Des universitaires belges pour le boycott académique d’Israël : interview de Patrick Deboosere


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Les initiateurs de l’association tout récemment créée, le Belgian Academic and Cultural Boycott of Israel (Bacbi), sont on ne peut plus clairs : ils boycotteront toutes les institutions académiques officielles d’Israël tant que ce pays poursuivra sa politique d’occupation et de colonisation, et qu’il s’obstinera à fouler aux pieds le droit international.

En 2005, un groupe d’universitaires et d’artistes palestiniens lançaient le PACBI, le Palestinian Academic and Cultural Boycott of Israel, en tant que composante de la campagne BDS (Boycott, Désinvestissements et Sanctions, NdlR). BDS a été créée par un important groupe d’organisations du monde associatif palestinien. Aujourd’hui, des universitaires belges s’y joignent par le biais de la création du Belgian Academic and Cultural Boycott of Israel (BACBI).

Patrick Deboosere, professeur à la VUB

« Nous désirons nous joindre à la campagne de boycott, parce qu’un boycott international est le moyen principal, aujourd’hui, qui permettrait de mettre un terme à l’oppression du peuple palestinien par l’Etat d’Israël », explique le professeur Patrick Deboosere (VUB), cofondateur du BACBI. « Comme l’a bien montré en son temps la lutte contre le régime d’apartheid en Afrique du Sud, le boycott est une arme très efficace. Le fait que, récemment, au Parlement israélien, une majorité de droite a approuvé une loi rendant punissable l’appel au boycott, montre clairement à quel point l’on a peur de cette stratégie. »

Comment cette action de boycott est-elle née ?

Patrick Deboosere. En 2009, lorsque nous nous sommes rendus en Palestine en compagnie d’un certain nombre de collègues et d’artistes amis, nous avons été en contact pour la première fois avec des partisans d’un boycott international. Depuis lors, je n’ai plus cessé de soutenir la campagne BDS.

On ne peut pas faire autrement quand on voit la situation sur place. Nous avons tous été profondément touchés par l’injustice incroyable qui règne là-bas. Il suffit de franchir un checkpoint israélien pour ressentir les humiliations et le mépris que doivent subir quotidiennement les citoyens palestiniens.

On y voit l’inégalité dans la façon de traiter les gens, avec la destruction et l’expropriation des terres palestiniennes et la construction de colonies juives illégales. C’est en infraction avec le droit international, mais cela se passe toutefois sous la protection de l’armée israélienne.

Et il y a le mur…

Patrick Deboosere. On le connait évidemment via les photos et les images télévisées. Mais la confrontation sur place est littéralement écrasante. Un vrai mur de l’apartheid, long de plusieurs centaines de kilomètres. L’image seule de la façon dont ce mur passe au beau milieu des faubourgs et des villages qui entourent Jérusalem-Est hallucinante. Et en même temps, on remarque comment, par toutes sortes d’artifices, la construction du mur est également mise à profit pour accaparer plus de terres palestiniennes encore.

Le mur a également annexé de facto Jérusalem-Est et l’a coupé du reste de la Cisjordanie. Le mur traverse littéralement le campus de l’Université al-Quds,  ce qui fait qu’aujourd’hui, plus de 13 000 étudiants palestiniens doivent franchir au moins un des 600 check-points israéliens lorsqu’ils quittent leur domicile pour se rendre à l’université.

Avec l’agression contre Gaza en juillet dernier, de plus en plus de collègues se sont adressés à moi pour lancer une initiative en faveur d’un boycott académique. En quelques semaines, il y a du côté palestinien plus de 2 100 tués et plus de 10 000 blessés, en grande majorité des civils, dont de nombreux enfants. Quelque 17 000 bâtiments ont été détruits. Du côté israélien, l’opération a fait 73 morts, dont 66 militaires.

Ca a été une boucherie et la chose a encore été confirmée récemment par les témoignages directs de dizaines de soldats israéliens, avec « Breaking the silence« .

Pourquoi est-il important que des universitaires se joignent à une telle campagne ?

Patrick Deboosere. En tant qu’universitaires, nous devons prendre nos responsabilités. En mars dernier, dans 22 pays, une « Semaine de l’apartheid israélien » a été organisée. Des étudiants de plusieurs universités belges s’y sont ralliés. Entre autres à l‘ULB et à la VUB, cela a provoqué beaucoup de remu-ménage. Des pressions ont été exercées par l’ambassade israélienne afin de supprimer ces activités. L’ULB a menacé de suspension l’organisation estudiantine favorable au boycott. Cela prouve à quel point ils est important que le corps académique lui aussi s’exprime en faveur du boycott international.

En quoi consiste précisément cette action de boycott ?

Patrick Deboosere. Notre déclaration de principe rejoint l’appel palestinien au boycott académique et culturel et, en ce moment, elle a déjà été singée par près de 300 académiques, de toutes les universités et hautes écoles du pays. Depuis que l’appel est en ligne, chaque jour, de nouvelles signatures viennent s’ajouter. (*)

Concrètement, le boycott signifie que nous ne collaborons pas avec les institutions officielles et universités d’Israël et que nous nous opposons à tout subventionnement émanant de l’Europe. Nous voulons que l’Europe résilie tous les accords de collaboration avec Israël et nous appelons dès maintenant à ne pas coopérer avec les universités israéliennes dans le cadre de projets européens. Aujourd’hui, toutes les universités israéliennes sont complices de la politique de racisme, d’apartheid et d’oppression de l’Etat israélien. Toutes, ou à peu près, collaborent au renforcement de l’appareil militaire israélien.

Si une université israélienne devait officiellement se distancier de l’occupation et de la politique d’apartheid, nous serions disposés à collaborer avec cette université. Jusqu’à ce jour, ce n’est malheureusement pas le cas.

Comment réagissent les universitaires en Israël face à un boycott ?

Patrick Deboosere. Il y a certes un certain nombre d’universitaires israéliens courageux qui s’opposent ouvertement à la politique de leur pays. Aussi sommes-nous en faveur d’une collaboration et d’un dialogue avec des universitaires israéliens à titre individuel. Je pense qu’il est très important de continuer à collaborer et à discuter avec nos collègues israéliens.

Ce n’est pas un boycott individuel. Le but est d’accroître la pression sur Israël de sorte que soit mis un terme aux violations du droit international. Cette pression doit également venir de nos collègues israéliens. Nous n’en sommes pas encore là. Nous essayons de développer une médiatisation suffisante afin que nos universités cessent leur collaboration, à l’exemple de la façon dont, aujourd’hui, le mouvement pour le boycott international prend forme dans plusieurs universités américaines ou européennes.

Quelles actions allez-vous entreprendre ?

Patrick Deboosere. Nous avons créé un site internet, www.bacbi.be, et nous espérons que le plus grand nombre possible de nos collègues des universités et des hautes écoles signeront également notre appel. A court terme, l’intention est que les universités cessent de collaborer avec les universités israéliennes.

Le lobby pro-israélien accuse systématiquement d’antisémitisme tous ceux qui expriment des critiques à l’égard d’Israël. Mais, soyons bien clairs : nous sommes opposés à toute forme de racisme et d’antisémitisme.

L’indignation spontanée qu’éprouvent bien des personnes au vu de l’injustice que subit le peuple palestinien doit recevoir un soutien solide de la part du monde académique.

Au sein du BACBI, nous voulons étendre l’action de boycott au secteur culturel. Si des musiciens et des compagnies théâtrales refusent de se produire enIsraël, cela aura un grand retentissement et cela contribuera à accroître encore la pression.

Nous sommes d’ailleurs pas seuls, dans cette campagne. Le boycott académique et culturel s’étend au niveau international. Notre but final est de mettre un terme aux infractions et violations systématiques du droit international par Israël et de contribuer à une paix juste au Moyen-Orient. C’est un travail de longue haleine mais, quand on est fondamentalement du côté de l’injustice et de l’oppression, on finit toujours par perdre.

Le physicien, mathématicien et cosmologiste britannique Stephen Hawking est probablement la personne la plus célèbre à participer au boycott académique contre Israël. Lorsque le président israélien l’a invité pour une conférence, Hawking lui a envoyé une lettre signifiant son refus pour protester contre l’attitude d’Israël dans les territoires palestiniens.

Article publié dans le mensuel du Parti du Travail de Belgique (PTB) « Solidaire« , le 1er juin 2015.

(*) 380 signatures au 18 juin

Mise à jour le Jeudi, 18 Juin 2015 18:43 

Un Juif de Bruxelles: « Israël mène une politique d’apartheid »


| Mis à jour le mercredi 13 août 2014 à 15h40

  • La communauté juive de Belgique compte près de 40 000 personnes. Une communauté particulièrement critiquée par une partie de l’opinion publique qui associe la population juive à l’Etat d’Israël.

    Impliqué dans la vie bruxelloise, Michel Staszewski constate les stéréotypes entretenus dans la population qui pense que tout Juif soutient forcément le gouvernement israélien et les attaques sur la bande de Gaza.

    Il constate que tant ses collègues enseignants que ses élèves, en grande partie musulmans, ont une vision réductrice de ce qu’ils croient être l’identité juive.

    Le professeur d’histoire ne croit pas dans une forme d’importation du conflit israélo-palestinien en Belgique. Il constate en revanche que de plus en plus de gens sont concernés par la situation au Proche-Orient. Et par la plus grande intransigeance du pouvoir israélien au mépris du droit international.

    L’UPJB mène le même combat depuis 1967

    Le dimanche 27 juillet 2014, des membres de l’UPJB ont participé au cortège de la manifestation critiquant les agissements d’Israël dans la bande de Gaza. Engagée depuis des dizaines d’années en faveur d’une  » paix juste au Proche-Orient « , l’UPJB veut se distancier d’un  » soi-disant consensus que tente de faire apparaître le comité de Coordination des organisations juives de Belgique « .

    Pour Michel Staszewski, Israël ne peut poursuivre sa politique que grâce à l’aide des Etats-Unis et à la passivité de l’Union européenne. Mais il pronostique que le pays sera de plus en plus isolé au niveau mondial :  » Rien ne dit que cela durera toujours « .

    Juifs : le bon, le mauvais et les honteux

    Existe-t-il aujourd’hui aux yeux d’Israël des bons Juifs et des mauvais Juifs ? Certains radicaux ont même qualifié de « honteux » les juifs qui défendent les revendications palestiniennes.

    Ceux–là, explique le membre de l’UPJB, font souvent l’objet de menaces verbales… et parfois même de menaces de mort. Il dit n’avoir jamais éprouvé de difficultés à être Juif en Belgique. Parce qu’il ne vit pas reclus dans la communauté juive et qu’il travaille au contraire dans un milieu pluriethnique.

     » Les seuls vrais problèmes sont entre Juifs et en particulier dans ma famille.  » Ce qui n’empêche pas l’existence bien réelle de l’antisémitisme et des préjugés. Et que la peur du religieux de porter la kippa dans certains quartiers ne relève pas que du pur fantasme.

    La politique d’Israël est raciste et s’apparente à l’apartheid entre Palestiniens et colons israéliens, dénonce Michel Staszewski pour qui le terme apartheid se justifie pour les territoires de Cisjordanie et de Jérusalem Est… Gaza étant à ses yeux une prison à ciel ouvert.

    Et cette politique n’est pas neuve: «  Lors de mon premier voyage en Israël, en 1967, nos guides israéliens nous disaient que le gouvernement traitait déjà les populations non Juives de manière raciste. Le président de la ligue israélienne des Droits de l‘Homme le disait déjà dans un livre de 1979 intitulé  » Le racisme de l’Etat d’Israël « .

    Un Juif peut être antisioniste

    Peut-on être Juif et antisioniste ? Michel Staszewski s’en veut la preuve vivante. Mais à titre personne, précise–t-il : « L’UPJB est non sioniste, moi, je suis antisioniste. Le sionisme est une philosophie de la méfiance et de la peur et pas de la volonté de s’accommoder des différences. Un Etat sioniste est un Etat qui ne traite pas tous ses citoyens de la même manière « .

Nuit d’horreur à Ben Gourion pour deux étudiants musiciens


Voici le témoignage, assez représentatif, de deux jeunes étudiants en musique, Philomène et Bastien, détenus et interrogés toute une nuit à leur arrivée à l’aéroport de Tel-Aviv, avant d’être renvoyés chez eux, manu militari…  Parce qu’ils s’engageaient dans la vie musicale palestienne et ont des amis dans les territoires occupés, ils représenteraient « un danger pour la démocratie israëlienne ». Où l’on voit les méthodes de la « démocratie »de Netanyaou…

Nous sommes deux étudiants, actuellement en musicologie à l’Université Paris 8 et aux CRR 93 à Aubervilliers et CRD à Gennevilliers. Après avoir passé notre Bac, nous sommes partis en septembre 2013 pour vivre un an en Palestine. Nous y avons donné et reçu des cours de musique (violon et flûte traversière) au Conservatoire National Edward Saïd à Ramallah et contribué à créer une école de musique à Jéricho. Pendant ces vacances de Pâques, nous avions décidé d’y retourner pour revoir nos amis et retourner sur les lieux fréquentés l’année précédente.

 

Le dimanche 19 avril dernier, nous arrivons à 02h30 à l’aéroport de Tel Aviv Ben Gourion. Au passage à la douane, nous disons l’objet de notre visite, mais au mot « Ramallah », nous sommes directement envoyés dans une petit salle où d’autres personnes attendent déjà. On nous demande tout de suite d’écrire nos numéros de téléphone et nos e-mails respectifs.

Après une heure d’attente, un homme de la sécurité vient chercher Philomène, lui disant de prendre ses bagages. Dans ce premier interrogatoire, l’agent de sécurité la questionne sur l’objet de sa visite, si elle est déjà venue en Israël et pourquoi. Au bout de plusieurs minutes, il commence à s’énerver et la traite de « menteuse » car cela lui semble impossible de partir un an à vingt ans pour faire de la musique et seulement de la musique en Palestine. Il lui demande si elle a un portable palestinien. Elle lui répond que non car elle a peur de compromettre ses contacts. L’homme se lève et frappe avec ses poings sur son bureau en disant « You’re a liar, I don’t believe you ! ». Il raccompagne ensuite Philomène dans la salle d’attente et demande à Bastien de le suivre. Même scénario, il le prévient tout de suite que son amie est une menteuse et qu’il a intérêt à ne pas mentir. Bastien lui dit la vérité mais il ne le croit pas, commence alors un dialogue de sourd. Puis il lui ordonne d’aller chercher nos carte SIM palestinienne et notre appareil photo. Après avoir dû traduire tous les messages présents sur le portable et le voir regarder nos photos parisiennes pour être sûr que nous ne sommes pas activistes, il lui dit de retourner dans la salle d’attente.

Deux heures plus tard, et après avoir vu de nombreuses personnes repartir avec un visa, le même agent crie à Philomène de le suivre. Il repose les même questions mais cette fois-ci, il est persuadé qu’elle a participé à des manifestations. Elle affirme que non. Il continue jusqu’à ce qu’elle craque et se mette à pleurer. C’est au tour de Bastien, il l’accuse lui aussi d’avoir participer à des manifestations et lui conseille d’arrêter de mentir. Il va sur son compte facebook et lui demande s’il connaît une « Marie Ballanger », il répond que non, puis l’agent s’énerve en lui disant que pourtant il l’a dans ses amis et qu’elle a été refoulée en décembre dernier. Bastien comprend alors qu’il s’agit de « Bérengère », une amie qui a effectivement été refusée récemment. Il dit alors qu’il la connaît et se voit immédiatement insulté car il n’a pas réagi tout de suite. Il est de nouveau renvoyé dans la salle d’attente.

Il est maintenant 8h00, nous ne sommes plus que cinq dans cette petite salle. Nous tremblons, nous avons envie de vomir, le sandwich sec que la sécurité israélienne nous apporte ne passe pas. A nos côtés, une russe tombe dans les pommes, un agent de la sécurité lui cale une valise sous les pieds et attend qu’elle se réanime, seule…quinze minutes plus tard, un homme vient s’occuper d’elle. Nous voyons aussi un tchadien, après avoir donné tout l’argent qu’il possédait sur lui, se faire menotter et envoyé on ne sait où. Dans un coin, un homme d’une cinquantaine d’année, épuisé, pleure. L’attente assise devient insupportable, inhumaine, nous avons besoin de marcher pour aller mieux. A l’extérieur de la salle on voit des jeunes de notre âge s’occupant aussi de la sécurité, rire, crier, téléphoner, parler shopping…insouciants.

Finalement, l’agent revient chercher Bastien. Il ne veut toujours pas le croire au sujet des manifestations, il lui demande pourquoi il est si nerveux, pourquoi il tremble, ça prouve qu’il ment non ? Il fait semblant de ne pas comprendre que cela fait déjà 5h30 que nous sommes ici après un voyage d’une journée en avion et qu’à un moment, un physique normalement constitué a des limites. L’agent insiste sur le fait que Bastien, en tant que pro-palestinien, ne puisse pas être parti un an en Palestine sans être allé à Bil’in, un village résistant. N’ayant jamais manifesté, Bastien nie jusqu’au bout. C’est au tour de Philomène, il lui repose exactement les mêmes questions. Elle y apporte les mêmes réponses.

Retour à la salle d’attente, nous ne savons plus quoi penser, allons nous malgré tout avoir un visa ? Allons nous être interdit de territoire ? Nous luttons contre le sommeil et les engourdissements. A 9h, un agent de l’immigration israélienne vient nous chercher. Il nous explique que nous sommes trop dangereux pour leur « démocratie » et que malgré le fait que nous soyons étudiants et musiciens, ils ne nous croient pas et vont nous emmener en centre de rétention en attendant de prendre notre vol de retour qui sera à 16h. A partir de ce moment là, nous sommes vus comme des terroristes. On nous escorte même pour aller aux toilettes. Ils nous emmènent au bureau de l’immigration pour prendre nos empreintes et une photo pour « pouvoir téléphoner à nos proches » selon eux. Philomène leur propose de jouer du violon puisqu’ils ne nous croient pas. Indémontable, un agent lui répond sèchement qu’il n’aime pas la musique.

Ils nous escortent ensuite jusqu’à une salle de fouilles, où pendant une heure nous n’existons plus qu’en tant qu’objets. Ouverture de tous nos sacs, vérification de tous nos vêtements et autres accessoires, puis fouille au corps dans une cabine. Humiliation complète. Ils démontent et gardent la valise de Bastien et mettent toutes ses affaires dans un colis. Nous sommes maintenant étiquetés-fluo de partout.

Nouvelle attente. On demande quand nous pouvons téléphoner, on nous répond « in a few minutes » comme depuis le début de la nuit. Enfin à 10h30, nous sortons du terminal de l’aéroport et montons dans un fourgon grillagé qui nous conduit, avec la russe, au centre de rétention.

Arrivés au centre, nos geôliers entreposent nos affaires dans une salle et nous disent de prendre notre argent et nos cigarettes si l’on veut fumer. Nos portables sont interdits. Mais, nous pouvons enfin contacter nos proches, huit heures après notre arrivée. Nous sortons prendre l’air, toujours accompagnés, dans une cour clôturée. Puis, on nous conduit dans une cellule dans laquelle nous resterons jusqu’au départ de l’avion. Nous voici enfermés, sans notion du temps dans un lieu sale, rempli de puces et avec plus que la peur, une notion d’absurde qui nous fait doucement rire … Nous en sortirons trois heures et demies plus tard.

Il est 15h, nous quittons enfin cette prison et retournons dans le fourgon qui nous emmène directement sur le tarmac où notre avion nous attend. Inconvénient, nous apprenons que notre avion arrive à Bruxelles et que si nous voulons rejoindre Paris, nous devrons attendre huit heures dans l’aéroport. Nous montons dans l’avion, nos geôliers donnent nos passeports aux hôtesses de l’air qui nous font entrer, l’air désolé.

Nous ne retrouvons nos passeports que cinq heures plus tard (et dix-sept heures après notre atterrissage), lors de notre arrivée à Bruxelles, où la police des frontières belge nous attend. Elle nous conduit dans un bureau pour vérifier que nous ne sommes pas dangereux pour leur État. Nous ne le sommes pas. Nous décidons alors de ne pas prendre l’avion à destination de Paris, nous préférons rentrer en France par nos propres moyens le lendemain.

 

Chaque année, à l’aéroport de Ben Gourion, de nombreux visiteurs d’origines variées sont confrontés à des situations similaires. Voyant ainsi, leurs droits humains les plus élémentaires bafoués : violation de l’intimité, torture psychologique, déshumanisation de la personne, racisme, vol, traumatismes… Peu d’entre eux présentent une réelle menace pour l’État israélien. Ce dernier nuit ainsi au bon déroulement d’une multitude de projets humanitaires, culturels et autre. A l’heure actuelle, rien n’est fait. Ce qui se passe à cette frontière est inconnu aux yeux de tous. Nos États ont le pouvoir de faire cesser ces exactions. Nous avons le devoir de renseigner le plus grand nombre pour qu’un jour les droits humains soient respectés à cette frontière. Nous espérons que ce témoignage puisse être un vecteur de réflexion et de changement quant à cette triste réalité.

 

Philomène Constant et Bastien Anthoine, Angers, le 22 avril 2015

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Pour le droit de débattre et de critiquer librement


  • Le mercredi 4 mars 2015, le cercle BDS de l’ULB organisait une action sur l’avenue Paul Héger à Ixelles, dénonçant les politiques menées par le gouvernement israélien. Le lendemain, un montage vidéo fut publié et les journaux titrèrent « Dérapage antisémite ». La polémique était lancée.

    Dans un souci de libre examen, le Recteur a réuni toutes les parties ainsi que des témoins pour faire la lumière sur les faits. Après que des torts partagés ont pu être reconnus, la conclusion du Recteur sur son blog fut claire : « il n’y avait pas d’intention antisémite dans le chef des manifestants » (1).

    L’incident semblait être clos. Nous avons dès lors été très préoccupé·e·s par la « Carte blanche » publiée dans Le Soir de ce vendredi 27 mars et signée par une septantaine de personnalités membres ou proches de l’ULB (2), invitant le Recteur de l’ULB à retirer au cercle BDS-ULB « la reconnaissance officielle de l’université et l’autorisation à porter son sigle« , ce qui revient à prôner la suppression pure et simple, sans autre forme de dialogue, du cercle au sein de l’ULB.

    S’il devait être avéré qu’il y avait eu un acte d’antisémitisme, nous serions les premièr·e·s à le dénoncer. Rappelons que la loi permet de poursuivre toute incitation à la haine raciale quelle qu’elle soit. Cependant, jusqu’à présent, aucune plainte n’a été déposée et aucune condamnation n’a été prononcée à l’encontre de BDS-ULB pour de tels actes.

    L’amalgame récurrent entre la critique de la politique menée par l’Etat d’Israël et l’antisémitisme est un outil d’intimidation intellectuelle qui n’a pas sa place dans la pratique du libre examen. Il vise à rendre illégitime toute remise en question de la politique menée par le gouvernement israélien et a en outre pour effet de monter les membres de la communauté étudiante les un·e·s contre les autres. Nous appelons à plus de sérénité dans la manière dont sont abordées ces questions politiques.

    Comme l’a très bien souligné le Recteur : « On peut lutter contre les thèses de BDS, contre toutes ou, comme dans mon cas, certaines d’entre elles, mais on ne peut le faire au détriment de la vérité, de la justice et du respect que l’on doit à toute personne« (1).

    BDS-ULB rejette le boycott individuel mais défend le boycott économique et institutionnel (et donc académique) comme moyen pacifique pour faire pression sur le gouvernement israélien. C’est un point de vue politique qui ne fait pas l’unanimité parmi nous, mais nous restons convaincu·e·s que seule la confrontation d’idées, qui reste l’ADN de notre institution, et non le sectarisme intellectuel, est la manière libre-exaministe de réfléchir à cette question.

    En tant que membres de la communauté universitaire et/ou proches de l’ULB, nous revendiquons le droit à débattre et à critiquer librement. Les revendications politiques de BDS-ULB ne sont peut-être pas partagées par tous, mais la liberté d’expression est un droit essentiel et la pluralité des points de vue, indispensable à toute société démocratique. Nous ne soutenons pas cet appel au retrait de l’enregistrement de BDS-ULB. Un appel non fondé qui jette le discrédit sur le cercle BDS-ULB, sans autre forme de débat, et qui relève tout simplement de la censure. Nous ne pouvons partager cette démarche qui ternit l’image de l’université en diabolisant des membres de sa communauté.

     

    (1) Didier Viviers, La fin ne justifie pas les moyens, publié sur le blog-notes de Didier Viviers, Recteur de l’Université libre de Bruxelles, 12 mars 2015. http://blog-recteur.ulb.ac.be/

    (2) Cette carte blanche, parue dans le soir le 27 mars 2015, a été relayée par l’Union des Anciens Etudiants et est disponible sur le compte de l’UAE : https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=944972222203032&id=238684106165184

    Plus de 200 personnalités de ou proches de l’ULB ont décidé de prendre position ensemble contre les demandes de censures formulées à l’encontre du cercle BDS-ULB. Face à la diabolisation, ils défendent le droit au débat et à la critique.

    voir article complet ici

Document exclusif : la bombe à retardement de Jérusalem


|  PAR RENÉ BACKMANN

Selon un rapport confidentiel rédigé par les diplomates de l’Union européenne à Jérusalem, que Mediapart s’est procuré, la tension dans la ville n’a jamais été aussi forte depuis 1967. Si la politique de discrimination et de colonisation menée par Israël se poursuit, ce sont les bases mêmes d’une solution pacifique qui seront détruites. Il est peut-être encore temps d’agir, mais l’Europe doit faire preuve de courage.

La situation à Jérusalem a atteint, en 2014, un degré de « polarisation et de violence »que la ville n’avait plus connu depuis 1967 ou la fin de la seconde intifada en 2005.« Si l’on ne s’attaque pas aux causes profondes de cette violence, le résultat probable sera une poursuite de l’escalade, et une aggravation de la division extrême dont la ville a souffert au cours des six derniers mois de l’année dernière. » C’est sur ce constat alarmant que s’ouvre le dernier rapport des chefs de mission diplomatique de l’Union européenne à Jérusalem et à Ramallah, récemment transmis à Bruxelles.

Depuis qu’un diplomate britannique en a eu l’idée il y a une quinzaine d’années, les consuls et consuls généraux représentant les pays de l’UE (aujourd’hui au nombre de 28) en Israël et dans les territoires occupés palestiniens, rédigent chaque année pour le comité politique et de sécurité du Service européen d’action extérieure – le ministère des affaires étrangères de l’Europe – une sorte « d’état des lieux », qui fait le point sur la situation à Jérusalem-Est et en Cisjordanie. Celui de ce printemps, qui couvre l’année 2014, est particulièrement épais. Mediapart s’est procuré ce document européen à diffusion restreinte, traditionnellement rédigé en anglais : il peut être consulté en cliquant ici.

Il comporte 32 pages, dont trois pages de recommandations, et cinq pages de statistiques (nombre de morts et blessés dus aux actes de violence, état des démolitions par Israël de maisons palestiniennes, nombre de personnes affectées, évolution des conditions d’accès pour les Palestiniens à la mosquée Al-Aqsa, nombre d’accrochages avec les colons, répartition des incidents par localité). Il est aussi particulièrement alarmant.

« Jérusalem demeure, dans le cadre du processus de paix au Proche-Orient, l’une des questions les plus passionnelles et les plus problématiques, écrivent les diplomates européens. Aussi longtemps que le statut de la ville ne sera pas résolu, un accord global entre Israéliens et Palestiniens ne sera pas possible. Ce point n’a jamais été aussi pertinent que cette année. […] Au cours de l’année 2014, la situation s’est gravement détériorée à Jérusalem dans pratiquement tous les domaines couverts par les rapports précédents.

L’expansion de la colonisation s’est poursuivie, y compris dans les zones très sensibles ; des politiques très restrictives sur les constructions palestiniennes à Jérusalem ont été maintenues avec force et ont été suivies par des vagues de démolitions et d’expulsions ; l’éducation pour les Palestiniens reste inéquitable ; les Palestiniens continuent d’affronter des difficultés pour bénéficier des soins de santé ; l’économie de Jérusalem-Est ne montre aucun signe d’amélioration. De surcroît, Israël a remis en vigueur des mesures punitives, comme la révocation des droits de résidence et la démolition des habitations des Palestiniens impliqués dans des attentats. »

Après avoir rappelé que pour l’UE les colonies sont, de longue date, considérées comme illégales au regard du droit international et constituent un obstacle à la paix, les auteurs du rapport constatent que sur les 540 000 colons recensés en 2014, près de 200 000 vivent à Jérusalem-Est, aux côtés de 300 000 Palestiniens, et que près de 3 000 bâtiments destinés à accueillir des colons ont été mis en chantier. La même politique a été poursuivie à la périphérie de la ville, parfois à l’abri d’un prétexte touristique, écologique ou archéologique.

Pour développer la zone E1, qui doit devenir une vaste colonie stratégique, à l’est de Jérusalem, le gouvernement israélien s’apprête même à chasser les communautés de bédouins qui vivent traditionnellement sur ces terres, et à les installer au nord de Jéricho, ce qui pourrait être considéré comme un « transfert forcé », en contravention avec la quatrième convention de Genève. Ce déplacement pourrait aussi ouvrir la voie à d’autres expansions de colonies israéliennes, compromettant un peu plus encore la viabilité de la solution à deux États.

« Si ce projet était réalisé, estiment les diplomates, il couperait Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie, et la diviserait en une partie nord et une partie sud, portant un coup sévère à la contiguïté d’un futur État de Palestine et au potentiel de Jérusalem comme future capitale de deux États. »

Après avoir recensé et analysé les principaux attentats et incidents intervenus en 2014, et leur perception par la population de Jérusalem-Est, les auteurs du rapport constatent que « l’une des plus évidentes conséquences de ce très haut niveau de tension et de violence est la polarisation croissante de la ville, qui a récemment été décrite par divers observateurs et médias comme « plus divisée » qu’elle ne l’a jamais été depuis 1967 ». La situation autour de l’Esplanade des mosquées, où deux lieux saints de l’islam surplombent le Mur des lamentations, est décrite comme particulièrement explosive.

Forces de sécurité israéliennes sur l'Esplanade des mosquées.Forces de sécurité israéliennes sur l’Esplanade des mosquées. © Reuters

« Toute menace ou perception de menace contre l’intégrité de ce site ou contre le statu quo ne risque pas seulement de saper la reprise du processus de paix, mais possède le potentiel de déstabiliser la région et de provoquer des réactions de grande ampleur à travers le monde », estiment les diplomates.

Ils déplorent « l’escalade brutale, durant l’année 2014, des tensions sur l’Esplanade alimentée par les constantes provocations et incitations des représentants du gouvernement israélien, des colons et des extrémistes. […] Une source particulière d’inquiétude a été le nombre de visites spectaculaires et provocatrices de membres du monde politique israélien. Le 25 novembre, le chef de la police israélienne a sévèrement critiqué ces visites ».

Discrimination à grande échelle

Cette tolérance, voire complicité de l’État israélien, face à ces intrusions provocatrices sur l’Esplanade, est d’autant plus mal perçue par la majorité de la population musulmane que les Palestiniens sont victimes d’une réglementation qui limite considérablement leur droit d’accès aux lieux saints. « Les vendredis du Ramadan, notent les auteurs du rapport, l’accès de l’Esplanade a été interdit aux musulmans de moins de 50 ans et le nombre de Palestiniens de Cisjordanie qui franchissaient les checkpoints autour de Jérusalem a spectaculairement diminué. Il est passé de 466 466 en 2013 à 45 291 en 2014, car seuls les hommes de plus de 50 ans et les femmes de plus de 40 étaient autorisés à entrer à Jérusalem sans permis spéciaux, tandis que l’accès était totalement interdit aux habitants de Hébron et de Gaza. »

Autre source de préoccupation pour les diplomates européens : le régime de planification urbaine de la municipalité de Jérusalem, « qui soumet à de très sévères restrictions les activités de construction des Palestiniens, ce qui crée une grave pénurie de logements et d’infrastructures pour les résidents palestiniens et paralyse le développement. Près de 52 % de la superficie municipale de Jérusalem-Est, telle qu’elle a été définie par Israël, ne sont pas ouverts à la construction, et 35 % sont affectés aux colonies. Conséquence : moins de 13 % de la superficie peuvent être utilisés par des constructions. Or la majeure partie de cette terre est déjà construite et la réglementation sur la densité rend l’obtention d’un permis très difficile et très coûteuse. Au moins 33 % des habitations palestiniennes à Jérusalem-Est ont donc été construites sans permis, ce qui expose plus de 93 000 Palestiniens au risque de voir leur maison détruite et d’être déplacés ».

Destruction de maisons palestiniennes à Jérusalem-Est sous protection de l'armée.Destruction de maisons palestiniennes à Jérusalem-Est sous protection de l’armée. © Reuters

Très critiques des réglementations municipales (parfois contraires au droit international) qui encadrent de plus en plus étroitement le statut de « résident » des Palestiniens de Jérusalem-Est – mesures officiellement destinées à limiter à 40 % la population palestinienne de cette partie de la ville –, les diplomates européens condamnent aussi énergiquement, arguments à l’appui, les nombreux obstacles à la liberté de mouvement des Palestiniens.

« La barrière [de séparation], rappellent-ils, déconnecte Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie et sépare, physiquement, les communautés palestiniennes au sein de Jérusalem-Est : 30 % de la population de Jérusalem-Est vivent à l’intérieur des limites municipales, mais au-delà de la barrière de séparation, et sont ainsi coupés de tous les services urbains. »

Aggravant encore les conditions de vie créées par cet enchevêtrement de réglementations restrictives, les choix politiques du gouvernement israélien à Jérusalem-Est entravent l’accès des habitants à l’éducation, à la santé et nuisent au développement économique. Alors que les 300 000 Palestiniens de Jérusalem représentent 38 % de la population totale de la ville et sont soumis au même régime fiscal que les résidents israéliens, la part du budget municipal qui leur est consacrée ne dépasse pas 12 %. Et ils ne disposent que de trois bureaux d’aide sociale, bien qu’ils constituent plus du tiers de la population municipale, tandis que la partie occidentale de la ville dispose de 18 bureaux.

Cette politique de discrimination, constatent les rédacteurs du rapport, s’étend aussi aux transports, aux infrastructures, aux institutions palestiniennes de Jérusalem-Est – pour la plupart fermées depuis 2001, à l’exception des hôpitaux – et à l’exercice des religions.« Le droit d’accès, la liberté de culte et le droit de pèlerinage dans la Ville sainte demeurent des domaines de grave préoccupation pour les musulmans et les chrétiens, constate le rapport. La barrière de séparation, qui divise les congrégations, fait aussi obstacle au travail des organisations religieuses qui participent à l’éducation, la santé, l’assistance humanitaire et l’aide sociale aux Palestiniens à Jérusalem-Est, et autour. Degraves entraves à la liberté de circulation et de culte continuent d’affecter les Palestiniens musulmans et chrétiens de Cisjordanie, qui ne peuvent se rendre à Jérusalem sans permis délivré par Israël. Ces permis ont une durée limitée et sont attribués de manière très sélective. »

Ce véritable réquisitoire contre la politique israélienne à Jérusalem-Est est d’autant plus accablant qu’il n’émane pas de militants politiques ou de défenseurs des droits de l’homme, mais de diplomates habitués à peser leurs mots. Ils représentent une entité – l’Union européenne – dont l’audace, en politique étrangère, n’est pas la qualité première. Si elles étaient – même partiellement – suivies d’effet, les 40 recommandations que formulent les auteurs du rapport provoqueraient un bouleversement politique international majeur.

« Élaborées avec, pour objectif, la préservation de la viabilité de la solution à deux États, telle qu’elle est exposée dans de nombreuses déclarations de l’UE, y compris les conclusions adoptées par le Conseil le 22 juillet et le 17 novembre 2014, ces recommandations, précisent les diplomates, ont aussi pour but de préserver la présence palestinienne à Jérusalem aux niveaux politique, culturel et économique. La situation, qui s’est très rapidement détériorée à Jérusalem au cours de l’année 2014, rend la mise en œuvre de ces recommandations des plus pressantes. »

Les 40 recommandations

Les 40 recommandations de l’UE obéissent à quatre axes prioritaires de l’action diplomatique européenne au Proche-Orient : préserver la viabilité de Jérusalem comme futur capitale de deux États ; consolider l’identité religieuse et culturelle de la ville ; mettre fin à l’isolement socio-économique de Jérusalem ; renforcer le rôle, la visibilité et la politique de l’Union européenne.

Pour atteindre ces objectifs, les représentants de l’UE proposent des mesures déjà citées dans les rapports précédents – rouvrir des institutions palestiniennes de Jérusalem-Est, soutenir la société civile, héberger les événements organisés par la société civile palestinienne dans les centres culturels, les consulats, les résidences diplomatiques européennes, encourager le dialogue interreligieux, assurer une présence européenne lorsque des familles palestiniennes sont exposées au risque d’expulsion, ou de démolition de leur maison.

Netanyahou sort grand vainqueur des élections législatives de la mi-mars.Netanyahou sort grand vainqueur des élections législatives de la mi-mars. © Pierre Puchot

Ils avancent aussi des recommandations plus musclées, manifestement dictées par l’urgence de la situation, qui révèlent leur irritation face à la stratégie d’occupation-colonisation-annexion impunie d’Israël. Sans utiliser le mot « boycott », diplomatiquement incorrect, ils suggèrent de prendre « de nouvelles mesures coordonnées pour garantir que les consommateurs européens soient capables d’exercer leur droit à un choix informé, pour ce qui concerne les produits des colonies, en conformité avec les règles en cours dans l’UE ».

Ils conseillent également que soient « examinées et adoptées » des mesures réglementant l’entrée dans les pays de l’UE des colons connus pour leur violence et de ceux qui appellent à commettre des actes de violence. Ils souhaitent que soient poursuivis les efforts visant à attirer l’attention des citoyens européens et des entreprises de l’Union européenne sur les risques liés aux activités économiques et financières dans les colonies. Ils proposent aussi que des « conseils » soient donnés aux organisateurs de voyages européens, pour qu’ils évitent de soutenir les entreprises installées dans les colonies de Jérusalem-Est.

Pour enrayer le naufrage économique de Jérusalem-Est, les diplomates proposent que l’UE demande à Israël de lever les restrictions de mouvement sur les biens et les services entre Jérusalem et le reste des territoires occupés, de mettre un terme aux pratiques qui limitent la liberté de circulation des citoyens européens, de rouvrir la chambre de commerce arabe de Jérusalem-Est, d’améliorer les infrastructures et les services publics à Jérusalem-Est, d’associer les Palestiniens à la planification urbaine à Jérusalem-Est, et d’apporter une aide spécifique aux communautés affectées par la barrière de séparation.

En d’autres termes, compte tenu de la majorité de droite et d’extrême droite qui a émergé des dernières élections législatives et de la coalition sur laquelle Benjamin Netanyahou entend s’appuyer pour constituer son gouvernement, c’est une véritable collision diplomatique qui se dessine entre Israël et l’Europe si Bruxelles s’avise de suivre ces recommandations et, comme Barack Obama, de « réévaluer ses options ».

Le destin réservé aux rapports précédents – un archivage discret, sans suites concrètes, faute de consensus – n’incite pas à l’optimisme. Mais si, comme il l’a annoncé vendredi, Laurent Fabius s’apprête à « relancer les efforts de la France » pour faire voter au Conseil de sécurité de l’ONU une résolution fixant les grandes lignes d’un règlement au Proche-Orient entre Israël et Palestiniens, le contenu de ce rapport pourrait utilement éclairer les rédacteurs de cette résolution…

source

Gidéon Levy : Netanyahu mérite le peuple israélien, et ce peuple le mérite


Si après tout cela, le phénix israélien a réussi à renaître de ses cendres et à être réélu, quelque chose s’est vraiment brisé, peut-être sans espoir de réparation.

Par Gideon Levy, le 18 mars 2015

La première conclusion qui a émergé quelques minutes seulement après l’annonce de l’issue des élections a été particulièrement décourageante : il faut remplacer la nation. Pas une autre élection pour diriger le pays, mais des élections générales pour choisir un nouveau peuple israélien – immédiatement. Le pays en a besoin d’urgence. Il ne pourra pas supporter un autre mandat avec Benjamin Netanyahu, qui est sorti la nuit dernière comme l’homme qui va former le nouveau gouvernement.

sur : http://www.agencemediapalestine.fr/blog/2015/03/20/gideon-levy-netanyahu-merite-le-peuple-israelien-et-ce-peuple-le-merite/
original anglais ici