Turquie. Les violences aux frontières et le dénuement aggravent le sort des réfugiés syriens


La passivité de la communauté internationale face au nombre croissant de réfugiés syriens gagnant la Turquie est à l’origine d’une crise sans précédent, écrit Amnesty International dans un nouveau rapport rendu public jeudi 20 novembre. Certains réfugiés sont refoulés et visés par des tirs à balles réelles à la frontière, tandis que plusieurs centaines de milliers d’autres vivent dans la misère.

La passivité de la communauté internationale face au nombre croissant de réfugiés syriens gagnant la Turquie est à l’origine d’une crise sans précédent, écrit Amnesty International dans un nouveau rapport rendu public jeudi 20 novembre. Certains réfugiés sont refoulés et visés par des tirs à balles réelles à la frontière, tandis que plusieurs centaines de milliers d’autres vivent dans la misère.

Dans son rapport, intitulé Struggling to Survive: Refugees from Syria in Turkey, Amnesty International met en évidence les risques graves en matière de droits humains que courent 1,6 million de personnes venues trouver refuge dans le pays au cours des trois dernières années et demi. L’organisation insiste également sur la réticence de la communauté internationale à assumer une responsabilité financière face à cette crise des réfugiés syriens.

« La Turquie éprouve beaucoup de difficultés pour répondre aux besoins élémentaires de plusieurs centaines de milliers de réfugiés syriens. En conséquence, nombre de ceux qui ont réussi à passer la frontière vivent aujourd’hui dans le dénuement le plus total. L’aide humanitaire internationale est très faible, mais la Turquie doit elle aussi se mobiliser davantage pour se voir octroyer cette aide,a déclaré Andrew Gardner, chercheur d’Amnesty International sur la Turquie.

« Le pays a officiellement ouvert ses postes-frontières aux réfugiés syriens, mais la réalité est tout autre pour ceux qui tentent d’échapper aux ravages de la guerre. Nombre d’entre eux sont refoulés vers la zone de conflit, et certains sont même la cible de tirs à balles réelles. »

La Turquie accueille la moitié des 3,2 millions de femmes, d’hommes et d’enfants qui ont fui les violences, les persécutions et d’autres violations des droits humains en Syrie. À ce jour, le pays a dépensé quatre milliards de dollars pour faire face à cet afflux massif de réfugiés. Et, parallèlement, seuls 28 % des 497 millions de dollars assignés à la Turquie dans le cadre de l’appel de fonds régional 2014 des Nations unies en faveur des Syriens avaient été versés par les donateurs internationaux à la fin du mois d’octobre.

La Turquie et les États voisins (Égypte, Irak, Jordanie et Liban) abritent 97 % des réfugiés en provenance de Syrie.

« La Turquie a pris à sa charge une partie substantielle du poids financier de la crise. Le manque d’empressement des pays riches à assumer une plus grande responsabilité financière dans cette crise et à offrir un nombre décent de places de réinstallation est déplorable », a déclaré Andrew Gardner.

Des réfugiés visés par des tirs à la frontière
Aux postes-frontières officiels, la Turquie applique une politique d’ouverture des frontières pour les Syriens, mais seuls deux postes sont entièrement ouverts sur une bande frontalière de 900 kilomètres. Or, même à ces deux postes, les personnes qui n’ont pas de passeport se voient régulièrement refuser le passage, à moins qu’elles n’aient besoin d’une aide médicale ou humanitaire d’urgence.

En outre, rejoindre ces postes-frontières représente un périple long et risqué pour la plupart des réfugiés. Nombre d’entre eux n’ont d’autre choix que de tenter de franchir la frontière à des points de passage non officiels, d’accès difficile et souvent dangereux, situés dans des zones de conflit, avec l’appui de passeurs dans bien des cas. Ils se heurtent alors fréquemment à des violences.

Selon les informations recueillies par Amnesty International, au moins 17 personnes ont été abattues par des gardes-frontières, qui ont tiré à balles réelles, à des points de passage non reconnus entre décembre 2013 et août 2014. Beaucoup ont été rouées de coups ou ont subi d’autres mauvais traitements avant d’être refoulées vers la Syrie, en proie au conflit.

Ali Özdemir (14 ans) a reçu une balle dans la tête dans la nuit du 18 au 19 mai alors qu’il se dirigeait vers la frontière turque. Son père a raconté à Amnesty International qu’Ali se trouvait avec neuf autres réfugiés. À une dizaine de mètres de la frontière, ils ont entendu parler turc. Ali a eu peur et, alors qu’il avait décidé de faire demi-tour, il a reçu une balle sur un côté de la tête. Aucun avertissement, ni oral, ni par le biais de tirs en l’air, n’avait été donné. Ali est maintenant aveugle.

« Tirer sur des gens qui fuient un conflit et cherchent un refuge est ignoble. C’est une violation manifeste du droit international qui ne doit pas rester impunie, a déclaré Andrew Gardner.

« Les États ont pour obligation fondamentale d’ouvrir leurs portes aux personnes qui fuient des persécutions ou une guerre. Les autorités turques doivent prendre toutes les mesures qui s’imposent pour garantir la sécurité de celles et ceux qui fuient le conflit syrien et leur permettre de rejoindre la Turquie. »

La situation sur le territoire turc
Sur les 1,6 million de Syriens réfugiés en Turquie, seuls 220 000 personnes vivent dans les 22 camps bien équipés, qui ont atteint les limites de leur capacité d’accueil. Plus de 1,3 million de réfugiés sont livrés à eux-mêmes. D’après des sources gouvernementales turques, seuls 15 % des réfugiés syriens vivant en dehors des camps officiels reçoivent une aide de la part d’organismes humanitaires.

Pour se nourrir et se loger, les familles prennent des mesures désespérées, faisant même parfois travailler leurs enfants.

« Ibrahim » (10 ans) et sa famille ont fui Alep il y a deux ans. Ils se sont installés à Kilis, ville frontalière turque, où ils vivent dans une casemate de béton. Pour survivre, le jeune Ibrahim récupère avec son père le plastique dans les poubelles, gagnant 1 livre turque (0,40 dollar) pour 500 g de plastique. Il a raconté à Amnesty International qu’il se levait tous les jours à 6 heures et terminait sa journée de travail vers 16 heures. Certains jours, il a le temps d’apprendre à lire et à écrire auprès d’un imam local. Les neuf autres enfants de la famille ne vont pas à l’école.

« La situation de la plupart des réfugiés syriens après qu’ils ont échappé aux ravages de la guerre est sombre. Ils sont abandonnés par la communauté internationale. Les États les plus riches renâclent à apporter une aide financière et à offrir des places de réinstallation, a déclaré Andrew Gardner.

« La Turquie n’a précisé le statut juridique et les droits des réfugiés syriens qu’en octobre, avec l’adoption par le Parlement d’une directive relative à l’octroi d’une protection temporaire. Ce texte doit être pleinement mis en œuvre et porté à la connaissance des réfugiés syriens comme des fonctionnaires de l’État. »

20 novembre 2014

ÉTAT ISLAMIQUE – Grand-reportage exclusif : De Bagdad à Alep, résister à l’État islamique !


Extrait du reportage se rapportant à Alep

Alep

???????????????????????????????Alep. Bientôt… Cela fait tout juste deux ans que je n’ai pas revu la ville…

Si. J’en avais traversé la banlieue, en août 2013 ; mais j’étais alors prisonnier des Brigades al-Farouk, qui me détenaient comme otage. C’était quelques jours avant d’être libéré…

À l’approche de la ville, je suis inquiet. Le danger est très grand : les islamistes sont partout ; j’espère qu’Adnan et ses hommes ont bien reçu mon message. J’ai confirmé mon arrivée hier soir, mais il n’a pas répondu.

Le pick-up quitte la route, s’engage dans la cour d’une ferme délabrée et s’immobilise. Les exploitants sont partis ; une katiba de l’Armée syrienne libre (ASL) y a établi ses quartiers. « C’est ici ! », me crie Lowand ; et je saute en bas de la benne.

Adnan est au rendez-vous… Je suis soulagé.

Je l’avais rencontré en 2012, à l’état-major de l’ASL. Il a vieilli ; il a les traits tirés, le teint gris. Il porte la barbe, désormais ; et j’ai peine à reconnaître le jeune homme de vingt-cinq ans, tout fringant, qui ne tarissait pas d’optimisme sur la grande aventure révolutionnaire qui allait transfigurer son pays.

Le régime gagne du terrain. Depuis plusieurs mois, depuis que l’État islamique occupe tous les esprits, en Europe et aux États-Unis, plus aucun média ne parle de la Syrie, sinon pour commenter les frappes de la coalition internationale. Mais la guerre se poursuit, à huis clos, et l’armée de Bashar al-Assad redouble ses efforts pour reprendre aux rebelles les zones « libérées ».

Adnan me conduit d’abord à Douer al-Zeitoun, un village que je connais bien, dans le rif d’Alep, à une petite dizaine de kilomètres de la ville : c’est là que, en 2012, je m’étais entretenu à plusieurs reprises avec le colonel Ahmed Jabbal al-Okaidi, le commandant en chef de l’Armée syrienne libre à Alep. Mais, cette fois, l’endroit est désert. Le quartier général du colonel a été déplacé depuis longtemps ; et il ne cesse de se replier, de villages en hameaux…

Douer al-Zeitoun ne sera donc qu’une étape, pour y attendre la confirmation que la route est sécurisée, vers une autre destination : Handarat, une grosse bourgade où ont lieu d’intenses combats.

C’est une position stratégique, réellement, car le village contrôle le couloir qui relie Alep à la frontière turque et l’armée syrienne n’est plus très loin d’en chasser les rebelles –j’apprendrai quelques jours plus tard la chute d’Handarat… et des villages voisins de Sifat et Moudafah.

L’armée gouvernementale se garde bien d’affronter les katiba de l’EI qui se sont emparées d’une partie du terrain tenu jusqu’alors par l’ASL ; et l’EI, comme si un accord tacite avait été passé avec Damas, ne s’en prend pas non plus aux positions de l’armée régulière, à Alep en tout cas.

Daesh et Assad ne sont pour nous qu’un seul et même ennemi, m’explique un des combattants, que je ne connais pas. Ce n’est plus un secret, que le régime a libéré ces types des prisons, ces fanatiques, et les a laissé créer leur milice radicale pour donner au monde une image négative de notre révolution, qui était pacifique au début, et qui demandait seulement la liberté… Le régime a parrainé ces extrémistes ; c’est pour ça qu’il ne les bombarde pas. Au contraire, quand nous lançons une offensive contre Daesh, le régime nous frappe pour ralentir notre progression. À l’état-major, nous sommes persuadés qu’il existe des contacts entre l’armée et Daesh et qu’ils coordonnent leurs opérations. Bien sûr, quand le régime en aura fini avec nous, il règlera son sort à Daesh… Assad va rester ; nous… nous avons perdu…

Aussi, l’ASL est-elle seule face à l’EI qui progresse dans le sud et l’est d’Alep, tandis que les forces gouvernementales l’attaquent par le nord ; un étau qui se resserre peu à peu… Les troupes du régime ont ainsi presque entièrement reconquis le nord du gouvernorat et essaient à présent d’achever l’encerclement de la ville d’Alep en avançant vers l’ouest, pour couper la route vers la Turquie et empêcher toute retraite des combattants de l’ASL et l’approvisionnement des quartiers qu’ils contrôlent. C’était tout l’enjeu de la bataille d’Handarat…

La route est longue jusqu’à Handarat ; car il faut suivre à travers le rif les méandres des pistes et des sentiers, pour éviter les barrages de l’armée régulière. Nous y rejoignons les derniers défenseurs encore vivants.

Adnan, Iohanna, quelques hommes épuisés, courbés… Sur fond du roulement de l’artillerie gouvernementale et des sifflements des obus de mortier qui s’abattent sur les ruines du village, nous nous accroupissons autour d’un feu sur lequel ronronne une théière. Il fait froid. Le soir tombe ; et avec lui, la rosée, l’humidité. « C’est trop pour nous, trop dur, trop de forces contre nous », me lance soudainement Adnan, qui était resté muet depuis mon arrivée. Adossé à un mur de pierres dont le mortier, lépreux, s’effrite et recouvre son blouson, il soupire. « Les soldats d’al-Assad ne sont pas seuls. Dans le sud, ils sont aidés par le Hezbollah. Ici, il y a des brigades iraniennes avec eux, et aussi des brigades chiites, qui sont récemment arrivées d’Irak. Et puis aussi quelques soldats russes. On en a tué plusieurs… »

Comme à chacun de mes séjours en Syrie, en compagnie des combattants de la rébellion, je constate le même manque de moyens, l’absence d’armes lourdes, qui leur font cruellement défaut, les kalachnikovs usées par trois ans de guerre, réparées parfois, rafistolées plus exactement, avec ce qu’on peut encore trouver. Plus même une simple grenade à main ; désormais, ils ne disposent plus guère que de bombes artisanales, des bouteilles et canettes à soda, emplies de poudre noire, de boulons, de clous, de déchets de métaux, dont il faut allumer la mèche avec un briquet avant de lancer.

C’est la raison pour laquelle l’ASL d’Alep n’a pas envoyé d’aide à Kobanê ?, demandé-je.

Pas du tout !, intervient un officier de l’état major qui nous accompagne. Une cinquantaine d’hommes sont déjà partis pour Ayn al-Arab [dénomination arabe de Kobanê, nom kurde de la ville].

Oui, je sais… Cinquante hommes… Excuse-moi, mais… C’est très peu ; c’est symbolique, mais c’est inutile…

- Le colonel al-Okaidi était d’accord d’envoyer plusieurs centaines d’hommes. On a même parlé de rassembler 1.300 combattants pour secourir Ayn al-Arab. Mais ce sont les Kurdes qui n’ont pas voulu. On avait l’accord des Turcs pour traverser la frontière et entrer dans Ayn al-Arab. Mais c’est le porte-parole des Kurdes qui a dit non : ils ne veulent pas de l’aide de l’ASL ; ce qu’ils veulent, c’est que les Turcs leur fournissent des armes. Ils ne veulent pas non plus l’aide des Peshmergas d’Irak…

- Tu sais bien pourquoi, intervient à son tour Iohanna. La Turquie est trop liée à l’ASL et elle contrôle les Peshmergas du PDK. Ce ne sont pas les Kurdes qui ont dit non, mais l’YPG, parce qu’on sait bien ce qui va se passer si l’ASL et le PDK prennent le contrôle de Kobanê : ils vont imposer les conditions de la Turquie, et ce n’est pas ce que nous voulons.

Adnan et l’officier ne semblent pas très d’accord avec cette assertion : « Le PDK, c’est vrai », proteste Adnan. « Mais pas l’ASL ! »

- Inutile de se disputer… De toute façon, ajoute-t-il, à l’intention de l’officier, tu sais bien que Djeich al-Hor[dénomination arabe de l’ASL] n’aurait pas pu détourner mille hommes pour sauver Ayn al-Arab…

La discussion en restera là.

Nous ressassons nos souvenirs, Adnan et moi, comme deux vétérans, et nous rions ensemble… Mais le moral est au plus bas.

Adnan, qui trouvait toujours une bonne raison d’espérer, jadis, qui me baratinait à chaque fois que je le retrouvais sur le front ou au quartier général et m’assurait que tout allait bien, que la victoire était certaine, même lui, aujourd’hui, il m’avoue que la situation est probablement sans issue et que, dans quelques mois, quelques semaines peut-être, pas davantage, le régime aura balayé la révolution de ce dernier bastion, Alep, où elle avait réussi à survivre.

« Nous sommes de moins en moins nombreux », m’explique-t-il. « Chaque jours, plusieurs de nos hommes s’en vont. On voit bien que c’est perdu… On ne peut rien leur reprocher : ils ont été trahis par les Occidentaux ; mais ils se sont bien battus. Maintenant, ils doivent penser à leur famille. La vengeance du régime va être terrible, sans pitié ; ils ne vont pas s’en priver, parce que plus personne ne s’occupe de ce qui se passe ici. Vos gouvernements ont longtemps hésité, mais ils ont finalement choisi leur camp : al-Assad… contre Daesh. Nous, on compte pour rien. On nous a utilisés pour fatiguer le régime ; vous avez réussi à lui enlever ses armes chimiques, tout ce qui restait à la Syrie pour se défendre des Sionistes… Les gars s’en vont ; ils fuient en Turquie parce que, ici, ils ne peuvent plus vivre. Tu sais, Abdulrahmane et Youssef… Ils sont déjà partis. Abou Krahim aussi : il m’a dit qu’il ne pouvait plus continuer comme ça, que ‘son subconscient lui disait de partir’, pour aller vivre en Turquie ou en Europe, pour trouver la paix, un travail, se marier, avoir une vie normale, tranquille, loin des massacres et des destructions qui se répètent depuis trop d’années en Syrie. Il veut étudier, apprendre les sciences et les arts et tout ce qu’il pourra. Il veut vivre heureux, au moins jusqu’à l’âge de quatre-vingts ans. »

Qu’ils étaient partis, je le savais déjà…

« J’ai vraiment très peur pour l’avenir. », poursuit Adnan. « Si le régime réussit à prendre ce village(Handarat), il pourra couper Alep de toutes les agglomérations que nous tenons encore dans le nord du gouvernorat. Nous avons assez de forces dans la ville ; mais ça voudrait dire qu’Alep connaîtrait une catastrophe humanitaire, le même désastre qu’auparavant à Homs, quand elle était assiégée par l’armée. Et puis, ça se passera comme à Homs : la ville tombera. »

Nous resterons la nuit ainsi, l’un à côté de l’autre, à attendre l’aube, au milieu des flashs des explosions et des craquements des impacts.

J’ai demandé à revoir mon ami, le docteur Yasser, qui m’avait maintes fois hébergé dans son hôpital, au cœur d’Alep, l’hôpital Dar al-Shifaâ, plus tard bombardé par les Migs du régime et aujourd’hui complètement ruiné. Adnan m’emmène en voiture jusqu’à son dispensaire, à l’intérieur de la ville. Il ne faut guère plus d’une vingtaine de minutes pour rejoindre Alep ; la route est encore sûre.

Je n’ai pas reconnu Alep. La plupart des quartiers de la rébellion n’existent presque plus. Ce sont partout des ruines, des immeubles effondrés, des tas de gravats au milieu desquels des familles survivent, sous des bâches, autour d’un feu où brulent encore quelques planches, quelques bouts de bois glanés dans les décombres… Je n’ai rien reconnu de cette ville que j’avais découverte en juillet 2011, quand la « révolution » n’avait pas encore commencé, et de ses avenues que j’avais si souvent parcourues en 2012 avec les katiba de l’Armée syrienne libre, de Liwa al-Tohweed, de Jabhet al-Nosra… Pour dire la vérité, je ne sais même pas quelle partie de la ville j’ai traversé en cet automne 2014.

Yasser attendait ma visite ; il m’attendait dans ce petit local sommairement aménagé, dans un sous-sol, une sorte de cave mal éclairée, où un néon blafard jetait sa lumière crue sur un matelas souillé, taché de sang mille fois séché.

Il est devenu le chef du Conseil des médecins d’Alep, une structure mise sur pied par une petite trentaine de praticiens, ceux qui avaient décidé, dès le début des troubles, de soutenir la révolution et de rester dans la ville. Nous n’avons qu’une petite heure, le temps de nous embrasser et d’échanger quelques mots.

Yasser se souviens : « Comme tu le sais, mon ami, Dar al-Shifaâ a été complètement détruit… J’y avais commencé à opérer les civils blessés par les bombardements et les combattants de l’Armée libre le troisième jour du Ramadan, en 2012 ; vingt jours plus tard, les salles d’opération avaient été mises hors d’état par une attaque de l’aviation d’al-Assad… Tu te rappelles : on avait tout transféré dans le petit centre médical d’al-Daqqaq, quelques rues plus loin… Et je t’avais demandé de ne pas révéler l’endroit dans tes reportages. Mais, maintenant, il est détruit aussi. À l’époque, on avait encore trois autres hôpitaux en état de marche : al-Saqhor, al-Miassar et al-Bohoth al-Elmiah… Tout ça a été bombardé… Aujourd’hui, on se débrouille avec presque rien. On n’a reçu aucune aide, d’aucune ONG. Seulement quelques dons privés, ici, dans le gouvernorat d’Alep; puis aussi un peu d’argent de particuliers, des Syriens qui vivent en Arabie Saoudite, au Qatar et aux États-Unis… Mais c’est très peu, par rapport à tout ce qu’il y a à faire ici… Ce qui m’inquiète, c’est le siège… Si la route vers la Turquie est coupée, je ne sais pas comment on va tenir ; les stocks sont presque vides, l’hiver arrive… et si le régime intensifie ses frappes sur la ville… »

- Tu n’as pas trop de problèmes avec Daesh ?

- Ça va plus ou moins… On ne les a pas vus venir, ceux-là. On ne sait d’ailleurs toujours pas d’où ils sont sortis… La dernière fois que tu es venu à Alep… en novembre 2012… C’est bien ça ? Ils n’étaient pas encore là. Ils ont commencé à s’implanter ici en octobre 2013. Tout de suite, ils se sont mis à tourner autour de moi et de l’hôpital, et j’ai dû quitter la ville. On m’a averti que c’était devenu dangereux pour moi. J’ai déplacé mon dispensaire en dehors d’Alep, dans un village, al-Atareb, dans l’ouest du gouvernorat… J’ai bien fait : deux jours plus tard, ils ont enlevé deux de mes anciens collaborateurs, dont mon ami Kalled Sabha… On ne les a jamais revus.

- Et maintenant ?

- Depuis janvier dernier, l’Armée libre fait la guerre contre Daesh… On a nettoyé le quartier et je me suis réinstaller dans la ville. C’était nécessaire : en janvier, j’ai organisé une campagne de vaccination contre la polio… Il fallait qu’on puisse intervenir à Alep.

Depuis lors, je n’ai plus eu de menace ; mais je ne me déplace jamais sans mon arme. Même ici, comme tu vois, je suis armé, me déclare-t-il en me montrant le révolver qu’il porte sous sa vareuse.

Ces types ont blessé notre révolution, à mort… Au début, les gens, ici, haïssaient ces extrémistes. C’est la politique des États-Unis et de leurs alliés européens qui ont poussé les gens à rejoindre Daesh. Tu le sais bien : nos amis d’al-Towheed et d’al-Nosra, Abou Bakri, ce n’étaient pas des radicaux. Ils le sont devenus et ont rejoint Daesh à cause des États-Unis et de vos gouvernements, qui ont envoyé des avions pour frapper Daesh, mais qui ferment les yeux sur la terreur exercée par al-Assad. Tu dois le dire, ça, dans ton journal !

Les gens, ici, ils ont commencé à avoir de la rancœur envers les États-Unis et l’Europe quand ils ont compris que vous ne vouliez pas aider notre révolution. Et cette rancœur s’est changée en haine quand on a vu que, contre Daesh, l’Occident est intervenu ; pas contre al-Assad. Tu dois le dire, ça aussi ! Chaque jour, nos enfants meurent à cause des bombes, des barils d’explosif que les hélicoptères d’al-Assad balancent sur la ville. Mais les États-Unis ne nous permettent pas d’avoir des missiles anti-aériens.

- Quel espoir reste-t-il encore à la révolution ?

- Il n’y en a plus, Pierre… Nous avons vu disparaître nos derniers espoirs avec l’arrivée de Daesh. Nous avons vu sombrer notre révolution, ballotée entre le régime d’al-Assad, les États-Unis et Daesh… C’est ça, la réalité !

La politique internationale n’a eu aucune pitié pour notre révolution. Chacun a comme d’habitude défendu ses intérêts.

- Plus aucun espoir de reprendre le dessus ? L’Armée syrienne libre…

- Regarde autour de toi ! Où est-elle, aujourd’hui, l’Armée syrienne libre ?! Il n’y a plus, aujourd’hui, d’Armée syrienne libre ! Maintenant, il y a al-Assad, Daesh, d’autres groupes islamistes, et les États-Unis… Pour nous, c’est terminé. Nous avons perdu, mon ami. Et, pour la Syrie, ce n’est que le début d’une guerre sans fin…

- Qu’est ce que tu comptes faire, alors ? Repartir en Turquie ? Reprendre tes anciennes fonctions comme esthéticien ?

- Moi ? Non… J’en ai parlé avec ma femme… Tu la connais… Je te l’avais présentée à ta dernière visite… Elle me comprend ; je suis trop impliqué, ici. Je me suis trop investi pour partir comme ça. Je vais rester ici, jusqu’à la fin.

Je ferai comme tous les jours. Je commence très tôt ma journée. On opère des heures durant, dans les conditions que tu voies là. Parfois, je suis tellement épuisé que je me couche parterre et je dors comme ça, jusqu’à ce que d’autres blessés nous soient amenés et qu’on me réveille. Il n’y a plus que quelques médecins, désormais… pas seulement pour la ville, mais pour toutes les zones libérées du gouvernorat.

Et puis, on verra bien… Incha’Allah.

Adnan réapparaît ; il porte plusieurs kalachnikovs aux deux épaules, et des chargeurs à bout de bras. Il est pressé de repartir, et me rappelle que le groupe avec lequel je dois moi-même rebrousser chemin pour rejoindre ceux du YPG ne m’attendra pas.

Yasser sanglote ; il m’embrasse et me retient un instant dans ses bras : « Pierre… Nous avons fait notre révolution parce que nous voulions notre liberté… Pour nous débarrasser de la corruption, pour en finir avec le régime héréditaire de la famille al-Assad… Pas pour voir mourir nos enfants… Pas pour détruire notre pays… Pas pour en venir à devoir combattre les intérêts du monde entier, ici, sur notre terre… Mais personne, dans le monde, ne veut nous aider à arrêter cette guerre. La Syrie, aujourd’hui, c’est le pays des voleurs, des tueurs et des extrémistes. Je te l’ai déjà dis –souviens-toi !- : je ne comprends toujours pas pourquoi le monde entier s’est défié de notre révolution. »

Ce fut une courte rencontre, avec les anciens de la « Bataille d’Alep ». Tout avait commencé le 20 juillet 2012 ; je m’en souviens : j’étais à Tunis et je m’étais précipité dans un avion pour Istanbul, dès l’annonce du soulèvement. J’y aurai participé, à ma façon, le stylographe à la main. J’aurai suivi l’aventure révolutionnaire de ce peuple, pas à pas, de mois en mois, tout au long de mes onze voyages dans la Syrie en guerre. J’en aurai accompagné l’histoire, depuis l’essor de la révolution, jusqu’à son involution ; du début, jusqu’à la fin.

Une trop brève rencontre. Elle a confirmé tout ce que j’avais envisagé, depuis plus d’un an, depuis le début… Et la séparation est déchirante.

Dans le sud, l’ASL est en train de perdre la bataille de la capitale, Damas ; les forces gouvernementales l’ont rejetée dans les lointaines banlieues du rif. Au centre, après avoir dû se retirer de Homs, c’est maintenant dans la région de Hama que l’ASL connaît de cuisants revers…

Et c’est peut-être la dernière fois que je vois Alep, avant longtemps.

Un reportage de Pierre Piccinin da Prata

Pour la totalité du reportage, voyez ici

 

SYRIA ON FILM


Que peut le cinéma?

 

Comment soutenir les démocrates syriens dans leur résistance quotidienne ? Que peut faire le cinéma pour aider ceux qui, au péril de leur vie, tentent de faire entendre leur voix ? La guerre en Syrie fait rage depuis mars 2011. D’un côté, un régime sanguinaire. De l’autre côté, des groupes djihadistes et terroristes. En dépit des atrocités, la parole et la création artistiques se sont libérées. Films et débats tenteront d’apporter leur éclairage sur l’une des pages les plus sombres de l’histoire récente du Moyen-Orient.

Programme:

BOZAR CINEMA
07.12.2014
14:30 PREMIERE Silvered Water, Syria Self-Portrait – Ossama Mohammed
Précédé du court métrage: Under the Tank – Eyas Al Mokdad
17:00 > 17:15 –The Celebration – Ghayath Almadhoun (Reading & projection)
17:15 > 18:45 – Débat Que peut l’art à propos de la Syrie ?
19:00 – PREMIERE Our Terrible Country – Ali Atasi
En présence d’Ali Altasi

FESTIVAL CINEMA MÉDITERANÉEN
08.12.2014
19:00 Io sto con la sposa –  Antonio Augugliaro, Gabriele Del Grande, Khaled Soliman Al Nassiry
En présence des réalisateurs
Suivi par un débat avec: Antonio Augugliaro, Gabriele Del Grande, Khaled Soliman & Caroline Intrand (CIRÉ – Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers)

10.12.2014
21:15 Return to Homs –  Talal Derki

Plus d’infos: http://www.cinemamed.be

CINEMA AVENTURE
10.12.2014
19:30 – The Immortal Sergeant – Ziad Kalthoum

RELEASE @ AVENTURE > 11.12.2014
Silvered Water, Syria Self-Portrait – Ossama Mohammed
Return to Holms – Talal Derki
Our Terrible Country –
Ali Altasi

Plus d’infos: http://www.cinema-aventure.be/

Dates
Dimanche 07.12.2014 – 11:00 > 22:30
Lieu
Accès
Rue Ravenstein

Remarque

:: PROGRAMME ::
BIENTÔT

Syrie : Bachar el-Assad, libre d’achever la rébellion


Le Point – Publié le 27/10/2014 à 14:59 – Modifié le 27/10/2014 à 19:37

Le président syrien profite des frappes américaines anti-djihadistes pour bombarder les dernières poches de résistance des rebelles, sans épargner les civils.

Un combattant rebelle marche seul dans une rue d'Alep dévastée, le 25 octobre 2014 (photo d'illustration).
Un combattant rebelle marche seul dans une rue d’Alep dévastée, le 25 octobre 2014 (photo d’illustration). © Karam Almasri / NurPhoto
Par

À la une du Point.fr

De prime abord, le reportage de France 2 à Alep diffusé dimanche soir a comme un air de déjà-vu. Carcasses d’immeubles éventrés, slalom de combattants entre les décombres pour échapper aux rafales d’armes automatiques, ou encore fente creusée dans un mur pour mieux viser, puis abattre ses adversaires, le document intitulé « Au coeur de la bataille d’Alep » ne semble guère différer de toutes ces plongées au sein de la rébellion syrienne proposées depuis maintenant deux ans à la télévision. Jusqu’à ce que l’un des soldats annonce à la caméra : « Entre nous et les rebelles, ici, il n’y a même pas dix mètres de distance. »

Vous l’aurez compris, les combattants qui accueillent l’équipe deFrance 2 ne sont pas des opposants syriens, mais des membres de l’armée de Bachar el-Assad témoignant de leur reconquête de la seconde ville de Syrie. Une première en France, dans cette cité ravagée par deux ans de combats sanglants entre régime et opposition, et le dernier signe que le vent a tourné sur la révolution syrienne. En effet, en dépit de leurs dénégations répétées, les États-Unis, en s’engageant dans une guerre contre l’organisation État islamique (EI), ont bel et bien renforcé le président syrien. Et tué ses opposants.

Punition collective

Comme un symbole, pendant que l’aviation américaine multiplie les frappes contre les positions djihadistes à Kobané, son homologue syrienne a tout loisir de pilonner massivement les derniers territoires tenus par la rébellion. Alep, Idleb, Hama, Quneïtra, Damas ou encore Deraa, aucune province rebelle n’échappe aux bombardements de l’armée, d’une ampleur inégalée depuis la semaine dernière. Missiles air-sol lancés depuis des avions de chasse ou barils de TNT projetés par des hélicoptères, les frappes n’épargnent pas les populations civiles. Une punition collective qui a encore fait au moins 43 morts civils dimanche, dont 13 enfants, dans les provinces de Homs et de Deraa.

Pendant que l’attention de la communauté internationale reste focalisée sur le martyre de Kobané, le rouleau compresseur du régime fond en toute impunité sur les dernières poches de résistance. Après avoir réussi au printemps dernier à reconquérir l’ouest du pays, coupant la rébellion du Liban où elle s’approvisionnait, Bachar el-Assad est sur le point de reproduire le même coup de force à Alep (Nord-Ouest). En effet, si le régime syrien parvenait à encercler l’ex-poumon économique du pays, il priverait la rébellion dans la région de ses ravitaillements depuis la Turquie. Et lui infligerait par là même un coup dont elle ne se relèverait pas.

L’aide des États-Unis

Les États-Unis ont beau rappeler que le départ de Bachar el-Assad est inéluctable, et entraîner pour se faire des opposants « modérés » en Jordanie, ils restent totalement sourds à l’appel des rebelles réclamant à la coalition de bombarder de toute urgence les positions du régime. Au contraire, Washington ne fait qu’affaiblir l’opposition syrienne en frappant les djihadistes du Front Al-Nosra (al-Qaida en Syrie), la branche la plus radicale mais aussi la mieux armée de la rébellion, dans cette même région d’Alep.

Entièrement livrés à leur sort, les rebelles demeurent aujourd’hui pris en étau entre deux forces autrement plus armées qu’eux : les soldats de Bachar el-Assad et les djihadistes de l’État islamique. Vous comprendrez aisément pourquoi le président syrien ne pipe mot face aux bombardements américains menés depuis un mois sur son propre territoire, en dépit de l’illégalité totale d’une telle opération.ce

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Ne réduisons pas les Syriens aux images diffusées par la télé


LE MONDE | 21.10.2014 à 14h29 • Mis à jour le 21.10.2014 à 14h40 |Par Abounaddara, collectif de cinéastes syriens

Dans une rue de Damas, en septembre 2014.

Nous, cinéastes syriens, avons bien des reproches à faire aux chaînes de télévision européennes. Car la représentation qu’elles donnent de notre société en proie à la barbarie nous paraît injuste et indigne. Elle se confond avec le récit de ceux qui veulent maintenir les Syriens sous tutelle, à commencer par Bachar Al-Assad et les djihadistes. Elle viole aussi le droit des Syriens à leur image. Bref, nous leur reprochons de manquer à leur devoir d’informer avec équité et dignité.

Mais l’heure n’est plus aux reproches. Car la guerre en Syrie dérive droit vers vossociétés, où elle a déjà percuté les populations les plus marginalisées. Des images qui circulent sur les médias sociaux nourrissent l’incompréhension ou la haine et menacent votre devenir autant que le nôtre.

Or si l’on en est arrivé là, c’est parce que ces chaînes ont failli à la mission de médiation, de décryptage ou de contrôle. Tout n’était certes pas parfait, et il manquait pas mal d’images à la représentation de notre société. Il nous semblait cependant que nos « images manquantes » pourraient trouver leur place à l’antenne le jour où l’actualité vous en donnerait l’occasion, contrairement à la télévision syrienne, où une telle chose n’est possible qu’au prix d’une révolution.

Modèle démocratique universel

La télévision européenne n’a pas su regarder la société syrienne qui s’est révélée lors de l’insurrection de 2011. Il était pourtant aisé de voir que celle-ci aspirait àrejoindre le modèle démocratique universel, d’autant que son aspiration était corroborée par des données démographiques, économiques et sociales qui présageaient d’un rapprochement plutôt qu’un clash entre les civilisations.

Mais au lieu de cela, on a cédé aux images d’Epinal du révolutionnaire cheveux aux vents et téléphone portable à la main. Et lorsque ces images se sont révélées moins crédibles qu’en Tunisie ou en Egypte, on a renoué avec la bonne vieille représentation, celle de l’« Orient compliqué » où il n’y aurait que de lagéopolitique, des religions et des barbares. Autrement dit, on a préféré les certitudes du passé à l’épreuve de la réalité, les cases de la télé à la dynamique de la société.

Il était sans doute difficile d’accéder à la société syrienne. Mais n’a-t-on pas réussi à passer outre le siège de Sarajevo en coproduisant une chronique quotidienne de la vie des habitants dans la ville assiégée, Une minute pour Sarajevo, qui constitue une référence en matière d’information en temps de guerre ?

IMAGES INVÉRIFIABLES OU INSOUTENABLES

La place aux images réalisées par les citoyens-journalistes syriens viendraitcompenser ce manque. Mais ces images arrachées au chaos ne pouvaient avoirun sens qu’à la faveur d’un travail éditorial strict. Or on a eu tendance à lesdiffuser pour aguicher les téléspectateurs ou les apitoyer. Le voyeurisme a parfois été poussé jusqu’à diffuser des images montrant des Syriens torturés ou violés alors même que YouTube les avait retirées de sa plate-forme en raison de leur atteinte à la dignité humaine.

En somme, c’est l’incapacité à regarder notre société telle qu’elle était qui a fait la fortune des images invérifiables ou insoutenables déversées sur les médias sociaux par les protagonistes de la guerre et autres sergents-recruteurs de la barbarie. C’est parce qu’on a enfermé le Syrien dans le rôle de musulman criantAllah Akbar à tout bout de champ que la proclamation d’un califat par des illuminés paraît aujourd’hui crédible aux yeux des téléspectateurs. C’est parce qu’on l’a privé de sa dignité à l’écran que des humiliés de France et du Royaume-Unis’identifient à lui et prétendent le défendre par le crime.

Nous conjurons donc les chaînes de télévision européennes de définir d’urgence une politique de l’image qui se donne les moyens d’informer autrement tout en respectant le droit des peuples à une représentation digne. Il faudrait pour celadésenclaver la Syrie et la désensationnaliser en la sortant un peu des cases géopolitiques. Il faudrait aussi montrer davantage les Syriens faisant autre chose que se lamenter ou s’entre-tuer. Car les djihadistes qui affluent de partout ne nous voient même pas, nous autres gens ordinaires. Il est vrai que nous ne ressemblons pas aux Syriens qu’on voit à la télé ou sur YouTube, sauf lorsque ces mêmes djihadistes nous coupent la tête en s’en prenant à Bachar Al-Assad qui poursuit ses massacres hors champ.

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En Syrie, les manifestants d’Akrama al-Jadida sur les traces de ceux de Daraa ?


Situé dans le sud de la ville de Homs à proximité de l’université al-Baath et abritant quelque 40 000 habitants, pour 85 % membres de la communauté alaouite, le quartier d’Akrama al-Jadida a été le théâtre, le 1er octobre, d’un attentat aussi abominable que meurtrier. Une première explosion a eu lieu devant l’Ecole al-Makhzouniyeh, à l’heure de l’entrée en classes, provoquée par une bombe dissimulée dans une voiture militaire garée dans la rue. Quelques minutes plus tard, une seconde voiture selon les uns, un kamikaze selon les autres, a ajouté au désordre et multiplié le nombre des victimes. Les explosions ont tué sur le champ 45 personnes, en majorité des enfants, et fait plus de 100 blessés, dont plusieurs sont décédés des suites de leurs blessures au cours des jours suivants. Elles ont aussi causé des dégâts matériels importants. Le bruit des deux déflagrations a été d’une telle puissance que les témoins ont eu d’abord l’impression que leur quartier avait été frappé par des missiles.

La carcasse de la voiture piégée

Les activistes de la ville n’ont pas tardé à dénoncer derrière cette opération criminelle la main de partisans et d’appareils de sécurité du régime.
Selon eux, elle est une conséquence des divergences graves qui opposent depuis plusieurs semaines les chabbiha, désormais recyclés dans les Forces de Défense nationale, et le gouverneur de Homs, Talal al-Barazi. Les premiers reprochent avec véhémence au second de mettre en place les conditions d’une trêve dans le quartier d’al-Wa’ar, dernier secteur de la ville aux mains des rebelles, en y autorisant l’entrée ponctuelle de secours, alors qu’ils veulent, eux, comme dans les autres quartiers de la ville vidés de leur population en février 2014, une reddition pure et simple de ses défenseurs et le départ définitif de ses habitants.
Elle s’explique aussi par les affrontements ayant opposé ces mêmes Forces de Défense nationale et les milices chiites venues à la rescousse des forces régulières chancelantes, qui se disputent sur la répartition des secteurs et des biens abandonnés derrière eux dans la vieille ville de Homs par les habitants contraints à l’exode, pillés et écoulés par les uns et les autres sur les « Souqs al-sunna« .
Ils soupçonnent enfin le régime de chercher ainsi à exacerber l’hostilité des Etats coalisés contre les islamistes radicaux présents en Syrie, capables de s’en prendre jusqu’à des écoles, et à les convaincre de la nécessité de se détourner de « l’opposition terroriste » pour se solidariser avec le pouvoir en place.
D’ailleurs, selon ces mêmes activistes, il aurait été tout simplement impossible pour des étrangers d’avoir accès à ce quartier ultra-protégé, entouré par des dizaines de chicanes et de postes de contrôle, et, à plus forte raison, d’y faire pénétrer une voitures bourrée d’explosifs.

Les parents des enfants décédés ne sont pas loin de partager leur avis. Ils ont crié leur colère lors d’un rassemblement au cours duquel leurs critiques ont davantage été dirigées contre les responsables de leur sécurité que contre les auteurs inconnus de la double explosion :

47 enfants sont morts aujourd'hui, Monsieur le Président. La coupe est pleine... Où est le comité sécuritaire ???!!!

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Avant même que des accusations aient été clairement formulées contre le pouvoir en place, un expert français de la Syrie a pris les devants, plus irrité par cette action frappant la communauté alaouite que par l’interminable série de crimes perpétrés depuis plus de trois ans par les forces de Bachar al-Assad contre l’ensemble de la population syrienne… y compris des enfants. Comme si la contre-insurrection destinée à défaire les révolutionnaires, systématiquement présentés par la propagande officielle et par lui-même comme « armés, violents et sectaires depuis la première heure », pouvait justifier les ignominies dont le régime est le premier responsable, à savoir :
- les massacres à l’arme blanche contre des villageois – parmi lesquels de nombreux enfants… – dans plusieurs gouvernorats du centre du pays ;
- les bombardements de populations civiles – parmi lesquelles de nombreux enfants… – à l’aide de produits chimiques ;
- le largage de barils de TNT et de ferrailles sur des quartiers d’habitation peuplés de Syriens – parmi lesquels de nombreux enfants… – non armés et pacifiques ;
- le mitraillage de simples citoyens – parmi lesquels de nombreux enfants… – faisant la queue devant des boulangeries ;
- la destruction délibérée de lieux universellement considérés comme neutres dans les conflits – et abritant de nombreux enfants… – comme les écoles et les hôpitaux ;
- l’enlèvement, l’emprisonnement et la liquidation de dizaines de milliers de Syriens et de Syriennes – parmi lesquels des centaines d’enfants… – torturés jusqu’à la mort ou abandonnés à la faim jusqu’à en périr…

"L'assassin des enfants d'Akrama est celui des enfants d'al-Wa'ar" (Homs, Al-Wa'ar, 01.10.2014)

Au bord de la crise de nerfs, alors qu’il se présente de façon récurrente comme un observateur objectif, neutre et impartial… tout en faisant siens les points de vue et les explications du régime sur la plupart des questions, notre expert écrivait, le lendemain de l’attentat :

« Messieurs les islamo gauchistes et autres supporters béats de la « révolution syrienne » encore un attentat organisé par Bachar el Assad pour faire croire à une menace islamiste ? Non, la « révolution syrienne » est uniquement laïque et démocratique, toutes ces voitures piégées sont l’œuvre des moukhabaratd’Assad pour dénigrer l’opposition et ramener vers lui les minorités. Daechn’est-il pas une création du régime de Bachar el Assad ? Comme vous l’affirmer (sic) depuis un an sur toutes les ondes. Ces enfants qui sont morts, ce n’étaient que des alaouites, ils n’avaient qu’à arrêter de soutenir Bachar el Assad, nous direz-vous. La Syrie ressemble de plus en plus à l’Afghanistan et vous en portez la responsabilité ».

Notre expert a raison de trouver scandaleux le choix d’une école pour régler des comptes et on partage en toute sincérité son émotion et sa réprobation. Mais on a peine à imaginer que sa naïveté ne soit pas feinte lorsqu’il tente de dédouaner Bachar al-Assad et sa clique de toute responsabilité dans l’apparition, si ce n’est aujourd’hui du moins hier et avant-hier, d’al-Qaïda en Irak et de l’Etat islamique à présent en Syrie.
Serait-il le seul à n’avoir jamais entendu parler ni du recrutement de djihadistes à Alep par le cheykh Mahmoud Qoul Aghasi dit Abou al-Qa’qa’ au début des années 2000, ni de l’envoi au Liban du Palestinien Chaker al-Absi et des hauts-faits de son Fath al-Islam dans le camp de Nahr al-Bared près de Tripoli en 2006-2007, ni de la remise en liberté, au cours de la première année du soulèvement en Syrie, de plusieurs centaines d’islamistes plus ou moins radicaux ?
Imagine-t-il que c’est pour prêcher la fraternité et inciter à la réconciliation avec le pouvoir en place que les « amis de Sadnaya », Zahran Allouch, Hassan Abboud et Aïssa al-Cheykh ont été relâchés ?
Et est-ce de leur propre initiative que les médias syriens ont donné tant d’échos aux actions du Jabhat al-Nusra avant de se focaliser sur le nouvel épouvantail constitué par Da’ech ?

De même on ne peut que se demander de qui notre expert se moque lorsqu’il cherche à faire croire que le régime syrien n’avait pas intérêt et n’aurait pas été capable de planifier et de mener une telle opération.
- Au nom peut-être de ses hautes valeurs morales et du respect des Droits de l’Homme qui lui ont valu et qui lui valent encore le titre « d’Etat de Barbarie » ?
- Au nom des égards qu’il a toujours eus pour ses administrés en général, et, en premier lieu, pour la communauté minoritaire d’où sont issus en majorité les détenteurs du « pouvoir réel » ?
- Au nom de la considération qu’il devrait observer à l’égard de ceux qui lui fournissent en priorité sa chair à canon ?
- Au nom de l’attention qu’il n’a cessé, depuis le début de la crise en particulier, de porter aux enfants ?

Hamzeh al-Khatib. Ce nom vous dit-il encore quelque chose ?

Il semble lui avoir échappé que cette communauté qu’il connait si bien commence à en avoir assez, elle aussi, du conflit meurtrier pour chacune des parties en présence dans lequel Bachar al-Assad l’a entraînée pour rester au pouvoir sans faire la moindre concession, et qu’elle est lasse d’envoyer ses enfants au tombeau pour lui permettre de se cramponner indéfiniment au trône.
Il semble lui avoir échappé que, à de multiples reprises au cours des années écoulées, les régime a délibérément mis en danger les chrétiens, les druzes et les autres communautés minoritaires qui commençaient à regimber, pour les contraindre à rester sous son aile et à son service, faute de pouvoir répondre à leur question : « Et maintenant, on va où ? »
Il semble lui avoir échappé que les révolutionnaires syriens, qui ne sont pas tous laïcs et qui ne sont pas tous démocrates, mais qui ne sont pas davantage des terroristes et qui mériteraient davantage d’objectivité… à défaut de « neutralité », ne sont pas seuls à soutenir que les attentats aveugles perpétrés depuis le mois de décembre 2011 sont en majorité le fait des moukhabarat et des agents du régime, peu regardant sur les moyens quand la fin – terroriser les populations et prévenir les interventions extérieures – importe seule.
Il semble lui avoir échappé enfin que le recours aux opérations terroristes par le régime a été confirmé par plusieurs officiers de ces mêmes services passés à l’opposition parce qu’ils ne supportaient plus les crimes, les mensonges et les manipulations quotidiennes dont ils étaient contraints d’être les agents.

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Le 2 octobre, les habitants d’Akrama ont participé en masse aux funérailles des victimes. Ce rassemblement, qui n’était pas une masira, puisqu’il lui manquait les deux éléments constitutifs de toutes les démonstrations en faveur du régime – les photos du qa’id Bachar al-Assad et le slogan bien connu « notre vie, notre sang, nous le donnons pour toi ô Bachar » -, s’est rapidement transformée enmouzahara, c’est-à-dire en une démarche revendicative.

Akrama al-Jadida. Manifestation des proches des victimes... sans photo de Bachar al-Asad

Les principaux slogans réclamaient le « limogeage du gouverneur » et la « lutte contre la corruption ». Dans le contexte créé dans le quartier par la double explosion, ils méritent une explication.
Il est logique que les parents des victimes aient réclamé la démission du gouverneur en sa qualité de plus haut représentant local de l’Etat, même si personne n’ignore en Syrie que les gouverneurs n’ont d’autorité que formelle sur les officiers des services de sécurité et de l’armée qui, eux, représentent le régime. Mais, comme déjà signalé, cette revendication était aussi liée à la controverse opposant Talal al-Barazi aux chabbiha sur la stratégie à mettre en œuvre vis-à-vis du quartier d’al-Wa’ar, l’instauration d’une trêve ou sa conquête, son pillage et sa destruction.
L’autre slogan, la « lutte contre la corruption », s’explique par la découverte que la voiture ou l’une des voitures utilisées dans l’attentat était un véhicule militaire dont les papiers avaient été maquillés, lequel n’aurait jamais pu franchir les postes de contrôle situés autour du quartier sans défaillance ou complicité des officiers des services ou de l’armée qui en assuraient la surveillance. Une telle accusation n’est pas nouvelle, les habitants d’Akrama al-Jadida, comme ceux de Homs et de l’ensemble des zones encore sous contrôle du pouvoir, déplorant régulièrement la vénalité des militaires de l’armée, des miliciens des Forces de Défense nationale et des mercenaires des diverses unités chiites en position aux entrées et aux barrières de sécurité de leurs quartiers.

A la lecture des pages des menhebbakjis, les adorateurs de Bachar qui ne veulent voir à la tête de la Syrie « personne d’autre » que lui, il apparaît que les partisans du pouvoir en place savent qui les tue. Ils estiment – contre l’avis de notre expert… – que c’est bien au régime ou à certains au sein du régime que profite avant tout cet attentat non revendiqué, dont les groupes terroristes n’auraient eu aucune réticence à reconnaître la paternité s’ils en avaient été les auteurs :
- il effraie ainsi la communauté dont il a le plus besoin en lui faisant entrevoir le sort dramatique qui l’attend au cas où Bachar al-Assad serait renversé ;
- il renforce la peur et la haine de cette communauté envers la communauté sunnite majoritaire ;
- et il affaiblit les voix qui appellent les alaouites à cesser d’envoyer leurs enfants se battre et mourir chaque jour par dizaines au service d’intérêts qui ne sont pas les leurs.

"Cessez de tuer. Le peuple veut vivre" (Campagne Sarkha / Un cri)

D’autres pages pro-régimes sont plus explicites. Elles affirment sans ambage que  » la crise est entretenue par ceux qui seraient les premiers affectés par une trêve et par la levée des barricades et des postes de contrôle, comme les gangs mafieux de Saqr Rustom ou de [l'ancien député] Chahadeh Mihoub. Le premier perçoit chaque mois le salaire de 8000 agents enregistrés dans les Forces de Défense nationale… dont les noms n’existent que sur le papier ou qu’il dispense de tout service effectif en échange de l’abandon d’une partie de leur solde. Il encaisse ainsi quelque 160 millions de livres syriennes par mois, auxquels s’ajoutent le produit des vols, des redevances imposées, des passe-droits et des prises d’otages… »

A diffuser (Page "Nous sommes tous Nidal Jounoud")

Le 6 octobre, la page pro-régime dédiée au soldat décédé Nidal Jounoud recommandait de diffuser aussi largement que possible le texte suivant :
« Selon un rapport d’une chaîne de télévision syrienne, le massacre du quartier d’Akrama à Homs visait à entraver l’opération de réconciliation. On en déduit ce qui suit :
1 / les réconciliations vont se poursuivre sans marquer de pause
2 / les gouverneur va être maintenu en place
3 / les médias locaux continuent de se foutre des gens et de les prendre pour des idiots ».

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A titre de mise en garde contre la poursuite d’une expression de colère susceptible de dégénérer… et de ressembler aux manifestations du début de la révolution, les moukhabarat ont brièvement arrêté ses organisateurs. Sans doute les critiques formulées contre le gouverneur y étaient-elles pour quelque chose. Mais elles ne s’étaient pas limitées à sa seule personne. Des parents des victimes avaient pris à partie les correspondants des télévisions et radios dépêchés sur les lieux, exigeant le renvoi des ministres de l’Intérieur et de l’Education, le limogeage de certains membres de la branche locale du Parti Baath, ainsi que la suspension et la mise en jugement des responsables des différents services de sécurité ayant failli à leur mission de protéger le quartier et en particulier son école.

Activistes et opposants n’ont pas manqué de relever que c’est avec le même slogan qu’avait débuté à Daraa, en mars 2011, la révolution qu’ils poursuivaient en dépit des difficultés et de l’apparition d’acteurs inattendus. Il était alors dirigé contre le gouverneur Faysal Kalthoum et le chef local de la Sécurité politique, le général Atef Najib, cousin maternel de Bachar al-Assad… Ils ont également noté que, conformément à ses pratiques discriminatoires basées sur des considérations sectaires, le régime s’est abstenu, à Homs, d’user des mêmes méthodes qu’à Daraa et, surtout, de jouer la provocation en ouvrant le feu sur la foule réunie pour les obsèques des victimes.

En dépit des circonstances dramatiques ayant poussé les habitants d’Akrama dans la rue, pour une manifestation d’abord, pour une veillée aux bougies ensuite,cette différence de traitement a inspiré à certaines pages de l’opposition des réflexions ironiques.
Retournant contre les actuels protestataires les accusations formulées en mars 2011 contre les premiers révolutionnaires, l’une d’entre elle se demande si les manifestations des partisans du régime à Homs ne seraient pas elles aussi « des dessins animés filmés au Qatar » et accuse les mécontents d’être descendus dans la rue après avoir « consommé de la drogue » et « reçu de Bandar – le prince Bandar bin Sultan, chef du Conseil saoudien de Sécurité nationale – un sandwich et 500 livres syriennes« .
Une autre relève que « peu à peu la distance diminue : le peuple veut la chute d’Abou Hafez – c’est-à-dire de Bachar al-Assad – et les partisans du régime celle du mouhafez – le gouverneur ».
Une autre encore les met en garde sur le mode humoristique : « Faites gaffe, si vous descendez demain dans les rues ! Vous allez être pris sous un déluge… de flotte« .
Une autre écrit en plagiant le langage des moukhabarat : « Ces types qui veulent renverser le gouverneur sont des infiltrés. Ils ont reçu du fric des pays du Golfe et de la Turquie. On les a tués quand ils sont sortis à Daraa pour réclamer des sanctions contre le cousin du président. On les a massacrés quand ils se sont agités à Homs et exigé le changement du gouverneur Iyad Ghazal. On a même démoli leurs maisons. Mais ça n’a pas suffi… D’où sortent donc ceux-là ? Alors qu’on bombarde les opposants, voici que les partisans du pouvoir se révèlent eux aussi infiltrés » !
Un dernier donne aux mécontents ce conseil : « Si vous voulez vraiment savoir qui a massacré vos enfants, continuez à manifester et à protester. Noubliez pas d’envelopper vos sandwichs de chawarma dans des billets de 500 livres, de prendre des hallucinogènes et d’encourager à la désertion les hommes de la Défense nationale. Vous connaîtrez alors les poursuites sécuritaires. Vous serez alors torturés dans les prisons. Vos protestations seront alors réprimées par toutes sortes de chabbiha et par le Hizbollah »…

Mais le drame suggère à d’autres opposants des réflexions plus profondes. Revendiquant son appartenance à la communauté alaouite, l’un d’eux note que « des voix commencent à s’élever contre la tête du système et les membres de sa bande, en particulier parmi les gens de notre communauté. Les grandes lignes d’un soulèvement contre ce régime se précisent après le lancement par des activistes de campagnes de conscientisation qui les appellent à retirer leurs enfants des fronts où Bachar al-Assad et ses officiers les envoient pour faire la guerre à d’autres fils de la Syrie. En provenance des régions alaouites, les campagnes « Un cri » et « Où sont-ils » ont sonné comme un coup de semonce aux oreilles du pouvoir, qui est prêt à faire tout ce qu’il faut pour les atténuer et les rendre inaudibles« . Il ajoute : « Si des voix extrémistes se font entendre dans les régions libérées, des voix tout aussi radicales s’élèvent des secteurs sous l’autorité du régime. Celui-ci s’efforce, en recourant aux moyens les plus divers, de renforcer cette cacophonie qui a conduit la Syrie à sa situation actuelle. Il est prêt à tout pour que ces voix radicales restent dominantes« . Et il conclut, avec optimisme : « Ces manœuvres sont vouées à l’échec, parce que les agents de cette explosion sont les leaders autoproclamés des chabbiha et les moukhabarat du régime, qui s’efforcent d’entretenir la tension et l’animosité de notre communauté alaouite vis-à-vis de la révolution et des révolutionnaires« , alors que « alaouites et sunnites, notre ennemi commun n’est autre que Bachar al-Assad« .

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