Internet au-dessus des Etats


 

LLB – Contribution externe –  Publié le lundi 12 décembre 2016 à 12h36 – Mis à jour le lundi 12 décembre 2016 à 12h38

 

Une opinion de Luc de Brabandere, philosophe d’entreprise

 

 

 

Internet n’est pas un espace public, n’est pas écologique, ni transparent, ni équitable, ni neutre, ni gratuit…

Il nous faut de nouveaux modèles pour traduire nos valeurs dans le monde actuel.

C’est le plus grand défi jamais posé à nos démocraties.

 

Quand on voit Mark Zuckerberg discuter avec Obama, Bill Gates monter les marches de l’Elysée ou Jack Ma être reçu au palais royal de Bruxelles et au Parlement européen, on pourrait penser qu’ils vont rencontrer leurs pairs. Il n’en est évidemment rien.

Comme disait Coluche, remettons les pendules à leur place. Les patrons de Facebook, Microsoft ou Alibaba ne sont pas des hommes d’Etat, ce sont des hommes d’affaires. Ils ne pensent pas à leurs électeurs, ils pensent à leurs clients. Ce sont des voyageurs de commerce et ils ne viennent pas parler d’égal à égal avec des responsables politiques, car ils sont au-dessus de la politique. Pour la plupart des entrepreneurs de la Silicon Valley, le principal obstacle au développement de leur business est même l’existence des Etats ! Et l’accueil « royal » qui leur est fait montre à souhait la confusion des genres et le désarroi des nations face à ceux qui les ignorent.

Reprécisons un certain nombre de choses.

 

1

 Internet n’est pas un espace public. Non, c’est un espace privé. Ce n’est pas parce que plusieurs sociétés de l’Internet ont un chiffre d’affaires supérieur au PNB de certains pays qu’elles en deviennent pour autant un pays.

2

 

 Internet n’est pas mondial. Internet parle anglais, Internet est américain. Non seulement l’écrasante majorité des acteurs importants le sont, mais aussi la majorité des organismes qui l’organisent, le régulent ou gèrent les noms de domaines. Malgré sa taille gigantesque, l’Internet chinois ne compte pas beaucoup à ce niveau.

3

 

 Internet n’est pas écologique. Internet consomme une énorme quantité de matières premières et de métaux précieux. Internet consomme une énorme quantité d’énergie. Chaque Data Center, comme celui de Google à Mons, a besoin d’autant d’électricité qu’une ville de 40 000 habitants. Internet provoque une énorme quantité de déchets toxiques qui s’accumulent dans des décharges en Afrique ou en Inde.

4

 

 Internet n’est ni virtuel, ni immatériel. Les réseaux « sans fil » ne sont possibles que grâce à des milliers de câbles souterrains et des centaines de câbles sous-marins. Dans les océans aussi, les géants du Web tissent leur toile. Facebook et Google ont annoncé la construction d’un câble de près de 13 000 kilomètres pour relier Hong Kong et Los Angeles. Et d’autres se disent que la fonte de la calotte polaire arctique pourrait permettre d’installer des câbles plus courts entre l’Europe et l’Asie…

 

5

 Internet n’est pas transparent. Qui connaît la nature exacte des liens scellés entre les maîtres du Big Data et les services de renseignement américains ?

 

6

 Internet n’est pas neutre. Tout algorithme correspond à un projet de son propriétaire. Allonger le temps de connexion, encourager la distraction, créer une dépendance, il est là le vrai projet des algorithmes.

7

 

 Internet n’est pas totalement compris dans son fonctionnement. Les ingénieurs des grandes plateformes reconnaissent ne pas comprendre toutes les réactions des algorithmes qu’ils ont eux-mêmes développés ! On parle alors de « machines apprenantes ». Mais elles apprennent quoi au juste ? Ne serait-il pas sage d’au moins se poser la question ?

 

8

 Internet n’est pas le garant d’une économie de marché. Même le très libéral « The Economist » l’affirmait dans son édition du 17 septembre dernier. L’apparition de colosses menace la concurrence et même la légitimité du commerce.

 

9

 Internet n’est pas le garant de la démocratie. Car la démocratie n’est pas une somme continue et aléatoire de référendums, de sondages ou de pétitions. De plus, la plupart des entrepreneurs du Web la considèrent comme obsolète !

 

10

 Internet n’est pas le garant d’un enseignement de qualité. Donner une tablette à chaque élève n’a de sens que si l’enfant apprend à la regarder de manière critique, ce que seul un professeur peut lui enseigner.

11

 Internet n’est pas équitable. L’outil traditionnel de redistribution des richesses n’y fonctionne pas. La fiscalité se fait dépasser au-dessus par ceux qui pratiquent l’ingénierie fiscale à l’échelle planétaire. Et elle se fait court-circuiter en dessous par ceux qui organisent une économie collaborative.

12

 

 Internet n’est pas gratuit. Si les abonnements sont si peu chers, c’est parce que nous payons pour l’essentiel en nature. Pour recevoir quelques renseignements utiles ou pour pouvoir stocker nos photos, nous détaillons – sans en réaliser la valeur – nos goûts et nos préférences. On appelle cela les « données », appellation justifiée si on ne perd pas de vue que c’est nous, et pas eux, qui sommes les généreux donateurs !

 

13

 Internet n’est pas notre outil. Nous sommes l’outil d’Internet, et aussi son laboratoire. Facebook a reconnu avoir organisé des tests grandeur nature sur ses membres pour voir comment ils réagissaient à la diffusion de certaines informations.

 

14

 Internet n’est pas bon. Internet n’est pas mauvais. Internet est bon ET mauvais. Internet est la plus grande machine du monde certes, mais reste une machine. Elle ne peut donc être ni créative, ni responsable.

15

 

 Internet est surtout le plus grand défi jamais posé à nos démocraties. Internet déstructure le temps et l’espace à un rythme accéléré et rend caduques les structures socio-économiques qui ont fait notre prospérité. Quand Jeff Bezos, CEO d’Amazon, est venu voir Jean-Claude Junkers à Luxembourg, c’était pour négocier un statut fiscal particulier. Mais aujourd’hui Jeff Bezos pourrait envisager d’acheter le Luxembourg…

 

Il nous faut d’urgence de nouveaux concepts, de nouveaux modèles, de nouvelles catégories pour traduire nos valeurs dans le monde d’aujourd’hui. Il nous faut réinventer le droit, l’enseignement, la sécurité sociale. Et si nous ne le faisons pas nous-mêmes en Belgique et en Europe, d’autres qui ne partagent pas nos valeurs le feront à notre place.

Internet est au-dessus des Etats. Google et Facebook n’existaient pas il y a vingt ans, aujourd’hui ils dominent le monde. Cela n’a été possible que parce qu’ils sont au-dessus des Etats.

Y a-t-il quelqu’un pour me dire où a lieu la réflexion sur les grands principes de l’humanisme numérique ?

 

Migrants: Le fantasme de l’invasion


G.T. Publié le vendredi 24 avril 2015 à 19h33 – Mis à jour le vendredi 24 avril 2015 à 20h24

INTERNATIONALSi les récents naufrages en Méditerranée ont suscité une vague d’empathie et relancé le débat sur la politique migratoire européenne, ils n’ont pas manqué d’alimenter les fantasmes parmi les aficionados des courants populistes et d’extrême droite. Sur les réseaux sociaux et les forums Internet, ceux-ci se déchaînent, répétant jusqu’à plus soif que l’Europe est la cible d’une invasion. Ces embarcations, affirment-ils, sont moins remplies de légitimes demandeurs d’asile, que de “Noirs” (sic) qui se ruent sur l’Europe afin de profiter des largesses de son système social. On vous passe par ailleurs les multiples dérapages racistes nauséeux qui accompagnent ces torrents de bile.S’il est exact qu’une part des personnes qui tentent cette traversée sont des migrants économiques poussés par la recherche d’une vie meilleure, il convient d’objectiver les chiffres et de remettre les choses en perspective.
Le tiercé : Syrie, Erythrée, Somalie
Selon les données officielles du bureau européen du Haut commissariat de l’Onu pour les réfugiés (HCR), 170 100 personnes sont arrivées en Italie l’an dernier. Un contingent impressionnant composé pour moitié de Syriens (42 323), d’Erythréens (34 329) et de Somaliens (5 756). Soit un total de 82 408 personnes. “Autant de ressortissants qui se voient accorder le statut de réfugié dans 90 à 100 % des cas”, souligne le porte-parole du HCR. Pour le solde, on retrouve un melting-pot de Maliens, Egyptiens, Pakistanais, Afghans, Irakiens, Libyens ou encore Ethiopiens. Même si le taux de personnes admissibles à la protection internationale est moins élevé dans ces cas de figure, il n’est pas inutile de rappeler qu’il ne fait pas toujours bon être homosexuel ou opposant politique dans ces pays – pour ne citer que ces exemples.A Malte, 568 personnes ont été recensées l’an dernier, parmi lesquelles 134 Syriens, 118 Somaliens et 38 Erythréens.En Grèce, le bilan 2014 s’est élevé à 26 366 Syriens; 1539 Somaliens et 699 Erythréns. Soit 28 604 personnes sur 43 916 arrivants. On peut également citer la présence de 11 391 Afghans.En ce qui concerne 2015, les données disponibles courent du 1er janvier au 31 mars. A cette date, le HCR a déjà comptabilisé 10 165 arrivées en Italie. Parmi celles-ci, on dénombre 1 107 Somaliens, 1 056 Syriens et 906 Erythréens. Un bon tiers du total, donc. On peut également noter un important contingent de Maliens – un pays où les tensions demeurent dans le nord aux mains de groupes armés autonomistes –, mais aussi de Gambiens et de Sénégalais. De son côté, la Grèce a déjà enregistré 12 481 arrivées. Soit 7 286 Syriens, 435 Somaliens et 115 Erythréens, auxquels s’ajoutent notamment 2 352 Afghans. Malte n’a jusqu’ici reçu la visite que de 89 exilés, essentiellement d’origine africaine.

Enfin, on peut encore souligner que bon nombre de femmes et d’enfants – parfois des nourrissons – se lancent dans cette dangereuse aventure. Et rappeler, tant qu’à faire, que la couleur de peau ne constitue pas un critère dans l’attribution du droit d’asile.

Un patron paye ses employés 5.500 euros par mois après avoir lu une étude sur le bonheur


Dans la ville de Seattle, aux États-Unis, un patron paye désormais ses 120 employés 70.000 dollars par an minimum, soit 5.500 euros par mois. Avant cela, leur salaire tournait autour des 48.000 dollars, soit 3.540 euros par mois. Qu’est ce qui a poussé ce patron à augmenter de la sorte ses employés? Un zèle exemplaire? Une croissance exponentielle des chiffres d’affaires de la compagnie?

Non, Dan Price a lu une étude. Cette dernière, réalisée par le psychologue Daniel Kahneman, prix Nobel d’économie de 2002, et Angus Deaton, économiste, révèle qu’une fois passé le cap des 75.000 dollars par an de revenus par ménage, gagner plus ne rend pas plus heureux.

Les mesures objectives de bien être, explique Slate, comme la fréquence et l’intensité des moments de joie, de peine, d’anxiété et de tendresse, ne change pratiquement pas à partir de cette barre. Mais à l’inverse, pour ceux qui gagnent en dessous des 70.000 dollars par an, voir leur salaire augmenter a un impact positif.

« Un nouveau pacte social »

Mais comment Dan Price s’y est-il pris pour augmenter ses employés sans ruiner son entreprise? Il a fait ce que les patrons font rarement: il a diminué son salaire. Et c’est un euphémisme, car en effet, ce jeune PDG à la barbe et cheveux longs, qui a lancé son business à 19 ans, a fait passer son salaire d’un million de dollars… à 70.000 dollars par an, pile ce qu’il faut pour être heureux, d’après l’étude.

En janvier dernier, un autre patron avait décidé d’augmenter ses employés en diminuant son salaire. Après avoir lu le livre Le Capital au XXIe siècle, le PDG d’Aetna, grande entreprise d’assurance maladie américaine, a augmenté le salaire des employés d’environ 11%, en exigeant d’eux qu’ils lisent à leur tour l’ouvrage. « Ce n’est pas juste une histoire d’augmenter les gens, il s’agit d’un nouveau pacte social » avait-il déclaré.

source

Jan Goossens: « L’identité bruxelloise sera toujours faible, hybride »


A la tête du KVS, le grand théâtre flamand de Bruxelles, depuis 2001, Jan Goossens est connu pour ses positions engagées. Farouchement opposé au repli identitaire et aux nationalistes, cet Anversois se sert de la multiculturalité de Bruxelles pour sa programmation. « Stoppons cette obsession de la N-VA ! », clame-t-il. Il évoque aussi la peur que les artistes ont des politiques. Jan Goossens est l’Invité du samedi de LaLibre.be.

 

A deux mois des élections, quelle est votre principale attente des futures majorités ?

Je n’ai pas d’attente précise. En Flandre, j’espère qu’on aura un gouvernement qui défendra l’ouverture, la solidarité et le multiculturalisme, qui ne prendra pas une direction socio-économique trop dure, trop libérale. Je ne suis pas convaincu qu’avec la N-VA, un tel gouvernement soit possible. En même temps, des opinions très différentes traversent ce parti, notamment sur la culture. Il n’est donc pas toujours facile de comprendre ce qu’ils pensent.

Avez-vous des reproches à formuler aux politiques en place ?

Je trouve que le gouvernement flamand, en terme de culture, n’a été ni courageux ni très engagé. Heureusement, il n’y a pas eu de coupures budgétaires très fortes mais la culture n’a certainement pas non plus été une priorité, pas même pour la ministre Joke Schauvliege. Et je suis inquiet qu’en cette période de campagne, on ne parle pas du tout de la culture. S’il y a un parti qui en parle, c’est la N-VA, mais pas dans le sens que je voudrais… Les autres partis se taisent ! Ça risque de créer un climat d’indifférence et de non engagement pour le futur gouvernement. Quant à Bruxelles, je voudrais un gouvernement qui défend un vrai projet de ville audacieux, courageux, visionnaire et qui ne soit pas communautariste.

Le gouvernement bruxellois est communautariste ?

Je trouve que certains politiques bruxellois, tant flamands que francophones, ont trop de réflexes communautaristes. Ils ne prennent pas comme priorité l’avenir de cette ville et de ses habitants. On est encore trop dans une logique bicommunautaire alors que plus de la moitié de la ville n’a pas un cadre de référence belgo-belge.

En tant que théâtre flamand situé à Bruxelles, vous sentez-vous parfois délaissé par la Région flamande ?

Financièrement, on ne peut pas dire que ce gouvernement ne s’est pas engagé. Et je ne constate pas d’attitude différente à l’égard d’institutions culturelles, qu’elles soient à Anvers, Gand ou Bruxelles. Mais au niveau du poids dans les débats, de la visibilité, de l’engagement symbolique, il est clair que ce gouvernement flamand ne s’intéresse quasiment pas à Bruxelles. Bruxelles n’a pas été une priorité. Que ce soit dans la culture ou dans d’autres domaines. De manière générale, on sent une distance grandissante entre les Flamands de Bruxelles et les Flamands de Flandre.

Comment expliquer le succès des nationalistes en Flandre ?

On vit dans un monde globalisé, multipolaire, compliqué à comprendre, moins stable. La crise économique n’arrange rien. Du coup, les gens ont peur, se replient sur eux-mêmes par réflexe identitaire. Malheureusement, des forces politiques tentent de manipuler la situation, de s’en servir. La N-VA joue sur les peurs. Dans leurs discours contre les Wallons et les francophones, ils soutiennent que les problèmes viennent de la construction belge et du système de solidarité.

La N-VA constitue une crainte pour vous ?

Non, je refuse de vivre dans la crainte. C’est le problème de nombreux politiciens flamands : ils ont peur de la N-VA et, du coup, ils se taisent. N’oublions pas qu’il s’agit d’un parti démocratique. A nous de ne pas être d’accord avec eux. Mais stoppons cette obsession de la N-VA, arrêtons d’en parler. Il faut bien les écouter mais surtout chacun doit défendre son propre projet. Il faudrait que davantage de politiques se mettent au niveau de De Wever et osent débattre en toute ouverture. Pour l’instant, ils le craignent trop.

L’identité flamande à Bruxelles, qu’est-ce que c’est ?

A Bruxelles, je me sens bruxellois. Mais cette identité bruxelloise -et c’est ça que j’aime- sera toujours faible, hybride, ouverte. Mon identité est constituée de forts éléments flamands, parce que le néerlandais est ma langue maternelle, que mon héritage culturel est flamand, et j’en suis très fier. Mais je suis aussi constitué d’éléments provenant de ma vie bruxelloise, de mes voyages en Afrique,… Il faut surtout éviter les identités excluantes.

En période de tension communautaire, le théâtre a-t-il pour rôle de resserrer les liens ?

En partie, oui. Le théâtre peut montrer qu’une autre façon de vivre ensemble, d’avoir des dialogues, d’échanger est possible. La culture a un rôle fédérateur. En même temps, il importe parfois aussi de s’opposer, de créer une contradiction.

Autrefois, des artistes comme Hugo Claus avaient un vrai rôle contestataire face aux politiques. Aujourd’hui, les actes posés n’ont plus cette portée…

C’est vrai. Ce que je vois autour de moi, c’est que les gens ont peur. Tous ceux qui dépendent des subsides et financements politiques se font des soucis. Cette situation est dangereuse et précaire. Il ne faut pas taper sur la politique par plaisir. Mais il faut entretenir son autonomie, son franc-parler. On n’est pas là pour exécuter une politique culturelle imposée. Et la réticence est parfois trop grande quand il s’agit de faire entendre notre voix dans le débat public.

Est-ce le cas du côte francophone également ?

Oui, là aussi les acteurs culturels ont tendance à être très prudents, à bien écouter les politiciens. Les proximités avec l’establishment politique expliquent cette situation. Il faudrait avoir une émancipation. Les politiques auraient avantage à avoir des partenaires culturels qui osent exprimer leurs opinions quand elles sont différentes.

Pour vraiment faire bouger les choses, pourquoi ne vous présentez-vous pas sur une liste ?

Non, ça ne m’intéresse pas. Je pose des actes politiques à partir d’ici. Je suis persuadé que sans artistes forts, engagés, il n’est pas possible de construire une société équilibrée et, à Bruxelles, avoir un avenir riche et multiculturel. Je perdrais beaucoup d’impact politique si je quittais le monde culturel. Je réfléchirai si un jour on me propose le poste de ministre de la Culture (rires). Mais ça n’arrivera pas…

Quel regard portez-vous sur les 10 ans de Fadila Laanan à la tête de la Culture ?

C’est une période très difficile pour un ministre de la Culture. Tous les opérateurs ont des réclamations mais les enveloppes budgétaires subissent des coupes… Cela dit, j’apprécie sa visibilité, sa présence dans le débat et sur Bruxelles. On ne peut en dire autant de la ministre flamande…

Peter de Caluwe (photo ci-dessous), directeur général de La Monnaie, affirme que « ne pas investir dans la culture est une aberration ». En période d’économie, n’est-il pas logique de sabrer dans ce secteur ?

Non ! Il n’est pas normal qu’on se tourne vers la culture dès qu’il s’agit de faire des économies. En Flandre, la culture reste un secteur fragile : en 2-3 ans, on peut détruire ce qui s’est construit en 20 ans. Mais le secteur doit se poser des questions. Pour qui travaille-t-on ? Qui est dans nos salles et qui n’y est pas ? Il faut sans cesse avoir pour but de toucher des nouveaux publics.

Bruxelles étant une ville multiculturelle, vous cherchez à toucher le plus grand nombre ou vous vous restreignez dans la cible ?

Au KVS, on ne veut pas fidéliser un public, d’ailleurs nous n’avons pas de système d’abonnement. Nous préférons, à travers notre programme, toucher des publics différents. On voudrait donner, à chaque Bruxellois intéressé par le théâtre, l’envie de venir au moins une fois par an au KVS. On y arrive plus ou moins.

Quels publics ne parvenez-vous pas à toucher ?

C’est une vile très fragmentée et le travail au niveau du public est donc très compliqué. Par exemple, toucher le public des institutions européennes est un défi énorme. On en tient compte lorsqu’on construit la programmation. Aujourd’hui, nous avons un beau mélange de publics sur base annuelle. Mais ce n’est pas le cas à l’analyse « spectacle par spectacle ».

Vous êtes impliqué dans la création venant du Congo. Les choses neuves viendront de là ?

Le metteur en scène américain Peter Sellars a une fois déclaré « En Europe, on a la forme ; en Afrique on a le contenu ». C’est caricatural mai pas tout à fait faux. Aujourd’hui, quand je vois le travail d’artistes européens, j’ai parfois l’impression que la recherche formelle est très pointue mais que le message est faible. En Afrique, il y a du contenu, de la matière, des choses à construire, ces combats à mener, d’énormes crises et donc un potentiel incroyable. Cette vitalité, cet engagement me nourrissent. Et puis, on est confronté à l’essentiel, aux nécessités, aux urgences. Ici, parfois, dans la société et le secteur culturel, la grande ambition est de défendre, de protéger tout ce qu’on a gagné, mais sans grand défi, sans vision de progrès.

Une interview de Jonas Legge

source

Le retour du peloton d’exécution?


AFP Publié le mardi 04 février 2014 à 08h55 – Mis à jour le mardi 04 février 2014 à 08h56

Aux USA, la pénurie de barbituriques pour infliger la peine de morts incite certains États à songer à une résurrection des « bonnes vieilles méthodes » d’exécution.

Chaise électrique, peloton d’exécution ou chambre à gaz: certains Etats américains, frappés par une pénurie de barbituriques pour infliger le châtiment suprême, envisagent de ressusciter de vieilles méthodes d’exécution, souvent abandonnées pour leur brutalité.

Les abolitionnistes n’en croient pas leurs oreilles. Mais de la Virginie (est) au Wyoming (ouest), en passant par le Missouri (centre), une poignée d’élus proposent de renouer avec des pratiques anciennes pour sortir de l’impasse qui frappe la méthode d’injection mortelle généralisée à partir de 1982 aux Etats-Unis.

Depuis que les fabricants européens refusent de les approvisionner, les 32 Etats américains qui pratiquent la peine de mort s’agitent de tous côtés pour trouver d’autres fournisseurs. Et s’épuisent pour répondre aux plaintes de plus en plus nombreuses, qui fustigent la provenance des nouveaux produits et les souffrances qu’ils pourraient infliger.

« Chaque fois qu’une méthode d’exécution est remise en question ressurgit l’inquiétude que cela va mettre un terme aux exécutions et à la peine de mort dans ce pays », explique à l’AFP Deborah Denno, professeur de droit à la Fordham University.

En Virginie, la Chambre des représentants a approuvé le 22 janvier un projet de loi autorisant l’exécution à la chaise électrique, si les barbituriques pour injection létale viennent à manquer. Le texte, parrainé par le républicain Jackson Miller, doit encore être approuvé au Sénat local pour entrer en vigueur.

En Virginie, où la chaise électrique a été utilisée pour la dernière fois en janvier 2013, comme dans sept autres Etats, les condamnés à mort peuvent aujourd’hui choisir l’électrocution comme alternative à l’injection intraveineuse. Mais elle ne peut leur être imposée.

Dans le Missouri, écrasé par les recours en raison de l’origine controversée de leur anesthésiant, fabriqué par un préparateur en pharmacie non homologué, le ministre de la Justice Chris Koster envisage un retour à la chambre à gaz.

Il proteste contre « l’obstacle artificiel » érigé par toutes ces plaintes pour « empêcher l’Etat de faire appliquer la peine capitale » et promet qu' »à moins que les tribunaux changent le cours des choses, le pouvoir législatif sera bientôt contraint de financer d’autres méthodes d’exécution pour rendre justice ».

La chambre à gaz, légale dans cet Etat, l’Arizona et le Wyoming si le détenu en fait le choix, a été utilisée pour la dernière fois en Arizona en 1999.

Le condamné est installé et sanglé sur une chaise placée au milieu d?un caisson étanche et vitré, avant que le gaz toxique cyanure d’hydrogène soit introduit, provoquant une mort « extrêmement violente » selon une journaliste locale.

« Je propose le peloton d’exécution »

Un autre républicain du Missouri, Rick Brattin, propose de revenir au peloton d’exécution, utilisé pour la dernière fois en 2010 dans l’Utah.

Tout comme un sénateur du Wyoming, Bruce Burns, dont la proposition sera examinée à partir du 10 février par le Sénat d’un Etat qui n’a qu’un seul condamné dans son couloir de la mort.

« Je considère la chambre à gaz cruelle et inhabituelle, donc je propose le peloton d’exécution car, en comparaison avec les autres méthodes d’exécution, c’est franchement la moins chère pour l’Etat », a déclaré le sénateur républicain.

« Les hommes politiques de nombreux Etats commencent à perdre toute crédibilité. Combien de fois vont-ils faire volte-face? », s’interroge encore Deborah Denno, experte des méthodes d’exécution. « Si nous sommes passés à l’injection létale c’est que l’électrocution ne marchait pas, que la chambre à gaz ne marchait pas », souligne-t-elle, rappelant que la pendaison, encore possible dans trois Etats si le condamné la choisit, a été abandonnée en 1996.

« Il y a eu trop d’exécutions ratées, un retour en arrière serait considéré comme une régression », estime de son côté Richard Dieter, directeur du Centre d’information sur la peine capitale (DPIC). « Si nous revenions à ces méthodes, nous aurions des histoires horribles et cela accélèrerait certainement la fin de la peine capitale », dit-il à l’AFP, sans croire sérieusement à une généralisation de cette solution de repli.

Ron McAndrew, ancien bourreau de Floride, reste hanté, 17 ans plus tard, par une électrocution.

« Il y a eu un panache de fumée qui est apparu sous son casque, suivi d’une longue flamme, une flamme qui venait juste devant mon visage (…) et puis énormément de fumée et encore plus de feu qui provenaient de la tête », raconte-t-il à l’AFP.

« Pendant les onze minutes qui ont suivi, la pièce s’est remplie de fumée, nous brûlions le sommet de sa tête. C’est la pire fumée que j’aie jamais sentie ».

source