Non-Alignés: dossier nucléaire et Syrie, trouble-fête du sommet


Le nouveau président islamiste égyptien Mohamed Morsi, pour sa première visite en Iran, a créé un incident en dénonçant "le régime oppressif" devenu "illégitime" en Syrie, ce qui a provoqué le départ de la délégation syrienne.Le nouveau président islamiste égyptien Mohamed Morsi, pour sa première visite en Iran, a créé un incident en dénonçant « le régime oppressif » devenu « illégitime » en Syrie, ce qui a provoqué le départ de la délégation syrienne.

Le sommet des Non-Alignés de Téhéran s’est achevé vendredi soir après deux jours d’échanges parfois conflictuels sur la question nucléaire et la crise syrienne, qui ont éclipsé les efforts iraniens pour obtenir son soutien face aux Occidentaux.

Les représentants des 120 pays membres ont adopté une déclaration finale affirmant notamment le droit de tous les pays à l’énergie nucléaire pacifique, le refus de toutes sanctions unilatérales et menaces militaires contre un pays, le soutien à la création d’un Etat palestinien et la nécessité du désarmement nucléaire, ont indiqué les médias iraniens.

Le texte de cette déclaration n’était pas immédiatement disponible vendredi soir sur le site officiel iranien dédié au sommet.

En pointe sur tous ces sujets, l’Iran qui va assurer la présidence du Mouvement des Non-Alignés pour trois ans n’a pas caché son ambition d’en faire un outil dans sa lutte anti-occidentale.

Bien que seuls une trentaine de chefs d’Etat ou de gouvernement aient fait le déplacement, Téhéran a présenté ce sommet comme une preuve de l’échec des efforts occidentaux pour l’isoler en raison de son programme nucléaire controversé.

Mais le dossier nucléaire a malgré tout perturbé cette grand-messe.

Répondant aux critiques du Guide suprême iranien Ali Khamenei contre la « dictature » du Conseil de sécurité de l’ONU qui a condamné et sanctionné l’Iran à plusieurs reprises, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a fermement demandé à Téhéran de respecter les résolutions du Conseil lui enjoignant notamment de cesser l’enrichissement d’uranium au coeur des inquiétudes internationales.

Faute de quoi une « spirale de violence » pourrait aboutir « rapidement » à un conflit militaire, a averti M. Ban, dénonçant les menaces israéliennes de frapper les sites nucléaires iraniens mais aussi la rhétorique belliqueuse « inacceptable » de l’Iran qui a menacé de détruire l’Etat hébreu s’il était attaqué.

L’avertissement du chef de l’ONU a été renforcé par la publication simultanée jeudi d’un nouveau rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) relevant que l’Iran avait doublé récemment la capacité de son site d’enrichissement nucléaire souterrain de Fordo, le seul considéré comme à l’abri de frappes militaires.

L’agence onusienne a également ravivé les doutes sur les objectifs nucléaires de Téhéran, accusé « d’entraver » ses efforts de vérification en procédant à un « nettoyage » du site militaire de Parchin où elle a décelé des activités suspectes mais n’a toujours pas pu se rendre.

L’ayatollah Khamenei a toutefois réaffirmé que l’Iran ne cherchait pas à se doter de l’arme atomique et ne cèderait rien sur ses « droits » nucléaires.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Ali Akbar Salehi a rejeté de son côté vendredi les accusations de l’AIEA, qualifiées de « prétextes » pour justifier les sanctions contre l’Iran.

Les Etats-Unis ont réagi en avertissant à nouveau Téhéran que le temps de la diplomatie pour résoudre le problème nucléaire ne durerait pas « indéfiniment ». La France a appelé de son côté à un nouveau renforcement des sanctions contre Téhéran.

La crise syrienne a également placé l’Iran sur la défensive lors du sommet, en illustrant l’isolement de Téhéran dans son soutien inconditionnel au gouvernement du président Bachar al-Assad.

Le nouveau président islamiste égyptien Mohamed Morsi, pour sa première visite en Iran, a créé un incident en dénonçant « le régime oppressif » devenu « illégitime » en Syrie, ce qui a provoqué le départ de la délégation syrienne.

L’ayatollah Khamenei n’en a pas moins réaffirmé vendredi le soutien iranien à Damas, accusant à nouveau « l’Amérique et le régime sioniste » d’avoir provoqué la crise pour affaiblir le front des pays opposés à Israël.

A cet égard, M. Ban a sévèrement épinglé durant le sommet la rhétorique « raciste » et « outrageante » des dirigeants iraniens qui appellent régulièrement à la destruction d’Israël ou nient la réalité de l’Holocauste.

Et il a également profité de sa visite à Téhéran pour réclamer la libération des centaines de prisonniers politiques iraniens, avertissant le régime que ses atteintes aux libertés dénoncées par l’ONU « ne font que semer les germes de l’instabilité » dans le pays.

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La France veut diriger l’aide vers les « zones libérées » en Syrie


vendredi 31 août 2012, par La Rédaction

La France projette d’affecter l’aide humanitaire aux zones de Syrie tenues par les rebelles afin que ces « zones libérées » puissent s’administrer elles-mêmes et endiguer le flot des réfugiés, a déclaré le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius.
Le chef de la diplomatie française a indiqué jeudi soir à New York que la France et la Turquie avaient identifié des zones dans le nord et le sud de la Syrie qui avaient échappé au contrôle du président Bachar al Assad, créant l’opportunité pour les communautés locales de se gouverner elles-mêmes sans se sentir obligées de fuir dans les pays voisins.
« On constate que l’opposition a pris des positions fortes dans des zones libérées à la fois dans le nord et le sud », a indiqué Laurent Fabius après une réunion du Conseil de sécurité de l’Onu, sous présidence française, qui s’est tenue jeudi soir à New York. « Ces résistants qui ont pris le contrôle de certaines zones et municipalités doivent administrer ces zones », a-t-il ajouté.
« Peut-être que dans ces zones libérées, les Syriens qui veulent fuir le régime trouveront un abri, ce qui, du coup, rend moins nécessaire le fait de passer la frontière, que ce soit en Turquie, au Liban, en Jordanie ou en Irak », a indiqué le chef de la diplomatie française.
Il a également appelé à fournir une aide plus importante à ces zones contrôlées par les rebelles syriens.
« Il faut les aider sur le plan financier, sur le plan administratif, sur le plan sanitaire et en terme d’équipements et nous le faisons directement, ainsi que la Turquie », a précisé Laurent Fabius.
Paris et Ankara travaillent notamment à identifier dans ces zones des individus à même de faire partie d’une future autorité syrienne.
« Dans la Syrie du futur, ces personnalités joueront un rôle important parce qu’elles sont issues du conflit et qu’elles ont la confiance de la population », a-t-il ajouté.
Le ministre n’a néanmoins pas précisé comment la promesse d’allouer la plus grande partie des cinq millions d’euros d’aides supplémentaires consenties par la France à ces zones libérées protégerait les civils et les empêcherait de fuir le pays alors même qu’ils sont fréquemment soumis à des attaques aériennes meurtrières.
Selon le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), les conditions de vie des civils syriens se détériorent dramatiquement.
« La situation dans de nombreuses parties de la Syrie s’approche désormais d’une détérioration irréversible. Aider le nombre de personnes dans le besoin, qui augmente à grande vitesse, est une priorité absolue », a précisé l’organisation humanitaire dans un communiqué vendredi.

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Les conditions de vie des civils syriens empirent dramatiquement
Les conditions de vie des civils syriens se détériorent de façon spectaculaire alors qu’il devient de plus en plus dur pour eux de se procurer de la nourriture et de fuir les combats qui ont causé un record de 1.600 morts sur la semaine écoulée, ont annoncé vendredi des organisations humanitaires.
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), dont les 50 bénévoles présents en Syrie sont confinés à Damas pour des raisons de sécurité, n’a pas pu envoyer de convois ces deux dernières semaines, selon le porte-parole de l’organisation, Hicham Hassan.
« La situation dans de nombreuses parties de la Syrie s’approche désormais d’une détérioration irréversible. Aider le nombre de personnes dans le besoin, qui augmente à grande vitesse, est une priorité absolue », a indiqué le CICR dans un communiqué.
Des dizaines de milliers de civils forcés de fuir les combats ont été déplacés ces dernières semaines et la plupart sont complètement dépendants de l’aide humanitaire, ajoute le communiqué.
« Les gens souffrent tous les jours. Beaucoup ont perdu leur travail, d’autres la personne qui assurait leur subsistance. Il est difficile de répondre même aux besoins alimentaires de base et d’obtenir d’autres objets indispensables », poursuit l’organisation humanitaire.
Selon Marianne Gasser, qui dirige la délégation du CICR en Syrie, les combats à Damas se sont intensifiés sans relâche depuis la mi-juillet. Le Croissant-Rouge arabe syrien (Cras) continue de porter assistance aux personnes déplacées à Damas, Alep, Homs, Idlib et ailleurs.
« Les gens craignent pour leur vie à chaque minute », a-t-elle déclaré.
Selon le CICR, un nombre croissant de blessés succombent à leurs blessures, parce qu’ils ne peuvent recevoir des soins médicaux en raison du conflit ou du manque de matériel médical ou de services de santé. « Les centres de soins médicaux qui fonctionnent encore trouvent de plus en plus difficile de faire face au nombre de patients blessés », précise le CICR. On estime à environ 1,2 million le nombre de personnes déplacées à l’intérieur de la Syrie, dont 150.000 à Damas et dans les zones environnantes, selon l’Onu.
« La Syrie a été témoin la semaine passée d’une escalade de la violence, en particulier à Damas. Un nombre record de 1.600 personnes tuées a été rapporté, dont des enfants », a déclaré Patrick McCormick du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) lors d’une conférence de presse à Genève, citant un document de l’Onu.
Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a indiqué vendredi que près de 229.000 Syriens avaient fui à l’étranger au cours des dix-sept mois du conflit syrien, passant dans quatre pays frontaliers (Irak, Jordanie, Liban et Turquie), avec un bond de 100.000 réfugiés pour le seul mois écoulé.
« Nous continuons à observer à travers la région une augmentation constante du nombre de personnes quittant la Syrie. Cette augmentation a été particulièrement sensible dans la vallée de la Bekaa, au Liban, la semaine dernière », a précisé Adrian Edwards, porte-parole du HCR.
« Trois mille personnes par jour traversant les frontières (syriennes) vers d’autres pays, c’est une crise de réfugiés vraiment, vraiment importante », a-t-il ajouté.
Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a annoncé vendredi que la France projetait d’affecter l’aide humanitaire aux zones de Syrie tenues par les rebelles afin que ces « zones libérées » puissent s’administrer elles-mêmes et endiguer le flot des réfugiés.
« L’Unicef est très préoccupé par le fait qu’en Syrie et dans les régions environnantes, nous puissions observer ou soyons en train d’observer l’une des situations d’urgence humanitaire les plus importantes de ces dix dernières années », a poursuivi Patrick McCormick, évoquant des défis majeurs pour fournir abris, eau potable et installations sanitaires.
« Nous ne pouvons manifestement pas affronter cette urgence de la façon que nous souhaiterions jusqu’à ce qu’une solution politique soit trouvée », a-t-il ajouté.

(31 août 2012 – Avec les agences de presse)

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Livre sur Ben Laden : le Pentagone menace l’auteur de poursuites


Le Point.fr – Publié le 31/08/2012 à 07:30
Les autorités américaines reprochent à Mark Owen d’avoir violé son engagement de confidentialité en faisant le récit de l’opération Geronimo.

Oussama Ben Laden © AFPOussama Ben Laden © AFP

Le Pentagone a menacé jeudi d’engager des poursuites contre l’ancien Navy Seal auteur d’un livre à paraître sur le raid contre Oussama Ben Laden, a annoncé le juriste en chef du ministère américain de la Défense, Jeh Johnson. Reprochant à l’auteur d’avoir violé son engagement de confidentialité en faisant le récit de l’opération à laquelle il a participé, Jeh Johnson écrit que le ministère « envisage d’engager à (son) encontre, et (contre) tous ceux agissant de concert avec (lui), tous les moyens légaux disponibles », dans une lettre dont l’Agence France-Presse a obtenu copie. L’ouvrage, No Easy Day (« Pas un jour facile »), doit sortir le 4 septembre. Son auteur, qui a l’écrit sous le pseudonyme de Mark Owen, est l’un des membres de la Team 6 des forces spéciales de la marine américaine qui a éliminé le chef d’al-Qaida le 1er mai 2011. Il y raconte notamment que Ben Laden, touché à la tête, a été achevé de plusieurs balles dans la poitrine et qu’un membre du commando avait dû s’asseoir sur sa dépouille dans l’hélicoptère lors du vol de retour, faute de place.

Dans son courrier, envoyé chez l’éditeur du livre Penguin, Jeh Johnson rappelle à Mark Owen qu’il a l’obligation de ne « jamais divulguer » d’informations classifiées. « Cet engagement perdure même après avoir quitté le service actif », explique le juriste. Il rappelle que le militaire avait signé cet engagement le 24 janvier 2007 et qu’il avait quitté l’armée le 20 avril 2012. Il rappelle également que tout profit issu de la divulgation d’informations classifiées doit être reversé au Pentagone. Contrairement au règlement, Mark Owen n’avait pas soumis son manuscrit au Pentagone ou à la CIA avant publication. La maison d’édition, qui espère déjà un best-seller avec une première impression de 300 000 exemplaires, a souligné que le livre avait été revu « par un ancien avocat des forces spéciales » pour s’en assurer.

Si les extraits de l’ouvrage qui ont fuité dans la presse ne contiennent pas de révélations fracassantes, certains éléments contredisent des détails dévoilés l’an passé par les autorités américaines. Elles avaient ainsi affirmé que le chef d’al-Qaida avait été abattu d’une balle dans la tête alors qu’il se trouvait dans la chambre de sa résidence d’Abbottabad (Pakistan). Mark Owen raconte de son côté qu’un de ses collègues qui montait les escaliers avait tiré sur un homme qui passait la tête par la fenêtre de la chambre. Une fois dans la pièce, Owen écrit avoir vu « du sang et de la matière cérébrale s’épancher sur le côté de son crâne ». Le corps de Ben Laden tressautait encore. Owen et un autre Seal ont alors « pointé leur visée laser sur sa poitrine et tiré plusieurs coups » jusqu’à ce que le corps ne bouge plus.

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Que faire en Syrie ?


mercredi 29 août 2012, par Alain Gresh

La crise syrienne s’éternise. Pour l’instant, en tout cas, ni les discours du pouvoir annonçant qu’il va écraser l’opposition, ni les espoirs des Occidentaux que le régime s’effondre ne se sont réalisés. Et le pays paie un prix élevé pour cette impasse, coût qu’il est difficile de chiffrer – des dizaines de milliers de morts, un nombre incalculable de blessés, bientôt 200 000 réfugiés à l’étranger. Cette descente dans l’abîme érode la fabrique même de la société, dressant les communautés les unes contre les autres, les villageois contre leurs voisins.

On l’a dit à plusieurs reprises ici : le pouvoir porte la responsabilité majeure du bain de sang et de la spirale de violence qu’il a largement alimentée. Mais la crise syrienne se réduit-elle à un pouvoir dictatorial affrontant l’ensemble de son peuple ? Si tel était le cas, le régime serait tombé depuis longtemps. D’autre part, peut-on comprendre la crise en dehors de sa dimension géopolitique, en dehors de l’action d’acteurs aux motivations diverses ?

C’est qu’il se déroule, sur la scène syrienne, plusieurs guerres parallèles. D’abord, comme ailleurs dans le monde arabe, s’est exprimée une aspiration à la liberté, à la fin de la dictature. Mais la militarisation de l’opposition – favorisée par les ingérences extérieures et par la brutalité du régime –, son incapacité à présenter un programme rassembleur, ses profondes divisions ont ouvert de larges fractures dans le peuple syrien. Le régime a pu s’assurer le soutien d’une partie de la bourgeoisie sunnite avec laquelle il était allié depuis des décennies, celui de représentants de minorités qui pouvaient se sentir menacées (alaouites, chrétiens, etc.). Il a pu aussi compter sur le désarroi grandissant d’une partie de la population, qui, notamment à Damas et à Alep, avait l’impression que les combattants de l’opposition la prenaient en otage. Des journalistes de Libération, de The Independent (« Aleppo’s poor get caught in the crossfire of Syria’s civil war », 24 août), de The Economist (« Part of the problem is that the rebels are failing to win hearts and minds among the urban middle class in Aleppo »), ont rendu compte de ce désarroi d’une partie de la population sans que le discours dominant dans les médias sur la Syrie ne change : un peuple uni face à une dictature sanglante.

La question des combattants étrangers a souvent été soulevée. Pourquoi s’étonner que des jeunes Libyens ou Tunisiens veuillent partir se battre en Syrie contre une dictature ? Est-ce le fait qu’ils soient islamistes qui disqualifie leur combat ? Non, le problème – au-delà de la présence de groupes comme Al-Qaida – tient aux ingérences étrangères et à la manière dont l’Arabie saoudite et le Qatar notamment, mais aussi la Turquie, arment, financent et mobilisent ces groupes. Et on peut douter que le moteur de l’action des monarchies du Golfe soit l’instauration de la démocratie en Syrie. Bien sûr, l’affirmation du ministre des affaires étrangères syrien Mouallem à Robert Fisk, selon laquelle les Etats-Unis sont responsables pour l’essentiel de ce qui se passe en Syrie (« We believe that the USA is the major player against Syria and the rest are its instruments »), est outrancière, mais qu’il y ait des ingérences étrangères, qui peut en douter ?

C’est Kofi Annan, l’envoyé de l’ONU pour la Syrie (« Sur la Syrie, à l’évidence, nous n’avons pas réussi », LeMonde.fr, 7 juillet 2012), qui le déclarait : aucune des deux parties n’a vraiment essayé, en avril 2012, lors de l’envoi d’observateurs internationaux, de mettre fin aux combats. Et si l’appui de l’Iran, de la Russie et de la Chine à Damas a durci la position du président Bachar Al-Assad, le refus des Occidentaux, Français compris, d’appeler l’opposition à respecter un cessez-le-feu a aussi mis de l’huile sur le feu. A aucun moment ni les Occidentaux, ni Paris n’ont cru en la mission Annan et n’ont fait le moindre effort pour qu’elle réussisse.

Pourquoi ? Parce que l’objectif prioritaire de nombreux protagonistes (Occidentaux, pays du Golfe) est de faire tomber le régime dans le but d’atteindre l’Iran. Leur stratégie s’inscrit dans une jeu géopolitique dangereux, dont les droits humains ne sont qu’une dimension. La Russie et la Chine, favorables à des pressions sur Téhéran mais hostiles à une aventure militaire, s’opposent, bien évidemment, à cette stratégie. « Tout cela est un jeu géopolitique joué avec le sang syrien, m’expliquait, ulcéré, un intellectuel de Damas. Poutine et Obama devraient rendre des comptes devant la justice internationale. »

Aujourd’hui encore, les Occidentaux sont dans l’incapacité de regrouper l’opposition, et la demande du président François Hollande de voir se créer « un gouvernement provisoire inclusif et représentatif » pour « devenir le représentant légitime de la nouvelle Syrie » (lire « Hollande cherche à se placer en pointe sur la Syrie », LeMonde.fr, 28 août) relève de l’utopie – comme l’ont confirmé les Etats-Unis – et montre la difficulté du gouvernement français à reconnaître que le Conseil national syrien a perdu une grande part de sa légitimité.

En attendant, combats et massacres se poursuivent. La seule initiative un peu sérieuse est celle qu’a esquissée le président égyptien Mohammed Morsi, qui veut créer un groupe de quatre pays, le sien, l’Iran, l’Arabie saoudite et la Turquie (« Egyptian Leader Adds Rivals of West to Syria Plan », The New York Times, 26 août). Ce groupe aurait l’avantage de tenir à l’écart, au moins dans un premier temps, les parties étrangères à la région. Mais il s’appuie sur une idée, celle de la négociation entre le pouvoir et l’opposition. On ne négocie pas avec ceux qui ont du sang sur les mains ? Rappelons que dans les années 1980, la transition vers la démocratie en Amérique latine s’est faite en assurant l’impunité aux généraux coupables des pires exactions (il a fallu vingt ans supplémentaires pour les faire comparaître devant la justice ; c’était le prix à payer pour une transition pacifique).

Un dernier mot sur les médias. Le Monde diplomatique de septembre publie un article sur la manière pour le moins biaisée dont un certain nombre de médias ont rendu compte de cette crise (« Syrie, champ de bataille médiatique »). Au-delà de la discussion sur la déontologie, cette manière de rendre compte de la crise contribue à paralyser les autorités politiques et à les priver de toute capacité d’action réelle : qui oserait aujourd’hui encore appeler à la négociation, à une sortie de la violence, sans se faire taxer d’agent de la dictature syrienne (voire de Moscou, de Pékin ou de Téhéran) ?

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A Téhéran, M. Morsi défend la révolution syrienne et les traducteurs font semblant de ne pas entendre


Le sommet des pays non-alignés à Téhéran, le 30 août

Les traducteurs chargés de retranscrire en persan, en direct, le discours très attendu de Mohamed Morsi, président égyptien, lors du sommet des non-alignés à Téhéran, ont probablement vécu un cauchemar aujourd’hui. M. Morsi a déçu ses hôtes iraniens lorsqu’il a dit : « La révolution en Egypte était un pilier du printemps arabe, elle a commencé quelques jours après la Tunisie, a été suivie par la Libye et le Yémen et aujourd’hui la révolution en Syrie [vise] le régime oppressif [de ce pays]« . Pourtant, les traducteurs simultanés du sommet, retransmis en direct sur deux chaînes de la télévision nationale, n’ont pas hésité à remplacé « la Syrie » par « le Bahreïn ». Quand Morsi a appelé l’opposition syrienne à serrer les rangs, encore une fois, c’est l’opposition du Bahreïn qui a été mentionnée.

Le site conservateur Baztab, qui se félicite d’avoir annoncé la possibilité selon laquelle M. Morsi prononcerait un discours ferme à l’égard du régime de Bachar Al-Assad, fait valoir que les organisateurs du sommet, bien préparés à ce risque, ont utilisé « la technologie de traduction » pour que « les bonnes prises de position de la part de Morsi soient relayées pour l’opinion publique »« Le traducteur a remplacé le mot ‘Syrie’ par ‘Bahreïn’, alors que Morsi n’avait pas du tout abordé la question du Bahreïn », confirme Baztab.

Tandis que l’Iran soutient sans relâche le régime de Damas et dénonce une ingérence étrangère dans ce pays depuis le début des révoltes, il reste très critique face au régime du Bahreïn, qui réprime un mouvement de contestation mené par des chiites.

La censure et la transformation des déclarations de M. Morsi s’étendent également sur certains sites et agences d’informations iraniens. A en croire le site conservateur Farda, M. Morsi aurait porté un soutien sans faille au régime syrien : « Il faut avoir l’espoir qu’en Syrie, le régime populaire persiste et nous devrons faire de notre mieux pour que les réformes soient réalisées en Syrie ». M. Morsi aurait également ajouté: « Le peuple syrien est libre et peut résister face aux complots [étrangers]« , selon Farda.

L’agence officielle ISNA est l’une des seules à avoir relayé les déclarations de Morsi sur son soutien à l’opposition syrienne, mais elle évite tout de même de publier le passage sur la nature oppressive du régime de Bachar Al-Assad. Certains sites conservateurs ont également préféré critiquer les propos du président égyptien plutôt que les censurer. C’est le cas du site Jahan News qui qualifie les déclarations de Morsi de « prématurées », « insensées » et « bizarres ».

Ce discours « mal-traduit » ou « mal-compris » a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux. « Nous sommes aussi traducteurs et nous comprenons ce qu’il raconte. Vous croyez faire une traduction de bonne qualité ? J’ai la tête qui tourne… », disait l’un des journalistes présents au sommet sur sa page Facebook.

« A partir de demain, Morsi sera le deuxième Moubarak [figure détestée par l’Etat iranien], et peut-être que les médias nationaux [la télévision et la radio publiques] surnommerons la révolution égyptienne, ‘le printemps israélien’ dès aujourd’hui », a également réagi une autre journaliste sur sa page Facebook.

Assal Reza

La lettre de Jean-Denis Lejeune à Michelle Martin


BELGA

Mis en ligne le 29/08/2012

 « Quoi qu’il arrive, sachez que vous n’aurez jamais mon pardon car vous êtes directement responsable du pire. »

Jean-Denis Lejeune, le papa de Julie, a adressé une lettre manuscrite à Michelle Martin, l’ex-femme de Marc Dutroux qui a quitté mardi soir la prison de Berkendael pour rejoindre le monastère des Clarisses à Malonne.

Dans sa missive, publiée in extenso mercredi par nos confrères de Paris Match, Jean-Denis Lejeune interroge Michelle Martin sur les circonstances qui ont conduit au décès de sa fille, la pressant de répondre aux questions en évoquant une souffrance « qui enchaîne pour l’éternité, qui vous use comme un cancer, qui vous tue à petit feu, qui vous amène à désespérer, à ne plus croire en rien ».

Dans sa missive, le père de Julie explique qu’il a refusé de participer à une tentative de médiation demandée par Michelle Martin. Il évoque son refus d’entendre une demande de pardon et sa volonté de ne pas offrir la démonstration d’un père meurtri. Tout au long de la lettre, il réclame des explications sur la nature humaine de celle qui a joué un rôle dans l’enlèvement des enfants. Il veut savoir comment, pourquoi elles ont été enlevées et ce qu’il s’est passé tout au long de leur séquestration.

Il s’interroge aussi sur l’absence de réaction de Michelle Martin alors que les petites étaient enfermées dans la cave et que Marc Dutroux était en prison. « Quoi qu’il arrive, sachez que vous n’aurez jamais mon pardon car vous êtes directement responsable du pire », écrit-il encore.

Michelle Martin répondra à Jean-Denis Lejeune dans la discrétion

Michelle Martin, l’ex-épouse de Marc Dutroux libérée mardi soir sous conditions, répondra à la lettre que lui a adressée Jean-Denis Lejeune, mais dans la discrétion, a indiqué mercredi son avocat. »Mme Martin a déjà eu des paroles, mais peut-être n’était-ce pas audible à ce moment-là. Elle a fait au moins deux fois une proposition de médiation pour répondre aux questions (des parents) et aussi évidemment leur dire pardon, mais elle sait aussi que les parents ne peuvent pas lui pardonner », a commenté Me Thierry Moreau, sur les ondes de La Première (RTBF).

Ce pardon, « c’est éventuellement quelque chose que les victimes peuvent lui donner, mais cela ne pourra se faire qu’au terme d’un parcours ensemble et dans la discrétion, toutes les expériences victimes-auteurs le montrent ».

Me Moreau s’est dit par ailleurs impressionné et attristé par la violence des personnes qui ont attendu à Malonne l’arrivée de sa cliente. « Cette réponse violente ne peut conduire qu’à l’escalade, mais j’ai confiance dans les autorités pour assurer la sécurité. Je peux entendre que l’on reproche à Mme Martin les comportements qu’elle a eus, mais on ne peut pas au nom du droit et du bien devenir violents, même à l’égard de celui qui a commis des crimes ».

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