Palestine : message d’Olivia Zemor


Infos CAPJPO-EuroPalestine du 28/12/2016

L’année 2016 se termine, et on a envie de dire « tant mieux ! », tant cette année fut noire à tous points de vue, que ce soit au plan intérieur ou au niveau international, et notamment pour le peuple palestinien. Le régime colonial a en effet profité de la conjoncture, Syrie, réfugiés, attentats, pour mettre les bouchées doubles en matière de vol et de violence.

La résolution réaffirmant l’illégalité des colonies, qui vient d’être votée par les Nations-Unies, n’est qu’un maigre réconfort en l’absence de sanctions.

Plus que jamais c’est à nous tous qu’il revient de montrer à Israël que l’occupation a un prix et que celui-ci est de plus en plus élevé. La campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) a certes progressé ces dernières années, au point de susciter diverses mesures d’intimidation, mais elle a besoin d’être renforcée en 2017.

N’oublions pas que notre sort est lié à celui de ce vaste laboratoire de la barbarie qu’est la Palestine aux mains de l’occupant. Ce n’est pas seulement notre coeur qui parle, c’est aussi notre raison. Chaque défaite contre le droit et la justice en Palestine renforce la tentation de nos dirigeants de nier nos droits, nos acquis. Un véritable bras de fer est engagé face à la boulimie des multinationales, des banques, des marchands d’armes. La résistance face au fascisme rampant passe aussi par le soutien à la résistance palestinienne.

Ne nous laissons pas bourrer le crâne, intimider, terroriser. Le chantage à l’antisémitisme, à l’islamophobie, sont des attrape-nigauds.

Ensemble relevons le défi, avec nos proches, dans nos municipalités, à travers notre consommation.

Sanctionnons l’occupation et tous ceux qui y participent, comme HP (Hewlett Packard), fabricant mondial de produits informatiques (imprimantes, cartouches d’encre, ordinateurs, tablettes) qui participe à l’oppression des Palestiniens. En fournissant à l’armée israélienne des systèmes sophistiqués de contrôle et de surveillance des Palestiniens, aux checkpoints, dans les prisons, et pour le maintien du blocus de Gaza, HP, également présent dans plusieurs colonies, n’a pas sa place dans nos achats !

Nous vous souhaitons une bonne fin d’année et un maximum d’énergie pour l’année 2017, qui marquera les 50 ans de la guerre de conquête de 1967, et les 100 ans de la « Déclaration Balfour » du nom du ministre britannique qui se permit de donner ce qui ne lui appartenait pas !

Amicalement,

CAPJPO-EuroPalestine

PS : La librairie Résistances à Paris (www.librairie-resistances.com) vous souhaite également une très bonne année et vous attend pour de nouvelles conférences à la rentrée.

Ouverte ces 3 derniers jours de décembre, elle prendra ensuite un petit « break » en janvier et rouvrira le mercredi 11 janvier.

Aux admirateurs de gauche de la Syrie d’Assad


 

Invité du dernier MediapartLive, consacré à la Syrie, je prolonge ici mon coup de colère contre ces hommes et ces femmes qui se disent de gauche, donc solidaires en principe des luttes pour la justice partout dans le monde, et qui se déclarent favorables au régime des Assad, père et fils, principal responsable du désastre syrien

Après des bombardements massifs par l’aviation russe qui ont duré quatre mois, l’armée de Bachar al-Assad et les milices chiites venues de toute part, mobilisées par les mollahs iraniens, ont donc fini par « libérer » Alep-Est. La libérer de qui ? De ses habitants. Plus de 250.000 personnes sont forcés d’évacuer leur ville pour échapper aux massacres, comme avant eux la population de Zabadani ou de Darayya, et comme ce sera le sort, après eux, de bien d’autres Syriens si le « nettoyage » programmé, social et confessionnel, se poursuit dans leur pays, couvert par une grande campagne médiatique d’intoxication.

Qu’en Syrie même des nantis d’Alep, toutes confessions confondues, se réjouissent d’être débarrassés de la « racaille » – entendre les classes populaires qui peuplaient Alep-Est – n’est guère étonnant. On l’a souvent observé ailleurs, la morgue des classes dominantes est universelle.

Que des mollahs chiites d’un autre âge fêtent l’événement comme une grande victoire des vrais croyants sur les mécréants omeyyades, ou proclament qu’Alep était jadis chiite et le redeviendra, peut aussi se comprendre quand on connait leur doctrine aussi délirante que celle de leurs émules sunnites.

Enfin, qu’ici même, en France, en Europe, des hommes politiques et des faiseurs d’opinion d’extrême-droite ou de la droite extrême marquent bruyamment, de nouveau, leur soutien à Assad est également dans la nature des choses. Ils n’ont que mépris pour les Arabes et les musulmans, et ils pensent aujourd’hui comme hier que ces peuplades  doivent être menés à la trique.

Mais comment ne pas exploser de colère en lisant les déclarations favorables au régime des Assad, père et fils, proférés par des hommes et des femmes qui se disent de gauche, donc solidaires en principe des luttes pour la justice partout dans le monde ? Comment ne pas s’enrager en les entendant vanter l’indépendance, la laïcité,  le progressisme, voire le socialisme d’un clan sans foi ni loi qui s’est emparé du pouvoir par un coup d’État  militaire,  il y a plus de quarante-cinq ans, et dont le seul souci est de l’exercer éternellement ?  « Assad pour l’éternité », « Assad ou personne », « Assad ou nous brûlerons le pays », scandent ses partisans.  Et cette gauche-là acquiesce sous le prétexte qu’il n’y a pas d’autre choix : c’est lui ou Daech.

Or les Syriens qui se sont soulevés en 2011 n’ont attendu personne  pour dénoncer vigoureusement les groupes djihadistes de toutes origines et de toutes obédiences, Daech en particulier, qui ont infesté leur soulèvement après sa militarisation forcée.  Ces groupes, totalement étrangers à leurs revendications de liberté et de dignité, n’ont d’ailleurs pas tardé à s’attaquer principalement aux forces vives de l’opposition, civiles et militaires, et à sévir contre la population dans les zones qu’ils ont réussi à contrôler. Ils ont ainsi conforté Assad dans sa propagande, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur, et lui ont notamment permis de se présenter en protecteur des minorités confessionnelles.

Ces mêmes Syriens ont souvent par ailleurs exprimé leur méfiance vis-à-vis des instances qui ont prétendu, et continuent de prétendre les représenter, et qui se sont révélées d’une effarante médiocrité. Espérant une intervention militaire occidentale qui n’était, de toute évidence, jamais envisagée par l’administration d’Obama, inféodés à tel ou tel pays voisin (l’Arabie saoudite, le Qatar ou la Turquie), divisés entre eux et inexistants sur le terrain, ils ont été incapables de formuler un discours politique cohérent à l’adresse du monde.

Mais ni l’intrusion des djihadistes ni les défaillances de la représentation autoproclamée de la révolution – ni tout autre argument brandi pour justifier l’injustifiable – n’infirment ces deux données fondamentales : la première, que les Syriens avaient mille raisons de se révolter, et la seconde, qu’ils se sont révoltés avec un courage exceptionnel, faisant face, dans l’indifférence quasi générale, à la terreur sans bornes du clan au pouvoir, aux ambitions impériales de l’Iran et, depuis septembre 2015, à une intervention militaire russe agréée par les États-Unis, qui a déjà fait des milliers et des milliers de victimes civiles.

Alors, est-elle vraiment indépendante et anti-impérialiste cette « Syrie d’Assad » où l’Iran et la Russie agissent comme bon leur semble, conjointement ou séparément,  et dont le destin dépend uniquement désormais de leurs accords ou désaccords ?  Que les admirateurs de gauche de ladite Syrie lisent le traité léonin signé avec la Russie, le 26 août 2015, lui accordant des privilèges exorbitants et une totale et permanente immunité quant aux dommages causés par les raids de son aviation.

Peut-on sérieusement qualifier de laïque un régime qui s’est employé dès sa naissance, pour s’imposer et durer, à envenimer les relations entre les différentes communautés confessionnelles, qui a pris en otages alaouites et chrétiens, qui a lui-même présidé à la contamination de la société syrienne par le salafisme le plus obscurantiste, qui a manipulé à son profit toutes espèces de djihadistes, et pas seulement en Syrie ?

Est-ce du progressisme que de promouvoir le capitalisme le plus sauvage, appauvrissant et marginalisant des millions de citoyens, cette masse démunie qui survivait dans les faubourgs des grandes villes ? C’est elle qui a été la principale composante sociale de la révolution, et c’est elle qui a été aussi la cible privilégiée du régime, avec son artillerie lourde, ses barils d’explosifs et son armement chimique. « Tuez-les jusqu’au dernier », réclamaient littéralement les chabbîha (nervis des Assad) depuis le début du soulèvement… et qu’on laisse la nouvelle bourgeoisie « progressiste » piller tranquillement les richesses nationales et entasser ses milliards de dollars dans les paradis fiscaux !

Faut-il encore, après tout cela, rappeler les crimes contre l’humanité commis par Hafez al-Assad, en toute impunité, durant ses trente ans de règne sans partage ?  Deux noms de lieu les résument : Hama où plus de 20.000 personnes, peut-être 30.000, ont été massacrées en 1982, et la prison de Palmyre, véritable camp d’extermination où les geôliers se vantaient de réduire leurs suppliciés en insectes.  C’est de cette même impunité que certains, hélas de gauche, voudraient faire bénéficier Bachar al-Assad, le principal responsable du désastre, de ces plus de dix millions de déplacés, ces centaines de milliers de morts, ces dizaines de milliers de prisonniers, de la torture et des exécutions sommaires dans les prisons, de l’interminable martyre de la Syrie.

Et ce martyre, tant que les bourreaux ne seront pas vaincus et punis, préfigure tant d’autres dans le monde – un monde où la Syrie aura disparu.

Farouk Mardam Bey (historien et éditeur franco-syrien)

Alep : faux et usage de faux


Par Luc Mathieu , Veronika Dorman , Hala Kodmani et Pauline Moullot — 16 décembre 2016

Des soldats du régime montent la garde devant les bus évacuant les habitants d’Alep, vendredi. Photo George Ourfalian. AFP

Des soldats du régime montent la garde devant les bus évacuant les habitants d’Alep, vendredi. Photo George Ourfalian. AFP

La chute d’Alep-Est a-t-elle été accueillie par des scènes de liesse dans les quartiers Ouest? Les rebelles ont-ils empêché les civils de fuir la ville ? Poutine et Al-Assad ont-ils vraiment lutté contre Daech ? «Libé» trie le vrai du faux dans la grande guerre de l’intox en Syrie.

voir l’article ici

A Paris, l’hommage et la solidarité aux personnels de santé visés à Alep et en Syri


La conférence « What’s up doc’ for Syria » a rendu hommage aux personnels soignants décédés, à ceux bloqués à Alep et à tous ceux qui exercent encore en Syrie. Raphaël Pitti, médecin chargé de formation à la médecine de guerre et Ziad Alissa, médecin et président de l’UOSSM, ont ainsi retracé ce qui est devenu le quotidien du personnel soignant.

Le personnel soignant en Syrie

Le courage du personnel soignant en Syrie mis à l’honneur lors de la conférence du « what’s up doc’ for Syria? » organisé par l’UOSSM

©UOSSM

« Alep est morte aujourd’hui mais il n’y a pas qu’elle. Le droit humanitaire international est mort à Alep. L’ONU est morte à Alep. L’Europe est morte à Alep« . La tonalité du docteur Raphaël Pitti est affichée lors de la conférence « What’s up doc’ for Syria? » organisée par l’Union des organisations de secours et soins médicaux (UOSSM) le 13 décembre 2016. « J’espère que dans l’Histoire on se souviendra que les héros de ce drame syrien ont été les personnels de santé« . Sont inclus les secouristes et les casques blancs : 85 de ces derniers sont morts sous les bombardements en allant chercher des victimes sous les décombres. En tout, 750 personnes du corps médical ont péri, estime Raphaël Pitti. Ils ont payé un lourd tribut pour sauver et soigner. Ce rendez-vous était donc avant-tout un hommage aux personnels soignants décédés, à ceux bloqués à Alep, et à tous ceux qui exercent encore en Syrie. Raphaël Pitti, chargé de formation à la médecine de guerre et Ziad Alissa, médecin et président de l’UOSSM, ont ainsi retracé ce qui est devenu le quotidien du personnel soignant pendant cette guerre.

Des médecins qui se sont adaptés à la guerre

La guerre en Syrie est urbaine. Ce n’est pas une confrontation d’une armée contre une autre armée, avec une organisation sanitaire et un personnel militaire formé aux spécificités de la guerre et à la prise en charge de ses blessés. Dans la guerre syrienne, les blessés se retrouvent dans des hôpitaux civils. Le personnel soignant doit faire face à des pathologies propres à la guerre (plaies avec arrachage, blessures par explosion, lésions internes, écrasement de membres…). Il a été confronté à un afflux incessant de victimes. Avec des moyens délabrés, peu de médicaments, pas de réanimation. Et à devoir prioriser : ils voulaient trop bien faire, faire de la chirurgie totale comme s’ils n’avaient qu’un seul patient alors que d’autres personnes, sévèrement atteintes, étaient en train d’attendre. « A quel moment devaient-ils privilégier la vie à un membre ? » insiste le docteur Pitti. Les bons réflexes deviennent également des enjeux vitaux, car « 50% des victimes meurent sur le terrain dès la 1ère heure d’une asphyxie ou une hémorragie« . Il faut donc savoir réagir dans les 5 à 10 premières minutes et le mauvais geste peut être fatal. Tel était leur environnement, et tout cela conduisait à la nécessité de trier, s’organiser, protocoliser les soins, simplifier au maximum. D’où la création le 7 janvier 2012 de l’UOSSM à l’initiative de médecins franco-syriens pour notamment aider et former les médecins sur place.

Les hôpitaux et équipes soignantes cibles de cette guerre

Autre particularité de cette guerre, c’est que les soignants et hôpitaux sont volontairement visés par les bombardements. « Les hôpitaux sont ciblés toutes les 17h. Ce sont les lieux les plus dangereux du monde » martèle la vidéo de campagne de l’UOSSM pour soutenir les médecins et hôpitaux à Alep. Les intervenants confirment que « tous les jours, médecins et infirmiers passent leur temps à réparer les infrastructures« . Et qu’il n’est même plus possible d’aménager des centres de soins dans des sous-sols car « les méthodes actuelles de bombardement permettent d’atteindre les sous-sols« .

Pourquoi cet acharnement sur le personnel médical ? Ziad Alissa estime qu’en eux, on veut éliminer les observateurs de ce qui se passe en Syrie : « Les équipes soignantes sont les témoins directs de toute cette horreur, des blessés, des arrestations, de tout« . Le médecin cite plusieurs cas dont notamment celui « d’un étudiant en sixième année qui avec ses amis cachaient des pansements dans leurs sacs à dos pour soigner les blessés des manifestations. Les services de renseignements les ont suivis et ses deux amis ont été brûlés vifs  » avant de terminer d’un ton placide : « Dans toute guerre, il y avait des règles pour protéger les hôpitaux et les soignants. Et là rien n’est respecté« .

Prochain rendez-vous de l’UOSSM : le départ de convois humanitaires People’s convoy depuis Paris vers la Syrie le jeudi 15 décembre à 15h15 en présence de la maire de Paris, Anne Hidalgo et d’autres personnalités publiques.

La “victoire”, importée, d’une minorité déchue sur une majorité abandonnée.


La “victoire”, importée, d’une minorité déchue sur une majorité abandonnée. Le Monde, 13 décembre.

FRANÇOIS BURGAT·MARDI 13 DÉCEMBRE 2016

En Syrie, quelle que soit la teneur de l’actualité des jours prochains, une page de notre histoire contemporaine, aussi noire qu’importante, est en train de se tourner. Ce ne sont point les Russes qui vont quitter Alep mais bien ses habitants les plus légitimes. Car cette fausse « victoire » préfabriquée à Moscou est celle d’une minorité politique déchue, artificiellement perfusée par une double ingérence,– iranienne et chiite puis russe – sur une majorité abandonnée de tous. Ce faux triomphe n’est pas celui d’une partie de la société syrienne sur une autre. Seule l’a rendu possible la conjonction de la passivité irresponsable des Occidentaux face à une intervention étrangère hors de proportion avec celles des soutiens arabes ou autres, de l’opposition. C’est donc la victoire d’une minorité perfusée par des autoritarismes étrangers sur une majorité abandonnée par les prétendus défenseurs de la démocratie. C’est une victoire des armes de l’hiver autoritariste sur les espoirs du printemps démocratique.

L’objectif que les Russes et leurs recrues sont en passe d’atteindre est simple : c’est la destruction de toute résistance à la pérennité de leur pion syrien autre que cet épouvantail Daech qu’ils ont en fait habilement laissé prospérer et dont ils savent que la planète toute entière est en train de le combattre…à leur place.

Bien plus sûrement que sur son dépassement, ce triomphe de la force débouche donc sur une simple reconfiguration de la crise syrienne dont tous les acteurs, fut ce dans une nouvelle assise territoriale, entendent demeurer actifs. Il ne laisse en effet aucunement entrevoir cette « réconciliation au centre » qui est la condition d’une reconstruction du tissu politique. Il faudrait pour cela que ceux des vaincus du champ de bataille qui parviendront demain à s’extraire des ruines d’Alep pour rejoindre les millions de ceux qui les ont précédés puissent se sentir réellement associés à cette reconstruction. Mais il n’en sera rien. L’affirmation sur un registre explicitement sectaire de la présence iranienne au plus haut niveau de l’Etat ou en plusieurs points de son territoire (pour être « proche des frontières de l’ennemi israélien » comme l’a expliqué le guide Khamenei) augure mal du dépassement de la fracture sectaire. Ce triomphe de l’injustice risque inévitablement d’entretenir, voire d’accélérer le processus de montée aux extrêmes initié par l’usage illimité de la force accordé au régime par ses sponsors. A posteriori, il va achever de discréditer non seulement ces Occidentaux qui ont multiplié les reculades mais également tous les Syriens qui ont cru à leurs promesses et leur ont fourni les gages de « modération » qu’ils réclamaient. Il va donc donner de facto raison aux plus radicaux, c’est-à-dire aux djihadistes, les seuls à pouvoir se vanter de ne pas avoir été trahis.

Comment en est-on arrivés là ? Parce que le président Obama en voulant – loin des excès irakiens de ses prédécesseurs- faire du désengagement proche oriental de son pays le point fort de sa présidence en a fait la plus mortifère erreur. Parce que Turcs et Occidentaux, les principaux sponsors de l’opposition, ont progressivement considéré la grande mobilisation populaire par le seul prisme des deux avatars régionaux- auxquels elle a donné lieu : la mobilisation kurde d’une part et djihadiste d’autre part ont peu à peu borné égoïstement leurs agendas syriens respectifs. C’est donc sur l’autel de la peur turque de l’irrédentisme kurde et sur celui de la dérive occidentale qui – de Donald Trump à François Fillion – a irrésistiblement aboli la frontière entre “sunnites” et “djihadistes” que la révolution populaire syrienne a été sacrifiée.

La France a été un temps la partisane isolée de limiter les outrances de Bachar al- Assad. Avant même d’avoir été visée sur son sol par Daech, mais sur toile de fond d’islamophobie ambiante, elle s’est ensuite brutalement convertie à l’ option contre productive du « tous contre Daesh et seulement contre Daech » qui a scellé l’abandon de l’opposition révolutionnaire. Avec ses gesticulations guerrières, elle reste seule aujourd’hui face à ses prurits identitaires et ses urgences électoralistes. Espérons que l’histoire ne lui fera pas payer trop vite et trop cher ces nièmes manquements à ses vieilles ambitions humanistes.

 

Alep: un reportage terrible de l’AFP


 

«Tout le monde a peur» à Alep, de nouveau dans l’enfer de la guerre

ALEP (Syrie), 14 déc 2016 (AFP)

«Tout le monde se cache et a peur», confie Mohammad al-Khatib, un militant dans l’un des derniers quartiers insurgés d’Alep plongés de nouveau dans l’enfer des bombardements du régime syrien.

Peu après la suspension d’un accord prévoyant l’évacuation des civils et combattants antirégime de la deuxième ville de Syrie, le front s’est embrasé de nouveau, replongeant les habitants dans l’enfer des frappes du régime.

Mercredi vers 05H00 (03H00 GMT), heure à laquelle l’accord conclu sous la houlette des Russes et des Turcs devait entrer en vigueur, des habitants exprimaient à l’AFP leur soulagement d’échapper enfin à la mort, à la faim et aux violentes frappes qui ont rasé en grande partie Alep-Est depuis l’offensive d’envergure du régime lancée le 15 novembre.

Mais quelques heures plus tard, les bombardements reprenaient, semant la panique dans les 5km2 encore sous contrôle rebelle.

Des gens terrifiés couraient dans tous les sens à la recherche d’un abri, tandis que d’autres tentaient de se cacher dans les entrées des immeubles, a constaté le correspondant de l’AFP qui a vu beaucoup de blessés autour de lui.

’Indescriptible’

Il a notamment vu un char du régime tirer en direction de la poignée de quartiers encore tenus par les insurgés.

«La situation est horrible maintenant à Alep», s’écrie Mohammad al-Khatib, contacté par l’AFP via internet.

«Les blessés et les morts sont dans les rues, personne n’ose les retirer», dit-il. «Le bombardement est continu, personne n’arrive à bouger (…) C’est une situation indescriptible».

Le seul contact de ces habitants avec le monde extérieur n’est plus que virtuel: certains lancent des messages de détresse sur les réseaux sociaux.

«Le cessez le feu est fini. Tout le monde sera exécuté quand les forces d’Assad et leurs voyous vont capturer notre zone», tweete Ismail Alabdullah, un volontaire des Casques blancs, les secouristes en zone rebelle.

Il a accompagné son tweet d’une vidéo prise d’une fenêtre dans laquelle on peut entendre le bruit sourd de bombardements.

La scène contraste avec l’ambiance qui régnait dans la poche rebelle à l’aube, lorsque les civils avaient encore espoir d’être évacués.

Le correspondant de l’AFP a vu des gens soulagés mais dans le même temps gagnés par une profonde tristesse de devoir quitter leur ville.

«Tout le monde pleure autour de moi», rapporte-t-il.

Il a vu des civils brûler leurs voitures, leurs mobylettes pour éviter qu’elles ne tombent aux mains du régime, mais aussi les rebelles mettre le feu à leurs armes.

Comme pour tous les habitants, le départ est synonyme de dépossession. «Tout est parti: le quartier, la maison, les souvenirs, je ne reverrai plus ça qu’en rêves. Il n’y a plus de retour possible. Je ne reverrai plus jamais Alep», affirme le correspondant de l’AFP.

Civils affamés

Devant un hôpital du secteur, des cadavres gisent à terre car personne n’est venu les identifier ou les retirer depuis deux jours.

A l’intérieur, des blessés au visage fatigué et émacié, des personnes amputées dorment à même le sol en raison du manque de lits, certains se partageant une couverture.

Les médecins ont dit à l’AFP qu’ils passaient aussi la nuit à l’hôpital, faute d’abri.

En plus des bombardements et des espoirs douchés, les habitants, dont nombre de femmes et d’enfants, sont affamés en raison des graves pénuries qu’ils subissent depuis le début du siège imposé par le régime sur Alep-Est en juillet.

En apprenant la nouvelle de l’accord d’évacuation, une foule de gens a attendu pendant des heures avec leurs maigres bagages.

Rongés par la faim, et alors que les températures avoisinent zéro pendant la journée, la plupart des gens ne se nourrissent que de dattes depuis plusieurs jours, a constaté le journaliste de l’AFP.

Des familles entières ont passé la nuit sur les trottoirs, avec des enfants légèrement vêtus grelottant sous une pluie battante.

La faim et le désespoir donnent lieu à des scènes poignantes.
Une mère portant son nourrisson et des sacs fait tomber la boîte de lait en poudre pour son bébé. Elle se jette à terre pour ramasser le contenu qui a été souillé par la boue.