L’immaturité comme origine du mal: étude clinique du cas de Bachar el-Assad


par le docteur Haytham Khoury

Dans ma réponse1 à l’Initiative nationale pour le changement2, qui était basée sur la prémisse que Bachar allait démissionner peu après le début des manifestations, j’ai expliqué que cela n’arriverait pas et que  le combat avec le régime allait prendre plusieurs mois.

J’ai basé mon jugement sur mon évaluation personnelle de la situation en Syrie et aussi sur ma connaissance personnelle de la personnalité de Bachar. Cette personnalité se caractérise principalement par son immaturité et en conséquence par son manque de conscience. La question que beaucoup peuvent se poser est comment l’immaturité personnelle peut conduire une personne à perdre son âme et sa conscience. Ainsi,pour rester au pouvoir, il commet des crimes affreux, et se détruit lui-même ainsi que beaucoup de gens autour de lui.

Une caractéristique importante des personnes matures, c’est qu’elles peuvent comprendre et faire face à des réalités sociales complexes. Ces complexités résultent principalement de la profondeur de la psyché humaine et de la complexité des relations sociales. Ainsi, des personnes mûres peuvent comprendre leurs propres besoins qui leur sont nécessaires pour grandir psychologiquement et s’épanouir.

De plus, elles peuvent comprendre les besoins réels des autres, qui sont importants pour que ces personnes réalisent leur propre potentiel. Ainsi, les personnes matures peuvent satisfaire leurs propres besoins et les besoins des autres d’une manière harmonieuse. Enfin, les personnes matures ont une bonne connaissance des lois qui régissent les relations et les interactions humaines,elles mènent ainsi leur vie de la manière la plus bénéfique pour elles et pour leur entourage.

Elles apprennent ainsi à prendre des décisions et à être conscientes de leur pouvoir.

En effet, en tant qu’êtres humains, nous développons ces capacités dans le laboratoire de la vie à travers nos expériences personnelles  dès les premiers jours de nos vies. Si pour quelque raison que ce soit notre vie n’est pas enrichie par des expériences dont nous tirons les leçons, nous ne pouvons pas acquérir ces capacités.

D’ailleurs, toutes ces capacités déterminent l’état de notre conscience et nous rendent donc en mesure d’établir des principes sûrs pour distinguer le bien du mal. Par conséquent, les gens matures sont caractérisés par une conscience développée, tandis que les gens immatures n’ont pas cette faculté précieuse.

J’ai connu Bachar pendant mes études de médecine. Bachar à cette époque avait l’air gentil et modeste. D’ailleurs, il avait l’air heureux, ou plutôt il avait l’habitude de plaisanter tout le temps. Ce caractère mettait son entourage à l’aise. Cela, parce qu’il n’était pas besoin d’être formel même en étant en présence du fils du président.

Cependant, quand je réfléchis maintenant au comportement de Bachar pendant ses études de médecine, je pouvais voir les premiers signes de son immaturité. En effet, ses relations avec les gens autour de lui étaient superficielles. Il était très entouré , mais il n’avait pas de véritable vrai ami . Il avait pourtant besoin de profondes et vraies relations pour pouvoir mûrir et grandir psychologiquement. Il avait besoin de relations réelles afin de se connaitre et de connaitre les êtres humains autour de lui. En outre, ses plaisanteries étaient une sorte de rigolade superficielle; elles ne venaient pas de situations tirées de la vie réelle, ni ne reflétaient un bon état d’esprit ou de l’intelligence.

En effet, Bachar était déconnecté de sa propre réalité et de celle de son entourage et sa personnalité agréable et amusante n’était qu’une dérobade.

J’ai formulé mon interprétation de la personnalité de Bachar ci-dessus à partir des idées que j’ai acquises en étudiant le parcours de sa présidence et en reliant ces idées aux souvenirs anciens que j’ai gardés de Bachar .

Puisque j’ai assez parlé de mes anciens souvenirs, penchons-nous sur le parcours de sa présidence. Bachar a commencé son mandat avec son célèbre discours d’investiture. Dans ce discours, Bachar a promis beaucoup de réformes. Cependant, dix ans plus tard, il est venu nous dire qu’il n’avait été en mesure de réaliser aucune de ces réformes en raison de circonstances difficiles.

De fait, si Bachar n’a pas été capable de réaliser ces réformes, c’est qu’il a un handicap inhérent à sa personnalité. Ce handicap est précisément son indécision et son sentiment omniprésent d’impuissance.

Un autre événement qui a marqué le début de la présidence de Bashar a été le printemps de Damas. Lorsque Bachar a autorisé les forums de discussion, il a sous-estimé l’amplitude du désir des Syriens pour la liberté d’expression et les échanges intellectuels. Il ne comprenait pas l’effet de plusieurs décennies de répression de la liberté d’expression. Il ne comprenait pas que lui et les gens autour de lui n’avaient pas la perspicacité intellectuelle leur permettant de suivre les idées qui pourraient découler de ces forums. Il se voyait comme un adulte distribuant des bonbons à des enfants, et les enfants devaient être heureux et reconnaissants de ce cadeau. Ainsi, lorsque ces forums ont essaimé et que les « chiens de garde» du régime n’ont pas été en mesure de suivre les idées issues de ces forums, Bachar a ordonné la brusque fermeture de ces forums, et a même envoyé certains participants en prison. Il a semé non seulement la déception, mais aussi la douleur et l’amertume parmi les intellectuels syriens.

Une autre grosse erreur que Bachar a commise a été de mélanger les affaires de l’État avec les affaires familiales. L’exemple le plus flagrant de ce népotisme a été le monopole sur le business des téléphones mobiles que Bachar a offert à son cousin (Rami Makhlouf); il a ainsi choqué les hommes d’affaires damascènes en rompant l’accord implicite que Hafez al-Assad avait passé avec eux. Cela l’a aussi conduit à mettre Riad Saif et Maamoun al-Homsi en prison sur de fausses accusations, ce qui a blessé la classe traditionnelle des hommes d’affaires damascènes. Tous les exemples mentionnés ci-dessus reflètent l’incapacité de Bachar à comprendre et gérer des réalités sociales complexes.

Cependant, l’exemple le plus choquant de ses émotions négatives et de sa déconnexion d’avec la réalité a été son premier discours lors de la révolution syrienne, au cours duquel il souriait tout le temps tandis que des gens mouraient dans la rue. Ce sourire indiquait que Bachar avait perdu toute forme de conscience. De plus, ce sourire m’a fait penser à son sourire naïf et immature quand il était jeune et comment il s’est transformé en un sourire idiot et méchant quand il est devenu plus âgé. Cela m’a suggéré l’idée que l’immaturité engendre le mal.

En effet, tous les exemples mentionnés ci-dessus reflètent la façon dont des situations complexes, comme la présidence, peuvent faire voler en éclats les fondements psychologiques des gens immatures et naïfs, les transformant en personnes sans conscience et en chefs impitoyables, amenés à commettre des crimes atroces.

De plus, il y a de quoi nous faire douter de la sagesse du père, Hafez el-Assad, dont le souhait d’éternité l’a amené, malgré les mises en garde contre cette décision, à léguer son trône à un fils incapable, Bachar, lui jetant ainsi une malédiction.

(1) http://haytham-khoury.blogspot.com/2011/09/reponse-linitiative-nationale-pour-le.html

(2) http://www.facebook.com/note.php?note_id=222919367722674

2 réflexions sur “L’immaturité comme origine du mal: étude clinique du cas de Bachar el-Assad

  1. Très intéressant.
    Un ami syrien m’a dit connaître le médecin qui suivait Bachar pour des problèmes psychologiques, avez vous plus d’informations à ce sujet?

    Par ailleurs, j’ai eu une discussion intéressante avec un neurologue syrien qui, pour les avoir connu de très près, pense que les membres du régime syriens (les moukhabarats surtout, mais sans oublier les portes paroles, les dirigeants et notamment Maher Al-Assad) ont le profil de psychopathes, au sens clinique du terme.

    http://syrianfacts.wordpress.com/2012/03/14/le-profil-du-regime-des-assad/

  2. Psychopathes, les moukhabarats certainement, comment expliquer autrement leur manque total d’humanité (je parle des tortionnaires surtout).
    Que Bachar ait consulté, il n’y a rien d’exceptionnel à cela. Consulter un psy ne veut pas dire grand chose. Toutefois, son détachement total vis-à-vis des souffrances de son peuple en dit long sur son manque de sensibilité, son manque d’amour pour les Syriens.
    Je crois qu’il a aussi été très mal conseillé. Je ne sais pas quel est l’idiot qui écrit ses discours.
    Toutefois, je ne sais rien en dehors de l’article du docteur Khouri.
    Merci pour les vidéos

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