Charlie Hebdo, Russell Brand et la journaliste qui ne sait pas reconnaître le langage de l’oppression


annie goossens:

Il y a longtemps que je ne fréquente plus Mounadil (becoz position sur la Syrie) mais je partage son appréciation pour Russell Brand

Originally posted on Mounadil al Djazaïri:

Un humoriste français a été placé en garde à vue et fait l’objet de poursuites judiciaires parce qu’il a dit quelque chose comme « Je me sens Charlie Coulibaly ».

On pensait que le gouvernement français avait touché le fond en matière de discrédit, mais apparemment quand on continue à creuser, la progression vers le bas continue.

Jusqu’à l’abîme ?

En tout cas, il est un pays où une personnalité du monde de la culture (ou du show-business si vous voulez) peut se permettre de dire les choses avec une grande netteté.

Ce pays, c’est la Grande Bretagne, un pays qui n’est ni républicain, ni laïque.

Outre Manche, un certain Russell Brand, un de ces énergumènes multi-talents qu’on peut trouver en Angleterre, s’est fendu d’une vidéo YouTube dans laquelle il attaque une présentatrice de la chaîne télévisée américaine Fox News dont le discours est un appel à la haine et à…

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Islamophobie


Déferlante raciste et islamophobe dans toute la France (mise à jour 14 janvier, 14h)

Publié le 14 janvier 2015 | Maj le 15 janvier
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Dernière mise à jour mercredi 14 janvier, 14h (voir en fin d’article). On en profite aussi pour rappeler le rassemblement contre l’islamophobie, dimanche 14h devant la Fontaine des Innocents, à Châtelet, Paris Ier.

À l’heure où l’union nationale fait le plein chez les politicards, du Front de Gauche au Front National et où l’on peut sentir que le « cordon sanitaire républicain » se dissout bien dans la guerre aux musulmanEs (pardon, au terrorisme), il y en a bien quelques-uns qui ont compris que c’était le bon moment pour eux…

Ce bilan évolutif n’est malheureusement probablement pas exhaustif. Il est fort probable en effet que des actes soient tus, en particulier dans les cas d’agressions verbales et physiques contre des individus.
Faut-il le rappeler, ces agressions ne sont pas une réaction aux actes de terreur commis par des fascistes religieux ces derniers jours (assassinats politiques et meurtres collatéraux à Charlie Hebdo, meurtre d’une flic à Montrouge, séquestration de fait à Dammartin et prise d’otages meurtrière et antisémite à Vincennes), ils sont la multiplication de faits de violence multiples menés de concert par des individus et groupes fascistes ainsi que l’État français et ses sbires. Sans être nécessairement coordonnés de bout en bout, ils participent tous d’un même mouvement d’oppression tourné contre les musulmanEs et les personnes identifiées comme telles. (suite)

il y a aussi, mais anniebannie craint que ces témoignages soient bien moins nombreux :

VIDEO. La mosquée de Brest recouverte de coeurs en signe de fraternité

R.T | 13 Janv. 2015, 17h00 | MAJ : 13 Janv. 2015, 17h31

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Quand Jaurès parlait des « fanatiques de l’Islam »


Précision importante : le texte qui suit prend la forme d’une intervention de Jaurès à la Chambre des députés. Elle compile en réalité deux interventions différentes (l’une de 1908, l’autre de 1912) et quelques phrases extraites d’un discours de 1905 (à Limoges) et d’un article de 1912 (dans l’Humanité). Mais tous les propos que Jaurès y tient (1) sont bien de Jaurès !

JAURÈS : Messieurs,

Il paraît que les habitants des colonies sont une sorte de bétail innombrable et inférieur que les races blanches peuvent exploiter, décimer, asservir. Voilà un préjugé barbare, un préjugé d’ignorance, de sauvagerie et de rapine. Ces peuples sont composés d’hommes et cela devrait suffire ; mais ils sont composés d’hommes qui pensent, qui travaillent, qui échangent et qui ne sont pas résignés à subir indéfiniment les violences d’une Europe qui abusait de leur apparente faiblesse.

Aujourd’hui c’est d’Afrique, du Congo, du Maroc, que chaque jour nous arrivent des récits accablants sur les actions de nos soldats devenus de véritables mercenaires incontrôlés : assassinats sadiques, incendies de villages, pillages permanents, violations de sépultures…

 

Légende de ce dessin de 1911 : « La France va pouvoir porter librement au Maroc la civilisation, la richesse et la paix. » ! Légende de ce dessin de 1911 : « La France va pouvoir porter librement au Maroc la civilisation, la richesse et la paix. » !

VOIX : Monsieur Jaurès, en tant que Président de la Chambre, je dois vous le rappeler : Il n’est pas de soldat plus généreux et plus humain que le soldat français.

JAURÈS : Rassurez-vous, je ne l’ignore pas plus que Monsieur le Président du Conseil (nde : Clemenceau), qui écrivait il n’y a pas si longtemps, en parlant de la Chine : « On a tué, massacré, violé, pillé tout à l’aise, dans un pays sans défense ; l’histoire de cette frénésie de meurtres et de rapines ne sera jamais connue, les Européens ayant trop de motifs pour faire le silence »

VOIX : Mais qu’est-ce que cela à a voir avec l’Afrique ?

JAURÈS : Il faut en tout cas espérer, Messieurs, que nos soldats s’attellent chaque jour, par leurs manières hautement généreuses, lorsqu’ils pacifient les populations africaines, à corriger ce que votre maître Tocqueville disait en 1847 : « Nous avons rendu la société musulmane beaucoup plus misérable, plus désordonnée, plus ignorante et plus barbare qu’elle ne l’était avant de nous connaître. »

VOIX : Ces Africains sont des fanatiques !

JAURÈS : Des fanatiques ?

Alors là, messieurs, je ne comprends pas : quand un Français vous dit qu’il serait prêt à défendre, jusqu’à la dernière goutte de son sang, l’intégrité de son pays, vous le félicitez. Vous affirmez même que des hommes qui ne voudraient pas mourir pour leur pays seraient les derniers des lâches !

Mais quand ces hommes sont des Africains qui voient venir ce qui pour nous est la France, mais ce qui pour eux est l’étranger, qui voient venir des hommes en armes et des obus pleuvoir ; quand eux se défendent et défendent leur pays, vous les déshonorez du nom de fanatiques !

Ces hommes que vous insultez, messieurs, sont seulement aussi patriotes que vous. Et aussi attachés que vous à défendre leur pays et leur civilisation.

(Brouhaha fort)

JAURÈS : Une fois de plus, c’est le préjugé d’ignorance qui vous mène.
C’est à vous, à la France, à toute la France pensante, qu’il faudrait enseigner ce qu’est cette civilisation arabe que vous ignorez et méprisez, ce qu’est cette admirable et ancienne civilisation. À laquelle les pays européens, je dis bien les pays européens, viennent montrer le visage hideux de l’invasion et de la répression.
…

Ce monde musulman que vous méconnaissez tant, messieurs, depuis quelques décennies prend conscience de son unité et de sa dignité. Deux mouvements, deux tendances inverses s’y trouvent : il y a les fanatiques, oui, il y a des fanatiques, qui veulent en finir par la crainte, le fer et le feu avec la civilisation européenne et chrétienne,

VOIX : Vous voyez bien que ce sont des sauvages !

JAURÈS : Alors, monsieur, précisez-le : des sauvages qui veulent porter le fer et le feu contre une civilisation sauvage qui est venue à eux, qui est venue contre eux en portant le fer et le feu…

(Brouhaha très fort)

JAURÈS : … il y a des fanatiques, mais il y a les hommes modernes, les hommes nouveaux… Il y a toute une élite qui dit : l’Islam ne se sauvera qu’en se renouvelant, qu’en interprétant son vieux livre religieux selon un esprit nouveau de liberté, de fraternité, de paix.

Et c’est à l’heure où ce mouvement se dessine que vous fournissez aux fanatiques de l’Islam l’occasion de dire : comment serait-il possible de se réconcilier avec cette Europe brutale ? Avec cette France, qui se dit de justice et de liberté, mais qui n’a contre nous d’autres gestes que les canons et les fusils ?
…

Oui, messieurs, si les violences auxquelles se livre l’Europe en Afrique achèvent d’exaspérer la fibre blessée des musulmans, si l’Islam un jour répond par un fanatisme farouche et une vaste révolte à l’universelle agression, qui pourra s’étonner ? Qui aura le droit de s’indigner ?

VOIX : Ce n’est pas servir la patrie, Monsieur Jaurès, que de nous accuser de…

JAURÈS : C’est toujours servir la patrie que d’éviter que se renouvellent les blessures qu’elle a infligées à l’humanité et au droit. Que de l’amener à se demander quelles semences de colère, de douleur et de haine elle sème là-bas et quelle triste moisson lèvera demain…

(1) : comme sont également authentiques toutes les interventions des députés.

 

Sur ce sujet, voir aussi le billet : Jaurès et le colonialisme : de l’acceptation à l’opposition

Un Patriot Act ? Excellente idée, Mme Pécresse. Les Romains appelaient ça la dictature


Antonin Benoit
Doctorant en Histoire
Publié le 14/01/2015 à 11h11

Le bal des propositions sécuritaires a commencé chez les politiques, avec son lot d’idées idiotes, moyennes ou passables ; mais la plus stimulante revient sans doute à l’ancienne muse des universités, Valérie Pécresse, qui a déclaré sans fard au micro d’Europe 1 :

« Il faudra bien entendu un Patriot Act à la française. »

Pourquoi stimulante ? Parce que Valérie Pécresse commence là à dresser un parallèle historique avec la réponse judiciaire américaine aux attentats du 11 septembre (qui, en très bref, permet une suspension des conditions normales d’enquête et de détention en cas de soupçon de terrorisme).

Autrement dit : elle suggère qu’une réponse appropriée au terrorisme est de créer une sphère d’exception dans la loi, qui suspend le processus démocratique et judiciaire normal pour lutter contre le danger en question.

Valérie Pécresse ne remonte qu’au Patriot Act (qui est relativement récent), mais on pourrait lui suggérer une série d’autres parallèles à placer, qui seraient autrement plus chic, mais pourraient aussi donner à réfléchir sur la pratique de l’état d’exception.

1

Les références classiques : Athènes et Rome

Du côté de la démocratie athénienne, on peut réussir à trouver quelques épisodes d’apparition d’« hommes forts », à qui de grands pouvoirs sont confiés par le peuple en cas de danger de la cité ;

  • notamment Solon, à qui les Athéniens laissent totalement carte blanche pour éviter la guerre civile en 594-593 avant notre ère (et qui, ironiquement, livre un code de loi qui organise le bon fonctionnement de la démocratie),
  • ou Alcibiade qui est élu « stratège autocrator » avec les pleins pouvoirs en -407 (au moment où Athènes est en train de perdre la guerre du Péloponnèse) – ce qui ne dure pas très longtemps, puisqu’il est destitué dès -406.

Mais comme on le voit, globalement la référence classique pour penser la démocratie moderne ne permet pas vraiment les parallèles en termes de suspension de la vie publique face au danger (c’est d’ailleurs peut-être pour ça que c’est la référence classique).

C’est en revanche nettement différent dans la Rome antique, qui a une institution totalement consacrée à ça : la dictature.

Celle-ci est créée au moment de la chute de la monarchie et de la création de la république romaine (début du VIe siècle avant notre ère), et donne les pleins pouvoirs (l’imperium, ce qui suspend toutes les autres magistratures et permet de condamner à mort sans procès) à un citoyen.

Elle s’applique dans les situations d’urgence militaire (la dictature apparaît en -501, devant la menace des Sabins) ou même civile, lorsqu’il faut absolument procéder à une élection ou à un rite religieux, par exemple le temps de planter un clou en -361 :

« […] comme les antiques traditions des annales rapportaient qu’autrefois, lors des sécessions de la plèbe, le dictateur avait planté un clou, et que cette solennité expiatoire avait ramené à la raison les esprits des hommes aliénés par la discorde, on s’empressa de créer un dictateur pour planter le clou. On créa Cn. Quinctilius, qui nomma L. Valerius maître de la cavalerie. Le clou planté, ils abdiquèrent leurs fonctions. »

— Tite-Live, Histoire romaine, VIII, 18

Statue de Jules César par Ambrogio Parisi, jardin des Tuileries à Paris (Nan Palmero/Wikimedia Commons/CC)

Car la beauté de la fonction est qu’elle est limitée dans ses pouvoirs (le dictateur doit se trouver un adjoint, le maître de cavalerie, pour ne jamais être le seul magistrat), et dans le temps : six mois au maximum… sauf lorsque cela dérape, par exemple en -46, lorsque César, seul maître à Rome, se fait attribuer la dictature pour un an, puis dix, puis à vie.

Ce qui se termine assez mal pour lui comme pour la république romaine, preuve que le danger dans les mesures d’exception arrive assez vite lorsqu’elles se prolongent dans le temps.

2

La référence légitime : la Révolution française

C’est la référence majuscule, l’élément fondateur de notre démocratie moderne, qui peut être mobilisée, car si même les révolutionnaires l’ont fait… sauf que la suspension des pouvoirs parlementaires est plutôt associée aux éléments moins bien perçus de la période, à savoir la Terreur et le coup d’Etat de Bonaparte.

Ainsi, le grand épisode du genre arrive en 1793, dans un contexte de grand danger intérieur comme extérieur pour l’Etat révolutionnaire (énormes insurrections face à la levée de troupes, crise du ravitaillement des armées, formation d’une coalition européenne contre la France, etc…), avec la création le 1er janvier du Comité de défense générale, qui allait rapidement devenir le fameux Comité de salut public dominé d’abord par Danton, puis par Robespierre.

On connaît particulièrement ce comité pour avoir suspendu la Constitution de l’an I en octobre 1793 et dirigé le gouvernement révolutionnaire, mais aussi et surtout pour avoir été à la baguette de la Grande Terreur (de juin 1794 jusqu’à la chute de Robespierre en juillet) autour de la loi antiterroriste (tiens donc) du 22 prairial, qui se justifiait par des attentats manqués contre Collot d’Herbois et Robespierre.

On lui doit notamment sur le plan judiciaire la suspension de l’interrogatoire, de la défense et des témoins, et celle-ci déboucha donc en bonne logique sur environ 1 300 condamnations à mort en un mois et demi à Paris (une trentaine par jour).

Le procédé ainsi entré dans la modernité était d’ailleurs appelé à se reproduire, comme le souligne Giorgio Agamben, en commençant par le coup d’Etat de Bonaparte le 18 brumaire puis tout au long du XIXe siècle (et Napoléon III notamment proclama à plusieurs reprises l’état de siège pour pouvoir manœuvrer sans encombre), puis du XXe, notamment au moment des deux guerres mondiales (par exemple avec le vote des pleins pouvoirs au maréchal Pétain en juillet 1940, ce qui lui permit de mettre en place le régime de Vichy).

Mais il vaut peut-être mieux éviter ces exemples-là.

3

Le cousin un peu trop voyant : le régime nazi

Il serait mieux d’éviter de recourir à celui-ci aussi, mais le problème est qu’il est quand même assez incontournable quand on parle de régime d’exception justifié par un danger terroriste (il est récent, et quand même assez exemplaire).

En effet, Hitler à la conquête du pouvoir n’avait pas particulièrement l’intention de s’encombrer des accessoires naturels d’une démocratie (des élections, un parlement, la séparation des pouvoirs, etc.), et l’un de ses objectifs essentiels dès son arrivée au pouvoir (en janvier 1933) fut donc de réussir à se faire attribuer les pleins pouvoirs.

Heureusement pour lui, la Constitution de la République de Weimar lui laissait une belle marge de manœuvre de ce point de vue-là, et notamment l’article 48 qui permettait simplement au président de la République de « suspendre tout ou partie des droits fondamentaux » en cas de « perturbation de la sécurité et de l’ordre public ». Il avait été assez largement utilisé par les premiers gouvernements conservateurs de Weimar (ce qui fut très pratique dans le milieu des années 1920 pour emprisonner des militants communistes par milliers et les faire juger par des tribunaux spéciaux).

La faille existant, elle fut donc exploitée à travers l’incendie du Reichstag dans la nuit du 27 au 28 février 1933 (orchestré par les nazis pour le mettre sur le dos des communistes), ce qui permit à Hitler de faire valoir le risque terroriste et se faire ainsi voter les pleins pouvoirs le 28 février ; et ainsi préparer confortablement les élections de mars 1933, lesquelles donnèrent un Parlement qui confirma définitivement ces pleins pouvoirs le 23 mars.

4

Le grand frère : le Patriot Act

On pourrait laisser celui-ci à Valérie Pécresse, qui a l’air assez calée dessus.

Soulignons simplement que, à la base relativement mesuré (autorisant une détention arbitraire pendant sept jours seulement), il est surtout défini par la quantité de compléments et de prolongations qui s’y sont ajoutés, et permet depuis novembre 2001 la détention arbitraire de suspects de terrorisme sans limite de durée et la possibilité de les juger par des tribunaux spéciaux – ce qui les met dans une non-catégorie juridique inédite (comme l’a remarqué un avocat de la Navy américaine, Charles Swift, « Guantanamo bay is the legal equivalent of outer space – a place with no law »).

Rappelons aussi que c’est le texte qui fournit notamment un cadre légal à la plupart des écoutes de la NSA dans le monde entier, et que c’est ainsi l’un des textes de lois les plus dénoncés au monde, par exemple par Amnesty international (ici ou ici), ou encore par la très importante American Civil Liberties Union (ici, soulignant notamment qu’il « n’existe pas grand-chose pour soutenir l’idée que le Patriot Act a rendu l’Amérique plus protégée face au terrorisme »).

Enfin bon, si elle veut changer d’exemple, elle a le choix.

INFOS PRATIQUES
A lire

Giorgio Agamben, Etat d »exception, homo sacer, Le Seuil, 2003

source

 

Affaire Luk VERVAET : COMMUNIQUE DE PRESSE du CABINET D’AVOCATS JUS COGENS


COMMUNIQUE DE PRESSE du CABINET D’AVOCATS JUS COGENS: Affaire Luk VERVAET – Triste jour pour la Belgique à l’heure où des millions de personnes manifestent pour que soit respectée la liberté d’expression (12 janvier 2015)

Me Dounia ALAMAT (GSM:32.472.40.58.02 ; da@juscogens.be) et Me Christophe MARCHAND (GSM: 32.486.32.22.88 ; cm@juscogens.be)

Luk VERVAET travaillait comme professeur de néerlandais dans différents établissements pénitentiaires, depuis 2004, lorsque, soudainement, en août 2009, la Direction générale des établissements pénitentiaires a décidé de lui retirer son autorisation d’entrer dans les prisons belges pour des « raisons de sécurité ».

Ces raisons sont contenues dans un courrier émanant de la Sureté de l’Etat, auquel Luk VERVAET n’a eu accès qu’après avoir perdu son emploi. Cet organe stigmatise les activités militantes de Luk VERVAET :

- Il fait partie du CLEA, Comité pour la liberté d’expression et d’association ;

- Il a participé à des manifestations, dont celle visant à soutenir les personnes prévenues – et aujourd’hui acquittées – dans le procès DHKPC et celle organisée contre l’extradition de Monsieur TRABELSI aux Etats-Unis – la Belgique ayant été condamnée depuis par la Cour européenne des droits de l’homme pour traitements inhumains et dégradants ;

- Il a été fondateur d’un parti politique, ESG (Egalité sans guillemets) – dont il n’est plus membre actuellement ;

- Ce parti comptait dans ses rangs des proches du Parti du travail de Belgique ;

- Il connait Monsieur SAIDI ;

- Il fait partie d’une association, l’Union Internationale des Parlementaire pour la Palestine, comme Monsieur JAHJAH – aujourd’hui collaborateur habituel du journal De Staandard ;

- Il a été membre d’une association ayant pour objet de défendre les droits des Palestiniens et ayant lancé une pétition pour que le Hamas soit rayé de la liste européenne des organisations terroristes.

A l’évidence, ces éléments relèvent tous de la liberté de pensée et de la liberté d’expression de Luk VERVAET. Il n’est connu d’aucune manière par le Parquet, n’a pas de casier judiciaire et personne n’a prétendu qu’il s’agirait d’un homme violent ou prônant de tels comportements.

Qu’à cela ne tienne !

Pour le Tribunal de première instance de Bruxelles, « même si [la note de la Sureté de l’Etat] ne se conclut que par un vague soupçon (« la défense des supposées victimes de ces lois [antiterroristes] a pu le conduire à franchir la frontière entre la défense légitime d’une justice équitable et le soutien à des idéologies justifiant de manière indirecte le terroriste »), l’on peut comprendre dans ce contexte, que, pour des raisons de sécurité évidentes dans le régime pénitentiaire, l’administration ne pouvait pas prendre de risque ».

Qu’importe que rien ne permette de penser qu’une frontière aurait été franchie (laquelle ?), qu’importe que Luk VERVAET ait toujours travaillé à la pleine satisfaction de tous, qu’importe qu’aucun Directeur de prison ne se soit jamais plaint d’aucun « comportement suspect », qu’importe qu’aucun risque un tant soit peu concret ou circonstancié ne soit mis en avant par la Sureté de l’Etat, qu’importe que l’administration pénitentiaire n’explique nullement quel risque elle craignait.

Pour le Tribunal de première instance, il existe un « vague soupçon » (de quoi exactement ?) et, en conséquence, il était légitime pour l’administration pénitentiaire de faire perdre son emploi à un enseignant de néerlandais.

Triste jour pour notre pays !

Triste Etat de droit dans lequel le « soupçon » d’un « risque » suffit pour sanctionner les citoyens qui ont osé manifester une opinion minoritaire, bien que nullement violente.

Hier, d’innombrables citoyens ont manifesté pour la liberté d’expression.

Luk VERVAET est un professeur qui a choisi d’enseigner en prison. Il considère que la répression n’est pas la seule réponse pour lutter contre le terrorisme. Comme ses avocats, il a la conviction que l’éducation, l’émancipation, l’égalité et le respect des droits de l’homme sont essentiels dans cette lutte contre l’extrémisme islamique. Il a été sanctionné pour la mise en œuvre de cet idéal.

Cet exemple doit nous interpeller sur la portée de la liberté d’expression. Luk VERVAET a décidé d’interjeter appel du jugement rendu par la 4ème chambre du Tribunal de première instance de Bruxelles le 17 décembre 2014.