Bruxelles : théâtre, hommage et politique


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camille perotti

la libre le 29/11/2008

Les parents de Rachel Corrie sont venus assister à la pièce « Je m’appelle Rachel Corrie » mise en scène par Jasmina Douieb, au Poche. Témoignage émouvant.

rencontre

Cindy et Craig Corrie ont perdu leur fille Rachel le 16mars 2003, écrasée par un conducteur de bulldozer israélien en voulant protéger la maison d’une famille palestinienne. Membre du Mouvement de solidarité internationale luttant pour les droits des Palestiniens en bande de Gaza, Rachel, 23 ans, rencontrait les habitants et s’activait pour protéger les habitations. De ses écrits, constituant un témoignage précieux, une pièce a été adaptée par Alan Rickman, « My name is Rachel Corrie », crée à Londres. Traduite en français, la pièce est aujourd’hui mise en scène par Jasmina Doueib au théâtre de Poche (LLB du 25/11/2008).

Les parents de Rachel Corrie, à travers leur fondation, « The Rachel Corrie Foundation for Peace and Justice », poursuivent l’engagement de leur fille par des actions pacifistes. Actuellement, ils sont toujours en procès avec l’armée israélienne pour qu’elle reconnaisse sa faute, ainsi qu’avec Caterpillar – qui fournit les bulldozers -, dans le but d’éveiller leur conscience au fait que ce matériel constitue le symbole de l’occupation. Mardi soir, ils sont venus d’Olympia, dans l’Etat de Washington, pour assister à la représentation.

Qu’avez-vous pensé de « Je m’appelle Rachel Corrie » mise en scène par Jasmina Doueib ?

Craig Corrie: c’est une production très intense. Bien entendu, nous ne comprenons pas le français, mais nous voyons le jeu, la mise en scène et, surtout, ressentons l’émotion et les réactions du public qui étaient importantes.

Cindy Corrie: c’est la quatorzième mise en scène que nous voyons et chacune est unique. A propos de celle-ci, l’esprit et toutes les émotions de l’actrice étaient faciles à percevoir, et puissants. J’aime beaucoup la balançoire sur la scène, les photos,les dessins, la manière de mettre en scène l’enfance aussi, c’est très créatif.

Est-ce important, pour vous, qu’on parle de Rachel, de son histoire et du conflit israélo-palestinien, ailleurs que dans les journaux ?

Ci.C.: le fait que la pièce soit jouée partout touche des gens très différents. Elle est très complète, on comprend mieux comment une jeune fille peut partir de Washington pour aller à Gaza. On peut aussi voir tout ce qu’elle faisait parce qu’elle ne s’opposait pas seulement à la destruction des habitations palestiniennes. Elle s’occupait des enfants, brodait avec les femmes Elle avait une conscience politique très développée et faisait beaucoup de recherches, elle se documentait sur le transport de l’eau, le problème des check-points Je crois que la pièce donne plus de sens à son parcours et ses actions que les journaux.

Cr.C.: dans les journaux, la place est très limitée, ils se cantonnent aux faits. La pièce, ce sont les mots de Rachel, personne n’en a ajouté, seulement sélectionné. C’est comme si Rachel parlait cinq ans plus tard. Bien sûr, ce n’est pas elle, mais une partie d’elle.

Beaucoup de rencontres sont organisées avec les écoles. Il faut communiquer sur ces sujets avec les jeunes, selon vous ?

Ci.C.: le fait que Rachel soit jeune, même si elle était plus âgée que les élèves – presque 24 ans -, suscite leur intérêt. Ils ont des rêves, cherchent leur place dans l’univers, et, même s’ils n’ont pas besoin d’aller en Palestine, le parcours de Rachel les fait s’interroger sur leurs propres idées et leurs souhaits: ce qu’ils veulent faire de leur vie, dans quoi ils veulent s’investir, réfléchir à leur responsabilité de citoyen Rachel est devenue un type de symbole, un modèle qui démontre qu’on peut réfléchir, mais aussi agir. C’est très fort pour les jeunes.

Cr.C.: souvent, on discute politique et avenir du monde autour d’un verre de vin. Pourtant, beaucoup de jeunes se sentent frustrés, ils ne veulent pas seulement ces mots qui ont peu d’effet. Dans ce sens, le parcours engagé de Rachel les éclaire peut-être, ils se rendent compte que l’engagement signifie encore quelque chose aujourd’hui.

Rachel a-t-elle aussi éveillé en vous cette conscience politique ?

Ci.C.: oui. Notre famille connaissait la situation de la communauté juive par les films et les informations, et on compatissait au fait que les juifs aient été persécutés et exterminés pendant l’Holocauste. En réalité, nous en avions conscience, mais nous ne nous y intéressions pas beaucoup. L’ignorance est parfois confortable, c’est une excuse pour ne rien faire. Mais Rachel a commencé à nous éduquer avant de partir et j’ai réalisé à quel point la situation était compliquée et difficile.

Cr.C.: nos médias, aux Etats-Unis, sont en train de changer, mais on a toujours beaucoup de mal à se forger une opinion parce que la télévision ne comporte que des séquences d’information de trois minutes en boucle. C’est extrêmement répétitif et limité. Par les livres et les voyages, bien sûr, on apprend beaucoup plus.

Bruxelles, Théâtre de Poche, jusqu’au 6décembre. Durée: 1h15 env. De 7,50€ à 15€. Tél. 02.649.17.27, Web http://www.poche.be

Web http://www.rachelcorriefoundation.org