Gidéon Levy: Pour les péchés de l’occupation, les boycotts sont une punition légère


100330-gideon-levy

Orange ou SodaStream, boycott universitaire ou artistique, les pénalités s’aggraveront tant qu’Israël persistera dans la colonisation, l’exploitation et le vol de la terre palestinienne

Que défendez-vous ? Pour quoi vous battez-vous ? Sur quoi les Israéliens se retranchent-ils maintenant, avec les agressions des politiciens nationalistes et les médias populistes qui fulminent contre le monde. Pourquoi, de façon patriotique, recouvrent-ils les drapeaux orange d’Orange par le drapeau national bleu et blanc ? Quelqu’un a-t-il demandé pourquoi ? Pourquoi le boycott commence-t-il à ronger Israël aujourd’hui, tout cela en vaut-il la peine ?

Comme d’habitude, il y a des questions que ne sont même pas posées. L’introspection, après tout, est un signe manifeste de faiblesse. Et ainsi, on invente une explication qui nous absout de toute responsabilité : le boycott est tombé du ciel, une force majeure incontournable haineuse d’Israël, et la seule façon de la combattre est de contre-attaquer. Israël détient toujours une profusion de réponses sionistes appropriées (et parfois violentes), mais toujours concernant le résultat, jamais les motifs. C’est comme avec le terrorisme, comme avec la position du monde que le député Isaac Herzog, président de l’Union sioniste, de tous les ultranationalistes israéliens, s’est précipité d’étiqueter du nom ridicule de « terrorisme d’un nouveau genre » (se référant aux déclarations de Stephane Richard, le PDG d’Orange). Ne jamais céder. C’est très bien, mais pourquoi ? Nous combattons le boycott, mais pourquoi a-t-il surgi ?

Aujourd’hui, Israël défend la préservation du statu quo. Il se bat contre le monde entier pour préserver son école très évoluée de brutalité et de cruauté, dans laquelle il instruit des générations de jeunes gens pour qu’ils agissent de façon bestiale envers des êtres humains, des personnes âgées et des enfants, pour qu’ils les tyrannisent, aboient après eux, les écrasent et les humilient, simplement parce que ce sont des Palestiniens.

Israël défend la perpétuation de l’apartheid dans les territoires occupés, dans lesquels vivent deux peuples, dont l’un sans aucun droit. Il défend tout son système de justifications pour cela – une combinaison de récits bibliques, de messianisme et de victimisation, assortie de mensonges. Il défend la « Jérusalem unifiée », qui n’est rien d’autre qu’un monstre territorial, où la séparation existe, là aussi. Il se bat pour le droit de détruire la bande de Gaza aussi longtemps qu’il lui plaira de le faire, pour la maintenir comme un ghetto et rester le gardien de la plus grande prison du monde.

Les Israéliens se battent pour leur droit à persister dans la colonisation de peuplement, l’exploitation et le vol de la terre ; pour continuer d’enfreindre le droit international qui interdit la colonisation de peuplement, pour continuer leur pied de nez au monde entier, lequel ne reconnaît pas les colonies. Ils sont aujourd’hui en train de défendre leur droit à tirer sur les enfants qui lancent des pierres et sur les pêcheurs sans défense qui cherchent en mer des bribes de moyens de subsistance au large de la côte de Gaza, leur droit de continuer à arracher les gens de leurs lits au milieu de la nuit en Cisjordanie ; ils se battent pour le droit de placer en détention des centaines de personnes, sans jugement, de détenir des prisonniers politiques, pour les maltraiter.

Voilà ce qu’ils sont en train de protéger, pour quoi ils se battent – pour une région où la plupart d’entre eux ne sont pas allés depuis des années, et sans se soucier de ce qu’il s’y passe, pour une conduite qui est honteuse, même pour certains d’entre eux. Ce sont les péchés et c’est la punition. Croit-on qu’Israël peut continuer sans être sanctionné ? Sans être mis au ban de la société ? Et pour dire la vérité, Israël ne mérite-t-il pas d’être puni ? Le monde ne s’est-il pas montré incroyablement tolérant jusqu’ici ?

Orange ou SodaStream, boycott universitaire ou artistique, ce sont là des punitions légères. Les pénalités s’aggraveront tant qu’Israël ne voudra pas tirer les conclusions qui s’imposent. Par opposition aux tentatives d’Israël et de l’establishment juif visant à détourner le débat, au cœur du boycott, ce n’est pas l’antisémitisme. Au coeur, c’est l’occupation. C’est cela la source de la délégitimation.

La nation peut lutter contre la position du monde entier. Elle peut se lever pour ses droits (qui ne sont pas ses droits) et penser qu’elle se bat pour sa survie. Mais les Israéliens savent-ils ce qu’ils sont en train de défendre aujourd’hui ? Ce qu’ils ne sont pas disposés à céder ? Tout cela vaut-il le coup pour eux ? Ce débat n’a même pas encore été soulevé ici.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

source

UNE IMAGE D’ISRAEL PLUS FLETRIE ENCORE


Une famille palestinienne brûlée vive, un commentaire:

 

Baudouin Loos – Le Soir du 1er août 2015

Le tragique épisode de Douma ne peut surprendre personne. Depuis de longues années, le comportement des colons juifs extrémistes qui vivent au sein d’implantations ancrées profondément dans les territoires palestiniens occupés est devenu synonyme des pires exactions. Incursions dans les villages palestiniens, jets de pierres ou de cocktails Molotov, mosquées incendiées, abattage d’oliviers centenaires : ces gens-là se savent au-dessus des lois, leur impunité semble quasi totale et ils se plaisent à faire régner la terreur.

«Ces gens-là»? On parle ici d’une catégorie d’Israéliens jeunes qui n’ont, pour la plupart, jamais habité le territoire israélien. Ils naissent et grandissent sur les collines de «Judée et Samarie», l’appellation israélienne lorsqu’il s’agit d’évoquer la Cisjordanie occupée. Ce sont des durs, des «salafistes» juifs, comme dirait le journaliste franco-israélien Charles Enderlin.

Ils affirment coloniser « la Terre d’Israël que Dieu nous a donnée ». Quant aux «Arabes» présents depuis des siècles, ils n’ont qu’un choix, à leurs yeux: se soumettre à leur joug ou s’exiler. La violence quotidienne – des crimes, pour dire les choses – qu’ils utilisent contre la population locale indique leur préférence.

Ce mouvement juif extrémiste a gagné la partie. Il n’est certes pas majoritaire en Israël mais ces extrémistes religieux en ont infiltré l’Etat et l’armée. Le nombre de colons a plus que triplé depuis 24 ans que leur Etat prétend négocier la paix. Aucun gouvernement, de droite comme de gauche, n’a tenté de les affronter, au contraire.

Alors certes, hier, Binyamin Netanyahou a dit le mot «terrorisme» pour qualifier le drame de Douma. C’est bien le moins. L’image d’Israël n’a jamais été plus flétrie que ces dernières années et la famille palestinienne brûlée vive dans la nuit de jeudi à vendredi ajoute un peu d’opprobre supplémentaire.

Depuis longtemps, la communauté internationale unanime réclame la fin de l’occupation et la levée du siège de Gaza. Les condamnations verbales ont cependant fait la preuve de leur inanité. Il faudra bien plus. Mais qui mettra Israël au pied du mur?

Un Palestinien détenu à l’aéroport israélien Ben Gourion en revenant chez lui


Israel ben gourion
 ***
Un Palestinien détenu à l’aéroport israélien Ben Gourion en revenant chez lui  

*

Je suis né à Jérusalem Ouest (selon le terme qui désigne la moitié juive de Jérusalem) en 1945. Sous une pluie de balles qui volaient au-dessus de nos têtes, mon père m’a attrapé, moi et le reste de la famille, et nous avons fui vers notre ville natale de Naplouse à la veille de la création de l’Etat d’Israël en 1948. Nous sommes restés à Rafidia-Naplouse jusqu’en 1952 puis nous avons déménagé à Ramallah où mon père a trouvé du travail à la poste. Je suis allé à l’école paroissiale puis au séminaire latin de Beit Jala en 1961 pour étudier la prêtrise. En 1968, j’ai quitté le séminaire où j’avais étudié le français et le latin en plus de la philosophie et de la théologie. Je suis arrivé aux États-Unis en septembre 1969 et je suis entré à l’Université Seton Hall, à South Orange, dans le New-Jersey où j’ai été diplômé en français et en espagnol, et en 1975, j’ai obtenu une maîtrise de l’Université de Montclair, dans le New-Jersey.

 

george kouri

George Khoury

J’ai déménagé en Californie en 1975 où j’ai enseigné les langues étrangères au niveau secondaire. En 1983, je me suis inscrit en théologie à la Graduate Theological Union, à Berkeley, Californie, et j’ai obtenu mon doctorat en 1990. J’ai enseigné les langues au San Mateo College, au Skyline College, et à la Westmoor High School. J’ai rejoint le programme de diaconat en 2012 parce que j’ai l’intention de devenir diacre dans les différentes communautés de l’archidiocèse de San Francisco.

Après 21 ans sans voir Jérusalem et ma patrie la Palestine, j’ai décidé de revenir, cette fois en tant que citoyen américain, avec un passeport américain que j’ai obtenu en 1975.

Mon voyage était censé être un pèlerinage religieux avec le père Bernard Poggi, ainsi qu’une visite, attendue depuis longtemps, pour voir mes amis et ma famille, que je n’ai pas vus depuis des décennies. Lorsque nous sommes arrivés à l’aéroport Ben Gourion, à Tel Aviv, ils ont autorisé le père Bernard à entrer. Lorsque ce fut mon tour, une jeune soldate m’a accompagné à une « pièce verte » pour un interrogatoire.

Voici ma conversation avec un agent de sécurité de l’aéroport (dont je pense qu’il est un agent du Shin Bet) :
– L’agent : « Oh, vous arrivez par l’aéroport Ben Gourion ? »
– Moi : « Oui. Où est le problème ? »
– L’agent : « Vous ne pouvez pas. »
– Moi : « Pourquoi ? J’ai un passeport américain. Je suis arrivé avec le père Bernard pour passer quelques semaines à Jérusalem et voilà. Nous venons pour un pèlerinage religieux et pour voir quelques amis et ma famille. »
– L’agent : « Non non, vous ne pouvez venir en Israël. Vous auriez dû passer par le Pont Allenby. »
– Moi : « Pourquoi devrais-je passer par là ? Je ne viens pas en tant que palestinien, je viens en tant que citoyen américain. »
– L’agent : « Non. Vous êtes palestinien. Pourquoi niez-vous que vous êtes un Palestinien ? »
– Moi : « Je ne nie pas que je suis palestinien. Je suis palestinien de la tête au pied. Mon père est palestinien. Ma mère est palestinienne. Mes frères sont palestiniens. Ma sœur est palestinienne. Mon grand-père est un prêtre orthodoxe et mes racines palestiniennes remontent à 500 ans. Que voulez-vous dire par « nier » ? Je ne nie rien. »
– L’agent : « Non non, vous faites partie du peuple palestinien. C’est notreIsraël, c’est pour les juifs. Aucun Palestinien ne doit venir en Israël. Vous auriez dû arriver par le Pont Allenby. »
– Moi : « Pourquoi dites-vous cela ? Ai-je jamais eu un passeport palestinien ? Ai-je jamais vécu sous l’Autorité palestinienne ? Lorsque l’Autorité palestinienne a été constituée, je n’étais pas en Palestine et on ne m’a jamais donné de passeport palestinien. »
– L’agent : « Mais vous avez une carte d’identité israélienne. [Il fait référence aux papiers israéliens qui m’ont été remis après qu’Israël a commencé d’occuper la Cisjordanie en 1967. J’ai eu une carte d’identité israélienne jusqu’à ce que je parte pour les Etats-Unis en 1969.]
– Moi : « Une carte d’identité israélienne n’est pas un passeport palestinien. J’ai eu la CI israélienne lorsque j’étais à Beit Jala pour étudier la prêtrise mais vous ne pouvez pas dire que c’est un passeport palestinien. D’un point de vue juridique, je n’ai jamais été citoyen d’un pays appelé Palestine. Je viens avec un passeport américain et vous devriez l’honorer. »
– L’agent : « Comment voulez-vous que j’honore votre passeport américain ? Vous voulez que je l’embrasse, que je le serre contre moi, ou que je le vénère ? En plus, vous êtes grossier et mal élevé. Comment pouvez-vous être aussi grossier ? Vous êtes un Palestinien et vous êtes grossier et mal élevé. »
– Moi : « Je ne suis ni grossier ni mal élevé. J’expose juste des faits. Je vous dis juste que je suis un Américain qui a la citoyenneté américaine depuis 40 ans et que je vis en Amérique depuis 46 ans. Donc vous négligez tous ces faits juridiques et vous ne faites que vous focalisez sur mon patrimoine palestinien ? »
– L’agent : « Vous allez être déporté vers la Jordanie et vous passerez par le Pont Allenby pour continuer votre visite en Cisjordanie . [Le Pont Allenby est le passage entre la Jordanie et Israël. Les Palestiniens ne peuvent entrer en Cisjordanie que par ce pont parce qu’ils ne sont pas autorisés à passer par ce qu’on appelle Israël]

Je suis revenu vers Père Bernard qui m’attendait. Je lui ai raconté ce qui s’était passé avec l’agent du Shin Beth et nous avons attendu. L’homme est revenu avec des documents de déportation et m’a fait comprendre en présence du Père Bernard que je serai déporté vers la Jordanie. J’ai attendu jusqu’à ce que deux autres officiers de sécurité s’approchent de moi et me disent, « Vous ne serez pas déporté vers la Jordanie mais vous allez repartir d’où vous venez. » [l’aéroport de Fiumicino, en Italie].

J’ai dit, « Mais on vient juste de me dire que je serai déporté vers la Jordanie. » Ils m’ont demandé, « Qui vous a dit ça ? »

J’ai répondu, « Je ne connais pas son nom. Pensez-vous qu’il m’a dit son nom ? C’est l’homme de la sécurité, dans le bureau, qui vient de signer mes papiers d’expulsion. » Ils ont dit, « Non, vous devez d’abord revenir en Italie. Si vous choisissez alors de revenir en Jordanie après avoir atterri en Italie, c’est votre choix. » J’étais sous le choc, mais je ne pouvais rien faire d’autre. Devant les officiers israéliens, Père Bernard m’a donné son numéro de téléphone jordanien et nous sommes convenus de nous retrouver en Jordanie le lendemain.

Bernard et moi nous nous sommes séparés et je suis revenu vers les officiers de sécurité israéliens. Ils m’ont laissé (avec d’autres) dans l’aéroport jusqu’à 1h30 du matin le 21 juillet. Ils ont fini par nous apporter un sandwich. Il y avait avec moi pendant cette épreuve, entre autres, une Palestinienne et sa fille (toutes deux palestiniennes de naissance mais citoyennes US). Elles avaient d’abord voyagé avec deux autres fils mais parce que les deux garçons étaient américains de naissance, ils ont pu entrer en Israël. Des responsables israéliens ont dit aux deux femmes qu’elles seraient renvoyées vers les Etats-Unis, mais séparément. Elles ont fondu en larmes et ont supplié qu’au moins on les expulse ensemble, mais en vain. Il y avait aussi une jeune Britannique qui m’a dit qu’elle travaillait pour une association pour les droits de l’homme en Israël, un Coréen et une jeune Russe mais ils ne parlaient pas bien anglais.

Ils nous ont conduits à environ une demi-heure de l’aéroport, dans une voiture conduite par des Israéliens, le jeune Coréen qui parlait à peine anglais, affamé et sans un sou, a demandé aux deux gardiens d’une toute petite voix et dans un mauvais anglais, » Est-ce que nous allons mourir ce soir ? » On nous a transportés dans une fourgonnette munie de barreaux – qui sert aux prisonniers. Ils nous ont détenus comme des criminels dans une structure de détention qu’ils appellent « émigration », qui n’est rien de tel et qui devrait plutôt être appelée « prison », jusqu’à ce que nous soyons déportés.

Ils nous ont enfermés, m’ont interdit de garder mon iPhone, ont refusé que je garde un livre dans cette pièce crasseuse et ils m’y ont jeté avec un groupe d’hommes pauvres, affamés et désorientés de différentes nationalités et origines ethniques. Il était environ 2 heures du matin.

Nous avons passé tout le mardi dans le centre de détention, sans savoir quand nous en partirions. J’étais enfermé dans cette pièce avec les autres hommes. Il y avait un gardien arabe devant la cellule. Je lui ai demandé, « Vous connaissez nos noms et vous savez tout de nous. Quel est votre nom ? » Il a dit, « Je m’appelle George. » Il avait l’accent de Nazareth. Je lui ai demandé, « Pourquoi nous traitez-vous comme des prisonniers ? » Il m’a répondu, « C’est comme ça. » Finalement, il m’a laissé utiliser le téléphone pour que j’appelle ma femme, Nariman, pour lui dire où j’étais. Personne ne m’avais dit à l’aéroport que j’avais le droit de donner un appel téléphonique. Les autres gardiens sont restés totalement anonymes, ils nous ont insultés et nous ont interdit de parler aux autres dans la pièce en face, séparée par un long couloir. Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit parce que le néon reste allumé.

A 4h du matin, le gardien m’a dit d’être prêt pour mon vol. Il m’avait entendu parler en arabe aux deux Palestiniennes détenues dans la pièce en face de la nôtre. Lorsqu’il est revenu ce matin là, la mère de Samar disait que peut-être ils nous malmenaient un peu mais qu’ils finiraient par nous déporter vers la Jordanie. Il était furieux et s’est mis à hurler, « Je vous ai dit de ne pas parler aux autres ! J’essaie de vous respecter ! Essayez de vous respecter vous-mêmes ! Éloignez-vous de la porte ! »

Puis vers 8h, un gardien est entré dans la pièce et m’a attrapé nerveusement en me disant que mon avion était prêt. Comme un fou, il m’a conduit à l’aéroport et m’a emmené directement à la passerelle au lieu de me faire passer par l’aéroport.

Au moment où je montais dans l’avion, je lui ai demandé : « Où exactement me déportez-vous ? »
Il a dit, « Bogotá ».
J’ai dit, « Bogotá !? Pourquoi ? »
« Vous n’êtes pas Carlos ? » a-t-il demandé.
« Non, je suis George Khoury ! Laissez-moi voir le passeport que vous avez entre les mains, » j’ai demandé. Il appartenait à un Colombien nommé Carlos.

Le gardien a réalisé son erreur et m’a ramené à toute allure au centre de détention. Le trajet éprouvant a aggravé mon problème de nerf sciatique et j’ai encore très mal. Nous sommes revenus au centre de détention, dans la cellule. Il a appelé Carlos. Carlos dormait et il s’est réveillé. Il a dit, « Je suis Carlos ! » et il l’a emmené.

Sans revenir dans les moindres détails, à 9h30 le mercredi matin ils sont revenus me chercher. Ils m’ont à nouveau conduit sur la piste et nous avons attendu longtemps, jusqu’à ce que tous les passagers soient montés à bord et que l’avion soit prêt, semble-t-il. Ils m’ont accompagné jusqu’en haut de la passerelle. Là, ils m’ont dit que je partais pour l’Italie de manière à pouvoir revenir en Jordanie. Juste avant que j’entre dans l’avion, l’agent italien avait en main une série de billets qui me ramèneraient aux Etats-Unis via l’Italie, puis New-York, puis San Francisco. Il m’a dit qu’il me rendrait mon passeport lorsqu’il serait sûr que je suis dans l’avion en partance pour les États-Unis. C’est exactement ce qui s’est passé. Lorsque je suis arrivé en Italie, avant que je sorte de l’avion, j’ai demandé mon passeport à l’hôtesse. Elle m’a dit qu’un homme qui m’attendait dehors s’occuperait de moi. Un officier italien m’attendait en bas des marches. Il m’a emmené en jeep dans un lieu inconnu loin de l’aéroport, une sorte de poste de police. Il m’a fait entrer dans une pièce avec 5 ou 6 personnes où nous ne pouvions pas bouger. A 17h, j’ai pris le vol qui allait aux États-Unis et on m’a rendu mon passeport.

Je suis arrivé à New-York vers 20h le même jour. Je suis resté dans l’aéroport jusqu’au lendemain matin pour prendre un avion à 6h. J’avais en permanence mon sac sur les genoux, j’essayais de fermer les yeux de courts instants, assis sur un banc inconfortable, comptant les minutes et les heures jusqu’au vol de 6h, serrant tout le temps ma survie puisque le sac contenait de l’insuline, mon portefeuille et mon iPhone. Je suis diabétique et être séparé de mon médicament me serait fatal.

Je suis arrivé chez moi épuisé le jeudi à 11h37. J’ai appelé mon agent de voyage pour apprendre que je pourrais être remboursé pour mon bagage volé et le billet de retour sur KLM non utilisé. Il a découvert que ces fonds avaient déjà été utilisé pour payer ma déportation vers les États-Unis.

Je suis de retour à San Francisco. Ils m’ont pris ce qui devait être des vacances après de longues heures de travail, des retrouvailles avec ma patrie et mes vieux amis, et ils en ont fait un cauchemar et un enfer. J’ai été humilié, rabaissé et traité comme si j’avais commis un crime. Je vous raconte mon histoire pour encourager les gens à aller en Palestine pour défier la brutalité de cette entité raciste et la dénoncer ici aux États-Unis ainsi qu’en Israël.

Bien que quelque peu extrême, cette histoire n’est pas unique. Beaucoup d’autres cas d’Arabes américains victimes de profilage racial par les Israéliens, à tous les points d’entrée dans l’État israélien ou la Cisjordanie , ont été documentés. Le harcèlement, la détention et les interrogatoires font partie intégrante des manœuvres de l’État israélien pour maintenir les Palestiniens en dehors d’Israël-Palestine et faire venir davantage de juifs. Ce sont mes propres impôts – plus de 36 milliards de dollars d’aide économique et militaire – qui financent l’oppression du peuple palestinien. Sans le soutien aveugle et inconditionnel financier et politique des États-Unis pour l’État d’Israël, l’occupation et toutes ces tragédies contre les Palestiniens n’auraient pas continué.

Par George Khoury | 29 juillet 2015

Article orginal : Mondoweiss

Traduction : MR pour ISM

Source: Ism-france

Une mort banale en territoires occupés


Qui dit vrai dans la mort de Fala Abou Maria? L’armée israélienne dit avoir été attaquée à coups de pierres par une foule depuis un toit à 3h30 du matin. La famille palestinienne en cause dit que la victime avait lancé un petit pot-de-fleur en plastique vers les soldats.

Pourquoi parler de la mort de Fala Abou Maria? A savoir un Palestinien mort sous les balles de l’occupant israélien. Un cas parmi tant d’autres. Un non-événement, une ligne dans les journaux, dans quelques rares journaux. Parlons-en pourtant.

Cela se passe à Beit Ummar. Un gros bourg de 17.000 habitants situé entre Bethléem et Hébron, en Cisjordanie occupée. En «Judée», disent les Israéliens, qui ont d’ailleurs cerné l’agglomération de plusieurs colonies.
Il est 3h30 durant la nuit du 22 au 23 juillet quand une unité de l’armée israélienne d’occupation se présente pour perquisitionner le domicile des Abou Maria, en vue d’arrêter quelqu’un qu’elle recherche.
L’affaire tourne mal, comme souvent. Selon l’armée israélienne, «une foule violente» s’est attaquée aux soldats «depuis le toit de la maison en lançant des pierres, blessant un soldat». L’unité a répondu en tirant et a blessé une personne; «lorsqu’elle a voulu se retirer, elle a été à nouveau attaquée et a répliqué en visant l’instigateur principal». Un homme en est mort. Il s’agit de Fala Abou Maria, 52 ans, menuisier, le chef de la famille.
Le quotidien britannique The Telegraph a envoyé son correspondant à Jérusalem sur place. Robert Tait a interrogé les témoins de la scène. Leur version est bien différente. Selon les membres de la famille, il n’y a eu ni foule ni jets de pierre. La version israélienne  «est fausse, dit Sara, 25 ans, belle-fille de la victime, qui se trouvait à côté d’elle lorsqu’elle fut tuée. Il n’y avait personne sauf moi, ma belle-mère, mon mari et nos enfants. Pas une pierre n’a été lancée. [Mon beau-père] a lancé un pot-de-fleur et ils l’ont abattu immédiatement».
D’après les explications fournies au journaliste britannique, l’altercation a commencé quand l’unité israélienne a voulu forcer l’entrée de la maison. Fala Abou Maria et deux de ses fils – il a onze enfants – ont tenté de retarder l’entrée des soldats pour que les femmes puissent se lever et s’habiller. L’armée a tiré sur son fils Mohamed, 24 ans, qui a été atteint aux deux jambes et aux testicules, selon le docteur Izzedin Ashlamoun, de l’hôpital Al-Ahli à Hébron.
«Mon beau-père était en colère, raconte une autre belle-fille, Sara. Il ne pouvait plus se contrôler, il croyait que son fils avait été tué, il y avait plein de sang. Il est monté au balcon, s’est emparé d’un petit pot-de-fleur en plastique et l’a lancé en bas vers les soldats, ratant sa cible. Ils lui ont tiré trois balles. Il est mort juste après avoir eu le temps de dire ”Il n’y a qu’un Dieu et Mahomet est son prophète, je meurs en martyr”.»
Une histoire banale en Palestine occupée. Et plus encore à Beit Ummar – située sur une route fréquentée entourée de colonies – où les clashes sont fréquents. Cinq des six fils de la victime ont déjà connu les geôles israéliennes, notamment pour jets de pierres. Pour Mohamed, interrogé à l’hôpital, l’armée d’occupation a perquisitionné la maison familiale une centaine de fois depuis 1989.
L’envoyé du Telegraph a donné la parole à l’armée israélienne. Dont une porte-parole a donné les explications suivantes, sans toutefois dire pourquoi aucune arrestation n’avait été effectuée cette nuit-là: «Je n’ai pas entendu parler d’un pot-de-fleur mais je sais qu’il y a eu des jets de pierres et de briques depuis le toit. Il ne s’agissait pas seulement des résidents de la maison, il y a avait une foule. Je dirais que les jets de pierres ont duré entre dix et vingt minutes». Elle a promis qu’une enquête serait ouverte par l’armée.
Les funérailles de Fala Abou Maria ont donné lieu à de nouveaux incidents. Des centaines de personnes y assistaient, bien que l’armée israélienne eût bouclé les issues de la petite ville. La foule criait vengeance. L’armée israélienne a tiré des balles en plastique et des gaz lacrymogènes. Huit personnes ont été blessées, dont trois ont été hospitalisées.
Selon l’agence palestinienne Maan, Abou Maria est le dix-septième Palestinien tué cette année par les forces israéliennes. L’avant-dernière victime s’appelle Mohamed Alawna, 21 ans, il a été abattu durant une opération de nuit le 22 juillet dans le village de Burqin, près de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie occupée.

BAUDOUIN LOOS

source

 

 

Le mythe de la création d’Israël par les Nations-Unies


samedi 23 novembre 2013 – 05h:54

Jeremy R. Hammond


Il existe une croyance communément acceptée que la Résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations-Unies a « créé » Israël, en comprenant que cette résolution a partagé la Palestine et que par ailleurs elle a conféré une autorité légale ou une légitimité à la déclaration de l’existence de l’État d’Israël. Or, en dépit de sa popularité, cette conviction ne repose sur aucun fondement concret, comme un retour sur l’historique de la résolution et un examen des principes juridiques le démontrent de façon incontestable.

JPEG - 29.8 ko

La Grande-Bretagne a occupé la Palestine durant la Première Guerre mondiale, et en juillet 1922, la Société des Nations lui a confié un mandat pour la Palestine, qui reconnaît le gouvernement britannique comme Puissance occupante et lui confère en réalité la couleur d’une autorité juridique pour administrer provisoirement le territoire (1). Le 2 avril 1947, cherchant à s’extraire du conflit qui a surgi en Palestine entre juifs et Arabes, conséquence du mouvement sioniste pour établir en Palestine « un foyer national pour le peuple juif  » (2), le Royaume-Uni a remis une lettre aux Nations-Unies demandant au Secrétaire général « d’inscrire la question de la Palestine à l’ordre du jour de l’Assemblée générale pour sa prochaine session annuelle ordinaire  », et demandant à l’Assemblée de « formuler des recommandations, sur la base de l’article 10 de sa Charte, concernant le futur gouvernement de la Palestine » (3). À cette fin, le 15 mai, l’Assemblée générale a adopté la Résolution 106 qui crée la Commission spéciale des Nations-Unies sur la Palestine (UNSCOP) pour examiner « la question de la Palestine », « préparer un rapport pour l’Assemblée générale  » se basant sur ses conclusions, et « soumettre les propositions qu’elle jugera appropriées pour la solution du problème de la Palestine » (4).

Le 3 septembre, l’UNSCOP a rendu son rapport à l’Assemblée générale exprimant sa recommandation, à la majorité, que la Palestine doit être partagée en un État juif et en un État arabe séparés. Elle notait que la population de la Palestine fin 1946 était estimée à près de 1 846 000 habitants, dont 1 203 000 Arabes (65 %) et 608 000 juifs (33 %). La croissance de la population juive venait essentiellement de l’immigration, alors que celle de la population arabe était « presque entièrement » due à une croissance naturelle. Elle observait qu’il n’y avait « aucune séparation territoriale claire des juifs et des Arabes dans de vastes zones contiguës », et même dans le district de Jaffa, dans lequel se trouve Tel Aviv, les Arabes constituaient une majorité (5). Les statistiques sur la propriété foncière de 1945 montrent que les Arabes possédaient plus de terres que les juifs dans chacun des districts de la Palestine. Le district avec le plus haut pourcentage de propriétaires juifs était celui de Jaffa, où 39 % des terres étaient propriétés juives, comparés aux 47 % de terres propriétés arabes (6). Au niveau de l’ensemble de la Palestine, à l’époque où l’UNSCOP a rendu son rapport, les Arabes possédaient 85 % de la terre (7), et les juifs moins de 7 % (8).

En dépit de cette réalité, l’UNSCOP a proposé que l’État arabe soit constitué de seulement 45,5 % de toute la Palestine, pendant que les juifs s’en verraient accorder 55,5 % (9). L’UNSCOP a reconnu que,

« en ce qui concerne le principe d’autodétermination, et bien que la reconnaissance internationale se soit étendue à ce principe à la fin de la Première Guerre mondiale et que celui-ci ait été respecté pour les autres territoires arabes au moment de l’institution du Mandat « A », il ne devait pas être appliqué à la Palestine, manifestement parce qu’il existait la volonté d’y rendre possible la création d’un Foyer national juif. En fait, on peut dire que le Foyer national juif et le Mandat pour la Palestine sui generis contreviennent à ce principe d’autodétermination. » (10).

En d’autres termes, le rapport reconnaît explicitement que le refus d’une indépendance palestinienne afin de pouvoir poursuivre l’objectif d’établir un État juif constituait un rejet du droit de la majorité arabe à l’autodétermination. Et pourtant, malgré cette reconnaissance, l’UNSCOP a accepté ce déni des droits des Arabes comme restant à l’intérieur des limites d’un cadre légitime et raisonnable pour une solution.

Suite à la publication du rapport de l’UNSCOP, le Royaume-Uni a publié un communiqué déclarant son accord avec les recommandations du rapport, mais en ajoutant que «  si l’Assemblée devait recommander une politique qui ne serait pas acceptable tant pour les juifs que pour les Arabes, le Royaume-Uni ne s’estimerait pas en mesure de la mettre en application » (11). La position des Arabes a été claire dès le début, mais le Haut Comité arabe a fait une déclaration le 29 septembre réitérant que « les Arabes de Palestine étaient déterminés à s’opposer, par tous les moyens à leur disposition, à tout projet qui déboucherait sur une ségrégation ou une partition, ou qui accorderait un statut spécial et préférentiel à une minorité ». Il prône à la place :

« la liberté et l’indépendance pour un État arabe dans toute la Palestine, qui respecterait les droits humains, les libertés fondamentales et l’égalité de tous devant la loi, et protègerait les droits et intérêts légitimes de toutes les minorités tout en garantissant la liberté de culte et l’accès aux Lieux saints. » (12)

Le Royaume-Uni a donné suite avec une déclaration réitérant « que le gouvernement de Sa Majesté ne pouvait jouer un rôle majeur dans la mise en œuvre d’un projet qui n’était acceptable ni pour les Arabes ni pour les juifs, » mais en ajoutant « qu’il ne souhaitait pas gêner l’application d’une recommandation approuvée par l’Assemblée générale »(13).

La Commission ad hoc sur la question palestinienne a été créée par l’Assemblée générale peu après la publication du rapport de l’UNSCOP afin de poursuivre l’étude du problème et d’énoncer des recommandations. Un sous-comité a été créé à son tour qui a été chargé d’examiner les questions juridiques se rapportant à la situation en Palestine, et qui a publié son rapport avec ses conclusions le 11 novembre. Il y fait observer que le rapport de l’UNSCOP avait accepté comme prémisse de base «  que les revendications pour la Palestine tant des Arabes que des juifs possédaient une validité  », prémisse qui «  n’était étayée par aucune raison convaincante et se heurtait manifestement au poids de toutes les preuves disponibles  ». Avec la fin du Mandat et avec le retrait britannique, «  il n’existait aucun autre obstacle à la conversion de la Palestine en un État indépendant », qui «  serait l’aboutissement logique des objectifs du Mandat » et du Pacte de la Société des Nations. Le rapport de la Commission a constaté que « l’Assemblée générale n’est pas compétente pour recommander, et encore moins exiger, toute solution autre que la reconnaissance de la Palestine, et que la constitution du futur gouvernement de la Palestine est une question relevant exclusivement du peuple de Palestine. » Il concluait qu’« aucune autre discussion du problème de la Palestine ne semblait nécessaire ou appropriée, et que ce point devait être rayé de l’ordre du jour de l’Assemblée générale », mais que, s’il soulevait un différend, «  il serait essentiel d’obtenir l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice sur cette question », comme cela avait déjà été requis par plusieurs États arabes. Il concluait en outre que le plan de partition était « contraire aux principes de la Charte, et que les Nations-Unies n’avaient aucune compétence pour lui donner effet. » Les Nations-Unis ne pouvaient pas

« priver la majorité du peuple de Palestine de son territoire et transférer celui-ci à l’usage exclusif d’une minorité dans le pays… L’Organisation des Nations-Unies n’a aucune compétence pour créer un nouvel État. Une telle décision ne peut être prise que dans le cadre du libre arbitre du peuple dans les territoires en question. Cette condition n’est pas réalisée dans le cas de la proposition majoritaire, car elle implique l’établissement d’un État juif au total mépris de la volonté et des intérêts des Arabes de Palestine.  » (14).

Et pourtant, l’Assemblée générale a voté la Résolution 181 le 29 novembre, avec 33 voix pour, 13 voix contre et 10 abstentions (15). Le texte concerné de la résolution déclare :

« L’Assemblée générale…

« Recommande aux Royaume-Uni, en tant que Puissance mandataire pour la Palestine, ainsi qu’à tous les autres États membres de l’Organisation des Nations-Unies, l’adoption et la mise à exécution, en ce qui concerne le futur gouvernement de la Palestine, du Plan de partage avec union économique exposé ci-dessous :

«  Demande

a) Que le Conseil de sécurité prenne les mesures nécessaires prévues dans le plan pour sa mise à exécution ;

b) Que le Conseil de sécurité détermine, au cas où les circonstances l’exigeraient pendant la période de transition, si la situation en Palestine représente une menace contre la paix. S’il décide qu’une telle menace existe, et afin de maintenir la paix et la sécurité internationales, le Conseil de sécurité complètera l’autorisation de l’Assemblée générale par des mesures prise aux termes des articles 39 et 41 de la Charte, qui donneront pouvoir à la Commission des Nations-Unies, prévue dans la présente résolution, d’exercer en Palestine les fonctions qui lui sont assignées dans la présente résolution ;

c) Que le Conseil de sécurité considère comme une menace contre la paix, rupture de paix ou acte d’agression, conformément à l’article 39 de la Charte, toute tentative visant à modifier par la force le règlement prévu par le présente résolution ;

d) Que le Conseil de tutelle soit informé de la responsabilité qui lui incombera aux termes de ce plan ;

« invite les habitants de la Palestine à prendre toutes les mesures qui pourraient être nécessaires de leur part, en vue d’assurer l’application de ce plan ;

« fait appel à tous les gouvernements et à tous les peuples pour qu’ils s’abstiennent de toute action qui risquerait d’entraver ou de retarder l’exécution de ces recommandations… » (16)

Une simple lecture du texte suffit à montrer que la résolution n’a pas fait la partition de la Palestine ni offert aucune base juridique pour le permettre. Elle n’a fait que « recommander » que le plan de partition soit mis à exécution et « a requis  » du Conseil de sécurité qu’il reprenne la question à partir de là. Elle a « demandé » aux habitants de la Palestine d’accepter le plan, mais ils n’avaient aucune obligation de le faire.

Un plan jamais exécuté

La question était donc reprise par le Conseil de sécurité quand, le 9 décembre, le représentant syrien aux Nations-Unies, Faris El-Khouri, observait que «  l’Assemblée générale n’est pas un gouvernement mondial qui peut dicter des ordres, partager des pays ou imposer des constitutions, des règles, des règlements et des traités à un peuple sans son consentement. » Quand le représentant soviétique, Andrei Gromyko, a fait part que son gouvernement considérait au contraire que «  la résolution de l’Assemblée générale devait être mise en œuvre » par le Conseil de sécurité, El-Khouri a répondu en notant que :

« Certains paragraphes de la résolution de l’Assemblée générale qui concernent le Conseil de sécurité s’adressent au Conseil, à savoir les paragraphes a, b, et c, décrivant les fonctions du Conseil de sécurité concernant la question palestinienne. Tous les membres du Conseil de sécurité sont familiarisés avec les fonctions du Conseil, lesquelles sont parfaitement définies et clairement spécifiées dans la Charte des Nations-Unies. Je ne crois pas que la résolution de l’Assemblée générale puisse ajouter ou retirer à ces fonctions. Les recommandations de l’Assemblée générale sont bien comprises pour être ce qu’elles sont, des recommandations, et les États membres peuvent les accepter ou non, et il en va de même pour le Conseil de sécurité ». (17)

Le 6 février 1948, le Haut Comité arabe a communiqué à nouveau au Secrétaire général des Nations-Unies sa position selon laquelle le plan de partition était « contraire à la lettre et à l’esprit de la Charte des Nations-Unies ». Les Nations-Unies « n’ont pas compétence pour ordonner ou recommander la partition de la Palestine. Il n’y a rien dans la Charte pour justifier une telle autorité, par conséquent la recommandation de partition constitue un excès de pouvoir et elle est donc nulle et non avenue ». En outre, le Haut Comité arabe notait que :

« Les délégations arabes ont soumis des propositions à la Commission ad hoc afin de renvoyer l’ensemble de la question juridique qui est soulevée devant la Cour internationale de Justice, pour avis. Ces propositions n’ont jamais été soumises au vote par le président de l’Assemblée. Les Nations-Unies sont un organisme international à qui il a été confié la charge de faire respecter la paix et la justice dans les affaires internationales. Comment pourrait-on avoir la moindre confiance dans un tel organisme s’il refuse carrément et déraisonnablement de soumettre un tel différend devant la Cour internationale de Justice ?

« Les Arabes de Palestine ne reconnaîtront jamais la validité des recommandations extorquées pour la partition, ni l’autorité aux Nations-Unies de les appliquer », a déclaré le Haut Comité arabe, et ils « considèrent que toute tentative de la part de juifs et de puissances et groupes de puissances d’établir un État juif dans un territoire arabe est un acte d’agression auquel ils résisteront, en état de légitime défense, par la force. » (18)

Le 16 février, la Commission Palestine des Nations-Unies, chargée par l’Assemblée générale de préparer le transfert de l’autorité de la Puissance mandataire aux gouvernements qui lui succèderont dans le cadre du plan de partition, a publié son premier rapport au Conseil de sécurité. Elle a conclu, sur la base du rejet arabe, « qu’elle se trouve confrontée à une tentative d’abandon de ses objectifs, et d’annulation de la résolution de l’Assemblée générale », et elle a demandé au Conseil de Sécurité de fournir une force armée « qui, seule, permettra à la Commission d’assumer ses responsabilités sur la fin du mandat ». Effectivement, la Commission Palestine a déterminé que le plan de partition devait être exécuté contre la volonté de la majorité de la population de Palestine, et par la force. (19)

Réagissant à cette suggestion, la Colombie a soumis un projet de résolution au Conseil de sécurité notant que la Charte des Nations-Unies « n’autorisait pas le Conseil de sécurité à créer des forces spéciales avec les objectifs indiqués par la Commission Palestine des Nations-Unies » (20). Le délégué des États-Unis, Warren Austin, déclarait de même à la 253e réunion du Conseil de sécurité, le 24 février, que :

« Le Conseil de sécurité est autorisé à prendre des mesures énergiques à l’égard de la Palestine pour éliminer une menace contre la paix internationale. La Charte des Nations-Unies ne donne pas pouvoir au Conseil de sécurité de faire respecter un règlement politique si c’est en vertu d’une recommandation de l’Assemblée générale, voire du Conseil de sécurité lui-même. Ce qui signifie que : le Conseil de sécurité, conformément à la Charte, peut agir pour empêcher une agression de la Palestine venant de l’extérieur. Le Conseil de sécurité, de par ces mêmes pouvoirs, peut agir pour empêcher une menace contre la paix et la sécurité internationales venant de l’intérieur de la Palestine. Mais cette action doit être dirigée uniquement pour le maintien de la paix internationale. L’action du Conseil de sécurité, en d’autres termes, doit viser à maintenir la paix et non à faire exécuter la partition par la force. » (21)

Les États-Unis ont néanmoins soumis leur propre projet de texte, acceptant de façon plus ambiguë que la demande de la Commission Palestine « soit soumise à l’autorité du Conseil de sécurité en vertu de la Charte » (22). Faris El-Khouri s’est opposé au projet des États-Unis au motif qu’« avant d’accepter ces trois demandes, il est de notre devoir de vérifier si elles entrent ou non dans le cadre du Conseil de sécurité, tel qu’il est limité par la Charte. S’il est établi qu’elles n’y entrent pas, nous devons refuser de les assumer.  » Il a rappelé la propre déclaration d’Austin sur le manque d’autorité du Conseil de sécurité, disant : «  Il découle de ce fait indéniable que toute recommandation relative à un règlement politique ne peut être appliquée que si les parties concernées l’acceptent et l’accompagnent de leur plein gré.  » En outre, «  le plan de partition constitue en lui-même une menace contre la paix, étant ouvertement rejeté par tous ceux aux dépens desquels il doit être exécuté.  » (23) Austin à son tour a expliqué quel était le but du projet US qui est d’accepter la Résolution 181 :

«  Nous sommes soumis à la restriction que la force armée ne peut être utilisée pour la mise en œuvre du plan, parce que la Charte limite l’usage de la force par les Nations-Unies expressément aux menaces contre la paix et à ses violations et aux agressions portant atteinte à la paix internationale. Par conséquent, nous devons interpréter la résolution de l’Assemblée générale comme signifiant que les mesures possibles pour les Nations-Unies pour l’exécution de cette résolution sont des mesures pacifiques.  »

En outre, Austin a expliqué que le projet des États-Unis :

« n’autorise pas l’usage d’une application en vertu des articles 39 et 41 de la Charte pour donner pouvoir à la Commission des Nations-Unies d’exercer en Palestine les fonctions qui lui sont assignées par la résolution, parce que la Charte n’autorise ni l’Assemblée générale ni le Conseil de sécurité à faire ainsi. » (24)

Quand le Conseil de sécurité a finalement adopté une résolution le 5 mars, il n’a fait que prendre note : « Ayant reçu la résolution 181 de l’Assemblé générale » et le premier rapport mensuel de la Commission Palestine, et il a résolu :

« de demander aux membres permanents du Conseil de consulter et d’informer le Conseil de sécurité sur la situation concernant la Palestine et de lui faire, à la suite de telles consultations, les recommandations sur les conseils et instructions que le Conseil pourrait utilement donner à la Commission Palestine en vue de l’exécution de la résolution de l’Assemblée générale » (25)

Au cours des débats qui ont suivi au Conseil de sécurité sur la façon de procéder, Austin a observé qu’il était devenu « évident que le Conseil de sécurité n’était pas prêt à s’engager dans des efforts pour l’application de ce plan dans la situation actuelle. » Dans le même temps, il était clair que la fin du mandat britannique annoncée pour le 15 mai « se traduirait, à la vue des informations actuellement disponibles, par un chaos, des combats violents et beaucoup de pertes en vies humaines en Palestine. » Les Nations-Unies ne pouvaient pas l’autoriser, a-t-il dit, et le Conseil de sécurité a la responsabilité et l’autorité de par la Charte d’agir pour empêcher une telle menace contre la paix. Les États-Unis ont également proposé d’instituer une tutelle sur la Palestine pour offrir plus de possibilités aux juifs et aux Arabes d’arriver à un accord mutuel. En attendant que soit organisée une session spéciale de l’Assemblée générale à cette fin, « nous croyons que le Conseil de sécurité doit enjoindre à la Commission Palestine de suspendre ses travaux pour l’application du plan de partition proposé. » (26)

Le président du Conseil de sécurité, s’exprimant en tant que représentant de la Chine, a répondu : « Les Nations-Unies ont été créées principalement pour le maintien de la paix internationale. Il serait tragique en effet si les Nations-Unies, en tentant un règlement politique, devaient être la cause d’une guerre. Pour ces raisons, ma délégation soutient les principes généraux de la proposition de la délégation des États-Unis.  » (27). Lors d’une nouvelle réunion du Conseil de sécurité, la délégation canadienne déclarait que le plan de partition « est fondé sur un certain nombre de suppositions importantes », la première étant qu’« il est supposé que les deux communautés en Palestine doivent coopérer dans la mise en vigueur de la solution au problème de la Palestine qui a été recommandée par l’Assemblée générale.  » (28). Le délégué français, tout en refusant de s’étendre sur l’approbation ou le refus de la proposition des États-Unis, observait qu’elle permettrait un certain nombre de solutions alternatives au plan de partition, dont celle « d’un État unique avec des garanties suffisantes pour les minorités  ». (29) Le représentant de l’Agence juive pour la Palestine a lu une déclaration rejetant catégoriquement « tout projet visant à un régime de tutelle pour la Palestine », qui « entraînerait la négation du droit juif à une indépendance nationale. » (30)

Préoccupés par une situation qui s’aggrave en Palestine, et voulant éviter d’autres débats, les États-Unis ont proposé un autre projet de résolution appelant à une trêve entre les groupes armés juifs et arabes qui, notait Austin, « ne porterait pas atteinte aux revendications de chaque groupe  » et « ne faisant aucune mention de tutelle. » (31) Ce projet a été adopté comme Résolution 43 le 1er avril (32). La Résolution 44 a elle aussi été votée le même jour, qui demande au « Secrétaire général, conformément à l’article 20 de la Charte des Nations-Unies, de convoquer une session spéciale de l’Assemblée générale pour examiner plus avant la question du futur gouvernement de la Palestine. » (33) La Résolution 46 a repris l’appel du Conseil de sécurité pour la cessation des hostilités en Palestine,(34) et la Résolution 48 a créé une « Commission de trêve » pour avancer vers l’objectif de la mise en œuvre de ses résolutions appelant à la fin de la violence (35).

Le 14 mai, la direction sioniste déclarait, unilatéralement, l’existence de l’État d’Israël, citant la Résolution 181 comme constituant une « reconnaissance par les Nations-Unies du droit du peuple juif à établir son État  ». (36) Comme prévu, il s’en est suivi la guerre.

L’autorité de l’ONU en ce qui concerne la Partition

L’article 1er du chapitre I de la Charte des Nations-Unies définit ses buts et ses principes qui sont « le maintien de la paix et de la sécurité internationales », «  le développement entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité des droits et l’autodétermination des peuples », et « la réalisation de la coopération internationale, » sur diverses questions et « la promotion et l’encouragement du respect des droit de l’homme et des libertés fondamentales pour tous. »

Pour leur part, les fonctions et les pouvoirs de l’Assemblée générale sont énumérés de l’article 10 à l’article 17 du chapitre IV. L’Assemblée générale est chargée de lancer des études et de formuler des recommandations pour promouvoir la coopération internationale et le développement du droit international, recevoir des rapports du Conseil de sécurité et d’autres organes de l’ONU, et examiner et approuver le budget de l’organisation. En outre, l’Assemblée est chargée de remplir les fonctions en vertu du régime international de tutelle. Son autorité se limite sinon à l’examen et à la discussion des questions et affaires rentrant dans le cadre de la Charte, en formulant des recommandations aux États membres ou au Conseil de sécurité, ou bien en évoquant les questions au Conseil de sécurité.

Les articles 24 jusqu’à 26 du chapitre V indique les fonctions et les pouvoirs du Conseil de sécurité. Il est chargé du maintien de la paix et de la sécurité conformément aux buts et aux principes des Nations-Unies. Les pouvoirs spécifiques accordés au Conseil de sécurité sont définis aux chapitres VI, VII, VIII, et XII. Le Conseil de sécurité peut, en vertu du chapitre VI, inviter les parties à régler leurs différends par des moyens pacifiques, enquêter et prendre une décision quant à un différend ou une situation susceptible de constituer une menace pour la paix et la sécurité. Il pourrait recommander des mesures appropriées pour résoudre les différends, en prenant en considération que « les différends d’ordre juridique devraient être soumis par les parties à la Cour internationale de Justice. »

Conformément au chapitre VII, le Conseil de sécurité peut déterminer l’existence d’une menace contre la paix et faire des recommandations ou décider quelles mesures seront prises afin de maintenir ou de rétablir la paix et la sécurité. Il peut inviter les parties concernées à prendre des mesures provisoires qui « ne préjugent en rien les droits, les prétentions, ou les positions des parties concernées. »

Le Conseil de sécurité peut inviter les États Membres à employer «  les mesures n’impliquant pas l’usage de la force armée  » pour donner effet à ces mesures. Si ces dernières sont jugées inadéquates, le Conseil de sécurité peut autoriser le recours aux forces armées « pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales. » Le chapitre VIII stipule que le Conseil de sécurité « encourage le développement du règlement pacifique des différends d’ordre local  » par le moyen d’organismes et accords régionaux, et à y recourir afin de faire respecter son autorité.

Les fonctions et les pouvoirs du Régime international de tutelle sont énumérés au chapitre XII, de l’article 75 à 85. L’objectif de ce régime est de gérer et superviser les territoires placés sous son autorité en vertu d’accords dans le but d’un « développement en vue d’une autonomie gouvernementale ou l’indépendance, compte tenu des conditions particulières à chaque territoire et à ses populations, des aspirations librement exprimées par les populations concernées. » Le régime est tenu d’opérer conformément aux objectifs de l’ONU stipulés dans l’article 1er, notamment le respect du droit à l’autodétermination. L’Assemblée générale est chargée de toutes les fonctions « non désignées comme stratégiques,  » qui sont désignées au Conseil de sécurité. Un Conseil de tutelle est établi pour assister l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité dans l’exercice de leurs fonctions dans le cadre du régime.
L’article 87 du chapitre XIII indique les fonctions et les pouvoirs du Conseil de tutelle qui sont partagés par l’Assemblée générale. L’Autorité est chargée d’étudier les rapports, d’accepter et d’examiner les pétitions, de faire procéder à des visites aux territoires sous tutelle et « prendre ces dispositions et toutes les autres conformément aux termes des accords de tutelle. »

Le chapitre XI contient aussi une autre section pertinente, intitulée «  Déclaration relative aux territoires non autonomes » qui stipule que

les membres des Nations-Unies qui ont ou qui assument la responsabilité d’administrer les territoires dont les populations ne s’administrent pas encore complètement par elles-mêmes reconnaissent le principe de la primauté des intérêts des habitants de ces territoires, et acceptent comme une mission sacrée l’obligation de favoriser au maximum, dans le cadre du système de paix et de sécurité internationales établi par la présente Charte, le bien-être des habitants de ces territoires.

A cet effet, les États Membres doivent « développer l’autonomie gouvernementale, tenir dûment compte des aspirations politiques des peuples et les assister dans le développement progressif de leurs libres institutions politiques. »

Conclusion

Le plan de partition mis en avant par l’UNSCOP cherchait principalement à créer un État juif au cœur de la Palestine au mépris de la volonté de la majorité de ses habitants. La Commission aspirait à garantir aux juifs plus de la moitié de la Palestine aux fins de la création d’un État juif, alors que la communauté juive ne représentait que le tiers de la population et possédait moins de 7% des terres. En d’autres termes, il prendrait les terres des Arabes pour les redonner aux juifs. L’injustice inhérente du plan de partition contraste radicalement avec le plan proposé par les Arabes, celui d’un État palestinien indépendant au sein duquel les droits des minorités juives seraient reconnus et respectés, et qui permettrait aux populations juives d’avoir une représentation dans un gouvernement démocratique.

Le plan de partition était manifestement préjudiciable aux droits de la majorité de la population arabe. Il était fondé sur le rejet de leur droit à l’autodétermination. Cela est d’autant plus controversé étant donné que le rapport-même de l’UNSCOP reconnaît explicitement que la proposition de créer un État juif en Palestine s’opposait au principe de l’autodétermination. Le plan était également fondé sur l’hypothèse erronée que les Arabes auraient consenti en voyant leurs terres confisquées et auraient volontairement renoncé à la majorité de leurs droits, y compris leur droit à l’autodétermination.

La Résolution 181 de l’Assemblée générale de l’ONU n’a ni partagé légalement la Palestine, ni conféré au leadership sioniste une autorité légale pour déclarer unilatéralement l’existence de l’État juif d’Israël. Elle a simplement recommandé que le plan de partition de l’UNSCOP soit accepté et appliqué par les parties concernées. Naturellement, comme c’est le cas pour tout accord, le plan n’a force de loi que s’il a été formellement accepté par les deux parties, ce qui n’est pas le cas. L’Assemblée générale n’avait pas non plus partagé légalement la Palestine ni conféré l’autorité légale au leadership sioniste pour la création d’Israël pour la simple raison qu’elle ne possède pas le pouvoir pour le faire. Lorsque le Conseil de sécurité a repris la question qui lui a été déférée par l’Assemblée générale, il n’est pas parvenu à un consensus sur la manière de procéder avec la mise en œuvre du plan de partition.

Comme il est évident que le plan n’aurait pas pu être mis en œuvre pacifiquement, les membres du Conseil de sécurité ont rejeté la suggestion quant à son application au moyen de la force. Le simple fait de la question est que ce plan n’a jamais été exécuté. De nombreux délégués des États membres, y compris des États-Unis, sont parvenus à la conclusion que le plan était impraticable et que, par ailleurs, le Conseil de sécurité n’avait aucune autorité pour mettre en application un tel plan, sauf en cas de consentement mutuel des parties concernées. Or, cette condition n’a pas été remplie dans ce cas précis.

Ainsi, les observations émises par les États-Unis, la Syrie et les autres nations membres étaient correctes. En effet, si le Conseil de sécurité avait l’autorité de déclarer une menace à la paix et d’autoriser le recours à la force pour y faire face et maintenir et restaurer la paix et la sécurité, il n’avait cependant aucun pouvoir ni autorité à appliquer, par la force, le plan de partition de la Palestine en allant à l’encontre de la volonté de la plupart de ses habitants. Toute tentative d’usurpation de ce pouvoir par l’Assemblée générale comme par le Conseil de sécurité constituerait une violationprima facie du principe fondateur de la Charte, en l’occurrence le respect du droit à l’autodétermination de tous les peuples et serait donc nulle et non avenue en vertu du droit international.

En somme, l’affirmation populaire que les Nations-Unies ont « créé » Israël est un mythe, et l’affirmation d’Israël lui-même dans son texte fondateur que la Résolution 181 des Nations-Unies constitue une autorité légale pour la création d’Israël, ou alors qu’elle constitue « une reconnaissance » par l’ONU du « droit » des juifs sionistes à exproprier pour eux-mêmes les terres arabes et à dénier à la majorité de la population arabe de ces terres son propre droit à l’autodétermination, cette affirmation n’est qu’une fraude manifeste.

D’autres corollaires peuvent être tirés. Le désastre déversé sur la Palestine n’était pas inévitable. L’ONU était créée dans le but d’empêcher ce type de catastrophes. Or, elle a misérablement échoué dans sa mission à bien des égards. L’organisation a manqué à son devoir de déférer les questions juridiques des revendications de la Palestine à la Cour internationale de Justice en dépit des requêtes formulées par les États membres dans ce sens.

L’ONU a failli à employer tous les moyens relevant de sa compétence, y compris le recours aux forces armées, afin de maintenir la paix et d’empêcher le déclenchement d’une guerre prévisible vers la fin du Mandat. Et, plus important encore, loin de défendre ses principes fondateurs, l’ONU a effectivement agi pour empêcher l’établissement d’un État démocratique et indépendant de la Palestine, ce qui constitue une violation directe des principes de sa propre Charte. Aujourd’hui, le monde entier témoigne quotidiennement des conséquences de ces échecs et de bien d’autres. Reconnaître les graves injustices infligées au peuple palestinien à cet égard et dissiper de tels mythes historiques sont indispensable si la voie à suivre pour aboutir à la paix et à la réconciliation doit être trouvée.


Notes

[1] La Palestine sous Mandat du Conseil de la Société des Nations, le 24 juillet 1922 –http://avalon.law.yale.edu/20th_cen…

[2] La Grande-Bretagne a contribué au conflit en faisant des promesses contradictoires aux juifs et aux Arabes, y compris une déclaration approuvée par le Cabinet britannique qui indique : «  Le Gouvernement de Sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif, et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif, étant clairement entendu que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les Juifs jouissent dans tout autre pays. » C’est le ministre des Affaires étrangères Arthur James Balfour qui, dans une lettre du 2 novembre 1917, a adressé cette déclaration au représentant du mouvement sioniste Lord Lionel Walter Rothschild. Cette déclaration est aujourd’hui connue sous le nom de « La Déclaration de Balfour » –http://avalon.law.yale.edu/20th_cen…

[3] Lettre de la Délégation de la Grande-Bretagne aux Nations-Unies au Secrétaire général de l’ONU, le 2 avril 1947 –http://unispal.un.org/unispal.nsf/9…

[4] Résolution 106 de l’Assemblée générale de l’ONU, le 15 mai 1947 – http://unispal.un.org/unispal.nsf/9…

[5] Rapport de la Commission spéciale des Nations Unies pour la Palestine à l’Assemblée générale, le 3 septembre 1947 – http://unispal.un.org/unispal.nsf/9…

[6] “La Palestine propriété foncière par sous-districts (1945), Nations Unies, août 1950 » –http://domino.un.org/maps/m0094.jpg. La carte a été préparée sur instructions du Sous-comité 2 de la Commission ad hoc sur la question palestinienne et a été présentée comme Carte N° 94(b). Les statistiques étaient comme suit (Propriété foncière Arabe/Juive en pourcentages) : Safad : 68/18 ; Acre : 87/3 ; Tiberias : 51/38 ; Haïfa : 42/35 ; Nazareth : 52/28 ; Beisan : 44/34 ; Jénine : 84/1 ; Tulkaram : 78/17 ; Naplouse : 87/1 ; Jaffa : 47/39 ; Ramleh : 77/14 ; Ramallah : 99/<1 ; Jérusalem : 84/2 ; Gaza : 75/4 ; Hébron : 96/<1 ; Beersheba : 15/<1.

[7] Rapport de l’UNSCOP

[8] Walid Khalidi, “Révision de la Résolution de l’UNGA relative à la Partition,” Journal of Palestine Studies XXVII, N°1 (automne 1997), p 11 – http://www.palestine-studies.org/en… – Edward W. Said, La Question de la Palestine (New York : Vintage Books Edition, 1992), pp. 23, 98.

[9] Khalidi, p. 11.

[10] Rapport de l’UNSCOP.

[11] « Le Royaume-Uni accepte les Conditions Générales de l’UNSCOP ; n’appliquera pas une politique que les Arabes et les Juifs n’accepterons pas, » Communiqué de presse, 2ème réunion de la Commission ad hoc sur la question palestinienne, le 26 septembre 1947 – http://unispal.un.org/unispal.nsf/9…

[12] « Le cas Arabe exprimé par M. Jamal Husseini, » Communiqué de presse, 3ème réunion de la Commission ad hoc sur la question palestinienne, Nations Unies, le 29 septembre 1947 – http://unispal.un.org/unispal.nsf/9…

[13] «  Le Comité Palestine entend la position du Royaume-Uni et ajourne ; les Sous-comités se réunissent, » 24ème réunion de la Commission ad hoc sur la Palestine, Nations-Unies, le 20 novembre 1947 –http://unispal.un.org/unispal.nsf/9…

[14] « Commission ad hoc sur la question palestinienne, Rapport du sous-comité 2, » Nations-Unies, le 11 novembre 1947 – http://unispal.un.org/pdfs/AAC1432.pdf

[15] 128e session plénière de l’Assemblée générale des Nations-Unies, Nations-Unies, le 29 novembre 1947 –http://unispal.un.org/unispal.nsf/9…

[16] Résolution 181 de l’Assemblée générale de l’ONU, le 29 novembre 1947 – http://unispal.un.org/unispal.nsf/9… – en français : http://www.un.org/french/documents/…

[17] 222e réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, le 9 décembre 1947 – http://unispal.un.org/unispal.nsf/9…

[18] « Premier rapport spécial du Conseil de sécurité : le problème de la sécurité en Palestine, » Commission des Nations-Unies sur la Palestine, le 16 février 1948 – http://domino.un.org/unispal.nsf/5b…

[19] Ibid.

[20] Projet de résolution sur la question palestinienne présenté par le représentant de la Colombie lors de la 254e réunion du Conseil de sécurité, le 24 février 1948 – http://unispal.un.org/pdfs/S684.pdf

[21] 253e réunion du Conseil de sécurité de l’ONU (S/PV.253), le 24 février 1948 – http://documents.un.org

[22] Projet de résolution sur la question palestinienne présenté par le représentant des États-Unis lors de la 255e réunion du Conseil de sécurité, le 25 février 1948 – http://unispal.un.org/pdfs/S685.pdf

[23] 260e réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, le 2 mars 1948 – http://domino.un.org/unispal.nsf/9a…

[24] Ibid.

[25] Résolution 42 du Conseil de sécurité de l’ONU, le 5 mars 1948 – http://domino.un.org/unispal.nsf/9a…

[26] 271e réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, le 19 mars 1948 – http://domino.un.org/unispal.nsf/9a…

[27] Ibid.

[28] 274e réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, le 24 mars 1948 – http://daccess-dds-ny.un.org/doc/UN…

[29] Ibid.

[30] Ibid.

[31] 275e réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, le 30 mars 1948 – http://daccess-dds-ny.un.org/doc/UN…

[32] Résolution 43 du Conseil de sécurité de l’ONU, le 1er avril 1948 – http://domino.un.org/unispal.nsf/9a…

[33] Résolution 44 du Conseil de sécurité de l’ONU, le 1er avril 1948 – http://domino.un.org/unispal.nsf/9a…

[34] Résolution 46 du Conseil de sécurité de l’ONU, le 17 avril 1948 – http://domino.un.org/unispal.nsf/9a…

[35] Résolution 48 du Conseil de sécurité de l’ONU, le 23 avril 1948 – http://domino.un.org/unispal.nsf/9a…

[36] La déclaration de l’établissement de l’État d’Israël, le 14 mai 1948 – http://www.mfa.gov.il/mfa/peace%20p…

PNG

* Jeremy R. Hammond est un journaliste indépendant et un éditeur pour le Foreign Policy Journal. Il était candidat pour recevoir le Trophée du Projet Censuré pour un remarquable article d’investigation, et il est l’auteur de The Rejection of Palestinian Self-Determination, disponible sur Amazon.com. Il a rédigé cet article pour PalestineChronicle.com.

Son site : Jeremy R. Hammond

Lire aussi, du même auteur :

- L’attaque d’Israël contre l’Egypte en 67 n’était pas « préventive » – 4 juillet 2007

et sur le site ISM :

- Les dix principaux mythes sur le conflit israélo-palestinien – 27 juin 2010

également :

- Charité chrétienne : Le blog explique à Hollande ce qu’est la colonisation de la Palestine par Israël – Gilles Devers – 21 novembre 2013

26 octobre 2010 – Foreing Policy Journal – traduction : Info-Palestine/JPP-Niha

source

Des universitaires belges pour le boycott académique d’Israël : interview de Patrick Deboosere


EnvoyerImprimerPDF

Les initiateurs de l’association tout récemment créée, le Belgian Academic and Cultural Boycott of Israel (Bacbi), sont on ne peut plus clairs : ils boycotteront toutes les institutions académiques officielles d’Israël tant que ce pays poursuivra sa politique d’occupation et de colonisation, et qu’il s’obstinera à fouler aux pieds le droit international.

En 2005, un groupe d’universitaires et d’artistes palestiniens lançaient le PACBI, le Palestinian Academic and Cultural Boycott of Israel, en tant que composante de la campagne BDS (Boycott, Désinvestissements et Sanctions, NdlR). BDS a été créée par un important groupe d’organisations du monde associatif palestinien. Aujourd’hui, des universitaires belges s’y joignent par le biais de la création du Belgian Academic and Cultural Boycott of Israel (BACBI).

Patrick Deboosere, professeur à la VUB

« Nous désirons nous joindre à la campagne de boycott, parce qu’un boycott international est le moyen principal, aujourd’hui, qui permettrait de mettre un terme à l’oppression du peuple palestinien par l’Etat d’Israël », explique le professeur Patrick Deboosere (VUB), cofondateur du BACBI. « Comme l’a bien montré en son temps la lutte contre le régime d’apartheid en Afrique du Sud, le boycott est une arme très efficace. Le fait que, récemment, au Parlement israélien, une majorité de droite a approuvé une loi rendant punissable l’appel au boycott, montre clairement à quel point l’on a peur de cette stratégie. »

Comment cette action de boycott est-elle née ?

Patrick Deboosere. En 2009, lorsque nous nous sommes rendus en Palestine en compagnie d’un certain nombre de collègues et d’artistes amis, nous avons été en contact pour la première fois avec des partisans d’un boycott international. Depuis lors, je n’ai plus cessé de soutenir la campagne BDS.

On ne peut pas faire autrement quand on voit la situation sur place. Nous avons tous été profondément touchés par l’injustice incroyable qui règne là-bas. Il suffit de franchir un checkpoint israélien pour ressentir les humiliations et le mépris que doivent subir quotidiennement les citoyens palestiniens.

On y voit l’inégalité dans la façon de traiter les gens, avec la destruction et l’expropriation des terres palestiniennes et la construction de colonies juives illégales. C’est en infraction avec le droit international, mais cela se passe toutefois sous la protection de l’armée israélienne.

Et il y a le mur…

Patrick Deboosere. On le connait évidemment via les photos et les images télévisées. Mais la confrontation sur place est littéralement écrasante. Un vrai mur de l’apartheid, long de plusieurs centaines de kilomètres. L’image seule de la façon dont ce mur passe au beau milieu des faubourgs et des villages qui entourent Jérusalem-Est hallucinante. Et en même temps, on remarque comment, par toutes sortes d’artifices, la construction du mur est également mise à profit pour accaparer plus de terres palestiniennes encore.

Le mur a également annexé de facto Jérusalem-Est et l’a coupé du reste de la Cisjordanie. Le mur traverse littéralement le campus de l’Université al-Quds,  ce qui fait qu’aujourd’hui, plus de 13 000 étudiants palestiniens doivent franchir au moins un des 600 check-points israéliens lorsqu’ils quittent leur domicile pour se rendre à l’université.

Avec l’agression contre Gaza en juillet dernier, de plus en plus de collègues se sont adressés à moi pour lancer une initiative en faveur d’un boycott académique. En quelques semaines, il y a du côté palestinien plus de 2 100 tués et plus de 10 000 blessés, en grande majorité des civils, dont de nombreux enfants. Quelque 17 000 bâtiments ont été détruits. Du côté israélien, l’opération a fait 73 morts, dont 66 militaires.

Ca a été une boucherie et la chose a encore été confirmée récemment par les témoignages directs de dizaines de soldats israéliens, avec « Breaking the silence« .

Pourquoi est-il important que des universitaires se joignent à une telle campagne ?

Patrick Deboosere. En tant qu’universitaires, nous devons prendre nos responsabilités. En mars dernier, dans 22 pays, une « Semaine de l’apartheid israélien » a été organisée. Des étudiants de plusieurs universités belges s’y sont ralliés. Entre autres à l‘ULB et à la VUB, cela a provoqué beaucoup de remu-ménage. Des pressions ont été exercées par l’ambassade israélienne afin de supprimer ces activités. L’ULB a menacé de suspension l’organisation estudiantine favorable au boycott. Cela prouve à quel point ils est important que le corps académique lui aussi s’exprime en faveur du boycott international.

En quoi consiste précisément cette action de boycott ?

Patrick Deboosere. Notre déclaration de principe rejoint l’appel palestinien au boycott académique et culturel et, en ce moment, elle a déjà été singée par près de 300 académiques, de toutes les universités et hautes écoles du pays. Depuis que l’appel est en ligne, chaque jour, de nouvelles signatures viennent s’ajouter. (*)

Concrètement, le boycott signifie que nous ne collaborons pas avec les institutions officielles et universités d’Israël et que nous nous opposons à tout subventionnement émanant de l’Europe. Nous voulons que l’Europe résilie tous les accords de collaboration avec Israël et nous appelons dès maintenant à ne pas coopérer avec les universités israéliennes dans le cadre de projets européens. Aujourd’hui, toutes les universités israéliennes sont complices de la politique de racisme, d’apartheid et d’oppression de l’Etat israélien. Toutes, ou à peu près, collaborent au renforcement de l’appareil militaire israélien.

Si une université israélienne devait officiellement se distancier de l’occupation et de la politique d’apartheid, nous serions disposés à collaborer avec cette université. Jusqu’à ce jour, ce n’est malheureusement pas le cas.

Comment réagissent les universitaires en Israël face à un boycott ?

Patrick Deboosere. Il y a certes un certain nombre d’universitaires israéliens courageux qui s’opposent ouvertement à la politique de leur pays. Aussi sommes-nous en faveur d’une collaboration et d’un dialogue avec des universitaires israéliens à titre individuel. Je pense qu’il est très important de continuer à collaborer et à discuter avec nos collègues israéliens.

Ce n’est pas un boycott individuel. Le but est d’accroître la pression sur Israël de sorte que soit mis un terme aux violations du droit international. Cette pression doit également venir de nos collègues israéliens. Nous n’en sommes pas encore là. Nous essayons de développer une médiatisation suffisante afin que nos universités cessent leur collaboration, à l’exemple de la façon dont, aujourd’hui, le mouvement pour le boycott international prend forme dans plusieurs universités américaines ou européennes.

Quelles actions allez-vous entreprendre ?

Patrick Deboosere. Nous avons créé un site internet, www.bacbi.be, et nous espérons que le plus grand nombre possible de nos collègues des universités et des hautes écoles signeront également notre appel. A court terme, l’intention est que les universités cessent de collaborer avec les universités israéliennes.

Le lobby pro-israélien accuse systématiquement d’antisémitisme tous ceux qui expriment des critiques à l’égard d’Israël. Mais, soyons bien clairs : nous sommes opposés à toute forme de racisme et d’antisémitisme.

L’indignation spontanée qu’éprouvent bien des personnes au vu de l’injustice que subit le peuple palestinien doit recevoir un soutien solide de la part du monde académique.

Au sein du BACBI, nous voulons étendre l’action de boycott au secteur culturel. Si des musiciens et des compagnies théâtrales refusent de se produire enIsraël, cela aura un grand retentissement et cela contribuera à accroître encore la pression.

Nous sommes d’ailleurs pas seuls, dans cette campagne. Le boycott académique et culturel s’étend au niveau international. Notre but final est de mettre un terme aux infractions et violations systématiques du droit international par Israël et de contribuer à une paix juste au Moyen-Orient. C’est un travail de longue haleine mais, quand on est fondamentalement du côté de l’injustice et de l’oppression, on finit toujours par perdre.

Le physicien, mathématicien et cosmologiste britannique Stephen Hawking est probablement la personne la plus célèbre à participer au boycott académique contre Israël. Lorsque le président israélien l’a invité pour une conférence, Hawking lui a envoyé une lettre signifiant son refus pour protester contre l’attitude d’Israël dans les territoires palestiniens.

Article publié dans le mensuel du Parti du Travail de Belgique (PTB) « Solidaire« , le 1er juin 2015.

(*) 380 signatures au 18 juin

Mise à jour le Jeudi, 18 Juin 2015 18:43 

Un Juif de Bruxelles: « Israël mène une politique d’apartheid »


| Mis à jour le mercredi 13 août 2014 à 15h40

  • La communauté juive de Belgique compte près de 40 000 personnes. Une communauté particulièrement critiquée par une partie de l’opinion publique qui associe la population juive à l’Etat d’Israël.

    Impliqué dans la vie bruxelloise, Michel Staszewski constate les stéréotypes entretenus dans la population qui pense que tout Juif soutient forcément le gouvernement israélien et les attaques sur la bande de Gaza.

    Il constate que tant ses collègues enseignants que ses élèves, en grande partie musulmans, ont une vision réductrice de ce qu’ils croient être l’identité juive.

    Le professeur d’histoire ne croit pas dans une forme d’importation du conflit israélo-palestinien en Belgique. Il constate en revanche que de plus en plus de gens sont concernés par la situation au Proche-Orient. Et par la plus grande intransigeance du pouvoir israélien au mépris du droit international.

    L’UPJB mène le même combat depuis 1967

    Le dimanche 27 juillet 2014, des membres de l’UPJB ont participé au cortège de la manifestation critiquant les agissements d’Israël dans la bande de Gaza. Engagée depuis des dizaines d’années en faveur d’une  » paix juste au Proche-Orient « , l’UPJB veut se distancier d’un  » soi-disant consensus que tente de faire apparaître le comité de Coordination des organisations juives de Belgique « .

    Pour Michel Staszewski, Israël ne peut poursuivre sa politique que grâce à l’aide des Etats-Unis et à la passivité de l’Union européenne. Mais il pronostique que le pays sera de plus en plus isolé au niveau mondial :  » Rien ne dit que cela durera toujours « .

    Juifs : le bon, le mauvais et les honteux

    Existe-t-il aujourd’hui aux yeux d’Israël des bons Juifs et des mauvais Juifs ? Certains radicaux ont même qualifié de « honteux » les juifs qui défendent les revendications palestiniennes.

    Ceux–là, explique le membre de l’UPJB, font souvent l’objet de menaces verbales… et parfois même de menaces de mort. Il dit n’avoir jamais éprouvé de difficultés à être Juif en Belgique. Parce qu’il ne vit pas reclus dans la communauté juive et qu’il travaille au contraire dans un milieu pluriethnique.

     » Les seuls vrais problèmes sont entre Juifs et en particulier dans ma famille.  » Ce qui n’empêche pas l’existence bien réelle de l’antisémitisme et des préjugés. Et que la peur du religieux de porter la kippa dans certains quartiers ne relève pas que du pur fantasme.

    La politique d’Israël est raciste et s’apparente à l’apartheid entre Palestiniens et colons israéliens, dénonce Michel Staszewski pour qui le terme apartheid se justifie pour les territoires de Cisjordanie et de Jérusalem Est… Gaza étant à ses yeux une prison à ciel ouvert.

    Et cette politique n’est pas neuve: «  Lors de mon premier voyage en Israël, en 1967, nos guides israéliens nous disaient que le gouvernement traitait déjà les populations non Juives de manière raciste. Le président de la ligue israélienne des Droits de l‘Homme le disait déjà dans un livre de 1979 intitulé  » Le racisme de l’Etat d’Israël « .

    Un Juif peut être antisioniste

    Peut-on être Juif et antisioniste ? Michel Staszewski s’en veut la preuve vivante. Mais à titre personne, précise–t-il : « L’UPJB est non sioniste, moi, je suis antisioniste. Le sionisme est une philosophie de la méfiance et de la peur et pas de la volonté de s’accommoder des différences. Un Etat sioniste est un Etat qui ne traite pas tous ses citoyens de la même manière « .

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 69 autres abonnés