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Molenbeek: l’état des grévistes de la faim se détériore encore


| vendredi 26 décembre 2014 à 15h20

« Ils te vendent le rêve américain, mais tu bosses comme un Chinois »


AMAZONIENS22/12/2014 à 18h31

Rémi Noyon | Journaliste Rue89

La grève chez Amazon-France, lundi, n’a pas mobilisé grand monde. Mais elle a permis d’attirer l’attention sur les conditions de travail chez le géant américain qui dispose de quatre sites logistiques en France. Reportage.

Un cégétiste employé d’Amazon (Rémi Noyon/Rue89)

(De Saran) Autant le dire tout de suite, la grève chez Amazon n’a pas mobilisé grand monde. Sur le site de Saran (Loiret), ils ne sont que quelques dizaines (une douzaine selon la direction) à avoir débrayé ce lundi matin à l’appel de la CGT. Les plus motivés ont monté une tente sur le petit rond-point autour duquel tournent les camions de livraison et les voitures des intérimaires.

« Tu vois, le car qui arrive ? Ce sont des intérimaires de Romorantin. Ils sont obligés d’aller en chercher jusqu’à Blois. L’agglo orléanaise ne suffit pas. La réputation n’aide pas… »

Le site d’Amazon à Saran (Loiret) (Rémi Noyon/Rue89)

Le car s’engouffre dans le parking des salariés. L’entrepôt d’Amazon s’étale sur des centaines de mètres, au centre d’une gigantesque zone industrielle. Clément, l’un des responsables du syndicat (40% de représentativité chez Amazon), ne cesse de répéter l’image aux quelques journalistes présents :

« C’est grand comme le Stade de France. »

En France, on trouve trois autres sites logistiques – Lauwin-Planque dans le Nord, Saran dans le Loiret, Montélimar dans la Drôme et Sevrey en Saône-et-Loire. La grève a été lancée, pour faire écho à l’Allemagne où un mouvement similaire a pris de l’ampleur. Récemment, les caméras de D8 ont donné un aperçu des conditions imposées par le géant américain. A chaque fois, le consommateur découvre le monde merveilleux de « l’Amazonisme ».

« Avant, c’était une entreprise modèle… »

Ce matin, gilets jaunes, cafés dans la main, du Noir Désir en arrière-fond, quelques salariés racontent, une nouvelle fois, les dessous de l’entreprise. Ils n’ont même pas envisagé de bloquer les camions – de toute façon, les flux sont européens et Amazon n’aurait qu’à augmenter la cadence dans d’autres sites pour anesthésier la grève. Preuve du gigantisme : pour les fêtes, Amazon a recruté un millier d’intérimaires sur le site de Saran.

Clément est entré chez Amazon il y a maintenant six ans. Auparavant, il avait travaillé dans l’hôtellerie-restauration puis dans une filiale d’Alcatel. Aujourd’hui, il s’occupe de réceptionner les colis déchargés par les caristes. Pour lui, les conditions se sont détériorées ces dernières années :

« Avant c’était une entreprise modèle, qui respectait ses employés. On avait plaisir à se lever le matin pour venir travailler. Maintenant, c’est une immense machine qui broie ses salariés. »

Amazon fonctionne en tout cas comme une mécanique suisse : les caristes déchargent les camions, une équipe réceptionne les produits, les « stowers » les rangent dans les étagères, puis les « pickers » viennent chercher les commandes pour qu’elles soient emballées par les « packers » et expédiées. Les salariés déambulent au milieu de rayons géants, marchant une grosse dizaine de kilomètres par jour. Sous la pression du management.

Tout cela est rendu possible par une batterie de logiciels et de technologies, qui mesurent la productivité des salariés. Kevin, 27 ans, manutentionnaire sur les quais de réception, raconte :

« On badge à 5h40, quand on est du matin, puis on a un briefing sur les chiffres, ce qu’on a fait, les erreurs, la journée à venir, etc. Après on doit tous se loguer. On scanne un code qui permet d’identifier sur quel poste on travaille. Le manager peut ainsi nous fliquer. Le moindre écart est détecté. Le moindre mouvement est contrôlé. Si on va aux toilettes trop longtemps, c’est signalé. Il paraît même qu’au bout de quelques minutes d’inactivité, ça sonne. »

Clément ajoute qu’il en a marre de devoir passer par des portiques en partant :

« Ils nous prennent pour des voleurs. Ils ont même des raquettes de détection. On se croirait à la Banque de France. »

« Arrêt du flicage »

La CGT demande « l’arrêt du flicage » (« ils nous prennent pour des enfants »), une revalorisation salariale (« le salaire de base est entre 1 250 et 1 300 euros nets »), une plus grande évolution (« il n’y en a pas, même pour les anciens ») et dix minutes supplémentaires de pause (« On a une seule pause de trente minutes, on demande deux fois vingt minutes »).

En réajustant son bonnet, Clément ajoute, visiblement calé sur le droit social :

« Un salarié qui part du fond de l’entrepôt jusqu’au portique de sécurité, pour aller en pause, voit ce temps décompter de sa pause, ce qui est illégal. »

Le site d’Amazon à Saran (Loiret) (Rémi Noyon/Rue89)

Le mouvement n’a été que très peu suivi. La direction d’Amazon France explique que cela « n’aura aucun impact » sur les livraisons. Le président, Romain Voog, aura beau jeu de répéter ce qu’il déclarait l’année dernière dans une interview à La République du Centre à la suite d’un autre mouvement social :

« On parle de dix personnes sur 2 000, 5 000 salariés. Notre réponse est toujours la même. Avec nos salariés, on échange au quotidien pour améliorer leurs conditions de travail. On continue à proposer des niveaux de salaire qui sont 10% au-dessus de la convention collective. Et si vous additionnez tous les avantages, vous êtes à 20% au-dessus. Je ne dis pas qu’il n’y a pas une rumeur, mais ce n’est pas la réalité. On ne va pas réussir en n’étant pas un bon employeur, j’en suis convaincu. »

« Ils mettent en place l’Amazonisme »

C’est là que Khaled déboule, agitant les doigts pour ponctuer son propos. Cariste, lui aussi très impliqué à la CGT, il cite le livre de Jean-Baptiste Malet,« En Amazonie, infiltré dans le meilleur des mondes ». Du coup, il pousse la critique plus loin que la liste un peu sèche des revendications. Il dénonce au passage le « pay to quit » américain, l’interdiction de parler avec ses collègues et le turnover important :

« Ils mettent en place l’Amazonisme. Dans toute l’Europe. C’est leur système de travail : “Work hard, have fun, make history.” Tu deviens un amazonien, tu rentres dans un moule : c’est ferme-la et travaille. Ça se tape dans l’épaule, ça se tutoie. On est aux States : ils te vendent le rêve américain et tu bosses comme un Chinois. Et ça se passe en France. »

En exemple, il cite le manuel de sécurité de l’entreprise qui définit les postures de sécurité, les gestes à effectuer, propres aux entrepôts Amazon – « On devient des robots. »

Clément reprend :

« On est tellement fatigués qu’on n’a plus de vie extérieure. Avec le “have fun” – des déguisements, des mascarades comme “danse avec le directeur” ou des jeux-concours – on tente de faire oublier le quotidien et de recréer de la vie à l’intérieur de l’entreprise. C’est malsain. »

Amazoniens syndiqués à la CGT (Rémi Noyon/Rue89)

La petite bande a visionné les vidéos sur YouTube des robots mis en place aux Etats-Unis :

« Ils ont trouvé la solution. Jeff Bezos, le patron d’Amazon, a racheté une boîte de robotisation qui s’appelle Kiva. Les vidéos sont impressionnantes. Le robot passe en dessous du chariot et passe au packer. Il n’y aura plus besoin de picker ou de stower. »

Les cégétistes démontent la tente et éteignent la sono sous le regard de quelques intérimaires amusés qui attendent le bus. Eux sont plus mesurés (« Oui, les cadences sont difficiles, mais c’est toujours du boulot »). Passant devant l’arrêt de bus, Sébastien, cariste et délégué syndical, pointe du doigt l’énorme slogan accroché sur le bâtiment, en dessous du logo de la marque :

« Le sourire sur les cartons, c’est celui de Jeff Bezos, le patron, pas celui des salariés. »

Vers une « légalisation des rafles »


22/12/2014 à 15:10

Source: Belga

La Ligue des droits de l’Homme (LDH) et le Ciré (Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers) dénoncent avec force lundi le souhait exprimé par l’Office des étrangers de permettre à la police de pénétrer dans une habitation pour y chercher des sans-papiers sans autorisation d’un juge. « Cela annoncerait rien de moins qu’une légalisation des rafles », estiment les deux associations.

Vers une "légalisation des rafles"

© Belga

 

 

L’Office des étrangers désirerait que les agents de police soient autorisés à entrer dans les habitations sur sa simple demande, sans mandat d’un juge, afin d’interpeller des personnes en séjour illégal. Pour expliquer cette demande, l’Office des étrangers explique qu’aucun magistrat ne délivre de mandat de perquisition si les portes d’un logement restent closes.

La proposition fait bondir la LDH et le Ciré. « Cette annonce consternante constitue un nouveau et accablant témoignage de la dérive sécuritaire de la politique migratoire belge », estiment les deux associations. Elles soulignent l’importance du rôle joué par le juge, « garantie fondamentale contre les risques d’abus ou d’arbitraire », et regrettent que l’Office des étrangers « propose de modifier la loi sur la fonction de police sur cette matière de la pire manière qui soit ».

« Il est urgent, tant pour le gouvernement que pour la population, de prendre conscience de la grave régression en matière de droits fondamentaux que ce type de mesure représente », concluent les deux organisations.

Ce que les urnes tunisiennes n’ont pas dit


Béji Caïd Essebsi, 88 ans, vient de remporter la première élection présidentielle tenue librement en Tunisie. Il entendait incarner le camp laïque, même si son adversaire au second tour, Moncef Marzouki, n’était pas assimilable à l’islamisme stricto sensu, loin de là. L’avis sur ce scrutin de François Burgat, politologue spécialiste de l’islamisme.

La victoire du candidat du camp dit «laïque» à la présidentielle tunisienne signifie-t-elle que la Tunisie a «tourné la page de l’islamisme » comme certains observateurs en France se sont empressés de le proclamer?
Rien n’est moins sûr. Et pour plusieurs raisons. D’abord parce que ce n’est pas en tant qu’islamistes que les membres d’Ennahda ont dû céder leur première place dans le scrutin législatif. Si leur popularité, et celle du candidat à qui ils ont ensuite accordé un soutien officieux mais bien réel, a reculé, c’est avant toute chose parce qu’ils ont pris le risque d’exercer le pouvoir en 2012-2013 dans une conjoncture exceptionnellement exigeante et à laquelle – ni plus ni moins d’ailleurs que les autres compartiments de l’opposition – ils n’étaient réellement préparés. Si dans cette phase délicate, leur couleur politique leur a valu une difficulté spécifique, c’est seulement l’hostilité hypocrite et néanmoins généralisée de la rive occidentale du monde (la France qui avait traîné ostensiblement les pieds avant de se décider à prendre acte de la victoire d’Ennahda ayant montré la voie), ainsi que celle, à l’exception notable du Qatar, de l’entière corporation des «dictateurs arabes sans frontières». Si ces «grands démocrates» apportent un soutien financier massif, en Tunisie comme en Egypte, aux adversaires des islamistes, ce n’est pas, est-il besoin de le rappeler, du fait d’un subit prurit ultra laïc. C’est seulement parce qu’ils savent – et on peut leur faire confiance – que c’est dans cette mouvance et non dans la gauche défunte que se trouvent les principaux obstacles à leur rêve d’immortalité politique.

Ennahda avait gouverné avec des formations de gauche…
C’est la seconde raison expliquant l’effacement relatif du camp d’Ennahda et de ses alliés: lors de ce scrutin présidentiel, ce parti ne représentait pas, tant s’en faut, la totalité des forces que l’on regroupe généralement sous le label de plus en plus imprécis d’«islamistes». Ennahda paye ainsi le prix de son option délibérée de gouverner au centre, et de se couper ce faisant d’une importante partie de sa clientèle potentielle. Il faut donc prendre acte de ce choix, aussi délibéré que respectable. Et se garder dès lors de conclure – comme le fait une partie des observateurs français – que la petite composante du paysage politique tunisien avec laquelle nous partageons un anti-islamisme virulent a des raisons, et nous avec elle, de triompher.

On entre dans une «ère démocratique» en Tunisie?
A défaut d’avoir «tourné la page de l’islamisme», la Tunisie est en train d’ouvrir celle de l’alternance, et donc de la possibilité de voir une majorité alternative succéder à celle qui est en train de reprendre le pouvoir. Sans doute est-ce bien la dimension qui donne aujourd’hui à ce scrutin la portée historique qui est la sienne.

Propos recueillis par Baudouin Loos

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