Etre un Mensch ou un collabo du plan Dalet?


 

En Hommage à Hajo Meyer [1]

 

C’est un bien beau mot yiddish que Mensch!

Dans la communauté juive, il désigne un être humain de valeur, quelqu’un de bien, une personne d’honneur.

J’ai la chance d’en connaître plusieurs qui m’ont donné leur amitié.

Ils et elles ont toujours été antiracistes, se sont opposés à la dictature franquiste, ont soutenu les Vietnamiens, dénoncé le colonialisme belge, appuyé les luttes de libération d’Algérie, d’Afrique du Sud et d’Amérique latine, manifesté pour les Sahraouis, les Kurdes, les Roms, les Amérindiens, les réfugiés d’Afrique et d’Afghanistan… Bref, ils n’ont jamais cessé de défendre les droits des humains, ici et ailleurs.

 

Certains parmi les plus anciens vont régulièrement rencontrer les enfants dans les écoles pour témoigner de l’abjection du nazisme qui a conduit à l’indicible horreur d’Auschwitz.

Et tous, jeunes et vieux, manifestent aujourd’hui contre les crimes du régime de Netanyahu et s’opposent à ceux qui, dans ce pays, prétendent parler au nom de la communauté juive alors qu’ils ne sont que des propagandistes d’un régime criminel.

 

Le mot hébreu Dalet a, lui, une signification bien moins honorable.

Pour ceux et celles qui l’ignoreraient encore, le plan militaire appelé Dalet a été mis au point en 1947 par les leaders du mouvement sioniste et déclenché avant même la création de l’Etat d’Israël.

Son but était simple : "désarabiser" le futur pays!

 

Comme le déclarait alors Ben Gourion, le fondateur de l’Etat : "Le nettoyage de la

    Palestine demeure l’objectif premier du plan Dalet!" [2]

 

Au début, ce fut un réel succès : quelques 750.000 Palestiniens furent expulsés de leurs maisons ou prirent la fuite, on massacra ceux qui osaient résister – la tuerie de Deir Yassin est restée "célèbre" – et près de 400 villages furent rasés. [3]

Mais quand les bombardements cessèrent, Ben Gourion et ses acolytes durent bien constater que tous les Palestiniens n’avaient pas fui!

Il en restait 160.000 sur le territoire du nouvel Etat.

Ils constituent aujourd’hui plus de 20% de la population israélienne, considérés comme des citoyens de seconde zone et soumis aux lois d’apartheid du régime sioniste.

 

De plus, si le nouveau maître avait contraint une bonne partie des "indigènes" à l’exil au Liban, en Jordanie et en Syrie, il en restait encore beaucoup aux abords du territoire conquis.

Ceux de Cisjordanie se retrouveront plus tard derrière le fameux mur et les autres emprisonnés dans le lopin de terre de Gaza (± 480.000 réfugiés)… ou, comme les Bédouins, parqués dans les "townships" du Negev. [4]

 

L’ambition des colonisateurs, Européens pour la quasi totalité, de créer un état sioniste s’étendant, au minimum, du Golan au golfe d’Akaba et du Jourdain à la mer Méditerranée était donc loin d’être atteint. [5]

De plus, la reconnaissance du nouvel Etat par l’ONU, entraînait, paradoxalement, un problème pour le développement du plan.

En effet, aux yeux de la communauté internationale, Israël se devait d’avoir l’apparence d’une démocratie, de montrer un profil de régime respectable.

Plus question de continuer la "désarabisation" au grand jour.

Il fallait changer de stratégie.

C’est ainsi que depuis soixante ans, Israël applique l’expansion territoriale "par paliers".

Chaque annexion ou occupation de terres est justifiée par des nécessités de sécurité [6] ou l’exigence de riposte à une agression.

 

Une fois le territoire conquis, une campagne de propagande est lancée proclamant tous azimuts la volonté de paix d’Israël.

Des négociations sont ensuite organisées (Camp David, Oslo, Annapolis, Le Caire…)… et tirées en longueur jusqu’à la rupture sous un des prétextes habituels.

Israël est passé maître dans cette stratégie visant à "stabiliser" la conquête pendant d’interminables pourparlers, et rendre ainsi l’occupation irréversible : l’expansion des colonies en Cisjordanie pendant les négociations est un exemple éclairant.

 

L’Histoire est constellée de ces agissements démontrant que, loin d’aspirer à la paix, le régime sioniste n’a jamais cherché qu’à affaiblir les habitants de cette terre, à les humilier, les réprimer, les expulser… ou à les massacrer comme à Kafr Kassem en 1956. [7]

Blocus de Gaza depuis huit ans, érection d’un mur de plus de 700 kms, création de centaines de check-points en Cisjordanie, arrestations arbitraires, lois d’apartheid, emprisonnements d’élus politiques, destructions de maisons et de champs d’oliviers, torture d’enfants [8] , vol de l’eau… etc, etc.

Les preuves sont, hélas, innombrables.

 

Le dernier avatar de "Dalet" est "Barrière de Protection".

Le déclenchement de cette opération est essentiellement motivé par le danger que représente pour les colonisateurs la décision de réunification du Hamas et du Fatah… Mais, comme toujours, Israël a une bonne justification pour les medias.

Cette fois, c’est l’assassinat de trois jeunes colons et les roquettes lancées sur les colonies proches de Gaza… Ashdod, Ashkelon et Sderot notamment.

La plupart des medias "mainstream" passent bien entendu sous silence que ces roquettes répondent aux exactions de l’occupant (blocus humiliant, bombardements ciblés, agressions des pêcheurs, interdiction de cultiver, etc)…Et qu’elles sont, notamment, envoyées par les Palestiniens originaires de la région.

Chassés par les conquérants européens en 1948, ils se sont retrouvés – avec la clef de leur maison pour seul souvenir – dans les camps de refugiés de Jabalia ou Khan Younis. [9]

Ces villes et villages qu’ils bombardent aujourd’hui étaient les leurs!

Ils s’appelaient Asdud (Ashdod), Najd (Sderot), Asqalan (Ashkelon),… etc. [10]

 

Le plan Dalet était passé par là… sans parvenir à éradiquer la mémoire !

 

Parfois, le régime sioniste fait des "erreurs stratégiques" comme en 1987 quand, pour affaiblir le Fatah, il a soutenu la création du Hamas, ou en 2006 quand, en compagnie des USA, il collabora à la tentative de coup d’état menée par Mohammad Dahlan pour renverser la gouvernement de Gaza, légitimement élu. [11]

 

En 2014, le plan Dalet [12] est toujours opérationnel.

Il n’a, en réalité jamais cessé d’être au coeur de la politique israélienne.

Affirmer cela tient du fantasme? C’est une vision simpliste? Tendancieuse?

 

Il suffit pourtant de regarder les cartes montrant les expansions territoriales année après année – celle de 2005 est déjà largement obsolète – pour constater que ce projet raciste n’a jamais été enterré.

 

 

Depuis plus de soixante ans, de conquête en conquête, d’annexion en occupation, de massacres organisés ou commandités (Sabra et Chatila), de meurtres ciblés (Naïm Khader… et tant d’autres),  de propositions de paix truquées, de refus de respecter le droit international et les ordonnances de l’ONU ou du Tribunal de La Haye, au rejet de propositions de paix [13], les colonisateurs ont méthodiquement continué d’appliquer le plan de "désarabisation".

 

Cyniquement, avec le soutien des USA et la complicité de la plupart des pays européens, la plus grande puissance militaire du Moyen-Orient a aujourd’hui mis la main sur la quasi totalité de la "terre sainte" et mène en ce moment une action génocidaire contre le peuple palestinien de Gaza.

Ce qui ne l’empêche pas, pendant ce temps, de continuer à harceler les Palestiniens de Cisjordanie et de fermer les yeux sur les ratonnades fomentées, en Israël, par des milices sionistes fanatiques. [14]

 

Au moment où j’écris ces lignes, "Dalet" fait une pause et une fragile trêve s’est installée après la boucherie des dernières semaines. Ce moment de calme permettra au moins d’enterrer les quelques 2.140 morts Palestiniens (71% de civils, dont 555 enfants suivant le décompte de l’UNICEF!) et de soigner les milliers blessés laissés par "l’armée la plus morale du monde". [15]

Cette trêve permettra aussi de faire le deuil des 17 victimes (dont deux enfants) de Cisjordanie, abattues durant la même période dans les rues de Jérusalem ou d’Hébron par les "snipers" israéliens et de soigner les 2.139 blessés. [16]

 

Et Netanyahu continue de proclamer "Nous ne faisons que nous défendre!"

Il est vrai que pour le colonialiste, l’Histoire ne commence pas au moment où il envahit, massacre et expulse mais toujours au moment où l’opprimé se révolte et l’agresse, tout comme le violeur pour qui l’histoire ne commence pas au moment du viol mais quand sa victime le gifle.

C’est ainsi que les tartuffes sionistes font commencer l’horreur au moment où les roquettes s’abattent sur  leurs villes et villages… Pas au début du crime de colonisation.

 

La Cisjordanie est pratiquement annexée, les habitants n’ont plus que des frondes pour se défendre.

Seule la bande de Gaza se bat encore les armes à la main.

Encore un effort, messieurs les colonialistes, l’apothéose du plan Dalet approche.

 

Encore quelques massacres pour atteindre votre objectif : l’éradication d’un peuple et l’asservissement des survivants!

… Et l’extrême-droite sioniste des pays occidentaux pourra jubiler!

 

Alors, les "Menschs" que je connais hausseront les épaules.

Ils savent depuis longtemps que ces compatriotes qui prétendent parler en leur nom, sont des manipulateurs au service d’une idéologie fasciste! [17]

Ces "Menschs" dénoncent journellement ces agents de la "Hasbara" [18] qui avancent masqués et font croire à des citoyens crédules que des hordes de manifestants islamistes envahissent nos rues en hurlant "Mort aux Juifs" et que des pogroms (émeute avec pillage et meurtres!) ont même été fomentés à Bruxelles et à Paris durant l’opération "Barrière de Protection". [19]

 

Les "Menschs" sont insensibles au bourrage de crâne politique et ne font pas d’amalgame entre leur appartenance à la communauté juive et le régime de Netanyahu.

Ainsi, ils n’acceptent pas qu’un général israélien vienne, avec la collaboration de rabbins, faire du recrutement dans les synagogues. Ils se demandent d’ailleurs pourquoi le gouvernement ferme les yeux sur cette tentative d’embrigadement, alors qu’il met en prison ceux qui recrutent pour d’autres causes.

Ils ne sont pas les ennemis d’Israël, non!

Ils sont seulement pour un Israël "désionisé" dans lequel un citoyen est égal à un autre citoyen et ils refusent un régime dans lequel les Palestiniens sont considérés comme "des bêtes qui marchent sur deux jambes." [20]

 

Hajo Meyer qui vient de nous quitter affirmait : “Les Israéliens essayent de déshumaniser les Palestiniens, exactement comme les Nazis ont tenté de me déshumaniser. Personne ne devrait déshumaniser l’autre et ceux qui essayent de déshumaniser l’autre ne sont pas humains" [21]

Il fait partie de ces "Menschs" qui sont l’honneur de leur communauté.

 

Mais, pas d’angélisme! Ils ne sont pas plus "pro-Hamas" que "pro-Fatah" et conservent leur esprit critique devant les dérives politiciennes de certains responsables.

Ils agissent seulement pour que justice soit rendue aux Palestiniens, pour que le Droit international soit appliqué et que les criminels de guerre soient jugés.

 

Ils refusent aussi de se faire manipuler par les medias qui parlent d’un conflit entre deux forces alors qu’il s’agit de la résistance d’un peuple contre une armée d’envahisseurs, ces medias qui omettent généralement de citer la "Résolution 37/43" de l’ONU qui "Réaffirme la légitimité de la lutte des peuples pour leur indépendance, leur intégrité territoriale et leur unité nationale et pour se libérer de la domination coloniale et étrangère et de l’occupation étrangère par tous les moyens à leur disposition, y compris la lutte armée."

Pour les "Menschs", cette résolution est un préalable à toute analyse des événements, à Gaza, Cisjordanie et en Israël même.

 

Parfois, certains d’entre eux s’énervent un peu contre ce qu’ils appellent les progressistes "mous" qui militent pour qu’Israéliens et Palestiniens vivent en paix, parlent de "concessions indispensables" mais restent évasifs sur la justice. Ils critiquent le régime sioniste mais ne s’opposent pas clairement à lui, fermant souvent les yeux sur son orientation fascisante et continuant de propager le mythe du "lien ethnique avec cette terre".

 

Les "Menschs" pensent surtout qu’il est plus qu’urgent de juger les crimes contre l’humanité perpétrés par les Netanyahu, Lieberman et autres fanatiques d’extrême droite… Et espèrent que de plus en plus de membres de leur communauté viendront grossir leurs rangs, derrière la bannière "Pas en notre nom!"

 

Alors, concitoyens de culture ou de religion juive, Mensch ou collabos silencieux du plan Dalet?

Rudi Barnet

(28/8/2014)

 

 

[1] Mensch survivant d’Auschwitz, anti-colonialiste et anti-sioniste, décédé en août 2014 (Info-Palestine)

[2] Journal de Ben Gourion, repris par Ilan Pappe dans "Le Nettoyage Ethnique de la Palestine, P.174)

[3] "Le Nettoyage Ethnique de la Palestine" de Ilan Pappe (Fayard, 2006)

[4] Voir  Liste des camps de réfugiés : http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_camps_de_réfugiés_palestiniens

[5] Walid Khalidi, "Plan Dalet: The Zionist Master Plan for the conquest of Palestine"

[6] Le "Mur de Séparation" de plus de 700 km annexe 9,4% de la Cisjordanie selon l’ONU (OCHA)

[7] Sur ce massacre, voir "Kafr Kassem" le film de Borhane Alaouié (1073)

[8] Rapport 2012 "Children  in Military Custody" du Foreign & Commonwealth Office

[9] Consulter le site web de l’UNWRA, l’organisme d’aide aux réfugiés de l’ONU (www.unrwa.org)

[10] Fadwa Nassar :" Faire déguerpir les colons et vider les colonies" (Assawra du 22/8/2014)

[11] Plan d’action initié par Me Condoleeza Rice, représentante des USA. Dahlan (alors chef des services de

sécurité du Fatah, exclu de l’organisation depuis) assura, en Egypte, la formation de 4700 hommes qui

échouèrent dans la tentative de prendre le pouvoir à Gaza.

[12] Voir wikipedia.org/wiki/Plan_Daleth

[13] En 2002, la Ligue des Etats arabes a proposé la paix au nom des 22 pays arabes et la création de deux

Etats sur base de la frontière de 1967… Pas de réaction d’Israël à cette proposition.

[14] Pour mémoire : Mohammad Abou Khdeir, 16 ans, enlevé et "incendié"à Jérusalem début juillet 2014

[15] Voir les chiffres de Ziad Medoukh dans "La Feuille de Chou" (http://la-feuille-de-chou.fr/archives/70690)

[16] Chiffres publiés par Haaretz et diffusés par "EuroPalestine" (www.europalestine.com/spip.php?article9831)

[17] Dénonciation de Albert Einstein et Hanna Arendt dans le “New York Times“ du 2/12/1948

[18] Ministère de la Propagande d’Israël

[19] Déclaration (12/8/2014) de Mr Bruno Wajskop à la RTBF

(www.rtbf.be/info/belgique/detail_conflit-a-gaza-a-bruxelles-des-juifs-ont-peur?id=8329020)

[20] Menahem Begin, premier ministre, dans un discours à la Knesset en 1982

[21] Déclaration de Hajo Meyer comme témoin au tribunal de Edimbourg en 2010

 

Agenda Caché israélien


 

 

 

                                                                                                                                  Philippe Grell

 

 

Quand on étudie objectivement l’histoire de ces deux peuples sémites-cousins, qui s’entretuent sans vergogne depuis tant d’années sans arriver à la conclusion d’une paix durable et honorable frôlée à plusieurs reprises, on ne peut que conclure à l’existence d’un agenda caché dans la kippa d’une majorité de membres de gouvernements israéliens successifs qui décide de la politique à mener malgré une opposition non négligeable tant dans certains partis que dans la population.

Cette majorité rêve depuis toujours de reconstituer et d’occuper les lieux saints bibliques dans leur entièreté, pour en faire leur pays par tous les moyens et considère cela comme une haute mission divine qui n’admet aucune discussion (la "Terre promise où coule le lait et le miel").

La reconquête des territoires saints du "peuple élu" n’a en fait jamais cessé depuis 1947, que ce soit par l’écrasement militaire des Palestiniens qui occupaient ces terres paisiblement depuis longtemps (le David palestinien contre le Goliath israélien – oui, les rôles se sont inversés !) ou par la création sournoise de colonies de peuplement (comme les Chinois au Tibet ou au Xinjiang ou encore comme Staline l’a fait du temps de l’URSS) fractionnant le territoire homogène initial en de multiples îlots de manière à ce qu’on ne puisse plus jamais constituer une entité territoriale continue.

Militairement, le rapport des forces est depuis longtemps totalement déséquilibré. Encore aujourd’hui, avec l’opération dénommée pudiquement "bordure protectrice", on annonce aujourd’hui et ce n’est pas fini, 1100 morts palestiniennes pour 53 israéliennes, soit un facteur 20 par calcul cynique car il s’agit de vies humaines, n’est-ce pas ("Tu ne tueras pas"). Quant à la conquête par colonies de peuplement, combien de fois Israël n’a-t’ il pas mangé sa parole pour gagner du temps sans changer de politique ?

Anouar el-Sadate s’est fait assassiné parce qu’il voulait la paix. Itzhak Rabin aussi, pour la même raison. Et il n’y aurait pas d’agenda caché ? Pour les faucons au pouvoir, il ne peut y avoir de paix que quand tout le territoire du "Grand Israël" sera reconquis ! Et nous restons les bras croisés, nous laissons faire ce carnage !

Cette calamité nous en sommes tous responsables, que nous le voulions ou non. Quand après la Shoah, Israël s’est cherché légitimement une terre, il n’y a pas eu, ni de la part des leaders israéliens, ni de celle de la communauté internationale surtout, de véritable négociation avec les habitants de la Palestine, nettement plus pauvres, moins développés, aux moyens très limités. On s’y est mal pris. On a cru pouvoir faire faire n’importe quoi impunément. On les a spoliés de leurs terres, privés de leurs propriétés, enfermés dans des camps, etc. Quelle est alors la réaction à fleur de peau de ce genre de population si ce n’est la vengeance, le courage de reconquérir et de jeter l’envahisseur dehors au péril de sa vie. Cela a été notre réaction en 1914 et en 1940 et nous allons en célébrer fièrement l’anniversaire un de ces jours !

Sous prétexte de sécurité et de légitime défense (53 contre 1100), le puissant Israël appuyé par les puissants États-Unis d’Amérique, n’ont jamais réussi en 66 ans à désamorcer la bombe qu’ils ont eux-mêmes créée. Ils n’ont jamais initié de véritables négociations de paix menant à la création de deux états indépendants selon les recommandations de l’ONU, vivant côte à côte, ayant des niveaux de vie semblables et respectant les convictions des uns et des autres. Il ne peut dès lors n’y avoir qu’un agenda caché soutenu par les lobbies israéliens aux États-Unis !

C’est pourquoi, en Europe, bien qu’infiniment reconnaissants aux États-Unis, nous devrions avoir la volonté politique de prendre nos distances en nous détachant de cette politique américaine de défense d’Israël à tout prix. Car nous nous rendons complices d’une énorme injustice.

 

 

 

Interview de JP Filiu sur Mediapart


"Vous êtes en effet très alarmiste sur la dynamique djihadiste et le risque terroriste. Pourquoi ?"JP Filiu: "Je suis très inquiet car, depuis un quart de siècle que je travaille sur ce phénomène, je n’ai jamais vu cela. La densité de la mobilisation djihadiste, son inscription dans l’espace et dans la durée est sans précédent. Baghdadi, du fait de son trésor de guerre de plus d’un milliard de dollars, a de quoi perpétrer aujourd’hui l’équivalent de mille attentats du « 11 Septembre ». Les djihadistes sont capables, comme organisation totalitaire, d’affecter une partie de leurs ressources à un projet à long terme, et donc au recrutement, à la planification, voire à l’implantation de cellules dormantes.
Il y a bien sûr la propagande sur Internet qui est largement amplifiée par les médias occidentaux. À cet égard, le martyre de James Foley était absolument prévisible, il avait été précisément kidnappé pour être sacrifié dans des circonstances comme celles d’aujourd’hui, avec un impact médiatique aggravé par la barbarie de cet assassinat. Il faut aussi à cet égard rendre hommage aux autorités françaises qui ont œuvré inlassablement pour ne laisser aucun compatriote aux mains de l’État islamique.
La recrue étrangère chez Baghdadi doit, sous peine de sanctions, recruter elle-même trois ou cinq personnes. Donc cette personne envoie des messages sur les réseaux sociaux pour vanter son expérience et inviter à la rejoindre. C’est pourquoi la progression du recrutement djihadiste est exponentielle. On observe d’ailleurs maintenant une émigration familiale avec des femmes qui font des genres de « guide du routard », bourrés d’indications pratiques, pour familles djihadistes.
L’autre force de cette propagande, c’est son insistance sur la notion de butin, ghanima. C’est quelque chose qui parle beaucoup aux voyous ici et ailleurs. Si c’est pour le djihad tu peux braquer, tu peux faire une escroquerie à la carte de crédit, aux prêts à la consommation, etc. Sur place, on leur propose de se « payer sur la bête », par exemple lors des expulsions de chrétiens ou lors des liquidations « pour l’exemple ».
L’appât du butin est un puissant incitatif à l’embrigadement djihadiste. Ma pire crainte est que ces « volontaires » occidentaux, mal formés militairement, ne servent pas à grand-chose sur place aux commandos djihadistes. Ils vont donc en renvoyer un certain nombre en Europe pour perpétrer des actes terroristes, sur le modèle de Mehdi Nemmouche et de la tuerie du Musée juif de Bruxelles. Ils savent bien qu’en Europe le climat est dégradé et xénophobe, avec un risque réel d’escalade raciste en cas d’attentat communautaire. Le projet de Baghdadi est de prendre en otages les musulmans en Europe comme il l’a fait en Irak et en Syrie."
Itw parue dans Mediapart

Fils de la Mort


Israël a-t-il sciemment brisé le cessez-le-feu? C’est la thèse du pacifiste israélien vétéran Uri Avnery.

 

LA GUERRE était finie. Les familles retournaient à leurs kibboutz près de Gaza. Les jardins d’enfants rouvraient. Un cessez-le-feu était instauré et de nouveau encore prolongé. De toute évidence, les deux parties étaient épuisées.
Et alors, tout d’un coup, la guerre a repris.
Que s’est-il passé ? Eh bien, le Hamas a lancé des roquettes sur Beersheba en plein cessez-le-feu.
Pourquoi ? Sans raison. Vous savez comment sont les terroristes. Avides de sang. Ils ne peuvent s’en empêcher. Tout comme les scorpions.
Mais ce n’est pas si simple.

LES ENTRETIENS DU CAIRE étaient sur le point d’aboutir, du moins le semblait-il. Mais Benjamin Nétanyahou avait des soucis. Il avait caché le projet d’accord égyptien pour un long cessez-le-feu même à ses collègues du gouvernement. Ils ne l’ont appris que par les médias qui l’ont révélé à partir de sources palestiniennes.
Apparemment, le projet disait que le blocus serait considérablement allégé sinon officiellement levé. Des pourparlers au sujet d’un port et d’un aéroport devaient débuter au cours du mois à venir.
Quoi ? Qu’obtenait Israël en contrepartie ? Après tous ces tirs et ces tueries, avec 64 soldats israéliens tués, après tous les discours grandiloquents sur notre victoire retentissante, était-ce là tout le résultat ? Pas étonnant que Nétanyahou ait tenté de cacher le document.
La délégation israélienne reçut l’ordre de rentrer sans signer. Les médiateurs égyptiens exaspérés obtinrent une nouvelle prolongation du cessez-le-feu de 24 heures. Elle devait expirer à minuit mardi, mais tout le monde de part et d’autre s’attendait à le voir être encore prolongé. Et alors c’est arrivé.
Aux alentours de 16 heures, trois roquettes furent tirées sur Beersheba et tombèrent dans des zones inhabitées. Pas de sirènes d’alarme. De façon assez curieuse, le Hamas nia les avoir lancées, et aucune autre organisation palestinienne n’en revendiqua la responsabilité. C’était bizarre. Après chaque lancement précédent depuis Gaza, il se trouvait toujours une organisation palestinienne fière de le revendiquer.
Comme d’habitude, les avions israéliens ripostèrent promptement en bombardant des immeubles dans la bande de Gaza. Comme d’habitude, des roquettes se mirent à pleuvoir sur Israël. (J’ai entendu les interceptions à Tel Aviv).

COMME D’HABITUDE ? Pas tout à fait.
D’abord on a su qu’une heure avant l’arrivée des roquettes, la population israélienne proche de Gaza avait été prévenue par l’armée d’avoir à préparer abris et “espaces de sécurité”.
Ensuite il apparut que le premier immeuble de Gaza frappé appartenait à la famille d’un chef militaire du Hamas. Trois personnes furent tuées dont un bébé et sa mère.
Et puis la nouvelle s’est répandue : il s’agissait de la famille de Mohammed Deif, le chef des Brigades Izz al-Din al-Qassam, la branche militaire du Hamas. (Qassam était un héros palestinien, le premier à s’être rebellé contre le pouvoir britannique en Palestine dans les années 30. Il fut pourchassé et tué par les Britanniques.) Parmi les tués de ce mardi il y avait sa femme et son bébé. Mais il semble que Deif lui-même n’était pas là.
Cela n’est pas en soi une surprise. Deif a survécu à au moins quatre tentatives d’assassinat. Il a perdu un oeil et plusieurs membres mais en est toujours sorti vivant.
Tout autour de lui, ses chefs successifs, des dizaines de ses pairs et subordonnés politiques et militaires ont été assassinés au fil des années. Mais lui a été béni des dieux.
Maintenant, militant palestinien le plus recherché et traqué, il figure en tête de la liste noire israélienne. Il est le “Fils de la Mort” N° 1, une formule quelque peu biblique utilisée en Israël pour qualifier ceux qui doivent être assassinés.
Comme la plupart des habitants de la bande de Gaza, Deif est un enfant de réfugiés d’Israël. Sa famille vient du village de Kawkaba, maintenant en Israël. Je l’ai traversé en 1948, avant qu’il ne soit complètement rasé.
Pour le Service de Sécurité israélien, il représente un enjeu qui vaut bien de rompre le cessez-le-feu et de relancer la guerre.

POUR BEAUCOUP de services de sécurité dans le monde, dont l’américain et le russe, l’assassinat est un sport et un art.
Israël revendique la médaille d’or.
Un assassinat est une opération complexe. Elle exige beaucoup de temps, d’expertise, de patience et de chance. Les exécutants doivent recruter des informateurs proches de la victime, poser des appareils électroniques, obtenir des informations précises sur tous ses mouvements, mettre à exécution leur projet en quelques minutes dès que l’occasion se présente.
C’est la raison pour laquelle on n’a pas le temps d’obtenir une confirmation de l’échelon supérieur. Peut-être le Service de Sécurité (couramment appelé Shin Bet) a-t-il obtenu la permission de Nétanyahou, son unique chef politique, peut-être pas.
Il étaient évidemment informé que Deif rendait visite à sa famille. C’était une occasion en or. Depuis des mois, même des années, Deif menait une vie souterraine, au sens littéral – quelque part dans le labyrinthe de tunnels que ses hommes avaient creusés sous la Bande. On ne l’apercevait jamais.
Depuis le début de cette guerre, tous les autres chefs importants du Hamas vivaient également sous terre. D’Ismaïl Haniyeh aux niveaux en-dessous, aucun n’a été vu. La maîtrise totale de l’air par les avions et les drones israéliens impose ces précautions. Le Hamas ne dispose pas d’armes anti-aériennes.
Il me semble hautement improbable que Deif mettrait sa vie en danger en rendant visite à sa famille. Mais le Shin Bet a de toute évidence obtenu un tuyau et y a cru. Les trois roquettes bizarres tirées sur Beersheba fournissaient le prétexte pour rompre le cessez-le-feu, et c’est ainsi que la guerre a repris.
Les vrais aficionados de l’art de l’assassinat ne se préoccupent pas beaucoup des conséquences politiques ou militaires de leurs actes. C’est “L’art pour l’art”.
À propos, la dernière guerre de Gaza, il y a deux ans, avait débuté de la même façon. L’armée israélienne avait assassiné le chef de-facto d’al-Qassam, Ahmed Jaabari. La guerre qui s’ensuivit avec ses centaines de morts ne fut qu’un dommage collatéral.
Jaabari était à l’époque le suppléant de Deif qui était en convalescence au Caire.

TOUT CELA est, bien sûr, beaucoup trop compliqué pour des diplomates américains ou européens. Ils aiment les histoires simples.
La Maison Blanche a immédiatement réagi à la reprise des hostilités en condamnant le lancement de roquettes par le Hamas et en réaffirmant qu’“Israël a le droit de se défendre”? Les médias occidentaux l’ont répété comme des perroquets.
Pour Nétanyahou, qu’il ait été prévenu de la tentative d’assassinat ou non, c’était une issue à un dilemme. Il se trouvait dans la situation fâcheuse de beaucoup de dirigeants dans l’Histoire qui déclenchent une guerre et ne savent plus comment en sortir.
Dans une guerre, un chef prononce des discours grandiloquents, promet la victoire et des résultats merveilleux. Il est rare que ces promesses se réalisent. (Si elles se réalisent, comme à Versailles en 1919, cela peut être encore pire.)
Nétanyahou est un homme doué en marketing, à défaut d’autre chose. Il a beaucoup promis et les gens l’ont cru et l’ont approuvé à 77%. Le projet de cessez-le-feu permanent proposé par les Égyptiens, bien que manifestement en faveur d’Israël, était loin de représenter une victoire pour Israël. Il confirmait seulement que la guerre se concluait sur un match nul. Le propre gouvernement de Nétanyahou y était opposé, l’opinion publique y répugnait manifestement. La reprise de la guerre le tira d’embarras.
Mais que faire maintenant?

LE BOMBARDEMENT de la population de Gaza suscite de plus en plus de critiques de la part de l’opinion publique mondiale. Il a aussi perdu son attrait en Israël. La maxime “bombardons les jusqu’à ce qu’ils cessent de nous haïr” ne fonctionne visiblement pas.
La solution alternative est d’entrer dans la bande de Gaza et de l’occuper complètement, de sorte que même Deif et ses hommes soient obligés de monter à la surface pour être assassinés. Mais c’est une proposition dangereuse.
Lorsque j’étais soldat au cours de la guerre de 1948, on nous avait appris à ne jamais nous mettre dans une situation qui ne laisse aucune échappatoire à l’ennemi. Dans un tel cas il se battra jusqu’au bout, provoquant de nombreuses pertes.
Il n’est pas possible de sortir de la bande de Gaza. Si l’armée israélienne est envoyée conquérir toute la Bande, les combats seront féroces, causant des morts et des blessés par centaines chez les Israéliens et par milliers chez les Palestiniens, et des destructions incalculables. Le Premier ministre sera l’une des victimes politiques.
Nétanyahou en est pleinement conscient. Il ne le veut pas. Mais que peut-il faire d’autre ? On peut presque plaindre l’homme.
Il peut bien sûr donner l’ordre à l’armée d’occuper seulement des parties de la Bande, un village ici, une ville là. Mais cela aussi répandra mort et destruction, sans gain manifeste. Au bout du compte, le mécontentement du public sera le même.
Le Hamas a menacé cette semaine d’ouvrir “les portes de l’enfer” pour nous. Cela n’affecte guère les habitants de Tel Aviv, mais pour les villages et les villes proches de Gaza c’est réellement l’enfer. Les morts et les blessés sont peu nombreux mais la peur est dévastatrice. Les familles avec enfants s’en vont en masse. Lorsque le calme revient, elles essaient de revenir chez elles mais ensuite les nouvelles roquettes les poussent à repartir.
Leur situation critique suscite une réaction émotionnelle forte dans l’ensemble du pays. Aucun politique ne peut l’ignorer. Le Premier ministre moins que tout autre. Il lui faut mettre fin à la guerre. Il lui faut aussi afficher clairement une image de victoire. Mais comment l’obtenir ?
Le dictateur égyptien tente d’apporter son aide. Barack Obama aussi, bien qu’il soit furieux contre Nétanyahou et qu’il ne puisse pas le blairer. Mahmoud Abbas aussi, lui qui craint une victoire du Hamas.
Mais pour le moment, l’homme de la décision finale est le Fils de la Mort, Mohammed Deif, s’il est bien vivant. Sinon, son successeur.
S’il est en vie, l’assassinat de sa femme et de son fils peut ne pas l’avoir rendu plus doux et plus pacifique.

[Article écrit en hébreu et en anglais, publié sur le site de Gush Shalom le 23 août 2014 – Traduit de l'anglais “Son of Death” : FL/SW]

L’Etat islamique vu par Vice : commentaire d’un reportage inédit


Camille Polloni | Journaliste Rue89

Cet été, le site américain Vice a diffusé un reportage viral au cœur du groupe terroriste de l’Etat islamique en Syrie. Nous avons demandé à David Thomson, journaliste spécialiste des djihadistes, de l’analyser.

Le site américain Vice est connu pour ses vidéos-choc dans les endroits les plus dangereux du monde. Cet été, le site a diffusé un reportage découpé en cinq épisodes de dix minutes chacun, au cœur de l’Etat islamique en Syrie.

Le reporter de Vice, Medyan Dairieh (DR)

Réalisé par Medyan Dairieh, un journaliste palestinien habitué aux terrains difficiles, le film connaît une grande notoriété dans le monde entier. Le visionner met assez mal à l’aise.

D’un côté, il représente un véritable exploit, en filmant au plus près du groupe terroriste le plus terrifiant du moment – et qui vient de décapiter le journaliste américain James Foley. De l’autre, l’absence de distance entre l’auteur et son sujet fait débat. Il faut dire que pour pouvoir tourner à Racca, il a dû accepter d’être cornaqué en permanence par des combattants de l’Etat islamique, sans réelle liberté de mouvement.

Le journaliste David Thomson (DR)

Nous avons montré l’intégralité du reportage au journaliste David Thomson, à la fois pour recueillir ses impressions sur le discours véhiculé par Vice et ses réflexions sur la progression de l’Etat islamique en Syrie et en Irak.

Reporter à RFI, il a écrit un livre sur les djihadistes français qui partent en Syrie (« Les Français jihadistes », mars 2014, éd. Les Arènes). Quand il travaillait en Tunisie, entre 2011 et 2013, il a aussi réalisé un documentaire sur le groupe salafiste Ansar Al Charia.

Son parti-pris est assez proche de celui de Vice : lorsqu’il parle des djihadistes, il n’émet pas de jugement mais s’astreint à un traitement très factuel. Grâce à cette attitude, il a développé des relations privilégiées avec des combattants habituellement réticents à recevoir la presse. Comme pour d’autres sujets, la confiance joue à plein :

« Quand ils savent qu’il y aura un traitement objectif, qui ne colporte pas de rumeurs, qui tient compte des gens et de leurs codes, ils acceptent. Pour Ansar Al Charia, le pacte de départ était que je ne prenais contact qu’avec eux. Je n’ai pas de contact avec des sources policières ni judiciaires, je ne collabore pas avec les autorités. »

Chacun des cinq épisodes est disponible en intégralité ici.

The Guardian: La Cour de La Haye sous pression occidentale pour ne pas ouvrir d’enquête sur les crimes de guerre à Gaza


Julian Borger – The Guardian – 18 août 2014L’éventualité d’une enquête de la CPI sur les actions tant des FDI que du Hamas à Gaza est devenue le champ d’une bataille politique à hauts risques.169-fatou-bensouda-a-audience-bosco-26-mars-2013

La Cour pénale internationale a constamment évité d’ouvrir une enquête sur les présumés crimes de guerre à Gaza suite aux pressions occidentales, américaines et autres, affirment d’anciens fonctionnaires de justice et des avocats.

Ces derniers jours, l’éventualité d’une enquête de la CPI sur les actions tant des Forces de défense israéliennes que du Hamas à Gaza est devenue le champ d’une bataille politique à hauts risques et une question clé dans la négociation pour un cessez-le-feu lors des entretiens au Caire. Mais la question de savoir si la CPI pouvait, ou devait, ouvrir une enquête a aussi divisé la Cour de La Haye elle-même.

Une enquête de la CPI pourrait avoir un impact considérable. Il ne s’agirait pas seulement d’examiner les présumés crimes de guerre commis par l’armée israélienne, le Hamas et d’autres militants islamistes au cours des récents combats à Gaza qui ont fait environ 2000 morts, dont des femmes et des enfants. Il s’agirait aussi d’aborder la question des colonies israéliennes dans les territoires palestiniens, et pour lesquelles la direction israélienne serait tenue responsable.

La charte fondatrice de la CPI, le Statut de Rome de 1998 (http://www.icc-cpi.int/nr/rdonlyres/6a7e88c1-8a44-42f2-896f-d68bb3b2d54f/0/rome_statute_french.pdf), définit comme crime de guerre « le transfert, direct ou indirect, par une puissance occupante d’une partie de sa population civile, dans le territoire qu’elle occupe » (article 8.2.a.viii).

Est également en jeu l’avenir de la CPI elle-même, une expérience de justice internationale qui occupe une position fragile, sans aucune superpuissance pour la soutenir. La Russie, la Chine et l’Inde ont refusé d’y adhérer. Les États-Unis et Israël ont signé le Statut en 2000 mais ont retiré leur signature par la suite.

Certains avocats internationaux affirment qu’en essayant de se dérober à une enquête, la CPI ne se porte pas à la hauteur des idéaux exprimés dans le Statut de Rome, selon lesquels « les crimes les plus graves qui touchent la communauté internationale ne sauraient rester impunis. » (préambule)

John Dugard, professeur de droit international à l’université de Leiden, aux Pays-Bas, et depuis longtemps critique du bilan d’Israël en matière de droits de l’homme, a dit : « Je pense que la procureure pourrait facilement faire valoir son autorité. La loi est un choix. Il y a confrontation d’arguments juridiques, mais elle devrait se pencher sur le préambule du statut de la CPI qui stipule que l’objet de la Cour est de lutter contre l’impunité ».

Dans un échange de lettres au cours des derniers jours, les avocats assistant les Palestiniens ont insisté sur le fait que la procureure de la CPI, Fatou Bensouda, a toute l’autorité judiciaire dont elle a besoin pour lancer une enquête, sur la base de la requête palestinienne en 2009. Cependant, Bensouda insiste pour qu’il y ait une nouvelle déclaration palestinienne, ce qui requerrait de parvenir à un consensus, insaisissable, au sein des factions politiques comme le Hamas, qui seraient elles-mêmes soumises à l’enquête aux côtés du gouvernement israélien. Il existe une forte pression américaine et israélienne sur le dirigeant palestinien, Mahmoud Abbas, pour ne pas poursuivre pour une enquête de la CPI.

La pression occidentale sur la CPI pour qu’elle reste à l’écart du problème a provoqué de profondes divisions au sein même du bureau de la procureure. Selon certains anciens fonctionnaires, les Palestiniens ont été induits en erreur en 2009 en croyant que la requête pour une enquête pour crimes de guerre – à la suite de l’offensive israélienne contre Gaza, baptisée Plomb durci – resterait recevable dans l’attente de la confirmation de l’État en devenir. Cette confirmation est venue en novembre 2012 quand l’Assemblée générale des Nations-Unies a décerné à la Palestine le statut d’État observateur non membre, mais l’enquête n’a pas été lancée.

Bensouda, au départ, semblait ouverte à l’examen de la requête palestinienne en instance, mais l’année suivante, elle publiait une déclaration controversée disant que le vote de l’AG de l’ONU ne changeait en rien l’ « invalidité juridique » de la requête de 2009.

Luis Moreno Ocampo, procureur à l’époque de la déclaration palestinienne de 2009, a soutenu Bensouda, écrivant dans un courriel au Guardian : « Si la Palestine veut accepter l’autorité de la Cour, elle doit présenter une nouvelle déclaration. »

Mais un autre fonctionnaire du bureau de la procureure de la CPI, qui a traité la déclaration palestinienne, est fortement en désaccord. « Ils essaient de se cacher derrière un jargon juridique pour dissimuler ce qui est une décision politique, pour échapper à la compétence et ne pas être impliqués, » dit ce fonctionnaire.

Pour Dugard, Bensouda a été sous une forte pression des États-Unis et de leurs alliés européens. « Pour elle, c’est un choix difficile et elle n’est pas prête à le faire, » a-t-il soutenu. « Mais cela affecte la crédibilité de la CPI. Les Africains se plaignent qu’elle n’hésite pas à ouvrir une enquête sur leur continent ».

Il a fallu trois ans à Moreno Ocampo pour prendre une décision sur le statut de la requête palestinienne de 2009, durant lesquels il a subi les pressions des USA et d’Israël pour qu’il se tienne à l’écart. Selon un livre sur la CPI, publié cette année, les dirigeants américains ont prévenu la procureure que l’avenir de la Cour était en jeu.

Selon le livre, Justice sommaire : la Cour pénale internationale dans un monde de politiques de pouvoir, de David Bosco, les Américains ont suggéré qu’une enquête de la Palestine « pourrait avoir un poids politique trop lourd pour l’institution. Ils ont clairement indiqué que donner suite à un tel dossier serait un rude coup pour l’institution ».

Même si les USA ne participent pas au financement de la CPI, « la prodigieuse puissance diplomatique, économique et militaire de Washington peut être une aide énorme à la Cour si elle est déployée périodiquement pour soutenir la tâche de la Cour » écrit Bosco, maître assistant en politique internationale à l’université américaine.

Dans son livre, Bosco rapporte que les dirigeants israéliens ont eu plusieurs réunions, non rendues publiques, avec Moreno Ocampo à La Haye, notamment dans un dîner à la résidence de l’ambassadeur israélien, pour faire pression contre une enquête.

Un ancien fonctionnaire de la CPI qui s’est occupé du dossier palestinien a dit : « Il a été clair dès le début que Moreno Ocampo ne voulait pas être impliqué. Il a dit que les Palestiniens n’étaient pas vraiment prêts à lancer une enquête, mais qu’il était clair qu’ils étaient sérieux. Ils ont envoyé une délégation avec deux ministres, assistés d’avocats, en août 2010 et qui sont restés deux jours pour débattre de leur requête. Mais Moreno Ocampo était conscient que toute implication contrarierait ses efforts pour se rapprocher des États-Unis ».

Moreno Ocamp a nié avoir été influencé par des pressions américaines. « Je suis resté très ferme sur le traitement de cette question, impartial, mais tout en respectant les limites légales », écrit-il dans un courriel de dimanche. « J’ai entendu tous les arguments. J’ai reçu plusieurs professeurs d’Oxford qui ont développé des arguments différents et très souvent contradictoires, et j’ai conclu que le processus devait… d’abord aller devant les Nations-Unies. Lesquelles doivent décider quelle entité doit être considérée comme un État ».

Et d’ajouter : « La Palestine a utilisé la menace d’accepter l’autorité de la Cour pour négocier avec Israël. Quelqu’un a dit que si vous avez neuf ennemis autour de vous, et une seule balle, vous ne tirez pas, vous essayez d’utiliser votre balle pour créer un effet de levier ».

Une porte-parole de son successeur Fatou Bensouda, a rejeté les allégations de partialité dans le choix des enquêtes par la procureure. « La CPI est guidée par le Statut de Rome et rien d’autre », a-t-elle affirmé. « Les règles strictes qui concernent son autorité, le lieu et le moment où la CPI peut intervenir, ne doivent pas être délibérément dénaturées… Les considérations géographiques et politiques n’entreront jamais dans toute prise de décision par le bureau. »

L’avocat français représentant les Palestiniens, Gilles Devers, fait valoir qu’il appartient à la Chambre préliminaire de la Cour, et non à son procureur, de se prononcer sur la question de l’autorité de la Cour dans les territoires palestiniens. Devers indique que les négociations se poursuivent au sein des parties palestiniennes sur l’opportunité de déposer une nouvelle requête pour une enquête, même si lui pense que sur le plan juridique ce n’est pas nécessaire. Finalement, dit-il, le résultat sera déterminé politiquement.

« Il y a une pression énorme pour ne pas procéder à une enquête. Cette pression s’est exercée sur le Fatah et sur le Hamas, mais aussi sur le bureau de la procureure, » dit Devers. « Dans les deux cas, elle prend la forme de menaces aux aides financières, pour la Palestine et pour la Cour pénale internationale ».

Parmi les plus grands contributeurs au budget de la CPI, on trouve le Royaume-Uni et la France, l’un et l’autre ont cherché à persuader les Palestiniens de renoncer à une enquête pour crimes de guerre.

The Guardian : http://www.theguardian.com/law/2014/aug/18/hague-court-western-pressure-gaza-inquiry

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Syrie-Irak: le retour des barbares


Baudouin Loos
Mis en ligne jeudi 21 août 2014, 7h21

Les images et informations sur les sanglantes exactions perpétrées par les séides du soi-disant « Etat islamique » en Syrie et en Irak se succèdent à bon rythme depuis des mois, plongeant la région – et le monde entier – dans l’effroi. Exécutions sommaires massives, décapitations, crucifixions dilatent l’écœurement de tout être humain normalement constitué.

Dernier épisode en date, ce mardi, ces djihadistes de l’enfer ont produit une vidéo montrant la décapitation du journaliste américain Jim Foley. Devant ces actes barbares, perplexité, colère et dégoût nous étreignent.

Ces « fous de Dieu » – de Dieu, vraiment ? – maîtrisent les techniques modernes de communication. Dans leur but de semer la terreur, ils recourent aux réseaux sociaux avec une habileté qu’on oserait qualifier de diabolique. Ils produisent ainsi l’effet souhaité – susciter l’effroi le plus absolu pour asseoir leurs conquêtes – mais ils s’ouvrent aussi à des réactions populaires de rejet qui pourraient leur coûter cher.

L’effet secondaire le plus affligeant, dans cette affaire, c’est que celui qui en tire un profit maximum s’appelle Bachar el-Assad. Or le dictateur syrien fait bien pire, en réalité, de son côté, depuis plus de trois ans de conflit interne. Celui qui bombarde sa propre population – visant sciemment les hôpitaux, les boulangeries, etc. – et on approche les 200.000 morts –, celui qui est responsable de l’exode de neuf millions de Syriens dont un tiers d’exilés, celui qui n’hésite pas à affamer des villes et quartiers encerclés, eh bien ! celui-là apparaît désormais comme un « moindre mal » aux yeux de certains, y compris au sein des classes dirigeantes de ce bas monde.

Faut-il évoquer aussi l’indignation des Syriens sous les bombes (ou traqués par « l’Etat islamique ») quand ils constatent que les Etats-Unis et les Européens ne se mobilisent, contre ces mêmes djihadistes, que quand ceux-ci s’en prennent dans l’Irak voisin à des minorités et aussi à leurs intérêts pécuniaires ?

Il n’est évidemment pas scandaleux de protéger les minorités. Ce qui l’est, c’est de ne pas protéger les majorités. Dans la région, du reste, les « deux poids deux mesures » fleurissent, il suffirait de demander aux Gazaouis ce qu’ils en pensent pour s’en convaincre.

Mais revenons en Syrie. Les méthodes abjectes du régime sectaire de Bachar el-Assad n’ont pas peu pesé dans la genèse de « l’Etat islamique ». L’Occident n’est pas exempt de reproches. A force de ne pas aider les rebelles « modérés », nous avons contribué à l’essor des plus fanatiques. Et, en Irak, le soutien aberrant des Américains à un Premier ministre comme Nouri al-Maliki, qui n’avait de cesse de marginaliser les sunnites, a propulsé aux yeux de ces derniers ces fanatiques au rang de seul recours… Un gâchis qui aura des suites, chez nous aussi sans doute

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