L’Empereur est nu : la Cisjordanie, les colonies et la solution à deux États


 

Miko Peled

Ces derniers 70 ans, hélas, Israël a eu de nombreux succès aux dépens du peuple palestinien.

Mais son succès le plus remarquable est d’avoir accrédité auprès des Palestiniens et du monde, l’idée que l’occupation de la Palestine a commencé en 1967 et que dès lors la solution de la question palestinienne est ce qu’on appelle la Solution à deux États. C’est une manipulation de la réalité qui ferait la fierté de tout prestidigitateur.
Il est devenu parfaitement acceptable de fermer les yeux sur le fait que la plus grande partie de la Palestine est occupée depuis 1948. Evoquer le nettoyage ethnique de la Palestine et l’éradication de mosquées et d’églises, d’écoles et de maisons, de villes et villages palestiniens, cela est considéré à présent comme radical.

En effet, quarante-neuf ans d’occupation, c’est ce qu’on entend dire sans arrêt, voilà le cinquantième anniversaire de l’occupation disent les gens, mais j’ai beau faire : quand j’ajoute quarante-neuf à l’an 1948, je n’arrive pas à 2016, mais plutôt à 1997.

La communauté internationale fait montre d’un mépris total pour les crimes commis par les sionistes entre 1948 et 1967. L’effacement des données sur ces années marquées par la spoliation, les massacres et violations épouvantables des droits humains par Israël, c’est un tour de passe-passe impressionnant. Deux petites zones dans la Palestine tracée par Israël et laissées hors des frontières d’Israël en 1948, à savoir la Cisjordanie et Gaza, ont été reconnues comme étant la Palestine. Mais ce n’est pas tout. Pas UN mètre carré de la Cisjordanie ou de Gaza n’est sous souveraineté palestinienne. Toute la Palestine du Jourdain à la mer, est contrôlée par Israël.

Alors, quand des pays européens reconnaissent la Palestine, eux aussi se comportent comme des idiots devant un tour de magie, heureux de participer à l’illusion créée par un grand maître en supercherie. Et bien sûr, comme le monde est mené par le bout du nez, berné par l’illusion d’une Palestine qui existe, Israël, maître ès duperie, continue de réduire le peu qu’il reste de la vie palestinienne – et personne ne se lève pour clamer que l’empereur est nu ! Il n’y a pas d’État palestinien, il n’y a pas de solution à deux États, il n’y a pas de Cisjordanie, et il n’y a pas un pouce de souveraineté palestinienne où que ce soit en Palestine !

« TPO » est devenu un acronyme bien connu qui sert à décrire les Territoires Palestiniens Occupés. Mais quand on demande aux gens de désigner ces territoires sur une carte, tout ce qu’on voit c’est ce qui était naguère la Cisjordanie, une zone créée par Israël en 1948 puis éliminée en 1967, et la bande de Gaza, qui n’existe que comme un camp de concentration dans lequel on permet à Israël de perpétrer un génocide, tandis que le monde regarde ailleurs et prétend ne rien voir.

Ce qui suscite les questions suivantes : si les TPO se limitent à la Cisjordanie et à la bande de Gaza, alors où sont les Territoires palestiniens non-Occupés ? Y a-t-il des territoires palestiniens qui ne sont pas occupés ? Si de tels territoires existent, quelqu’un pourrait-il me les montrer sur une carte ? Parce que toutes les cartes que j’examine et chaque mètre carré de Palestine que je visite sont occupés.

Un autre terme utilisé largement en connexion avec la Palestine, c’est « colonies ». Parfois on dit « colonies illégales ». Tout cela se réfère largement aux colonies israéliennes construites en Cisjordanie. On parle « d’expansion des colonies », de « blocs de colonies » etc. A nouveau, cela pose une question : quelle est la différence entre les colonies juives dans ces zones et celles construites à Al-Khalil ou dans le Néguev ? Et qu’en est-il des colonies construites autour de Jérusalem et de celle près de Jaffa qu’on nomme Tel-Aviv ?

Les Israéliens qui vivent sur des terres palestiniennes volées en 1948 se considèrent eux-mêmes comme des Israéliens authentiques, de bons libéraux – dieu ne veuille qu’ils soient des colons ! Mais quelle est la différence ? Tout a été volé par la force en Palestine, et sauf quelques très rares exceptions, toutes les villes et cités israéliennes tous les villages et toutes les fermes ont été construits sur des terres qui ont été volées, et donc tous sont des colonies illégales. Une fois de plus le maître ès tromperie nous mène tous par le bout du nez pour montrer ce qu’Israël veut nous faire voir – et personne ne se lève pour crier : « L’Empereur n’a pas d’habits ! »

Entre 1948 et 1967 Israël s’est acquis une légitimité en commettant des crimes terribles et en créant ce qu’on appelle « des faits sur le terrain »*. La conquête de la Cisjordanie et de Gaza en 1967, par laquelle Israël compléta l’occupation de la Palestine, a détourné l’attention des territoires qu’Israël occupait en 1948 vers les territoires nouvellement occupés. A présent cela fait cinq décennies qu’Israël a créé « des faits sur le terrain » dans ces zones qu’il appelle maintenant « Judée et Samarie ».

Mais tout illusionniste, tout voleur et bien sûr un maître de la supercherie d’un tel calibre doit avoir des complices.

Peu nombreux sont ceux qui peuvent vraiment prétendre ne pas savoir ce que fait Israël. Le corps diplomatique international est parfaitement conscient de ce qui se passe en Palestine. La CIA et le Département d’État US connaissent parfaitement toutes les astuces et tous les crimes commis par Israël. Chacune des administrations étatsuniennes aussi bien que les gouvernements européens ont été complices des crimes commis par Israël.

Toutefois il est temps que le reste du monde se réveille et mette fin à l’illusion. L’illusion qu’Israël a une légitimité, l’illusion qu’Israël est quelque part la réponse à l’Holocauste et à l’antisémitisme, et l’illusion que certaines parties de la Palestine sont occupées tandis que d’autres ne le sont pas. Il est temps de dire à voix haute et claire que toutes les colonies israéliennes, partout, sont illégales et que, comme dans le conte « Les nouveaux habits de l’Empereur » l’empereur est nu, Israël aussi est dépourvue de légitimité.

* [Par exemple la Convention de Genève du 12 août 1949 « interdit à l’occupant de changer les faits sur le terrain dans un territoire occupé »]

 

* Miko Peled est un écrivain israélien militant pour la paix, habitant San Diego, USA. Son livre, Le fils du Général, évoque son père, le défunt général et militant pour la paix Matti Peled, et son implication dans le processus de paix israélo-palestinien. Miko Peled soutient la création d’un état démocratique pour toute la Palestine et est un ardent défenseur du mouvement BDS. Son blog : http://mikopeled.com/

1er février 2016 – Information Clearing House – http://www.informationclearinghouse.info/article44102.htm
Traduction : Info-Palestine.eu – Marie Meert

http://www.info-palestine.eu/spip.php?article15888

QU’EST CE QU’ISRAËL EST SUPPOSE FAIRE ?


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par MIKO PELED
Traduction Sonia Fayman pour IJAN

Israël est attaqué par les pays arabes qui veulent le détruire, alors qu’est ce qu’Israël est supposé faire ? Les soldats israéliens sont attaqués par des terroristes palestiniens armés de couteaux, que sont-ils supposés faire ? L’Iran a une puissance nucléaire et veut effacer Israël de la carte, dans ce cas qu’est ce qu’Israël est supposé faire ? Le Hamas est décidé à tuer des civils israéliens, alors qu’est ce qu’Israël est supposé faire ? Et la liste de ce qui met Israël dans l’impossibilité de faire autre chose que s’armer, attaquer et tuer des Palestiniens se poursuit. Donc, il n’y a pas d’espoir, et aucune raison d’attendre un changement.

Bon, c’est super. C’est la ligne officielle tenue par Israël depuis qu’elle a été officiellement mise en avant vers 1956 par celui qui était alors le général Moshe Dayan (et que les sionistes défendaient de temps en temps avant cette date) pour justifier absolument tous les crimes de l’État d’Israël. Moshe Dayan était un criminel de guerre médiocre et lâche, devenu célèbre à cause de son bandeau sur l’œil. Il était aussi un voleur d’antiquités bien connu et un maquereau (on dit que lorsque Ben Gourion, le premier Premier ministre d’Israël, fut informé que l’insatiable appétit sexuel de Moshe Dayan devenait embarrassant, il a répondu : « et alors ? Le roi David aussi était un homme à femmes et un bon roi »). Chef d’état major de l’armée, Dayan a servi ce « que faire?» en guise d’excuse, dans un discours inoubliablement éloquent avant l’attaque de l’Égypte par Israël en 1956.

Dayan semait la peur et un certain sens du destin quand il décrivait les pauvres réfugiés de la bande de Gaza comme « en attente de nous massacrer et de répandre notre sang » parce que, comme Dayan lui-même l’a admis, « nous avons pris leur terre et l’avons faite nôtre ». Mais, expliquait-il, « nous avons fait cela parce que nous n’avions pas le choix, ou « que fallait-il faire ? » Après des milliers d’années en exil, persécutés indéfiniment et à l’issue de l’holocauste nazi, nous sommes maintenant retournés et devrons vivre toujours par l’épée en la tenant bien fermement, « parce que si notre force se relâchait » ces Arabes assoiffés de sang verraient cela comme un signe de faiblesse et le sang juif s’écoulerait dans les rues. Autrement dit, peut-être que ces Arabes assoiffés de sang qui nous regardent de derrière les grilles de Gaza sont justifiés à nous haïr, mais c’est une réalité face à laquelle nous n’avons pas le choix. C’est notre destin de vivre par l’épée.

Comme c’est commode !

Les crimes commis par Israël sont commis parce qu’Israël n’a pas le choix. Dans une interview donnée il y a plusieurs années par un responsable des interrogatoires des services de renseignement israéliens, celui-ci décrivait comment les médecins des hôpitaux israéliens fermaient les yeux lorsque des agents de renseignement venaient torturer des « suspects de terrorisme » blessés qui étaient hospitalisés. Il a décrit comment « ils tirent un peu sur les tubes, et assez vite les Arabes se mettent à parler ». Il a ensuite ajouté que bien sûr personne ne trouve ça bien, mais que faire ? » Il justifiait ainsi la torture la plus immorale et horrible de gens qui sont confiés aux soins d’un hôpital, les médecins détournant les yeux et les agents des renseignements faisant leur besogne avec la même excuse sans honte, « qu’est-ce qu’Israël est supposé faire ? »
Au cours du mois d’octobre 2015, alors que j’étais à Jérusalem, je regardais les nouvelles à la télé israélienne. Il y avait une interview de Mohammad Baraka, membre palestinien de la Knesset du groupe de la liste arabe, le troisième parti en nombre de membres, du parlement israélien. À lui aussi il fut demandé « que doit faire un soldat si un Palestinien armé d’un couteau s’approche de lui ? » Quand Baraka s’est mis à parler de l’occupation, il a été interrompu et on lui a dit que ce dont il parlait n’était pas le sujet et qu’il s’en tienne à la question. Autrement dit, l’occupation israélienne en Palestine n’a rien à voir avec tout cela et qu’est ce qu’un soldat est supposé faire ? » Vous êtes prié de dire que ce que font les soldats israéliens est justifié, que le meurtre systématique de Palestiniens, c’est bien, parce que « que doit faire Israël ? » Les Palestiniens sont toujours amenés à la télévision israélienne pour y être ridiculisés ou sommés de se taire.

Le nettoyage ethnique de la Palestine était justifié parce que les Juifs n’avaient pas le choix. Le lent génocide du peuple palestinien est justifié parce qu’Israël n’a pas le choix, le meurtre de milliers d’habitants de Gaza est justifié parce qu’Israël na pas le choix, et ainsi de suite. Les media américains sont allés un peu plus loin et ont ajouté : « nous ferions la même chose », comme si cela donnait plus de poids à l’argument « qu’est ce qu’Israël est supposé faire ? »

Il est peut-être temps d’aborder sérieusement cette question et de voir s’il y a une réponse. Qu’est ce qu’un soldat est supposé faire : se tirer vite fait des villes, des villages et des quartiers de Palestine. Et détruire le Mur et tous les checkpoints en partant. Que doit faire Israël avec les roquettes de Gaza ? Lever le siège de Gaza, détruire le mur et les checkpoints qui s’y trouvent et permettre aux gens de Gaza de jouir de la liberté qu’ils méritent. Que doivent faire les Israéliens ? Si ça ne leur plaît pas de vivre dans un pays à majorité arabe, ils peuvent aller ailleurs ou faire avec et, s’ils choisissent de rester, se comporter comme des immigrants plutôt que comme des colonisateurs (cette distinction est importante, ainsi que me l’a expliqué mon neveu Guy Elhanan).

Quant à la question principale « que doit faire Israël ? », Israël doit libérer tous les prisonniers politiques, abroger toutes les lois qui donnent aux Juifs des droits exclusifs en Palestine, abroger la loi qui interdit aux Palestiniens de rentrer sur leur terre et débloquer les milliards de dollars qui vont être nécessaires pour payer des réparations aux réfugiés et à leurs descendants. Puis, Israël doit organiser des élections libres, une personne-une voix, où tous les habitants de la Palestine mandataire voteront à égalité. Voilà ce qu’Israël devrait faire.

Miko Peled est un écrivain et militant israélien vivant aux États Unis. Il est né et a été élevé à Jérusalem. Son père était le général Mati Peled. Amené par une tragédie familiale à découvrir la Palestine, ses habitants et leur histoire, il a écrit un livre sur son trajet depuis la sphère d’un Israélien privilégié vers celle des Palestiniens opprimés. Son livre est intitulé « Le fils du général, voyage d’un Israélien en Palestine ». Peled s’exprime au niveau national et international sur la question de la Palestine. Peled soutient la création d’un État démocratique unique sur toute la Palestine. Il soutient aussi fermement BDS.

Traduction Sonia Fayman pour IJAN

SOURCE

Après Paris, la manière israélienne n’est pas la réponse


Samah Jabr – 2 décembre 2015 – Middle East Monitor

Les secours apportent assistance aux blessés par balles et autres après les attentats de Paris (archives).

 

Quand je suis arrivée à Paris dans la soirée du vendredi 13 novembre, la personne qui m’accueillait a demandé à notre chauffeur de taxi de nous emmener chez elle, rue de la Fontaine-au-Roi ; le GPS du taxi affichait qu’une fusillade y avait lieu au même moment. Ce n’est que le lendemain matin que nous avons compris tous les détails de la tragédie. Peu après ce voyage à Paris, je me suis rendue à Bruxelles, pour y constater que l’alerte sécurité y avait atteint le « niveau quatre » et que le métro et les écoles avaient été fermésdans la crainte d’un attentat terroriste. Le but de ces deux voyages était de répondre positivement à des organisations de solidarité avec le peuple palestinien qui m’avaient invitée à venir dialoguer avec le public en Europe sur la vie en Palestine occupée.

J’éprouve un attachement pour la France, où autrefois j’ai habité et étudié, et où j’ai gardé des amis et des camarades. Je suis tourmentée par le massacre de ces innocents à Paris, tout comme je le suis par le massacre du Liban à Beyrouth le jour d’avant, les massacres à Bamako la semaine qui a suivi, et le récent massacre des manifestants pro-kurdes à Ankara et des touristes russes dans le Sinaï. L’angoisse pour moi est double : elle touche à la perte de la vie de l’ « autre », aussi bien qu’à l’atteinte grave au système de valeur de mon propre « moi » étendu.

Les attentats de Paris ont fourni une opportunité aux dirigeants israéliens et à leurs partisans, comme d’habitude, pour discréditer la résistance palestinienne à l’occupation militaire brutale d’Israël. Le Premier ministre a prétendu que ceux qui condamnaient les attentats de Paris sans condamner la violence contre les Israéliens étaient des « hypocrites et des aveugles. Derrière ces attentats terroristes se tient l’Islam radical, qui cherche à nous détruire, le même Islam radical qui a frappé à Paris et menace l’Europe tout entière ».Poussant à plus de pensée binaire, à une partition du « nous contre eux » et des « bons contre les méchants », il a ajouté, « Comme je le dis depuis de nombreuses années, le terrorisme islamique militant agresse nos sociétés parce qu’il veut détruire notre civilisation et nos valeurs ». Le ministre de la Défense d’Israël, Moshe Ya’alon, a déclaré dans une même veine : « Ce que nous avons, c’est l’Islam djihadiste qui appelle à la destruction de la culture occidentale ». Ce cliché est diffusé alors même que la plupart des victimes des groupes terroristes « islamiques » sont des musulmans, et que ces victimes sont souvent, tels les réfugiés palestiniens de Syrie, des adversaires d’Israël.

« Ils veulent nous tuer parce que nous sommes juifs », ainsi s’expriment les dirigeants israéliens face aux actes de la résistance palestinienne, dans un déni total du contexte de l’occupation. En France, un article de Véronique Mortaigne et Nathalie Guilbert, publié dansLe Monde deux jours après les attentats de Paris, a fait le lien entre l’attentat contre le Bataclan et les appels antérieurs par des groupes pro-palestiniens au boycott de ce théâtre parce qu’il avait organisé un gala au profit des soldats israéliens. Malgré une condamnation prompte des attentats de Paris par les groupes de résistance islamiques palestiniens, et malgré l’expression de leur solidarité avec leurs victimes, il a circulé, sur les médias sociaux en France, une photo datant de 2012 et montrant des Palestiniens célébrant la signature d’un accord de réconciliation, avec l’affirmation mensongère qu’ils étaient en train de célébrer les attentats dans la capitale française. Ce n’est que plus tard que cette imposture a été révélée. Il y a eu des allusions subtiles de journalistes israéliens que l’Europe méritait les attentats terroristes pour avoir adopté une politique d’étiquetage des produits précisément s’ils proviennent des colonies illégales israéliennes, et aussi des déclarations plus vigoureuses, comme celle du rabbin Dov Lior, « Les méchants de l’Europe imbibée de sang le méritent pour ce qu’ils ont fait à notre peuple il y a 70 ans ». De telles opinions scandaleuses ont été moins fréquentes en Europe.

La vérité, c’est que l’ « État juif » a été créé grâce à une violence excessive et une agression contre les Palestiniens, peuple originaire de cette terre. Comme d’autres peuples autochtones dont la terre a été colonisée, dont les ressources ont été volées, et dont les familles et relations ont été tuées, les Palestiniens ont pu être capables d’utiliser la violence en représailles contre leurs oppresseurs, et pour les dissuader de plus d’oppression, tout en utilisant des campagnes non violentes et des canaux diplomatiques pour obtenir leur libération. Tout cela étant inclus totalement dans leurs droits issus de la législation internationale.

Les Palestiniens sont connus pour leur hospitalité envers les étrangers qui viennent en Palestine, pas pour les tuer. Dans des cas aussi rares que celui du meurtre du militant italien pro-Palestine Vittorio Arrigoni, par un groupe salafiste de Gaza, les auteurs ont été punis par la loi, et condamnés par tout l’éventail des partis politiques. À l’inverse, les meurtres d’une liste interminable de militants et journalistes étrangers par l’armée israélienne ont reçu leur justification (autodéfense), sans punition ni justice. Il est vrai que durant les années 1970, certains Palestiniens ont pris des Israéliens en otage, en des lieux extérieurs aux frontières de la Palestine historique, pour les échanger avec des prisonniers politiques – le plus spectaculaire étant à Munich – mais dont les responsables étaient des groupes de résistance laïcs, qui n’ont jamais utilisé la rhétorique islamique pour faire avancer leur idéologie. Les groupes palestiniens islamiques ont toujours limité leur lutte à la Palestine occupée, et pas au-delà. Ce sont les Israéliens qui se targuent que le Mossad (Institut pour les renseignements et les affaires spéciales) a tué des militants, des intellectuels palestiniens, des représentants de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), et d’autres groupes de résistance, en Europe comme dans des capitales arabes.

Il est ainsi plus justifié de comparer les tactiques de Daesh à celles des groupes terroristes qui sont derrière la fondation de l’État d’Israël, plutôt qu’à celles de la résistance palestinienne. Tant Daesh que l’ « État juif » se sont créés grâce à d’épouvantables massacres, entraînant une population de réfugiés dans leur sillage. Les deux font preuve d’ambitions expansionnistes. La stratégie de Daesh est d’attaquer l’Occident, avec l’objectif de provoquer plus de discrimination à l’encontre des musulmans d’Occident pour les sortir de la « zone grise » ; le Mossad d’Israël a été à l’origine d’attentats terroristes contre des juifs en Iraq, en Égypte et au Maroc, avec l’objectif de les faire venir en Israël. L’opération Sushana dans laquelle des espions israéliens ont programmé des attentats à la bombe contre des juifs égyptiens ; l’attentat intentionnel et soutenu par des avions et des vedettes lance-torpilles israéliens contre le USS Liberty, tuant 34 membres de l’équipage et en blessant 171 autres ; et différentes opérations sous faux pavillon à travers le monde, sont des exemples des crimes odieux perpétrés par les Israéliens pour lesquels les responsabilités ont été imputées ailleurs.

En plus de tirer un profit politique en reformulant l’occupation de la Palestine, en imposant une politique israélienne comme une « guerre contre le terrorisme » et en diffamant le caractère des Palestiniens, les présentant comme des terroristes inhumains, barbares, Israël se saisit aussi de l’opportunité actuelle pour colporter son appareil et sa politique de sécurité comme un « savoir-faire » testé sur le terrain contre les Palestiniens. Ce « savoir-faire » a été utilisé pour réprimer la liberté et la démocratie en Europe et pour exacerber une « guerre contre le terrorisme » dont les victimes comprennent déjà plus de 4000 civils. À un moment où Israël rabaisse l’âge de la responsabilité pénale pour les enfants palestiniens à 12 ans, les envoyant dans les centres d’interrogatoire et les soumettant à la torture, nous ne pouvons qu’espérer que l’Europe s’avancera vers une expansion de son système législatif démocratique et ses efforts pour les droits de l’homme, avec l’objectif d’aider les Palestiniens dans leur quête de justice sur leurs territoires actuellement occupés. C’est avec plus de démocratie, plus de solidarité et plus de politique en faveur des droits humains, et plus d’anti-impérialisme, qu’il sera mis fin au terrorisme, et non par la répression, la pensée binaire et l’exportation des « leçons » israéliennes vers l’Europe.

 1
Samah Jabr est psychiatre et psychothérapeute à Jérusalem, elle se préoccupe du bien-être de sa communauté, allant bien au-delà des questions de maladie mentale. Elle écrit régulièrement sur la psychiatrie en Palestine occupée.

https://www.middleeastmonitor.com/articles/europe/22610-in-the-aftermath-of-paris-the-israeli-way-is-not-the-answer
Traduction : JPP pour les Amis de Jayyous

Mohamed Suleiman risque la prison à perpétuité pour jet de pierres


Immonde ! Où sont nos démocrates ? Où sont nos ONG ? Que fait l’UNICEF ?

Nous apprenons que Mohamed Suleiman, l’un des 5 enfants de Hares, emprisonné par Israël pour « jet de pierres » depuis plus de 2 ans, vient d’être condamné à 15 ans de prison et à 7000 euros d’amende qui, si elle n’est pas payée avant le 26 janvier, lui vaudra la prison à perpétuité.


Ce enfant a été raflé en mars 2013 par l’armée d’occupation à son domicile, le village de Hares, au sud de Naplouse, alors qu’il avait 13 ans, et que les soldats recherchaient les enfants qui auraient jeté des pierres sur une route où passent des colons.


Une vingtaine d’enfants ont été arrêtés, et après interrogatoires, tortures, et aveux sous la torture d’avoir jeté des pierres sur une route déserte, 5 ont finalement été détenus.

Israël a laissé Mohamed Suleiman croupir en prison pour qu’il atteigne l’âge de 15 ans, et comme l’accusation de jet de pierres ne tenait pas, un tribunal militaire vient de le condamner
à 15 ans de prison pour « 25 tentatives de meurtres » (sans rire, car ce n’est pas drôle !) et à 7000 euros d’amende, en indiquant que si cette somme n’était pas versée avant le 26 janvier prochain, c’est à perpétuité qu’il resterait en prison.

Sa famille, du village de Hares, constamment agressé par les colons, n’a pas les moyens de payer cette somme.

  • MAIS CONTACTEZ AUSSI L’UNICEF POUR DEMANDER QU’ILS INTERVIENNENT :

UNICEF France :

3, rue Duguay Trouin. 75282 Paris Cedex 06

Téléphone : 01 44 39 77 77 – Télécopie : 01 44 39 77 87

Carine SPINOSI – 01 44 39 17 49 –cspinosi@unicef.fr – responsable communication.

CAPJPO-EuroPalestine

Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose !


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DANIEL LIEBMANN

Vous l’avez certainement lu : le 20 octobre, dans un discours devant le Congrès Sioniste Mondial, Benyamin Netanyahou a déclaré que la destruction des Juifs d’Europe n’était pas un projet découlant de l’idéologie nazie mais aurait été suggérée à Hitler par le Mufti de Jérusalem, Amin al-Husseini. Le régime nazi n’aurait donc pas eu par lui même d’intention génocidaire si un notable palestinien ne l’avait influencé. Conclusion : les Palestiniens sont pires que les nazis.
Dans le monde entier, y compris en Israël, on a pu lire des mises au point historiques rappelant l’évidence : la mise à mort industrielle des Juifs était bel et bien la conséquence de la politique nazie, sans lien avec le mouvement national palestinien qui n’intéressait pas les nazis, et la rencontre bien réelle de novembre 1941 entre Hitler et le Mufti de Jérusalem, dont on ignore d’ailleurs le contenu, n’en est pas un épisode déterminant. Le peuple palestinien et ses dirigeants – y compris al-Husseini même s’il était effectivement allié au régime nazi – n’ont rien à voir avec le judéocide.

Et si l’éclairage des historiens ne suffisait pas à en convaincre l’opinion publique, la Chancelière allemande Angela Merkel elle-même a eu des mots très justes pour démentir Netanyahou en rappelant l’entière responsabilité de l’Etat allemand : « Nous ne voyons aucune raison de changer notre perception de l’Histoire (…), nous continuons à assumer la responsabilité allemande dans la Shoah. Au nom du gouvernement allemand et mon nom, je peux dire que nous sommes conscients de la responsabilité des nazis dans cette rupture civilisationnelle qu’a constitué la Shoah. Nous sommes convaincus que ceci doit être transmis aux générations à venir, par exemple dans le cadre de l’éducation scolaire. »

En théorie, le débat est donc clos. Mais politiquement il reste beaucoup à dire à propos de la déclaration de Netanyahou qui n’est pas un simple dérapage verbal. Elle s’inscrit en effet dans le récit sioniste et la réécriture de l’histoire à l’oeuvre depuis des décennies en Israël, pays où la Shoah est une véritable religion au sens le plus obscurantiste du terme.

Un autre exemple récent de ce phénomène est la réponse donnée par Netanyahou à la décision de l’Union européenne d’imposer un étiquetage spécifique aux produits fabriqués dans les colonies israéliennes installées dans les territoires palestiniens occupés : pour le Premier ministre israélien, il faudrait y voir une discrimination raciste rappelant les « sombres temps » du boycott des entreprises juives par les nazis. Ce genre de comparaison ne s’applique pas seulement au monde non-juif : après la signature des Accords d’Oslo, il était courant que les responsables du Likoud qualifient de nazi le Premier ministre travailliste Yitzhak Rabin qui avait osé serrer la main de Yasser Arafat, créant ainsi le climat idéologique qui allait rendre possible son assassinat.

Mais c’est évidemment à propos des Arabes en général et des Palestiniens en particulier que l’équivalence avec le nazisme se fait la plus virulente : tour à tour Nasser, Arafat puis Abbas, sans parler des dirigeants du Hamas, ont été présentés comme de nouveaux Hitler. La figure du Mufti de Jérusalem et la signification donnée à sa rencontre avec le Führer servent depuis longtemps de clé de voûte à cette « démonstration ».

Dans son article « Inusable grand mufti de Jérusalem » publié en mai 2010 dans Le Monde Diplomatique, le politologue Gilbert Achcar (auteur notamment de Les Arabes et la Shoah. La guerre israélo-arabe des récits, 2009) a retracé l’origine de la représentation officielle en Israël de ce personnage et des pseudo-recherches qui viennent l’étayer. J’en reprends ci-dessous les grandes lignes.

Amin al-Husseini a joué un rôle dirigeant dans la résistance palestinienne contre la colonisation sioniste dans les années 1920-30. En 1937, la puissance mandataire britannique le condamne à l’exil. Il rejoint en 1941 les puissances de l’Axe, contribue à la propagande nazie et met sur pied les unités bosniaques musulmanes de la SS. Il faut noter que ces unités n’ont pas participé à l’extermination des Juifs. Et surtout : on peut mesurer l’effet réel de son action qui visait à convaincre des combattants arabes de s’enrôler dans le camp fasciste. Seuls 6.300 soldats originaires du monde arabe sont passés par des organisations militaires allemandes, dont à peine 1.300 en provenance de Palestine, de Syrie et d’Irak (les autres provenaient du Maghreb). Dans le même temps, 9.000 soldats palestiniens se sont engagés dans l’armée britannique et 250.000 soldats maghrébins dans l’armée française de libération, fournissant la majeure partie de ses morts et blessés. Ces faits concrets vont totalement à l’encontre de l’adéquation Arabes = nazis.

Mais dès 1945, le mouvement sioniste fait tout ce qu’il peut pour donner au monde l’idée que les Palestiniens, influencés par le Mufti de Jérusalem, ont participé à la machine génocidaire ce qui légitimerait l’établissement d’un État juif sur leur patrie. De nombreux livres, brochures, articles sont publiés pour accréditer cette vision et des démarches sont entreprises, en vain, pour qu’al-Husseini soit jugé à Nuremberg.

Le Mémorial de Yad Vashem, qui matérialise la représentation sioniste de l’histoire, donne une importance démesurée à al-Husseini. L’historien israélien Tom Segev a montré dans Le Septième Million. Les Israéliens et le génocide (2002) que le mur qui lui y est consacré vise à accréditer l’idée d’une convergence entre l’hostilité des Arabes à la colonisation juive et la machine génocidaire nazie. L’Encyclopedia of the Holocaust, publiée en association avec Yad Vashem, consacre au Mufti de Jérusalem un article plus long que ceux qui traitent d’Himmler, de Goebbels ou d’Eichmann.
Dans son ouvrage de 2004, La Nation et la Mort, l’historienne Idith Zertal [1] montre que la propagande israélienne au moment du procès Eichmann à Jérusalem allait également dans ce sens. Le procureur israélien chargé d’accuser Eichmann utilisa sa tribune pour tenter de démontrer la responsabilité du dirigeant palestinien. « Malgré [l’] absence de preuves, le procureur israélien continua à grossir le « rôle » du Mufti dans la planification et la mise en œuvre des crimes nazis, consacrant de précieuses heures d’audience à cette question. La presse israélienne lui emboîta le pas. Sans parler du caractère juridiquement douteux de cette apparition forcée du spectre du Mufti dans la salle du tribunal de Jérusalem où Eichmann et le système nazi étaient mis en jugement, cette manœuvre contribua amplement à la distorsion et à la sous-estimation de l’ampleur et de la signification exceptionnelle des crimes nazis ainsi que de la responsabilité de leurs véritables auteurs. Elle était cependant conforme au caractère politique et didactique spécifique que Ben Gourion voulait imprimer au procès. »
Netanyahou n’a donc rien inventé. Sa déclaration récente est dans le droit fil du récit sioniste.
En déplaçant de Berlin vers Jérusalem le centre de gravité de la destruction des Juifs d’Europe la propagande israélienne produit aussi un autre effet : elle tend à miner le travail de mémoire des Juifs de la diaspora face à leur propre histoire dont les ressorts se situent bien en Europe et non en Israël-Palestine.

À l’heure où une parole génocidaire décomplexée s’exprime au grand jour dans les médias, à la Knesset et dans les rues d’Israël pour en finir avec la question palestinienne, il n’est pas innocent que le Premier ministre du gouvernement de droite le plus extrémiste qu’ait connu ce pays présente une lecture de l’histoire qui pourrait légitimer le basculement du conflit israélo-palestinien vers une barbarie sans limite : contre un ennemi intrinsèquement nazi, tout est permis.

 

Notes

[1Longuement citée dans l’article de Luc Delval « Pauvre Netanyahou » publié sur le site pourlapalestine.be

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