Edouard Louis : ”Chaque personne qui insultait un gilet jaune insultait mon père”


anniebannie vient de découvrir Edouard Louis et reprend cet article bien que le sujet ne fasse plus guère la une mais les gilets jaunes continuent d’exister et de souffrir.

L’écrivain analyse le mouvement des gilets jaunes dans un texte qu’il nous a transmis.

Edouard Louis, auteur de Qui a tué mon père (Seuil) décrit « le choc » qu’il a ressenti en découvrant les images des Gilets Jaunes, et les sentiments puissants qu’elles ont suscité:

« Depuis quelques jours j’essaye d’écrire un texte sur et pour les gilets jaunes, mais je n’y arrive pas. Quelque chose dans l’extrême violence et le mépris de classe qui s’abattent sur ce mouvement me paralyse, parce que, d’une certaine façon, je me sens personnellement visé.

J’ai du mal à décrire le choc que j’ai ressenti quand j’ai vu apparaitre les premières images des gilets jaunes. Je voyais sur les photos qui accompagnaient les articles des corps qui n’apparaissent presque jamais dans l’espace public et médiatique, des corps souffrants, ravagés par le travail, par la fatigue, par la faim, par l’humiliation permanente des dominants à l’égard des dominés, par l’exclusion sociale et géographique, je voyais des corps fatigués, des mains fatiguées, des dos broyés, des regards épuisés.

La raison de mon bouleversement, c’était bien sûr ma détestation de la violence du monde social et des inégalités, mais aussi, et peut-être avant tout, parce que ces corps que je voyais sur les photos ressemblaient aux corps de mon père, de mon frère, de ma tante… Ils ressemblaient aux corps de ma famille, des habitants du village où j’ai vécu pendant mon enfance, de ces gens à la santé dévastée par la misère et la pauvreté, et qui justement répétaient toujours, tous les jours de mon enfance « nous on ne compte pour personne, personne ne parle de nous » – d’où le fait que je me sentais personnellement visé par le mépris et la violence de la bourgeoisie qui se sont immédiatement abattus sur ce mouvement. Parce que, en moi, pour moi, chaque personne qui insultait un gilet jaune insultait mon père.

Tout de suite, dès la naissance de ce mouvement, nous avons vu dans les médias des « experts » et des « politiques » diminuer, condamner, se moquer des gilets jaunes et de la révolte qu’ils incarnent. Je voyais défiler sur les réseaux sociaux les mots « barbares », « abrutis », « ploucs », « irresponsables ». Les médias parlaient de la « grogne » des gilets jaunes : les classes populaires ne se révoltent pas, non, elles grognent, comme des bêtes. J’entendais parler de la « violence de ce mouvement » quand une voiture était brulée ou une vitrine cassée, une statue dégradée. Phénomène habituel de perception différentielle de la violence : une grande partie du monde politique et médiatique voudrait nous faire croire que la violence, ce n’est pas les milliers de vie détruites et réduites à la misère par la politique, mais quelques voitures brûlées. Il faut vraiment n’avoir jamais connu la misère pour pouvoir penser qu’un tag sur un monument historique est plus grave que l’impossibilité de se soigner, de vivre, de se nourrir ou de nourrir sa famille.

Les gilets jaunes parlent de faim, de précarité, de vie et de mort. Les « politiques » et une partie des journalistes répondent : « des symboles de notre République ont été dégradés« . Mais de quoi parlent ces gens ? Comment osent ils ? D’où viennent ils ? Les médias parlent aussi du racisme et de l’homophobie chez les gilets jaunes. De qui se moquent-ils ? Je ne veux pas parler de mes livres, mais il est intéressant de noter que chaque fois que j’ai publié un roman, j’ai été accusé de stigmatiser la France pauvre et rurale justement parce que j’évoquais l’homophobie et le racisme présents dans le village de mon enfance. Des journalistes qui n’avaient jamais rien fait pour les classes populaires s’indignaient et se mettaient tout à coup à jouer les défenseurs des classes populaires.

Pour les dominants, les classes populaires représentent la classe-objet par excellence, pour reprendre l’expression de Pierre Bourdieu ; objet manipulable du discours : de bons pauvres authentiques un jour, des racistes et des homophobes le lendemain. Dans les deux cas, la volonté sous-jacente est la même : empêcher l’émergence d’une parole des classes populaires, sur les classes populaires. Tant pis s’il faut se contredire du jour au lendemain, pourvu qu’ils se taisent.

Bien sûr, il y a eu des propos et des gestes homophobes et racistes au sein des gilets jaunes, mais depuis quand ces médias et ces « politiques » se soucient du racisme et de l’homophobie ? Depuis quand ? Qu’est-ce qu’ils ont fait contre le racisme ? Est-ce qu’ils utilisent le pouvoir dont ils disposent pour parler d’Adama Traoré et du comité Adama ? Est-ce qu’ils parlent des violences policières qui s’abattent tous les jours sur les Noirs et les Arabes en France ? Est-ce qu’ils n’ont pas donné une tribune à Frigide Barjot et à Monseigneur je-ne-sais-plus-combien au moment du mariage pour tous, et, en faisant cela, est-ce qu’ils n’ont pas rendu l’homophobie possible et normale sur les plateaux de télé ?

Quand les classes dominantes et certains médias parlent d’homophobie et de racisme dans le mouvement des gilets jaunes, ils ne parlent ni d’homophobie ni de racisme. Ils disent : « Pauvres, taisez-vous ! » Par ailleurs, le mouvement des gilets jaunes est encore un mouvement à construire, son langage n’est pas encore fixé : s’il existe de l’homophobie ou du racisme parmi les gilets jaunes, c’est notre responsabilité de transformer ce langage.

Il y a différentes manières de dire : « Je souffre » : un mouvement social, c’est précisément ce moment où s’ouvre la possibilité que ceux qui souffrent ne disent plus : « Je souffre à cause de l’immigration et de ma voisine qui touche des aides sociales« , mais : « Je souffre à cause de celles et ceux qui gouvernent. Je souffre à cause du système de classe, à cause d’Emmanuel Macron et Edouard Philippe« . Le mouvement social, c’est un moment de subversion du langage, un moment où les vieux langages peuvent vaciller. C’est ce qui se passe aujourd’hui : on assiste depuis quelques jours à une reformulation du vocabulaire des gilets jaunes. On entendait uniquement parler au début de l’essence, et parfois des mots déplaisants apparaîssaient, comme « les assistés« . On entend désormais les mots inégalités, augmentation des salaires, injustices.

Ce mouvement doit continuer, parce qu’il incarne quelque chose de juste, d’urgent, de profondément radical, parce que des visages et des voix qui sont d’habitude astreints à l’invisibilité sont enfin visibles et audibles. Le combat ne sera pas facile : on le voit, les gilets jaunes représentent une sorte de test de Rorschach sur une grande partie de la bourgeoisie ; ils les obligent à exprimer leur mépris de classe et leur violence que d’habitude ils n’expriment que de manière détournée, ce mépris qui a détruit tellement de vies autour de moi, qui continue d’en détruire, et de plus en plus, ce mépris qui réduit au silence et qui me paralyse au point de ne pas réussir à écrire le texte que je voudrais écrire, à exprimer ce que je voudrais exprimer.

Mais nous devons gagner : nous sommes nombreuses et nombreux à se dire qu’on ne pourrait pas supporter une défaite de plus pour la gauche, et donc pour celles et ceux qui souffrent ».

De Croo et Reynders condamnent la destruction par Israël d’un projet financé par la Belgique en Palestine


Le ministre de la Coopération au développement, Alexander De Croo, et son collègue des Affaires étrangères, Didier Reynders, ont condamné lundi la démolition le 4 juillet dernier de trois citernes d’eau, 2.500 arbres et une clôture faisant partie d’un projet humanitaire de l’organisation Oxfam à Al-Dukaika, au sud d’Hébron, financé par la Coopération belge. Ce projet mené à bien en 2015-2016 visait à préserver des pâturages pour le bétail, source principale de revenus pour 300 personnes affectées.

La Belgique demandera des explications au gouvernement israélien et des compensations.

Ces nouvelles démolitions et confiscations visant des infrastructures essentielles sont inacceptables: les projets de la Belgique visent à répondre aux besoins humanitaires et sont menés dans le respect le plus strict du droit international humanitaire et les principes de transparence de l’aide, ont rappelé les deux éminences belges.

Les deux ministres ont rappelé avoir déjà exprimé à plusieurs reprises leur vive préoccupation suite à « l’augmentation inquiétante du nombre de démolitions et confiscations de structures et de projets humanitaires dans la Zone C ». Ils soulignent que les démolitions d’infrastructures et d’habitations en Cisjordanie, territoire palestinien occupé, sont « contraires au droit international humanitaire », et en particulier à la IVe Convention de Genève, ainsi qu’aux résolutions du Conseil de sécurité.

L’armée israélienne à l’oeuvre ce 22 juillet 2019. © AFP

La Belgique n’est pas le seul donateur international visé par ce type de destruction.

Depuis 2017, notamment à l’initiative de la Belgique, un groupe de pays partenaires touchés par des actes de même nature intervient auprès des autorités israéliennes, de façon systématique et encore tout récemment, pour leur demander de mettre fin à ces démolitions, et de rétablir les projets affectés ou de payer des compensations pour les dégâts encourus.

Pour ce dernier incident également, la Belgique demandera sans délai des explications au gouvernement israélien, tant via l’ambassadeur à Bruxelles qu’à Tel Aviv, ainsi que des compensations.

Le journal ‘Le Soir’ rapportait lundi qu’Israël a détruit un projet financé par la Belgique en territoires palestiniens: trois réservoirs d’eau et au moins 2.500 arbres, qui faisaient partie d’un projet supervisé par Oxfam. Les faits se sont déroulés dans le village bédouin palestinien de Khirbet Ad-Duqaiq après d’Hébron. Les dommages s’élèveraient à plus de 75.000 euros selon l’organisation.

« Ces migrants qui gâchent nos vacances »: l’indécence à son comble


« Vous n’avez pas encore réservé vos vacances ? Quoi de mieux que les côtes de la Méditerranée pour vous dorer la pilule ? Un seul conseil : n’allez pas à Djerba ; vous risqueriez de tomber nez à nez avec des cadavres. Ce serait fâcheux et risquerait de gâcher vos vacances. »

© reuters

« Vendredi dernier (12 juillet), RTL-TVI a diffusé, au journal télévisé, une séquence intitulée « Une touriste belge découvre des cadavres sur une plage de Djerba » et présentée de la façon suivante : « Un début de vacances raté pour Charlotte. La Liégeoise venait d’arriver à Zarzis, en Tunisie, et elle a découvert un cadavre sur la plage ». Au cours du reportage, on comprend que ce sont des corps de migrants échoués sur la plage qui sont en cause : ils viennent gâcher les vacances d’une touriste belge, qui demande à changer d’hôtel.

Les garde-côtes tunisiens dénombrent près d’une centaine de migrants morts suite au naufrage d’un canot parti de Libye. Leur destin tragique n’est abordé à aucun moment. Seules apparaissent les réactions des touristes et du voyagiste lié à leur séjour. Le traitement médiatique de cet événement nous a profondément choqués.

Une déshumanisation à son paroxysme

Dans cette séquence, l’indécence et l’inhumanité prédominent. Plutôt que de s’attarder sur l’essentiel – des vies humaines ont été arrachées au cours d’une tragédie en mer -, tout est pensé pour focaliser l’attention des téléspectateurs sur la réaction d’une touriste belge parce que les corps ont échoué précisément sur la plage où elle passait ses vacances. Cette profonde dérive du sens éthique — qui amène à voir les vacances de nos compatriotes comme plus importantes que le droit inaliénable de tous à une vie digne — rend ce traitement de l’information inacceptable et contraire au code de déontologie journalistique.

La « loi de proximité » a été appliquée : les informations paraissent d’autant plus importantes qu’elles sont proches de leur cible. Pour maximiser l’audience, il a semblé opportun de parler du désarroi de touristes « bien de chez nous » plutôt que de la mort tragique de migrants. Ce dévoiement de la mission première du journalisme n’est malheureusement pas neuf : la course à l’audimat amoindrit jour après jour la qualité de l’information. Mais, dans la séquence dont il est question, l’indécence est à son comble, à tel point qu’il devient difficile d’imaginer que seule la recherche d’audience est en cause.

La Méditerranée : lieu de villégiature pour les uns, cimetière pour les autres

Si nous dénonçons l’absence de repères éthiques dans ce « reportage », il présente néanmoins le mérite de mettre involontairement en relief les inégalités criantes entre les habitants du « Nord » et d’un certain « Sud ». Les uns peuvent se ressourcer ; les autres sont contraints de risquer leur vie pour subvenir à leurs besoins fondamentaux. Les uns sont libres de parcourir le monde à leur guise ; les autres ne peuvent le faire qu’au prix de leur vie. Les uns peuvent changer d’hôtel pour éloigner de leur vue ou de leur conscience ce qui les dérange ; les autres seront enterrés loin des leurs. Les uns se voient offrir un soutien psychologique ; les autres peinent à recevoir — en Belgique — l’accompagnement psychologique ou psychiatrique que les traumatismes successifs endurés nécessiteraient. Notons que c’est d’ailleurs cette dissymétrie révoltante entre le « Nord » et le « Sud » qui est responsable d’une partie significative des migrations actuelles.

La responsabilité des médias

L’angle choisi par RTL-TVI n’est pas un cas isolé. En effet, la représentation des migrants véhiculée par certains médias dominants ne cesse de se détériorer. Présentés, selon les cas, comme des menaces, des victimes, des fardeaux ou des intrus — et, systématiquement comme des « autres » si différents de nous — (Mazzocchetti & Yzerbyt, 2019), les migrants ne sont plus reconnus comme des êtres humains à part entière : ils sont infrahumanisés, voire déshumanisés. Chez nous, ils sont perçus comme indésirables, corvéables à merci. Ici comme ailleurs, nous sommes indifférents à leur souffrance, voire même incommodés si elle vient à s’afficher sur la plage de nos vacances ! La séquence de vendredi va ainsi jusqu’à légitimer l’indifférence : n’est-il pas normal de vouloir changer d’hôtel pour pouvoir se soustraire à toute prise de conscience ?

La responsabilité des médias dominants dans la construction de nos représentations sur les migrants est énorme. En alimentant des représentations erronées, largement formulées par l’extrême-droite, les médias « altérisent » les migrants, rendent toute forme d’identification impossible et participent au déni de solidarité. En exacerbant cette logique, RTL-TVI a contribué — une fois de plus — à remplacer notre humanité par l’égocentrisme le plus désinhibé.

Nous ne pouvons accepter que la migration soit abordée de façon aussi biaisée. À l’heure de la montée de l’extrême-droite un peu partout en Europe, nous appelons les médias à assumer leurs responsabilités et à informer l’opinion publique de façon complète et nuancée.

Mazzocchetti, J., & Yzerbyt, V. (2019). Crise migratoire: le discours médiatique alimente-t-il la peur des migrants ? Sociétés en changement, 7.

Primo-signataires (8)

Jean-Baptiste Dayez – Psychologue social et militant

Sarah Degée – Enseignante et collaboratrice de l’Institut de recherche, formation et action sur les migrations (IRFAM)

Martine Demillequand – Collaboratrice pédagogique à l’UCLouvain et professeure de français

William Donni – Militant associatif et politique, activiste et membre du Mouvement Demain

Jessy Doulette – Citoyenne militante antispéciste, féministe et antiraciste

Mohamed El Hendouz – Militant associatif et politique

Seyma Gelen – Enseignante, féministe décoloniale, membre et cofondatrice du Collectif féministe Kahina

Eva Maria Jiménez Lamas – Syndicaliste féministe antiraciste

Signataires (816)

voir ici

Emmaüs Roya accueil réfugiés


En accueillant des réfugiés, les habitants de la vallée de la Roya, dans les Alpes-Maritimes, se sont mis hors-la-loi. Article accompagnant l’image ICI

Trouvé sur Facebook chez

Cédric Herrou

Avant, dans la Vallée de la Roya, nous étions agriculteurs, infirmiers, avocats, professeurs, ouvriers. Nous étions impliqués dans notre travail, dans nos associations sportives, artistiques, culturelles, paysannes. Nous faisions vivre notre vallée car nous nous sentions lui appartenir. Cette cohésion sociale nous a permis de nous mobiliser face à ce drame qu’est la migration. Nous n’étions pas militants « pro-migrants » mais nous le sommes devenus malgré nous, par l’acharnement judiciaire et la forte médiatisation de notre lutte. Notre vallée a été abandonnée par l’Etat Français, sacrifiée pour la lutte contre la migration. Notre vallée servirait de frontière sans que l’Etat n’en assume les conséquences. Nous n’avions pas d’autre choix que de prendre la «cape» du militant pro-migrants car pour nous il était impossible de garder l’intégrité de notre vallée sans redonner l’intégrité aux personnes exilées.

Grâce aux bénévoles et aux personnes réfugiées elles-mêmes, nous avons pu organiser l’accueil d’urgence de milliers de personnes. Un réel refuge où les personnes peuvent manger, dormir, se reposer, se faire soigner mais aussi rire, apprendre et s’impliquer. Très vite, nous réalisons que la qualité de l’accueil ne repose pas sur le confort du lieu, mais sur la considération de la personne. C’est en traitant les personnes réfugiées à l’égal de soi, en les responsabilisant, et en les rendant essentielles au bon fonctionnement du lieu que l’accueil amorce l’insertion de ces personnes.

Nous avons développé le travail de la terre, par le maraîchage, l’aviculture, l’oléiculture, l’auto-construction, pour créer ensemble, et apprendre à apprendre. Les personnes trouvent une place, un rôle. La ferme complantée d’oliviers, accrochée sur un pan de colline, loin de toute habitation, est un espace de rêve pour la première phase de reconstruction de soi. Mais pour la seconde phase, celle de l’insertion, du lien social avec la population, pour les personnes désirant s’installer et construire leur avenir, la ferme est beaucoup trop isolée. Le besoin de lien social avec la population devient indispensable. Notre constat aboutit à une évidence : nous voulons créer un lieu non pas pour les réfugiés mais avec les réfugiés, pour notre vallée, au cœur d’un village, afin d’éviter le communautarisme, et permettre la mixité entre les habitants et les personnes exclues de notre société (étrangères, précaires, en situation de handicap, etc.). Nous voulons créer une dynamique économique, territoriale et solidaire non pas seulement pour des personnes en situation de grande précarité, mais avec elles. Nous voulons prouver que les personnes en situation d’exclusion, quelles qu’elles soient, peuvent jouer un rôle clé dans la dynamisation de nos campagnes, et être garantes du lien social.

Cette dynamique, nous l’avons trouvé au sein du mouvement Emmaüs. Un mouvement dont nous partageons les valeurs, mais aussi les modes d’actions, le terrain. En 2018, lors de l’accompagnement du film Libre de Michel Toesca nous avons réalisé l’ampleur de ce mouvement : un réseau fort de plus de 288 groupes en France, et 350 à l’international. Emmaüs France, par le travail de ses 119 communautés, est aussi l’un des pionniers du recyclage, de la ressourcerie en France, depuis plus de 70 ans. Le réemploi, et le développement durable sont, avec la solidarité, leur cœur de métier. Et quand on aborde le thème du développement durable, on en vient forcément à parler de la nourriture ; comment la produire, comment y accéder, comment se nourrir. Nous avons contacté Emmaüs France pour leur proposer d’être la première communauté Emmaüs dont l’activité ne serait pas la collecte et le recyclage d’objets mais la paysannerie.

De nombreux projets à vocation sociale, de lutte contre l’exclusion, subissent malheureusement des pratiques alimentaires peu saines et peu respectueuses de l’environnement (produits de mauvaise qualité, invendus défiscalisés, etc.). Leur travail est plus que nécessaire, mais entretient d’une certaine façon une « double peine » : une précarité sociale, accompagnée d’une précarité nutritive (et par conséquent une précarité sanitaire). La production paysanne de notre communauté est en partie vivrière, ce qui permet aux personnes en situation d’exclusion de se nourrir de produits biologiques, locaux, de saison, qu’elles ont cultivé elles-mêmes. Les personnes en situation d’exclusion sont actrices de cette agriculture : bien que mises au ban de la société, elles montrent l’exemple, en développant un modèle économique pérenne basé sur une activité paysanne durable et respectueuse de l’environnement. Emmaüs Roya veut montrer qu’il est possible d’apporter des réponses croisées aux problématiques d’environnement et d’exclusion sociale, de lier concrètement justice climatique et justice sociale.

Notre association Défends ta Citoyenneté devient Emmaüs Roya

Cédric Herrou, président d’Emmaüs Roya
Lundi 8 juillet 2019

À bord du KWAI, nettoyage record du continent de plastique.


rmondialisation.org

Sasha Delaage

Le 19 juin 2019, après 25 jours passés en mer, le KWAI rentre dans le port de Honolulu. Pendant près d’un mois, l’équipage a effectué le plus grand nettoyage du “Vortex de déchets du Pacific Nord” jamais entrepris. Le voilier retrouve la terre ferme avec à son bord, 42 tonnes de déchets et de filets récoltés dans l’océan. Reportage de notre correspondante à Hawaii, Sasha de Laage.

Nous sommes le 25 Mai 2019, le port de Honolulu grouille d’activité. Les hommes d’équipages du KWAI s’affairent sur le pont, les bénévoles achèvent les derniers préparatifs. C’est finalement devant une foule de journalistes et de sponsors que le navire appareille et file au Nord-Est. Le cap est fixé vers le “Vortex” de Déchets du Pacifique Nord, là où par le biais des courants marins qui forment un tourbillon, se concentrent les plus grands amas de plastique dans l’océan. Cette zone du Pacifique – qu’on estime deux fois plus vaste que la France – est plus connue sous le nom de “continent de plastique”.

Le KWAI – photo © : Sasha de Laage/Ocean Voyages Institute

Mary Crowley, présidente de l’ONG Ocean Voyages Institute qui finance l’expédition, nous explique que “l’objectif de la mission est de mieux comprendre les courants marins dans cette région du Pacifique, et de retirer le maximum de débris et de filets fantômes, -ghost nets-, de l’océan.” Ce terme désigne les filets  abandonnés ou perdus en mer par les navires de pêche. Ils deviennent un piège et une menace pour toute forme de vie aquatique et sont un “fléau pour les écosystèmes marins”, insiste Mary Crowley. Ces filets dévastateurs finissent par s’échouer sur les côtes ou sur des barrières de coraux qu’ils étouffent.

Il y aura plus de plastique dans les océans que de poissons d’ici 2050”

Un Océan de Plastique

En 2017, un rapport alarmant du World Economic Forum nous mettait déjà en garde. Si rien ne venait à changer, il y aura plus de plastique dans les océans que de poissons d’ici 2050 (en poids). Tous les ans, ce sont 8 millions de tonnes de plastique supplémentaire qui contaminent l’océan. Voilà à quoi ressemble le monde que nous léguons à nos enfants si nous ne faisons rien. Pour inverser cette tendance désastreuse, il n’y a pas de solution miracle: nous devons arrêter de considérer l’océan comme la poubelle du monde et changer de modèle de production. “50% de l’oxygène que nous respirons, nous le devons à l’océan rappelle Charlotte Vick, de la Mission Blue Foundation. “Pendant longtemps, nous avons cru que l’océan était trop vaste pour s’effondrer. Mais ce n’est pas le cas, puisqu’il s’effondre en ce moment même” déplore t-elle.

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Les initiatives pour récupérer et recycler tous ces déchets présents dans l’environnement se multiplient autour du monde, à l’image du succès de la start-start-up 4Ocean et de l’ambitieux projet The Ocean Clean-Up. Mais Mary Crowley nous prévient: “Beaucoup de personnes pensent que ces start-up vont sauver nos océans, il y a énormément de spéculation autour du projet ‘The Ocean Clean-Up’, mais aucun résultat n’en ressort pour l’instant. Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre une solution miracle. La plupart des bateaux de pêches pourraient être employés 4 mois par an pour nettoyer les océans, et avoir un impact très concret !

Récupération d’un filet fantôme dans le Pacifique – photo © : Greg Joder/Ocean Voyages Institute

Comment nettoyer l’océan ?

Il [l’océan] rassemble nos déchets pour nous, il fait le plus gros du travail en attendant que nous les récupérions !

Charlotte Vick, bras droit de l’iconique Sylvia Earle, nous met en garde: “L’acidification des océans, le réchauffement climatique, et la pollution plastique… Notre planète bleue est en grand danger…” avant de s’interroger: “L’océan est si vaste, comment le nettoyer ?” Pour Mary Crowley, la nature fait bien les choses et peut-être un allié dans ce combat. “L’Océan a une façon de trier les déchets” nous rappelle t’elle. “Il rassemble nos déchets pour nous, il fait le plus gros du travail en attendant que nous les récupérions !” En effet, en dehors du plastique ingéré par le monde animal et les fonds océaniques, une partie de celui-ci est coincé dans les gyres océaniques d’une part, et dans des amas « locaux » d’autre part.

En amont de notre départ, certains vaisseaux en transit dans cette région du Pacifique avaient attachés des trackers GPS sur certains filets fantômes, nous donnant ainsi leur position en temps réel. La technologie satellite a été un atout majeur et une solution innovante pour dénicher les zones denses en déchets plastiques. Nous n’avons eu qu’a suivre les 8 coordonnées que nous renvoyaient le satellite. Dut aux courants, les filets balisés étaient très proches d’autres débris” nous explique Ethan Aspler, le capitaine du KWAI. Devant les caméras venues célébrer le retour du KWAI, il précise: “Avec l’aide d’un vigile posté sur le mat et de deux pilotes de drones, nous avons pu localiser des filets supplémentaires, dans un rayon de plusieurs kilomètres autours du navire, et ainsi augmenter considérablement l’efficacité de notre nettoyage.”

Tracker GPS sur un filet fantôme – photo © : Ocean Voyages Institute

Teitera, un des membres d’équipage, raconte: “C’était épuisant, d’être constamment en alerte, en mouvement, dans l’eau pour attacher les sangles autours des filets, sur le pont pour les hisser hors de l’eau, sur le dinghy pour récupérer les emballages, les bouteilles et tous les débris qui traînaient.” Comme tous les membres d’équipage, Teitera vient de Kiribati, un petit état insulaire du centre du Pacifique. Ému, il reprend: “Nous sommes un peuple de pêcheurs, et nous n’avons pas fait grand chose pour détruire l’océan. Mais nous sommes les premiers à souffrir de la disparition des poissons et de la montée des eaux. Et nous sommes aussi les premiers à nettoyer la poubelle des autres.

Teitera – photo © : Sasha de Laage/Ocean Voyages Institute

Au final, le KWAI a retiré à lui seul 42 tonnes de débris et de filets de l’océan, ce qui fait de cette campagne le plus grand nettoyage du “continent de plastique” jamais entrepris. La totalité des déchets et des filets ont été recyclé. Cependant, un des membres d’équipage temporise :C’est super ce qu’on a fait. Mais il faut pas se voiler la face. On a vu tellement de débris là-bas, tellement de micro-plastiques… Ce qu’on a accompli, c’est bien, mais ce n’est pas suffisant. Ça doit participer à un effort global pour modérer nos modes de vies.” On peut saluer cette clarté d’esprit. Car personne n’est dupe : nous n’y arriverons pas sans changer la société thermo-industrielle à la source.

Selon une étude datée de 2014, on estime à environ 51 trillions le nombre de particules micro-plastiques dans l’océan. Ces fragments sont avalés par les poissons, avant de remonter la chaîne alimentaire et de finir dans nos propres estomacs. Mary Crowley confirme que “ce n’est que le début ! Nous allons repartir dès le mois d’Août, et nous espérons être une dizaine de vaisseau à parcourir le Pacifique pendant 3 mois dès l’année prochaine.” Charlotte Vick, quant à elle, nous invite à “participer à cette solution globale en réduisant notre consommation et en supportant les efforts de clean-ups partout autour du monde.” Le rendez-vous est pris pour Mai 2020, ou le KWAI battra sûrement son propre record.

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Vivre sans Google et cie ? La liste des alternatives aux GAFAM


Les GAFAM – ces mastodontes du web – sont régulièrement sous le feu des critiques. Contrôle du marché de l’information et de la publicité en ligne, revente des données personnelles, pouvoir économique mondial hors norme, influence de la démocratie via des lobbies surpuissants, les motifs de se méfier de ces géants ne manquent pas. Difficile pourtant de s’en défaire une bonne fois pour toute tant ils sont partout dans notre univers numérique. Néanmoins, voici quelques pistes pour les remplacer au quotidien.

Derrière l’acronyme un peu barbare de GAFAM se cachent 5 groupes tentaculaires travaillant sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication : Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft. Ces géants connus de tous et aux croissances folles sont aujourd’hui les leaders en matière de capitalisations boursières au prix de pratiques parfois – souvent – moralement douteuses. Au cœur des scandales, entre l’intrusion massive dans la vie privée des utilisateurs et la gestion peu scrupuleuse de leurs données personnelles, nous retrouvons également des collusions avec certains gouvernements comme ont pu le démontrer les  lanceurs d’alerte de Wikileaks ou Edward Snowden. Une hégémonie quasi totale qui n’est pas signe de bonne santé pour nos démocraties déjà fragilisées.

Une autre vision du Web et de l’informatique

Depuis les débuts de l’informatique, un autre modèle s’organise en marge des logiques marchandes et liberticides grâce aux acteurs – ou hackteurs – des « free softwares » ou logiciels libres. De manière générale, ces logiciels peuvent être redistribués librement (gratuitement dans la majeure partie des cas, même si ce n’est pas obligatoire) et l’utilisateur peut avoir accès à leurs codes sources pour customiser et améliorer son expérience et celles des autres utilisateurs.

La plupart des logiciels ou services distribués sous licence libre sont développés de manière coopérative par leur communauté, permettant ainsi de répondre de manière efficace aux besoins des utilisateurs et de corriger un grand nombre de bugs. Bien moins avides en données personnelles, car non-financés par la publicité, ils peuvent s’avérer de bonnes alternatives aux services proposés par les GAFAM et se révèlent parfois même plus performants. VLC Media Player par exemple est un des seuls logiciels grand public permettant de lire, convertir et télécharger des fichiers audio et vidéo dans tous les formats existants.

Crédit : Anybox. Lire « Pourquoi l’open source »
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Pour Richard Stallman, pionnier de la philosophie du Libre, ce mouvement veut poser les fondations d’une nouvelle société où les idées et la culture s’échangent librement. C’est à dire, sans soumission à une logique strictement commerciale qui oriente les actes des producteurs de contenus. L’objectif est de permettre à tout le monde de s’épanouir sans entrave, en favorisant la compréhension de la technologie et l’utilisation du matériel informatique tout en limitant le gaspillage et l’obsolescence. Bâtie sur ce modèle, la fondation Wikipédia, quotidiennement enrichie par les contributions de ses utilisateurs, en reste le meilleur exemple.

Des alternatives concrètes aux GAFAM pour se réapproprier son ordinateur et la navigation web

Dans la mesure du possible, nous tâcherons de proposer ici quelques solutions libres, open-source et respectueuses de la vie privée des utilisateurs, sans prétendre que celles-ci soient qualitativement supérieures. Si nous ne pouvons pas traiter en un seul article tous les services proposés par les GAFAM, nous tenterons de mettre en avant des alternatives aux services les plus couramment utilisés.

Google

Premier consommateur de données personnelles au monde, le cœur de métier de Google – détenu par la holding Alphabet – consiste à connaître au mieux les utilisateurs afin de cibler précisément les publicités qui les intéressent. Les espaces publicitaires ainsi ciblés sont ensuite mis aux enchères et revendus au plus offrant. Tous les services qui encadrent Google servent ainsi uniquement à récolter ces données personnelles dans un objectif commercial qui, notamment, alimente la mondialisation de la consommation telle que nous la connaissons.

Dans un premier temps, si on souhaite naviguer plus librement sur le web, il est nécessaire de bien choisir son navigateur web.

Le navigateur

En mai 2018, le navigateur internet de Google détient à lui seul près de 66 % des parts de marché contre 11 % pour son concurrent open source Mozilla Firefox. Disponible pour presque tous les opérateurs systèmes (Windows, Mac OS, Android, Linux …) le navigateur web de la Mozilla Foundation se montre plus performant que son concurrent et moins consommateur en ressources et en copie de données personnelles. Le changement de navigateur est vraiment rapide et simple avec la possibilité d’importer ses préférences de navigation depuis Google Chrome après installation. Firefox permet également de synchroniser ses navigateurs grâce à un compte utilisateur sur plusieurs appareils. Ce qui fait la richesse de Firefox, c’est également ses nombreux thèmes et extensions gratuits créés par la communauté.

Autres alternatives possibles : Brave, un navigateur internet open-source conçu avec un bloqueur de publicités intégré. Tor Browser, un navigateur également libre surtout centré sur l’anonymat. Attention aux navigateurs open source venant de Google tel que Chromium et ses dérivés, formes de « social-washing » numérique, ils ne respecteront pas aussi bien votre vie privée que d’autres alternatives.

Le moteur de recherche

Et pour changer de moteur de recherche ? Rien de plus simple. Il suffit de modifier les paramètres de son navigateur web et de sélectionner ou d’ajouter son nouveau moteur de recherche, mais lequel choisir ?

DuckDuckGo : pour naviguer de manière sure. Avec une interface proche de Google, ce moteur de recherche fonctionne sans publicité et respecte la vie privée de ses utilisateurs.

Qwant : une alternative française respectueuse de la vie privée. Lancé début 2013, le navigateur n’utilise aucun dispositif de traçage des utilisateurs ni aucun cookie. Il ne conserve également aucun historique de recherche.

Lilo : pour ceux qui veulent soutenir des projets sociaux et environnementaux. Lilo reverse 50 % de son chiffre d’affaires aux projets soutenus par les utilisateurs. Il n’est donc pas strictement sans publicité mais « détourne » ses revenus à des causes jugées utiles.

Ecosia : pour les amoureux des arbres. L’objectif d’Ecosia est simple, planter 1 milliard d’arbres grâce aux revenus générés par son moteur de recherche. À l’heure actuelle c’est plus de 60 millions d’arbres plantés grâce aux recherches sur Ecosia. Chaque mois, le navigateur publie son rapport financier et les reçus des plantations d’arbres dans une logique de transparence.

La boîte mail

ProtonMail : une messagerie moderne et sécurisée. En plus d’être open source et encryptée, ce fournisseur de service mail situé en Suisse, et qui bénéficie donc de son cadre légal, dispose également d’une application Android et iOS pour faciliter la gestion de sa boîte mail sur téléphone. Accessible dans de nombreuses langues, il propose également des solutions pour les entreprises et les professionnels.

Tutanota : une boîte mail accessible et sécurisée. Comme ProtonMail, Tutanota est open source, sécurisé et dispose également d’applications sur téléphone, une nécessité aujourd’hui.

Il apparaît important de citer ici également l’association lyonnaise Framasoft qui, au travers de son projet « Dégooglisez votre internet » et de ses 32 services open source proposés, permet de remplacer presque intégralement l’écosystème Google. L’association a pour but premier de faire le lien entre l’univers du libre et du grand public grâce à leurs actions d’éducation populaire.

Facebook

Le souci avec les réseaux sociaux, c’est que nous sommes généralement très contents – sur l’instant – de leur donner nos informations personnelles pour pouvoir être retrouvés plus facilement par nos amis, ou tout simplement pour raconter notre vie quotidienne. Facebook l’a bien compris et est le champion de l’utilisation peu scrupuleuse des données utilisateurs. Pour le groupe, l’année 2018 a été marquée par le scandale Cambridge Analytica lors duquel nous avons appris que plus de 50 millions d’utilisateurs avaient été ciblés par des publications politiques pouvant orienter leurs votes, violant ainsi les conditions d’utilisations du réseau social.

Avec ses quelque 2,38 milliards d’utilisateurs mensuels, le groupe privé peut se vanter d’avoir une réelle influence sur nos façons de penser et sur notre morale en imposant ses choix à l’échelle mondiale aux utilisateurs captifs (difficile de changer de réseau social quand tous nos amis sont sur Facebook). Le phénomène est tel que le Sénat et le Congrès étasunien ont décidé de mettre leurs nez dans la question et d’auditionner régulièrement Mark Zuckerberg sur ces pratiques.

– Le but de la Diaspora Foundation est de créer un réseau social open source et respectueux de la vie privée des utilisateurs. Les données des utilisateurs sont stockées sur un des « pods » choisis par l’utilisateur lors de sa première connexion, au lieu d’un grand serveur central appartenant à une entreprise et regroupant les données de tous. Diaspora permet de créer son profil, d’actualiser son statut et d’échanger des messages avec ses amis, tout en échangeant photos, vidéos et autres documents. (Mr Mondialisation héberge et alimente son propre Pod diaspora #Mondiaspora).

Mastodon quant à lui est plus proche d’un client Twitter. On y poste des statuts courts tout en suivant de nombreux profils. Le projet n’est pas financé par la publicité, mais par des dons sur Patreon.

– Citons enfin MeWe, un réseau social très proche visuellement de Facebook et particulièrement facile d’utilisation. Tout comme le géant américain, MeWe propose un système de groupes et de pages pour les entreprises et associations. Présenté comme la prochaine génération du réseau social, son modèle économique ne repose ni sur la récolte de données privées ni sur la publicité. C’est pour l’instant un candidat idéal, tant graphiquement qu’en terme d’utilisation, pour contrer le géant Facebook. (Mr Mondialisation compte s’y installer prochainement pour une phase de test).

Apple et Microsoft

Ne nous en cachons pas. Poser la question des alternatives à Apple et Microsoft revient à s’attaquer à un gros morceau de l’histoire de l’informatique et des technologies. Au cours des dernières décennies, les deux entreprises ont fait couler beaucoup d’encre lors de grandes affaires publiques : abus de position dominante, vente forcée, mépris des usagers. Malgré cela, elles n’en restent pas moins leaders dans leurs domaines respectifs.

Se passer de la suite Microsoft Office (Word, Excel, PowerPoint….) :

Disponibles sur tous les opérateurs systèmes LibreOffice de la Document Foundation et Apache OpenOffice sont deux suites de bureautiques gratuites et open source capables de répondre aux besoins des professionnels comme des particuliers. L’utilisateur y retrouvera toutes les fonctionnalités du pack Microsoft Office : feuilles de calcul, présentations avec slides, traitement de texte, modificateurs d’images, etc. Documentations et tutoriels sont accessibles sur les sites web respectifs des logiciels. Contrairement aux croyances, ces solutions offrent une vaste gamme de comptabilités pour la lecture et l’enregistrement des documents.

Remplacer Windows ou macOS en choisissant son opérateur système (OS) :

Le mouvement du libre a fait ses armes au commencement de l’informatique individuelle avec la création d’un opérateur système libre combinant les travaux des équipes de Richard Stallman et Linus Torval : « GNU/Linux », renommé par simplicité Linux. Le fait que Linux soit open source permet à tous les utilisateurs de proposer leur version de l’OS, on appelle cela une distribution ou « distro ». Au fil des ans, des groupes de développeurs se sont formés afin de mettre à disposition des utilisateurs les distros les plus simples, optimisées possibles. Grâce au travail des développeurs, Linux est aujourd’hui accessible aux personnes ayant peu de connaissances en informatique. De plus, les distributions Linux ne connaissent que très peu de menaces informatiques (virus ou autres malwares), car elles sont plus rarement ciblées par les pirates.

Tout le monde n’étant pas à l’aise avec l’informatique ou ne voulant pas s’embêter avec l’installation d’un nouvel OS nous proposerons ici des distributions qu’il est possible d’acheter préinstallées sur un nouvel ordinateur. Nous nous concentrerons également sur les distributions simples d’accès pour un nouvel utilisateur. Les professionnels sont invités à approfondir leurs recherches.

Linux Mint

Avec son interface proche de Windows, Linux Mint espère séduire les utilisateurs en transition vers Linux. La distribution est légère, peu consommatrice en ressource et très facile à prendre en main. Un must pour débuter dans le monde du libre.

Ubuntu

Ubuntu est probablement une des distributions les plus connues. Très simple d’installation, elle propose une bonne expérience utilisateur pour les néophytes.

Pop!_OS

Pop!_OS de system76 (basée sur Ubuntu) est la preuve incarnée qu’il est possible de proposer une distribution Linux très accessible aux nouveaux utilisateurs, performante, et design. System76 propose également toute une gamme d’ordinateur incluant Pop!_Os ou Ubuntu à l’installation.

– Et bien d’autres encore …

Si le sujet vous intéresse, nous vous invitons à découvrir par vous-même les nombreuses distributions Linux afin de choisir celle qui vous convient le mieux. Vous découvrirez au cours de vos recherches de nombreuses communautés d’utilisateurs, riches en documentations, tutoriels et solutions concrètes pour vos besoins. On trouve par exemple des distributions très légères pour faire fonctionner d’anciens ordinateurs ralentis par des OS trop lourds (ex : les netbooks ou notebooks que les étudiants utilisent pour du traitement de texte), d’autres sont plus adaptées pour les mordus de jeux vidéo, etc. Bref, le web grouille de solutions libres pour les curieux et amoureux d’informatique.

Amazon

Quelles solutions s’offrent à nous lorsqu’on souhaite se passer du géant de la marketplace aux pratiques concurrentielles néfastes et peu soucieuses des questions environnementales ?

Contrairement aux sujets précédents, nous ne pourrons bien évidemment pas proposer une alternative strictement libre ou « open source » à Amazon. Choisir d’acheter sur Amazon, c’est avant tout préféré la simplicité du service que l’entreprise offre grâce à sa position dominante sur le marché tout en fermant les yeux sur les nombreuses dérives sociales et écologiques que leur modèle génère. Symptomatique de notre société, le mode de fonctionnement « Amazon » écrase les vendeurs, producteurs et livreurs en rendant cette souffrance invisible aux yeux du consommateur qui peut donc simplement se satisfaire de cet immense catalogue de produits du bout d’un clic, sans se soucier du reste.

Crédit : Victor Svensson

Des alternatives plus éthiques à Amazon existent déjà, mais bien d’autres restent à inventer. Lalibrairie.com est, par exemple, un librairie en ligne qui fédère 2500 libraires locaux et référence 350 000 ouvrages. L’alternative se définit comme la librairie en ligne qui défend les libraires indépendants et donc une économie locale du livre… Et pourquoi pas, tout simplement, se rendre dans une librairie indépendante ? En matière de mode éthique, durable, locale et/ou biologique, une simple recherche dans une moteur de recherche open source offre une bel aperçu des nombreuses solutions disponibles pour s’habiller plus respectueusement.

Conclusion

Pour la philosophie du Libre, remettre l’utilisateur ou le consommateur au cœur de la démarche de création en mettant à sa disposition les connaissances nécessaires permet ainsi l’émergence de solutions insoupçonnées et plus démocratiques. Si les consommateurs ne sont pas satisfaits des services proposés, et face au manque de courage politique pour des changements structurels, les changements peuvent alors se faire par le bas grâce au boycott ou en proposant/soutenant des alternatives.

Malgré le temps d’adaptation au changement de nos habitudes, l’expérience du Libre nous montre que si d’autres solutions existent, elles nécessitent cependant un investissement de la part des utilisateurs en temps et en courage pour sortir de cette zone de confort. Dans le contexte actuel de prise de conscience de l’impact de nos modes de consommation, nous avons peut-être intérêt à nous inspirer de la philosophie des logiciels libres pour nous réapproprier nos appareils technologiques et poser les bases d’une société plus émancipatrice, sur le web comme dans le monde réel…