Cinq points de discussion israéliens sur Gaza: démystifiés


"Israël prétend qu’il ne fait qu’exercer son droit à la légitime défense et que Gaza n’est plus occupée. Voici ce que vous devez savoir sur ces points de discussion, et plus encore."Lire l’article de l’avocate Noura Erekat publié dans le quotidien américain "The Nation",  traduit en français sur le site de l’Agence.

 

‘Le bilan s’alourdit au dix-neuvième jour de l’offensive militaire israélienne contre la bande de Gaza et sa population civile :1020 morts palestiniens jusqu’à cette heure-ci, dont 200 enfants, 110 femmes et 83 personnes âgées suite à des bombardements israéliens en dix-neuf jours."Lire le billet de Ziad Medoukh publié sur le site de l’Agence.
"Plus de 1000 morts à Gaza, et ça continue"

 

La France s’abstient lors d’un vote de l’ONU demandant le respect du droit international dans les territoires palestiniens dont Jérusalem Est
La France s’est abstenue le 22 juillet dernier lors d’un vote de l’ONU  pour “faire respecter le droit international dans les territoires palestiniens dont Jérusalem Est”.Lire la suite sur le site de l’Agence.
Rassemblement du Samedi 26 juillet à Paris: COMMUNIQUÉ
"Une réunion du Collectif aura lieu dès demain pour convenir des moyens de poursuivre dans la plus grande unité les actions de soutien dans les rues, au peuple palestinien dans les jours qui viennent malgré l’attitude partiale du gouvernement."Lire le communiqué publié sur le site de l’Agence.
PHOTO: Respect à Massive Attack pour leur soutien à #GAZA durant leur concert
"Gaza est occupée ou sous restrictions depuis 1948". C’est à travers ces mots que le groupe "Massive Attack" a témoigné de son soutien à Gaza au festival Longitude 2014 .Lire la suite sur le site de la Campagne BDS France. Un article à ce sujet dans le Figaro  également.

 

 L’Agence Média Palestine a besoin de votre soutien!

Faire un don à l’Agence
Facebook Twitter Google+ YouTube
Si vous souhaitez prendre contact avec nous ou nous transmettre une information, n’hésitez pas à nous contacter par e-mail à:agencemediapalestine@gmail.com

« C’est la faute au Hamas ! »


Cette conversation à bâtons rompus avec le Premier ministre israélien n’a jamais existé. Les arguments développés, en revanche, n’appartiennent pas à la fiction. Ils illustrent le fossé qui sépare les parties au Proche-Orient.

M. Le Premier ministre, merci pour cette occasion rare de pouvoir vous poser des questions…

De rien, c’est normal. Je vous écoute.

M. le Premier ministre, Israël a déjà tué à Gaza ces deux dernières semaines plus de 650 personnes dont plus de 450 civils parmi lesquels près de 200 enfants, l’émotion croît dans le monde devant ces souffrances terribles, allez-vous encore continuer à tuer des civils désarmés et sans protection?

Israël ne cherche jamais à tuer des civils. Nous avons l’armée la plus morale du monde et nous en sommes fiers. Pourtant, c’est vrai, de nombreux civils palestiniens sont morts ces derniers jours, à notre plus grand regret. Mais je ne vais pas demander pardon: la population palestinienne n’a qu’à demander des comptes au Hamas. Cette organisation considérée comme terroriste non seulement par Israël mais aussi par les Etats-Unis, l’Union européenne, etc., se sert des civils comme boucliers humains. Ces terroristes tirent leurs roquettes à partir de quartiers habités par des civils. Nous, nous prévenons les habitants, leur demandons de fuir, puis nous tentons d’éliminer ces terroristes là on nous les repérons. Mais le Hamas leur dit de rester…

Donc, ils meurent. Mais, M. le Premier ministre, d’une part beaucoup d’habitants disent qu’ils ne savent où aller, qu’ils ne reçoivent souvent que quelques minutes (!) pour fuir leurs maisons; d’autre part, quant au Hamas, croyez-vous qu’il est raisonnable de penser qu’il accepterait d’aller tirer ses roquettes sur un terrain de football et d’y attendre vos frappes?

Je ne puis que répéter que nous faisons tout pour éviter les pertes civiles. Pour le reste, une seule adresse: les terroristes du Hamas!

Des quartiers entiers sont détruits, des hôpitaux bombardés, que restera-t-il de Gaza dans quelques jours?

(Agacé) Je le répète: nous visons les infrastructures terroristes du Hamas où nous les détectons. En faisant tout pour éviter les pertes civiles.

Le Hamas porte une revendication qui fait l’unanimité chez les Palestiniens: l’exigence de la fin du siège de Gaza, devenue prison à ciel ouvert depuis huit ans au moins. Or la communauté internationale, dont même vos meilleurs alliés, demande aussi la fin du blocus…

Seul Israël peut juger de ses besoins en matière de sécurité. La satisfaction de cette exigence mènerait rapidement au réarmement des factions terroristes palestiniennes de plus en plus minées par l’extrémisme djihadiste et la situation empirerait de notre point de vue. Il n’en est donc pas question.

Mais croyez-vous que les Gazaouis pourraient jamais accepter ce sort indigne de prisonniers à vie? En toute logique, ils vont continuer à résister, y compris par tous les moyens… Vous êtes-vous jamais mis dans leurs souliers ne serait-ce qu’une ou deux minutes?

La question n’est pas là. Je suis Premier ministre de l’Etat d’Israël. Aucun pays au monde n’accepterait que sa population civile soit bombardée à tout moment. Croyez-vous que la France tolérerait une seule roquette tirée par la Belgique?

Certainement pas, vous avez raison. Mais la France n’occupe pas une partie de la Belgique.

Gaza n’est plus occupée! Nous l’avons quittée en 2005, il y a neuf ans! Et au lieu de construire «un nouveau Singapour», ils en ont fait une base terroriste qui vise à détruire Israël!

Pour construire Singapour, encore eût-il fallu que les frontières fussent ouvertes. Or tout est fermé, y compris côté égyptien. Fermé à double tour. Pour les biens comme pour les personnes. Pour aller à Singapour, il suffit d’avoir un visa en règle. Pour Gaza, c’est bien plus compliqué, le plus souvent simplement impossible… Quant à la destruction d’Israël par les «terroristes», elle ne paraît pas pour demain. En revanche, celle de Gaza est en bonne voie.

Parlez-en au Hamas, il est responsable de toute cette situation!

Pourtant, à l’origine de cette dernière crise, l’horrible assassinat de trois jeunes Israéliens en territoires occupés le 12 juin, vous avez immédiatement accusé le Hamas alors que celui-ci tombait des nues. La responsabilité de cet acte injustifiable repose vraisemblablement sur plusieurs hommes d’un clan de Hébron qui n’obéissaient pas ou plus au Hamas. Ensuite, vous avez embastillé plus de 500 membres du Hamas en Cisjordanie occupée, abattu des militants à Gaza…

Nous n’allions pas rester sans réagir! Le Hamas s’est félicité de la mort atroce de nos jeunes, il est complice, de près ou de loin. Sa charte, antisémite, exige la destruction d’Israël…

Celle du Fatah aussi, pourtant vous avez signé des accords avec Arafat… Si vous le voulez bien, M. le Premier ministre, penchons-nous sur les racines du problème, Israël dit vouloir la paix et deux Etats côte à côte, mais il continue à coloniser sans relâche à Jérusalem-Est et en Cisjordanie, les deux territoires supposés, avec Gaza, devenir la Palestine, selon le droit international et les vœux non seulement des Palestiniens mais aussi de la communauté internationale. Colonisation et paix riment mal, vous ne trouvez pas?

La racine du problème n’est pas là mais dans la volonté palestinienne de détruire Israël. Ceux qui évoquent les implantations juives donnent raison aux Palestiniens qui cherchent des prétextes pour refuser la paix généreuse que nous proposons. Car nous n’avons aucune envie de dominer un autre peuple. Certes, Jérusalem n’est pas négociable. Ni le retour d’un seul réfugié palestinien. Mais en Cisjordanie, on peut trouver un accord, pour autant que la sécurité d’Israël soit préservée – nous garderons ainsi la vallée du Jourdain proche de la Jordanie, quoi qu’il arrive – et pour autant aussi que les grands blocs de colonies restent du côté israélien. L’Etat palestinien devra aussi être démilitarisé, bien entendu. Il devra également et tout d’abord reconnaître Israël comme l’Etat juif et l’Etat des Juifs!

Les Palestiniens contestent ce point car ils considèrent que cela serait leur demander de s’asseoir sur les droits de leurs réfugiés et aussi de la minorité palestinienne en Israël. En outre, si Jérusalem et les réfugiés ne sont pas au menu de la paix, il n’y aura jamais d’accord, le monde entier le sait et l’admet, sauf Israël. Pour les frontières de l’Etat palestinien, vous semblez envisager une série de petites enclaves cernées par le mur-barrière de sécurité, votre armée et les colonies juives, une perspective peu attrayante du point de vue palestinien, qui devrait tout de même être aussi pris en compte. Permettez-moi pourtant d’insister sur les colonies: vous continuez à les développer à bon rythme un peu partout en territoire palestinien occupé. N’est-ce pas aller ostensiblement dans une direction opposée à la paix, cela ne convainc-t-il la population palestinienne qu’Israël parle vaguement de paix mais nourrit en fait jour après jour la violence, l’humiliation et le désespoir qu’engendrent la colonisation et le comportement belliqueux voire volontiers agressif de nombreux colons juifs? En outre, plusieurs ministres de votre coalition ne veulent pas entendre parler d’un Etat palestinien ou de l’évacuation d’une seule colonie juive…

Vous ignorez peut-être que ce que vous appelez la Cisjordanie s’appelle la Judée et la Samarie: c’est le berceau de la religion hébraïque! C’est notre âme! Il est ainsi pour nous très difficile, d’un point de vue religieux et affectif, de quitter ces lieux. Néanmoins nous pouvons trouver un arrangement avec les Palestiniens si ceux-ci se montrent raisonnables en respectant nos impératifs de sécurité.

M. le Premier ministre, je suis désolé d’insister: croyez-vous possible de négocier l’avenir de territoires qui continuent à être colonisés sans répit?

J’ai déjà répondu à cette question. L’entretien est terminé. Je vous remercie pour votre attention.

Propos imaginés par BAUDOUIN LOOS
source

Gideon Levy, un sioniste détesté en Israël


Publié le  par Baudouin Loos

Contre la vague nationaliste imposante qui soutient avec ferveur l’attaque de l’armée israélienne contre Gaza, les voix israéliennes juives qui réussissent à se faire entendre ne sont pas légion. L’une d’elles bénéficie d’un support médiatique de choix, le très minoritaire mais estimé quotidien de gauche Haaretz. Au sein de sa rédaction, en effet, un homme symbolise «l’autre Israël», celui qui refuse la logique de guerre, et qui dénonce d’ailleurs depuis des décennies l’occupation. Cet homme s’appelle Gideon Levy et les menaces contre lui s’accumulent ces derniers jours.

Le journaliste a tenté la semaine dernière de se rendre dans les villes israéliennes proches de Gaza – l’entrée dans la bande maudite étant interdite aux Israéliens par Israël. Mais son reportage a tourné court devant la tension que sa présence suscitait quand il arrivait quelque part. Il estime même avoir échappé à un lynchage grâce à la présence d’une équipe de la télévision de la seconde chaîne nationale qui devait l’interviewer dans un «mall» d’Ashkelon (l’interview n’a d’ailleurs pas pu avoir lieu en raison de l’hostilité du public présent). Il a raconté cet épisode dans un article publié le 19 juillet.
Que dit donc Gideon Levy pour provoquer une telle ire contre lui?
Dans la rubrique «Opinions», il a par exemple signé le 17 juillet un papier intitulé «Voudriez-vous vivre dans le nouvel Israël qui vous tend la main?».

L’Israël qui se dessine, explique-t-il, sera celui «qui ne tolérera aucune opinion différente, aucune idée alternative. (…) Le peuple parlera à l’unisson, comme un chorus, aussi uniforme qu’un choeur de l’Armée rouge. Les médias aussi parleront d’une seule voix, déclamant les communiqués dictés par le gouvernement et l’armée».

Plus fort encore, car évoquant le climat de ces derniers jours: «En temps de guerre, la situation est différente, bien sûr. (…) On peut critiquer l’armée et la Défense mais dans une seule direction: ”Pourquoi ne laisse-t-on pas l’armée gagner? Laissons-la faire son travail, les battre tous, les bombarder, les écraser plus encore, conquérir plus encore, couper l’électricité, resserrer le siège, accroître autant que possible les tueries, la souffrance et les dévastations (…). Ramener les Arabes à l’âge de la pierre et Gaza au Moyen Age”. C’est autorisé.»

Dans un article plus analytique publié dans la même rubrique ce dimanche 20 juillet, Levy examine les dix conditions posées par le Hamas et le Djihad islamique pour cesser le feu. Et d’estimer qu’il n’y en pas une seule d’infondée parmi elles! Comme la fin du siège imposé à Gaza (que le droit international et la communauté internationale condamnent, d’ailleurs, n’écrit-il pas), la réouverture de l’aéroport de Gaza, celle du passage vers l’Egypte sous supervision internationale, l’ouverture d’un port, etc.) «Ces conditions sont d’ordre civil; les moyens utilisés pour y arriver sont militaires, violents et criminels. Mais l’amère vérité est que quand Gaza ne tire pas de roquettes sur Israël personne ne s’en préoccupe.»

L’animosité rencontrée par Gideon Levy en Israël ne date pas d’hier. Ce journaliste s’est spécialisé dans les affaires palestiniennes durant les années 1980. Ses fréquents reportages très crûs dans les territoires occupés, bien avant qu’il ne commençât à également remplir les colonnes des pages «Opinions», lui ont valu une solide réputation: celle d’un «prophète» pour les uns, comme l’intellectuel juif américain Noam Chomsky, ou celle d’un «traître» pour nombre d’Israéliens.

Nous l’avions rencontré à Bruxelles en 2010. Il assumait son impopularité chez lui en Israël. «Il y a de plus en plus d’Israéliens qui sont furieux contre moi. Eh bien! quelque part, ça me rend fier de moi. Car je lutte contre l’indifférence. Si je les fâche, c’est au moins que je les réveille, je touche leurs nerfs sensibles. Cela dit, la société israélienne devient de plus en plus intolérante. Beaucoup d’Israéliens trouvent que Barack Obama flirte avec l’antisémitisme, les associations qui défendent les droits de l’homme sont traitées de nazies, il y a de moins en moins de contre-pouvoirs, la société civile est dans le coma…»

Depuis lors, le journaliste a aggravé son cas, si l’on ose dire: depuis l’année dernière, lui le sioniste convaincu qui dit se battre «pour un Israël dont je pourrais être fier», s’est résolu à appeler au boycott de son pays«Le changement ne viendra pas de chez nous. C’est clair depuis longtemps. Aussi longtemps que les Israéliens ne paient pas le prix pour l’occupation, ou au moins ne font pas la connexion entre cause et effet, ils n’auront aucune raison d’y mettre fin. Et pourquoi un résident lambda de Tel-Aviv serait-il dérangé par ce qui se passe dans une ville de Cisjordanie comme Jénine ou de la bande de Gaza comme Rafah ? Ces endroits sont loin et pas particulièrement intéressants.»

Avec l’escalade actuelle à Gaza, comme il l’écrivait le 19 juillet, voici pour lui «le temps des menaces, de la haine, des intimidations (mais aussi les encouragements, le réconfort et la solidarité) dans la rue, par courriels, par téléphone, sur Twitter et Facebook. Les ténèbres sont tombés sur nous.»

Et de conclure de manière sombre: «Toutes les semences des incitations à la haine, toutes les lois nationalistes, racistes et la propagande incendiaire, les campagnes de peur et la subversion de la démocratie par le camp de la droite, tout cela a porté ses fruits, et ces fruits sont répugnants et pourris».

BAUDOUIN LOOS

Cette entrée a été publié sur le blog de Baudouin Loos  sur  ce permalien.

GRINÇANT – L’asymétrie du conflit israélo-palestinien caricaturée par l’humoriste Jon Stewart


Capture d'écran de l'émission The Daily Show. L'humoriste compare les envoyés spéciaux à Gaza et à Tel-Aviv.

Peut-on rire de tout ? Mille fois posée, la fameuse question revient avec une vidéo virale de l’humoriste américain Jon Stewart, qui raille l’asymétrie du conflit israélo-palestinien dans son émission quotidienne "The Daily Show"Si certains internautes et médias grincent des dents face à un traitement humoristique qui s’attaque plus volontiers à l’Etat hébreu, d’autres saluent un humour noir percutant.

"Les deux côtés bombardent, mais un côté semble être plus doué que l’autre", commence l’humoriste en citant le système de défense antimissile israélien "Dôme de fer", qui est parvenu à neutraliser, depuis le début de l’opération "Bordure protectrice", la plupart des roquettes tirées par les mouvements palestiniens depuis la bande de Gaza.

L’humoriste prend ensuite l’exemple du deux poids deux mesures entre la façon dont les civils israéliens et gazaouis peuvent fuir les bombardements. Tandis que les premiers peuvent être prévenus, en temps réel, des tirs de roquette palestiniens grâce à une application pour smartphone, les habitants de la bande de Gaza, eux, doivent se contenter des avertissements envoyés avec seulement quelques minutes d’avance par l’armée israélienne. Cette dernière n’hésite pas à prévenir de ses bombardements imminents… par de plus petits bombardements. "Un ‘amuse-boom’, si vous préférez", plaisante Jon Stewart.

Lire notre précédent post : Un "Yo" pour avertir des attaques contre Israël

"Fuir mais où ?! Avez-vous vu Gaza ? interroge-t-il tandis qu’une carte montre la taille minuscule de la bande de Gaza, Israël bloque cette frontière, l’Egypte celle-là. Alors que peuvent-ils faire ? Sont-ils censés s’enfuir en nageant ?"

Mais pour le caricaturiste, rien ne résume mieux l’asymétrie du conflit qu’une comparaison des envoyés spéciaux sur place. Exemple avec les reporters de la chaîne américaine NBC. Côté Gaza, le journaliste, combinaison intégrale pare-balles floquée de la mention "press" et mâchoire serrée ressemble à "un figurant du filmDémineurs", tandis que celui de Tel-Aviv, tee-shirt orange et mine plus décontractée,"ressemble à un mec qui vient de se lever pour aller à un concert de musique country".

La vidéo, importée et traduite par le site Arrêt sur images

Le gouvernement Netanyahu savait que les adolescents étaient morts, alors qu’il poussait au délire raciste


Le gouvernement Netanyahu savait que les adolescents étaient morts, alors qu’il poussait au délire raciste
Max Blumenthal – The Electronic Intifada – 8 juillet 2014

 

 

 Lors d’une manifestation de la droite à Jérusalem, une pancarte proclame « Que Dieu venge leur sang » et un jeune porte un autocollant déclarant « Kahane avait raison », en référence au dirigeant du mouvement violent des colons, originaire de Brooklyn. 1er juillet 2014. (Tali Mayer/ActiveStills)


Lors d’une manifestation de la droite à Jérusalem, une pancarte proclame « Que Dieu venge leur sang » et un jeune porte un autocollant déclarant « Kahane avait raison », en référence au dirigeant du mouvement violent des colons, originaire de Brooklyn. 1er juillet 2014. (Tali Mayer/ActiveStills)

 

« Maudit soit celui qui dira, "Venger ça" »

Chaim Bialik, « Sur le massacre »

 

Dès l’instant où les trois adolescents israéliens ont été portés disparus le mois dernier, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et l’appareil de l’armée et des renseignements du pays ont bloqué toute circulation de l’information vers le grand public. Par un mélange toxique de propagande, de subterfuge et d’incitation, ils ont enflammé une situation précaire, manipulant les Israéliens pour tenir leur agenda, jusqu’à ce qu’ils rendent un cauchemar tout à fait évitable, inévitable.

Les chefs de la police et des renseignements et Netanyahu savaient dans les heures qui suivirent l’enlèvement et le meurtre des trois jeunes qu’ils avaient été tués. Et ils savaient qui étaient les principaux suspects moins d’un jour après que l’enlèvement a été signalé.

Plutôt que de révéler ces précisions au public, l’agence des renseignements d’Israël, le Shin Bet, a donné l’ordre du silence aux médias nationaux, interdisant aux agences d’information de dire que les adolescents avaient été presque certainement tués, et de révéler également l’identité des meurtriers présumés. Le Shin Bet a même menti aux parents des adolescents enlevés, leur faisant croire que leurs fils étaient en vie.

Au lieu de monter une action limitée pour arrêter les auteurs présumés et récupérer les corps des adolescents, Netanyahu a organisé toute une campagne agressive de relations publiques, de niveau international, exigeant la compassion et l’indignation des dirigeants dans le monde, lesquels avaient, eux aussi, le sentiment que les jeunes disparus étaient toujours vivants.

En attendant, les forces armées d’Israël saccageaient toute la Cisjordanie occupée et bombardaient la bande de Gaza dans une campagne de punition collective vendue mensongèrement aux Israéliens et au monde comme une mission de sauvetage.

Des détails essentiels qui étaient connus depuis le début par l’appareil armée-renseignements et Netanyahu n’ont été relayés vers l’opinion israélienne qu’après l’enlèvement de plus de 560 Palestiniens, dont au moins 200 sont toujours détenus sans inculpation ; après des raids sur les universités palestiniennes et des mises à sac d’innombrables maisons ; après que six civils palestiniens eurent été tués par les forces israéliennes ; après que la police de l’Autorité palestinienne entraînée par les Américains eut aidé les soldats israéliens dans des attaques contre des jeunes Palestiniens dans le centre de Ramallah ; après que furent allégués des vols qu’auraient commis les troupes israéliennes pour 3 millions de dollars US ; et après que la grand-messe de relations publiques internationales d’Israël fut arrivée à son terme.

L’assaut contre la Cisjordanie a suivi de près l’effondrement des négociations sous l’égide des USA, que les USA ont reproché à Netanyahu, et est venu immédiatement après la ratification par le Hamas d’un accord d’union avec l’Autorité palestinienne contrôlée par le Fatah. Netanyahu était toujours sous le coup de la reconnaissance américaine du gouvernement d’union quand la nouvelle de l’enlèvement lui est parvenue. Ne ratant jamais une occasion d’affaiblir les Palestiniens, lui et son entourage immédiat se sont résolus à tirer de l’enlèvement une propagande du meilleur niveau possible.

Des semaines après les faits, il est maintenant clair que le gouvernement israélien, ses services de renseignements et l’armée se sont engagés dans une opération de camouflage pour assurer l’espace politique dont ils avaient besoin pour une campagne militaire qui avait très peu à voir avec le sauvetage des adolescents enlevés.

La campagne de désinformation qu’ils ont menée a conduit une population endoctrinée, entièrement militarisée, à un délire tribaliste, provoquant une vague d’incitation à un haut degré, au meurtre vengeur consternant d’un adolescent palestinien innocent et à des émeutes à travers Jérusalem-Est.

Quand le chaos finira, et jusqu’où il se propagera, nul ne le sait. Mais son origine est de plus en plus claire.

 

Bâillonement des médias, mensonge aux parents des adolescents

 

Le 12 juin, trois jeunes Israéliens juifs, Naftali Frenkel, Gilad Shaar et Eyal Yifrach, disparaissent alors qu’ils font de l’autostop en partant de Kfar Etzion, une colonie illégale en Cisjordanie occupée. A 22 h 25, Shaar lance un appel paniqué à la police israélienne.

Durant cet appel étrange qui dure deux minutes et neuf secondes, on entend les présumés ravisseurs ordonner aux jeunes de garder la tête baissée. On entend aussi Radio Israël en bruit de fond, alors que Shaar appelle à l’aide à plusieurs reprises. Puis, ce sont plusieurs coups de feu, suivis de chants de fête, alors les ravisseurs remarquent, « Nous en avons eu trois ». Les trois ont été tués.

Il faut attendre jusqu’au lendemain matin pour que la police fasse le lien entre l’appel et la plainte pour personnes disparues déposée par les parents des jeunes. Lors d’une réunion avec des responsables du Shin Bet ce jour-là, les parents des adolescents écoutent un enregistrement de l’appel téléphonique.

Bat Galim Shaar, la mère de Gilad Shaar, demande aux enquêteurs de lui expliquer les coups de feu entendus en bruit de fond, et si cela veut dire que son fils est mort.

Selon Bat Galim Shaar, la police va déclarer que les balles étaient « des balles à blanc ». Quand la voiture utilisée par les présumés ravisseurs a été découverte carbonisée sur le bord d’une route, le Shin Bet lui dit qu’aucun ADN n’avait été trouvé. En réalité, il y a des balles et du sang partout à l’intérieur de la voiture. Le Shin Bet ment aux parents des jeunes disparus afin d’entretenir le faux espoir que leurs fils sont en vie.

Des soldats israéliens sécurisent la zone autour d’une voiture carbonisée près d’Hébron, en Cisjordanie, le 13 juin, après que trois adolescents israéliens furent portés disparus la veille. (Mamoun Wazwaz/APA Images)  

Des soldats israéliens sécurisent la zone autour d’une voiture carbonisée près d’Hébron, en Cisjordanie, le 13 juin, après que trois adolescents israéliens furent portés disparus la veille. (Mamoun Wazwaz/APA Images)

« Quand (le Shin Bet) me dit finalement à 6 h du matin, vendredi, que l’armée est au travail, je me sens mieux – comme si nous étions entre de bonnes mains, » a dit Bat Galim Shaar sur Channel 10 d’Israël. « J’ai été naïve, j’ai dit à tout le monde que Gilad serait à la maison avant le Shabbat. »

Après avoir trompé les parents des victimes, l’appareil armée-renseignements d’Israël a été amené à dissimuler la vérité au grand public, donnant un ordre de silence qui interdisait aux médias du pays de faire des révélations sur les coups de feu entendus dans l’appel enregistré à la police.

Selon le texte de l’ordre de silence, qui a d’abord été publié en anglais sur Mondoweiss, l’armée interdit aux journalistes israéliens de rendre publics « tous les détails de l’enquête » et « tout détail qui pourrait identifier le suspect ».

Non seulement tous ceux qui participaient à l’enquête – Netanyahu, le Shin Bet, l’armée – ont su tout de suite que les trois adolescents disparus étaient presque certainement morts, mais ils avaient aussi identifié les deux hommes qu’ils pensaient être les responsables un peu plus d’un jour après le crime.

Pour légitimer les objectifs plus vastes de l’armée, ils n’ont pas divulgué cette information.

 

Cacher les suspects

 

Le 17 juin, le site d’information de langue arabe, Rai Al Youm, rapporte que la police israélienne et les agents du Shin Bet ont investi les maisons de Marwan Qawasmeh et d’Amer Abu Eishe, les principaux suspects, près d’Hébron en Cisjordanie du sud. En tant qu’organe d’informations palestinien basé à Londres, Rai Al Youm n’était pas soumis à l’ordre de silence de l’armée israélienne et était, par conséquent, libre de publier les noms des deux personnes accusées d’être les ravisseurs.

Citant un article du site d’informations israélien Walla !, article retiré en raison de l’ordre de silence ou rendu autrement inaccessible, Rai Al Youm résume le récit du père d’Abu Eishe comme suit : « Samedi, à l’aube (deux jours après que l’enlèvement présumé eut été diffusé), les forces spéciales de l’armée israélienne ont investi la maison et interrogé les fils de la famille, tentant de trouver une information qui pourrait les guider là où il se trouvait, mais ils ont échoué ».

Le père d’Abu Eishé ajoute que le Shin Bet a aussi arrêté l’épouse de son fils pour l’interroger sur l’endroit où il pourrait se trouver. Un oncle de Qawasmeh remarque que quatre des frères de son neveu et son épouse ont été arrêtés le lendemain du présumé enlèvement, et interrogés.

Rai Al Youm ajoute : « Plusieurs des correspondants militaires des médias hébreux ont publié vendredi dernier une déclaration attribuée à un dirigeant de la sécurité palestinienne où il dit que l’AP (Autorité palestinienne) a pisté deux membres du Hamas qui avaient disparu jeudi dernier (le jour de l’enlèvement) et que les forces de sécurité de l’AP ont donné l’information qu’elles détenaient à Israël. Et maintenant, il est clair que ce récit est véridique, et qu’Israël les recherche et les accuse d’être derrière l’enlèvement. »

Allison Deger, correspondante Mondoweiss, s’est rendue à la maison de Qawasmeh et confirme que l’armée et le Shin Bet ont emmené plusieurs hommes de la famille pour interrogatoire le 14 juin.

 

La maison familiale endommagée d’Amer Abu Eishe, l’un des deux Palestiniens identifiés par Israël comme suspects dans le meurtre des trois adolescents israéliens, une fois démolie par l’armée israélienne, à Hébron, Cisjordanie, le 1er juillet. (Oren Ziv/ActiveStills)

La maison familiale endommagée d’Amer Abu Eishe, l’un des deux Palestiniens identifiés par Israël comme suspects dans le meurtre des trois adolescents israéliens, une fois démolie par l’armée israélienne, à Hébron, Cisjordanie, le 1er juillet. (Oren Ziv/ActiveStills)

 

Dans une enquête criminelle normale d’envergure, les noms des suspects en fuite sont largement diffusés. Les enquêteurs affichent, bien en évidence, les photos des criminels recherchés dans des espaces publics pendant que les responsables de la police organisent des conférences de presse pour faire appel à l’aide du public. Dans ce cas-ci, toutefois, les services de renseignements d’Israël ont fait le choix de garder les identités de leurs suspects jalousement secrètes pendant deux semaines.

Alors que Netanyahu et ses principaux adjoints accusaient l’ensemble des membres du Hamas de l’enlèvement, le Shin Bet donnait l’ordre de taire toute information liée à l’identité des suspects jusqu’au 26 juin. Aussi loin que l’opinion publique israélienne était informée, les ravisseurs auraient pu être n’importe où en Cisjordanie, dans une école ou un café, ou un poulailler, là où quiconque affilié au Hamas peut se rassembler.

Ayant manipulé une population exceptionnellement influençable grâce à une gestion méticuleuse de l’information, l’armée a obtenu toute la latitude politique dont elle avait besoin pour se déchaîner dans les villes éloignées de la scène du crime.

Durant un raid sur l’université de Birzeit, près de Ramallah, les troupes israéliennes se sont emparées de centaines de drapeaux Hamas, les emmenant par camions comme si elles avaient récupéré là une preuve d’importance. Quand l’armée a bombardé la bande de Gaza, la seule justification dont elle a eu besoin était que le territoire côtier assiégé était gouverné par le Hamas.

Un sondage publié le 2 juillet révèle que 76 % des Israéliens juifs approuvent les actions de l’armée et expriment un soutien massif à Shin Bet.

À court terme, l’ordre de silence avait produit le résultat recherché.

 

Un élément isolé

 

Bien que Qawasmeh et Abu Eishe soient largement identifiés comme d’anciens membres de la branche militaire du Hamas, ils constituent un élément isolé susceptible d’avoir agi à l’insu et contre le volonté de la direction du Hamas.

Selon le journaliste israélien Shlomi Eldar, les membres du clan Qawasmeh d’Hébron ont la réputation d’attaquer des cibles civiles israéliennes pendant les cessez-le-feu entre Hamas et Israël.

Si une grande famille de plus de 10 000 membres ne peut guère être blâmée pour les actions de quelques-uns de ses membres, il est notoire que les attaques effectuées par des combattants de la famille ont été critiquées en privé par les hauts dirigeants du Hamas, comme l’explique Eldar. La direction du Hamas considérait ces opérations comme des actes anarchiques autodestructeurs et qu’il fallait les payer souvent sous forme d’assassinats par Israël. Dans chaque cas, la violence a brisé les cessez-le-feu et inspiré de nouvelles périodes d’effusion de sang.

« Il en va de même aujourd’hui, » écrit Eldar. « Marwan Qawasmeh et Amer Abu Eishe ont placé le Hamas là où sa direction n’avait pas l’intention d’aller ».

La direction du Hamas n’a pas encore assumé la responsabilité de l’enlèvement et n’avait probablement aucune connaissance du projet. Comme le correspondant militaire de Ha’aretz, Amos Harel, le note, « Jusqu’à présent, il n’existe aucune preuve que la direction du Hamas, à Gaza ou à l’étranger, ne soit impliquée dans l’enlèvement. » Harel ajoute que les retombées de l’enlèvement « figent efficacement la réconciliation Fatah-Hamas ».

Pourquoi la direction du Hamas aurait-elle autorisé une opération qui menaçait si clairement de remettre en cause les succès politiques du mouvement, réduisant à néant l’accord d’union tant vanté et laissant Abbas sans rival en Cisjordanie ?

L’attaque-éclair de la propagande du gouvernement israélien a couvert les questions qui donnent à réfléchir comme celles-ci. Quant à l’ordre de silence, il a obstrué la circulation de l’information qui aurait compliqué la propagande.

Déterminé à recadrer le récit de la presse internationale autour de la position difficile d’Israël aux mains du terrorisme palestinien, Netanyahu est passé à l’offensive.

#BringBackOurBoys

 

Le 17 juin, le même jour où l’armée israélienne confisquait de force les caméras de vidéosurveillance à Beitunia, qui avaient enregistré l’assassinat par ses soldats de deux garçons palestiniens désarmés lors d’une manifestation pour la Journée de la Nakba, l’ambassadeur israélien aux Nations-Unies, Ron Prosor, se montrait derrière un pupitre à la Mission des Nations-Unies à New York.

« Cela fait cinq jours que nos garçons ont disparu, » a tonné Prosor, « et j’interroge la communauté internationale, où êtes-vous ? Où êtes-vous ?! »

Se référant au gouvernement d’union Fatah-Hamas, Prosor d’ajouter : « Tous ceux dans la communauté internationale qui se sont précipités pour bénir ce mariage devraient regarder dans les yeux les parents qui ont le cœur brisé, et avoir le courage de prendre leur responsabilité en condamnant l’enlèvement. La communauté internationale a adhéré à un mauvais accord, et Israël paie pour cela. »

À côté de Prosor, il y avait un grand panneau sur lequel étaient représentés les visages souriants des trois adolescents disparus, sous un hastag marquant #BringBackOurBoys. L’attaque-éclair propagandiste d’Israël approchait de son apogée.

Pendant des jours, les dirigeants des brigades israéliennes entraînées à la propagande en ligne – qui vont de l’unité du porte-parole de l’armée israélienne à l’Agence juive et au bureau du Premier ministre – ces dirigeants ont inondé les médias sociaux avec le hashtag #BringBackOurBoys. Copiant Michelle Obama dans sa promotion du hashtag #BringBackOurGirls qui visait à sensibiliser l’opinion sur l’enlèvement des écolières nigériennes par des militants islamiques, l’épouse renfrognée du Premier ministre israélien, Sara, a posté un portrait d’elle-même sur Facebook, tenant une carte où est écrit#BringBackOurBoys

Des manifestants de droite crient des slogans anti-palestiniens lors d’un rassemblement devant la résidence du Premier ministre israélien à Jérusalem, le 5 juillet. Les manifestants lèvent des affiches montrant les trois adolescents assassinés avec le texte, « Unis pour les ramener chez eux ». (Faiz Abu Rmeleh/ActiveStills)

Des manifestants de droite crient des slogans anti-palestiniens lors d’un rassemblement devant la résidence du Premier ministre israélien à Jérusalem, le 5 juillet. Les manifestants lèvent des affiches montrant les trois adolescents assassinés avec le texte, « Unis pour les ramener chez eux ». (Faiz Abu Rmeleh/ActiveStills)


 

La campagne de médias sociaux a résonné à travers les communautés juives aux USA, où les synagogues du pays ont exposé des rubans jaunes dans une démonstration de solidarité soigneusement coordonnée avec les adolescents disparus. À New York, les politiciens de la ville se sont montrés aux rassemblements pro-Israël, pendant que des diplomates américains, de l’ambassadrice US aux Nations-Unies, Samantha Power, à l’ambassadrice Susan Rice, rivalisaient tour à tour pour rendre l’hommage le plus émouvant aux adolescents enlevés.

Rachel Frenkel, la mère de Naftali Frenkel, enlevé, a été déléguée par le gouvernement israélien auprès du Comité des droits de l’homme des Nations-Unies à Genève, en Suisse, pour implorer une aide internationale afin de secourir son fils.

Toute la campagne de propagande est passée à la vitesse supérieure malgré Netanyahu et son entourage immédiat qui savaient que les adolescents étaient déjà certainement morts. Et elle a été possible grâce à l’ordre de silence du Shin Bet, que même des correspondants étrangers comme la chef du bureau du The New York Times à Jérusalem, Jodi Rudoren, a honoré. Le gouvernement israélien n’a pas voulu permettre aux faits d’interférer avec ce qui semblait être une opportunité politique.

Derrière l’image de pitié qu’elle affectait devant le monde, la société israélienne rageait de sa soif de sang. Une page Facebook créée spontanément, demandant qu’un prisonnier palestinien soit exécuté chaque jour que les adolescents resteront disparus, a recueilli plus de 35 000 « J’aime », la plupart venant de jeunes Israéliens, cela en quelques jours seulement. La page était appelée, « Le peuple d’Israël réclame vengeance ».

Manipulée par une campagne de haut niveau de tromperie et de désinformation, faisant croire que « leurs garçons » étaient toujours vivants, l’opinion israélienne n’allait pas tarder à recevoir des informations choquantes.

 

Sous une mince couche de terre

 

À 6 h du matin, le 30 juin, les corps de Frenkel, Shaar et Yifrach étaient trouvés à Halhoul, à l’entrée nord d’Hébron, en Cisjordanie occupée. Ils étaient allongés dans un trou peu profond sur un terrain appartenant à Marwan Qawasmeh, l’un des deux hommes suspectés de leur enlèvement et meurtre.

Les corps ont été découverts non pas par le Shin Bet, mais par une équipe de bénévoles de l’école agricole de Kfar Etzion qui a conduit les soldats sur place. Pour sa part, l’armée avait été trop occupée par l’invasion des maisons palestiniennes dans des régions aussi éloignées que Naplouse, pour passer efficacement au peigne fin la propriété d’un suspect à moins de 10 km du lieu de l’enlèvement.

Des heures après la découverte, les forces israéliennes ont placé des charges explosives dans les maisons familiales de Qawasmeh et Abu Eishe et les ont fait sauter. La destruction faisait suite à l’annonce que l’armée reprenait sa politique de démolitions punitives des maisons contre les familles de Palestiniens accusés de terrorisme.

Cet après-midi, Netanyahu a donné le ton pour une réponse nationale, publiant des commentaires sur son compte Twitter personnel qu’il venait juste de tenir à sa réunion de cabinet :

Le Premier ministre à la réunion de cabinet, 23 h 40, le 30 juin 2014 :

« C’est avec une grande peine que nous avons trouvé trois corps. Tout indique que ce sont les corps de nos jeunes enlevés, Eyal, Gilad et Naftali.

« Ils ont été enlevés et assassinés de sang-froid par des animaux humains. Au nom du peuple juif tout entier, je veux dire à leurs chères familles…

« Aux mères, pères, grands-mères et grands-pères, frères et sœurs – nous sommes profondément attristés, la nation tout entière pleure avec vous.

« Vengeance pour le sang d’un petit enfant, que Satan n’a pas encore créé. Aucun n’a une vengeance pour le sang pour trois jeunes purs qui étaient sur le…

« …chemin de la maison de leurs parents qui ne les reverront plus. Le Hamas est responsable et le Hamas paiera. Que les mémoires des trois garçons soient bénies. »

Les propos de Netanyahu ont laissé perplexes les gens de l’extérieur, mais chez ceux qui sont ancrés dans les limites étroites de la vie israélienne juive, ils ont eu eu une résonance familière.

 

De Kishinev à Jérusalem

 

La déclaration de Netanyahu fait allusion à la dernière strophe d’un poème de l’auteur hébreu Chaim Bialik, « Sur le massacre » :

Maudit soit celui qui dira : « Venger ça ! »

« Une telle vengeance, vengeance pour le sang d’un petit garçon,

« Que Satan lui-même n’a pas conçu

« Que ce sang transperce l’abîme !

« Que ce sang transperce les profondeurs des ténèbres,

« Laissez-le ronger les ténèbres et puis saper

« Toutes les fondations pourries de la terre ».

Dans sa poésie, une complainte brûlante ancrée dans le langage biblique, le poète Bialik adapte un pogrom de 1903 incité par le tsar russe et où un grand nombre de juifs sont morts, à Kishinev.

Bialik va donner une suite à son premier récit sur Kishinev avec « La ville du massacre », une œuvre incendiaire admonestant les victimes du pogrom pour leur passivité supposée face aux maraudeurs armés. (Les articles sur la résistance féroce des habitants ont été commodément ignorés.) Le poème a aidé à radicaliser des milliers de jeunes juifs à travers l’Europe de l’Est, inspirant la formation de comités d’autodéfense et gagnant des milliers de fidèles à la philosophie militante du sionisme. Parmi les plus influencés par Bialik, il y avait Vladimir Jabotinsky, l’activiste sioniste de droite qui deviendra plus tard un bienfaiteur politique pour le père de Netanyahu, Benzion.

Dans sa grossière appropriation de la poésie de Bialik, Benjamin Netanyahu reprend l’auteur du pogrom russe pour en faire un militant palestinien, traçant une ligne continue entre le cauchemar des juifs dans l’Europe de l’avant-guerre et le vécu israélien de nos jours. Dans l’opinion de Netanayhu, les « animaux humains » de Palestine ont hérité de l’esprit génocidaire des foules du tsar et ils répètent leurs crimes, sauf que les juifs sont prêts à se battre.

Naturellement, les juifs israéliens sont l’exact opposé des habitants des quartiers juifs (Shtetl) du début du siècle, se préparant contre les pogroms et nettoyages ethniques. Contrairement aux exclus persécutés de l’Europe de l’Est, les juifs israéliens comprennent une armée puissante, nucléarisée, qui regarde de haut une population palestinienne exclue, largement sans moyens de défense, et ce, avec le total soutien de la seule superpuissance du monde.

Pour ce qui le concerne, Netanyahu a plus en commun avec le tsar russe qui incitait contre les minorités religieuses pour détourner l’attention de ses problèmes politiques, qu’avec Bialik, le scribe itinérant qui canalisait la douleur des membres les plus faibles de sa société.

L’exploitation de la persécution historique des juifs a été une caractéristique constante de la rhétorique de Netanyahu, avec un étalage sans vergogne lors d’une allocation télévisée nationalement en octobre dernier, où il accuse le mouvement national palestinien d’avoir eu un rôle important dans l’Holocauste.

Cette fois, dans une atmosphère dangereusement tendue, sa démagogie a contribué à mettre en mouvement une vague de violences justicières qui a menacé d’engloutir l’ensemble de la société israélienne. Puis il s’est reculé de la scène publique, gardant un silence ostensible pendant plusieurs jours tandis que les éléments extrémistes qu’il avait enhardis prenaient le contrôle des rues.

 

« Assassinats, émeutes, incitations, autodéfense »

 

Alors que des foules de jeunes juifs sillonnaient le centre de Jérusalem, scandant « Mort aux Arabes ! » et cherchaient des Palestiniens pour les agresser, des soldats israéliens en service actif allaient sur Facebook pour réclamer vengeance, postaient des photos d’eux-mêmes avec les armes qu’ils brûlaient d’utiliser.

Avec un sondage de l’opinion publique israélienne réalisé après les funérailles des adolescents israéliens, montrant le parti d’extrême-droite « Foyer juif » gagnant du terrain sur le parti Likoud de droite, les parvenus politicards israéliens se sont précipités pour publier des appels à la vengeance du sang et à l’ « anéantissement » du Hamas. Ayelet Shaked, star montante du Foyer juif, a publié un appel au génocide des Palestiniens sur Facebook qui a obtenu des milliers de « j’aime » de la part des Israéliens.

Le rabbin Noam Perel, secrétaire général de Bnei Akiva, le plus important mouvement de la jeunesse sioniste religieuse, a placé la barre du fanatisme encore plus haut en appelant à transformer l’armée israélienne en une armée de vengeurs « qui ne s’arrêteront pas à 300 prépuces philistins. » L’appel d’Akiva se rapporte au premier livre de Samuel, dans lequel le personnage biblique de David tue deux cents Philistins et rapporte leurs prépuces comme preuve de ce qu’il a fait.

Sur fond d’incitation de fièvre aiguë, une petite voiture entre dans le quartier retiré de Shuafat, un quartier palestinien de Jérusalem-Est, le 2 juillet. Derrière ses vitres teintées, des jeunes hommes en colère cherchent des garçons arabes.

Après un enlèvement bâclé la veille d’un jeune de 10 ans dans ce même quartier, les hommes empoignent un jeune de 16 ans, dénommé Muhammad Abu Khudair, le jettent dans la voiture et partent à toute vitesse. Abu Khudair est retrouvé mort le lendemain matin, dans les bois de Givat Shaul, à l’ouest et tout près de Jérusalem, avec des brûlures sur 90 % du corps.

Des manifestants dans la ville palestinienne d’Arara dans le nord de ce qui est actuellement Israël lancent des pierres sur la police israélienne lors d’une manifestation après l’assassinat de Muhammad Abu Khudair, le 5 juillet. (Yotam Ronen/ActiveStills).

Des manifestants dans la ville palestinienne d’Arara dans le nord de ce qui est actuellement Israël lancent des pierres sur la police israélienne lors d’une manifestation après l’assassinat de Muhammad Abu Khudair, le 5 juillet. (Yotam Ronen/ActiveStills).


 

Comme il l’avait fait après l’enlèvement des trois adolescents israéliens, le Shin Bet impose le silence sur l’enquête, apparemment dans l’espoir de retarder la publication de l’information qu’Abu khudair a été la victime de l’extrémisme juif. Et comme précédemment, la police va inonder les médias israéliens avec la désinformation, cette fois en insinuant que le jeune assassiné a été tué par des membres de sa propre famille parce qu’il était homosexuel.

The Electronic Intifada a obtenu l’enregistrement de la vidéosurveillance montrant les visages des présumés tueurs d’Abu Khudair, alors qu’ils l’enlèvent. La vidéo a été cachée pendant plusieurs jours au public israélien dans le cadre d’un nouvel ordre de silence du Shin Bet. Quand la police a finalement arrêté les assassins présumés d’Abu Khudair, elle a, curieusement, organisé une conférence de presse commune avec le meurtre d’une jeune femme juive, suggérant sans aucune preuve claire, qu’elle avait été la victime d’un terroriste palestinien.

Le 4 juillet, l’autopsie révèle que les assassins d’Abu Khudair l’ont brûlé vif. Des manifestations et des émeutes se propagent depuis Shuafat à travers Jérusalem-Est et dans les régions du nord d’Israël. Pendant ce temps, les nationalistes juifs s’en vont sur Facebook organiser de nouveaux lynchages.

Netanyahu a fait surface brièvement la veille de la cérémonie du Jour de l’Indépendance au consulat US de Jérusalem. Avec l’ambassadeur US en Israël, Dan Shapiro, assis à ses côtés, le Premier ministre s’est trouvé malgré lui confronté à la frénésie de racisme qu’il avait contribué à inspirer.

S’exprimant en anglais pour être compris de ses hôtes américains, Netanyahu a déclaré, « Assassinats, émeutes, incitations, autodéfense, n’ont aucune place dans notre démocratie. Et ce sont ces valeurs démocratiques qui nous différencient de nos voisins et nous unissent avec les États-Unis. »

À l’extérieur, le chaos ne montrait aucun signe d’apaisement.

 

 

Max Blumenthal est journaliste primé et auteur à succès. Son dernier livre : « Goliath : vie et répugnance dans le Grand Israël » (2013, Nation Books).

 

The Electronic Intifada : http://electronicintifada.net/content/netanyahu-government-knew-teens-were-dead-it-whipped-racist-frenzy/13533

traduction : JPP pour l’AURDIP et les Amis de Jayyous

 

Gideon Levy : Notre misérable État juif


Par Gideon Levy dans Ha’aretz ce qu’implique un "état juif".

Et lorsqu’une génération baigne dans cette propagande, la machine s’emballe, même Netanyaou se trouve dépassé…. Le début d’une explosion terrible !

Cette fois l’article est traduit en français
Notre misérable État juif

Maintenant nous savons : dans l’État juif il n’y a de compassion et de sentiments humains que pour les Juifs, des droits uniquement pour le Peuple Elu. L’État juif n’est que pour les Juifs<

Publié dans Haaretz le 06.07.14

Les jeunes de l’État juif attaquent des Palestiniens dans les rues de Jérusalem, exactement comme les jeunes chez les gentils attaquaient les Juifs dans les rues d’Europe. Les Israéliens de l’État juif se déchaînent sur les réseaux sociaux, répandant une haine et un désir de vengeance d’une ampleur diabolique sans précédent. Des inconnus de l’État juif sur une base purement ethnique. Ce sont les enfants de la génération nationaliste et raciste – la descendance de Netanyahou.

Depuis cinq ans maintenant ils n’ont entendu qu’incitations, propos alarmistes et suprématie sur les Arabes de la part du véritable instructeur de cette génération, le premier ministre Benjamin Netanyahou. Pas un mot d’humanité, de compassion ou de traitement égal.

Ils ont grandi dans le contexte de la revendication provocante de reconnaissance d’Israël comme « État juif » et ils ont tiré les conclusions qui s’imposent. Avant même la délimitation de ce que signifie « État juif » – sera-ce un État qui met les tefilin (phylactères), embrasse les mezouzot (des rouleaux de prières enfermés dans de petites boîtes métalliques ou en bois qui sont fixées aux chambranles des portes d’entrée), sanctifie des sortilèges, ferme le jour de Shabbath et observe strictement les lois de la cashrout – les masses ont compris.

La foule a d’emblée intériorisé la véritable signification : un État juif est un État dans lequel il n’y a place que pour les Juifs. Le sort des Africains est d’être envoyé au centre de détention de Holot dans le Néguev et celui des Palestiniens est d’endurer des pogromes. C’est comme ça que ça marche dans un État juif : c’est à cette seule condition qu’il peut être juif.

Dans l’État juif en cours de constitution, il n’y a même pas de place pour un Arabe qui fait de son mieux pour être un bon Arabe, comme l’écrivain Sayed Kashua. Dans un État juif, la présidente de l’Assemblée de la Knesset, Ruth Calderon (du parti Yesh Atid – inutile de préciser que c’est le « centre » de l’échiquier politique) coupe la parole au député arabe Ahmed Tibi (de la liste arabe unie Ta’al) à peine revenu, bouleversé, d’une visite à la famille de Shoafat, le jeune Arabe qui a été massacré, et le sermonne cyniquement sur le thème qu’il doit aussi faire référence aux trois jeunes Juifs massacrés (alors même qu’il venait de le faire).

Dans un État juif, la Cour Suprême autorise la démolition de la maison de la famille d’un homme suspecté de meurtre avant même qu’il ne soit condamné. Un État juif édicte des lois racistes et nationalistes.

Les media d’un État juif se complaisent sur le meurtre de trois étudiants de yeshiva et ignorent presque complètement le sort de plusieurs jeunes Palestiniens du même âge qui ont été tués par des tirs de l’armée au cours des derniers mois, généralement sans raison.

Personne n’a été puni pour ces actes – dans l’État juif il y a une loi pour les Juifs et une loi pour les Arabes, dont les vies valent peu. Pas un soupçon de respect du droit international ni des conventions internationales. Dans l’État juif, il n’y a de compassion et d’humanité que pour les Juifs, des droits pour le seul Peuple Elu. L’État juif n’est que pour les Juifs.
La nouvelle génération qui grandit sous sa coupe est dangereuse à la fois pour elle-même et pour ce qui l’entoure. Netanyahou est son ministre de l’éducation ; les media militaristes et nationalistes font office de poème pédagogique ; le système d’éducation qui l’emmène à Auschwitz et à Hébron lui sert de guide.

Le sabra (natif d’Israël) d’aujourd’hui est une espèce nouvelle, piquante dehors comme dedans. Il n’a jamais rencontré son homologue palestinien mais il sait tout de lui – le sabra sait qu’il est un animal sauvage, qu’il a seulement l’intention de le tuer, qu’il est un monstre, un terroriste.
Il sait qu’Israël n’a pas de partenaire pour la paix, puisque c’est ce qu’il a entendu un nombre incalculable de fois de la part de Netanyahou, du ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman et du ministre de l’Économie, Naftali Bennett. De la bouche de Yair Lapid il a entendu qu’il y a des « Zoabis » – en référence condescendante à la députée de la Knesset Haneen Zoabi (du parti Balad).

Etre de gauche ou désireux de justice dans l’État juif est considéré comme un délit, la société civile est tenue pour tricheuse, la vraie démocratie pour diabolique. Dans un État juif – dont rêvent non seulement la droite mais le supposé centre gauche incluant Tzipi Livni et Lapid – la démocratie est floue.

Le principal problème de l’État juif ce ne sont pas les skinheads mais les embobineurs moralisateurs, les voyous, l’extrême droite et les colons. Non pas les marginaux mais le courant principal qui est en partie nationaliste et en partie indifférent.

Dans l’État juif, il ne reste rien de l’injonction biblique selon laquelle il faut être juste avec la minorité ou avec l’étranger. Il n’y a plus de ces Juifs qui ont manifesté avec Martin Luther King ou fait de la prison avec Nelson Mandela. L’État juif, qu’Israël veut absolument faire reconnaître par les Palestiniens, doit d’abord se reconnaître lui-même. Au terme de la journée, après une semaine terrible, il semble qu’un État juif ce soit un État raciste, nationaliste, conçu uniquement pour les Juifs

.
source : Juif autrement sur fb Serge Grossvakserge grossvak
original anglais de ha’aretz

Ma sortie du placard sur internet


 2 juillet 2014, 18:28 566

Cela fait 48 heures que mon Facebook est inondé de messages populistes, racistes, haineux et violents. Je dis quarante-huit heures pour fermer l’œil sur le reste de l’année. J’en ai marre.

J’en ai marre de lire qu’il faut raser Gaza au sol. J’en ai marre de lire que ce sont tous des animaux.

Marre de lire, post après post, que « voilà les gens à qui on à faire, et le monde nous demande de faire la paix? »; marre de voir encore et encore la citation de Golda Meir qui dit que la paix arrivera quand les Arabes aimeront leurs enfants plus qu’ils ne détestent les nôtres. Parce que clairement, ceux d’entre nous qui n’arrêtent pas d’écrire qu’ « un bon Arabe est un Arabe mort » dégoulinent d’amour envers leurs enfants.

J’en ai marre de lire toute la panoplie de commentaires simplistes et victimaires, à commencer par l’omniprésente déclaration que nos trois adolescents ont été tués seulement parce que juifs. Non bordel, non.

Ils ont été tués parce qu’ils se sont retrouvés, victimes innocentes, piégés dans un conflit long et complexe où les deux parties impliquées ne voient que l’ennemi à éliminer derrière un miroir qui ne leur montre que leur propre (et unique) humanité : un conflit où nous, tout comme eux, nous pensons être les seuls êtres humains dignes de ce nom, alors que les autres ce sont les « animaux ».

Oui, il y en a qui détestent les Juifs chez eux et ils sont peut-être même la majorité; mais ce n’est pas seulement pour cette raison que ces trois garçons ont été assassinés. Et soit dit en passant, ce n’est pas un droit que de faire du stop, à 16 ans, dans des territoires où la haine et le conflit transpirent à tout coin de rue; j’en ai marre de lire aussi que c’est chez nous, et que nous avons donc bien le droit d’y faire ce que nous voulons.

J’en ai marre de voir que nous sommes devenus des partisans d’un match de foot de bas étage. Que tout ce qui compte est de battre (dans tous les sens du terme) l’adversaire, car nous appartenons à l’équipe des bons, eux celle des mauvais. Des méchants. Des barbares. Des extrémistes. Eux, ce sont ceux qui distribuent des bonbons et veulent danser sur nos tombes. Eux. Tous. Un peuple (quand on veut bien leur accorder le statut de peuple, car nous n’arrêtons pas de dire qu’ils se sont inventés rien que pour nous emmerder), tout entier, de bétail ayant pris une apparence humaine.

Mais les humains, je n’arrête pas de le lire, les humains c’est nous. Nous! Nous qui demandons à ce que l’armée en détruise encore et encore des maisons palestiniennes, et qui regardons à la télé le feu démembrer leurs appartements comme autrefois on regardait les flammes engloutir les sorcières.

Nous prétendons être les seuls porteurs d’humanité alors même que l’on déclare, fiers de notre Judéité qui selon nos sages se résume dans l’amour du prochain, que nous sommes tellement meilleurs qu’eux. Car le racisme, quand il vient de nous, est tout à fait humain.

Que ce soit clair, j’aime Israël et le fait même que je doive le spécifier est symptomatique du mal qui nous ronge: si l’on critique, c’est que nous ne sommes rien de plus que des « self-hating Jews », des juifs honteux. J’en ai marre de ça aussi. De la peur de m’exprimer sur cette toile imbibée de préjugés, où supporter Israël signifie se taire sur ses défauts, ses problèmes, ses injustices, ses crimes.

On traite Israël comme on commente la Torah : si quelque chose dans nos Textes n’a pas de sens ou n’est pas juste, il faut partir du présupposé que c’est un fait exprès pour nous révéler quelque message. Car la Torah est juste par définition. De la même manière, même lorsque l’on est confronté à des comportements ou des choix qui sont clairement injustes ou illégaux de la part d’Israël, il faut leur trouver une justification car par nature, Israël a toujours raison et n’agit que pour le bien. Mais Israël c’est nous, et clairement, nous n’avons pas toujours raison.

J’ai pendant longtemps fait partie de ce type de supporteurs d’Israël. Je ne voulais pas m’avouer que parfois Israël aussi se trompe, et que les Juifs aussi savent être racistes, violents et injustes. En fait, je ne voulais pas voir ce que la plupart des Juifs s’attribuent, tout en le niant aux autres: notre humanité. Mais l’humanité, c’est ce qui nous rend faillibles, pas ce qui nous rend parfaits.

Nous naissons tous avec la même prédisposition au bien et au mal; ainsi, les Juifs et les Arabes naissent avec les mêmes instincts, les mêmes besoins et plus tard, les mêmes envies. Les conditions dans lesquelles on évolue sont celles qui déterminent, en grande partie, l’adulte que l’on devient. Et même si chacun a la responsabilité de ses actions, il faut aussi essayer de comprendre le contexte qui nous amène à devenir ce que nous sommes. Cela vaut pour les Palestiniens, les Juifs, et tous les autres.

Nous ne faisons que demander que l’on comprenne notre souffrance, mais nous n’arrivons même pas à voir (encore moins comprendre) celle des autres. Elle existe, et elle n’a pas moins de valeur que la nôtre.

C’est un conflit sale et complexe, ce n’est pas un match de foot. Il est temps de descendre des tribunes et de regarder de plus près « le camp adverse ». Et puis, de nous regarder dans la glace et de nous rendre compte que nous avons bien plus en commun avec eux qu’on ne voulait bien le croire pendant que l’on hurlait, avec tapage, des chants de stade.

Voilà c’est fait. C’est dit, et maintenant je suis prête à me faire traiter de sale gauchiste, de pacifiste utopique, d’ignorante qui n’a rien compris au conflit, et plus si affinité. C’est parce que j’ai eu peur de ce genre de commentaires que je n’ai pas osé m’exprimer sur Facebook jusque maintenant. Mais ça y est, cette première entrée de mon blog représente ma sortie du placard : je suis une juive israélienne, et je ne demande pas vengeance.

Read more: Ma sortie du placard sur internet | Nadia Ellis | Ops & Blogs | The Times of Israël http://frblogs.timesofisrael.com/ma-sortie-du-placard-sur-internet/#ixzz36rKS034y
Follow us: @timesofisrael on Twitter | timesofisrael on Facebook

Les heurts s’étendent aux villes arabes de 48 après la mort d’un Palestinien "brûlé vif"


15-year old Tariq, cousin of recently murdered Muhammad Abu Khdeir (16), was beaten and abducted by Israeli police on Thursday. He was refused medical treatment for his broken nose and other injuries while in custody. Read the full article here: http://www.imemc.org/article/68330

15-ans Tariq, cousin de Muhammad Abu Khdeir (16), a été battu et enlevé par la police israélienne jeudi. Nez cassé et pas de soins. Read the full article here: http://www.imemc.org/article/68330

samedi 5 juillet 2014, par La Rédaction

Les troubles se sont étendus samedi à la communauté arabe de 48 après la mort d’un adolescent palestinien, brûlé vif apparemment en représailles au meurtre de trois jeunes Israéliens (colons réservistes, ndlr) , selon des responsables palestiniens.

Dans le même temps, les tirs de roquettes de la bande de Gaza contre le sud d’Israël n’ont pas discontinué, laissant craindre une escalade du conflit avec le Hamas qui contrôle l’enclave palestinienne. Pour la première fois, les heurts entre manifestants en colère et policiers ont gagné des localités arabes du centre et du nord-est d’Israël, dans une région appelée le "Triangle" arabe, notamment à Taybeh, Tira et Qalansawe, selon des témoins. Les manifestants, qui protestaient contre la mort du Palestinien, lançaient des pierres contre les forces de police, placées en état d’alerte, qui les dispersaient à coups de gaz lacrymogènes, a-t-on ajouté. Vingt-cinq Arabes de 48 ont été arrêtés et un officier de police blessé, a précisé la police. En soirée, des affrontements sporadiques ont touché Nazareth, haut lieu chrétien et principale ville arabe d’Israël, Arara et la région d’Oum al-Fahm, selon la police.

Au nombre de 1,4 million de personnes, la minorité arabe de 48 représente 20% de la population en Israël. En butte à des discriminations, notamment en matière d’emploi, elle descend des 160.000 Palestiniens restés sur leur terre après la création de l’Etat d’Israël en 1948.

La police israélienne fait aussi face à des manifestations de colère quotidiennes à Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, depuis la découverte du corps de l’adolescent palestinien mercredi dans la partie occidentale de la ville.

Mohammad Abou Khdeir, 16 ans, a été kidnappé mardi soir dans le quartier de Chouafat à Jérusalem-Est. Son cadavre -entièrement brûlé selon l’avocat de la famille- a été retrouvé près d’une forêt. Selon des responsables et les médias palestiniens, il a été enlevé et tué par des juifs extrémistes en représailles au rapt et au meurtre de trois étudiants israéliens (colons réservistes, ndlr) dans la région d’Hébron en Cisjordanie occupée, attribués par Israël au Hamas qui dément.

La police israélienne a dit "explorer toutes les hypothèses" sans pouvoir déterminer le motif du meurtre du Palestinien pour le moment. Les rapports préliminaires d’autopsie palestiniens, cités par l’agence palestinienne Maan, ont indiqué la présence de fumée dans les poumons du Palestinien, signifiant qu’il était encore en vie lorsque son corps a été brûlé. Le garçon a également été blessé à la tête, mais ce n’est pas la cause de la mort, a précisé le procureur général Mohammad Al-Ouweiwi. "Les brûlures qui couvraient 90% du corps et leurs complications sont la cause directe de son décès".

Selon le ministre palestinien chargé de Jérusalem, Adnane al-Husseini, "le meurtre a été marqué par une opération de défiguration d’un enfant". Les funérailles de l’adolescent palestinien se sont déroulées en présence de milliers de personnes à Chouafat, le quartier de la famille. La police a arrêté son cousin Tareq Abou Khdeir, âgé de 15 ans et citoyen américain. Il a été interpellé à Chouafat jeudi après avoir été battu par la police et comparaîtra devant un tribunal de Jérusalem dimanche, selon ses parents. Une vidéo circulant sur les réseaux sociaux montre des hommes cagoulés, visiblement des policiers, tabasser violemment une personne menottée, à demi inconsciente. La porte-parole de la police, Louba Samri, n’a pu confirmer s’il s’agissait de Tareq Abou Khdeir, mais a précisé que ce dernier faisait partie d’un groupe de six Palestiniens arrêtés jeudi. Il était, selon elle, armé d’une fronde et a attaqué la police.

Dans la bande de Gaza, une vingtaine de projectiles ont été tirés vers des régions frontalières du sud d’Israël, dont l’une en direction de la capitale du Néguev, Bersheeva, qui a été interceptée par le système antimissile Iron Dome. Israël a répliqué en lançant quatre frappes aériennes sur l’enclave palestinienne, sans faire de victime.

Israël a mis en garde le Hamas contre toute escalade de violence, dépêchant des renforts près de Gaza. Le Hamas a, lui, assuré ne pas vouloir une "guerre à Gaza" mais qu’il répondrait à "toute agression", alors que le médiateur égyptien oeuvre pour une trêve.

(05-07-2014 – Avec les agences de presse) Pour vous inscrire à notre liste de diffusion "Assawra" faites la demande à l’adresse : Assawra1-subscribe@yahoogroupes.fr

Ne dites pas propagande, mais Hasbara


Dans le cadre de la Conférence des médias juifs se tenant à Jérusalem fin juin 2014 à l’initiative du gouvernement israélien, une journée d’information en Cisjordanie a été organisée afin de convaincre des journalistes juifs d’Europe et d’Amérique du bienfondé de la colonisation et du statu quo actuel. Une journée très éclairante sur la Hasbara (propagande) chère aux autorités israéliennes.

« Dites la vérité à propos d’Israël et soyez nos meilleurs ambassadeurs », ponctuent les différents intervenants lors des quatre jours pendant lesquels plus de 200 journalistes juifs de diaspora ont pu se rencontrer et recevoir le message que les autorités israéliennes ont voulu leur délivrer.

Et cette vérité se rapporte également à la situation en Cisjordanie, occupée et colonisée par Israël. Pour que les journalistes puissent à leur tour répandre cette vérité dans leurs pays respectifs, rien de mieux qu’une journée entière en Cisjordanie encadrée par des accompagnateurs triés sur le volet.

Elle commence de bonne heure dans le Gush Etzion à Neve Daniel où Shuli Moualem, députée du parti d’extrême droite HaBayit Hayehudi, accueille les journalistes pour expliquer très chaleureusement à quel point la vie est belle et agréable dans les colonies. Et les Palestiniens ? « Nous vivons en harmonie avec eux », répond-elle. « Nous prenons les mêmes routes, fréquentons les mêmes dispensaires médicaux et nous faisons nos courses dans les mêmes magasins et supermarchés ». Elle ne dira pas un mot sur toutes les mesures discriminatoires imposées aux Palestiniens ni sur le mode contestable d’appropriation de la terre par les colons israéliens.

Pour mieux saisir cette « vie harmonieuse », direction le supermarché Rami Lévy du Gush Etzion où « Palestiniens et Israéliens travaillent ensemble et font leurs courses également ensemble ». C’est vrai, dans ce supermarché identique à tous les supermarchés d’Israël et d’Europe, on aperçoit des Palestiniennes voilées poussant leur caddie dans les mêmes rayons que les colons à kippa crochetée, en sandales. La vie y est presque banale, si ce n’est qu’à quelques kilomètres de cet endroit « normal », trois adolescents israéliens étudiant dans une colonie des environs ont été enlevés et depuis lors retrouvés morts, tués par des Palestiniens. C’est d’ailleurs à l’endroit précis de l’enlèvement qu’un député du Likoud, Zeev Elkin, attend les journalistes pour évoquer ce drame et dire tout le mal que lui inspirent les Palestiniens.

Après un rapide déjeuner sur une très belle colline de la région, le président du Conseil régional du Gush Etzion, Davidi Perl, a quant à lui expliqué en quoi la solution « Deux peuples, deux Etats » est un danger pour Israël. « Cette terre nous a été donnée par Dieu », rappelle-t-il, « nous ne pouvons pas la donner aux Arabes ».

Cet homme mince et souriant d’une quarantaine d’années parle calmement, mais son propos est dur, trop dur. A tel point qu’il sape complètement les efforts de propagande mis en place par le gouvernement israélien à l’adresse de ces journalistes juifs : lorsqu’on l’interroge sur les droits qu’il compte accorder aux Palestiniens dans la perspective d’un Etat unique (Eretz Israël), ou sur ce qu’il pense des aspirations nationales des Palestiniens, les réponses données par Davidi Perl choquent même les moins critiques et les plus légitimistes. « Si les Palestiniens veulent un Etat, qu’ils aillent en Jordanie ou dans un des 22 Etats arabes », déclare Perl. Et d’ajouter : « Je ne pense pas qu’ils puissent jouir des mêmes droits que nous. L’idée de voir mes enfants jouer avec des Arabes ne m’enchantent guère. Nous sommes différents, c’est tout ». Une Juive australienne, plutôt mainstream, lui fait alors remarquer qu’on ne peut pas parler comme cela. Un Juif grec est carrément estomaqué par ce qu’il vient d’entendre. Quant au rédacteur en chef de l’hebdomadaire juif d’Amsterdam, il n’en croit pas ses oreilles. Les organisateurs l’ont compris, il faut clôturer cette rencontre qui tourne au vinaigre. Une des accompagnatrices justifie cette interruption soudaine par le retard pris sur l’horaire.

Dans le bus, un représentant de Face of Israël distribue un carnet de cartes publié par le Conseil du Yesha (acronyme de Judée-Samarie), le principal lobby des colons de Cisjordanie. Il s’agit d’une histoire d’Israël en treize cartes qui en dit long sur la neutralité de cette « organisation non gouvernementale (ONG) gouvernementale » ! Un oxymore qu’il répète à plusieurs reprises et sans rire. L’activité de cette ONG d’un genre particulier consiste à « diffuser à travers le monde le narratif israélien » ! En guise de narratif israélien, il est exclusivement question du point de vue des colons.

Le groupe se dirige enfin en zones palestiniennes autonomes, à Rawabi, une ville nouvelle en construction située entre Ramallah et Birzeit. Dans le bus, les accompagnateurs insistent lourdement sur une précaution que les journalistes doivent absolument respecter scrupuleusement : ne pas photographier ni rapporter les propos (en le citant) de Bachar Al Masri, le milliardaire palestinien promoteur de ce projet inédit. « Il s’agit d’une demande palestinienne », précise une des accompagnatrices du ministère israélien des Affaires étrangères. Cela doit être « off the record ». Pourtant, lors de la rencontre avec Bachar Al Masri, la discussion est libre et plutôt décontractée. Pour ce Palestinien à la tête d’un groupe mondial spécialisé dans la construction et les travaux publics, ce projet immobilier n’a pas vocation à normaliser l’occupation israélienne. « Il s’agit de préparer l’avenir de la Palestine indépendante pour que ses citoyens puissent y vivre décemment », insiste Bachar Al Masri. « L’indépendance dans la misère, cela ne m’intéresse pas ». Et contre toute attente, à l’issue de la rencontre, il se laisse prendre en photo, et ce, sans la moindre difficulté ! Pourquoi toutes ces instructions sur l’interdiction de le photographier ? Personne ne le dira.

La journée se termine dans les collines de Samarie à Kokhav HaShakhar, une colonie surplombant la vallée du Jourdain. Le groupe est alors accueilli par Danny Dayan, l’ancien président du Conseil du Yesha et aujourd’hui responsable des relations internationales de ce lobby colon. L’homme est affable et sympathique. Son discours bien rodé ne verse jamais dans le racisme ni la haine des Palestiniens. C’est à nouveau l’occasion d’entendre que la solution « Deux peuples, deux Etats » est une « Fata Morgana » (un mirage). Si « Deux peuples, deux Etats » ne lui convient pas, quelle est donc sa solution ? « Je ne suis pas un responsable politique. Je ne peux pas vous le dire, mais je sais qu’il va falloir faire preuve d’imagination », répond Danny Dayan avec son accent argentin (il est né à Buenos Aires en 1955). Ce dont il est sûr en revanche, c’est qu’Israël ne doit pas céder un pouce de la Cisjordanie aux Palestiniens et qu’avec l’embrasement de l’Irak et de la Syrie, Israël doit conserver les « frontières naturelles » de la vallée du Jourdain.

Cette journée avait un but bien précis : légitimer le statu quo actuel et discréditer la solution des deux Etats que tous les intervenants rencontrés ont critiquée virulemment, à l’exception notoire du promoteur immobilier palestinien. Si les Palestiniens peuvent garantir leur développement économique et même construire une ville nouvelle alors que les colons poursuivent leur existence en Cisjordanie, pourquoi s’embarrasser avec la fin de l’occupation, le démantèlement des colonies et la création d’un Etat palestinien ? Occupation et développement des territoires palestiniens peuvent donc coexister sans problème. Telle est la vérité que les journalistes juifs doivent resservir à leurs lecteurs.

Cette journée d’information n’a convaincu que ceux qui le sont déjà, c’est-à-dire les fervents soutiens de la colonisation de la Cisjordanie. Les autres, et ils étaient hélas moins nombreux dans ce voyage, ont découvert une propagande servie sans la moindre nuance. A cet égard, on ne peut que suggérer de lire le compte rendu de cette journée en Cisjordanie qu’une journaliste israélienne d’Haaretz a rédigé : “Explaining the occupation to polite Jewish journalists”. Elle y décrit le village Potemkine dans lequel le gouvernement israélien a essayé de balader une cinquantaine de journalistes juifs.

Mercredi 2 juillet 2014
Nicolas Zomersztajn
Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 53 autres abonnés