« Cesser de diaboliser l’Amérique »


La Libre
Mis en ligne le 05/06/2009
Bichara Khader (UCL) est séduit même si les actes devront suivre le discours.

Pour le professeur Bichara Khader, directeur du Centre d’Etudes et de Recherches sur le Monde arabe contemporain de l’UCL, le discours de Barack Obama fut « magistral dans sa forme, courageux dans son contenu, forgé avec la minutie d’un orfèvre ». « Ce discours restera, dans les annales, comme un joyau du genre : il n’est pas donné à beaucoup de politiques, mêmes les plus aguerris, d’aborder des questions si épineuses et sensibles, sans cafouiller, sans trébucher sur un mot, chaque phrase coulant avec fluidité et le tout émaillé de versets coraniques et de citations bibliques », ajoute l’expert des questions arabes, sur la forme.

Sur le fond, M. Khader est plus réservé. « Ceux, naturellement, qui nourrissent une haine viscérale à l’égard de l’Amérique ou simplement ceux qui doutent de la sincérité de son Président, trouveront que le discours sonne creux, visant surtout à redorer le blason de l’Amérique, à améliorer son image ternie par des années de présidence calamiteuse, voire même à venir au secours de dirigeants arabes déconnectés de leurs peuples », note Bichara Khader. « Ceux-là, il sera difficile de les convaincre de la bonne foi du nouveau Président et de son élan sincère. Je ne fais pas partie de ce camp. Non que je sois naïf au point d’ignorer toutes les contraintes qui pèseront sur l’action extérieure du président Obama, ou que j’aie une foi illimitée dans sa capacité de changer le cours de l’histoire. Mais je crois qu’il est temps de cesser de diaboliser à outrance l’Occident et l’Amérique, de jeter le doute sur tout ce qu’ils entreprennent, et de les rendre responsables de tous les malheurs des Arabes et des musulmans ».

« L’Amérique a des intérêts à faire valoir mais elle a besoin du soutien des musulmans, les extrémistes constituent une menace commune, et enfin la politique américaine n’est pas au-dessus de tout reproche », retient encore du discours le professeur de l’UCL.

Certes il admet ne pas y trouver « de projet concret, pas de calendrier précis ». « C’est un vœu, un souhait, une espérance. Obama veut y croire, mais il a besoin de convaincre, d’abord les Américains (Sénat et Congrès), ensuite les Israéliens, et enfin les Palestiniens et les Arabes. C’est donc dans quelques mois que nous pourrons dire si le discours d’Obama a constitué véritablement un tournant historique ou, au contraire, une jolie musique de chambre qui fut agréable à écouter. »

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