Mehdi Kassou au sujet de dimanche prochain


❗❗APPEL À MOBILISATION À LIRE JUSQU’AU BOUT, POUR LE BIEN DE NOS AMIS❗❗

(REJOIGNEZ HÉBERGEMENT PLATEFORME CITOYENNE)

📍Bien que la manifestation d’extrême droite prévue à Bruxelles ce dimanche ait été interdite sur tout le territoire de la Région bruxelloise, la présence de casseurs ne respectant pas l’interdiction n’est pas à exclure.

Les menaces proférées à l’encontre des gars du parc nous laissent sérieusement penser que laisser nos amis dans et autour du parc comporte de sérieux risques.

📍Nous avons donc décidé de prendre une série de mesures préventives afin d’éviter toute agression sur nos amis.

🤫Nous ne dévoilerons pas ici l’ensemble de ces mesures pour des raisons évidentes de sécurité

VOICI UNE PARTIE DE CES MESURES⤵️

📍SAMEDI SOIR : Adriana et toute l’équipe des vestes blanches seront au taquet TOUTE LA SOIRÉE ET AUSSI TARD QU’IL LE FAUDRA POUR VIDER LE PARC.

❗ ATTENTION❗

❗VIDER LE PARC NE SE FERA PAS SANS VNOUS❗

💻Thomas nous prépare un formulaire spécial à compléter avec le nombre de personnes que vous pourrez accueillir de samedi à dimanche.

📍Attention, les continuités, habitués et relais seront à gérer de votre côté comme d’habitude.

📍Dans la mesure du possible, GARDEZ VOS INVITÉS LE PLUS TARD POSSIBLE LE DIMANCHE EN JOURNÉE.

❗❗❗Seules les places libres pour des envois depuis le parc SAMEDI SOIR seront à mentionner dans le formulaire❗❗❗

➡️ Le formulaire sera publié demain après midi et sera également posté en commentaire ci-dessous⤵️

📍NOUS AURONS ÉGALEMENT BESOIN DE BEAUCOUP DE BÉNÉVOLES POUR LA JOURNÉE DE DIMANCHE.

🚐 3 CHAUFFEUR PERMIS B (POUR CONDUIRE LES VANS)

❤ UN RENFORT BÉNÉVOLES POUR GÉRER DIFFÉRENTS LIEUX TENUS SECRETS 🤫

NOUS NE POUVONS EN DIRE PLUS ICI MAIS VOUS POUVEZ D’ORES ET DÉJÀ CONTACTER Vanessa ET Gaia EN MESSAGE PRIVÉ SI VOUS SOUHAITEZ VENIR RENFORCER NOS ÉQUIPES.

🔥ON EST PLUS CHAUDS QUE LES FACHOS🔥

🗣 ALORS, VOUS, NOUS, VNOUS, POUR EUX ET CONTRE LE RACISME, ON EST D’ACCORDS⁉️

🤜🏼🖤💛❤🤛🏿
CE SAMEDI, CE SERA TOUS ENSEMBLE CONTRE LES RACISTES
🤜🏿🖤💛❤🤛🏼

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Lettre à celles et ceux « qui ne sont rien »


DEC
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« Nous savons désormais que nous préférons n’être rien aux yeux d’un Macron plutôt que de réussir dans son monde cynique et hors-sol. Voilà bien ce qui pourrait arriver de plus merveilleux : que plus personne ne veuille réussir dans ce monde-là et, par la même occasion, que plus personne ne veuille de ce monde-là. »

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On l’entend partout ces jours-ci : c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Et là où beaucoup s’affligeaient de ne voir que le marécage stagnant d’une majorité dite silencieuse et passive ont surgi mille torrents impétueux et imprévisibles, qui sortent de leur cours, ouvrent des voies inimaginables il y a un mois encore, renversent tout sur leur passage et, malgré quelques dévoiements initiaux, démontrent une maturité et une intelligence collective impressionnantes. C’est la force du peuple lorsqu’il se soulève, lorsqu’il reprend sa liberté. C’est une force extraordinaire et ce n’est pas pour rien que l’on invoque tant 1789, mais aussi 1793 et les sans-culottes. Ami.e.s gilets jaunes, vous avez déjà écrit une page glorieuse de l’histoire de notre pays. Et vous avez déjà démentis tous les pronostics d’une sociologie compassée sur le conformisme et l’aliénation du grand nombre.

Mais qu’est-ce donc que ce « peuple » qui, d’un coup, se réveille et se met à exister ? Rarement comme aujourd’hui le mot aura paru aussi juste, même à ceux d’entre nous qui pourraient le juger périmé, parce qu’il a trop souvent servi à capturer la souveraineté au profit du Pouvoir d’en-haut, et qu’il peut aujourd’hui faire le jeu des populismes de droite ou de gauche. Quoi qu’il en soit, dans le moment que nous vivons, c’est Macron lui-même qui a redonné au peuple à la fois son existence et sa plus juste définition. Le peuple qui se soulève aujourd’hui et qui est bien décidé à ne plus s’en laisser compter, c’est toutes celles et tous ceux qui, dans l’esprit dérangé des élites qui prétendent nous gouverner, ne sont rien. Cette arrogance et ce mépris de classe, on l’a dit mille fois déjà, sont l’une des raisons les plus fortes pour lesquelles Macron, hier adulé par certains, est aujourd’hui si profondément haï.

Voilà ce que le soulèvement en cours a déjà démontré : celles et ceux qui ne sont rien ont su réaffirmer leur dignité et, par la même occasion, leur liberté et leur intelligence collective. Et surtout, ils savent désormais – nous savons désormais que nous préférons n’être rien aux yeux d’un Macron plutôt que de réussir dans son monde cynique et hors-sol. Voilà bien ce qui pourrait arriver de plus merveilleux : que plus personne ne veuille réussir dans ce monde-là et, par la même occasion, que plus personne ne veuille de ce monde-là. Ce monde où, pour que quelques uns réussissent, il faut que des millions ne soient rien, rien que des populations à gérer, des surplus qu’on balade au gré des indices économiques, des déchets que l’on jette après les avoir pressé jusqu’à la moelle. Ce monde où la folie de l’Économie toute-puissante et l’exigence de profit sans limite aboutissent à un productivisme compulsif et dévastateur, c’est celui qui – il faut le dire aussi – nous conduit vers des hausses des températures continentales de 4 à 6 degrés, avec des effets absolument terribles dont les signes actuels du dérèglement climatique, pour sérieux qu’ils soient déjà, ne sauraient nous donner une idée juste et que nos enfants et petits-enfants auront à subir. Si ce n’est pas là l’urgence qui nous soulève aujourd’hui, c’est celle qui nous soulèvera demain si le mouvement actuel échoue à changer profondément les choses.

Parmi les autres détonateurs du soulèvement en cours, il y a l’injustice, fiscale d’abord et désormais plus largement sociale, qui est ressentie comme intolérable. Bien sûr, l’accentuation vertigineuse des inégalités résulte des politiques néolibérales menées depuis des décennies, mais jusque-là on avait toléré, accepté. Maintenant, non. Trop c’est trop. Et quand on commence à ne plus accepter l’inacceptable, on ne peut pas s’arrêter à mi-chemin… Mais, ici, il faut ajouter la chose suivante : Macron, notre pauvre Ju-par-terre, il fait juste son job. Il veut juste être le premier de la classe dans un système où les Etats sont subordonnés aux marchés financiers et où la seule façon pour un gouvernement de s’en sortir un peu moins mal que ses voisins est d’attirer davantage de capitaux. Alors, il faut faire le tapin, racoler en montrant ses plus beaux avantages fiscaux, balancer aux orties toutes les protections sociales, promettre aux investisseurs la main d’œuvre la plus consentante et le meilleur profit possible. C’est ce qui explique les cadeaux faits aux plus riches et aux grandes entreprises (bien plus que la fameuse théorie du ruissellement qui prend l’eau de toutes parts). La politique de Macron, et qu’un autre mènerait à sa place, est donc l’effet d’un système-monde dominé par la force de l’argent, l’exigence de rentabilité et de performance et la logique productiviste qui en découle. Ce que nous devons abattre va au-delà du petit Macron, tout cul par terre qu’il soit. Qu’il parte ne sera qu’un (très bon) début.

La puissance du soulèvement actuel tient également au refus de la représentation dont il a fait preuve jusqu’à présent. A son refus d’être représenté. A son refus de toute récupération politicienne. A sa conscience que la démocratie représentative est devenue une farce, qui consiste à choisir soi-même ceux qui vous trompent et vous méprisent, à se faire déposséder d’une capacité individuelle et collective dont on découvre maintenant qu’on peut la reprendre. Maintenir cette attitude avec fermeté, face à toutes les manœuvres déjà en cours, sera un rude défi. Mais pour l’heure, les appels à une démocratie véritable se multiplient : en clair, le pouvoir au peuple, pour le peuple, par le peuple. Les initiatives fleurissent partout : appel à former des comités populaires, avec leurs assemblées régulières, à construire des maisons du peuple sur les places publiques pour débattre mais surtout pour s’organiser concrètement. On parle de destitution. On parle de sécession. On parle de communes libres. On souligne qu’il ne faudra surtout pas, une fois Macron parti, le remplacer par un autre, puisqu’il s’agit de reprendre en main, par nous-mêmes, l’organisation de nos vies. On parle de s’inspirer de la cité athénienne, de la Commune de Paris, du Chiapas et du Rojava.

Et c’est pourquoi j’écris cette lettre, depuis le Chiapas. Parce qu’ici, au sud du Mexique, la rébellion fleurit depuis 25 ans. Il y a 25 ans, le 1er janvier 1994, les indiens mayas zapatistes, ceux qui n’étaient rien, les plus petits, les invisibles de toujours, ceux qui ont dû se couvrir le visage pour qu’on les voit enfin, se sont soulevés au cri de « YA BASTA ! ». « Ça suffit ! » aux politiques néolibérales et au Traité de Libre Commerce d’Amérique du Nord qui entrait en vigueur ce jour-là ; « ça suffit » au pouvoir tyrannique qui s’imposait au peuple depuis 70 ans ; « ça suffit » à cinq siècles de racisme, de mépris et d’oppression coloniale. Pendant un temps, les zapatistes ont négocié avec le gouvernement mexicain et ont même obtenu la signature d’un accord en 1996 ; mais les  gouvernements successifs ne l’ont jamais mis en pratique. Alors, les zapatistes ont décidé de mettre en œuvre par eux-mêmes leur aspiration à l’autonomie, qui n’est pas du tout une manière de se séparer d’un pays qui est le leur, mais une sécession par rapport à une certaine forme d’organisation politique et institutionnelle. Ce qu’ils ont mis en place, c’est précisément un véritable gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. Un auto-gouvernement des gens ordinaires, impliquant une dé-spécialisation de la politique. Ils ont formés leurs propres instances de gouvernement et leur assemblées, au niveau des communes libres mais aussi au niveau des régions. Leurs propres instances de justice qui résolvent les problèmes par la médiation. Leurs propres écoles et leurs propres centres de soin, dont ils ont entièrement repensé le mode de fonctionnement.

Et ils le font non pas pour répondre aux nécessités d’un système national et mondial fondé sur le profit et le pouvoir de quelques-uns. Ils ne cherchent pas à être performants. Ils ne cherchent pas à être compétitifs. Ils ne cherchent pas à réussir dans le monde des technocrates et des gestionnaires de tous poils. Ils veulent seulement que toutes et tous puissent vivre modestement mais dignement. Que tous et toutes soient non seulement écouté.e.s mais participent activement à l’organisation de la vie collective. Ils veulent seulement que le monde fou de l’Économie ne laisse pas à leurs enfants et aux nôtres un monde dévasté et invivable ; et, pour cela, ils se préparent à résister à la tourmente qui s’approche.

Alors, oui, il est démontré, au Chiapas, mais aussi ailleurs et dans bien des pages de l’histoire de France que le peuple qui se soulève peut reprendre son destin en main. Il n’a pas besoin des hommes politiques ni des institutions représentatives qui ne font rien d’autres que le déposséder de sa puissance. Il peut s’organiser par lui-même, former des communes libres, déterminer à nouveau frais la manière dont il entend vivre, car il est acquis qu’on ne veut plus vivre comme on l’a fait durant tant d’années. L’exercice de cette liberté n’a rien d’aisé, mais ce que je peux dire, depuis le Chiapas, c’est qu’il donne aux rebelles un formidable sentiment de fierté, fait éprouver la force de la dignité retrouvée et la joie qui s’attache à la découverte de ce que permet la puissance collective.

Justice. Vie digne pour tous et toutes. Pouvoir du peuple. Cela suppose de ne plus se laisser berner par la farce de la démocratie représentative – ni même par les promesses peut-être à venir d’une nouvelle constituante – et de ne plus consentir à reproduire un monde dominé par l’exigence productiviste et consumériste de l’Économie.

Vive la digne rage de celles et ceux qui ne sont rien !
Dehors les Macrons et autres apprentis-jupiter !
Mort au système inique, destructeur et inhumain qu’ils servent !
Vive la puissance du peuple qui se soulève et s’organise par lui-même et pour lui-même !

Jérôme Baschet (historien)
San Cristobal de Las Casas, décembre 2018
An 25 du soulèvement zapatiste
An 1 du soulèvement des gilets jaunes et des colères de toutes les couleurs

Coup de gueule contre l’hypocrisie sur la guerre 1914-1918


 

Face à l’endoctrinement de la jeunesse, sommée de répéter à l’infini en ces jours de « mémoire », que nos anciens sont morts pour « notre liberté », face à toute cette hypocrisie qui déplore les millions de morts de la boucherie de 1914-1918, dont mon arrière-grand-père, le jeune Français lyonnais, Edouard Davendre, je ressens le besoin pressant de rendre hommage aux rares courageux qui ont tout fait pour en empêcher l’éclatement. De ces gens-là, pas un mot dans les commémorations actuelles, ni dans les « leçons d’histoire » infligées aux écoliers et lycéens. Et pourtant, sans relâche, ils ont dénoncé les visions impérialistes et guerrières de « leur » bourgeoisie et appelé les peuples à s’unir pour empêcher la guerre. Je ne cite que les plus connus, mais il faut aussi rappeler les centaines de soldats inconnus, qui ont fraternisé dans les tranchées avec l’ennemi d’en face, découvrant ensemble l’absurdité de cette guerre horrible, et souvent fusillés pour la cause !

Partie de foot de fraternisation entre les soldats « ennemis » à Ypres

À cette époque, ceux qui s’élevaient contre la guerre l’ont fait au péril de leur vie et la plupart ont été lâchement assassinés. Leur mort nous rappelle que seuls les résistants et les courageux donnent un vrai sens à l’histoire et de l’inspiration à notre propre vie.

Jean Jaurès haranguant les travailleurs contre la guerre à venir

Discours de Jaurès du 25 juillet 1914, à Lyon (France), cinq jours avant son assassinat :
« Quoi qu’il en soit, citoyens, et je dis ces choses avec une sorte de désespoir, il n’y a plus, au moment où nous sommes menacés de meurtre et, de sauvagerie, qu’une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c’est que le prolétariat rassemble toutes ses forces qui comptent un grand nombre de frères, Français, Anglais, Allemands, Italiens, Russes et que nous demandions à ces milliers d’hommes de s’unir pour que le battement unanime de leurs cœurs écarte l’horrible cauchemar ».

Karl Liebknecht, appelant à l’insurrection au lendemain de la défait allemande de 1918

Karl Liebknecht, député au Reichstag (Allemagne) : « Mais ma protestation va à la guerre, à ceux qui en sont responsables, qui la dirigent ; elle va à la politique capitaliste qui lui donna naissance (…) Et c’est pourquoi je repousse les crédits militaires demandés », un des rares socialistes européens qui a refusé de voter les crédits de guerre.

Rosa Luxemburg, tenant meeting à Stuttgart en 1907

Rosa Luxemburg, née juive polonaise et de nationalité allemande, déclarait dans un meeting en septembre 1913 : « Si on attend de nous que nous brandissions les armes contre nos frères de France et d’ailleurs, alors nous nous écrions : « nous ne le ferons pas ». » Cette déclaration contre la guerre lui valut d’être inculpée d’appel à l’insubordination lors d’un procès en février 1914.
Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg seront assassinés le même jour, avec 30 autres personnes, le 15 janvier 1919, pour avoir poursuivi jusqu’au bout leur dénonciation de la guerre et avoir lutté pour une issue révolutionnaire à toute cette barbarie.

Lénine, révolutionnaire russe, ne cessa jamais de dénoncer le caractère impérialiste de tous les fauteurs de guerre, qui n’avaient en vue que le repartage des colonies et la consolidation du pouvoir des plus riches : « La mystification du peuple la plus largement pratiquée par la bourgeoisie dans cette guerre est le camouflage de ses buts de brigandage derrière l’idée de la “ libération nationale ”. Les Anglais promettent la liberté à la Belgique; les Allemands à la Pologne, etc. En réalité, comme nous l’avons vu, c’est une guerre entre les oppresseurs de la majorité des nations du monde pour consolider et étendre cette oppression ».
Publié par Nadine Rosa-Rosso  ICI

 

Jean Giono à Verdun


Jean Giono avait 19 ans et était élève-aspirant à Montségur dans la Drôme lorsqu’il fut mobilisé en 1914.
Il participa aux batailles de Verdun et du Chemin des Dames. Il y fut légèrement gazé aux yeux alors que son meilleur ami ainsi que beaucoup de ses camarades furent tués.
Cette expérience de la première guerre mondiale le traumatisa. Il devint un pacifiste convaincu et évoqua l’épreuve de la guerre dans Le Grand Troupeau et dans plusieurs écrits pacifistes des années 30 dont voici un extrait qui pourra parfaitement illustrer la vie des soldats dans le programme de 3e de l’an prochain et faire l’objet d’un travail en collaboration avec un professeur de lettres.

 Vous ne tarderez pas à comprendre que ces petites choses matérielles sales et basses ont beaucoup plus d’importance pour vous que tout l’esprit supérieur du combat. Brusquement au milieu d’une bataille qui semblait se dérouler pour des besoins spirituels légitimes, vous sentez qu’en réalité on vous a illégalement imposé un simple débat entre vous-même et la douleur, vous-même et la nécessité de vivre, vous-même et le désir de vivre, que tout est là ; que si, simplement vous mourez, il n’y a plus ni bataille, ni patrie, ni droit, ni raison, ni victoire, ni défaite et qu’ainsi on vous fait tout simplement vous efforcer douloureusement vers le néant. Il n’y a pas d’épopée si glorieuse soit-elle qui puisse faire passer le respect de sa gloire avant les nécessités d’un tube digestif. Celui qui a construit l’épopée avec la souffrance de son corps sait que dans ces moments dits de gloire, en vérité, la bassesse occupe le ciel.
Sous le fer de Verdun les soldats tiennent. Pour un endroit que je connais nous tenons parce que les gendarmes nous empêchent de partir. On en a placé des postes jusqu’en pleine bataille, dans les tranchées de soutien, au-dessus du tunnel de Tavannes. Si on veut sortir de là il faut un ticket de sortie. Idiot mais exact ; non pas idiot, terrible. Au début de la bataille, quand quelques corvées de soupe réussissent encore à passer entre le barrage d’artillerie, arrivées là, elles doivent se fouiller les cartouchières et montrer aux gendarmes le ticket signé du capitaine. L’héroïsme du communiqué officiel, il faut ici qu’on le contrôle soigneusement. Nous pouvons bien dire que si nous restons sur ce champ de bataille, c’est qu’on nous empêche soigneusement de nous en échapper. Enfin, nous y sommes, nous y restons ; alors nous nous battons ? Nous donnons l’impression de farouches attaquants ; en réalité nous fuyons de tous les côtés. Nous sommes entre la batterie de l’hôpital, petit fortin, et le fort de Vaux, qu’il nous faut reconquérir. Cela dure depuis dix jours. Tous les jours, à la batterie de l’hôpital, entre deux rangées de sacs à terre, on exécute sans jugement au revolver ceux qu’on appelle les déserteurs sur place. On ne peut pas sortir du champ de bataille, alors maintenant on s’y cache. On creuse un trou, on s’enterre, on reste là. Si on vous trouve on vous traîne à la batterie et, entre deux rangées de sacs à terre, on vous fait sauter la cervelle. Bientôt il va falloir faire accompagner chaque homme par un gendarme. Le général dit « ils tiennent ». A Paris est un historien qui s’apprête à conjuguer à tous les temps et à toutes les personnes (compris la sienne) le verbe « tenir à Verdun ». Ils tiennent, mais, moi général, je ne me hasarderais pas à supprimer les gendarmes ni à conseiller l’indulgence à ce colonel du 52ème d’infanterie qui est à la batterie de l’hôpital. Cela dure depuis quinze jours.

Depuis huit jours les corvées de soupe ne reviennent plus. Elles partent le soir à la nuit noire et c’est fini, elles se fondent comme du sucre dans du café. Pas un homme n’est retourné. Ils ont tous été tués, absolument tous, chaque fois, tous les jours sans aucune exception. On n’y va plus. On a faim. On a soif. On voit là-bas un mort couché par terre, pourri et plein de mouches mais encore ceinturé de bidons et des boules de pain passées dans un fil de fer. On attend. que le bombardement se calme. On rampe jusqu’à lui. On détache de son corps les boules de pain. On prend les bidons pleins. D’autres bidons ont été troués par les balles. Le pain est mou. Il faut seulement couper le morceau qui touchait le corps. Voilà ce qu’on fait tout le jour. Cela dure depuis vingt-cinq jours. Depuis longtemps il n’y a plus de ces cadavres garde-manger. On mange n’importe quoi. Je mâche une courroie de bidon. Vers le soir, un copain est arrivé avec un rat. Une fois écorché, la chair est blanche comme du papier. Mais, avec mon morceau à la main j’attends malgré tout la nuit noire avant de manger. On a une occasion pour demain : une mitrailleuse qui arrivait tout à l’heure en renfort a été écrabouillée avec ses quatre servants à vingt mètres en arrière de nous. Tout à l’heure on ira chercher les musettes de ces quatre hommes. Ils arrivaient de la batterie. Ils doivent avoir emporté à manger pour eux. Mais il ne faudrait pas que ceux qui sont à notre droite n’y aillent avant nous. Ils doivent guetter aussi de dedans leur trou. Nous guettons. L’important c’est que les quatre soient morts. Ils le sont. Tant mieux. Cela dure depuis trente jours.

C’est la grande bataille de Verdun. Le monde entier a les yeux fixés sur nous. Nous avons de terribles soucis. Vaincre? résister? tenir? faire notre devoir? Non. Faire nos besoins. Dehors, c’est un déluge de fer. C’est très simple : il tombe un obus de chaque calibre par minute et par mètre carré. Nous sommes neuf survivants dans un trou. Ce n’est pas un abri, mais les quarante centimètres de terre et de rondins sur notre tête sont devant nos yeux une sorte de visière contre l’horreur. Plus rien au monde ne nous fera sortir de là. Mais ce que nous avons mangé, ce que nous mangeons se réveille plusieurs fois par jour dans notre ventre. Il faut que nous fassions nos besoins. Le premier de nous que ça a pris est sorti ; depuis deux jours il est là, à trois mètres devant nous, mort déculotté. Nous faisons dans du papier et nous le jetons là devant. Nous avons fait dans de vieilles lettres que nous gardions. Nous sommes neuf dans un espace où normalement on pourrait tenir à peine trois serrés. Nous sommes un peu plus serrés. Nos jambes et nos bras sont emmêlés. Quand on veut seulement plier son genou, nous sommes tous obligés de faire les gestes qui le lui permettront. La terre de notre abri tremble autour de nous sans cesse. Sans cesse les graviers, la poussière et les éclats soufflent dans ce côté qui est ouvert vers le dehors. Celui qui est près de cette sorte de porte a le visage et les mains écorchés de mille petites égratignures. Nous n’entendons plus à la longue les éclatements des obus ; nous n’entendons que le coup de masse d’arrivée. C’est un martèlement ininterrompu.

Il y a cinq jours que nous sommes là-dedans sans bouger. Nous n’avons plus de papier ni les uns ni les autres. Nous faisons dans nos musettes et nous les jetons dehors. Il faut démêler ses bras des autres bras, et se déculotter, et faire dans une musette qui est appuyée sur le ventre d’un copain. Quand on a fini on passe la saleté à celui de devant, qui la passe à l’autre qui la jette dehors. Septième jour. La bataille de Verdun continue. </p><p> De plus en plus héros. Nous ne sortons toujours pas de notre trou.

Nous ne sommes plus que huit. Celui qui était devant la porte a été tué par un gros éclat qui est arrivé en plein dedans, lui a coupé la gorge et l’a saigné. Nous avons essayé de boucher la porte avec son corps. Nous avons bien fait. Une sorte de tir rasant qui s’est spécialisé depuis quelques heures sur ce morceau de secteur fait pleuvoir sur nous des éclats de recul. Nous les entendons frapper dans le corps qui bouche la porte. Malgré qu’il ait été saigné comme un porc avec la carotide ouverte, il saigne encore-à chacune des ces blessures qu’il reçoit après sa mort. J’ai oublié de dire que depuis plus de dix jours aucun de nous n’a de fusil, ni de cartouches, ni de couteau, ni de baïonnette. Mais nous avons de plus en plus ce terrible besoin qui ne cesse pas, qui nous déchire. Surtout depuis que nous avons essayé d’avaler de petites boulettes de terre pour calmer la faim, et aussi parce que cette nuit il a plu et, et comme nous n’avions pas bu depuis quatre jours, nous avons léché l’eau de la pluie qui ruisselait à travers les rondins et aussi celle qui venait de dehors et qui coulait chez nous par-dessous le cadavre qui bouche la porte. Nous faisons dans notre main. C’est une dysenterie qui coule entre nos doigts. On ne peut même pas arriver à jeter ça dehors. Ceux qui sont au fond essuient leurs mains dans la terre à côté d’eux. Les trois qui sont près de la porte s’essuient dans les vêtements du mort. C’est de cette façon que nous nous apercevons que nous faisons du sang. Du sang épais mais absolument vermeil. Beau. Celui-là a cru que c’était le mort sur lequel il s’essuyait qui saignait. Mais la beauté du sang l’a fait réfléchir.

Il y a maintenant quatre jours que ce cadavre bouche la porte et nous sommes le 9 août, et nous voyons bien qu’il se pourrit. Celui-là avait fait dans sa main droite ; il a passé sa main gauche à son derrière ; il l’a tirée pleine de ce sang frais. Dans le courant de ce jour-là nous nous apercevons tous à tour de rôle que nous faisons du sang. Alors, nous faisons carrément sur place, là, sous nous. J’ai dit que nous n’avons plus d’armes depuis longtemps ; mais, nous avons tous notre quart passé dans une courroie de notre équipement car nous sommes à tous moments dévorés par une soif de feu,et de temps en temps nous buvons notre urine. C’est l’admirable bataille de Verdun.

Deux ans plus tard, au Chemin des Dames, nous nous révolterons (à ce moment-là je survivais seul de ces huit derniers) pour de semblables ignominies. Pas du tout pour de grands motifs, pas du tout contre la guerre, pas du tout pour donner la paix à la terre, pas du tout pour de grands mots d’ordre, simplement parce que nous en avons assez de faire dans notre main et de boire notre urine. Simplement parce qu’au fond de l’armée, l’individu a touché l’immonde.«

Jean Giono, Extrait de « Recherche de la pureté », Ecrits pacifistes,1939.

La finance : regard rétrospectif


De la revue de Triodos La couleur de l’argent

 

Portrait de Koen Schoors, deboutVous avez fait votre doctorat il y a 20 ans. Comment percevez-vous l’évolution du monde de la finance depuis cette époque ?

D’abord, il y a eu la libéralisation avec une explosion de nouveaux produits qui se sont révélés dangereux par la suite. Nous étions dans une époque où l’avidité ne cessait de croître. L’aveuglement à l’égard des risques a conduit à la crise financière de 2008. Vint alors le temps des désillusions. Beaucoup de ceux qui avaient alimenté la crise ont retiré leurs billes. Certains, dégoûtés, ont quitté le secteur. Un soutien de l’État a permis de sauver les banques, sur lesquelles s’est abattue une grande vague de régulation qui est parfois passée à côté de sa cible.

Pourquoi la régulation a-t-elle manqué sa cible ?

La régulation est devenue si lourde et univoque qu’elle a rendu le fonctionnement des petites banques pratiquement impossible. Par conséquent, la diversité des banques a diminué. C’est une évolution dangereuse car la diversité est un facteur de robustesse. Lorsque quelque chose tourne mal en raison de certaines pratiques bancaires, les autres acteurs peuvent survivre. Lorsque tout le monde fait la même chose et que le modèle est fragilisé, cela peut dégénérer.

La crise financière n’a-t-elle déclenché aucun changement fondamental ?

Si. Beaucoup de réglementations ne donnent leur pleine mesure qu’aujourd’hui. C’est le cas des règles plus sévères sur le capital et les liquidités. Les récentes réglementations sur les restructurations et liquidations des banques sont aussi entièrement d’application et rendent le secteur bancaire globalement plus sûr. L’ensemble de ces mesures a un impact profond sur les stimuli et les mécanismes internes des banques. Elles contraignent chaque banque à mieux réfléchir aux risques qu’elle prend. Et il est clair qu’une banque moyenne est moins portée vers le risque qu’il y a dix ans. Mais, d’un autre côté, les gens ont la mémoire courte et sous la contrainte d’une pression concurrentielle accrue, ils font parfois des affaires dont nous savons qu’elles sont risquées.

 

Les futurs défis de la finance

 

Quels défis attendent le monde financier dans les prochaines années ?

La digitalisation est un phénomène que les banques n’ont pas anticipé. Elles subissent la concurrence de nouvelles plateformes qui n’ont ni un bagage historique ni un parc immobilier à supporter. Parfois, les banques sont entièrement contournées et les gens accordent eux-mêmes directement des crédits pour une initiative qui leur plaît.

Vous visez le crowdfunding ?

Le crowdfunding est une notion fourre-tout, qui peut être trompeuse. Il s’agit parfois de charité, parfois de capitalisation et parfois d’un prêt. Je pense en particulier aux plateformes de crédit. Mais la digitalisation n’est pas que cela. De gros joueurs tels que Google, Facebook ou une chaîne de supermarchés peuvent tout aussi bien ouvrir une banque très simple, sans bureaux physiques, avec cinq produits financiers de base par exemple.

Cela ne contribue-t-il pas justement à une plus grande diversité dans le secteur financier ?

C’est vrai, mais c’est aussi très disruptif. Nous sommes à la croisée des chemins et nous ne savons pas dans quelle direction les choses vont évoluer. De même qu’Uber a fait imploser le secteur des taxis dans un certain nombre de pays et qu’Airbnb a mis sous pression le secteur hôtelier, la révolution digitale pourrait menacer la banque traditionnelle et faire disparaître un certain nombre d’acteurs du monde bancaire.

À quel niveau évaluez-vous le risque que cela se produise ?

La probabilité est de 100 %. Mais ce sera plus lent que ce que nous imaginons. La confiance est un facteur clé du système bancaire. Malgré tout ce qui s’est passé, les gens font heureusement encore confiance aux banques. La question est de savoir comment ces nouvelles plateformes et technologies obtiendront cette confiance. Prenez le bitcoin. Cette monnaie fluctue comme un yo-yo, ce qui n’inspire guère confiance. Mais nous n’en sommes qu’au début. De nouvelles formes améliorées pourraient surgir et concurrencer sérieusement le secteur bancaire. Une autre grande incertitude provient de la révolution du Big Data. Beaucoup de banques recourent au Big Data en particulier pour le marketing, mais le potentiel est bien plus important que cela.

Que pourrait-on faire d’autre avec le Big Data ?

Les banques pourraient s’en servir pour mieux estimer le risque, lorsqu’elles prêtent de l’argent à une entreprise. Il est en effet possible de connaître ses dépenses, ses clients et ses rentrées d’argent, autant d’éléments qui permettent d’évaluer correctement le risque. Que cela soit permis ou non, c’est une autre question, relative au respect de la vie privée. Avec le Big Data, vous pouvez aussi améliorer ou transformer vos processus internes. Ou vous pouvez aider vos clients à changer leurs comportements de consommation en les informant chaque mois, sous forme d’un diagramme, de la part durable de leurs dépenses. Ces idées germent un peu partout.

 

Pour une définition des investissements bruns

 

L’UE a récemment établi un plan d’action pour rendre le monde financier plus durable…

Pour chaque crédit accordé, une banque doit immobiliser des capitaux propres. Cela a un coût pour les banques. Selon qu’un crédit comporte plus ou moins de risque, la banque doit apporter un capital plus ou moins important. Le but de ceci est que, lorsqu’un crédit n’est pas remboursé, la banque soit en mesure d’endosser la perte. L’idée centrale du plan d’action de l’UE est de stimuler les investissements verts via l’exigence de capitalisation et ceci, de deux manières : soit en réduisant les exigences pour les investissements durables, soit en durcissant les exigences pour les investissements polluants,
dits “bruns”.

Laquelle de ces solutions est préférable ?

Tout dépend de la définition que vous donnez aux investissements “verts” et “bruns”. Une interprétation très large des investissements bruns n’aura pas d’effet de sensibilisation clair car presque tous les investissements seront concernés. De plus, les exigences supplémentaires de capitaux pour ces investissements entraîneront d’importants surcoûts avec, à la clé, un risque de “credit crunch” qui signifie que les banques accorderont moins de crédits. Dans ces conditions, il semblerait donc préférable de stimuler les investissements verts en réduisant les exigences de capitalisation. Néanmoins, si nous parvenons à établir des critères pour bien définir les investissements bruns les plus polluants, il serait alors bien plus efficace de décourager de tels investissements avec des exigences de capitaux plus sévères. En effet, la punition implicite par des règles de capitalisation plus importante induit une prise de conscience vis-à-vis des investissements à éviter, sans que l’économie ne soit affectée dans son ensemble. L’idéal serait donc de trouver de bons critères pour les investissements bruns et d’exiger davantage de capitaux pour ceux-ci.

Pensez-vous que la réglementation puisse atteindre son objectif ?

Oui. L’idée est très claire et elle peut fonctionner. Chaque acteur va plaider de toutes ses forces pour faire reconnaître son activité comme ” verte “, ou au moins comme n’étant pas ” brune “. Nous devons donc être vigilants. Si nous parvenons à contrecarrer le lobby des industries polluantes, les investissements durables seront moins chers. Les secteurs durables bénéficieront d’un coup de fouet, car ils seront plus rentables. Lorsqu’on veut agir sur les masses, on ne peut se contenter d’espérer qu’elles fassent tel ou tel choix parce que c’est bien. Non, il faut faire en sorte que les investissements durables soient meilleur marché et que le financement des activités polluantes soit plus coûteux. Alors, chacun investira mieux, même si c’est par intérêt.

Les réglementations supplémentaires imposées aux acteurs financiers classiques ne donnent-elles pas un avantage à de nouveaux joueurs, qui parviendront à échapper à ces règles ?

Si les banques veulent continuer à compter et que les règles fonctionnent bien, elles devront s’adapter rapidement. Sinon, elles seront dépassées par de nouveaux acteurs. Mais la concurrence joue un rôle et elle fonctionne lorsque les règles sont justes. Lorsque les règles sont faites de telle sorte que ce qui rapporte le plus est ce qui pollue le plus, et que vous laissez la concurrence jouer librement, vous obtenez une économie très efficace pour générer de la pollution !
L’économie est un terrain de jeu. Ce que fait l’UE, c’est déplacer les goals. Tout le monde a toujours envie de marquer, de faire du profit. Mais si le goal est positionné différemment, les joueurs s’efforceront de viser dans cette nouvelle direction. Et ils se feront concurrence pour y parvenir. C’est exactement ce qui est souhaité. La concurrence n’est pas un problème, si les objectifs sont correctement formulés.

Vous donnez cours à l’Université de Gand (UGent). Est-ce que la façon dont l’économie est enseignée a fortement évolué au fil des années ?

Ces dernières années, j’ai essayé d’accorder plus d’attention à la durabilité et à une vision holistique de l’économie. Il faut apprendre de tout aux étudiants. Je veille particulièrement à leur ouvrir les yeux sur l’économie du partage, l’économie de plateforme, les biens publics, l’économie sociale, les externalités et les inégalités. Je leur apprends à ne pas envisager ces questions comme des problèmes isolés, mais comme parties d’un tout. D’un autre côté, il ne faut pas être naïf. Le profit et les intérêts particuliers jouent un rôle.

Le profit et l’intérêt particulier sont-ils incompatibles avec la durabilité ?

Pas nécessairement. Sans un profit minimum, aucune initiative ne peut être durable. Mais si on ne tient compte que du profit et de l’intérêt particulier, la durabilité sera le plus souvent oubliée. C’est précisément pour cela que nous devons nous efforcer d’avoir une vision plus holistique de l’entreprise, où non seulement le profit et l’intérêt particulier ont leur place, mais aussi où les clients, les employés et la société dans son ensemble occupent une position centrale. Une entreprise qui ne parvient à générer du profit qu’en nuisant gravement à l’environnement, est en fait déficitaire du point de vue de la durabilité. Nous devons donc repenser complétement nos processus logistiques et de production à partir de cette vision plus holistique, qui ne soit pas aveuglée par les profits à court terme, mais qui regarde le tableau dans son ensemble. Cela ne passe pas forcément par l’absence de profit.

Regardez-vous la situation actuelle avec optimisme ?

Bien sûr qu’il y a de l’espoir. Et c’est un espoir qui donne un cap et invite à l’action. Voyez autour de vous le nombre de personnes qui garent leur vélo devant cette gare. Lorsque j’étais étudiant, il y avait un petit bosquet de vélos, aujourd’hui c’est une forêt. Et le parking est lui aussi rempli chaque jour : ce sont autant de gens qui préfèrent prendre le train plutôt que la voiture. Et quand vous preniez le train, vous ne voyiez pas ces éoliennes, qui font aujourd’hui partie du paysage. Ou encore, en passant près des habitations, vous verrez de plus en plus de panneaux solaires sur les toits, même s’ils ne sont plus subsidiés. Peu à peu, les esprits mûrissent. Les modèles économiques suivent. La construction des maisons, l’agriculture et l’alimentation se dirigent vers la durabilité. On expérimente en créant des quartiers entiers qui sont durables et énergétiquement neutres. Ce mouvement est désormais rapide. Dans vingt ans, lorsque nous regarderons en arrière, nous verrons que la norme aura été totalement modifiée pour devenir plus durable.

 

QUI EST KOEN SCHOORS ?

Koen Schoors est professeur à l’UGent et directeur du CERISE (Centre for Russian, International Socio-Political and Economic Studies). Il mène principalement des recherches sur le système bancaire et financier, l’histoire économique, le droit économique, la complexité économique et la corruption. Il est membre du Comité directeur de la Stichting Administratiekantoor Aandelen Triodos Bank (SAAT, une fondation de droit néerlandais).

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Appel pour la remise en liberté immédiate de Mimmo Lucano, maire de Riace, Calabre/Italie


« Si vous avez le droit de diviser le monde entre italien.ne.s et étranger.ère.s, alors je dirai que je n’ai pas de Patrie et je réclame le droit de diviser le monde entre déshérité.e.s et opprimé.e.s d’un côté, privilégiés et oppresseurs de l’autre. Les un.e.s sont ma patrie, les autres mes étrangers » (Don Milani, 1965)

Le 16 octobre, Les juges ont levé les arrêts domiciliaires et les ont remplacés par l’interdiction faite au maire de Riace, suspendu de ses fonctions, de continuer à résider dans sa municipalité. La bataille loin de s’arrêter doit prendre une vigueur nouvelle d’appui bien sûr à Mimmo Lucano, auquel on interdit de circuler librement, et à celles et ceux qui sont entrés en lutte pour défendre des valeurs fondamentales aujourd’hui niées.

Accusé d’avoir « favorisé l’immigration clandestine » le maire de Riace (Calabre) est aux arrêts domiciliaires depuis le 2 octobre. Il s’agit d’une arrestation en représailles à l’action courageuse de Mimmo Lucano, surnommé le « maire de l’accueil », qui s’était mis cet été en grève de la faim pour protester contre la politique migratoire inhumaine du gouvernement italien. Sa seule faute : avoir su mettre en place dans sa commune un système d’accueil qui fonctionne. Il a non seulement permis d’offrir à des femmes et des hommes fuyant la guerre et la misère des conditions de vie et de travail décentes, mais aussi à la population locale en créant des emplois (médiateurs.trices culturels, enseignant.e.s etc…), et en promouvant des formation inédites (laboratoires artisanaux, fermes pédagogiques). Une réussite dans un territoire connu pour ses mafias et son chômage. C’est cet exemple courageux que le gouvernement italien veut punir. Mimmo Lucano a pu en effet faire la preuve que l’accueil des migrant.e.s pouvait se conjuguer avec le dialogue et le bien être d’une communauté tout entière. Il est pour cela depuis quelques années sur la liste noire de tous les partis et mouvements qui entendent faire de la peur de l’autre et de la répression contre les migrant.e.s leur fonds de commerce politique.

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Deux femmes sans abri mortes de froid à Bruxelles


© Belga
La baisse vertigineuse des températures ce derniers jours et le froid mordant qui s’est abattu ce week-end ont fait leurs premières victimes parmi la population très exposée des sans abri dans la capitale. VTM Nieuws et Het Nieuwsblad relayent ces tristes nouvelles.Lundi matin, des travailleurs de Bruxelles Propreté ont découvert le corps sans vie d’une femme de 41 ans. Selon Denis Goeman, du Parquet de Bruxelles, ce décès n’a rien de suspect: « Le Parquet a fait appel à un légiste qui a constaté que la victime était morte d’hypothermie. Personne ne semble impliqué d’après les images des caméras de surveillance », explique-t-il à Het Nieuwsblad.Ce mardi, une femme de 55 ans, retrouvée par des passants vers 6 heures du matin, est également morte de froid. Les services de réanimation, appelés sur place n’ont rien pu faire pour elle.(LpR avec Fausto – Source: VTM Nieuws, Nieuwsblad/Illustration picture: Belga)