"LA DEUXIÈME MORT DU JUDAISME


Via Serge Grossvak (Juif Autrement Yid)

Publié par Eitan Altman dans le groupe que nous co administrons "survivants de l’Holocauste et leur descendants contre la guerre de Gaza". Un texte très fort de Eric Hazan.

Jeudi 15 janvier 2009. Les millions de juifs qui ont été exterminés par les nazis dans les plaines de Pologne avaient des traits communs qui permettent de parler d’un judaïsme européen. Ce n’était pas tant le sentiment d’appartenance à un peuple mythique, ni la religion car beaucoup d’entre eux s’en étaient détachés : c’étaient des éléments de culture commune. Elle ne se réduisait pas à des recettes de cuisine, ni à des histoires véhiculant le fameux humour juif, ni à une langue, car tous ne parlaient pas le yiddish.

C’était quelque chose de plus profond, commun sous des formes diverses aux ouvriers des usines textiles de Lodz et aux polisseurs de diamants d’Anvers, aux talmudistes de Vilna, aux marchands de légumes d’Odessa et jusqu’à certaines familles de banquiers comme celle d’Aby Warburg.

Ces gens-là n’étaient pas meilleurs que d’autres, mais ils n’avaient jamais exercé de souveraineté étatique et leurs conditions d’existence ne leur offraient comme issues que l’argent et l’étude. Ils méprisaient en tout cas la force brutale, dont ils avaient souvent eu l’occasion de sentir les effets. Beaucoup d’entre eux se sont rangés du côté des opprimés et ont participé aux mouvements de résistance et d’émancipation de la première moitié du siècle dernier : c’est cette culture qui a fourni son terreau au mouvement ouvrier juif, depuis le Bund polonais, fer de lance des révolutions de 1905 et 1917 dans l’empire tsariste, jusqu’aux syndicats parisiens des fourreurs et des casquettiers, dont les drapeaux portaient des devises en yiddish et qui ont donné, dans la MOI, bien des combattants contre l’occupant. Et c’est sur ce terrain qu’ont grandi les figures emblématiques du judaïsme européen, Rosa Luxembourg, Franz Kafka, Hannah Arendt, Albert Einstein.

Après guerre, nombre des survivants et de leurs enfants soutiendront les luttes d’émancipation dans le monde, les Noirs américains, l’ANC en Afrique du Sud, les Algériens dans leur guerre de libération. Tous ces gens sont morts et on ne les ressuscitera pas.

Mais ce qui se passe en ce moment à Gaza les tue une seconde fois. On dira que ce n’est pas la peine de s’énerver, qu’il y a tant de précédents, de Deir Yassin à Sabra et Chatila. Je pense au contraire que l’entrée de l’armée israélienne dans le ghetto de Gaza marque un tournant fatal. D’abord par le degré de brutalité, le nombre d’enfants morts brûlés ou écrasés sous les décombres de leur maison : un cap est franchi, qui doit amener, qui amènera un jour le Premier ministre israélien, le ministre de la Défense et le chef d’État-major sur le banc des accusés de la Cour de justice internationale. Mais le tournant n’est pas seulement celui de l’horreur et du massacre de masse des Palestiniens. Il y a deux points qui font des événements actuels ce qui est advenu de plus grave pour les juifs depuis Auschwitz.

Le premier, c’est le cynisme, la manière ouverte de traiter les Palestiniens comme des sous-hommes les tracts lâchés par des avions annonçant que les bombardements vont être encore plus meurtriers, alors que la population de Gaza ne peut pas s’enfuir, que toutes les issues sont fermées, qu’il n’y a plus qu’à attendre la mort dans le noir. Ce genre de plaisanterie rappelle de façon glaçante le traitement réservé aux juifs en Europe de l’Est pendant la guerre, et sur ce point j’attends sans crainte les hauts cris des belles âmes stipendiées.

L’autre nouveauté, c’est le silence de la majorité des juifs. En Israël, malgré le courage d’une poignée d’irréductibles, les manifestations de masse sont menées par des Palestiniens. En France, dans les manifestations du 3 et du 10 janvier, le prolétariat des quartiers populaires était là, mais des hurlements de colère d’intellectuels juifs, de syndicalistes, de politiciens juifs, je n’en ai pas entendu assez. Au lieu de se satisfaire des âneries du gouvernement et du CRIF (« ne pas importer le conflit »), il est temps que les juifs viennent en masse manifester avec les « arabo-musulmans » contre l’inacceptable.

Sinon, leurs enfants leur demanderont un jour « ce qu’ils faisaient pendant ce temps-là » et je n’aimerais pas être à leur place quand il leur faudra répondre."

Eric Hazan. Photo : Moi, fille de juifs d’Europe de l’Est, fille de juifs polonais qui parlaient le yiddish, je partage ce beau texte d’Eric Hazan, Eric Hazan, écrivain et éditeur français, fondateur des éditions "La Fabrique", né en 1936 d’une mère apatride née en Palestine et d’un père juif originaire d’Égypte. Fin décembre 2008-janvier 2009. Guerre de Gaza.

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על אסירים, סוהרים, אי הבנות ודרישות מופרכות

ISRAËL OU LA PRIMAUTÉ DU COLON ARMÉ


  Jacques Bude ( Professeur émérite de psychologie sociale de l’ULB. Mère et père assassinés à Auschwitz. "Enfant caché" sauvé au prix d"énormes risques et sans la moindre rétribution par des gens d’ici, chez nous en Belgique)

“Nous avons conquis des territoires, mais que ce soit dans le Néguev, en Galilée ou à Jérusalem, leur importance reste mineure tant qu’ils ne sont pas peuplés de colonies. La colonisation, voilà la véritable conquête.“
Ben Gourion (1949)[1]

LA CRÉATION DU COLON JUIF

Jusqu’à la création de l’État d’Israël, l’objectif des autorités sionistes de tous bords était la colonisation de peuplement de la Palestine[2], qu’elles concevaient comme étant exclusivement la “Terre d’Israël“ (Erètz Israël). Les organisations sionistes s’efforçaient principalement d’acquérir des terres afin d’y installer des colons – “pionniers“ (Chraloutsim) – dont le recrutement se faisait notamment par des mouvements de jeunesse situés non seulement à travers l’Europe mais aussi aux Amériques, en Afrique du nord, en Égypte, en Turquie, en Irak, en Iran, au Yémen, ….

Plusieurs mouvements de jeunesse dont l’obédience idéologique pouvait varier de l’extrême droite à l’extrême gauche, existaient dans de nombreux pays. Les différentes organisations sionistes qui les patronnaient, leur envoyaient des missionnaires – Shlichrim, envoyés – afin de convaincre les jeunes Juifs autochtones d’émigrer en Palestine, de faire leur “montée en Terre d’Israël“ (aliyah le Erètz Israël). Les recrues étaient envoyées dans des centres dénommés Harshara  (formation, entrainement), situés un peu partout dans le monde. Outre l’enseignement de l’hébreu moderne, ces centres dispensaient une formation agricole et militaire.

Au lendemain de la guerre 1939-1945, j’ai été exposé à plusieurs de ces missionnaires sionistes. Les méthodes qu’ils utilisaient afin de susciter l’enthousiasme pour la “montée en Terre d’Israël“ avaient tout du rituel bien rodé. Il consistait pour l’essentiel à chanter en hébreu des hymnes à la gloire de la colonisation de peuplement de la Palestine en dansant des rondes d’apparence folklorique à connotations agricoles, dites horas.

Chaque séance débutait invariablement par un chant où se répétait inlassablement “Nous vous avons amené la paix“. (événou chalom alèchem) et se clôturait invariablement par un chant intitulé Hatikva (l’espoir) qui deviendra l’hymne national israélien, “être un peuple libre dans notre Terre-pays[3], Terre de Sion, Jérusalem“. Le corps du rituel consistait en un répertoire relativement limité de chants au contenu très homogène. Souvent le même chant était repris plusieurs fois au cours d’une même session.

Pour illustrer le message des “envoyés“ de Palestine, je n’en tiendrai à 2 chants régulièrement utilisés qui me paraissent représentatifs du répertoire. Selon l’un, “Nous sommes montés en Terre-patrie (Artza alyinou); Nous avons labouré et semé; mais n’avons pas encore récolté“ et selon l’autre “De Metullah (la localité située le plus au nord de la Palestine mandataire) au Négev (qui en couvre le sud); De la mer (à l’Est) au désert (à l’Ouest); Tous les gars excellent aux armes[4]; Tous montent la garde“. On notera que “Terre d’Israël“ (Erètz Israël) réfère à l’entièreté de la Palestine mandataire, c’est à dire au Grand Israël dont la Guerre des 6 jours de juin 1967 établira les frontières.

Les missionnaires sionistes avaient la conviction de d’apporter l’espoir de la fin de l’exil dans un monde antisémite – galout[5] -, d’un prochain “retour“ en Terre-patrie: d’où l’omniprésent “nous vous avons apporté la paix“. L’existence des Palestiniens qui à l’époque constituaient au moins 70% de la population de la Palestine mandataire, n’était jamais mentionnée, si ce n’est en creux par de fréquentes allusions au fait que les radieuses et pacifiques implantations agricoles sionistes étaient menacées de destruction et devaient être défendues.[6]

À l’époque, de manière générale dans nos pays et particulièrement suite au profond traumatisme moral provoqué par l’horreur des camps de concentration, des chambres à gaz et des fours crématoires, les Juifs étaient très loin d’être haïs et infiniment plus loin encore d’être menacés. Il était évident que les “envoyés“ sionistes n’avaient pas pour mission de “sauver les Juifs“ mais de recruter des “pionniers“ pour coloniser la Terre d’Israël. D’ailleurs, la nécessité d’offrir un refuge aux survivants du Génocide dont plus de 100000  croupissaient dans des camps de personnes déplacées en Allemagne et dont aucun pays ne voulait, ne faisait pas partie du message des missionnaires.

Pour illustrer les objectifs du mouvement sioniste jusqu’à la création de l’État d’Israël, je me bornerai à décrire brièvement un Kibboutz dénommé Tel Reïm – colline des compagnons en hébreu – créé en 1949 à la frontière de Gaza en un lieu précédemment dénommé Tel Djama – colline des compagnons en arabe -. Ce Kibboutz d’un collectivisme socialiste pur et dur, était constitué de trois groupes de jeunes “pionniers“: des Israéliens, des Marocains et des Belges. Les membres du premier groupe étaient des autochtones issus du Palmach (contraction de Plougoth Machat, bataillons de choc)[7], ceux des 2 autres étaient arrivés en Israël en 1950 et avaient bénéficié ensemble d’une longue préparation dans une centre de formation (Harchara formation, entraînement) situé en France. Le Kibboutz était une espèce de grande ferme collective fortifiée – qualifiée de Mèchek (ferme) comme tous les Kibbouts à l’époque – ceinturée d’une clôture de barbelés éclairée, pourvue d’un mirador doté d’un balayage lumineux et garnie de mines éclairantes qui explosaient au contact. Une garde armée était assurée de jour et de nuit sur le mirador et dans les champs environnants. Il s’agissait surtout d’éviter que des “infiltrés“ (michtanemim) ne viennent voler, notamment des tuyaux d’arrosage. Il allait évidemment de soi qu’ils devaient être abattus.

 

LA SÉCURISATION DU NOUVEL ÉTAT

La création de l’État d’Israël modifie profondément les objectifs des autorités sionistes. “Autrefois, écrit Ben Gourion, nous faisions venir les immigrants après des années de formation. Nous avions installé des fermes pionnières dans le monde entier et les pionniers y passaient des années à se préparer à la vie et au travail qui les attendaient ici, à apprendre la langue et connaître le pays avant leur arrivée. À présent nous ferons venir des Juifs sans préparation aucune […) parce que ni eux ni nous n’avons le temps.“[8]

Un afflux massif d’immigrés – Olim chradashim, “nouveaux montants“ – se produit dans le sillage de la création de l’État d’Israël. Quelque 560000 immigrants arrivent entre mai 1948 – date de création de l’État d’Israël – et fin mars 1951. Selon les chiffres fournis par Tom Segev: 271188 sont originaires d’Europe de l’Est; 164787, d’Asie; 77083, d’Afrique du Nord (Égypte comprise); 46617, d’Europe occidentale, d’Amérique et dans une moindre mesure de quelque autres pays, tels l’Afrique de Sud et l’Australie.[9] On notera que seuls un peu plus de la moitié de ces immigrants peuvent être considérés comme ayant survécu au Génocide et que seuls quelques milliers de ceux-ci – sans doute bien moins de 20000 – étaient des rescapés de camps de concentration ou de centres de mises à mort.

Ces Juifs émigraient en Israël pour diverses raisons. Une petite minorité d’entre eux étaient des sionistes de longue date. D’autres, bien plus nombreux, avaient adhéré au sionisme en réaction au Génocide ou sous l’effet d’une propagande sioniste très efficace, souvent sciemment mensongère[10] et même criminelle.[11] La plupart de ces immigrants auraient sans doute préféré émigrer ailleurs mais aucun autre pays n’en voulait.

En grande majorité, ces quelque 560000 immigrants ont été très mal accueillis. “Seuls quelques milliers … furent intégrés par les kibboutz existants et quelques centaines d’autres tout au plus créèrent leur propre kibboutz. L’ensemble des colonies rurales, coopératives ou communautaires, déjà établies ou récemment créées n’absorbèrent que 20% des immigrants“.[12] Quel que soit leur pays d’origine, la plupart des immigrés furent parqués dans des camps de transit (maabaroth, lieux de passage) où les conditions étaient épouvantables, puis dans des lieux d’où les Palestiniens venaient d’être expulsés, de préférence le long des nouvelles frontières et où les conditions de vie étaient périlleuses et extrêmement précaires.[13]

Selon la propagande israélienne, cet accueil déplorable s’explique par la nécessité vitale d’accueillir d’urgence les survivants du Génocide et les membres de communautés victimes d’un antisémitisme virulent. Or, la composition de cette immigration massive est loin de confirmer cette mythologie.

De l’ordre d’une moitié de ces quelque 560000 immigrants – 271000 – proviennent des pays d’Europe de l’Est ou des Balkans et peuvent être considérés comme des survivants du Génocide. Leur conditions d’existence dans ces pays était très peu enviable. Ils y étaient – généralement mais pas toujours[14] – victimes d’antisémitisme, de conditions vie pénibles et des rigueurs staliniennes, mais leur vie n’était pas menacée. D’ailleurs les autorités de ces pays s’opposaient ou étaient très réticentes au départ des Juifs et aucun de ces pays ne les expulsait.

Même si ces Juifs n’étaient pas en danger de mort et que la plupart d’entre eux auraient préféré émigrer ailleurs, on peut considérer qu’il y avait urgence à les accueillir en Israël puisqu’ils vivaient dans des conditions lamentables et qu’aucun autre pays n’en voulait. Ce qui est particulièrement vrai pour les quelques 120000 personnes qui avaient fui ces pays et qui croupissaient dans des camps de réfugiés en Allemagne où ils avaient rejoint les quelques milliers de survivants des camps de concentration ou d’extermination. Loin de ce que ressasse la propagande israélienne depuis des décennies, la vague d’immigration des années 1948-1951 – quelques 560000 personnes – comptait tout au plus 20000 personnes qui avaient effectivement connus les camps d’extermination lente ou immédiate.

Environ l’autre moitié des nouveaux immigrés – 244000 – qui venaient d’Asie pour les 2/3 et d’Afrique du Nord pour 1/3, ne peuvent être considérés comme des rescapés du Génocide. L’expulsion brutale des Palestiniens lors de la création de l’État d’Israël avait considérablement amplifié l’antisémitisme dans leur pays d’origine. Toutefois, la vie des Juifs n’y était pas menacée et la plupart ces pays s’opposaient à leur départ. Tous ces Juifs – loin s’en faut – ne désiraient pas spontanément quitter leur pays.[15] Par conséquent, il n’y avait pas urgence, du moins en ce qui concerne leur sécurité, à ce qu’ils puissent se réfugier en Israël.

Enfin, quelque 46000 de ces nouveaux immigrés venaient des pays d‘Europe occidentale et des Amériques ainsi que, concernant un très petit nombre, d’autres pays tels l’Afrique du Sud et l’Australie. C’est un euphémisme de dire que dans ces pays les Juifs n’étaient ni haïs ni menacés. D’ailleurs les survivants des camps d’extermination qui étaient originaires des pays d’Europe occidentale sont pratiquement tous rentrés dans leur pays et la grande majorité d’entre eux y sont restés ou ont émigré ailleurs qu’en Israël. Bien que les jeunes Juifs d‘Europe occidentale et des Amériques aient été tout particulièrement choyés par les missionnaires sionistes et que les autorités de leurs pays ne s’opposaient pas à leur départ, l’émigration vers Israël a été relativement très faible[16] et très souvent de courte durée. Il n’y avait manifestement pas la moindre urgence à trouver un refuge pour cette catégorie de Juifs.

Pourquoi dès lors un tel acharnement de la part des autorités israéliennes à faire venir un si grand nombre d’immigrés en si peu de temps en dépit de l’absence d’une infrastructure qui aurait permis de les accueillir décemment?

Les conclusions de Tom Segev concernant les objectifs de ces autorités sont on ne peut plus claires: “Si Ben Gourion décida d’absorber autant d’émigrants en 1949[17], ce n’est pas en vertu d’un quelconque désir de «sauver les Juifs». … Si Ben Gourion jugeait vital d’encourager l’immigration, c’était essentiellement dans l’intérêt de la sureté de l’État et de sa puissance militaire, et cet intérêt primait sur tout. … (Selon Ben Gourion,) «L’immigration renforce d’avantage notre sécurité que si nous avions conquis la Cisjordanie, le Golan et l’ensemble de la Galilée réunis.»[18] … «C’est en doublant, en triplant le nombre des immigrants que nous accroîtrons nos forces … C’est là, le plus important, l’essentiel.» … «Nous avons conquis des territoires, mais que ce soit dans le Néguev, en Galilée ou à Jérusalem, leur importance reste mineure tant qu’ils ne sont pas peuplés de colonies. La colonisation, voilà la véritable conquête.»“[19]

Ainsi contrairement à ce qu’affirme le mythe fondateur de l’État d’Israël relayé à saturation depuis des décennies par la propagande israélienne, la priorité du nouvel État n’était pas de “sauver les Juifs“, d‘être un havre de sécurité face à l’universel antisémitisme meurtrier mais de les utiliser afin de s’approprier et de sécuriser la plus large part possible de la Palestine mandataire. “Les habitants juifs de la frontière, écrit Idith Zertal, pour une bonne part des survivants de la Shoah venus s’installer dans un pays qui leur était encore étranger, (étaient en 1953) la population la plus faible et la plus délaissée d’Israël. … Ils avaient été envoyés, sans être consultés, dans ces villages frontaliers – qui étaient très souvent des villages récemment abandonnés et transformés en colonies pour les immigrants – pour devenir un rempart vivant pour le nouvel État.“[20]

La plupart des Juifs de la diaspora sont restés dans leur pays. Dès 1952, l’immigration en Israël tombe à 23000 personnes. Au grand étonnement des dirigeants sionistes, leur mouvement n’est pas parvenu à rallier à sa cause la vaste majorité des Juifs. Dès que cet échec fut évident, ces dirigeants se mirent à invoquer la menace d’un nouveau génocide.[21] Pourtant nulle part les Juifs ne courraient le moindre risque d’anéantissement. Plus de 60 ans plus tard, nous en sommes toujours là.

UNE SOCIÉTÉ MILITARISÉE

L’accueil réservé aux centaines de milliers d’immigrés des années 1948-1951 dont je faisais partie contre mon gré, révèle la nature profonde de la société israélienne. “À leur arrivée, les immigrants étaient exposés au mépris des vétérans qui les considéraient comme une masse de réfugiés sans plus de fierté ni de dignité. On les traitait communément de «déchets humains», Avak Adam en hébreu[22]. … Que ce soit les immigrants orientaux des pays arabes ou les nouveaux arrivants venus d’Europe, ils connurent tous le même sort.“[23]

Les Israéliens de souche – les vétérans sionistes et les natifs[24] – méprisaient profondément tous ces immigrants parce qu’à leurs yeux ils avaient accepté de vivre sans prendre les armes dans un exil – Be’gallout – où ils étaient haïs et menacés. Ils reprochaient aux Juifs d’origine européenne qu’ils traitaient volontiers de “savon“, de s’être "laissés égorger à genoux“, "laissés mener à l’abattoir comme des moutons“. Pour les Juifs d’origine nord-africaine, Égypte  comprise ou balkanique, Turquie comprise – Sfaradim, Espagnols en hébreu – et ceux d’origine asiatique – Misrahim, Orientaux en hébreu – s’ajoutait l’opprobre d’être considérés comme des primitifs, des sous-développés par les Israéliens de souche – en grande majorité des Ashkénazes d’origine européenne – qui relayaient les préjugés racistes occidentaux.[25] Tout qui prononçait un mot dans une autre langue que l’hébreu moderne – notamment en Yiddish – était agressivement rappelé à l’ordre sioniste, “Parle l’hébreu!“ (daber ivrit!). Un des indices les plus probants du profond mépris des nouveaux immigrés qu’ils soient orientaux, séfarades ou ashkénazes, a été l’incitation – dans le cas de l’armée, pratiquement l’obligation – à hébraïser leur nom.

Au niveau idéologique, il y avait donc d’une part ceux qui avaient la dignité d’avoir – par les armes – créé l’État d’Israël et assuré sa sécurité et d’autre part ceux qui avaient l’indignité d’avoir accepté de vivre – sans prendre les armes – sous une menaçante domination étrangère. En d’autres termes, le colon armé était la norme fondamentale pour l’individu et son corolaire social, la colonisation de peuplement militarisée, était la norme fondamentale de la société.

Une manifestation particulièrement révélatrice du fait que cette norme – la primauté du colon armé – fonde toujours la société israélienne, est la symbiose totale qui y existe au niveau des plus hautes autorités politiques et militaires.

David Ben Gourion a été, à la fois, le premier Premier Ministre et le premier Ministre de la Défense qui en hébreu se dit Ministre de la Sécurité. Juste avant et durant la guerre 1948-1949, Il dirige les forces armées juives, d’abord l’armée clandestine sous le mandat britannique – la Hagana (défense) – puis l’armée régulière israélienne – dite Armée de Défense d’Israël, généralement abrégé en Tsahal – dont il est le créateur.

Sous le ministère de Ben Gourion, deux futurs Premiers Ministres qui seront également à la fois Ministre de la Défense, ont été Directeur général du Ministère de la Défense. D’abord de 1952 à 1954 Levy Eshkol membre fondateur de la Hagana, puis de 1954 à 1958, Shimon Peres qui a été, avant et durant la guerre de 1948, le responsable officiel du recrutement en hommes et de l’approvisionnement en armement de l’armée clandestine puis de l’armée régulière.

Trois Généraux dont 2 Chefs d’État-major – Ariel Sharon, Yitzhak Rabin et Ehud Barak – seront également à la fois Premier Ministre et Ministre de la Défense.

On compte également parmi les Premiers Ministres, les Chefs des deux principaux groupes terroristes qui ont opéré avant et durant la guerre 1948-1949 – Menahem Begin, Chef de l’Irgun (de Irgun tsvaï lehoumi, Organisation militaire du Peuple) et Yitzhak Shamir, Chef du Lehi (Lohamei Herut Israel, Combattants pour la liberté d’Israël).[26]

Loin de ce que proclament l’idéologie sioniste et la propagande israélienne, le fondement de l’État d’Israël n’est pas de “sauver les Juifs“, d’être un refuge face à l’universel antisémitisme meurtrier mais l’ultranationalisme, la primauté absolue du service de la nation – le Grand Israël – sur tout le reste, y compris la vie et la sécurité des Juifs. En pleine terreur antisémite, “La veille des pogroms de la Nuit de Cristal (novembre 1938), Ben Gourion déclarait que la «conscience humaine» pourrait amener différents pays à ouvrir leurs portes aux Juifs réfugiés d’Allemagne. Il y voyait une menace et tira un signal d’alarme: «Le sionisme est en danger!»“.[27]

 

[1] Voir Tom Segev, Les premiers Israéliens, Calmann-Lévy, p.121.

[2] Comme dans le cas d’autres "nouvelles nations", tels les États-Unis, le Canada ou l’Australie, la création de l’État d’Israël s’inscrit dans la colonisation de peuplement. Ce dont attestent d’ailleurs les noms donnés aux premières institutions sionistes: la Jewish Colonization Association (ICA) qui devient la Palestine Jewish Colonization Association (PICA) après la première guerre mondiale ou la Palestine Land Development Company (PLDC), créée en 1908 au sein du mouvement sioniste. Voir Laurens, Hendry, "De Theodor Herzl à la naissance d’Israël", Manières de voir N°98, Le Monde diplomatique avril-mai 2008.

[3] En hébreu, “notre pays“ se dit artzénou littéralement, notre Terre ou bien haaretz, littéralement “la“ Terre.

[4] Littéralement, “chacun des gars est le bon pour l’arme“ (kol bachour hatov le nèchèk).

[5] “Le terme hébreu galout exprime la condition et les sentiments d’une nation déracinée de sa patrie et soumise à la domination étrangère. Le terme s’applique essentiellement à l’histoire et à la conscience historique du Peuple juif depuis la destruction du Second Temple jusqu’à la création de l’État d’Israël.“ Galut, in Encyclopedia Judaica. La destruction du Second Temple signifie la déportation et la captivité des Hébreux à Babylone (environ -600).

[6] “D’après le récit sioniste, 1’histoire commence toujours avec les attaques de maraudeurs arabes contre les colons juifs; il n’y est nullement question d’implantations juives dans un pays habité par les Arabes, ni d’aucune forme d’éviction ou de dépossession de la population autochtone. «Des gens tranquilles, cultivant la terre de leur patrie, sont soudainement attaqués par des bandits. Que devons-nous faire sur notre propre terre?» écrivait Ben Gourion (en 1920) ….“ Idith Zertal, La nation et la mort, éd. La Découverte, 2004, p.31. Sur base des chiffres fournis par Alain Gresh et Dominique Vidal (Les 100 clés du Proche-Orient, Fayard, 2011, p. 71), on estimer qu’en 1918 l’immigration sioniste – le nouveau yichouv – constituait moins de 6% de la population (environ 35000 sur 600000). Parmi les chants très régulièrement utilisés au cours des rituels, il y avait un hymne à la gloire de la résistance héroïque de Tel Haï (Coline de la vie), petite colonie agricole de Galilée détruite en 1920 par des habitants arabes de la région et où 6 pionniers armés avaient été tués. Parmi les morts se trouvait le leader de la colonie, un officier d’origine russe qui avait “une grande expérience militaire (…héros de la guerre russo-japonaise de 1905 dans laquelle il avait perdu un bras)“. Idith Zertal, La nation … p.21. Pour les divergences entre ce qui s’est effectivement passé et le traitement idéologique qui fait de cet événement un élément central du mythe fondateur de l’État d’Israël, voir Idith Zertal, La nation … p.16-36.

[7] Corps d’élite de la Hagana (défense, armée clandestine sous le mandat britannique) situé idéologiquement très à gauche dans la mouvance socialiste et qui a sans doute été le principal fer de lance du nettoyage éthique des Palestiniens en 1948.

[8] Cité par Tom Segev, Les premiers …, p.157.

[9] Tom Segev, Les premiers …, p.120.

[10] Afin d’éviter que les candidats à l’émigration n’aient vent des difficultés que connaissaient les immigrants à leur arrivée en Israël, les autorités israéliennes prirent la décision de censurer les lettres qu’ils envoyaient à leur famille. “«On m’a menti, écrivit un immigrant d’Afrique du Sud à sa mère. Je veux renter au plus vite. Je t’en prie, emprunte, vole, met en gage tout ce que tu possèdes, mais envoie-moi de l’argent, je ne tiendrai pas une semaine de plus (…) C’est un pays sans foi ni loi.» Sa mère ne reçu jamais cette lettre. Elle fut confisquée par le Mossad qui l’archiva dans ses dossiers, avec la mention «censurée».“  Tom Segev, Les premiers …, p.133. Pour d’autres illustrations de cette tromperie systématique, voir Ibid. p. 132-135.

[11] “Une cellule clandestine juive, dirigée par des agents secrets envoyés par Israël, posa des bombes dans des centres juifs, afin de semer la panique parmi les Juifs irakiens et de provoquer un exode massif vers Israël. Le 14 janvier 1951, un engin explosa dans la cour de la synagogue Mas’oudah Shemtov de Bagdad, alors que des centaines de fidèles s’y trouvaient rassemblés. L’attentat fit quatre morts dont un garçon de 12 ans, et une vingtaine de blessés.“ Ella Shohat, Le sionisme du point de vue de ses victimes juives, Les Juifs orientaux en Israël, Éd. La fabrique, 2006. P.64. Cette stratégie ultranationaliste – primauté absolue au service de la nation – que ses partisans qualifiaient eux-mêmes de “sionisme cruel“, a parfaitement réussit. Pratiquement tous les Juifs irakiens ont émigré en Israël alors qu’avant ces attentats ils avaient été extrêmement peu nombreux à le faire.

[12] Tom Segev, Les premiers …, p.157.

[13] Voir Tom Segev, Les premiers …, p.143-151.

[14] Notamment en Pologne où le sentiment de culpabilité lié au Génocide était très fort, il existait une réelle volonté d’intégrer les Juifs qui désiraient rester. La grande majorité des Juifs voulaient émigrer mais en minorité seulement vers Israël.

[15] Comme l’écrit le Chef du département de l’Immigration de l’Agence juive de l’époque, “En Libye, la situation est convenable. Nous risquons de voir tarir cette source d’immigration. … Même les Juifs qui ne souhaitent pas partir (de chez eux) doivent être amenés de force“. Tom Segev, Les premiers …, p.135.

[16] Selon un “envoyé“ d’Israël auprès des communautés juives des États-Unis, “Seule la détresse pourra conduire à des flots d’immigration massive. C’est la cruelle vérité, que nous le voulions ou non. Nous devons envisager de susciter ou de répandre cette détresse dans la Diaspora (…). Il faut en effet pousser les Juifs à quitter leur lieu de résidence.“. Tom Segev, Les premiers …, p.134.

[17] Tom Segev analyse particulièrement la provenance des immigrés arrivés en 1949. Sur un total de 239.141, 109000 venaient de l’Europe de l’Est et des Balkans dont 47000 de Pologne et 20000 de Bulgarie; 71000, d’Asie dont 26000 de Turquie et 35000 du Yémen; 39500, d’Afrique du Nord; 19000, d’Europe occidentale et d’Amérique. Tom Segev, Les premiers …, p.120.

[18] En juin 1967, ce sera chose faite – c’est à dire l’établissement du Grand Israël – et la colonisation de peuplement militarisée a aussitôt repris dans les territoires nouvellement occupés.

[19] Tom Segev, Les premiers …, p.121. Les citations sont extraites des instructions de Ben Gourion aux représentants israéliens à la Conférence de Lausanne (avril 1949).

[20] Idith Zertal, La nation … p.246-247. En 1949, l’orphelinat où je me trouvais en Belgique, à été “implanté“ à la frontière de Gaza dans des bâtiments palestiniens délabrés. Nous n’avions pas été consultés. J’ai essayé de rester en Belgique – où je suis né et où mes concitoyens m’avaient littéralement sauvé la vie au prix d’énormes risques – mais on ne m’a pas laissé le choix. Nos conditions de vie étaient plus que rudimentaires. Les armes – des fusils de guerre Mauser tchèques et de mitraillettes Sten israéliennes – étaient la seule chose dont nous étions largement pourvus. Nous n’avions reçu aucune formation. Je suis encore hanté par le fait qu’en jouant avec un Mauser j’ai été à 2 doigts de tuer un autre gosse de l’orphelinat.

[21] Tom Segev, Les premiers …, p.140.

[22] Littéralement poussière d’homme, au sens d’humain. En hébreu, l’être humain se dit ben adam, fils d’homme.

[23] Tom Segev, Les premiers …, p.141.

[24] Les natifs étaient surnommés sabra, figues de barbarie, sucrées à l’intérieur et urticantes en surface.

[25] Voir Ella Shohat, Le sionisme …, notamment p.41-50. En fait, les Juifs ashkénazes qui étaient jugés “traditionnels“ par les Israéliens de souche étaient également considérés comme des arriérés. Pour les Juifs sépharades et orientaux s’ajoutait l’idée qu’il s’agissait de sauvages, de non civilisés.

[26] Au moins 5 des 8 Premiers Ministres qui viennent d’être cités – Ariel Sharon, Yitzhak Rabin, Ehud Barak, Menahem Begin et Yitzhak Shamir – ont été directement impliqués dans des massacres de civils. Il y a eu en tout 12 Premiers Ministres différents.

[27] Tom Segev, Le septième …, p.38-39.

Le Sionisme et l’antisémitisme:  l’Accord signé en août 1933 entre les plus hautes autorités sionistes et nazies           


 Jacques Bude ( Professeur émérite de psychologie sociale de l’ULB. Mère et père assassinés à Auschwitz. "Enfant caché" sauvé au prix d"énormes risques et sans la moindre rétribution par des gens d’ici, chez nous en Belgique)

 

 

 

“Si j’avais su qu’il était possible de sauver tous les enfants d’Allemagne en les transportant en Angleterre, mais seulement la moitié en les transportant en Palestine, j’aurais choisi la seconde solution – parce que nous ne devons pas seulement faire le compte de ces enfants, mais nous devons faire le compte de l’histoire du peuple juif.“

Ben Gourion, décembre 1938.

Un mois après les Nuits de cristal[1]

 

 

Le 7 août 1933 – quelques mois à peine après l’arrivée de nazis au pouvoir le 30 janvier 1933 – l’Accord Haavara (passage, transfert en hébreu, l’expression hébraïque est également utilisée dans les documents nazis) a été conclu entre les plus hautes autorités de l’État nazi et les plus hautes autorités du Mouvement sioniste, notamment celles de la communauté juive de Palestine (le Yichouv, de Hayichouv Hayehoudi beEretz Israël, l’implantation juive en Terre d’Israël).

Selon cet accord, les Juifs d’Allemagne qui émigraient en Palestine, avaient la possibilité exclusive – l’accord stipulait que seule cette destination pouvait en bénéficier – d’y transférer une partie de leurs capitaux.[2] Un “capitaliste“ – terme utilisé dans l’accord – qui voulait s’installer en Palestine était autorisé à conclure un contrat avec un exportateur allemand pour l’expédition de marchandises dans ce pays. Les marchandises concernées étaient notamment du bois d’œuvre, des pompes et des machines agricoles. L’exportateur allemand était payé sur le compte bloqué du Juif émigrant qui après son arrivée – souvent 2 ou 3 ans plus tard – recevait de l’Agence Juive la contrepartie en livres palestiniennes. Il s’agissait donc d’un accord de clearing commercial et nullement d’échange de Juifs contre des marchandises palestiniennes. L’accord concernait uniquement les Juifs qui disposaient de capitaux importants.[3] Des opérations de troc de ces mêmes marchandises allemandes contre des produits de Palestine se sont ajoutées aux opérations de clearing. Toutes ces opérations se sont poursuivies même après les Nuits de cristal du 8 au 10 novembre 1938; jusqu’à la Déclaration de Guerre en septembre 1939 selon Raul Hilberg[4] et jusqu’au milieu de la Guerre 1939-1945 selon Tom Segev[5].

L’accord Haavara s’inscrit dans un important projet d’irrigation agricole en Palestine. Lévi Eshkol (à l’époque Lévi Shkolnik) a sans doute été le principal promoteur de l’accord. Il était un des fondateurs de la Histadrout – Fédération Générale du Travail – où il était le responsable de la promotion de l’agriculture coopérative. Au moment de la négociation et de la signature de l’accord, il était le représentant à Berlin d’une firme (Yachin[6]) associée à la Histadrout. Selon la notice biographique diffusée par le Ministère des Affaires étrangères israélien: “En 1937 Levi Eshkol a joué un rôle central dans la création de la Compagnie des Eaux Mekorot et, dans ce rôle, il a contribué de façon décisive à convaincre le Gouvernement allemand de permettre aux Juifs qui émigraient en Palestine d’emporter une partie de leurs fonds – principalement sous forme d’équipements fabriqués en Allemagne. Directeur Général de Mekorot jusqu’en 1951, il a introduit un système national de gestion de l’eau qui a rendu possible une agriculture irriguée intensive.“[7] La compagnie Mekorot était associée à la Histadrout.

Il est évidemment significatif que ce principal promoteur de l’accord Haavara soit un des plus hauts responsables de la communauté juive implantée en Palestine mandataire puis de l’État d’Israël. Lévi Eshkol faisait partie du Haut Commandement de la Hagana, l’armée clandestine juive sous le Mandat britannique et il est en 1950-1951 le Directeur Général du Ministère de la Défense. De 1949 à 1963, il est le Chef du Département Colonisation de l’Agence juive.[8] En 1951, il devient Ministre de l’Agriculture et du Développement. Il est Ministre des Finances de 1952 à 1963. En 1963, il succède à David Ben Gourion à la fois comme Premier Ministre et comme Ministre de la Défense.

L’accord Haavara a suscité de vives oppositions parmi les Juifs de l’époque. Cet accord qui bénéficiait du soutien des plus hautes autorités nazies[9] et des plus hautes autorités sionistes[10], traduisait les intérêts complémentaires des nazis qui voulaient que les Juifs quittent l’Allemagne et des sionistes qui voulaient qu’ils émigrent en Palestine. Or la plupart des Juifs allemands auraient préféré rester dans leur pays. L’idée d’un boycott économique et diplomatique international naquit aux États-Unis avec le soutien du Congrès juif américain. Il avait pour but d’essayer de forcer les nazis à mettre fin aux persécutions afin que les Juifs puissent continuer à vivre en Allemagne.[11]

Le débat entre l’incitation à l’émigration en Palestine et l’appel au boycott de l’Allemagne nazie s’inscrit dans l’opposition qui existait de longue date entre sionisme et assimilation, entre d’une part la volonté de certains Juifs – une petite minorité – d’émigrer en Terre d’Israël et d’autre part la volonté d’autres Juifs – une écrasante majorité – de rester dans leur pays ou d’émigrer ailleurs qu’en Israël, ce qui impliquait évidemment le désir que leurs droits humains soient respectés partout – notamment en Allemagne – et donc de combattre l’antisémitisme.

Selon Ben Gourion, “Les assimilationnistes ont toujours déclaré la guerre à l’antisémitisme. Aujourd’hui, cette guerre s’exprime par un boycott contre Hitler. Le sionisme, lui, a toujours plaidé pour l’indépendance du peuple juif dans sa patrie. Aujourd’hui, certains sionistes ont rejoint le chœur des assimilationnistes: «guerre» à l’antisémitisme. Mais nous devons donner une réponse sioniste à la catastrophe que subissent les Juifs allemands – transformer ce désastre en une occasion de développer notre pays, et sauver les vies et la propriété des Juifs d’Allemagne pour le bien de Sion. C’est ce sauvetage qui a priorité sur tout le reste.“ Et Ben Gourion de conclure que se focaliser sur le boycott constituerait un “échec moral“ d’une envergure sans précédent.[12]

À l’évidence, “sauver les Juifs“ n’était pas la priorité de celui qui sera 10 ans plus tard le Père fondateur de l’État d’Israël. Il déclare le 7 décembre 1938, soit un mois à peine après les Nuits de cristal: “Si j’avais su qu’il était possible de sauver tous les enfants d’Allemagne en les transportant en Angleterre, mais seulement la moitié en les transportant en Palestine, j’aurais choisi la seconde solution – parce que nous ne devons pas seulement faire le compte de ces enfants, mais nous devons faire le compte de l’histoire du peuple juif.“[13] Bref l’ultranationalisme, la priorité du bien de Sion sur tout le reste.

Les opérations de clearing commercial de l’accord Haavara permettaient exclusivement le départ des Juifs fortunés. Or, les nazis voulaient aussi et plus encore se débarrasser de tous les autres. Reinhardt Heydrich, Chef de la Police de Sécurité du Reich, déclare le 12 novembre 1938, soit 2 jours après les Nuits de cristal, “Le problème n’était pas de faire partir les Juifs riches mais de se débarrasser de la racaille juive“. Ce féroce antisémite a même mis sur pied – en soutirant des fonds à des Juifs fortunés – diverses formes d’aide pour que des Juifs pauvres puissent se payer le voyage en Palestine.[14]

J’ai noté que dans le cadre de l’accord Haavara, le troc entre marchandises allemandes – matériaux de construction, pompes et machines agricoles – et palestiniennes s’était ajouté aux opérations de clearing commercial. Il semble clair que les autorités sionistes n’ont jamais envisagé de troquer des Juifs sans fortune contre des produits de Palestine. En d’autres termes, les plus hautes autorités du mouvement sioniste – notamment celles de la communauté juive implantée en Palestine – ont préféré se procurer des instruments de colonisation plutôt que de permettre à des Juifs d’échapper au massacre nazi. Ce qui est parfaitement conforme au sionisme réel: priorité absolue à la colonisation de la Terre d’Israël.

Les quelque 20000 Juifs fortunés qui ont bénéficié de l’accord Haavava, lui doivent plus que probablement la vie[15] puisque les 200000 Juifs d’Allemagne et d’Autriche qui n’ont pas réussi à fuir parce qu’ils ne disposaient pas des capitaux nécessaires, ont pratiquement tous été assassinés.

En 1953, ces Juifs assassinés ont quand même pu contribuer au “bien de Sion“ puisqu’ils ont permis à l’État d’Israël d’obtenir des "réparations" un peu plus plantureuses. En effet, le nombre des victimes juives du Génocide a servi de base au calcul du montant des "réparations" allemandes. Au moment où elles négociaient ce montant, les autorités de l’État d’Israël – celles-là mêmes qui avaient négocié l’accord Haavara - ont envisagé, sans doute par gratitude, d’accorder la citoyenneté israélienne à titre posthume aux victimes du génocide.[16]

L’accord Haavava montre clairement que, contrairement à ce que proclame l’idéologie sioniste – mythe fondateur de l’État d’Israël -, la priorité des plus hautes autorités sionistes n’était pas de “sauver les Juifs“ mais de peupler et de coloniser la Terre d’Israël. “La veille des pogroms de la Nuit de Cristal, Ben Gourion déclarait que la «conscience humaine» pourrait amener différents pays à ouvrir leurs portes aux Juifs réfugiés d’Allemagne. Il y voyait une menace et tira un signal d’alarme: «Le sionisme est en danger!»“[17] À l’évidence, les autorités sionistes ne cherchaient pas à combattre l’antisémitisme mais à l’instrumentaliser afin d’amener les Juifs à contribuer à la colonisation de la Palestine.

La machine de propagande de l’État d‘Israël – avec ses puissantes officines à l’étranger, telles l’AIPAC aux États-Unis, le CRIF en France, le CCOJB en Belgique, … – perpétue l‘instrumentalisation de l’antisémitisme au service de la Terre d’Israël. La tâche est toutefois plus ardue qu’au temps des nazis car aujourd’hui la haine meurtrière des Juifs est tout fait marginale. Dès lors, la machine de propagande israélienne – avec l’efficacité que lui confère une odieuse invocation du génocide – ressasse à satiété que l’antisémitisme meurtrier est omniprésent – particulièrement dans les immigrations musulmanes – et que les condamnations de la politique officielle de l’État d’Israël envers les Palestiniens n’expriment pas une révulsion face à des crimes contre l’humanité et à des crimes de guerre mais la volonté antisémite immémoriale de détruire les Juifs. De plus, cette machine de propagande et ses officines affirment sans relâche que pratiquement tous les Juifs s’identifient à l’État d’Israël et soutiennent sa politique criminelle, ce qui constitue une incitation à l’antisémitisme bien plus efficace que les ignobles mensonges largement discrédités des négationnistes.

[1] “Des rapports – incomplets – (des autorités nazies) donnaient les chiffres suivants: 815 magasins détruits; 171 maisons incendiées; 191 synagogues brûlées; 14 chapelles de cimetière, salles de réunion communautaires et bâtiments du même genre démolis. Vingt mille Juifs furent arrêtés, trente-six tués, trente-six autres gravement blessés.“ Raul Hilberg, La destruction des Juifs d’Europe, Paris, Folio, 1999, p.44.

[2] Voir Raul Hilberg, La destruction …, notamment p.125.

[3] “Tout Juif qui émigrait en Palestine (était autorisé) à emporter mille livres sterling en devises étrangères et à envoyer par bateau une quantité de marchandises d’une valeur de 20000 marks et même davantage. … La somme de mille livres sterling était nécessaire pour obtenir l’autorisation de la Grande-Bretagne de s’installer en Palestine en tant que Capitaliste – on appelait ainsi cette catégorie d’immigrants. C’était une somme importante; une famille de quatre personnes pouvait vivre dans un confort bourgeois avec moins de 300 livres sterling par an.“ Tom Segev, Le septième million, Éd. Liana Levi, 2010, p.27.

[4] Raul Hilberg, La destruction …, p.125

[5] Tom Segev, Le septième …, p.30. Dans ce cas, le système Haavara enfreignait le Blocus de l’Allemagne imposé par les Alliés au moment de la Déclaration de guerre en septembre 1939.

[6] Il s’agit probablement d’une entreprise de commercialisation de produits agricoles, sans doute des agrumes. Il existe aujourd’hui en Israël une Yachin-Hakal Company Ltd. qui dans le passé était associée à la Histadrout et qui en 2013 est qualifiée de “Israel’s largest citrus fruit growers“. http://jewishbusinessnews.com/2013/07/25/

[7] www.mfa.gov.il/MFA/Facts%20About%20Israel/State/Levi%20Eshkol. Ma traduction de l’anglais.

[8] Head of the settlement division of the Jewish Agency. (settlement: colonie, implantation)

[9] L’Accord a été signé au Ministère des Finances du Reich. Voir Tom Segev, Le septième …, p.27.

[10] Lévi Eshkol n’a pas été le seul futur Premier Ministre israélien à soutenir l’accord. “D’autres futurs Premiers ministres avaient été également engagés à différents stades de la Haavara. David Ben Gourion et Moshé Shertok (plus tard Sharett) se battirent pour l’accord de la Haavara lors de congrès sionistes et au sein de l’exécutif de l’Agence juive. Golda Meyerson (plus tard Meïr) le défendit à New York.“ Tom Segev, Le septième …, p.29.

[11] “Les nazis … ne prirent pas à la légère la capacité des Juifs à leur causer du tort; ils menacèrent la classe dirigeante juive en Amérique, ils organisèrent un boycott d’une journée contre les magasins juifs en Allemagne et donnèrent un coup d’accélérateur aux négociations de l’accord de la Haavara. L’un de leurs buts était de diviser le monde juif entre les partisans de la Haavara et les partisans du boycott. Et la division eut effectivement lieu.“ Tom Segev, Le septième …, p.35.

[12] Tom Segev, Le septième …, p.37.

[13] Déclaration faite au Comité Central de son parti, le Mapai (socialiste). Voir Tom Segev, Le septième …, p.38.

[14] Raul Hilberg, La destruction …, p.127.

[15] Ils perdirent 35% de leur capital et furent forcés d’attendre longtemps leur argent, parfois pendant deux ou trois années mais ils ont survécu. Voir Tom Segev, Le septième …, p.30.

[16] "Le projet de loi sur la Commémoration de la Shoah et des Héros (Yad Vashem, 1953) … comportait une clause prévoyant l’attribution à titre commémoratif de la citoyenneté israélienne à tout ceux qui étaient morts pendant la Shoah." Idith Zertal, La nation … p.85.

[17] Tom Segev, Le septième …, p.38-39.

Les appels au boycott de produits israéliens ont-ils un effet ?


 

WILLY LE DEVIN ET DOMINIQUE ALBERTINI 29 AOÛT 2014 À 06:58

Manifestation propalestinienne à Paris le 26 juillet 2014. (Photo Kenzo Tribouillard. AFP)

Manifestation propalestinienne à Paris le 26 juillet 2014. (Photo Kenzo Tribouillard. AFP)

ENQUÊTE

Chaque jour en France et en Europe, les militants de la campagne BDS organisent des actions dont le résultat commence à se faire sentir.

Tintamarre sous les fenêtres de France 3 Lyon, actions ciblées dans les supermarchés, campagnes suractives sur les réseaux sociaux, la campagne BDS — Boycott, Désinvestissement, Sanctions —, fleurit tous azimuts. Son objectif ? Convaincre les citoyens de ne plus recourir aux marques et financements israéliens tant que l’Etat hébreu n’infléchira pas sa «politique coloniale». Depuis le début du conflit à Gaza, et malgré le cessez-le-feu illimité conclu mardi, l’ampleur des actions grandit à vue d’œil et ce, sur l’ensemble du territoire européen. Jeudi, c’est le festival du film de Bristol, en Angleterre, qui a renoncé à une partie de son financement par l’ambassade israélienne.

SUR LE MÊME SUJET

«Qu’on donne un Etat aux Palestiniens !» 

Par Willy Le Devin

Il y a quelques jours, Libération a assisté à l’une de ces actions musclées mais pacifiques. Durant quelques minutes, cinq activistes ont pris possession des rayons d’un hypermarché de Seine-Saint-Denis pour expliquer aux clients pourquoi, selon eux, il ne faut plus acheter de produits israéliens. Une jeune femme se saisit d’un mégaphone et harangue, devant des vigiles plutôt placides :«Israël est un état colonial qui viole quotidiennement le droit international. Pourtant, Israël n’est pas au-dessus des lois. Tant que ce pays continuera, nous vous demandons de ne plus faire vivre ses entreprises. Nous ne désignons pas un peuple, pas une religion, mais une politique scandaleuse, inhumaine, et dommageable.» Massés autour, mi-curieux mi-amusés, les consommateurs écoutent attentivement. Les militants BDS se lancent alors dans l’énumération d’une longue liste de marques à délaisserde fruits et légumes, boissons

 

«DÉMARCHE CONCRÈTE, CITOYENNE»

Dans les manifestations propalestiniennes qui ont animé l’été hexagonal, les leaders associatifs se pliaient au même exercice, donnant aux cortèges des petits airs de l’émission Téléshopping. Membre du Collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens (CNPJDPI), Youssef Boussoumah décèle un réel engouement pour la campagne BDS, notamment auprès des jeunes : «Le ressort semble définitivement cassé entre eux et la politique. Beaucoup annoncent qu’ils ne voteront plus en 2017. En revanche, ils sont séduits par les initiatives de boycott car il s’agit, à leurs yeux, de démarches concrètes, citoyennes et efficaces.»

Partie de la société civile palestinienne en 2004, la campagne BDS a depuis pris une ampleur internationale. Sa déclinaison française, qui a pris du poids en 2009 dans la queue de comète de l’opération militaire israélienne «Plomb durci», regroupe aujourd’hui une quarantaine d’associations et de partis politiques — dont le Parti de gauche, le NPA, la Confédération paysanne et les syndicats Solidaires et CNT.«Souvent les gens ne retiennent de notre action que le boycott des produits israéliens, note Jean-Pierre Bouché, dirigeant du collectif affilié Stop Apartheid à Toulouse. Or, nous incitons également les entreprises internationales à se retirer d’Israël, et les Etats à le sanctionner. Par ailleurs, le boycott a aussi une dimension académique et culturelle.»

L’initiative ne manque évidemment pas de susciter des critiques. Dans un communiqué publié en juin, le président de la chambre de commerce France-Israël, Henri Cukierman, soulignait que «la loi française interdit le boycott en raison de la race, de la religion ou de la nationalité.» Assurant que «10% des Palestiniens travaillent pour des employeurs israéliens», il assimilait l’action du BDS à une nouvelle «Nuit de cristal», en référence aux attaques de commerces juifs menées en novembre 1938 dans l’Allemagne nazie.

«UNIQUEMENT CONTRE DES INSTITUTIONS»

Familier de cette accusation, les animateurs de BDS la contestent avec vigueur.«Nous ne nous mobilisons jamais contre des individus ou une communauté, mais uniquement contre des institutions, explique Imen Habib, une coordinatrice du mouvement. Jean-Pierre Bouché complète : «Nous ne déconseillons à personne d’écouter de la musique israélienne ou de voir les films d’Amos Gitai. En revanche, nous désertons les événements culturels patronnés par l’ambassade ou les consultats d’Israël.»

Le boycott des produits de consommation courante, notamment alimentaires, demeure l’aspect le mieux connu et le plus facilement applicable de la mobilisation. Sur Internet, plusieurs sites, dont celui du BDS, dressent la liste des marques à éviter. Expliquent que le nombre 729, censé caractériser les code-barres israéliens, est en réalité peu fiable. Et dénoncent, photos à l’appui, les supposées tricheries de certains magasins : telle mangue serait ainsi présentée comme dominicaine, alors que son étiquette porte la mention «Pays d’origine Israël». Pour aider ses militants, BDS réfléchit à lancer une application numérique pour guider le consommateur pendant ses achats.

«LA SITUATION AFFECTE VRAIMENT NOS AFFAIRES»

Quel est vraiment l’impact de cette campagne ? Les groupes de grande distribution contactés par Libération n’ont pas souhaité commenter le phénomène. Tout au plus  Auchan confirme-t-il être «confronté à des opérations de boycott»«étudier les suites à donner au cas par cas», et respecter scrupuleusement les règles d’étiquetage. Même discrétion chez le groupe pharmaceutique israélien Teva : «Ils ne veulent pas mélanger le business et la politique», explique une source proche de l’entreprise.

D’autres sont pourtant plus prolixes. «D’habitude, les gens se battent pour vendre nos produits, raconte Yinon Osem, PDG de l’entreprise Edom Fruits, basée dans un kibboutz de la vallée du Jourdain. Là, il se passe quelque chose, en France notamment. Aucun supermarché ne nous a formellement dit qu’il est confronté à un boycott. Mais on se rend compte que, s’ils ont une alternative à nos produits, ils ont tendance à la privilégier.» Un phénomène que l’entrepreneur attribue à«l’influence de la communauté musulmane». Même constat du côté de BeFresh, un groupe exportateur de fruits et légumes : «La situation affecte vraiment nos affaires, reconnaît Oron Ziv, l’un de ses représentant en Europe. Nous recevons des annulations de commandes. Nos clients semblent faire profil bas et attendre que la tension retombe.»

Certes, le conflit à Gaza n’est pas seul en cause : le contexte économique, de bonnes récoltes fruitières en Europe, les sanctions contre la Russie contribuent eux aussi à cette situation. Mais tant les médias que le gouvernement israéliens reconnaissent l’existence d’un boycott, et redoutent ses conséquences. En mars, avant même le début des opérations militaires à Gaza, le ministre des Finances Yair Lapid estimait qu’un tel mouvement pourrait coûter 2,3 milliards d’euros et près de 10 000 emplois à l’économie israélienne. Le Premier ministre Benyamin Nétanyahou a qualifié la perspective d’un boycott d’«immorale et injustifiée».

Pourtant, le mouvement semble bien s’être étendu ces derniers mois. D’autant que certaines initiatives sont d’une toute autre ampleur que celles de la campagne BDS. Plusieurs grandes entreprises européennes ont ainsi renoncé à des investissements en Israël, en raison de liens entre des sociétés locales et les colonies. A partir du 1erseptembre, ces dernières cesseront par ailleurs d’exporter vers l’UE leurs volailles et produits laitiers, afin de se conformer à des directives européennes. Enfin, plusieurs pays européens, dont la France, déconseillent désormais officiellement d’investir dans les colonies israéliennes – considérées comme illégales au regard du droit international.

Willy LE DEVIN et Dominique ALBERTINI

source

Gaza : des perdants à perte de vue


 

 

 

 

Gaza: tentative de bilan nuancé et sans complaisance

 

ANALYSE
Après cinquante jours de bombardements et une invasion terrestre, les Gazaouis se sont réveillés ce mercredi matin en constatant que le calme prévalait enfin. Mais, en quoi consiste le «cessez-le-feu illimité» accepté par Israël et les Palestiniens et qui sont les vainqueurs ou les perdants de ce conflit?

Accord limité
L’accord négocié au Caire par une délégation palestinienne unifiée (Fatah, Hamas, Djihad islamique, etc.) n’a pas été rendu public mardi. Ce qu’on en sait reste vague à l’exception d’une petite extension de la zone de pêche: l’ouverture des passages entre Israël et la bande de Gaza et un allègement du blocus pour l’acheminement rapide de l’aide humanitaire, mais les questions les plus sensibles, comme la libération de prisonniers palestiniens, l’ouverture d’un aéroport et d’un port à Gaza ou la démilitarisation de l’enclave sont remises à de nouveaux pourparlers prévus au Caire dans un mois. Le gouvernement israélien et le Hamas ont tous deux crié victoire. En réalité, tout le monde a perdu.

Le Hamas debout mais sans gain concret
Les islamistes qui dirigent la bande de Gaza d’une main de fer ont signé un accord humiliant. Aucune de leurs revendications – populaires car partagées par tous à Gaza – n’est acquise alors qu’ils avaient juré qu’ils se battraient jusqu’au bout. Israël n’a promis ni l’ouverture des points de passage ni la libération des prisonniers ou l’ouverture d’un port et d’un aéroport. L’Egypte n’a rien promis non plus. Les termes d’un cessez-le-feu déjà promu par les Egyptiens le 15 juillet et rejeté par le Hamas ressemblaient à s’y méprendre à ce que le même Hamas, très affaibli, vient d’accepter.
Certes, l’image du Hamas résistant, résilient, peut être portée aux nues par ses partisans. Les militants, audacieux, inventifs et courageux aux dires mêmes de plusieurs observateurs israéliens, ont infligé à Israël des pertes militaires (64 soldats) sans précédent de la part d’une organisation palestinienne. Ils ont aussi paralysé le sud d’Israël et même, pendant deux jours, l’aéroport de Tel-Aviv.
Mais tout cela à quel prix? Une destruction d’une partie importante de la bande de Gaza, des pertes humaines d’une lourdeur sans précédent non plus (2.100 morts dont 500 enfants, 11.000 blessés). Et une diminution importante des capacités offensives du Hamas, privé de ses tunnels secrets et de la majeure partie de ses roquettes, sans parler de la mort d’un nombre inconnu d’activistes et de plusieurs de ses chefs militaires tués en fin de conflit.
Le Hamas osera-t-il se présenter devant les électeurs avec un tel bilan? L’exécution sommaire, après des simulacres de procès, d’une vingtaine de «collaborateurs» la semaine dernière n’ajoutera rien de positif à sa réputation sauf qu’elle peut apparaître comme une sinistre mise en garde à la population contre toute velléité de contestation.

L’image d’Israël flétrie
Le gouvernement israélien n’a jamais voulu mettre fin au règne du Hamas et prendre le risque de se retrouver aux prises avec Al-Qaïda ou avec le chaos. Tout en se félicitant de l’efficacité du «Dôme d’acier» contre les roquettes palestinienne, son armée a réussi à affaiblir d’importance le mouvement islamiste. Toutefois le retour au statu quo ante signifie qu’un nouveau conflit sanglant peut éclater n’importe quand. Un traitement de fond sur le sort de l’enclave palestinienne est inévitable puisque, décidément, ses habitants ne supportent pas le statut de prisonniers à vie. Est-ce possible sans envisager une paix globale? Encore faut-il que l’exécutif israélien, plus divisé que jamais et composé notamment d’extrémistes, y aspire.
Ces radicaux n’auront sans doute pas l’envie de se pencher sur une conséquence catastrophique des événements sur l’image d’Israël: le monde entier a en effet été abasourdi, voire souvent indigné, par l’ampleur des tueries et destructions infligées par l’armée israélienne à Gaza, qui dépassent d’évidence de loin ce que la traque des cibles «terroristes» impliquerait. Jamais Israël dans son histoire n’a usé d’une telle puissance de feu contre des zones où les victimes civiles sont clairement inévitables.
Quant à la «démilitarisation» de Gaza, exigée avec fermeté par Israël, elle n’a jamais été prise au sérieux par les autres protagonistes au Caire, qui auront constaté qu’Israël négociait, même de manière indirecte, avec les organisations «terroristes» islamistes.

Abbas devient indispensable
A Ramallah, le président de l’Autorité palestinienne (AP) a engrangé des points. Son gouvernement d’unité nationale soutenu de l’extérieur par le Hamas n’a pas explosé. Abbas a même joint la voix de son Fatah à celle des islamistes lors des pourparlers du Caire et les Israéliens semblent désormais le considérer avec moins de mépris car il a su jouer sur tous les tableaux sans rompre avec eux. Si un compromis émerge un jour des futures négociations au Caire, il passera d’évidence par le retour de l’AP à Gaza, pour le contrôle des passages extérieurs et la réhabilitation des infrastructures.
Pour ce cessez-le-feu, Abbas a-t-il dû accepter de ne pas attaquer Israël devant la Cour pénale internationale (où le Hamas aurait aussi des comptes à rendre)? Cette question reste sans réponse pour le moment.

La communauté internationale sans voix.
Si l’Egypte de l’anti-islamiste Sissi a su retrouver une position de médiateur, le reste de la communauté internationale s’est montré indigne de la situation. Personne n’a su peser sur Israël pour lui imposer plus de retenue dans sa politique de destruction massive. L’Union européenne a fait pire, le 22 juillet, en ne blâmant que le Hamas, comme si le contexte de l’occupation et du siège ne constituait qu’un décor négligeable.
Tout reste donc à négocier au Caire. Par des parties qui ont beaucoup perdu. De guerre lasse voudront-elles enfin vraiment parler de paix? L’Histoire commande de voir les choses avec pessimisme, hélas!
BAUDOUIN LOOS
Le Soir du 28 août 2014

Etre un Mensch ou un collabo du plan Dalet?


 

En Hommage à Hajo Meyer [1]

 

C’est un bien beau mot yiddish que Mensch!

Dans la communauté juive, il désigne un être humain de valeur, quelqu’un de bien, une personne d’honneur.

J’ai la chance d’en connaître plusieurs qui m’ont donné leur amitié.

Ils et elles ont toujours été antiracistes, se sont opposés à la dictature franquiste, ont soutenu les Vietnamiens, dénoncé le colonialisme belge, appuyé les luttes de libération d’Algérie, d’Afrique du Sud et d’Amérique latine, manifesté pour les Sahraouis, les Kurdes, les Roms, les Amérindiens, les réfugiés d’Afrique et d’Afghanistan… Bref, ils n’ont jamais cessé de défendre les droits des humains, ici et ailleurs.

 

Certains parmi les plus anciens vont régulièrement rencontrer les enfants dans les écoles pour témoigner de l’abjection du nazisme qui a conduit à l’indicible horreur d’Auschwitz.

Et tous, jeunes et vieux, manifestent aujourd’hui contre les crimes du régime de Netanyahu et s’opposent à ceux qui, dans ce pays, prétendent parler au nom de la communauté juive alors qu’ils ne sont que des propagandistes d’un régime criminel.

 

Le mot hébreu Dalet a, lui, une signification bien moins honorable.

Pour ceux et celles qui l’ignoreraient encore, le plan militaire appelé Dalet a été mis au point en 1947 par les leaders du mouvement sioniste et déclenché avant même la création de l’Etat d’Israël.

Son but était simple : "désarabiser" le futur pays!

 

Comme le déclarait alors Ben Gourion, le fondateur de l’Etat : "Le nettoyage de la

    Palestine demeure l’objectif premier du plan Dalet!" [2]

 

Au début, ce fut un réel succès : quelques 750.000 Palestiniens furent expulsés de leurs maisons ou prirent la fuite, on massacra ceux qui osaient résister – la tuerie de Deir Yassin est restée "célèbre" – et près de 400 villages furent rasés. [3]

Mais quand les bombardements cessèrent, Ben Gourion et ses acolytes durent bien constater que tous les Palestiniens n’avaient pas fui!

Il en restait 160.000 sur le territoire du nouvel Etat.

Ils constituent aujourd’hui plus de 20% de la population israélienne, considérés comme des citoyens de seconde zone et soumis aux lois d’apartheid du régime sioniste.

 

De plus, si le nouveau maître avait contraint une bonne partie des "indigènes" à l’exil au Liban, en Jordanie et en Syrie, il en restait encore beaucoup aux abords du territoire conquis.

Ceux de Cisjordanie se retrouveront plus tard derrière le fameux mur et les autres emprisonnés dans le lopin de terre de Gaza (± 480.000 réfugiés)… ou, comme les Bédouins, parqués dans les "townships" du Negev. [4]

 

L’ambition des colonisateurs, Européens pour la quasi totalité, de créer un état sioniste s’étendant, au minimum, du Golan au golfe d’Akaba et du Jourdain à la mer Méditerranée était donc loin d’être atteint. [5]

De plus, la reconnaissance du nouvel Etat par l’ONU, entraînait, paradoxalement, un problème pour le développement du plan.

En effet, aux yeux de la communauté internationale, Israël se devait d’avoir l’apparence d’une démocratie, de montrer un profil de régime respectable.

Plus question de continuer la "désarabisation" au grand jour.

Il fallait changer de stratégie.

C’est ainsi que depuis soixante ans, Israël applique l’expansion territoriale "par paliers".

Chaque annexion ou occupation de terres est justifiée par des nécessités de sécurité [6] ou l’exigence de riposte à une agression.

 

Une fois le territoire conquis, une campagne de propagande est lancée proclamant tous azimuts la volonté de paix d’Israël.

Des négociations sont ensuite organisées (Camp David, Oslo, Annapolis, Le Caire…)… et tirées en longueur jusqu’à la rupture sous un des prétextes habituels.

Israël est passé maître dans cette stratégie visant à "stabiliser" la conquête pendant d’interminables pourparlers, et rendre ainsi l’occupation irréversible : l’expansion des colonies en Cisjordanie pendant les négociations est un exemple éclairant.

 

L’Histoire est constellée de ces agissements démontrant que, loin d’aspirer à la paix, le régime sioniste n’a jamais cherché qu’à affaiblir les habitants de cette terre, à les humilier, les réprimer, les expulser… ou à les massacrer comme à Kafr Kassem en 1956. [7]

Blocus de Gaza depuis huit ans, érection d’un mur de plus de 700 kms, création de centaines de check-points en Cisjordanie, arrestations arbitraires, lois d’apartheid, emprisonnements d’élus politiques, destructions de maisons et de champs d’oliviers, torture d’enfants [8] , vol de l’eau… etc, etc.

Les preuves sont, hélas, innombrables.

 

Le dernier avatar de "Dalet" est "Barrière de Protection".

Le déclenchement de cette opération est essentiellement motivé par le danger que représente pour les colonisateurs la décision de réunification du Hamas et du Fatah… Mais, comme toujours, Israël a une bonne justification pour les medias.

Cette fois, c’est l’assassinat de trois jeunes colons et les roquettes lancées sur les colonies proches de Gaza… Ashdod, Ashkelon et Sderot notamment.

La plupart des medias "mainstream" passent bien entendu sous silence que ces roquettes répondent aux exactions de l’occupant (blocus humiliant, bombardements ciblés, agressions des pêcheurs, interdiction de cultiver, etc)…Et qu’elles sont, notamment, envoyées par les Palestiniens originaires de la région.

Chassés par les conquérants européens en 1948, ils se sont retrouvés – avec la clef de leur maison pour seul souvenir – dans les camps de refugiés de Jabalia ou Khan Younis. [9]

Ces villes et villages qu’ils bombardent aujourd’hui étaient les leurs!

Ils s’appelaient Asdud (Ashdod), Najd (Sderot), Asqalan (Ashkelon),… etc. [10]

 

Le plan Dalet était passé par là… sans parvenir à éradiquer la mémoire !

 

Parfois, le régime sioniste fait des "erreurs stratégiques" comme en 1987 quand, pour affaiblir le Fatah, il a soutenu la création du Hamas, ou en 2006 quand, en compagnie des USA, il collabora à la tentative de coup d’état menée par Mohammad Dahlan pour renverser la gouvernement de Gaza, légitimement élu. [11]

 

En 2014, le plan Dalet [12] est toujours opérationnel.

Il n’a, en réalité jamais cessé d’être au coeur de la politique israélienne.

Affirmer cela tient du fantasme? C’est une vision simpliste? Tendancieuse?

 

Il suffit pourtant de regarder les cartes montrant les expansions territoriales année après année – celle de 2005 est déjà largement obsolète – pour constater que ce projet raciste n’a jamais été enterré.

 

 

Depuis plus de soixante ans, de conquête en conquête, d’annexion en occupation, de massacres organisés ou commandités (Sabra et Chatila), de meurtres ciblés (Naïm Khader… et tant d’autres),  de propositions de paix truquées, de refus de respecter le droit international et les ordonnances de l’ONU ou du Tribunal de La Haye, au rejet de propositions de paix [13], les colonisateurs ont méthodiquement continué d’appliquer le plan de "désarabisation".

 

Cyniquement, avec le soutien des USA et la complicité de la plupart des pays européens, la plus grande puissance militaire du Moyen-Orient a aujourd’hui mis la main sur la quasi totalité de la "terre sainte" et mène en ce moment une action génocidaire contre le peuple palestinien de Gaza.

Ce qui ne l’empêche pas, pendant ce temps, de continuer à harceler les Palestiniens de Cisjordanie et de fermer les yeux sur les ratonnades fomentées, en Israël, par des milices sionistes fanatiques. [14]

 

Au moment où j’écris ces lignes, "Dalet" fait une pause et une fragile trêve s’est installée après la boucherie des dernières semaines. Ce moment de calme permettra au moins d’enterrer les quelques 2.140 morts Palestiniens (71% de civils, dont 555 enfants suivant le décompte de l’UNICEF!) et de soigner les milliers blessés laissés par "l’armée la plus morale du monde". [15]

Cette trêve permettra aussi de faire le deuil des 17 victimes (dont deux enfants) de Cisjordanie, abattues durant la même période dans les rues de Jérusalem ou d’Hébron par les "snipers" israéliens et de soigner les 2.139 blessés. [16]

 

Et Netanyahu continue de proclamer "Nous ne faisons que nous défendre!"

Il est vrai que pour le colonialiste, l’Histoire ne commence pas au moment où il envahit, massacre et expulse mais toujours au moment où l’opprimé se révolte et l’agresse, tout comme le violeur pour qui l’histoire ne commence pas au moment du viol mais quand sa victime le gifle.

C’est ainsi que les tartuffes sionistes font commencer l’horreur au moment où les roquettes s’abattent sur  leurs villes et villages… Pas au début du crime de colonisation.

 

La Cisjordanie est pratiquement annexée, les habitants n’ont plus que des frondes pour se défendre.

Seule la bande de Gaza se bat encore les armes à la main.

Encore un effort, messieurs les colonialistes, l’apothéose du plan Dalet approche.

 

Encore quelques massacres pour atteindre votre objectif : l’éradication d’un peuple et l’asservissement des survivants!

… Et l’extrême-droite sioniste des pays occidentaux pourra jubiler!

 

Alors, les "Menschs" que je connais hausseront les épaules.

Ils savent depuis longtemps que ces compatriotes qui prétendent parler en leur nom, sont des manipulateurs au service d’une idéologie fasciste! [17]

Ces "Menschs" dénoncent journellement ces agents de la "Hasbara" [18] qui avancent masqués et font croire à des citoyens crédules que des hordes de manifestants islamistes envahissent nos rues en hurlant "Mort aux Juifs" et que des pogroms (émeute avec pillage et meurtres!) ont même été fomentés à Bruxelles et à Paris durant l’opération "Barrière de Protection". [19]

 

Les "Menschs" sont insensibles au bourrage de crâne politique et ne font pas d’amalgame entre leur appartenance à la communauté juive et le régime de Netanyahu.

Ainsi, ils n’acceptent pas qu’un général israélien vienne, avec la collaboration de rabbins, faire du recrutement dans les synagogues. Ils se demandent d’ailleurs pourquoi le gouvernement ferme les yeux sur cette tentative d’embrigadement, alors qu’il met en prison ceux qui recrutent pour d’autres causes.

Ils ne sont pas les ennemis d’Israël, non!

Ils sont seulement pour un Israël "désionisé" dans lequel un citoyen est égal à un autre citoyen et ils refusent un régime dans lequel les Palestiniens sont considérés comme "des bêtes qui marchent sur deux jambes." [20]

 

Hajo Meyer qui vient de nous quitter affirmait : “Les Israéliens essayent de déshumaniser les Palestiniens, exactement comme les Nazis ont tenté de me déshumaniser. Personne ne devrait déshumaniser l’autre et ceux qui essayent de déshumaniser l’autre ne sont pas humains" [21]

Il fait partie de ces "Menschs" qui sont l’honneur de leur communauté.

 

Mais, pas d’angélisme! Ils ne sont pas plus "pro-Hamas" que "pro-Fatah" et conservent leur esprit critique devant les dérives politiciennes de certains responsables.

Ils agissent seulement pour que justice soit rendue aux Palestiniens, pour que le Droit international soit appliqué et que les criminels de guerre soient jugés.

 

Ils refusent aussi de se faire manipuler par les medias qui parlent d’un conflit entre deux forces alors qu’il s’agit de la résistance d’un peuple contre une armée d’envahisseurs, ces medias qui omettent généralement de citer la "Résolution 37/43" de l’ONU qui "Réaffirme la légitimité de la lutte des peuples pour leur indépendance, leur intégrité territoriale et leur unité nationale et pour se libérer de la domination coloniale et étrangère et de l’occupation étrangère par tous les moyens à leur disposition, y compris la lutte armée."

Pour les "Menschs", cette résolution est un préalable à toute analyse des événements, à Gaza, Cisjordanie et en Israël même.

 

Parfois, certains d’entre eux s’énervent un peu contre ce qu’ils appellent les progressistes "mous" qui militent pour qu’Israéliens et Palestiniens vivent en paix, parlent de "concessions indispensables" mais restent évasifs sur la justice. Ils critiquent le régime sioniste mais ne s’opposent pas clairement à lui, fermant souvent les yeux sur son orientation fascisante et continuant de propager le mythe du "lien ethnique avec cette terre".

 

Les "Menschs" pensent surtout qu’il est plus qu’urgent de juger les crimes contre l’humanité perpétrés par les Netanyahu, Lieberman et autres fanatiques d’extrême droite… Et espèrent que de plus en plus de membres de leur communauté viendront grossir leurs rangs, derrière la bannière "Pas en notre nom!"

 

Alors, concitoyens de culture ou de religion juive, Mensch ou collabos silencieux du plan Dalet?

Rudi Barnet

(28/8/2014)

 

 

[1] Mensch survivant d’Auschwitz, anti-colonialiste et anti-sioniste, décédé en août 2014 (Info-Palestine)

[2] Journal de Ben Gourion, repris par Ilan Pappe dans "Le Nettoyage Ethnique de la Palestine, P.174)

[3] "Le Nettoyage Ethnique de la Palestine" de Ilan Pappe (Fayard, 2006)

[4] Voir  Liste des camps de réfugiés : http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_camps_de_réfugiés_palestiniens

[5] Walid Khalidi, "Plan Dalet: The Zionist Master Plan for the conquest of Palestine"

[6] Le "Mur de Séparation" de plus de 700 km annexe 9,4% de la Cisjordanie selon l’ONU (OCHA)

[7] Sur ce massacre, voir "Kafr Kassem" le film de Borhane Alaouié (1073)

[8] Rapport 2012 "Children  in Military Custody" du Foreign & Commonwealth Office

[9] Consulter le site web de l’UNWRA, l’organisme d’aide aux réfugiés de l’ONU (www.unrwa.org)

[10] Fadwa Nassar :" Faire déguerpir les colons et vider les colonies" (Assawra du 22/8/2014)

[11] Plan d’action initié par Me Condoleeza Rice, représentante des USA. Dahlan (alors chef des services de

sécurité du Fatah, exclu de l’organisation depuis) assura, en Egypte, la formation de 4700 hommes qui

échouèrent dans la tentative de prendre le pouvoir à Gaza.

[12] Voir wikipedia.org/wiki/Plan_Daleth

[13] En 2002, la Ligue des Etats arabes a proposé la paix au nom des 22 pays arabes et la création de deux

Etats sur base de la frontière de 1967… Pas de réaction d’Israël à cette proposition.

[14] Pour mémoire : Mohammad Abou Khdeir, 16 ans, enlevé et "incendié"à Jérusalem début juillet 2014

[15] Voir les chiffres de Ziad Medoukh dans "La Feuille de Chou" (http://la-feuille-de-chou.fr/archives/70690)

[16] Chiffres publiés par Haaretz et diffusés par "EuroPalestine" (www.europalestine.com/spip.php?article9831)

[17] Dénonciation de Albert Einstein et Hanna Arendt dans le “New York Times“ du 2/12/1948

[18] Ministère de la Propagande d’Israël

[19] Déclaration (12/8/2014) de Mr Bruno Wajskop à la RTBF

(www.rtbf.be/info/belgique/detail_conflit-a-gaza-a-bruxelles-des-juifs-ont-peur?id=8329020)

[20] Menahem Begin, premier ministre, dans un discours à la Knesset en 1982

[21] Déclaration de Hajo Meyer comme témoin au tribunal de Edimbourg en 2010

 

Agenda Caché israélien


 

 

 

                                                                                                                                  Philippe Grell

 

 

Quand on étudie objectivement l’histoire de ces deux peuples sémites-cousins, qui s’entretuent sans vergogne depuis tant d’années sans arriver à la conclusion d’une paix durable et honorable frôlée à plusieurs reprises, on ne peut que conclure à l’existence d’un agenda caché dans la kippa d’une majorité de membres de gouvernements israéliens successifs qui décide de la politique à mener malgré une opposition non négligeable tant dans certains partis que dans la population.

Cette majorité rêve depuis toujours de reconstituer et d’occuper les lieux saints bibliques dans leur entièreté, pour en faire leur pays par tous les moyens et considère cela comme une haute mission divine qui n’admet aucune discussion (la "Terre promise où coule le lait et le miel").

La reconquête des territoires saints du "peuple élu" n’a en fait jamais cessé depuis 1947, que ce soit par l’écrasement militaire des Palestiniens qui occupaient ces terres paisiblement depuis longtemps (le David palestinien contre le Goliath israélien – oui, les rôles se sont inversés !) ou par la création sournoise de colonies de peuplement (comme les Chinois au Tibet ou au Xinjiang ou encore comme Staline l’a fait du temps de l’URSS) fractionnant le territoire homogène initial en de multiples îlots de manière à ce qu’on ne puisse plus jamais constituer une entité territoriale continue.

Militairement, le rapport des forces est depuis longtemps totalement déséquilibré. Encore aujourd’hui, avec l’opération dénommée pudiquement "bordure protectrice", on annonce aujourd’hui et ce n’est pas fini, 1100 morts palestiniennes pour 53 israéliennes, soit un facteur 20 par calcul cynique car il s’agit de vies humaines, n’est-ce pas ("Tu ne tueras pas"). Quant à la conquête par colonies de peuplement, combien de fois Israël n’a-t’ il pas mangé sa parole pour gagner du temps sans changer de politique ?

Anouar el-Sadate s’est fait assassiné parce qu’il voulait la paix. Itzhak Rabin aussi, pour la même raison. Et il n’y aurait pas d’agenda caché ? Pour les faucons au pouvoir, il ne peut y avoir de paix que quand tout le territoire du "Grand Israël" sera reconquis ! Et nous restons les bras croisés, nous laissons faire ce carnage !

Cette calamité nous en sommes tous responsables, que nous le voulions ou non. Quand après la Shoah, Israël s’est cherché légitimement une terre, il n’y a pas eu, ni de la part des leaders israéliens, ni de celle de la communauté internationale surtout, de véritable négociation avec les habitants de la Palestine, nettement plus pauvres, moins développés, aux moyens très limités. On s’y est mal pris. On a cru pouvoir faire faire n’importe quoi impunément. On les a spoliés de leurs terres, privés de leurs propriétés, enfermés dans des camps, etc. Quelle est alors la réaction à fleur de peau de ce genre de population si ce n’est la vengeance, le courage de reconquérir et de jeter l’envahisseur dehors au péril de sa vie. Cela a été notre réaction en 1914 et en 1940 et nous allons en célébrer fièrement l’anniversaire un de ces jours !

Sous prétexte de sécurité et de légitime défense (53 contre 1100), le puissant Israël appuyé par les puissants États-Unis d’Amérique, n’ont jamais réussi en 66 ans à désamorcer la bombe qu’ils ont eux-mêmes créée. Ils n’ont jamais initié de véritables négociations de paix menant à la création de deux états indépendants selon les recommandations de l’ONU, vivant côte à côte, ayant des niveaux de vie semblables et respectant les convictions des uns et des autres. Il ne peut dès lors n’y avoir qu’un agenda caché soutenu par les lobbies israéliens aux États-Unis !

C’est pourquoi, en Europe, bien qu’infiniment reconnaissants aux États-Unis, nous devrions avoir la volonté politique de prendre nos distances en nous détachant de cette politique américaine de défense d’Israël à tout prix. Car nous nous rendons complices d’une énorme injustice.