SYRIE: Le profil du régime des Assad


Ajoutée le 1 août 2012

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Voici la première vidéo d’une série de six vidéos qui traitent de six aspects différents de la crise qui touche actuellement la Syrie. Elles ne prétendent pas, à cause du format vidéo, à une quelconque exhaustivité mais sont plutôt à voir comme une invitation à approfondir les thèmes des vidéos, dont il sera question dans une série d’articles sur le site syrianfacts.

La première vidéo traite du profil du régime syrien. En effet, beaucoup ignore tout de la nature de ce régime qui dirige la Syrie depuis plus de 40 ans. D’autres n’imaginent pas à quel point ce régime est cruel et puissant.
Il est d’usage de dire que le régime syrien est alaouite. Ceci n’est pas totalement faux, mais il convient d’apporter des explications afin de clarifier une formulation peu précise.

Le régime syrien est un régime dont la tête est le clan Assad, dont le coeur est alaouite, et où le reste du régime est plus dilué, bien qu’à majorité alaouite.

L’histoire de la Syrie baathiste débute le 8 mars 1963, c’est la révolution baathiste, conduite par le Comité Militaire et dont les membres les plus importants sont Mohamed Omran, Salah Jedid et Hafez Al-Assad, tous alaouites. La Syrie est dirigée par le Commandement National du Conseil de la Révolution.
Lorsque Hafez Al-Assad prend le pouvoir par un coup d’état, en 1970, il ne prétend pas faire la révolution mais s’inscrit au contraire dans le cadre de la révolution de 1963 dont il dit vouloir accomplir les objectifs, raison pour laquelle Hafez parle de « mouvement rectificatif ». Hafez continuera les purges initiées à l’ère Jedid pour ne s’entourer que d’hommes loyaux. Jedid a éliminé toute concurrence sunnite, druze ou ismaéliens, Hafez neutralise ses concurrents alaouites, dont Jedid ou Omran, assassiné au Liban en mars 1972.

De fait, tous les postes clés, les postes qui comptent, sont dirigés par des alaouites proche de Hafez Al-Assad. D’une Syrie baathiste, on passe à la une Syrie assadienne.
La dictature de Hafez se structure autour de l’armée, de réseaux de cooptation, du parti Baath qui, vidé de sa fonction officielle, ne sert que de porte voix au discours officiel et de la mise en place du Ministère de l’Information qui se charge de la propagande d’Etat, en particulier de discréditer les adversaires de Hafez Al-Assad : ils sont systématiquement accusés d’être des ennemis de la révolution, de la nation arabe, des alliés des sionistes, etc… En bon dictateur, Hafez Al-Assad se confond avec l’Etat et toute critique envers sa personne est vue comme une trahison à la Syrie.

A cela, il faut ajouter les toutes puissantes moukhabarat qui ont pour mission le contrôle de l’ensemble de la société syrienne. 12 branches qui surveillent les moindres faits et gestes des syriens… et qui se surveillent entre elles ! Il n’est pas rare que les différentes branches interfèrent entre elles. Ainsi, il est possible d’avoir à demander une autorisation pour ouvrir un commerce aux moukhabarat de l’Armée de l’Air…
Un point méconnu : les moukhabarat ouvrent également à l’étranger. Les ambassades sont utilisées pour espionner les syriens expatriés. C’est ce qui explique que le mur de la peur, ce fameux mur tombé avec le début des révoltes en Syrie, touche l’ensemble des syriens.

Le régime des Assad est, pour finir, un régime sans foi ni loi. La différence entre la Constitution et la réalité des syriens est énorme. Par ailleurs, les membres du régime ne connaissent pas non plus de morale capable de les freiner dans leur folie.

Le récit de Moustapha Khalifé permet de voir tous ce qui caractérise le régime des syriens, et vous y retrouverez ce qui a été dit dans la vidéo :
Un homme qui critique la personne du président Hafez, à Paris, devant une connaissance syrienne qui s’avère être un indic. En Syrie, il est accusé, sans aucun jugement, d’être des frères musulmans…bien qu’il soit chrétien. Cela lui vaudra des années de prison, un calvaire où les traitements absolument inhumains, les insultes à la religion, et autres caractéristiques du régime des Assad apparaissent clairement.

Comment la révolution syrienne a métamorphosé la palestinienne que je suis


Le peuple syrien connait son chemin - Palestinien-ne-s jusqu'à la liberté

Le peuple syrien connait son chemin – Palestinien-ne-s jusqu’à la liberté

Le monde tourne autour de la Palestine, c’est ce que je pensais jusqu’en 2011.La cause palestinienne, disais-je à l’époque, était le test décisif de l’engagement de toute personne pour la liberté et la justice. La Palestine était la seule et unique boussole qui devait guider toute révolution arabe. Qu’un régime soit bon ou mauvais, il devait d’abord et avant tout être jugé sur la base de sa position sur la cause palestinienne. Chaque événement devait en quelque sorte être vu à travers une lentille palestinienne. Les peuples arabes nous ont abandonnés, et nous avons inspiré le monde entier avec notre résistance.Oui, je me suis autoproclamée internationaliste. Je prétendais soutenir des idéaux universels et humanistes. Je jacassais sans cesse sur la nécessité de briser les frontières et de mener une révolution socialiste.Puis vint la Syrie, et mon hypocrisie et la fragilité de ces idéaux se sont trouvées exposées.

Quand j’ai entendu pour la première fois le peuple syrien à Daraa exiger le 18 mars 2011 une réforme du régime, tout ce que je pouvais penser, inconsciemment, était : « Si le scénario égyptien se produit en Syrie, ce serait une catastrophe pour la Palestine ».

Je n’ai pas pensé à celles et ceux qui ont été tué-e-s par le régime ce jour-là. Je n’ai pas pensé aux personnes arrêtées ou torturées.

Je n’ai pas pensé à la répression inévitable qu’exercerait le régime.

Je n’ai pas salué les protestations incroyablement courageuses à Daraa avec la même exaltation et le même zèle que j’ai ressentis lors des soulèvements en Tunisie, Egypte, Bahreïn, Yémen, et Libye.

Tout ce que je pouvais proposer était un soupir de suspicion et de peur.

« Assad est un tyran et son régime est pourri », me suis-je dit, « mais les résultats ultérieurs de sa chute pourraient être catastrophiques pour la Palestine et la résistance». Cet axe sacré de la résistance signifiait pour moi à l’époque beaucoup plus que les vies syriennes sacrifiées par ses défenseurs.

Je faisais partie de celles et ceux dont les cœurs battaient quand Hassan Nasrallah apparaissait à la télévision. Je mettais de côté des tas de vidéos YouTube de ses discours et pleurait à l’écoute des chants glorifiant la résistance et ses victoires.

Et tandis que je soutenais en principe les demandes des manifestant-e-s syrien-ne-s, je le faisais en réalité avec réticence, ce soutien était conditionnel. Ce n’était pas même de la solidarité, car c’était tellement égoïste et toujours centré autour de la Palestine.

J’ai retweeté une publication du blog d’un activiste égyptien appelant les Syrien-ne-s à sortir des drapeaux palestiniens, afin de « démystifier » la propagande du régime. Les populations syriennes sont descendues dans les rues pour défendre les mêmes idéaux universels que je prétendais soutenir, mais j’ai été incapable de voir leur lutte en dehors de mon étroit prisme palestinien. J’ai prétendu être internationaliste tout en privilégiant les préoccupations palestiniennes sur les victimes syriennes. J’ai sans vergogne participé aux Olympiades de la souffrance et j’ai été agacée que la douleur syrienne occupe plus de pages dans les journaux que la douleur palestinienne. J’étais trop crédule pour remarquer que les épreuves des Syrien-ne-s et des Palestinien-ne-s ne sont que des notes de bas de page et que les dernières nouvelles deviendraient en l’espace de quelques mois trop routinières, ternes et indignes de consommation.

Je prétendais rejeter toute forme d’oppression tout en attendant simultanément que le chef d’une milice sectaire dise quelque chose à propos de la Syrie et parle avec passion de la Palestine.

La révolution syrienne m’a mise à l’essai pour avoir trahi mes principes. Mais au lieu de me condamner, elle m’a donné une leçon pour ma vie: une leçon donnée avec grâce et dignité.

Elle a été délivrée avec amour, par les femmes et les hommes dansant et chantant dans les rues, contestant avec créativité la poigne de fer, refusant d’abandonner tout en étant poursuivi-e-s par les forces de sécurité, transformant les processions funéraires en marches exubérantes pour la liberté, inventant des moyens de contourner la censure du régime, parlant de macro-politique au milieu d’une indicible terreur, chantant l’unité malgré l’incitation sectaire, et scandant le nom de la Palestine dans de nombreuses manifestations et portant le drapeau palestinien sans avoir besoin qu’un blogueur égyptien superstar leur demande de le faire.

Cela a été un processus d’apprentissage graduel dans lequel je devais débattre avec mes propres préjugés à propos de ce à quoi devait « ressembler » une révolution, et comment nous devrions réagir à un mouvement contre un régime soi-disant pro-palestinien. J’ai désespérément essayé d’oublier le visage hideux sous le masque de résistance porté par le Hezbollah, mais la révolution a déchiré ce masque. Et il n’a pas été le seul masque déchiré, beaucoup ont suivi. Et maintenant, les vrais visages des combattants de la liberté et des soi-disant gauchistes de salon ont été exposés ; les voix syriennes longtemps étouffées ont émergé.

Comment peut-on ne pas être inspirée par un peuple qui redécouvre sa voix, transformant des chansons folkloriques et des chants de football en chants révolutionnaires ? Comment peut-on ne pas être prise au dépourvu par des manifestations chorégraphiées devant des chars ?

La géographie syrienne était beaucoup plus riche et diversifiée que celle promue par le régime, et le récit officiel s’est effondré à mesure que les Syrien-ne-s ont reconstruit depuis les marges leurs propres récits. L’arc-en-ciel syrien avait beaucoup plus de couleurs que celles permises par le régime. Et les Syrien-ne-s pouvaient faire entendre leur voix dans des endroits autres que les stades de football, en utilisant leur célèbre chant de la victoire sur les places publiques et les rues pour maudire Hafez al-Assad, le « chef éternel ».

Si le nom de Hafez al-Assad ne pouvait être que chuchoté de manière tremblante avant 2011, les gens ont enfin pu bruyamment le maudire lui et son fils, secouant les fondations de l’hégémonie à la fois physique et symbolique de cette dynastie.

Je ne pouvais pas rester neutre tandis que les Syrien-ne-s redéfinissaient le domaine des possibles et étendaient les limites du pouvoir du peuple, quoique brièvement, au cours de ces premiers mois d’espérance fatale.

Rester impartiale n’aurait-il pas été un acte de trahison envers tout ce que je prétendais défendre ? Comment pourrais-je lire la citation de Howard Zinn « Vous ne pouvez pas être neutre face à un train en mouvement » à celles et ceux qui restent inactif-ve-s devant le conflit en Palestine, alors que je faisais la même chose sur la Syrie ? La révolution syrienne a émietté la clôture sous mes pieds. J’ai redécouvert ma voix grâce aux mobilisations de masse dont j’ai été témoin en Syrie. J’écoutais des clips de manifestations syriennes, apprenais leurs chants, et les répétaient dans les manifestations palestiniennes. Penser à l’intrépidité des Syrien-ne-s rendait immédiatement ma voix plus forte et m’aidait à surmonter tout ce qui pouvait ressembler à de la peur.

Vous ne choisissez pas la nationalité dans laquelle vous êtes née, mais vous ne devez pas être liée par ses chaînes.

Mon identité syrienne, mon sentiment d’appartenance à la révolution syrienne, ne m’ont pas été forcés. J’ai choisi de les adopter. Je n’ai jamais mis les pieds en Syrie. Ce n’est pas avant 2013 que ma première rencontre en face à face avec un Syrien eut lieu sur les hauteurs du Golan occupé dans sa chair. Mon principal moyen de me connecter aux Syrien-ne-s était et reste les médias sociaux et Skype. Pourtant, je ne pouvais pas m’empêcher de me sentir syrienne et de m’identifier complètement à leur lutte.

Jusqu’en 2011, mon discours sur la nécessité de briser les frontières et sur la solidarité internationaliste n’était qu’une phrase d’accroche, de la simple rhétorique. Grâce à l’insurrection syrienne, j’ai enfin compris ce qu’est vraiment la solidarité.

J’ai toujours attendu des gens qu’ils soutiennent la cause palestinienne sans imposer de conditions, sans faire la leçon, sermonner ou dicter la conduite que nous devions suivre. Lorsque le soulèvement syrien a éclaté, j’ai agi exactement comme ces prêcheurs de salon qui exigeant une révolution de jasmin des Palestinien-ne-s, nous demandant en permanence ou sont les nouveaux Gandhi ou Martin Luther King. Mais à mesure que la révolution a continué, j’ai enfin pu comprendre par le bas le vrai sens de la solidarité, une solidarité inconditionnelle bien qu’elle soit aussi critique. J’ai vu comment des gens comme le martyr Omar Aziz ont appliqué l’auto-gouvernance horizontale dans certains des quartiers les plus conservateurs et traditionnels, et j’ai appris de son modèle.

J’ai appris le sens de la solidarité communautaire et de la solidarité palestino-syrienne des résidents palestiniens du camp de réfugié-e-s de Daraa : elles et ils ont risqué leur vie pour faire passer du pain et des médicaments et briser le siège de la ville haute de Daraa. Ce n’était pas seulement un acte humanitaire; c’était une déclaration politique et le début de la formation d’une identité, celle de la révolutionnaire palestino-syrienne.

Khaled Bakrawi, un réfugié palestinien de Yarmouk, et Zaradasht Wanly, un jeune syrien de Damas, ont tous deux été blessés par les forces d’occupation israéliennes lors du « retour des marches » sur les hauteurs du Golan en 2011. Aussi bien Khaled que Zaradasht ont été tués par le régime syrien: le premier sous la torture, l’autre a été abattu lors d’une manifestation pacifique.

Les Syrien-ne-s ont défilé en solidarité avec Gaza au milieu des décombres de leurs maisons détruites par les frappes aériennes du régime syrien. La Jeunesse révolutionnaire syrienne a posé des affiches contre le nettoyage ethnique des Palestinien-ne-s dans le Naqab alors que la plupart des membres du groupe étaient en cavale, en prison, en exil, ou sous terre.

Telle est la solidarité des opprimé-e-s que les Syrien-ne-s ont détourné de la rhétorique à la pratique. Comment peut-on ne pas admirer cela ?

Si la deuxième Intifada en octobre 2000 a façonné la conscience politique et l’identité nationale d’une fille de 11 ans qui venait de quitter son petit village pour s’installer en ville, la première vague de la révolution syrienne en mars 2011 a redonné naissance à une femme et rendu ses pas plus confiants à Jérusalem. Jérusalem, ma ville, celle que je choisi d’appeler mon foyer, ne pouvait en aucun cas être libérée par les oppresseurs de mon peuple, des Syrien-ne-s. L’esprit de Jérusalem ne peut pas être détourné par ceux qui bombardent un hôpital portant son nom.

Loin de me battre pour concilier mes couches d’identité palestinienne et syrienne, le soulèvement syrien m’a rendue encore plus engagée dans la lutte pour la libération de la Palestine : la libération de la terre de l’occupant et la libération de la cause des dictateurs et des opportunistes.

Et tandis que je me suis séparée des gens que je considérais autrefois comme camarades en raison de leur soutien au régime syrien, j’ai aussi noué de nouvelles amitiés qui ont imprégné mon monde avec chaleur et force.

Je dois beaucoup à la révolution syrienne, qui m’a recréée. Je n’ai pas le statut, l’ambition ou la volonté de parler au nom de qui que ce soit, et encore moins au nom du peuple palestinien, mais je dois personnellement des excuses au peuple syrien. Je n’aurais jamais du hésiter à soutenir sa juste cause. Je n’aurais jamais du privilégier des préoccupations géopolitiques sur des vies syriennes, et je n’aurais jamais du être si naïvement trompée par la propagande de l’axe de résistance.

Je dois des excuses à un peuple qui, pendant des décennies, a été foulé aux pieds, réduit au silence et humilié au nom de ma propre cause ; à un peuple dont la seule rencontre avec la « Palestine » s’est faite dans un cachot de la prison portant ce nom ; à un peuple qui a été blâmé et moqué pour avoir été si docile, et qui a été abandonné quand il s’est soulevé.

Je dois des excuses à un peuple qui est blâmé pour un carnage commis contre lui, comme nous l’avons été, et qui a été trahi par une opposition faisant semblant de le représenter, comme nous l’avons été aussi. Je dois des excuses à un peuple qu’on appelle cyniquement à apporter une alternative au régime Assad et aux islamistes, alors que des bombes et des missiles lui tombent sur la tête. Ces mêmes personnes qui demandent « Où est l’alternative ? » ignorent que les Syrien-ne-s qui étaient prêt-e-s à offrir une perspective progressiste ont été soit emprisonné-e-s, tué-e-s ou déplacé-e-s par le régime.

On pourrait penser que les Palestinien-ne-s mesurent le cynisme qui se cache derrière la question des alternatives et qu’elles et ils ne devraient pas poser une telle question à un autre peuple opprimé luttant pour tout construire à partir de zéro.

Pourtant, malgré les contradictions, Palestinien-ne-s et Syrien-ne-s partagent la même aspiration à la liberté, le même désir ardent de vivre dans la dignité et le rêve de marcher dans les rues de la Vieille ville de Damas et de la Vieille ville de Jérusalem.

La route que nous devons traverser pour y arriver, cependant, n’est pas celle du régime et du Hezbollah, saturée de cadavres syriens, mais une route pavée avec les mains des combattants de la liberté palestiniens et syriens : par des gens qui savent que leur liberté est toujours incomplète sans la liberté de leurs frères et de leurs sœurs.

Assad fait voter « sa » Syrie en 2016 comme la France coloniale la faisait voter en 1926


La mascarade électorale à laquelle Bachar al-Assad vient de se livrer a un précédent historique qu’il n’est sans doute pas inutile de méditer : en janvier 1926, la France coloniale avait déjà fait voter la partie de la Syrie qui demeurait sous son plein contrôle dans le cadre d’une stratégie d’étouffement d’un soulèvement nationaliste.

L’analogie est pour le moins troublante. En avril 2016, le despote syrien a organisé des élections sur les quelque 30% du territoire où son pouvoir s’exerce encore. Les deux cents candidats de la liste présidentielle ont évidemment tous été « élus », perpétuant la mainmise totale sur un Parlement qui, sous Assad père et fils, n’a jamais été qu’une chambre d’enregistrement.

L’enjeu résidait de toutes façons moins dans le résultat de cette caricature de scrutin, connu par avance, que dans la volonté d’Assad de saboter toute forme de transition politique. La résolution 2254, adoptée à l’unanimité du Conseil de sécurité en décembre 2015, prévoyait en effet la mise en place dans les six mois d’une « gouvernance crédible, inclusive et non sectaire », chargée d’élaborer une nouvelle constitution sur la base de laquelle des élections « libres et régulières » se dérouleraient dans les dix-huit mois et sous la supervision de l’ONU.

Ce n’est pas la première fois qu’Assad fait voter « sa » Syrie pour entraver un processus de solution de la crise par l’ONU. En juin 2014, il avait déjà mis en scène une « élection » présidentielle où il s’était généreusement contenté de 88,7% des voix. Une telle provocation avait largement contribué à la démission de Lakhdar Brahimi, l’envoyé spécial pour la Syrie de l’ONU et de la Ligue arabe. Le successeur de Brahimi, Staffan di Mistura, a en revanche repris les pourparlers dits de Genève le jour même où Assad organisait sa farce électorale.

En janvier 1926, la France coloniale avait elle aussi tenté une manœuvre électorale pour saboter toute internationalisation sérieuse de la crise syrienne. Après tout, le « mandat » que la Société des Nations avait confié en 1920 à la France sur la Syrie, ainsi que sur le Liban, était censé se fonder sur une adhésion minimale des populations concernées, dans la perspective de leur transition vers l’indépendance. Or c’est le principe même de cette transition que la France refusait, divisant territoires et communautés, comme aujourd’hui le fait Assad pour barrer la voie à la moindre transition politique.

En juillet 1925, une insurrection nationaliste avait éclaté en pays druze avant de s’étendre dans tout le sud de la Syrie, notamment à Deraa, berceau de la révolution anti-Assad de 2011. Cette insurrection reste qualifiée dans les manuels d’histoire de « révolte », alors que le terme arabe qui la désigne, « thawra », signifie littéralement « révolution ». Le caractère révolutionnaire de ce soulèvement s’affirma d’ailleurs très vite avec ses exigences d’indépendance et de démocratie : les insurgés se battaient désormais pour que le territoire syrien soit unifié dans le cadre d’un traité avec la France.

Un tel programme national n’empêcha pas la propagande française de stigmatiser le féodalisme druze ou le fanatisme islamique. Le général Maurice Sarrail, haut-commissaire de la France en Syrie et au Liban, se posait volontiers en Voltaire écrasant l’infâme. Il n’hésita donc pas à bombarder sauvagement Damas, en octobre 1925, pour endiguer l’avancée des révolutionnaires, déjà bien implantés dans la Ghouta, la périphérie de la capitale. Là encore, le parallèle avec l’actualité la plus sanglante du conflit syrien se passe de commentaire.

Les excès de Sarrail amenèrent pourtant Paris à le remplacer en novembre 1925 par Henry de Jouvenel, qui prit ses fonctions un mois plus tard. Dès janvier 1926, il organisa des élections sur les territoires de Syrie où la France n’imposait pas la loi martiale. Cette Syrie « pacifiée », qui devait voter pour mieux étouffer l’insurrection révolutionnaire, excluait donc Damas et le Sud du pays.

Le but de la manœuvre était simple : opposer Alep à Damas, comme aujourd’hui Assad veut opposer Damas qui « vote » au reste du pays. Mais Jouvenel se heurta au boycott des élections par la population d’Alep. L’administration coloniale compensa cet échec en milieu urbain par des pressions accrues, voire un bourrage des urnes dans la campagne d’Alep (où le taux officiel de participation fut de 81% contre 23% en ville). La faillite de cette manœuvre électorale amena Jouvenel à intensifier la répression, avec un nouveau bombardement de Damas en mai 1926. Le Haut-Commissaire quitta ses fonctions peu après.

Ce parallèle historique entre les farces électorales de 1926 et de 2016 en Syrie n’a d’autre vertu que de rappeler leur tragique inanité, aujourd’hui comme 90 ans plus tôt. Il est aussi l’occasion de souligner que l’armée d’Assad, loin d’être « nationale », traite son propre peuple avec la même cruauté qu’une armée d’occupation. En 1926 comme en 2016, l’enjeu est bel et bien celui du droit du peuple syrien à l’autodétermination.

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anniebannie a été témoin direct de la farce des élections en Syrie qui sont une insulte à  la population

Yassin al-Haj Saleh : «La Syrie ne s’est pas démocratisée, c’est le monde qui s’est syrianisé»


Par Hala Kodmani 9 mai 2016 à 18:41
En octobre 2015, dans la ville de Douma, ravagée, selon les témoignages des activistes, par les forces du régime.

En octobre 2015, dans la ville de Douma, ravagée, selon les témoignages des activistes, par les forces du régime. Photo B. Khabieh. Reuters

Cet opposant et militant de la révolution de 2011 décrit une mondialisation de la crise syrienne. Son espoir ? Que ses concitoyens retrouvent un peu de calme afin de reprendre possession d’une république confisquée par la famille Al-Assad.

Opposant et écrivain, Yassin al-Haj Saleh est une figure influente et respectée de l’opposition démocratique syrienne pour son engagement personnel dans l’action politique comme pour ses analyses. Né à Raqqa en 1961, il a passé seize ans dans les prisons de Hafez al-Assad (père de Bachar) pour appartenance au Parti communiste. En 2011, il participe avec enthousiasme à la révolution syrienne, vivant en clandestin à Damas, dans sa banlieue, puis à Raqqa avant de s’exiler en Turquie, fin 2013. A son long défi à la dictature de la famille Al-Assad s’est ajouté le combat contre le nouveau monstre jihadiste. L’un de ses frères, Firas, est détenu par l’EI à Raqqa depuis l’été 2013. Tandis que sa femme, Samira al-Khalil, a été enlevée avec trois autres militants des droits de l’homme, dont la célèbre avocate Razan Zaitouneh, par un groupe armé salafiste à Douma, dans la périphérie de Damas. Dans la Question syrienne, recueil d’articles publiés aux éditions Sindbad – Actes Sud, il analyse les dimensions locales et internationales de la crise.

Vous comparez «la Question syrienne», à la question d’Orient, juive, ou palestinienne, en quoi le conflit syrien rappelle-t-il ces cas historiques ?

Il faut rappeler que la Syrie est un éclat de la question d’Orient, posée dès le XIXe siècle, qui a abouti au démembrement de l’Empire ottoman et à la division de la région en Etats, dont la Syrie. Elle est aussi l’une des victimes de la solution de la question juive par la création de l’Etat d’Israël dès lors que le soutien américain et occidental à Israël a imposé un déséquilibre total des forces dans la région. Quant à la question palestinienne, engendrée par la question juive, elle implique la Syrie pour des raisons géographiques, historiques et politiques évidentes, outre que 600 000 Palestiniens y sont installés.

La révolution syrienne est devenue une «question» par son extrême complexité, sa longue durée et son internationalisation du fait de l’implication de plusieurs forces étrangères. Il ne s’agit plus d’une lutte rationnelle entre des forces politiques au sein d’un pays mais d’un problème touchant au fond des sociétés, des croyances et des cultures. C’est une question dont les effets peuvent durer des décennies, voire des générations.

En somme, vous considérez que la solution de la crise syrienne dépend des forces extérieures ?

Depuis deux ans, la crise syrienne s’est mondialisée à tous les niveaux : militaire, diplomatique et sécuritaire avec les jihadistes. Le problème, c’est que les plus puissants ont procédé par la «gestion de crise» plutôt que pour la recherche d’une solution. Ils se sont employés à contenir les débordements du conflit vers les pays voisins ou à se protéger des dangers du terrorisme ou des réfugiés. Les valeurs internationales de responsabilité, de justice, de liberté ou d’égalité ont été occultées. Au lieu que la Syrie se démocratise, selon l’appel de la révolution, c’est le monde qui s’est syrianisé. Les démocraties se sont mises à imposer des restrictions aux libertés, au nom de la sécurité, à construire des murs pour se protéger des pauvres et assurer le confort des nantis. C’est pour moi une illustration de la mondialisation, fondée sur le pouvoir des élites et donc sur l’inégalité et l’injustice.

Mais vous comprenez que le monde soit traumatisé par ce que vous appelez dans un des articles du livre le «nihilisme guerrier» à propos des jihadistes ?

Je retiens trois causes principales pour expliquer le développement de ce nihilisme islamique en Syrie. Tout d’abord, l’intensité de la violence utilisée par les forces du régime de Bachar al-Assad dans la répression du soulèvement populaire. Deuxièmement, l’absence de soutien extérieur à la révolution, ou de protection contre cette violence extrême, comme des zones d’exclusion aérienne. Troisièmement, l’échec de l’opposition syrienne à présenter une vision collective et un projet consistant. Le résultat a été une perte de confiance en tout. Dès lors que les humains ne comptent plus pour personne, seul Dieu reste. L’absence de justice sur Terre attire les gens vers la justice divine.

Tant que ces trois ressorts persistent, le jihadisme ne reculera pas, même si dans le cas de Daech, il combat d’abord les Syriens. On ne peut pas demander aux gens ni moralement ni pratiquement de se mobiliser contre l’EI parce que maintenant les Américains et les Européens sont menacés. Moi-même, malgré toute ma hargne personnelle contre Daech qui détient un de mes frères à Raqqa, qui a confisqué notre maison familiale et exilé tous mes autres frères et sœur, je ne peux appeler les Syriens à combattre les jihadistes tant qu’Assad est là. Parce que j’ai vécu avec les habitants de Douma, la ville assiégée près de Damas, j’ai vu comment des maisons sont réduites en quelques secondes en ruines par l’aviation et j’ai ramassé de mes mains des morceaux de corps humains dans les décombres.

Malgré tout, vous proposez un horizon pour la Syrie par l’instauration de la République, qu’entendez-vous par là ?

J’entends la République comme la réappropriation de la vie publique par l’ensemble de la communauté. Il s’agit de libérer le débat sur les questions politiques en le rendant accessible au public le plus large. Dans ce sens, je ne prends pas exemple sur les Républiques française ou turque kémaliste qui ont instauré des Etats centralisés, excluant les minorités.

Dans le contexte syrien, le pouvoir monarchique des Assad a confisqué la République, transformant le pays en une propriété privée. Outre la succession dynastique de Bachar à son père, les Syriens sont devenus des sujets et non des citoyens. L’idée de la République opère bien aussi face aux islamistes dont l’approche est fondée sur une élite savante et dirigeante qui doit gouverner le peuple considéré comme ignorant ou incapable. Le nouveau libéralisme à l’occidental proposé par une partie de l’opposition syrienne démocratique ne correspond pas non plus au concept de République dès lors qu’il prévoit la domination d’une classe intellectuelle et économique dirigeante.

Mais n’est-ce pas un idéal théorique que vous présentez aux Syriens auxquels vous n’avez pas accès pour faire entendre un tel message ?

Les urgences auxquelles doivent faire face les Syriens, qu’ils soient sous le feu, démunis, blessés, disparus ou réfugiés ne leur laissent même pas la possibilité de réfléchir à leur propre situation. Face à cela, je suis impuissant. Mais en tant qu’écrivain, mon rôle, ma seule voie est de tenter d’analyser, d’expliquer et d’éclairer. Pour le moment, on est dans un processus d’extrémisation, de violence, de vengeance et de guerre active. Mais dès qu’un peu de paix revient et nous permet de relever la tête pour regarder autour de nous, qu’un changement d’environnement politique restaurant un minimum de justice s’établit, chacun pourra reconsidérer ses comportements, ses agissements et ses positions. Cela peut inclure même les forces du régime ou ceux qui ont adhéré à Daech. Quand je suis sorti de prison, j’étais beaucoup plus disposé à écouter les autres, à sympathiser avec leurs préoccupations que pendant que j’étais entre les murs. Le choc immense vécu par tous les Syriens va engendrer de nouvelles voies pour les générations futures. C’est là que la révolution pourra commencer.

La Question syrienne, Yassin al-Haj Saleh, éditions Sindbad – Actes Sud, 230 pp., 22 €.

Hala Kodmani

Chrétiens d’Orient et Bachar el-Assad : lettre ouverte aux cinq députés « Les Républicains » après ce méprisable mélange des genres (Art.347)


Comme c’est gentil de votre part, vous députés de la nation française appartenant au parti Les Républicains, de vous rendre à Damas via Beyrouth, afin « d’être auprès des chrétiens d’Orient » (Valérie Boyer) et de « soutenir ceux qui combattent Daech (régime syrien) » (Thierry Mariani). Sachez d’emblée qu’une partie des premiers rejette votre solidarité empoisonnée, honteuse car sélective, méprisable car élective, elle en fait de ce tyran, Bachar el-Assad, le sauveur de ses opprimés, les peuples syrien et libanais. C’est le comble ! Non merci. Non seulement vous ne correspondez pas aux normes, celles de la politique officielle de la France, instaurée par Laurent Fabius, l’ancien ministre français des Affaires étrangères, mais en plus, vous êtes d’une naïveté affligeante à croire la moitié d’un quart de seconde, comme on dit en Orient, que Bachar el-Assad peut encore jouer un rôle dans l’avenir de la Syrie et dans le combat contre Daech. Foutaises.

Je fais partie de cette espèce menacée qu’on appelle les « chrétiens d’Orient » que vous vous obstinez à vouloir défendre. J’en ai vu défiler depuis Saint-Louis. J’ai beaucoup écrit en long et en large sur la tyrannie des Assad, père et fils, que vous voulez soutenir coûte que coûte. Voyez-vous, les Assad sont sans l’ombre d’un doute l’une des pires malédictions pour le Moyen-Orient, au moins depuis ce sinistre coup d’Etat en 1970, pour l’ensemble des Libanais et des Syriens en général, et pour les chrétiens libanais et syriens particulièrement. J’ai expliqué à de nombreuses reprises dans mes articles comment Bachar el-Assad a tout fait pour radicaliser la révolte démocratique du 15 mars 2011. Comme par exemple, en réprimant sévèrement et dans le sang les manifestations pacifiques, en lâchant des centaines d’islamistes emprisonnés, en ciblant les populations civiles, en institutionnalisant la torture ou en concentrant ses attaques militaires sur les « rebelles modérées », afin qu’il ne subsiste sur le terrain des combats que deux protagonistes, le régime et les djihadistes de Daech & Co. Et tout cela dans un seul et unique but, pour que justement des Occidentaux crédules comme vous, gobent la propagande officielle et décrètent naïvement après un séjour touristique à Damas, que « nous avons une alliance à faire contre le terrorisme » (Valérie Boyer). En gros, qu’il n’y a pas de choix en Syrie, pour combattre les fanatiques, il faut soutenir les tyranniques. Et encore, si vous aviez le courage d’appeler un chat un chat !

Initiateur de ce déplacement, vous Monsieur le député Thierry Mariani, vous estimez que « Bachar el-Assad est incontournable » et que « nous avons les mêmes ennemis ». Vous peut-être, la bande des cinq députés du parti des Républicains, mais surement pas nous, les Orientaux du Liban et de Syrie, toutes appartenances communautaires et tendances politiques confondues, et les Occidentaux, de France, d’Europe et d’ailleurs.

Voyons un peu. Alors que nous sommes à 300 000 morts en Syrie et 10 millions de déplacés, vous n’avez pas jugé utile de rencontrer par exempleles survivants du massacre chimique d’al-Ghouta dans la banlieue de Damas, survenu en août 2013 et qui a emporté en quelques minutes la vie de 1 429 personnes dont 426 enfants. Pourquoi, parce que vous n’y avez pas pensé ? Ou parce que leur drame ne vous touche pas autant que celui des chrétiens, étant a priori, musulmans en majorité ? En tout cas, vous n’y avez pas pensez surement parce que l’auteur de ce « crime de guerre » est précisément le régime de Bachar el-Assad que vous cherchez aujourd’hui à réhabiliter en vous cachant derrière les « chrétiens d’Orient » et de la « lutte contre le terrorisme ».

Cela dit, en regardant votre album photos, nous constatons que vous avez trouvé quand même le temps de profiter de cet agréable weekend pascal que vous vous êtes offerts comme hôtes dans le fief de Bachar et Asma, pour aller déambuler dans le souk de Damas et pour photographier comme vous l’avez dit Monsieur le député de la 11e circonscription des Français de l’étranger (celle qui englobant l’Europe de l’Est, l’Asie et le Pacifique, donc, le Liban et la Syrie) : « le mug qui fait fureur, en reconnaissance de l’intervention de la Russie face à Daech ». Vous ne vous êtes pas rendu compte Thierry Mariani, que votre tweet relève de l’imposture à l’état pur. Tout le monde sait que les frappes des avions russes avaient comme principal objectif d’avantager la tyrannie des Assad et n’ont visé Daech que secondairement. Alors, pourquoi pas vous ?

Et comme le hasard fait parfois bien les choses, la bataille de Palmyre est venue vous réconforter dans votre choixde s’aligner sur l’axe Damas-Téhéran-Moscou et de pavoiser : « Pendant que la bataille fait rage pour la reprise de Palmyre, la foule se presse au souk de Damas ».En d’autres termes, qu’est-ce qu’on est bien en sécurité chez Bachar et Asma ? En temps normal, on en rirait Thierry Mariani, tellement c’est grotesque. Vous avez raison sur la partie touristique de votre tweet, mais surement pas sur la partie militaire, qui relève là aussi, de l’imposture. Les batailles de Palmyre à l’aller comme au retour n’ont jamais fait rage. Je ne sais pas où vous êtes allés chercher ce délire. Elles se sont apparentées dans les faits à des passations de pouvoir entre les troupes d’Assad et de Daech, selon les circonstances et les intérêts. Et pour cause, Tadmor-Palmyre est une double ville du désert de Syrie qui n’a pas ungrand intérêt stratégique dans la guerre syrienne, ni pour les uns ni pour les autres. Sa chute, en mai 2015, comme sa reprise, en mars 2016, n’est pas un grand enjeu militaire de par son éloignement de la capitale et de sa géographie désertique. Son intérêt majeur est médiatique. Daech voulait s’en emparer pour deux raisons, à part étendre son territoire : d’une part, pour récupérer les petites œuvres d’art à vendre sur le marché noir (comme l’a confirmé le drame de l’ancien directeur des Antiquités, Khaled Assaad, qui a refusé d’indiquer aux djihadistes où il avait caché certaines d’entre elles, ce qui lui a coûté la vie), et d’autre part, pour détruire quelques monuments non islamiques, comme un pied de nez à la communauté internationale. Maintenant vous devez savoir, qu’Assad l’a livré à Daech pour deux raisons aussi : d’une part, afin de concentrer ses troupes autour de Damas, de la région de Lattaquié et tout au long de la frontière libanaise alors qu’il se trouvait en difficulté au printemps 2015, et d’autre part, pour se positionner devant quelques crédules occidentaux comme vous, comme un rempart aux barbares, destructeurs de la mémoire de l’humanité. Tous vos tweets et certains articles sur le sujet, pour saluer la bravoure des assaillants dans la bataille de Palmyre, le trio Assad-Nasrallah-Poutine (Robert Fisk qui souffre d’un syndrome de Stockholm par procuration depuis les années 80, parle même de « la plus grande défaite de l’EIIL »), relève de la mythologie. Il faut reconnaitre que les lieux s’y prêtent.

Une visite comme ça se prépare à l’avance. On peut éventuellement compenser le manque de préparation par l’observation du terrain et les discussions sur place. Tenez, à votre descente d’avion à Beyrouth vous auriez dû remarquer la présence massive de réfugiés et de migrants syriens au Liban. Le pays du Cèdre accueille pour ces deux catégories confondues près de 1,5 million de Syriens pour 4,5 millions d’habitants. Rapportés à la population française, c’est comme si la France accueillait 22 millions d’étrangers de la même nationalité. De quoi dissiper vos belles chevelures et brider vos grands sourires pour les photos souvenirs ! Vous auriez cherché à comprendre pourquoi il y avait autant, et pourquoi l’Europe croule sous l’afflux massif de migrants de Syrie, vous auriez découvert entre autres, que c’est à cause de l’obstination de Bachar el-Assad à garder le pouvoir (et à capoter les négociations de Genève dans le passé), des quatre vétos de la Russie et de la Chine (pour bloquer quatre résolutions de l’ONU sur la Syrie en 5 ans de conflit), des atrocités commises à la fois par le régime syrien et par les djihadistes de tout poil, de la barbarie des troupes syriennes (ex. le massacre chimique de Ghouta et l’album de César ; mais aussi, des bombardements des populations civiles aux barils d’explosifs et au chlore), de l’implication massive de la République islamique d’Iran et de la milice chiite du Hezbollah aux côtés de Bachar el-Assad (notamment tout le long de l’axe nord-sud longeant le Liban, d’Alep à Deraa), et de la violence des bombardements russes (qui n’a laissé aucun refuge à la population). Enfin bref, à cause de Bachar el-Assad, qui selon vous, Valérie Boyer, « travaille déjà à l’après-guerre et à la réconciliation ». Non mais, vous avez une forme grave de tourista madame ladéputée !

Au Liban, si vous aviez cherché à sortir des sentiers battus, des Libanais chrétiens et musulmans vous auraient plongé rapidement par exemple dans le dossier Michel Samaha. Cet ancien ministre libanais a été jugé et condamné il n’y a pas si longtemps, sur ses propres aveux et des preuves irréfutables, le flagrant délit de posséder 24 charges explosives fournies par le régime syrien, de vouloir mener des dizaines d’attentats terroristes et d’assassinats politiques au Liban, à caractère confessionnel (comme les innombrables actes terroristes survenus lors des 29 ans d’occupation syrienne du Liban par la tyrannie des Assad, père et fils, et qui ont couté la vie, entre autres, à deux présidents de la République chrétiens, Bachir Gemayel et René Mouawad, et à deux Premiers ministres sunnites, Rachid Karamé et Rafic Hariri), dont un devait être réalisé lors du passage du patriarche chrétien maronite dans une région musulmane sunnite, et tout cela à la demande du régime syrien de Bachar el-Assad svp, afin de plonger le Liban dans une guerre confessionnelle islamo-chrétienne. Ah oui, je vous l’accorde, on est en Orient et c’est trop compliqué, mieux vaut se contenter des clichés.

A ce propos, sur la route de Damas, dans le bus qui vous emmenait pour aller serrer la main du tyran des lieux, une simple connexion internet vous aurait permis de passer le temps de la traversée des magnifiques paysages du Mont-Liban, de la Bekaa et de l’Anti-Liban, à découvrir le terrible album de César. Vous pouvez toujours le faire et constatez vous-mêmes à quel point votre visite est déplacée, vos tweets sont grotesques et votre message de réhabilitation d’Assad fait honte. L’album de César compte 55 000 photos de 11 000 Syriens, hommes, femmes et enfants, affamés, torturés, mutilés et tués dans les conditions les plus abominables par le régime tyrannique de Damas, dont certaines ont été exposées au siège même de l’ONU à New York. Alors dites-nous, ces victimes, ne méritent-elles pas elles aussi votre compassion soi-disant chrétienne ? Si oui, comment pouvez-vous voir dans ce grand criminel, un homme « incontournable », protecteur de qui que ce soit ? Si non, vous êtes de faux-chrétiens, comme dirait le pape François. Ce seul « crime contre l’humanité » fait tomber à l’eau toutes les vaines tentatives dont la vôtre, pour redorer le blason de ce régime fasciste qui a institutionnalisé la torture et qui n’a rien à apprendre à Daech en matière de barbarie.

Et puisque vous êtes connectés à internet, vous pourrez plonger également dans les rapports de la Commission d’enquête internationale indépendante (sur la République arabe syrienne), celle qui a été créée par le Conseil des droits de l’homme des Nations-Unies. Dans celui du 5 février 2015 par exemple, vous apprendrez que « le recours à la torture était généralisé et systématique dans les locaux de plusieurs institutions (du régime)… Les informations recueillies (par la Commission d’enquête de l’ONU) dénotent l’existence d’une politique d’État mise en œuvre dans les différents gouvernorats ». Comme le prouve l’album de César justement ! Alors, Thierry Mariani, « Bachar el-Assad attend le retour de la France » pour quoi faire au juste ? L’aider dans la gestion de la torture ? Sinon, prenez le dernier rapport, celui du 11 février 2016, vous apprendrez que « Des crimes contre l’humanité continuent d’être commis par les forces gouvernementales et par l’État islamique d’Iraq et du Levant (EIIL). Les crimes de guerre commis par les belligérants (en Syrie) sont monnaie courante ». Alors, dites-nous braves gens, c’est avec le chef de ce régime que vous souhaitez s’allier contre le terrorisme ? Mais, il est LE terroriste des terroristes ! Dans ce rapport, vous apprendrez aussi que « Les sunnites, qui constituent la communauté religieuse la plus importante de Syrie, comptent le plus de victimes et de prisonniers civils. Par ses attaques illégales et ses actes constitutifs de disparition forcée, le Gouvernement a visé les communautés dont il estimait qu’elles appuyaient des groupes armés ou dont l’allégeance lui semblait douteuse. Cette stratégie a touché de manière disproportionnée la majorité sunnite, en particulier dans les zones insurgées. » Voilà, Thierry Mariani, Valérie Boyer, et les autres, comment le régime de Bachar el-Assad combat et combattra Daech ! Je vous laisse maintenant imaginer les conséquences de cette stratégie criminelle et stupide, en Syrie comme en Europe.

Dans une interview accordée à BFM, Thierry Mariani, vous le respectable député des Français de l’étranger, vous dites clairement « Je souhaite la victoire de l’armée syrienne ». De votre côté Valérie Boyer, députée de Marseille, vous nous rassurez dans le quotidien La Provence que « Bachar est serein… il va gagner la guerre ». J’ai envie de vous dire, tout ça pour ça ! Enfin, vous êtes entièrement libres de soutenir une tyrannie. Faites-le pour toutes les raisons possibles et imaginables, mais dorénavant évitez le mélange des genres, Bachar el-Assad et chrétiens d’Orient, ces derniers se passeraient bien de l’expression fâcheuse de votre naïveté politique. Pour votre gouverne, tout ce qui renforce le régime alaouite de Bachar el-Assad, qui est issu d’une communauté minoritaire qui ne représente que 10% de la population syrienne, renforcera les islamistes de Daech & Co, qui sont issus d’une communauté majoritaire sunnite qui représente 70 % de la population syrienne et de dizaines de milliers de combattants étrangers sunnites sensibles à l’agonie du peuple syrien et réceptifs à la propagande djihadiste. Je vais vous simplifier davantage la formule : Assad va de pair avec Daech. En soutenant Bachar el-Assad, vous renforcez son pouvoir tyranniquenuisible pour les peuples syrien et libanais en général, et pour les communautéssunnite et chrétiene en particulier. Par votre démarche de réhabilitation de ce régime criminel, vous renforcez naturellement ses alliés, les extrémistes chiites pro-Bachar, comme le Hezbollah et la République islamique d’Iran, dont l’objectif reste l’établissement d’une République islamique chiite au Liban, comme l’a rappelé le numéro deux du Hezbollah, cheikh Naïm Qassem, en début d’année. Pire encore, en soutenant Assad, vous poussez une frange de personnes anti-Bachar de confession sunnite, de Syrie comme de France et d’ailleurs, à se radicaliser pour venir grossir les rangs de ces organisations terroristes. Ainsi, par votre soutien irresponsable, vous menacez l’ensemble des populations syrienne et libanaise, les chrétiens et les musulmans en Orient, vous prolongez le conflit syrien et vous jetezdavantage de migrants sur les routes de l’Europe. Assad et Daech sont deux formes différentes de fascisme, d’une barbarie comparable. Que ça vous plaise ou non, les deux sont condamnés à disparaitre. En attendant, vous êtes du mauvais côté de l’histoire.

Post-scriptum
Avant que je n’oublie, pitié, enlevez ce « ن », la lettre noun de l’alphabet arabe (qui a été apposée sur les murs des résidences des Irakiens de confession chrétienne expulsés de Mossoul par Daech, à l’été 2014), qui accompagne le nom de certains d’entre vous, Thierry Mariani et Valérie Boyer, sur les réseaux sociaux.Votre soutien à un tyran de la trempe de Bachar el-Assad, est totalement incompatible avec les enseignements de Jésus de Nazareth, le premier desnasara, les Nazaréens, ces fameux chrétiens d’Orient.

source

Farouk, un assiégé comme moi (2016) –


Hier a eu lieu la projection du Film « Un assiégé comme moi » de Hala Alabdalla qui inscrit -si je puis dire- la petite histoire de Farouk Mardam Bey dans la grande histoire du peuple syrien.
Comme toi Hala, je ne cache pas mon désarroi lorsque la première question dans la salle après la projection d’un film d’une telle richesse, concerne les « islamistes ». Comme toi je ne peux désormais entendre un public de gauche engagé dans la cause palestinienne émettre des doutes sur la légitimité d’un soulèvement populaire contre un despote. Pour moi l’éthique politique ne peut pas être à géométrie variable. Un peuple oppressé que ce soit du fait d’un occupant ou d’un despote sanguinaire mérite notre solidarité.
Elias Sanbar, Ambassadeur de Palestine aurpès de l’UNESCO et amis intime de Farouk Mardam Bey a tenu les propos suivants durant le débat:
« Ce que les syriens ont vécu en 5 années dépasse en horreur ce que les palestiniens ont vécu en un siècle.
Nous les palestiniens n’avons pas été à la hauteur. Vous syriens étiez là pour nous, et nous n’étions pas au rendez-vous ».

Pour ma part, pour avoir connu ce peuple syrien merveilleux, éblouissant de dignité et de courage, un peuple qui s’est soulevé contre la tyrannie et qui force l’admiration, je soutiendrai toujours la révolution syrienne.
Pour avoir cotoyé des êtres de chair, de sang, de culture et d’émotions, je soutiendrai la révolution pour que le despotisme qui les broie tombe.
Pour avoir connu les syriens avant la Syrie, je soutiendrai leur révolution afin que Samir Kassir repose en paix et que Farouk Mardam Bey puisse déambuler librement dans sa ville bien aimée: Damas.

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