Stéphane Lacroix : «La génération de 2011 a beau être massacrée, elle ne disparaîtra pas»


Par Jean-Pierre Perrin et Luc Mathieu 15 janvier 2016 à 19:01

Si politiquement les mouvements qui ont ébranlé le monde arabe en 2011 ont échoué à transformer radicalement le Moyen-Orient et fait le lit du jihadisme, ils ont fait naître une conscience révolutionnaire qui perdure, estime le professeur à Sciences-Po

Professeur associé à l’Ecole des affaires internationales de Sciences-Po et chercheur au Centre de recherches internationales, Stéphane Lacroix est spécialiste de l’Egypte et de l’Arabie Saoudite. Il revient pour Libérationsur l’avenir du projet révolutionnaire au sein du monde arabe.

Que reste-il des printemps arabes ?

Ce qui s’est produit en 2011 est d’abord un grand mouvement d’émancipation des peuples. Un ras-le-bol de l’autoritarisme et de la situation économique. Avec des gens qui viennent des classes moyennes pour porter des slogans anti-autoritaires. Et d’autres qui viennent des classes populaires pour les slogans économiques et de justice sociale. Cela ne veut pas dire que cela soit exclusif l’un de l’autre. Dans les classes populaires, on est aussi anti-autoritaire, mais on veut avant tout manger et travailler. Dans les classes moyennes, on défend aussi la justice sociale, mais on est moins touché par des problèmes de pauvreté immédiate. La conjonction de ces deux grands thèmes va donner naissance au fameux slogan égyptien : «Pain, liberté et justice sociale.»Ce mouvement transcende donc les classes sociales pour s’incarner dans une nouvelle génération, jeune, mondialisée, celle qui articule le mieux le message et va apparaître comme le porte-étendard de ce basculement historique.

Cette révolution fut donc très générationnelle ?

C’est une donnée fondamentale pour comprendre sa dimension anti-autoritaire. On le voit en Egypte : la plupart de ceux qui ont plus de 40 ou 50 ans glorifient aujourd’hui le maréchal Al-Sissi, qu’ils voient comme l’homme du retour à l’ordre et à la stabilité qu’ils ont toujours connus. Chez les moins de 40 ans, il n’y a pas forcément une opposition marquée, mais au moins un certain scepticisme face à cet ordre. Ils se sont d’ailleurs abstenus en masse aux élections depuis 2014. Cette distinction générationnelle vaut à mon sens pour tout le monde arabe : l’état d’esprit d’un jeune Saoudien n’est pas différent de celui d’un jeune Egyptien, même si la façon dont il va s’exprimer dépend évidemment du contexte. Ce mouvement n’est pas terminé, même s’il est aujourd’hui occulté par d’autres dynamiques. On peut en trouver les origines à la fin des années 90 avec tout le mouvement de diversification de l’espace intellectuel et médiatique arabe, via les chaînes satellitaires puis avec l’arrivée d’Internet, qui fait que la socialisation de la génération des années 2000 est fondamentalement différente de celle des générations précédentes. Pour ces jeunes, il n’y a plus une seule opinion, mais des dizaines, plus une seule vérité, mais des dizaines de façons de penser la vérité. Les régimes n’arrivent plus à leur faire croire que les choses sont simples.

A quelles résistances ce mouvement a-t-il été confronté ?

D’abord à la résistance des régimes ou des Etats. La contre-révolution va parfois se manifester de façon franche et directe, comme en Syrie, où elle a joué aussi sur les divisions de la société. Elle l’avait toujours fait mais, à présent, elle va l’exacerber pour parvenir à ses fins. En Egypte, c’est d’abord plus subtil, mais le résultat est le même avec l’arrivée au pouvoir de Al-Sissi. Ensuite, la montée en puissance, à partir de 2012, d’une alternative radicale, le jihadisme, qui est là depuis les années 2000 et dont on avait proclamé à tort la fin avec la mort de Ben Laden. Pour les jihadistes, les révolutions arabes ne sont qu’un épisode dans une sorte de lutte de libération islamique qui s’inscrit dans la durée. Ils vont profiter de la radicalisation que produit la violence de la contre-révolution, de l’effondrement des Etats, du vide politique et territorial qui en résulte et du désenchantement d’une génération, qui dans certains cas, limités mais bien réels, va, faute de pouvoir, faire advenir un projet révolutionnaire démocratique, se solidariser avec le seul projet révolutionnaire disponible, celui du jihadisme. Car la grande force du projet jihadiste, c’est sa capacité à se présenter comme un projet révolutionnaire. En Egypte, des personnes qui ont milité dans le Mouvement du 6 avril, fait la révolution, essayé la politique ont finalement dérivé vers le jihadisme pour rejoindre l’Etat islamique, faute de pouvoir faire advenir une autre alternative révolutionnaire.

S’ajoute le jeu international…

Il y a d’abord celui des Occidentaux qui, après une petite période d’euphorie initiale, vont choisir de se ranger du côté des régimes. On l’a vu en Egypte avec le soutien apporté à Al-Sissi. Dans le cas de la Syrie, dès qu’ils ont senti que le mouvement leur échappait, ils ont préféré limiter leur soutien à des mots. Mais la partie la plus importante, c’est le jeu régional. Celui-ci va rapidement s’immiscer dans les dynamiques locales, avec cette guerre froide entre l’Iran et l’Arabie Saoudite sur laquelle se greffe une lutte pour la redéfinition des équilibres stratégiques entre tous ceux qui, dans la région, ont une prétention à la puissance. L’axe structurant, c’est l’Iran contre l’Arabie Saoudite. Mais le Qatar et la Turquie se positionnent également. Chacun cherche à limiter au maximum l’influence de l’autre et à maximiser la sienne en s’alliant avec tel ou tel acteur selon les nécessités du terrain et en fonction de ses intérêts propres. On voit ainsi de plus en plus cette dynamique régionale se greffer sur des conflits locaux, ce qui altère la logique des conflits, comme en Syrie.

Là, on passe par trois phases : un soulèvement populaire, qui ressemble aux révolutions arabes classiques. On voit ensuite le régime confessionnaliser le conflit et utiliser cette confessionnalisation pour porter la contre-révolution. Cette confessionnalisation entre en résonance avec le jeu des puissances régionales, les deux logiques se renforçant l’une l’autre. Nombre d’acteurs continuent certes de s’accrocher à la rhétorique révolutionnaire, mais ils ont de plus en plus de mal à se faire entendre. On a ainsi un mouvement pris entre la contre-révolution, la montée du jihadisme comme projet révolutionnaire alternatif – qui, avec l’Etat islamique, montre qu’il est capable de bâtir un contre-modèle institutionnel – et cette dynamique régionale qui se soucie souvent peu de l’aspiration des peuples. C’est très différent en Tunisie… La grande chance de la Tunisie, c’est que si la contre-révolution existe bel et bien, sa capacité de nuisance demeure plus limitée, notamment parce qu’il n’y a pas d’armée forte et politisée sur laquelle s’appuyer pour renverser le système existant. Les acteurs de l’ancien régime doivent donc composer avec le jeu politique actuel, quoiqu’ils en pensent. Et il n’y a pas de divisions confessionnelles, donc pas de possibilité de jouer sur les dynamiques communautaires. En outre, le pays est loin des grandes lignes de failles stratégiques du Moyen-Orient, ce qui fait que les acteurs occidentaux et régionaux considèrent la Tunisie comme suffisamment peu importante pour y laisser se dérouler le processus politique sans interférences majeures. Le vrai risque, c’est le jihadisme, qui se nourrit du fait que la transition politique s’est faite au détriment de la justice sociale. Les acteurs de la contre-révolution risquent aussi de chercher à instrumentaliser cette violence pour justifier un durcissement autoritaire.

Ces mouvements qui ont traversé le monde arabe étaient-ils vraiment des révolutions ?

Si on entend par révolution une transformation profonde du système politique, cela a relativement peu été le cas. C’est presque vrai en Tunisie. En Libye, il y a eu changement de régime, mais cela n’a pas donné naissance à un nouveau régime stable et pérenne. Mais si on parle de révolution sur le plan culturel, les choses sont différentes. 2011 marque l’affirmation d’une conscience révolutionnaire qui perdure aujourd’hui. La génération qui la porte a beau être massacrée, exilée, emprisonnée, elle ne disparaîtra pas. Ses aspirations peuvent certes être dévoyées au profit de l’Etat islamique, qui se nourrit au même imaginaire. L’EI est en effet aussi un mouvement de révolte contre l’ordre social et politique, il remet en cause toutes les structures. Il défie l’autorité des Etats, mais aussi des tribus ou des cheikhs de l’islam, qui se sont très majoritairement prononcés contre lui, même lorsqu’ils appartenaient au courant jihadiste. Cela dit, la logique de l’EI est perverse au sens où elle dévoie la logique révolutionnaire pour restaurer un nouvel ordre autoritaire, dont certains acteurs d’ailleurs sont des baasistes irakiens. L’Etat islamique, c’est un peu la révolution au service d’un projet in fine contre-révolutionnaire.

Pourquoi nombre d’observateurs ont-ils cru que ces révolutions marquaient la fin de l’islamisme ?

Quoiqu’en disent les slogans, les révolutions sont toujours le fait de la minorité active d’une population. Ceux qui ont lancé le mouvement de 2011 étaient majoritairement jeunes et, pour beaucoup, ne s’identifiaient pas aux groupes islamistes existants. Beaucoup étaient pieux, ce que l’Occident n’a pas voulu voir. Mais ils étaient pieux avec leur propre subjectivité, sans se sentir tenus par l’autorité du cheikh ou du groupe. Par exemple, les jeunes Frères musulmans qui participent aux premières journées révolutionnaires égyptiennes de 2011 y vont contre l’avis de la confrérie. On voit monter en puissance des acteurs qui ne croient plus aux logiques d’allégeance politiques, religieuses ou sociales. Certains observateurs se disent d’abord que les vieux partis islamistes de type Frères musulmans vont avoir un sérieux problème.

Mais dès qu’on entre dans une transition politique, c’est la majorité silencieuse qui vote et ses logiques sont complètement différentes. Une partie d’entre elle vote pour les Frères musulmans par adhésion islamiste et une autre partie pour revenir à l’ordre et à une forme de stabilité politique. On ne voit pas venir non plus la montée de l’alternative radicale de l’Etat islamique, même si sa montée en puissance résulte surtout des blocages des processus commencés en 2011.

Les révolutions n’ont-elles pas montré l’impuissance de l’Occident dans cette région ?

Les Occidentaux ont beaucoup de mal à l’admettre, mais la région est en train de leur échapper. Ils sont dans la réaction plus que dans l’action. Les puissances régionales sont désormais beaucoup plus influentes et elles sont à la manœuvre. Pour le meilleur et pour le pire, la région s’émancipe. Quand les Occidentaux agissent, sauf dans le cas libyen au début, ils sont à la remorque des puissances régionales. Sur le papier, il s’agit plutôt d’une bonne nouvelle. Mais en réalité, c’est tout aussi problématique, parce que la lutte devient fratricide – comme entre l’Iran et l’Arabie Saoudite, qui se sentent existentiellement menacés – et donc très violente.

Jean-Pierre Perrin , Luc Mathieu

Syrie : le récit « déchirant » du porte-parole du CICR dans Madaya assiégée


Le Monde.fr | 13.01.2016 à 16h15 • Mis à jour le 13.01.2016 à 19h26 | Propos recueillis par Laure Stephan (Beyrouth, correspondance)

L’aide humanitaire est finalement entrée, lundi 11 janvier, à Madaya, petite ville assiégée depuis l’été 2015 par l’armée syrienne et le Hezbollah libanais.

L’aide humanitaire est finalement entrée, lundi 11 janvier, à Madaya, petite ville assiégée depuis l’été 2015 par l’armée syrienne et le Hezbollah libanais. Elle a été distribuée par les Nations unies (ONU), le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et le Croissant-Rouge syrien. Il s’agissait du premier convoi depuis octobre dans cette bourgade située entre le Liban et Damas. Selon Sajjad Malik, le représentant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés en Syrie, « des rapports crédibles disent que des personnes sont mortes de faim » à Madaya.
Les besoins sont tels que les agences de l’ONU ont demandé un nouvel accès, qui pourrait avoir lieu jeudi. L’évacuation des personnes les plus vulnérables est aussi l’objet de négociations. Porte-parole du CICR en Syrie, Pawel Krzysiek a rencontré à Madaya des habitants épuisés. Dans un entretien au Monde, il détaille ce qu’il a vu.

Qu’est-ce qui vous a frappé à Madaya ?

Lorsque nous sommes arrivés, beaucoup de personnes nous attendaient près du dernier checkpoint, la limite qu’ils peuvent atteindre. Les habitants manifestaient de l’espoir et de la joie. Mais il y avait beaucoup de fatigue sur les visages. Quand les quatre premiers camions du convoi sont entrés, beaucoup nous ont dit : « C’est tout, c’est seulement ça que vous apportez ? Nous avons faim. »

Quand on entend ça, on comprend combien l’aide est nécessaire, et combien les gens ont vécu dans l’attente depuis des semaines. Presque tous ceux qui venaient me voir me demandaient : « Peux-tu me donner un petit bout de pain, un biscuit ? J’ai faim. » C’est déchirant. Dans la culturesyrienne, c’est très difficile que quelqu’un expose ainsi ses souffrances.

Lire aussi : Madaya livrée à la faim et aux marchandages politiques

Comment se passe la distribution de l’aide ?

Presque quatre cinquièmes de l’aide avait été distribuée mercredi en fin de matinée. Une phrase résume l’ambiance générale : on nous dit que les habitants ont recommencé à sourire. L’aide est distribuée à travers des comités civils locaux de Madaya. Il en existe dans toutes les zones assiégées en Syrie : les communautés ont dû s’organiser pour gérer les besoins quotidiens. En tant que CICR, nous avons livré des médicaments, de l’aide chirurgicale, des kits d’hygiène et des couvertures.

Quels sont les besoins médicaux ?

J’ai vu beaucoup de personnes malades, et beaucoup de personnes amputées [les alentours de Madaya ont été minés par les forces prorégime, et selon les témoignages de militants, des habitants sont morts ou ont été blessés par ces mines ou par des tirs]. La situation sanitaire est si préoccupante qu’on ne peut pas se limiter à parler de malnutrition : une femme qui est enceinte et ne mange pas à sa faim se retrouve avec des problèmes qui dépassent la malnutrition.

L’équipe médicale du CICR et du Croissant-Rouge syrien a identifié, lors de l’entrée à Madaya, les personnes qui ont besoin d’un traitement urgent et spécialisé [des négociations sont en cours pour l’évacuation des cas les plus graves].

Avant l’entrée du convoi, les stocks de médicaments étaient quasi épuisés…

Nous avons distribué des médicaments pour les personnes qui souffrent de maladies chroniques ou aiguës, et pour les enfants. Cela devrait permettre de couvrir les besoins pour trois mois.

À Madaya, j’ai rencontré un médecin et une infirmière, ils font un travail extraordinaire. Ils nous ont dit que chaque jour, ils font face à de nouveaux cas : des malades, des gens faibles. Le personnel médical est réduit à Madaya, et il n’a pas l’équipement pour traiter ces patients. C’est très difficile.

Y a-t-il eu des difficultés pour acheminer de l’aide ?

Non, pas vraiment. C’est compliqué logistiquement, parce que l’on parle d’un très grand convoi de quarante-quatre camions d’aide humanitaire pour 40 000 personnes, et que l’opération a été simultanée, synchronisée avec celle qui a eu lieu à Foua et Kefraya [deux villages du nord-ouest de la Syrie où les habitants sont assiégés par la coalition islamiste de l’Armée de la conquête depuis l’été 2015, et où un convoi de l’ONU, du CICR et du Croissant-Rouge syrien est aussi entré lundi]. Là-bas, les gens sont sans eau potable, sans électricité et sans nourriture.

Il faut comprendre que l’acheminement de l’aide est lié à un accord politique qui ne dépend pas des humanitaires, mais qui a été scellé entre parties belligérantes [cet accord inclut, entre autres, l’Iran, parrain du Hezbollah et soutien de Damas, et l’Armée de la conquête, qui contrôle la province d’Idleb]. Cela dicte des conditions sur comment, combien et quand l’aide humanitaire peut être acheminée.

Un nouveau convoi devrait gagner Madaya dans les prochains jours, peut-être jeudi

Oui, l’aide est urgente. Mais il n’y a pas qu’à Madaya que les besoins sont énormes. On entend les mêmes récits de souffrance dans les autres régions qui vivent sous un siège : à Foua et Kefraya, à Deir ez-Zor [sous l’étau de l’Etat islamique, dans l’est de la Syrie], à Yarmouk ou Douma[faubourg et banlieue de Damas assiégés par le régime].

Partout dans ces zones, la vie n’est pas normale. Un cercle vicieux s’installe : le manque de nourriture affaiblit les gens, ils sont du coup plus exposés au froid et n’ont rien pour se chauffer, deviennent malades, ne peuvent pas se soigner faute de médicaments… Chaque jour la situation se détériore. Nous demandons un accès régulier à ces zones.

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Belgique : Parlons de nos libertés, il y a danger !



Le 8 janvier 2016
Rue de Bomerée 83 f – 6032 Mont-sur-Marchienne – Tél : 0473 286 375


Bonjour,  Nous souhaitons, une fois n’est pas coutume, attirer votre attention non pas sur ce qui se passe en Palestine, mais bien sur une dérive inquiétante que nous constatons en ce qui concerne le respect des libertés démocratiques, ici. En Belgique. Et plus particulièrement à Charleroi. Au début du mois de décembre 2015, la Plate-forme Charleroi-Palestine a demandé l’autorisation d’ériger pendant deux heures un calicot, le 27 décembre, sur l’esplanade du Palais des Beaux Arts, près du marché dominical. Il s’agissait d’une représentation du Mur de l’apartheid en Palestine. Nous avons fourni à la police administrative toutes les informations nécessaires, et bien plus encore. Après d’innombrables échanges de courriers électroniques, chacun nous amenant à fournir toujours plus de détails, nous avons même envoyé, à sa demande, une photo du « Mur » symbolique, qui n’est autre que celui que l’Association Belgo-Palestinienne (ABP) a déjà utilisé notamment sur la Grand Place de Bruxelles (voir photo) <http://www.association-belgo-palestinienne.be/a-lire-a-voir-a-ecouter/videos/le-mur-de-lapartheid-a-la-grand-place-de-bruxelles/> . En fin de compte,  nous avons reçu cette réponse (dont copie était adressée au cabinet du bourgmestre) : «L’autorité communale désire connaître les dimensions précises du calicot et une copie du texte qui figure sur celui-ci. Il est également indispensable de nous fournir la copie du TRACT que vous avez l’intention de distribuer aux passants.* A défaut de recevoir toutes ces informations complètes, le service évènement de la Ville [&hellip]n’assurera pas le suivi de votre dossier.» Comme nous l’a confirmé le service juridique la Ligue des Droits de l’Homme, il s’agit d’une exigence tout à fait abusive. Il n’appartient en aucun cas à l’autorité communale d’exercer un quelconque contrôle sur le contenu du message qu’entend diffuser une organisation, à plus forte raison une organisation qui n’a jamais fait l’objet d’aucune poursuite de quelque nature que ce soit. Non seulement l’exigence formulée par la police de Charleroi à la demande de « l’autorité communale » témoigne d’une suspicion qui n’a pas lieu d’être et qui est intolérable, mais ce faisant elle cherche à exercer une compétence que la loi réserve strictement au pouvoir judiciaire, qui d’ailleurs ne peut l’exercer qu’à posteriori et non à priori, à peine de violer la Constitution (art. 19 et 25) et la Convention Européenne des Droits de l’Homme (art.10). Nous avons donc refusé de nous plier à cette exigence, et nous ne le ferons jamais à l’avenir, quand bien même les tracts en question seraient parfaitement anodins. L’inquiétant parallèle entre Anvers et Charleroi :
même combat liberticide ?

La Ligue des Droits de l’Homme nous a également fait savoir qu’il y a eu récemment des précédents… dans la ville d’Anvers. Comme on peut le lire dans cette Carte Blanche <http://www.levif.be/actualite/belgique/bart-de-wever-versus-les-droits-de-l-homme/article-opinion-374283.html> de Peter Mertens, publiée sur le site du Vif- L’Express le 31 mars 2015 : « Les organisateurs (d’une manifestation syndicale d’agents des services publics) ont dû faire savoir à l’avance à la police qui allait prendre la parole à la manifestation. Ils ont également dû transmettre « les slogans qui allaient être scandés et le message qui allait être annoncé« . En cours de manifestation, il était interdit d’exhiber des « banderoles ou pancartes provocatrices » ni de scander des « slogans provocateurs« . C’est ce qui figure littéralement dans le document signé par le bourgmestre De Wever. Pour la première fois de notre histoire sociale de l’après-guerre, un bourgmestre impose à une manifestation des conditions portant sur le contenu même de celle-ci.» L’auteur signale également : « Le fait que des conditions de contenu sont imposées à une manifestation signifie aussi qu’on instaure une sorte de police de la pensée censée évaluer le message de fond de toute manifestation. Les manifestants ne peuvent plus faire entendre eux-mêmes leur avis, ils ne peuvent plus improviser, scander, chanter ou interpréter des saynètes sans que leur message ait été transmis à l’avance aux pouvoirs publics. Les conditions imposées aux manifestants des services publics par De Wever en sa qualité de chef de la police anversoise, sont en contradiction avec la Constitution. Le principe veut qu’à la liberté d’expression, on ne puisse associer de conditions préventives sur le contenu, mais uniquement quelques conditions pratiques en relation avec l’organisation des manifestations. » Il conclut : « Ce qui se passe aujourd’hui à Anvers doit être pris très au sérieux. Il s’agit de l’approche américaine pure et dure de « la loi et l’ordre », mais sans « la loi ». De la sorte, on assiste à une érosion de la dynamique démocratique, que l’on ramène au seul « ordre », dans le même temps que sont niés les principaux droits et libertés fondamentaux. Liberté de la presse, liberté d’expression et de rassemblement, droit de grève et droit de manifestation sont des droits fondamentaux. Ils ne peuvent être remis en cause quand la chose arrange les pouvoirs publics. C’est précisément pour cette raison qu’après la barbarie de la Seconde Guerre mondiale, les droits fondamentaux ont été établis en 1950 dans le Traité européen des droits de l’Homme. Et ils valent également pour le bourgmestre d’Anvers. » Et tout autant pour celui de Charleroi, à qui nous ne permettrons pas d’ignorer que l’article 19 de la Constitution garantit la liberté d’expression en toutes matières «sauf la répression des délits commis à l’occasion de l’usage de cette liberté», ce qui suppose d’abord que cette liberté ait pu s’exercer librement, et qui en toute hypothèse n’est pas de sa compétence. Nous n’entendons pas davantage lui permettre d’oublier que la Cour Européenne des Droits de l’Homme n’a cessé de répéter que l’ingérence ces pouvoirs publics dans la liberté d’expression des citoyens doit non seulement être «inspirée par des buts légitimes» mais qu’en outre elle doit être limitée à ce qui est «strictement nécessaire dans une société démocratique». Qui plus est, la liberté d’expression «vaut non seulement pour les « informations » ou « idées » accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent ». Quand les autorités communales refusent
de se mettre en question
Comme vous le savez probablement, la Plate-forme Charleroi-Palestine a déjà rencontré des problèmes avec les autorités communales en juillet dernier, lors du match de football entre Charleroi et l’équipe raciste israélienneBeitar Jérusalem à Charleroi. Un arrêté de police nous avait interdit toute manifestation sur les 102km2 du territoire communal. Cet arrêté était, de notre point de vue, non seulement abusif (en droit) mais en outre comportant des considérations mensongères et insultantes à l’égard de notre association mais aussi, plus généralement, de tous les défenseurs de la cause palestinienne. Pourtant, en réponse à des interpellations lors du Conseil communal du 7 septembre 2015, le bourgmestrePaul Magnette a déclaré que la Plate-forme Charleroi-Palestine « n’a rien d’anti-démocratique » et que la cause d’une paix juste et durable en Palestine compte « de nombreux sympathisants au sein de notre conseil« . Entre les paroles et les actes (concrétisés dans l’arrêté d’interdiction), il y a comme un hiatus&hellip Considérant que ce n’était pas la première fois que nous rencontrions des problèmes de ce type, et compte tenu qu’en dépit des propos lénifiants du bourgmestre l’autorité communale se refuse à remettre en question les pratiques de la police locale, nous avons décidé d’exercer le seul recours qui s’offre aux citoyens dans ces circonstances. Vu l’importance des principes en jeu, nous avons donc entamé, en dépit de son coût non négligeable et de sa durée, une procédure devant le Conseil d’État afin de faire annuler l’Arrêté de Police (que vous pouvez consulter ICI <http://www.pourlapalestine.be/docs/arrete_police_15juillet2015.pdf> ), juridiquement aberrant et démocratiquement révoltant dont il est question. Force est cependant de constater que cela n’incite à aucune remise en question et que malheureusement, les choses n’ont pas changé : le citoyen qui entend exercer sa liberté d’expression est d’office traité en ennemi.

Un débat au Conseil communal le 25 janvier ?

La Plate-forme Charleroi-Palestine a adressé un courrier aux conseillers communaux sur ces nouvelles atteintes à la liberté d’expression. Nous espérons évidemment qu’il y a des voix démocratiques qui s’élèveront et vous proposons d’être présents afin de les écouter. Il ne s’agit pas que de la liberté d’expression de la Plate-forme Charleroi-Palestine et de ses membres, mais de celle de tous les citoyens, à Charleroi et ailleurs. Comme nous vous le disions plus haut, la procédure engagée devant le Conseil d’État coûte plusieurs milliers d’Euros. Or, nous ne voulons pas, pour y faire face, utiliser des moyens destinés à soutenir des projets en Palestine, ou pour organiser ici des activités relatives à la Palestine. Nous avons donc entrepris de collecter des fonds spécifiquement destinés à financer ce recours, dont nous espérons qu’il débouchera sur une jurisprudence utile à la démocratie dans son ensemble. Si vous le souhaitez, vous pouvez apporter votre pierre à l’édifice en versant une participation sur notre compte bancaire (avec la mention : « soutien pour le recours ») : IBAN : BE90 7512 0438 7932 –  code BIC  : AXABBE22 MAIS SURTOUT : soyez vigilants et faites entendre votre voix.

Il n’est pas trop tard mais il est plus que temps.


* nous soulignons
Restez informés, visitez le site web de la plate-forme régulièrement <http://www.pourlapalestine.be> Plus intéressé(e) ? Cliquez ici pour vous désinscrire <http://www.pourlapalestine.be/unsub.php?t=KhSAIc7Q8WI0fq&s=13213>
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Vous avez dit wahhabisme?


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Plus que jamais, en ces temps de terrorisme, les contempteurs de l’Arabie saoudite s’en donnent à cœur joie. Dame! la cible est légitime. Et pourquoi, d’ailleurs, épargner un Etat où les droits de l’homme sont tenus pour quantité négligeable? Si, certes, la thèse du financement direct du terrorisme par la dictature saoudienne ne résiste pas à l’analyse, celle de l’influence du wahhabisme, à savoir l’islam ultra-rigoriste à la sauce saoudienne, sur l’idéologie des djihadistes semble ne faire aucun doute. Tentative d’examiner tout cela en détail.

1. Histoire: un retour aux sources pur et dur


Le mot et le concept sont liés à un théologien du XVIIIe siècle, Mohamed ben Abdel Wahhab, né dans le Nadj, au centre de l’Arabie saoudite actuelle. Inquiet de ce qu’il considérait comme des dérives de l’islam (dont l’idolâtrie des saints) et par les faiblesses des musulmans, ce penseur a prôné un retour pur et dur aux sources de la religion, au message du Prophète pris au sens le plus littéral. Une alliance entre ce penseur et les Saoud, puissante famille de cette région où régnait l’austère et fruste culture bédouine, permit à la doctrine rigoriste de prendre son essor grâce à la conquête de la région de Riyad.

Le wahhabisme charrie bien une version ultraconservatrice de l’islam. Musique, chant, danse, tabac et opium y trouvent le statut de pratiques prohibées. Abdel Wahhab, comme l’explique l’islamologue Anne-Marie Delcambre, avait été convaincu par les idées d’Ibn Taymiyya, jurisconsulte damascène du XIIIe siècle qui, déjà, avait promu l’intransigeance absolue en religion, dénonçant notamment «l’hérésie» chiite et dressant les musulmans contre les chrétiens et les juifs.

Les wahhabites n’ont que mépris pour les autres formes de l’islam, même sunnites. Ainsi, le soufisme, une spiritualité islamique influencée par le mysticisme et vécue comme expérience personnelle, est renvoyé au rang des pratiques hérétiques par les wahhabites, malgré son succès.

Loyauté à l’égard de l’autorité
Les Saoud appréciaient – et apprécient toujours! – un des fondements de l’interprétation wahhabite des textes, celui qui recommande aux musulmans de rester loyaux aux détenteurs de l’autorité.

Les Ottomans mirent fin à cette sédition au début du XIXe siècle, mais l’idée ultraconservatrice à la base du wahhabisme allait rester enracinée. Et quand Abdelaziz ben Abderrahmane al-Saoud entreprit au début du XXe siècle la conquête des régions – le Nadj, le Hedjaz, l’Assir et le Hassa – qui allaient former en 1932 l’Arabie saoudite dont il se proclama roi, il s’empressa d’instaurer ce que certains appelleraient une théocratie.

«Depuis cette époque, écrit Anne-Marie Delcambre, le pouvoir saoudien n’a jamais songé à remettre en cause l’idéologie wahhabite. Le roi Faysal, dans un discours à Médine le 1er avril 1963, déclarait en effet: «Notre constitution est le Coran, notre loi est celle de Mahomet, et notre nationalisme est arabe.» L’Arabie saoudite a placé tout son système politique, social, économique et judiciaire sous l’influence wahhabite. Le drapeau saoudien, vert, comportant la profession de foi musulmane en lettres arabes blanches, avec un sabre au-dessous, rappelle l’importance de la conquête guerrière pour l’islam wahhabite.»

Amputation et décapitation
Une police de mœurs veille au grain : les très craints «mouttawiin», chargés de «prévenir le vice et protéger la vertu» dans tout le pays d’ailleurs proclamé mosquée (d’où l’interdiction formelle d’y pratiquer un autre culte). La loi islamique, la charia, est appliquée avec sévérité, qui prévoit des peines comme l’amputation, la flagellation, la lapidation ou la décapitation – en place publique.

La plus stricte séparation des sexes dans tous les lieux publics – y compris dans le rapport à la médecine et aux médecins – prend la forme d’une obsession. Les femmes jouissent d’ailleurs d’un statut inférieur, dépendant de l’autorité des hommes. L’Arabie reste le seul pays au monde où elles n’ont pas le droit de conduire.

Les manuels scolaires saoudiens répercutent fidèlement les concepts du wahhabisme le plus radical, selon une étude américaine des années 2000. La propagation du djihad y serait recommandée et la haine des chrétiens, juifs, polythéistes et autres mécréants enseignée. Toutefois, les autorités saoudiennes insistent depuis quelques années pour dire que ces programmes ont été révisés et épurés des passages incitant à l’intolérance.

Le wahhabisme, malgré les moyens immenses dépensés par les Saoudiens pour exporter leur doctrine puritaine, reste très minoritaire en terre d’islam. Beaucoup de musulmans, et pas seulement parmi ceux qui vivent en Occident, rejettent ces pratiques intolérantes, rigoristes à l’extrême.

2. Politique: Saoud et oulémas unis

Ordre moral, rigueur religieuse absolue: les Saoud des XXe et XXIe siècles ont adopté avec zèle la version wahhabite de l’islam née jadis sur leur sol. Une version qu’ils ont affinée avec l’establishment religieux local, les oulémas (docteurs de la loi religieuse, théologiens), avec qui ils entretiennent une relation fondée sur le besoin mutuel de l’autre. Une alliance qui remonte au pacte («bay’a») conclu entre Mohamed ben Abdel Wahhab et la famille Saoud au XVIIIe siècle.

Comme l’explique le chercheur français Stéphane Lacroix, qui vécut en Arabie saoudite,«les oulémas légitiment le pouvoir politique des princes et leur accordent une large marge de manœuvre en ne s’immisçant pas dans leurs décisions, notamment concernant la politique étrangère. En échange, les religieux font appliquer l’islam salafiste (version ultra-rigoriste de l’islam) dans la société saoudienne, seul garant, selon eux, de la moralité sociale».

Contrôle complet par les religieux
Madawi al-Rashidi, universitaire saoudienne exilée à Londres, complète: «On a donné le contrôle complet, aux (religieux) wahhabites, de la vie religieuse, sociale et culturelle du royaume; aussi longtemps que les prédicateurs prêchaient l’obéissance aux dirigeants, la famille Saoud était contente.»

Dans ce pacte, la famille régnante s’occupe des finances, rétribue les imams et leur formation, lance des chaînes satellitaires de prédication religieuse, paie pour le prosélytisme dans le monde.

Ces dernières années, certains responsables saoudiens allèrent, dans des interviews données à des médias occidentaux, jusqu’à comparer leur pays à un «Vatican» musulman. Des assertions démenties par les faits. L’exportation du wahhabisme à coups de financements massifs n’y fait rien: comme l’écrit l’intellectuel égyptien Tarek Osman, «malgré sa position de pays musulman sunnite le plus riche au monde, malgré le hajj (le pèlerinage annuel à La Mecque, l’une des cinq obligations de l’islam, NDLR), l’Arabie saoudite n’a jamais réussi à établir une institution religieuse qui jouirait d’une vénération globale dans le monde islamique comme c’est le cas pour Al-Azhar en Egypte ou Al-Zeitouna en Tunisie». Le wahhabisme, puritain et intolérant, n’est pas populaire, on l’a déjà fait remarquer.

3. Le rigorisme voyage bien

Malgré son impopularité hors d’Arabie saoudite (il est aussi respecté au Qatar, mais dans une version moins rigoureuse), le wahhabisme s’exporte depuis un demi-siècle. Avec de bons résultats. C’est que les moyens investis en termes financiers laissent pantois. Riyad aurait dépensé des dizaines de milliards de dollars – les estimations crédibles ne sont pas légion – pour promouvoir le wahhabisme dans le monde, à travers des milliers d’écoles religieuses, de mosquées ou de centres culturels.

Un réseau d’associations caritatives saoudiennes comme l’International Relief Organisation servent de relais à la propagation de l’islam wahhabite. L’argent coule aussi à flots pour soutenir les nombreuses télévisions par satellite dédiées à cette tâche de prédication dans de multiples langues. Brochures, cassettes et CD font aussi partie de la panoplie envoyée dans le monde pour répandre le message wahhabite.

L’effort d’exportation a commencé au début des années 1960, comme l’explique Stéphane Lacroix, de sciences po, interrogé sur le blog Assawra: «Cela se traduit par la création de la Ligue islamique mondiale, de l’Université islamique de Médine, et de toute une série d’ONG financées par le pouvoir saoudien dont la mission est de faire de l’humanitaire, mais aussi du prosélytisme».

Wahhabisation de l’islam
Pourquoi tant de zèle? L’islam est, par essence, une religion prosélyte. L’Etat saoudien qui se veut wahhabite, donc porteur du message islamique original, n’a donc d’autre choix, dans cette logique, que d’apporter son poids à l’exportation de sa vision de l’islam. Il y a ainsi eu ce que l’islamologue française Anne-Marie Delcambre appelle la«wahhabisation de l’islam mondial».

Résultat, selon Stéphane Lacroix: «Ce prosélytisme a affecté la pratique de l’islam dans le monde sunnite en le rendant de plus en plus conservateur. En Occident, il a produit une communauté ultra-rigoriste, cherchant à reconstruire une société idéale, de l’entre-soi. Ainsi, on peut s’inquiéter en France du problème sociétal que pose la croissance de cet islam puritain, d’autant que certains de ses partisans peuvent, en raison de certaines de leurs pratiques, entrer en conflit avec les lois républicaines. Mais il ne faut pas tout mélanger. Salafisme – ou wahhabisme en ce cas, NDLR – n’est pas synonyme de djihadisme».

4. Terrorisme: des soupçons, mais rien de concret

Le wahhabisme est-il l’inspirateur du terrorisme pratiqué par les djihadistes comme ceux d’Al-Qaïda ou de l’«Etat islamique»? C’est l’opinion répandue. Et notamment celle du juge Marc Trevidic, jusqu’il y a peu responsable de la cellule antiterroriste à Paris.«Nous savons très bien que ce pays du Golfe a versé le poison dans le verre par la diffusion du wahhabisme. Les attentats de Paris le 13 novembre 2015 en sont l’un des résultats», a-t-il lâché au journal Les Echos.

Sauf que les djihadistes ne se réfèrent jamais, que du contraire, à l’exemple saoudien.«L’Etat islamique, expliquait à la BBC le professeur Bernard Hayke, de l’Université de Princeton, proclame que l’Etat saoudien a dévié des croyances réelles de Mohamed ben Abdel Wahhab, et qu’il est, lui, le vrai représentant du message salafiste ou wahhabite.»

La décapitation ce 2 janvier en Arabie saoudite de 43 djihadistes de la mouvance d’Al-Qaïda montre l’antagonisme virulent entre l’Arabie et les djihadistes. En 2015, 1.850 suspects de sympathies envers Daesh ont été incarcérés dans le royaume. Un royaume du reste en lutte féroce de légitimité avec un mouvement qui s’est donné un «calife», lequel avait qualifié en 2014 le régime saoudien de «tête du serpent», appelant déjà la population à la révolte.

Excommunication… des Saoud
Mathieu Guidère, islamologue français, le confirmait dans son livre Etat du monde arabe (De Boeck Editions): «Les salafistes djihadistes n’ont pas hésité à émettre, dans les années 2000, des fatwas appelant à l’excommunication des dirigeants saoudiens, y compris celle du Roi en personne. Après avoir ciblé les intérêts occidentaux sur le territoire saoudien, Al-Qaïda n’a pas hésité à s’en prendre directement à la monarchie, alors même que celle-ci faisait la promotion du wahhabisme dont se réclamait l’organisation de Ben Laden.»

Quant à la suspicion qui pesait sur les organisations caritatives saoudiennes, qui serviraient de relais pour acheminer du soutien à des groupes terroristes, une étude réalisée en 2007 par le professeur Jonathan Bentall, de l’University College à Londres, concluait ceci: «Le soutien direct par des associations caritatives aux activités du type Al-Qaïda a été lourdement suspecté par les autorités américaines mais rarement, sinon jamais, n’a-t-il été prouvé par des preuves tangibles».

En réalité, les Saoud ont une peur immense des djihadistes. Leur wahhabisme, leur salafisme, s’en écarte. Ecoutons Stéphane Lacroix: «Le salafisme n’est pas révolutionnaire et n’attire pas le même public que le djihadisme. Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder le parcours des terroristes des récentes attaques, qui ne fréquentaient pas les milieux salafistes».

5. Un régime soluble dans la critique?

Le régime saoudien prend conscience des excès engendrés par sa doctrine. «Les télévisions par satellites, même privées, diffusent de nombreux témoignages de parents de djihadistes saoudiens partis en Syrie qui racontent leur malheur, observe un Belge d’origine algérienne en rapports professionnels constants avec les milieux intellectuels dans le Golfe. On y nomme même les imams tenus pour responsables de l’endoctrinement des jeunes ! Et on ne se prive pas d’appeler à la réforme des programmes scolaires, qui a d’ailleurs largement commencé.»

La prise de conscience se manifeste aussi par la publication d’articles comme dans le quotidien Al Watan, où un journaliste vétéran, Qenan al-Ghamdi, fustigeait le 2 novembre dernier «la majorité des imams qui continuent tous les vendredis dans leurs prêches à lancer des accusations d’hérésie contre des groupes de musulmans parmi nous (lire: les chiites) et aussi contre les gens du Livre (lire, dans ce cas: les chrétiens)dont beaucoup travaillent chez nous; certains de ces imams sont employés et supervisés par le ministère des Affaires religieuses. Des chaînes de télévision leur offrent une tribune où ils peuvent répandre leur poison, qui atteint tous les foyers».

Certes les postures radicales contre le régime peuvent encore valoir à leurs auteurs des années de prison, des flagellations, voire pire. Mais la société saoudienne évolue, en interaction avec les moyens de communication modernes, très prisés. Une société divisée entre modernistes et conservateurs, sans doute majoritaires. «L’élite intellectuelle libérale composée de diplomates, de journalistes, d’hommes d’affaires, complète notre Belgo-Algérien, n’ose pas prendre les devants s’agissant de critiquer le wahhabisme. L’autocensure reste dominante. Mais, en privé, les critiques pleuvent! Et on se moque bien de l’establishment religieux.»

BAUDOUIN LOOS

Article publié dans Le Soir du samedi 9 janvier 2016.

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CHEMTRAILS : CROYANCE OU RÉALITÉ ?  


 

Introduction

 

Ma première confrontation à propos du sujet des Chemtrails s’est produite il y a de cela 3 ans. Sentant que la société ne tournait pas vraiment comme il le fallait, je m’étais lancé à la recherche d’informations afin d’en trouver les causes profondes. Je naviguais alors plus ou moins sereinement au milieu de la «  complosphère ».
Un jour, sur un site de « ré-information », je suis tombé sur un article alarmiste indiquant que les gouvernements et élites planétaires avaient secrètement planifié et exécutaient en ce moment même, et depuis quelques temps déjà, l’empoisonnement de la population par des épandages chimiques aériens. La principale preuve évoquée était la recrudescence et la persistance, ces dernières années, des traînées que laissaient les avions dans leurs sillages.
Étant relativement jeune au moment des faits, je n’avais pas le recul nécessaire pour pouvoir juger correctement cette affirmation. Malgré cela, j’ai fini par y croire naïvement, poussé par cette mouvance tous azimuts de « c’est forcément vrai car les élites veulent notre peau », alors que je n’avais aucunes connaissances basiques à propos de la météorologie ou la climatologie.
Je m’étais donc forgé cet avis précipitamment et j’ai embarqué cette conclusion avec moi le reste du temps, étant heureux lorsque le ciel était plus ou moins clair ou étant embêté et médisant lorsque celui-ci était parcouru ne serai-ce que par une de ces traînées blanchâtres. Pendant ce temps là, un article était publié par-ci, par-là avec toujours le même refrain : « C’est chimique ! Ils nous empoisonnent ! »

Il y à quelques mois de cela, me documentant alors sur la possibilité d’un refroidissement planétaire et voulant en savoir plus sur la théorie de l’univers électrique, je me décidai à lire le livre de Pierre Lescaudron avec la participation de Laura Knight-Jadczyk s’intitulant :

LES CHANGEMENTS TERRESTRES ET LA CONNEXION ANTHROPOCOSMIQUE

Sans parler du fait que ce livre fut passionnant à lire, il se trouvait qu’une moitié de chapitre était consacrée au phénomène des traînées de condensation. Il réfutait brièvement la théorie des chemtrails d’une façon qui paraissait si évidente que le doute s’installa définitivement en moi.
Je découvris que le sujet, contrairement à ce que je pensais, ne faisait pas l’unanimité même chez les chercheurs dits « alternatifs » et qu’une documentation conséquente (surtout en anglais) existait à ce propos. C’est ainsi que je me décidai à rassembler les connaissances basiques nécessaires afin de pouvoir creuser en profondeur la question.

N’ayant pas trouvé ou n’étant pas tombé sur un dossier fourni en français traitant de cela, je me suis dit qu’il serait intéressant de compiler et expliquer du mieux qu’il puisse l’être le cheminement qui m’a amené à comprendre la formation des traînées de condensation et à considérer finalement la théorie des chemtrails, si ce n’est fausse, tout au plus très incertaine.

Je rajoute finalement qu’il n’est pas question d’imposer mon point de vue sur la question. Toute intervention constructive étant bien évidement la bienvenue.

II Les traînées de condensation, un phénomène récent ?
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