Rik Wouters, une rétrospective


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Europe : s’adresser directement aux gens


Article de Pierre Defraigne à lire ici

 

et réponse de Philippe Grell

Cher Monsieur Defraigne,

La thérapie de choc consistant à s’adresser directement aux citoyens me paraît effectivement indispensable pour une remise en confiance de l’opinion et une reprise de sens du projet européen.

Mais comme vous le dites très bien, il y aurait lieu de bien préparer l’opinion et de fixer des modalités concrètes pour limiter les risques de la démocratie directe.

Et « la consultation populaire devrait porter sur des questions politiques préalables à une révision des Traités ».

Cela me rappelle la consultation populaire du G1000 en Belgique à laquelle j’avais participé lors de la crise des 538 jours sans gouvernement.

Mais nous sommes à une époque où les choses changent rapidement et où nous devons faire face à des conditions inéluctables telles que le réchauffement climatique, la pollution de notre planète et la limite de ses ressources. Cela nous amène à des choix précis sous peine de disparition de notre espèce.

– pour moi, il n’est plus possible de rêver à une Europe « grande puissance économique » située entre les USA et les BRICS dans un « Grand Marché concurrentiel mondial ». Mais bien comme une « grande puissance humaniste » mettant La Vie au sommet de ses valeurs et tout le reste au service de la protection et de l’épanouissement de la vie (ce n’est d’ailleurs que revenir aux « fondamentaux » de notre civilisation judéo-chrétienne et des Lumières);

– il n’est plus possible non plus dans nos pays développés de rêver à une croissance économique continuée mais bien à une meilleure répartition des richesses assurant à tous les européens une vie humaine digne (nous avons en effet atteint pour la plupart un niveau de vie suffisant, que les autres continents nous envient) ;

– notre activité économique, visant à maintenir ce niveau de vie, devrait se concentrer principalement sur la créativité et l’innovation de biens « durables et recyclables » dans de petites et moyennes entreprises à taille humaine. Cela signifie : fermer la porte aux multinationales qui ne mettent pas le bien-être de leurs employés au pinacle de leur raison sociale et aux industries alimentaires qui barrent la route à l’agriculture de proximité (voir le film « Demain ») ;

– excepté en cas de survie, je pense que le travail n’a plus pour but principal de « gagner sa vie » mais bien d’épanouir sa personnalité au service de la société. Et que la qualité d’une personne ne se mesure pas à la hauteur (parfois invraisemblable) de la rémunération qu’on lui octroie (valeur spéculative sur le marché du travail) mais à ses dons propres et compétences acquises qui sont valeurs humaines non monnayables ;

– il me semble indispensable pour l’Europe d’investir davantage dans l’éducation et l’instruction de ses ressortissants et dans la création pour eux d’emplois « outremer » visant à aider les populations autochtones à faire advenir dans leurs pays « en voie de développement » une économie capable de leur assurer un niveau de vie suffisant (il y aurait par le fait même moins de demandeurs d’asile en Europe – ce serait aussi prendre en charge officiellement ces ONG qui n’existent que comme palliatifs aux carences gouvernementales) ;

– nous devrions aussi veiller à une indépendance augmentée vis-à-vis des États-Unis et de l’OTAN et avoir notre propre politique internationale européenne unifiée (et ne plus voir deux pays européens qui disent « non » à Erdogan et un autre qui dit « oui » !) ;

– en ce qui concerne une armée européenne, je suis forcé de revoir mon opinion : de moins en moins d’européens sont prêts à « sacrifier leur vie pour leur pays » et certainement pas pour aller mener une guerre en-dehors de l’Europe. Même les troupes de l’ONU ne risquent plus leurs vies pour maintenir la paix mais s’enrôlent pour des soldes et des missions intéressantes ;

– s’il est bien dans la vocation européenne de protéger à vie, il serait temps aussi de renoncer à la fabrication d’engins qui n’ont pour but que de tuer ; cela ne peut éventuellement se justifier que pour la légitime défense en cas d’envahisseurs armés.

Philippe Grell

 

Du nouveau, enfin, pour Ali Aarrass ?


La Cour de cassation marocaine examinera le dossier Ali Aarrass le 29 mars (« Le Soir » du 23 mars 2017)

Du nouveau, enfin, pour Ali Aarrass ? Le cas de ce Belgo-Marocain condamné à 12 ans de prison en appel au Maroc en 2012 pour terrorisme après des aveux extorqués sous la torture (dénoncée par des experts de l’ONU) sera examiné ce 29 mars par la Cour de cassation du royaume du Maroc. Une échéance longtemps espérée par le détenu et ses proches qui se matérialise enfin.

Comme dans nombre d’Etat européens, la Cour de cassation ne jugera pas les faits mais contrôlera la légalité de la décision de la Cour d’appel. « Nous avons déposé de longues conclusions, nous explique Me Nicolas Cohen, qui fait partie des avocats qui défendent Ali Aarrass et qui se rendra au Maroc pour assister aux débats. Parmi nos arguments, il y a la violation de la Convention contre la torture. Il faut savoir que les aveux arrachés sous la torture constituent la seule preuve de l’accusation contre Ali. »

Des éléments de procédure seront également plaidés. « Initialement le Maroc a dénoncé Ali Aarrass à l’Espagne comme l’auteur d’un trafic d’armes. Il a été laissé libre et fait l’objet d’une enquête de deux ans par le célèbre juge Garzon. Le juge espagnol avait conclu sur un non-lieu, n’ayant rien trouvé qui corroborerait l’accusation. C’est alors que le Maroc a demandé l’extradition d’Ali sur la base d’un autre chef d’accusation, celui d’avoir voulu organiser des camps d’entraînement en Algérie destinés à préparer des attentats au Maroc. Mais, dans ce pays, il a été condamné pour le trafic d’armes initialement invoqué. Le Maroc a donc violé une règle de base de droit international en le jugeant à propos d’une autre accusation que celle fondant son extradition.»

Il est évidemment impossible de prévoir comment réagira la Cour de cassation d’un pays, le Maroc, où les juges d’instance ont ostensiblement ignoré les faits de torture subis par Ali Aarrass qui l’ont amené à signer des aveux dans une langue arabe qu’il ne maîtrise pas.

Neuf ans de prison, en Espagne puis au Maroc

Le cas d’Ali Aarrass défraie la chronique depuis près d’une décennie. C’est le 1er avril 2008 que l’Espagne arrête ce Belgo-Marocain né à Melilla en 1961. Après un an d’enquête, il est blanchi par le juge Baltazar Garzon mais extradé au Maroc le 14 décembre 2010. Torturé pendant douze jours, il finit par signer les aveux qu’on lui présente. Condamné en première instance (16 ans) puis en appel (12 ans) en 2011 puis 2012, il n’a cessé de récuser ces aveux obtenus sous la torture, celle-ci ayant d’ailleurs été constatée par un rapporteur du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme en 2012.

Longtemps emprisonné à Salé, Ali Aarrass a fait plusieurs grèves de la faim, notamment pour que cessent des traitements dégradants. Il a été transféré en octobre 2016 dans la prison de Tiflet, sise au milieu de nulle part à 45 km de Salé. Il y reçoit un traitement extrêmement dur. A l’isolement total avec une heure de promenade (seul aussi), il dort sur un bloc de béton, sans matelas ; il a droit à une douche par semaine et à un coup de téléphone de 5 minutes par semaine. Il a perdu 18 kg depuis qu’il se trouve incarcéré à Tiflet.

Sa sœur Farida, bruxelloise, le soutient avec ténacité depuis le début de ses tourments. Elle est à la base de la création d’un comité de soutien (1). Elle est allée autant que possible lui rendre visite en prison. Sa dernière visite date du 26 février. Plus que jamais, la courte entrevue de 25 minutes fut très émouvante, selon son récit. Parmi les mots de son frère que Farida a rapportés, il y avait ceux-ci : « Il n’y a rien de pire que d’être privé de tout contact humain. Farida, je ne sais combien de temps je vais pouvoir tenir ainsi… ».

BAUDOUIN LOOS

(1) De nombreux éléments d’informations se trouvent sur le site http://freeali.eu

BDS : LETTRE OUVERTE D’ISRAÉLIENS À FRANÇOIS HOLLANDE, BERNARD CAZENEUVE ET MICHEL CADOT


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Choqués par les pressions exercées par le lobby israélien sur le gouvernement français, une vingtaine d’opposants israéliens en appellent aux dirigeants français, afin qu’ils respectent la liberté d’expression concernant la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions).

Ci-dessous leur lettre ouverte.

À l’attention de
Monsieur François Hollande, Président de la République
Monsieur Bernard Cazeneuve, Premier Ministre
Monsieur Michel Cadot, Préfet de Police de Paris

Messieurs,

Nous vous écrivons en tant que citoyens juifs de l’État d’Israël, nous qui nous opposons au comportement illégal et immoral des gouvernements israéliens, qui dure depuis des années.

On nous a appris que, dans la ville de Paris, on se prépare à freiner, même à interdire les manifestations de soutien de la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) contre les violations israéliennes des Droits Humains. Nous jugeons donc qu’il est extrêmement important de déclarer très clairement que la campagne BDS n’a rien d’antisémite et qu’elle s’oppose précisément à toute forme de racisme. Au lieu d’être raciste, elle se base fermement sur le Droit international et sur les Droits Humains universels.

Tout récemment, le 7 mars 2017, cette campagne a déclaré sans équivoque : « Conformément à la définition onusienne de discrimination raciale, le mouvement BDS ne tolère aucune action ou langage suggérant l’adoption ou la promotion du racisme quel qu’il soit : racisme anti-noir, racisme anti-arabe, islamophobie, antisémitisme, sexisme, xénophobie, homophobie. »

Nous condamnons fermement l’apartheid, le génocide, l’esclavage, l’exploitation coloniale et le nettoyage ethnique, qui sont des crimes contre l’humanité fondés sur le racisme et la suprématie raciale. Qui plus est, nous exigeons le Droit de leurs victimes, y compris leurs descendants, à une réparation complète. Nous condamnons de même les autres violations des Droits Humains, y compris la traite d’êtres humains, l’exploitation des travailleurs et l’exploitation sexuelle.

En outre, nous sommes consternés par les fausses accusations lancées par Mme Kosciusko-Morizet dans une lettre datée du 15 février 2017, adressée à Monsieur Cadot, Préfet de Police, dans laquelle elle déclare que les propos de la campagne BDS ne sont rien moins que des mots de haine.

Nous nous opposons sans hésitation aux sérieuses violations israéliennes du Droit international, y compris la perpétration du crime d’apartheid, tel qu’il est défini dans le Statut de Rome de la Cour pénale internationale, que nous jugeons inexcusable. En exigeant la fin de l’apartheid israélien, nous exprimons notre amour pour tous les habitants d’Israël-Palestine, tout en revendiquant les valeurs les plus fondamentales que sont la liberté et la justice pour tous.

Quel outrage si la France, spécialement l’État français, supprimait la liberté d’expression de sa population qui prône le respect de la loi et ces valeurs humaines fondamentales qui sont à la base de la Constitution française et de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen !

C’est pourquoi nous vous appelons à respecter et à protéger les Droits de ceux qui contestent les graves violations israéliennes des Droits Humains et à protéger vos citoyens français qui militent au nom du mouvement BDS, afin qu’ils puissent le faire librement, sans être intimidés par une persécution sous forme de mesures légales, ou par des menaces physiques, comme cela est arrivé auparavant.

Très sincèrement,

Ronnie Barkan, Einav Kaplan-Raz, Guy Davidi, De-Colonizer, Shir Hever, Yudit Ilany, Yael Kahn, Einav Kaplan-Raz, Ron Merom, Ofer Neiman, Lorien Newman, Jonathan Ofir, Maya Rotem, Lizi Sagie, Herzl Schubert, Stavit Sinai, Eyal Sivan, Lia Tarachansky, Tamara Traubmann, Michel Warschawski, Sergio Yahni

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Suicide d’un employé de Bruxelles-Propreté: « Le chef ch… dans les couloirs et nous faisait laver ses excréments pour nous humilier »


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Faits divers Le tribunal du travail de Bruxelles a condamné l’Agence régionale pour la propreté, en abrégé l’ARP encore dite Bruxelles-Propreté, pour n’avoir pris aucune mesure pour mettre fin à des faits répétés de harcèlement moral et raciste que du personnel d’un dépôt a dénoncé pendant des semaines sur le lieu de tavail.

Et bien que la loi relative au bien-être des travailleurs date du 4 août 1996, l’avocat Antoine Chomé parle d’une première dans la jurisprudence : l’agence Bruxelles-Propreté est condamnée pour n’avoir pris aucune mesure antiharcèlement, sinon de licencier le collaborateur qui avait osé se plaindre, un certain Saïd Tariki.

L’affaire est dramatique. Un collègue du même service, Didier F., s’est suicidé après avoir lui aussi déposé plainte quelque temps plus tôt pour harcèlement. Suicide par pendaison.

Dans ce dépôt Bruxelles-Propreté de la rue des Palais à Schaerbeek, ce chef déféquait ailleurs que dans les toilettes puis donnait l’ordre humiliant à celui qu’il harcelait de laver ses excréments. Le même au réfectoire jetait les déchets de table et les poubelles à terre puis les faisait ramasser. Saïd Tariki parle d’insultes racistes. Il disait aux étrangers qu’il traitait de « bougnoules » de rentrer dans leur pays. Il rédigeait de faux rapports et c’est ainsi que Saïd Tariki qui travaillait depuis quinze ans à Bruxelles-Propreté fut licencié pour faute grave – sur l’accusation d’avoir écouté à la porte d’un supérieur.

Un collègue refusa de manger de ce pain-là. C’est ce collègue Didier F. qui devait se suicider par la suite. Le chef voulait qu’il confirme qu’il avait surpris Tariki l’oreille collée à la porte. C’était faux. Didier F. a refusé. Il a subi le même harcèlement. On l’a retrouvé pendu avec une lettre explicite qui explique tout.

Dans le jugement que La DH a lu, la condamnation de Bruxelles-Propreté « pour n’avoir rien fait » est sévère. Extraits :  » Comportement fautif résultant de l’insuffisance, de l’inertie et de l’absence de mesures adéquates prises en temps opportun puisque (l’agence) avait été informée du comportement harcelant et qu’elle était tenue légalement de mettre fin à ces agissements. »

Le tribunal insiste sur le fait que Saïd Tariki a appelé son employeur à l’aide à plusieurs reprises « de manière claire ». Il constate qu’une pétition signée par trente collègues est restée sans effet. Il condamne Bruxelles-Propreté pour n’avoir pris aucune mesure, « pas même celle d’informer M. Saïd Tariki du suivi qu’elle entendait réserver à ces appels à l’aide. »

Pour la justice, Bruxelles-Propreté « a commis une faute en persistant à négliger de prendre la mesure de l’ampleur des problèmes dénoncés pourtant de manière répétée et suffisamment claire, si ce n’est de licencier la victime du harcèlement « . Pour la 4e chambre du tribunal du travail encore, Bruxelles-Propreté « n’avance aucun élément sérieux pour écarter l’existence d’une faute dans son chef ».

Et l’agence régionale est doublement condammée.

À indemniser le licenciement abusif de son collaborateur.

Et à indemniser son préjudice lié au harcèlement : M. Tariki et Me Chomé le chiffrent à plus de 50.000 euros. Un expert judiciaire sera désigné.

L’agence Bruxelles-Propreté a décidé d’interjeter appel.

Le procès aura lieu en 2018.

Quant au suicide de ce collègue Didier F. qui fut harcelé par le même chef pour avoir pris la défense de M. Tariki et refusé d’apporter un faux témoignage accablant, celui-ci ne restera pas sans suite. Consulté par la famille, Me Antoine Chomé examine des procédures pénales et civiles.

Saïd Tariki qui travaillait depuis 15 ans à Bruxelles-Propreté a été licencié pour faute grave (Crédit: Bernard Demoulin).