Assad massacre et le monde observe


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Honneur à Londres aux mamans courage de Belgique


Nadine Rosa-Rosso

Par l’intermédiaire de Nadia Fadil, que je remercie ici, j’ai été invitée à livrer mon témoignage lors d’un séminaire de deux jours à Londres, consacré aux droits de l’homme dans le cadre de la lutte contre le terrorisme et de sa prévention par les campagnes de déradicalisation. Ce séminaire était organisé par Rights Watch (UK), avec le soutien de Chatham House. Mon intervention devait se situer dans la partie du colloque consacrée au gendre. Suite à cette intervention, que je vous livre ici dans son intégralité, des participants ont manifesté leur souhait d’éditer les deux livres en anglais.

Je tiens à vous remercier pour cette invitation qui me donne l’occasion de témoigner du courage extraordinaire d’un groupe de femmes belges. Comme je l’ai dit aux organisateurs, je ne suis pas spécialiste du genre mais j’ai eu l’immense chance de rencontrer des femmes très spéciales, qui ont affronté les pires difficultés de notre temps, la lutte contre le terrorisme.

Elles ont fait face à des situations terribles parce qu’elles sont mères. L’amour de leur enfant leur a donné la force d’affronter la discrimination, la violence policière, la haine médiatique, l’isolement, la suspicion, les lois antiterroristes et la justice.

En avril 2013, un professeur me téléphone. Elle est en larmes parce qu’un de ses élèves, âgé de 15 ans, n’est pas retourné à l’école après les vacances de Pâques. Il est parti pour la Syrie, avec un ami âgé de 16 ans. Leurs deux mamans cherchent de l’aide et cette enseignante nous met en contact…

Cinq années de combats ininterrompus

Ce fut le début d’une longue lutte, rejointe par de nombreuses mamans. Une longue lutte contre les autorités, l’opinion publique, la justice, les médias …

J’ai été tellement impressionnée par la force de leurs mots et j’ai tellement appris sur la réalité de ces familles que j’ai suggéré aux mamans d’organiser un atelier d’écriture.

Les mamans étaient étonnées, elles ne croyaient pas pouvoir écrire un livre mais, en même temps, elles étaient enthousiastes et, surtout, fermement décidées à défendre leur enfant, leurs enfants.

Je n’avais absolument aucune idée sur la façon de faire. Lors de la première rencontre, j’ai tout de suite compris qu’il était totalement impossible de demander aux femmes d’écrire, là, dans l’environnement immédiat du groupe.

Elles avaient terriblement besoin de parler. Elles avaient besoin de pleurer, de rire, de manger toutes sortes de pâtisseries, de se préparer un bon repas et de le partager. Elles avaient besoin de se poser mutuellement des questions, de comprendre et d’être comprises.

J’ai décidé de prendre quelques notes, d’écrire certains de leurs mots. Après la réunion, j’ai tapé mes notes et je les ai renvoyées à chaque mère individuellement, pour lui restituer ce qu’elle avait dit dans le feu de la conversation.

À chacune séparément, parce qu’elles ont immédiatement décidé, d’un commun accord et spontanément, de ne pas partager leur travail tant que leur livre ne serait pas complètement terminé et publié.

Pourquoi? Je suppose qu’elles étaient trop timides, trop incertaines de leur propre capacité à écrire. Six des mamans ont commencé à écrire. À chaque réunion avec tout le groupe, certaines me donnaient quelques feuillets, arrachés d’un cahier d’écolier. Tout était écrit à la main.

J’ai commencé à taper le premier livre, le livre de Samira. Je n’ai fait aucun commentaire sur son travail, je n’ai donné aucun conseil, j’ai juste tapé et corrigé des fautes d’orthographe. Et je lui ai juste dit : « Continue, c’est tellement beau, tu fais un superbe travail pour ta fille ».  « Vraiment ? – Oui, Samira, vraiment, c’est vraiment magnifique ».

Et ce l’était. Et je savais que la moindre critique aurait pu l’arrêter car, de l’école primaire à la vie active, les travailleurs sont déclarés incapables d’écrire. Écrire des livres, c’est quelque chose pour l’élite…

Dès le début de notre atelier, j’ai expliqué aux femmes que nous n’avions qu’une très petite maison d’édition ; elles devraient financer les frais d’impression et vendre le livre dans leurs propres réseaux pour récupérer l’argent. J’ai souligné le fait qu’il est très difficile de vendre des livres si vous n’avez pas le soutien d’une grande maison d’édition. Mais, d’un autre côté, au moins, vous avez la liberté de dire ce que vous voulez vraiment dire et de décider comment l’exprimer.

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Bachar el-Assad : “Voici comment nous avons créé l’Etat Islamique”


 

La collusion du régime syrien avec les terroristes du groupe djihadiste remonte à une décennie.

THE DAILY BEAST

Publié le 2 Décembre 2016
Confessions choc d’un homme de Bachar el-Assad : “Voici comment nous avons créé l’Etat Islamique”

Dans sa première interview après avoir remporté la présidence, Donald Trump a laissé entendre qu’il allait changer de politique dans le conflit en Syrie, passant d’un soutien à l’opposition modérée à une collaboration avec le régime du président Bachar al-Assad.

« La Syrie se bat contre ISIS, et nous devons nous débarrasser d’ISIS », a déclaré Trump. Quant aux rebelles que les Etats-Unis ont soutenu pendant les trois dernières années, Trump dit: « Nous ne savons pas qui sont vraiment ces gens. »

Mais le président-élu semble être mal informé sur le rôle clé d’Assad dans la montée du soi-disant État Islamique.

Tout d’abord, le dictateur syrien a essayé d’amadouer les dirigeants occidentaux en décrivant le soulèvement national contre lui comme une révolte dirigée et animée par des terroristes. Quand cela a échoué, il a libéré des extrémistes islamistes emprisonnés qui avaient combattu contre les troupes américaines en Irak, puis il a mis en scène de fausses attaques contre des installations gouvernementales, en accusant des terroristes. Loin de luttre contre ISIS, Assad a fermé les yeux quand ISIS a mis en place un état dans l’état avec sa capitale à Raqqa, avant de laisser aux États-Unis et à d’autres le soin de contrer les extrémistes islamiques.

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François Burgat : « En Syrie, la posture des Occidentaux face à Daech est celle du taureau devant la muleta »


 
LE MONDE | 21.10.2016 à 10h53 |Propos recueillis par Christophe Ayad, Cécile Hennion et Madjid Zerrouky
François Burgat, politologue et directeur de recherches au CNRS, vient de publier Comprendre l’islam politique : une trajectoire sur l’altérité islamiste 1973-2016 (La Découverte, 310 p. 22 €), fruit d’une carrière qui l’a conduit en Algérie, en Egypte, au Yémen et en Syrie. l Il a a dirigé l’Institut français du Proche-Orient (Ifpo), de 2008 à 2013 depuis Damas d’abord puis à .partir de 2012 et la fermeture de la représentation diplomatique et culturelle française en Syrie, depuis Beyrouth.

Quelle est la nature du conflit en Syrie ?

C’est, et cela restera, la révolte d’un peuple contre une dictature. Depuis cinq ans, cette crise est devenue plus complexe, elle s’est internationalisée. Il est apparu, de surcroît, que la révolution populaire initiale « cachait » deux autres mobilisations, celle des Kurdes et celle des djihadistes, aux objectifs et aux modes d’actions bien différents.Les Kurdes veulent « moins » : leur objectif n’était pas de prendre la place de Bachar Al-Assad à Damas, mais d’accéder à ce rêve qui leur avait été refusé à la fin de l’Empire ottoman, c’est-à-dire la consécration étatique de leur identité culturelle. Les groupes islamistes radicaux, eux, veulent « davantage » : le territoire syrien mais, plus encore, la constitution d’un « Sunnistan » transnational libre de toute ingérence occidentale et chiite.Le régime s’est servi de ces deux « révolutions parasites » pour amener la grande révolution populaire dans l’impasse où elle se trouve actuellement. Avec les Kurdes, en alternant concessions et confrontations, il est parvenu à diviser les rangs du reste de l’opposition. Et il a utilisé les djihadistes comme un épouvantail, pour discréditer ses opposants aux yeux de l’opinion arabe régionale et internationale.Ceux qui avaient choisi de faire « révolution à part » ont ainsi progressivement confisqué l’entière visibilité du combat de la majorité de l’opposition. Et cette crise, un temps si complexe, est revenue à une sorte de simplicité : celle de l’écrasement militaire, par le régime, les Russes et l’Iran, de la quasi-totalité de la résistance porteuse d’une volonté de libération. Certes, la communauté internationale proteste, mais elle refuse d’interférer autrement qu’en paroles avec ce processus que ses atermoiements ont pourtant largement contribué à initier.

Comment qualifier les stratégies de ces acteurs internationaux en Syrie ?

L’internationalisation de ce conflit s’est opérée de façon terriblement dissymétrique. Ceux qui sont entrés au service du régime se sont montrés constants, cohérents, et sont allés à l’essentiel : verrouillage diplomatique du Conseil de sécurité des Nations unies et maintien de la suprématie militaire de Damas. Dans ce camp, l’Iran craint l’émergence dans son voisinage d’acteurs sunnites radicaux. La Russie, elle, n’avait pas de penchant idéologique particulier au départ ; sa posture est réactive. Moscou veut faire payer aux Occidentaux leurs incursions dans son « pré carré » ukrainien, ainsi que leur surenchère interventionniste en Libye.Pour leur part, les soutiens étrangers de l’opposition se sont irrésistiblement détournés de la révolte populaire, pour se focaliser, égoïstement, sur le traitement, à leur avantage, de ses deux « avatars » kurde et djihadiste. Les Turcs ne regardent plus la crise que par le prisme de leur crainte de l’irrédentisme kurde. Les Occidentaux ne la regardent plus qu’en fonction de leur stratégie – au demeurant contre-productive – de réduire le risque terroriste sur leurs territoires nationaux respectifs. Ils se sont ainsi focalisés sur l’option du « Tous contre Daech, et seulement contre Daech », une posture guère plus réfléchie que celle du taureau devant la muleta. Car en allégeant les efforts militaires que devait consacrer Bachar Al-Assad à sa défense, les membres de la coalition dirigée par les Etats-Unis lui facilitent l’existence et, donc, prolongent la crise. Pour satisfaire leurs intérêts à court terme, tous sont désormais en train de laisser – voire aider en coulisses – les Russes écraser l’opposition.

Y avait-il, au début, un aspect confessionnel : l’esprit de revanche d’une majorité sunnite contre une minorité au pouvoir, perçue comme alaouite, et ses soutiens chrétien et druze ?

La réponse ne peut être qu’ambivalente. Le spectre du confessionnalisme en Syrie se « fonde » notamment sur l’assassinat de 83 cadets alaouites de l’Académie militaire d’Alep, en 1979, organisé par un officier baasiste qui sera ultérieurement récupéré par les Frères musulmans [épisode qui se solda, trois ans plus tard, par la destruction et le massacre de la ville de Hama par l’armée syrienne]. Les statistiques établissent cependant que les alaouites, alors 10 % de la population, constituaient une très large majorité des cadets de l’académie ! Il faut tenir les deux bouts de cette réalité.Dès 1980, les Frères musulmans ont explicitement condamné le principe d’une guerre sectaire contre les alaouites, insistant sur le fait qu’ils ne luttaient que contre les détenteurs du pouvoir et de l’appareil sécuritaire, que le régime, loin des ambitions laïques du parti Baas, avait construit sur des bases confessionnelles. De là sont nées des tensions avec cet appareil répressif, identifié aux « aayn » – de l’initiale arabe du mot alaouite que l’on n’osait même pas prononcer. Discréditer la révolte populaire de 2011 au nom de ce passif du régime serait donc emprunter un raccourci trompeur. C’est le régime qui a instillé le confessionnalisme, assumant le risque de la guerre sectaire pour, banalement, diviser le front de ses opposants.

Le régime a-t-il gagné ce pari de la division confessionnelle ?

En partie au moins ! Il a réussi à « sunniser » l’image de la révolte, en poussant les sunnites à se militariser, sachant, bien sûr, qu’ils constituent la majorité démographique. Au bout de huit mois, fin 2011, la quasi-totalité du commandement militaire de la rébellion était détenue par des sunnites. Pour accélérer ce processus, le régime a fait un usage très sélectif de la répression : les manifestants druzes ont eu droit à l’odeur, rare en Syrie, du gaz lacrymogène, tandis que les manifestants pacifiques des quartiers sunnites recevaient, dès le début, des rafales d’armes automatiques. Sans parler des djihadistes de Daech [acronyme arabe de l’organisation Etat islamique], qui étaient mystérieusement épargnés !Mais iI est faux de dire que le régime a survécu grâce au soutien des minorités effrayées par le radicalisme sunnite. Il ne doit sa survie qu’à la perfusion militaire, iranienne d’abord (par troupes libanaises du Hezbollah interposées) puis russe, dont il a bénéficié. Sans compter les milices chiites irakiennes et afghanes, qu’il a lui aussi mobilisées, tout en continuant à se présenter comme le « défenseur de la laïcité » ! Et sans compter, non plus, la focalisation exclusive des occidentaux sur la défense des « minorités », au détriment de celle de la majorité !

L’opposition a accusé l’organisation Etat islamique (EI) d’être une créature du régime. Quels sont leurs liens ?

Le régime a manipulé des groupes djihadistes au profit de sa politique en Irak et au Liban, dans les années 2000 notamment, d’une manière comparable à celle de l’armée en Algérie dans les années 1990. Dès mai 2011, Bachar Al-Assad a aussi libéré massivement des prisonniers, dont il était persuadé qu’ils rejoindraient les djihadistes. Or, ils sont allés dans d’autres groupes islamistes, mais pas Daech.L’EI est une création du régime, seulement au sens où ce dernier, tout en nourrissant la radicalisation par la répression aveugle, l’a laissé prospérer en toute tranquillité. Ceux qu’Assad voulait éliminer, c’était les opposants présentables, pas les épouvantails à qui il souhaitait longue vie ! Il s’est ainsi manifestement retiré sans combattre de la ville de Palmyre [le 27 mars 2015], pour s’offrir le plaisir de montrer aux Occidentaux Daech démolissant des temples ! Les tout premiers attentats à Damas, à la mise en scène grossière, ne pouvaient pas non plus être l’œuvre de Jabhat Al-Nosra ou de Daech.Cela dit, Daech a une existence historique indéniable. Elle est le produit de l’autonomisation de l’aile radicale de l’opposition irakienne à l’armée américaine d’abord, au régime « confessionnel » du [premier ministre] Nouri Al-Maliki à Bagdad ensuite. Le groupe issu du terrain afghan s’est ensuite « irakisé » puis exporté en Syrie. Il a également été renforcé parce que l’Occident a lâché ceux qu’il ne trouvait pas assez « laïques », nourrissant ainsi le désespoir de tous ceux qui sont allés grossir les rangs djihadistes.

Comment la France est-elle passée du soutien franc à l’opposition à une politique centrée sur la lutte antiterroriste ?

La France a abordé les printemps arabes en confirmant son soutien traditionnel aux vieux leaders autoritaires. « Voulez-vous une matraque plus courte pour taper plus précisément sur vos manifestants ? », avait proposé en substance la ministre des affaires étrangères Michèle Alliot-Marie à « notre ami » Ben Ali [président tunisien déchu le 14 janvier 2011]. En recevant une double « gifle », tunisienne puis égyptienne [avec la chute de Hosni Moubarak le 11 février 2011], Paris a pris conscience de son erreur de diagnostic. La France est alors entrée dans la crise libyenne avec un logiciel radicalement différent, allant presque jusqu’à se substituer à l’opposition.La ligne « le tyran va tomber » a perduré au début de la crise syrienne. Mais les premiers résultats des urnes arabes, malgré des signes d’ouverture en direction des vainqueurs islamistes, ont fait vaciller cet enthousiasme initial. Paris – cette fois, sans trop le dire – a entrepris de changer, une deuxième fois, son fusil d’épaule. Le premier revers de l’opposition démocratique syrienne a peut-être bien été… la victoire des islamistes en Tunisie puis en Egypte ! La perception française des printemps arabe en a été, à tort, irrémédiablement affectée.

Pourquoi « à tort » ?

L’attitude ambiguë, hésitante, contradictoire des gouvernants français dans le printemps syrien, et dans beaucoup d’autres crises régionales, est inefficace pour une raison centrale : leur inaptitude structurelle – et celle des intellectuels qui les enferment dans leur erreur – à percevoir, rationnellement les forces dites islamistes qui sortent régulièrement des urnes arabes. La France persiste, de manière aveugle et désespérée, à ne considérer légitimes que ceux qui, en politique, usent de la religion selon un modèle calqué sur sa propre construction républicaine. Le pouvoir français a une impuissance pathologique à comprendre que les sociétés musulmanes, dans le prolongement post-colonial de la réaction du « Sud » à la domination du « Nord », font de leur culture religieuse un usage identitaire qui n’a jamais eu d’équivalent dans la révolution modernisatrice occidentale. Le résultat de ces tergiversations est que Paris a soutenu la révolution syrienne, suffisamment pour déclencher, à l’encontre de celle-ci, un discrédit réactif dans des pans entiers des gauches arabes et occidentales dites « anti-impérialistes », mais jamais assez pour contrer l’ampleur décisive de l’ingérence militaire iranienne et russe.

L’autre tournant du changement de la politique française est lié à l’apparition du groupe Etat islamique…

Le second déclic, c’est bien sûr la prise inattendue de Mossoul par l’EI [en juin 2014]. Cette percée spectaculaire, rendue possible par l’effondrement de l’armée irakienne, est venue démontrer que ces djihadistes, que l’on pensait n’être qu’une frange extrême, marginale et périphérique du spectre politique, étaient en réalité capables d’entrer en empathie plus ou moins profonde avec des segments entiers de la population irakienne.Avant même d’être ciblée par le moindre attentat, la France s’est alors affranchie de ses réticences à s’impliquer militairement, fût-ce seulement en armant sérieusement l’opposition syrienne. Et elle est… entrée en guerre. Mais contre Daech, c’est-à-dire en intégrant de facto le camp de ceux qui prorogeaient l’existence du régime syrien et, donc, la crise. A partir du moment où le spectre de « l’hiver islamiste » s’est imposé, Damas a repris en effet toute son arrogance et n’a plus été disposé à faire la moindre concession susceptible de rendre crédible une porte de sortie négociée. Cette décision a été une erreur stratégique et tactique. Elle n’a pas relevé le niveau de sécurité des Français. Au contraire. Les « performances » des pilotes de nos Rafales, mobilisés en Syrie et en Irak dans un contexte électoraliste trouble en France, ont en fait contribué à compromettre celles des fantassins de « Vigie Pirate ».

Combattre militairement l’EI n’est-il pas une nécessité ?

On ne peut évidemment pas rejeter cette option. Pourvu qu’elle ne soit pas la seule ! Une victoire seulement militaire sur Daech ne fera que disséminer dans l’espace, et reporter dans le temps, les problèmes qui ont conduit à son émergence. Combien de fois la ville de Fallouja a-t-elle été « libérée » des djihadistes depuis 2004 ? Que se passe-t-il quand vous ne laissez pas, derrière cette « libération », une alternative politique crédible ? Le même tissu militant reprend vite le contrôle, ou exporte sa lutte… Tant que ses adversaires ne lui opposent pas une alternative locale crédible, ils fabriquent autant de djihadistes qu’ils en éliminent.L’erreur a été de perdre de vue la matrice de la crise : Daech est une conséquence du « permis de tuer » qui perdure aux mains du régime syrien, il n’est pas l’origine de la crise. Pendant que Daech égorge « en couleur et au ralenti », avant de nous envoyer les vidéos, le régime tue dix fois plus, en rejetant cyniquement la responsabilité sur ses opposants. C’est dans ce piège que nous sommes tombés. Quant au refus américain de sanctionner le régime pour son usage des armes chimiques, il a sans doute constitué le plus formidable cadeau qu’a reçu Daesh, qui a alors recueilli en masse les déçus des fausses promesses du président Barack Obama.

Comment l’Occident peut-il soutenir une opposition dont il renie aujourd’hui la majorité des acteurs militaires ?

Les Etats-Unis Unis et l’Europe condamnent vertueusement le déplacement du centre de gravité de l’opposition armée vers les groupes radicaux, en oubliant que c’est leur passivité face à l’ingérence irano-russe massive qui a contribué à nourrir ce processus ! Ils se refusent ensuite à faire une distinction essentielle entre les groupes qui ont un agenda anti-occidental, et ceux qui se battent dans un cadre national. Si nos interlocuteurs, dits modérés, ont choisi début août de s’allier avec Fatah Al-Cham [anciennement Front Al-Nosra affilié à Al-Qaida], c’est qu’ils avaient de bonnes raisons que nous n’avons pas voulu entendre.Les Nations unies ne font pas mieux : leur premier médiateur, Lakhdar Brahimi, était l’ancien ministre des affaires étrangères des généraux éradicateurs responsables de l’écrasement du « printemps algérien » de 1991 ! Staffan de Mistura, son successeur, n’a pas renouvelé cette équation : le soutien qu’ont apporté les Russes à son plan de démilitarisation d’un seul des deux camps qui s’affrontent à Alep l’a démontré avec éloquence. Nous n’avons pas fini de payer le prix de ce dangereux tournant syrien de notre histoire contemporaine.

Trêve en Syrie : « C’est comme si on invitait les Syriens à s’entretuer »


En excluant de la trêve annoncée le front Al-Nosra, l’accord n’empêchera pas les bombardements russes et syriens contre les rebelles alliés objectifs d’Al-Nosra sur le terrain. Interview du spécialiste Ziad Majed.

Dans la région de Deraa dans le sud de la Syrie. (Photo d'illustration) (MOHAMAD ABD ABAZID / AFP)Dans la région de Deraa dans le sud de la Syrie. (Photo d’illustration) (MOHAMAD ABD ABAZID / AFP)

270.000 personnes tuées en Syrie depuis 2011 et combien d’espoir de cessez-le-feu douchés. Encore une fois, la trêve annoncée lundi 22 février par les Etats-Unis et la Russie ne suscite pas un grand optimisme. Pour le spécialiste de la Syrie, Ziad Majed, professeur des études du Moyen-Orient à l’université américaine de Paris, cet accord montre une « volonté politique de maintenir le processus politique en vie, de dire qu’il est possible finalement, après une certaine trêve, de reprendre les négociations avec Bachar al-Assad ».

Sur le terrain, s’il peut permettre l’acheminement de l’aide humanitaire et du ravitaillement dans les villes assiégées, le cessez-le-feu ne tient pas la route. En excluant de cette trêve l’Etat islamique(EI), la coalition menant sa propre guerre contre les djihadistes, mais surtout le front Al-Nosra, allié objectif de certains groupes rebelles syriens, l’accord laisse faire les bombardements russes sur les positions tenues par les rebelles qui combattent Bachar al-Assad. Décryptage par Ziad Majed,auteur de  Syrie, la révolution orpheline, (Ed.Sindbad/Actes Sud). 

Barack Obama a insisté sur la nécessité du respect de cet accord pour notamment « se concentrer » sur le combat contre l’EI. Cette trêve aura-t-elle des conséquences sur les djihadistes ?

– Je ne pense pas que cela aura des conséquences directes. L’EI, d’ailleurs, se prépare déjà à une campagne militaire pour faire face à une possible concentration de feu sur ses troupes. Une intensification des bombardements sur les positions des djihadistes ne changera rien sur le terrain tant qu’il n’y a pas de possibilités de mener une guerre terrestre contre ces derniers. Une telle guerre ne peut se réaliser sans un consensus politique entre Syriens.

Or, ce consensus ne peut pas être trouvé puisque l’opposition n’acceptera jamais une alliance avec Bachar al-Assad dont le régime a tué plus de 90% des victimes civiles du conflit. Il n’y a aucune raison pour eux de se sacrifier pour une lutte contre l’EI qui permettrait que leur bourreau reste en place. Réduire toute la cause syrienne à une guerre contre l’EI est une perception occidentale qui ne prend pas en considération les centaines de milliers de Syriens tués et les millions de Syriens blessés, détenus et déplacés, même si, bien sûr, il faut lutter aussi contre l’EI.

En revanche, si cet accord n’aura que des conséquences négligeables sur l’EI, sur le front Al-Nosra, les conséquences seront plus compliquées pour l’opposition.

Pourquoi ?

– Il faut rappeler certaines éléments importants. Al-Nosra est la force principale dans la région d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie. Elle est également présente à Alep, et beaucoup moins dans le sud du pays à Deraa.

La direction d’Al-Nosra a fait allégeance à Al-Qaïda après la naissance de l’EI en 2013 dans un contexte de concurrence entre les deux groupes djihadistes. Mais une grande partie des membres d’Al-Nosra sont des enfants des villes et des villages où ils combattent. Ils ont rejoint Al-Nosra parce que le groupe paye mieux, parce qu’ils sont plus disciplinés, mieux équipés. Al-Nosra a conclu des accords avec une partie de l’opposition armée, notamment avec Ahrar al-Shal, les « Libres du Levant », une des grandes forces militaires, islamistes mais pas djihadistes, de l’opposition.

Ils ont créé en 2014 « L’armée de la conquête » qui a gagné trois grandes batailles contre les forces du régime, et contrôle aujourd’hui tout le gouvernorat d’Idlib. Ils ont été visés par l’aviation russe dès le 30 septembre. Tout le monde sans distinction. Rien ne permet de dire que ça ne va pas continuer.

Et puis, il y a d’autres groupes, qui ne sont pas liés à al-Nosra directement car il ne partagent ni leur idéologie, ni leur programme politique, mais qui évitent les hostilités : les groupes de l’Armée syrienne libre, les bataillons et les brigades locaux, que ce soit à Idlib ou à Alep.

Les Russes pourront toujours dire qu’ils bombardent al-Nosra, alors qu’ils cibleront ces rebelles. Par ailleurs, le régime syrien considère tous les groupes rebelles comme terroristes. Rien n’est vraiment clair.

Comment vont réagir les forces de l’opposition ?

– Ca va être compliqué, parce qu’avec cet accord on leur demande de se désolidariser d’Al-Nosra. Mais certains sont de la même famille, du même village ! Cette trêve, même si certains peut-être la souhaitent, peut entraîner des conflits entre Al-Nosra et l’opposition syrienne. Al-Nosra, s’ils sont visés, va forcer les autres à se positionner : avec ou contre eux. S’ils les abandonnent, ils perdent des alliés de poids, s’ils restent, ils seront des cibles eux-mêmes.

En fait, c’est comme si on les invitait à s’entretuer pour montrer qu’ils ne sont pas terroristes. C’est ce que les Russes et Assad souhaitent. On les force à une guerre civile dans chaque ville et village sans proposer, un instant, une perspective politique globale.

Dans les territoires contrôlés par l’EI, il n’y aura pas ce genre de problèmes car ils ont chassé tout le monde.

Cet accord entérine-t-il le fait que la priorité de la lutte c’est l’EI, et non plus Bachar al-Assad ?

– C’est plus ou moins cela, même si les Américains insistent en même temps pour dire que Bachar al-Assad « doit partir ». Sauf que dire « doit partir » sans aucune mesure politique ou militaire, avec une accélération de l’offensive contre l’EI, maintient, ce qu’ils appellent, des « ambiguïtés constructives ». Mais en faisant cela, ca devient  « des ambigüités destructrices » dans le cas syrien où la crise pourrit de plus en plus.

Du côté russe, évidemment, c’est Assad le partenaire, il faut anéantir l’opposition. Pour qu’on ne puisse plus choisir qu’entre Assad et l’EI.

Dans une interview au journal espagnol « El Païs », le président syrien dit vouloir être « celui qui aura sauvé son pays ». Peut-on imaginer qu’un accord est déjà négocié pour le laisser au pouvoir ?

– Il y a deux interprétations. L’une, optimiste, qui veut, en effet, qu’il y a déjà des accords entre Russes et Américains qu’ils imposeront à tous les autres acteurs du conflit et qui maintiendra Assad au pouvoir. Les Russes promettant qu’il ne se représentera pas à la fin de son mandat, qu’il y aura une transition après que la guerre contre le terrorisme soit gagnée.

L’autre interprétation, qui me semble plus réaliste, c’est qu’Assad, lui-même, veut rester en créant toutes les conditions pour qu’il soit incontournable. Rien ne le force à partir : les Russes resteront garant de sa présence, les Etats-Unis vont bientôt changer d’administration, et leur nouvelle politique étrangère va mettre du temps à s’élaborer. Cela ne m’étonnerait pas qu’il prépare sa propre succession. Son fils s’appelle Hafez comme son père.

Propos recueillis par Sarah Diffalah

source

Syrie : Polémique autour d’un documentaire produit par la TV française


lundi 22 février 2016

 
Syrie : Polémique autour d’un documentaire produit par la TV française
Samah Soula

 

Diffusée jeudi 18 février sur France 2, l’émission Un oeil sur la planète consacrée à la Syrie est vivement critiquée pour son parti-pris pro-régime syrien. S’il est source d’indignation, le documentaire réalisé par Samah Soula est salué par les pro-régime Al Assad. « Il est en réalité à l’image d’un certain débat public actuel, qui lit de nombreux conflits à l’étranger à travers un prisme tronqué, foncièrement islamophobe et occidentalo-centré », écrit Marie Peltier dans l’Express. Quand France 2 se fait le porte-voix de Damas. Décryptage.

 

Dès les premières minutes du docu, on comprend que l’axe principal consiste en une démonstration bancale selon laquelle la nécessité du départ de Bachar al Assad ne serait qu’une lubie des dirigeants occidentaux « aveuglés », d’où le titre du documentaire « le grand aveuglement »…

En une heure et demie de vidéo, une petite phrase seulement sur les barils explosifs largués quotidiennement par le régime sur les populations civiles. Georges Malbrunot ainsi qu’un journaliste algérien pourtant ancien détenu du régime nous expliquent même que Bachar « est un président populaire et aimé », avec tout de même une nuance, « par les populations de la classe moyenne urbaine ». « S’il avait organisé des élections libres, il les aurait gagnées », nous explique-t-on.

 

Le mythe du paradis féministe et laïque pour minorités

A mi-docu, dans un luxueux restaurant parisien, Samah Soula a rendez-vous avec une ex reporter du Monde. C’est alors que l’idée du régime « protecteur des minorités » est relayée, sans aucune évaluation critique, ni allusion au prix de cette paix civile factice qui se faisait déjà moyennant la torture systématique dans les geôles du régime.

Pas un mot non plus sur la stratégie de pourrissement du conflit par régime baathiste, ni les chiffres de son génocide (260 000 à 300 000 civils tués essentiellement par les). Du coup la radicalisation des rebelles est présentée comme complètement gratuite, parachutée sur le pays, l’auteur du documentaire ignorant visiblement le principe universel du droit imprescriptible au droit des peuples à l’auto défense, y compris armée.

On nous présente également les rebelles comme étant exclusivement des groupes de mercenaires, infiltrés par des étrangers, avec une focalisation sur les attentats suicides, et même un lien avec les attentats de Paris, tel un « appeal to emotion ».

A la fin du documentaire, lorsque la journaliste interroge les migrants, elle demande en premier lieu et de façon orientée « est-ce que vous fuyez Daech ». Même lorsque la stratégie méthodique de la famine est évoquée, la voix off prend bien soin de préciser que « les insurgés ont également employé cette méthode »…

Le régime n’en demandait pas tant. Au final on ne voit pas trop où l’auteur du docu veut en venir. Quoique une phrase d’un réfugié peut nous renseigner sur la dimension nostalgique de la chose : « J’aimerais que la Syrie redevienne comme avant ». Nous voilà fixés.

 

Seif Soudani

source 

Pourquoi la Syrie m’obsède ?


VINCE REMOS•DIMANCHE 21 FÉVRIER 2016

Après tout je ne suis pas syrien, encore moins musulman, je vis loin de là bas et leurs malheurs, même s’ils sont grands, me touchent peu directement. Bon, il y bien quelques « migrants » qui débarquent çà et là dans ma ville mais pas vraiment l’invasion fantasmée par d’aucun. Les Syriens ne sont pas le seuls peuples « à problème » citons pèle-mêle, les rohingas, les ouïgours, les papous, les tibétains, les palestiniens, les habitants du kivu…bref, ce ne sont pas les « nobles causes » qui manquent.

Pourquoi donc un tel privilège en faveur des Syriens ?

Par esprit de contradiction sans doute, une grande part de la gauche radicale partage les thèses de l’extrême droite sur ce sujet et soutient Bashar Al Assad et Vladimir Poutine sans complexe…moins par « anti-impérialisme » que par connerie !

Mais bon la connerie à gauche est au moins aussi répandue qu’à droite et depuis bien longtemps. On ne reviendra pas ici sur les justifications aussi diverses et improbables des goulags, de la politique agraire de Pol-Pot et autres « erreurs » comme dernièrement le soutien à PTB-« GO » émoticône smile

Ce qu’il y a donc de si spécial dans cette « Crise syrienne », mis à part le niveau de violence records du régime et de ces alliés et la spectacularisation morbide des crimes de Daesh, c’est qu’elle continue d’exister malgré 5 ans de répressions atroces de la part du régime et de ces alliés.

Ajoutons à cela l’exode massif de la population, l’émergence et la consolidation de Daesh, la politique opportuniste du PKK/PYD, la radicalisation islamiste de beaucoup et l’offensive aérienne massive de l’armée russe…le fait qu’il existe toujours une Syrie libre qui s’organise pour déblayer les décombres, soigner les blesser, distribuer le peu de vivres, régler les litiges et maintenir une cohésion sociale là où tout appelle le chaos est ce qui devrait surprendre les observateurs éclairés de la « la crise syrienne » bien plus que « l’islamisme ».

Certains y verront « la preuve » du soutien sans faille du complot americano-sioniste et des ses alliés truco-saoudiens qui comme chacun le sait gouvernent le monde au nom des illuminatis-reptiliens du groupe bildergerg… mais d’autres, moins savants, y verront peut-être autre chose :
Personnellement, j’y vois l’émergence d’un peuple là où l’on ne voulait voir chez « les arabes » qu’une masse informe tout juste bonne à vivre soumise sous la botte des divers services de sécurité d’une dictature.

Ce sont ces gens là que j’appelle « le peuple syrien » au delà sa diversité religieuse et ethnique.
– C’est ce peuple qui a décidé de dire non à Bashar Al Assad sans pour autant dire oui à Daesh. – C’est ce peuple qui sent pertinemment bien que Daesh ne fait que reprendre la place de tyran laissée libre par le régime. – C’est ce peuple là et sa révolution, au sens propre du terme, qui est actuellement l’enjeu des combats actuels.

Certes ce n’est pas le seul peuple en lutte, ni même le plus sympathique ou le plus vertueux mais sans doute celui dont l’autonomie et la liberté est le plus nié.

« Le monde » semble prêt à tout accepter plutôt que de prendre cette révolution au sérieux. Tout est mis à contribution pour lui dénier le droit à faire la révolution :
– la référence à l’islam de beaucoup de combattants, tous islamistes pour Moscou et bien d’autres – sa faible maîtrise du français de l’anglais et des langues « civilisées » au profit de l’arabe – le caractères banlieusard voir rural de ce derniers opposés aux manières bourgeoise « occidentalisée » du maître de Damas – ses prétendus soutiens étrangers réels ou fantasmés négligeable pourtant en regard des soutiens internationaux avérés du régime et des moyens engagés par ces derniers – les équilibres géopolitiques bien que ces derniers soient actuellement plus que mis à mal par la fuite en avant opérée par le régime et ses alliés russes et iraniens – la mort du colonel kadhafi et l’échec relatif de la révolution libyenne – le soutien de Bernard-Henri Levy a sa cause…

Bref, ce peuple syrien qu’on s’acharne à écraser a déjà réussi à démontrer au monde que le peuple a toujours raison de se révolter et de désobéir à ses maîtres…sans avoir besoin pour cela d’un parti, d’une ligne idéologique juste, d’une force armée préalablement organisée, de conditions historiques favorables…Simplement un jour il a pris la rue pour dire non a l’oppression malgré la menace claire : « Bashar ou on brûle le pays » disait le régime au début de la révolution, force est de reconnaître qu’il a tenu parole…pourtant 5 ans après, malgré tout les efforts du régime et de ses alliés et l’absence coupable des démocraties, ce peuple n’est toujours pas vaincu.

C’est sans doutes cela qu’on ne lui pardonne pas, spécialement à gauche, et c’est celà qui me plaît tant chez lui !
Vive le peuple syrien et sa révolution !

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