Comment sortir de la guerre et recréer un Etat en Syrie


POSTÉ PAR JEAN-CHRISTOPHE PLOQUIN LE 9 JUILLET 2015

Aucune réaction Réagir

« Une solution politique négociée est l’unique voie pour sauver la Syrie »

Haytham Manna, opposant syrien

Le 9 juin 2015

Alep

DOCUMENT

La guerre en Syrie n’en finit pas. Les batailles se succèdent, et les attentats, les bombardements, les exécutions. Les populations civiles continuent de subir les violences. Au moins 230.000 personnes ont été tuées depuis mars 2011, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). La moitié des Syriens ont dû fuir de chez eux : l’ONU estime en effet à plus de 4 millions le nombre de réfugiés hors des frontières et à 7,6 millions le nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays, sur une population totale de 23 millions.

Pas facile, dans ces conditions, d’imaginer la fin de la guerre, de se projeter dans un scénario où les adversaires se retrouveront autour d’une même table. C’est pourtant ce que tente inlassablement Haytham Manna, un défenseur des droits de l’homme qui vit entre Paris et Genève après avoir dû fuir le régime de Hafez el-Assad. « La Syrie est composée de 23 millions d’habitants. Ceux qui sont directement impliqués dans le conflit armé sont moins d’un million. Malheureusement, 22 millions de personnes n’ont pas le droit de parler », expliquait-il dans une récente interview au Figaro.

> Lire le portrait de Haytham Manna, paru dans La Croix le 4 avril 2014

Ce fervent avocat de la laïcité a été l’un des principaux organisateurs d’un rassemblement de plus de cent soixante-dix personnalités politiques, associatives, sociales et militaires syriennes les 8 et 9 juin au Caire. La moitié des participants à ce congrès vivaient en exil, l’autre était venue de Syrie. La Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution, soutenue par la plupart des pays opposés au régime de Damas, avait boycotté cette rencontre mais plus d’une vingtaine de ses membres étaient venus à titre personnel.

L’objectif du congrès réuni au Caire avec le soutien de la Ligue arabe et du gouvernement égyptien : adopter une « Feuille de route pour une solution négociée en Syrie » ainsi qu’une « Charte nationale syrienne » résumant les principes fondamentaux d’un régime de transition. Une fois approuvés, ces deux documents ont été notamment transmis à Staffan de Mistura, envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon pour la crise syrienne, que Haytham Manna doit rencontrer le 11 juillet. Un jour, peut-être, ils seront officiellement sur la table des négociations.

> Lire l’article de Rémy Pigaglio paru le 10 juin 2015 dans La Croix : « Des opposants syriens prônent une solution politique »

En présentant dans le détail la Feuille de route, cet article vise à montrer que l’avenir n’appartient pas qu’aux islamistes et aux tenants du régime Assad. Les opposants laïques et démocrates peuvent proposer une troisième voie vers « un régime démocratique, pluraliste, générant la liberté, la dignité, la justice et l’égalité ».

« Le président actuel ne saurait avoir sa place, à l’avenir, en Syrie »

» Notre point de vue se fonde sur une analyse concluant à une double impossibilité », préviennent les signataires : « Impossibilité d’une solution militaire fondée sur une victoire de l’un ou de l’autre camp; impossibilité que perdure au delà de ce conflit le système de gouvernance actuel et son président, qui ne saurait avoir sa place, à l’avenir, en Syrie.  Il en découle que la solution politique négociée est l’unique voie pour sauver la Syrie ».

« Une résolution du conseil de sécurité de l’ONU »

» Des négociations entre une délégation de l’opposition et le régime doivent se tenir sous l’égide de l’ONU et avec  la caution des pays ayant une influence sur la situation en Syrie », poursuivent-ils. « Les deux délégations concluront un accord prévoyant un programme de mise en œuvre du «communiqué de Genève» (DOC), assorti d’un calendrier et de mécanismes clairs, ainsi que de garanties contraignantes pour s’assurer de sa bonne exécution. Ces garanties et obligations nécessiteront un plein engagement des États  de la région, agissant sous couvert d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU qui fera office d’une couverture juridique à leur implication en même temps qu’elle dressera le cadre général en appui à la feuille de route ».

Muter vers un régime de démocratie parlementaire

« L’objectif des négociations directes est de muter vers un régime de démocratie parlementaire, pluraliste, pratiquant l’alternance », précisent les opposants. « Ses contours seront dessinés par un Pacte National Fondateur reposant sur le principe de la citoyenneté égale en droits et obligations à tous les Syriens, indépendamment de toute considération de sexe, de nationalité, de croyance ou de confession ».

« Criminaliser le confessionnalisme »

« L’État sera doté d’institutions pour tous les citoyen(ne)s et pour l’ensemble de ses éléments constitutifs », ajoutent-ils. « Cet État de Droit sera seul habilité légitimement à détenir les armes. Sa mission sera d’établir sa souveraineté sur l’ensemble du territoire national, de le défendre et de défendre son peuple, de lui fournir des prestations, d’ancrer le principe de séparation des pouvoirs, d’aménager les droits et obligations, le principe du respect de la constitution, de criminaliser le confessionnalisme, de combattre le terrorisme dans toutes ses formes, quelle qu’en soit sa provenance ».

« La principale victime de ce conflit, le peuple syrien »

« Certes, il n’est pas possible d’engager le processus de négociations sans un minimum d’accord entre les parties aux négociations », reconnaissent les auteurs de la Feuille de route. « Il est même difficile de parvenir à un accord détaillé et d’en définir les mécanismes en l’absence d’un geste à destination de la principale victime de ce conflit, le peuple syrien. Il est nécessaire que les deux parties conviennent, dès le début des négociations, des mesures suivantes ».

« Geler les hostilités et déployer des observateurs »

« 1-L’annonce immédiate d’une cessation du conflit armé de la part de tous les protagonistes sur l’ensemble du territoire syrien, tout opposant à cette mesure comme se plaçant ipso facto hors de la légalité nationale et internationale », détaillent-ils. « Toutefois, les forces armées régulières et les groupements armés ayant opté pour une solution politique du conflit seront maintenus dans leur position afin de geler les hostilités, avec le droit d’autodéfense contre les groupes hostiles à cet accord. Elles se prépareront au retrait ou au redéploiement, selon un programme exécutif convenu entre les deux parties, sous supervision directe de l’ONU et  d’un groupe d’observateurs, composé de pays non impliqués dans le conflit, qui se déploiera dans les zone syriennes ayant souscrit au gel des opérations militaires ».

« Exiger le départ de tous les combattants étrangers »

« 2-Engagement clair et collectif, tant des parties syriennes que des protagonistes régionaux et internationaux, de condamner la présence de tous les combattants non syriens », insistent les signataires. « Exiger de tous les étrangers opérant à titre individuel ou dans le cadre des groupements armés combattant, tant du côté du régime (comme Hizbollah et Failaq al Quds) que contre lui (Comme Da’ech et Jabhat al Nosra), de quitter le territoire syrien. Les pays impliqués aussi bien à l’échelle régional qu’international  doivent s’engager à respecter cette obligation, de même que les conséquences pénales découlant de la violation de ce principe. Un groupe d’observateurs s’assurera du respect de cette disposition et de sa bonne application ».

« Faire parvenir partout les secours aux nécessiteux »

« 3-Engagement à autoriser les organisations internationales de secours à opérer à l’intérieur de la Syrie dans toutes les provinces et de les aider à faire parvenir les secours aux nécessiteux », ajoutent-ils. « 4-Engagement de créer un climat propice dans toutes les zones situées sous le  contrôle d’une des parties aux négociations, de manière à permettre à tous les Syriens de retourner dans leurs foyers et leurs lieux de travail. Veiller à assurer un logement provisoire urgent, des structures d’enseignement et de gestion administrative, prélude nécessaire à un retour digne garant de la sécurité et des conditions de vie élémentaires ».

« Garantir le travail des journalistes »

« 5-Autoriser le retour de tous les nationaux syriens, les opposants résidant à l’extérieur pour diverses raisons, sans le moindre questionnement à leur égard tant du point de vue sécuritaire que juridique que politique, avec  la garantie des libertés fondamentales : liberté d’expression, liberté d’organisation et liberté de rassemblement pacifique. 6-Garantir le travail des journalistes et des médias, des activistes de la société civile et des juristes ainsi que les opérateurs sur le plan des secours humanitaires dans toutes les provinces ».

« Libérer les prisonniers »

« 7-Entreprendre la libération des prisonniers, des personnes enlevées du fait des événements auprès des divers protagonistes. (…) 8-Abroger tous les jugements des tribunaux du terrorisme et des juridictions d’exception rendus à l’occasion des événements du 18 mars 2011 (…).  9-Traiter les dossiers de compensation aux victimes de l’arbitraire ».

« Réunir toutes les forces qui soutiennent une transition démocratique »

« Les deux parties conviennent de la constitution d’une structure du pouvoir transitoire et de la nomination de leurs membres et président dans un délai de 2 mois, sous garantie internationale », reprennent les signataires de l’accord du Caire.  « 1- Le Conseil National Transitoire (CNT) :  sa mission est d’assurer une fonction législative en même temps qu’une fonction de contrôle du gouvernement dans la période transitoire. Il est constitué des représentants de toutes les composantes, des alliances et des forces et partis politique qui soutiennent la transition démocratique, ainsi que des représentants de la société civile, de manière à être représentatif du peuple syrien de manière efficiente et juste. Le CNT adoptera le Pacte National pour la Syrie d’avenir et une constitution provisoire ».

« Être en conformité avec le «communiqué de Genève» »

« 2-Le Haut Conseil de la Magistrature. (…). 3-Gouvernement de la période transitoire. Il devra jouir des pleines compétences exécutives, tant sur le plan civil que militaire, habituellement détenues par le Président de la République et le Conseil des ministres sous la constitution en vigueur et cela en conformité avec le «communiqué de Genève» ».

« 4- Le Conseil Militaire Provisoire (CMP). Il sera constitué d’officiers de toutes les forces militaires ayant opté pour la solution politique et la transition démocratique. Il aura autorité sur toutes les formations militaires qui lui devront obéissance. (…) Il veillera à la fusion des factions militaires convaincues par la solution politique, de même qu’au maintien de le sécurité et de la stabilité, ainsi que le combat contre le terrorisme (…) ».

« Un programme de réconciliation nationale »

« 5- Le Haut Conseil pour l’Équité, la Justice et la Réconciliation. Il met au point un programme de réconciliation nationale en vue de la restauration de la paix civile. Il a en outre la charge de superviser les programmes de justice pour la période transitoire, de veiller à réhabiliter le tissu social syrien déchiqueté par les événements passés ».

« Détacher le parti Baas de tout l’appareil d’État »

« Le Conseil National Transitoire annoncera le gel des activités de la constitution actuelle et des instances qui en émanent, ainsi que la suppression de toutes les lois d’exception, les projets et décisions discriminatoires ainsi que le détachement du parti Baas de tout l’appareil d’État y compris de l’armée et des forces de sécurité », prévoient-ils. « La période transitoire se termine en deux ans et s’achève par l’organisation d’élections générales locales, législatives et présidentielles, selon la nouvelle constitution, et sous la supervision des organisations internationales et régionales concernées.

« Des puissances témoins et garantes de l’accord »

« En raison de la complexité du conflit syrien, les ingérences qu’elle a suscitées sur le plan régional et international, particulièrement la complexité résultant du conflit armé dans le pays, de la difficulté d’obtenir un arrêt des opérations militaires du fait de la volonté des combattants… », concluent-ils. « Il est nécessaire que tout accord entre les deux parties soient nécessairement garanti par les cinq membres du conseil du sécurité de l’ONU, de l’Union européenne, des pays arabes et des puissances régionales, de manière à ce que les États précités soient en même temps témoins et garants de la bonne exécution de cet accord ».

 

POUR ALLER PLUS LOIN

L’interview de Haythem Manna paru dans le Figaro du 8 juin 2015 : « La Syrie est détruite, il est urgent d’arrêter l’hémorragie »;

Le texte intégral de la « Feuille de route pour la solution politique négociée en Syrie » qui a été adoptée le 9 juin 2015 au Caire par le « Congrès de l’opposition syrienne pour une solution politique »,  ainsi quele communiqué final du Congrès;

La « Déclaration du Caire », adoptée le 24 janvier 2015 par un précédent rassemblement composé en partie des mêmes représentants;

Le communiqué final de la réunion du groupe d’action pour la Syrie, à Genève, le 30 juin 2012, dit « Communiqué de Genève » (Genève I);

le dossier de La Croix posté le 6 juillet 2015 : « Alep, au cœur de la guerre en Syrie »;

L’article posté le 17 mars 2014 sur le blog Paris Planète avec Haytham Manna : « Pourquoi la violence n’est pas une solution en Syrie »;

L’article posté le 28 septembre 2014 sur le blog Paris Planète avec Anthony Cordesman : « En Syrie et en Irak, la guerre sera longue pour les États-Unis »;

L’article posté le 4 septembre 2014 sur le blog Paris Planète avec Elias Muhanna : « L’Irak et la Syrie, deux pays, deux histoires millénaires »;

– L‘article : « Qui constitue l’opposition syrienne », paru le 26 avril 2013 sur le site Les clés du Moyen Orient;

POSTÉ PAR JEAN-CHRISTOPHE PLOQUIN LE 9 JUILLET 2015

Expressions Syriennes


A propos

Depuis le début du soulèvement syrien en mars 2011, des journalistes citoyens et des blogueurs se mobilisent pour rendre compte de la situation dans le pays. Seuls témoins sur un territoire où la presse internationale n’a plus accès et où l’information est instrumentalisée par les différentes parties impliquées dans le conflit, ces médias sont confrontés à une répression violente.
Pour les soutenir face à ce défi majeur pour l’avenir de leur pays, CFI, avec le partenariat financier de l’Union européenne, contribue, à travers le projet d’incubateur des médias syriens, à la professionnalisation de ces nouveaux médias.
Expressions Syriennes représente une sélection de documents produits par ces médias, traduits en français, pour comprendre un peu mieux le quotidien des Syriens qui survivent chaque jour à l’intérieur du pays.
http://www.cfi.fr

Syrie(s) – D’autres combats

Reportage photo à Alep de Rami Jarrah, rédacteur en chef de la radio et agence de presse ANA, créée au début de 2012 et visant à renforcer une plate-forme libre des acteurs des médias syriens d’aujourd’hui. Son contenu dépend  fortement des journalistes citoyens du terrain qui ont prouvé leur capacité…

A Idleb, on ne se marie plus comme avant

Vivre dans un pays en guerre, cela vous oblige souvent à abandonner de nombreuses coutumes. Il faut bien s’adapter à sa nouvelle vie, surtout lorsqu’il n’y a plus de sécurité et que les conditions minimales d’une existence « normale » ne sont pas réunies. Cela vaut pour ceux qui sont restés à…

Les âmes dignes

« Ma dignité avant tout. Pourquoi mendier? ». Ibrahim a perdu tous les siens, ou presque, suite à des bombardements, près d’Alep. Aujourd’hui réfugié à Gaziantep en Turquie, avec son petit frère, il doit travailler pour nourrir une dizaine d’autres personnes. Son quotidien est plus que précaire, mais c’est au regard des…

Syrie: Daech perd le contrôle de tous les villages chrétiens assyriens


Publication: 27/05/2015 14h47 CEST Mis à jour: Il y a 1 heure
DAECH

« A l’issue d’une offensive de dix jours les combattants kurdes ont pris le contrôle, en début de semaine, des 14 villages assyriens que l’EI contrôlait depuis février », a affirmé à l’AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH.

Le 23 février, l’EI s’était lancé à l’assaut de la région de Khaddour, qui compte 35 villages assyriens, et les jihadistes avaient pris le contrôle de quatorze d’entre eux, poussant à la fuite plus de 5.000 personnes. L’EI garde toujours en otage 210 Assyriens. Les Assyriens, une communauté parmi les plus anciennes converties au christianisme, sont environ 30.000 en Syrie, soit 2,5% des 1,2 million de chrétiens du pays.

Des maisons piégées par Daech

Ils vivent en majorité dans 35 villages de la province de Hassaké, dans le nord-est de la Syrie. Ces villages sont aujourd’hui tenus par les forces kurdes et quelques uns par le régime. Selon Oussama Edward, directeur du réseau assyrien des droits de l’homme (RADH) basé à Stockholm, « le contrôle des villages par les Kurdes a été rendu possible à la suite de violents raids de la coalition internationale » anti-jihadiste conduite par les États-unis.

Il a précisé à l’AFP que les photos qu’il a pu avoir entre les mains « montrent un grand nombre de destructions de maisons et d’églises ». « La majorité des habitants ont peur de revenir car ils craignent que l’EI ait piégé leur maison avant de s’enfuir », a-t-il ajouté. L’EI a profité de la guerre qui fait rage en Syrie depuis 2011 pour s’implanter dans le pays, qu’il contrôle désormais à 50%, selon l’OSDH.

Par ailleurs, toujours selon l’OSDH, les forces kurdes ont pris le contrôle mercredi de la cité de Mabrouké, au sud-ouest de la ville frontalière de Ras al-Aïn, dans la province de Hassaké et qui comptait environ 50.000 habitants avant la guerre.

La localité dispose d’un point de passage menant à Ceylanpinar en Turquie, et les villages alentours sont contrôlés par les Unités de protection du peuple kurde (YPG), la principale force kurde en Syrie. Mabrouké est un fief important de l’EI dans la zone, selon l’OSDH.

« Ce contrôle ouvre la route vers Tal Abyad », localité à la frontière turque utilisée par l’EI pour le passage de combattants en provenance de la Turquie, a dit Rami Abdel Rahmane, ajoutant que les forces kurdes s’étaient emparées de 4.000 km2 en vingt jours dans le nord de la Syrie.

Syrie : les rouages de la répression au grand jour


Plusieurs actes d’accusation pour crimes de guerre contre Bachar al-Assad et ses collaborateurs ont été de nouveau établis par une commission internationale financée par les Occidentaux. Ces actes se fondent sur des documents officiels sortis clandestinement de Syrie, selon un rapport de Commission internationale pour la justice et la responsabilité (Cija) dontThe Guardian se fait largement l’écho. Le quotidien britannique ajoute que la Cija, financée par plusieurs gouvernements occidentaux, a également établi des actes d’accusation contre la rébellion pour crimes contre l’humanité.

Ce matériel accumulé par la Cija ne peut pour le moment être déposé devant la Cour pénale internationale (CPI), la Chine et la Russie, un des meilleurs alliés d’Al-Assad, bloquant systématiquement à l’ONU toute possibilité de saisine du procureur sur le cas de la Syrie.

«Manie». Les preuves présentées dans les actes d’accusation sont fondées sur des documents gouvernementaux sortis de Syrie par une équipe de 60 enquêteurs syriens au péril de leur vie. Environ 500 000 pages ont été rassemblées par la Cija, à tel point qu’il a fallu recruter des employés pour visionner des heures de vidéos de crimes présumés commis par l’opposition ou les groupes jihadistes, dont l’Etat islamique (EI).

Si les trois actes d’accusation portent principalement sur les premiers mois du soulèvement contre le régime, à partir de mars 2011, ils mettent surtout en lumière la machine administrative de la répression. Les documents officiels subtilisés montrent des «ordres précis pour écraser le soulèvement populaire qui s’étendait de Damas aux différentes provinces», selon la Cija. Ainsi, la «manie du régime de donner des ordres écrits à travers la chaîne de commandement et de rapporter aussi par écrit ce qu’il s’est passé montre que tout remonte au plus haut du pouvoir à Damas».

Jihadistes. Ces documents permettent de connaître les rouages du régime, qui a voulu démontrer, mercredi, par une photo publiée par l’agence officielle Sana, qu’Ali Mamlouk, chef des services de sécurité, ne serait pas assigné à résidence, contrairement à ce qu’ont avancé mardi par des journaux européens. Ceux-ci faisaient état de contacts d’Ali Mamlouk avec les services secrets turcs et du fait qu’il ait dénoncé l’envahissante présence iranienne. Pour démonter cette thèse, Mamlouk est montré aux côtés de Bachar al-Assad et du chef la commission du Parlement iranien pour la politique étrangère et la sécurité nationale, Alaeddine Boroujerdi. A en croire cette mise en scène, Ali Mamlouk serait toujours une pièce maîtresse du système Al-Assad, qui chaque jour ne peut que constater la perte de pans entiers du territoire. Mercredi, les jihadistes de l’EI ont pris une grande partie d’une localité située sur une route stratégique de la province de Homs (centre) après des combats ayant fait 48 morts.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) le groupe extrémiste s’est emparé de larges parties d’Al-Soukhna et de ses environs après des combats commencés dans la nuit de mardi à mercredi. Le gouverneur de Homs, Talal Barazi, a confirmé à l’AFP que les jihadistes étaient entrés «dans certains quartiers de la ville». Selon l’Observatoire, au moins 28 soldats et supplétifs ainsi que 20 jihadistes de l’EI ont été tués et 100 belligérants ont été blessés. Aujourd’hui, la capitale provinciale de Homs est quasiment sous le contrôle du régime mais assiégée par les insurgés et l’EI.

Une atmosphère de fin de règne


 

Diffusion : vendredi 15 mai 2015
A la Une : une atmosphère de fin de règne

« Ça craque à Damas » : c’est le grand titre de Libération avec une photo de Bachar al-Assad, le portrait du président syrien mitraillé dans les rues d’Idleb, ville conquise il y a moins de deux mois par ses opposants. « Revers militaires, pouvoir divisé, économie exsangue » : d’après Libé, « une atmosphère de fin de règne gagne la capitale. Le régime Al Assad sent le vent tourner ». Précisons que l’article est signé d’Hala Kodmani, journaliste franco-syrienne qui milite ouvertement pour le renversement du pouvoir à Damas… Reste que depuis mars, l’Armée de la conquête, une nouvelle coalition rebelle « enchaîne les succès ». Elle réunit des groupes islamistes, nationalistes, opposés aussi bien au régime syrien, qu’aux djihadistes de l’Etat Islamique. Des succès que Libération explique par un changement de politique de l’Arabie Saoudite. Son nouveau Roi s’est rapproché de la Turquie et du Qatar, deux des principaux soutiens des rebelles. Une manière de contrer l’Iran, allié de Bachar Al Assad.

« Les caisses sont à sec », confie un fonctionnaire syrien, désormais à la retraite. « Quand les salaires des militaires ne sont plus payés depuis quatre mois, c’est que l’heure est grave ». La chute vertigineuse de la Livre syrienne aurait semé la panique dans la population. Un commerçant de Damas, cité par Libé, annonce le départ de nombreux habitants favorables au régime. « Le comble », écrit enfin le journal dans son éditorial, « c’est que l’on est réduit à se demander si c’est une bonne nouvelle. Ce pays a connu tant de changements d’alliance qu’il devient difficile de distinguer les bourreaux des victimes. »

article réservé aux abonnés de Libé

Trafic de joyaux

Pendant ce temps, en Syrie et en Irak, les djihadistes pillent les trésors historiques. Le Figarofait sa Une sur ce « carnage culturel, le dossier noir de Daech », accusé par l’UNESCO de crimes contre l’Humanité. Le groupe Etat islamique menace Palmyre, un joyau antique dans le désert syrien. On peut voir une photo d’archive des vestiges de cette ville gréco-romaine, et sur la montagne, un château-fort du XVIè siècle. L’objectif des destructeurs, on le sait, est d’effacer toute trace du passé, mais il s’agit aussi d’un trafic. Un expert en contre-terrorisme nous explique que pour financer la guerre, les objets volés sont revendus, dans les pays du Golfe, et en Occident. Via plusieurs intermédiaires, ils passent par la frontière turque, l’Europe de l’est, avant d’arriver à Paris, Berlin ou Londres. En cas de contrôle, on présente un faux catalogue, un certificat falsifié, en trichant sur l’âge de l’objet. D’après cet expert américain, « la police est bien davantage à l’affût d’argent en liquide, de drogue, ou de migrants clandestins ».

source

Migrants: Le fantasme de l’invasion


G.T. Publié le vendredi 24 avril 2015 à 19h33 – Mis à jour le vendredi 24 avril 2015 à 20h24

INTERNATIONALSi les récents naufrages en Méditerranée ont suscité une vague d’empathie et relancé le débat sur la politique migratoire européenne, ils n’ont pas manqué d’alimenter les fantasmes parmi les aficionados des courants populistes et d’extrême droite. Sur les réseaux sociaux et les forums Internet, ceux-ci se déchaînent, répétant jusqu’à plus soif que l’Europe est la cible d’une invasion. Ces embarcations, affirment-ils, sont moins remplies de légitimes demandeurs d’asile, que de “Noirs” (sic) qui se ruent sur l’Europe afin de profiter des largesses de son système social. On vous passe par ailleurs les multiples dérapages racistes nauséeux qui accompagnent ces torrents de bile.S’il est exact qu’une part des personnes qui tentent cette traversée sont des migrants économiques poussés par la recherche d’une vie meilleure, il convient d’objectiver les chiffres et de remettre les choses en perspective.
Le tiercé : Syrie, Erythrée, Somalie
Selon les données officielles du bureau européen du Haut commissariat de l’Onu pour les réfugiés (HCR), 170 100 personnes sont arrivées en Italie l’an dernier. Un contingent impressionnant composé pour moitié de Syriens (42 323), d’Erythréens (34 329) et de Somaliens (5 756). Soit un total de 82 408 personnes. “Autant de ressortissants qui se voient accorder le statut de réfugié dans 90 à 100 % des cas”, souligne le porte-parole du HCR. Pour le solde, on retrouve un melting-pot de Maliens, Egyptiens, Pakistanais, Afghans, Irakiens, Libyens ou encore Ethiopiens. Même si le taux de personnes admissibles à la protection internationale est moins élevé dans ces cas de figure, il n’est pas inutile de rappeler qu’il ne fait pas toujours bon être homosexuel ou opposant politique dans ces pays – pour ne citer que ces exemples.A Malte, 568 personnes ont été recensées l’an dernier, parmi lesquelles 134 Syriens, 118 Somaliens et 38 Erythréens.En Grèce, le bilan 2014 s’est élevé à 26 366 Syriens; 1539 Somaliens et 699 Erythréns. Soit 28 604 personnes sur 43 916 arrivants. On peut également citer la présence de 11 391 Afghans.En ce qui concerne 2015, les données disponibles courent du 1er janvier au 31 mars. A cette date, le HCR a déjà comptabilisé 10 165 arrivées en Italie. Parmi celles-ci, on dénombre 1 107 Somaliens, 1 056 Syriens et 906 Erythréens. Un bon tiers du total, donc. On peut également noter un important contingent de Maliens – un pays où les tensions demeurent dans le nord aux mains de groupes armés autonomistes –, mais aussi de Gambiens et de Sénégalais. De son côté, la Grèce a déjà enregistré 12 481 arrivées. Soit 7 286 Syriens, 435 Somaliens et 115 Erythréens, auxquels s’ajoutent notamment 2 352 Afghans. Malte n’a jusqu’ici reçu la visite que de 89 exilés, essentiellement d’origine africaine.

Enfin, on peut encore souligner que bon nombre de femmes et d’enfants – parfois des nourrissons – se lancent dans cette dangereuse aventure. Et rappeler, tant qu’à faire, que la couleur de peau ne constitue pas un critère dans l’attribution du droit d’asile.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 68 autres abonnés