque/

Maintenir la revue de presse européenne


Dimanche 28 Juin 2015, le journaliste Alex Taylor a appris qu’il était poussé à la porte de France Inter, maison dans laquelle il officiait depuis 31 ans. Sa revue de presse a tout simplement été remplacée par une chronique sur la télé. Nous sommes des millions de contribuables à écouter cette émission

Au moment où l’Europe joue un rôle central dans nos vies, nous refusons la disparition de la seule revue de presse européenne dans une radio française. Signez, diffusez et envoyez la lettre ouverte d’Alex Taylor à Mathieu Gallet et à Fleur Pellerin.

« Lettre ouverte à Mathieu Gallet

Cher Monsieur. On ne se connaît pas. On ne s’est jamais vus. Vous dirigez depuis quelque temps une radio où j’ai travaillé pendant 31 ans.

Vous le savez sans doute, je suis britannique. Mon accent le trahit. N’empêche cette formidable radio m’a laissé m’exprimer librement pendant tout ce temps. J’y ai vécu d’incroyables aventures – de l’Oreille en coin, Telescopages, tout un été arpentant les quais des gares sncf les plus reculées de la France la plus profonde, et depuis 20 ans et quelque la revue de presse européenne.

Si je suis resté depuis 1984 c’est qu’il y a un ton, une liberté que l’on ne trouve pas ailleurs, eh oui même à la sacro-sainte BBC. – et là en tant que britannique je suis bien placé pour en parler.

J’ai aimé tant cette radio que depuis quelques années je fais une croix sur ma vie sociale, mon sommeil même, me levant à 3h du mat, jour de Noël et Nouvel An compris, pour venir non pas pour les cacahuètes qu’on me payait (mes piges France Inter ne couvraient même pas mon loyer) mais parce que j’adorais la bonne humeur et cette extraordinaire qualité que j’aime tant dans votre pays – l’insolence et la liberté de ton.

Tout ça pour qu’un dimanche matin, expres juste apres ma derniere chronique mon producteur m’appelle pour m’annoncer que la revue de presse sera remplacée par une chronique télé mais si je veux je peux encore la faire mais beaucoup plus tôt quand personne n’ecoute et en version light. Alors j’ai dit non…..

Du coup apparemment je suis viré parce que, ému, j’ai commis l’énormité de Tweeter que j’étais triste. Vous ne l’auriez pas été, vous aussi après tout ça, après toutes ces années de piges et de passion?

Ne vous inquietez pas, après 31 ans je ne demanderai même pas d’indemnités – de toute façon je n’y ai pas droit sans doute parce que techniquement vous m’avez proposé autre chose, en espérant que je refuserai ? C’est fait. Pourtant en audimat cela marchait bien….

Juste pour vous dire que vous auriez pu vous y prendre autrement et que j’aurais pu en septembre continuer à m’éclater comme je fais depuis si longtemps dans les murs de cette maison qui décidément ne tourne pas rond. Elle va drôlement me manquer. J’aurais tant aimé y rester.

Alex Taylor, ancien pigiste de chez vous et qui le restera toujours un peu dans son âme.

alextaylor.biz

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