Hommage à Abraham Serfaty


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Alep : l’armée syrienne tente toujours de déloger les rebelles


mardi 31 juillet 2012, par La Rédaction

Les rebelles syriens ont multiplié mardi leurs attaques contre des positions du régime à Alep, la métropole stratégique du nord de la Syrie, où les troupes du régime sont confrontées à une résistance farouche. Dans la nuit de lundi à mardi, les insurgés ont attaqué avec des roquettes RPG le siège du tribunal militaire dans la ville ainsi qu’un poste de police et une branche du parti Baas au pouvoir dans un quartier du sud d’Alep, selon une ONG. Des combats ont également éclaté près du siège des puissants renseignements aériens, dans le quartier d’al-Zahra dans l’ouest, selon la même source.
Les combats ont également repris à Damas, tombée de nouveau sous le contrôle de l’armée après une semaine d’affrontements à la mi-juillet. Les accrochages ont eu lieu notamment dans le quartier de Kafar Soussé après une attaque rebelle aux roquettes RPG contre un barrage de l’armée. Les rebelles avaient déjà marqué un point lundi en prenant un poste de contrôle clé leur permettant d’acheminer renforts et munitions à Alep, deuxième ville et poumon économique du pays où se joue une bataille cruciale entre insurgés et régime.
Plusieurs quartiers, notamment Salaheddine, dans le sud-ouest, étaient bombardés mardi matin, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). La télévision d’État syrienne a affirmé de son côté que l’armée « poursui(vait) les groupes terroristes dans des quartiers d’Alep, leur infligeant des pertes énormes ». Une source de sécurité à Damas a affirmé que l’armée avait repris lundi une partie de Salaheddine, principal bastion rebelle, mais qu’elle faisait face à « une très forte résistance ». Les rebelles ont, en revanche, nié que l’armée ait avancé « d’un seul mètre ».
Le front d’Alep a été ouvert le 20 juillet et l’assaut de l’armée a été donné samedi après l’arrivée de renforts militaires dans la ville. Les bombardements par hélicoptères et à l’artillerie lourde dans cette ville de 2,5 millions d’habitants et ses environs ont jeté sur les routes ces deux derniers jours quelque 200 000 personnes, selon l’ONU. Lundi, les violences à travers le pays ont fait 93 morts, dont 41 civils, 33 soldats et 19 rebelles.
Face à l’escalade du conflit, la France, qui prend la présidence du Conseil de sécurité de l’ONU en août, va demander d’ici à la fin de la semaine une réunion d’urgence des ministres des Affaires étrangères de cette instance. Le président américain Barack Obama et le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan sont convenus de « coordonner (leurs) efforts afin d’accélérer la transition politique en Syrie, avec un départ de Bachar el-Assad », lors d’un entretien téléphonique.
Alors que l’armée mène depuis le 20 juillet une offensive pour déloger les insurgés retranchés à Alep, les rebelles de l’Armée libre syrienne (ASL) ont pris un important poste de contrôle à Anadane, ce qui leur permet désormais de relier la métropole du nord à la frontière turque, 45 km plus loin. Un passage dégagé vers la Turquie est vital pour les rebelles qui ont installé le quartier général de l’ASL dans ce pays. Et si les opposants parviennent à s’emparer d’Alep (355 km au nord de Damas), ils créeront de fait une « zone sécurisée » dans le Nord syrien, d’où l’importance de cette bataille.
L’ONG française Médecins du monde (MDM) a aussi appelé les belligérants à respecter les règles de droit en période de guerre, les accusant de ne pas protéger civils et blessés, d’empêcher les médecins de travailler et de bombarder les hôpitaux. Le régime a par ailleurs accusé le coup d’une nouvelle défection avec celle de son chargé d’affaires à Londres, Khaled al-Ayoubi, plus haut diplomate syrien en poste au Royaume-Uni qui a voulu marquer son refus de la répression.
Il s’agit de la cinquième défection d’un diplomate syrien depuis le début de la révolte qui a encore fait lundi 60 morts à travers le pays, selon un bilan de l’OSDH, qui affirme que plus de 20 000 personnes ont été tuées en 16 mois.
Le convoi transportant les observateurs de l’ONU, dont leur chef, le général Babacar Gaye, a été la cible dimanche de tirs à l’arme légère, qui n’ont pas fait de blessés, selon le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon. L’Iran a mis en garde Ankara contre toute attaque du territoire syrien, affirmant qu’il riposterait « durement », a rapporté El Watan, quotidien proche du pouvoir à Damas.

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Haytham al-Maleh chargé de former un gouvernement de transition
L’opposant syrien Haytham al-Maleh a annoncé, mardi lors d’une conférence de presse, avoir été chargé de former un gouvernement en exil qui sera basé au Caire. « J’ai été chargé de diriger un gouvernement de transition et de commencer les consultations » avec l’opposition en Syrie et en exil, a-t-il affirmé dans la capitale égyptienne.

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Mariani dénonce une France « aux abonnés absents »
Le député des Français de l’étranger, Thierry Mariani (UMP), a estimé mardi que la France était « aux abonnés absents » sur le dossier syrien, François Hollande se limitant aux « déclarations compassionnelles ». « Je constate que, depuis quelques semaines, on se contente de verser des larmes et d’appeler à un cessez-le-feu, mais à part ça, la France est aux abonnés absents », a affirmé sur France Inter Thierry Mariani, également chef de file de la Droite populaire, aile droite de l’UMP.
« Je pense qu’avoir une activité diplomatique bien plus soutenue que ce que nous avons – c’est ce que faisait Nicolas Sarkozy quand il était aux affaires -, ce serait en ce moment, par exemple, pour un président de la République de se déplacer pour aller convaincre les membres récalcitrants du Conseil de sécurité, je pense aux Russes et aux Chinois », a poursuivi l’ancien ministre. « Je voudrais que François Hollande soit actif sur le sujet et ne soit pas uniquement dans les déclarations compassionnelles, les Syriens qui se font massacrer attendent autre chose », a-t-il dit. Thierry Mariani a aussi estimé qu’il fallait oeuvrer aujourd’hui « pour un cessez-le-feu réellement appliqué » et non « livrer des armes aux rebelles », ce qui reviendrait, selon lui, à « jeter de l’huile sur le feu encore plus ».

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Au moins 40 policiers tués dans la prise de deux commissariats à Alep
Au moins 40 policiers syriens ont été tués mardi dans des combats et la prise par les rebelles de deux commissariats dans le sud d’Alep (nord), selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).
« Des centaines de rebelles ont attaqué deux commissariats de police à Salhine et Bab Nairab (sud) et au moins 40 policiers ont été tués durant les combats qui ont duré des heures », a affirmé à l’AFP Rami Abdel Rahamne, président de l’OSDH, qui se base sur un réseau de militants.
Parmi les morts figure le chef du poste de police de Salhine, où trois véhicules ont été détruits.
Outre ces commissariats, les rebelles avaient attaqué à l’aube au lance-roquettes RPG le siège du tribunal militaire et une branche du parti Baas au pouvoir dans la ville, selon l’OSDH.
Des combats ont également éclaté près du siège des puissants renseignements aériens, dans le quartier d’al-Zahra dans l’ouest, ainsi qu’à la périphérie du quartier Salaheddine (sud-ouest), principal bastion rebelle assiégé par les troupes régulières.
Une source de sécurité à Damas a affirmé à l’AFP que l’armée avait repris lundi une partie de Salaheddine mais qu’elle faisait face « à une très forte résistance ». Les rebelles ont en revanche nié que l’armée ait « avancé d’un seul mètre ».
Alors que l’armée syrienne pilonnait la ville chaque jour depuis l’ouverture du front d’Alep le 20 juillet, aucun bombardement n’a été entendu depuis mardi matin, selon un journaliste de l’AFP.
A Bab Nairab, des accrochages ont opposé les insurgés à des hommes armés du clan Berri, farouches partisans du régime dominé par les alaouites, une émanation du chiisme.
Selon M. Abdel Rahmane, le fait que le régime permette à ces clans sunnites de participer aux combats au côté de l’armée « signifie qu’il veut entraîner le pays dans une guerre civile ».
« C’est la première fois que ces clans sont chargés officiellement de combattre (…) à la différence des chabbihas (miliciens pro-régime), ils ne perçoivent pas de salaires du pouvoir », explique M. Abdel Rahmane.
La loyauté de ces clans au régime remontent aux années 80, lorsqu’il ont soutenu la répression du soulèvement des Frères musulmans à Alep et ont été récompensés dans des postes dans l’administration et des avantages financiers.
La télévision officielle a fait état pour sa part de combats à Daret Azza et Qabtane al-Jabal dans la province d’Alep, où les soldats ont détruit neuf véhicules équipés de mitraillettes Doshka.

(31 juillet 2012 – Avec les agences de presse)

Syrie: euphorie, optimisme et bombardements


Luc Mathieu, envoyé spécial pour Libération

Mis en ligne le 31/07/2012

Les rebelles se sont emparés du barrage érigé à la sortie d’Anadane. Ils ont récupéré sept chars mais l’armée d’Assad n’a pas dit son dernier mot.
Reportage Luc Mathieu Envoyé spécial à Anadane
Assis à l’avant du char, le jeune rebelle a beau hurler, il n’arrive pas à se faire entendre. Sa voix cassée ne couvre par le fracas du moteur. Mais il s’en moque, il continue de crier comme si quelqu’un l’écoutait. Juste à côté, un combattant s’est noué une corde autour de la taille et l’a attachée au canon du blindé. Il la tire en riant, persuadé qu’il peut le faire pivoter.
Un adolescent se hisse sur la tourelle. Il fait des « V » de la victoire et crie« Allah Akbar ! ».Après dix minutes de parade dans les rues d’Anadane, une ville du nord de la Syrie, le char disparaît derrière la fumée de ses gaz d’échappement. « Nous allons le camoufler pour éviter qu’il soit repéré et bombardé par l’armée du régime », dit Abdul Nasser Ferzat, un ex-général devenu chef local de l’Armée syrienne libre (ASL).
Les rebelles d’Anadane ont remporté lundi une victoire qu’ils jugent majeure. Après une première tentative ratée il y a trois mois, ils se sont emparés à l’aube du barrage que l’armée syrienne avait installé à la sortie de la ville, à cinq kilomètres seulement d’Alep, la grande ville du nord du pays. Ils ont récupéré sept chars en état de marche et en ont détruit un autre. Six soldats de l’armée syrienne ont été tués et 25 ont été fait prisonniers. Les autres ont disparu. « Ils se sont sauvés comme des rats vers Alep », rigole un rebelle. Deux heures après la fin des combats, une carcasse de camion de l’armée syrienne fume encore derrière les tas de terre qui protègent l’accès au barrage.
De l’autre côté de la route, des combattants déchargent des obus d’un tank et les empilent à l’arrière d’un 4×4. Sous une grande tente blanche, quatre camions de transport de troupes semblent intacts. Des groupes de rebelles les fouillent, récupérant des caisses de munitions. Un jeune brûle une photo de Bachar al-Assad extirpée des décombres. Un autre déchire un livre titré « Le chef et le message », une biographie d’Hafez Al-Assad, père de l’actuel président syrien.« Ne pars pas, Bachar, on vient pour t’attraper! », hurle un rebelle trapu à la barbe rousse.

Impassible face à l’excitation de ses combattants, Rifaat Khalil, estime, lui, que cette victoire ne vaut pas tant pour les chars récupérés que pour l’accès qu’elle donne à Alep. « Tous les villages au nord de la ville peuvent désormais être considérés comme libérés. Les civils pourront s’y réfugier. Et nous, nous pourrons chasser d’Alep les gangs d’Assad et les chabihas (NdlR: des miliciens du régime). Si la ville tombe, le régime suivra », affirme-t-il.

Alors que le régime a chassé les rebelles de la plupart des quartiers de Damas, Alep fait aujourd’hui figure de principale bataille de la guerre civile syrienne. Les insurgés ont pénétré dans la ville le 22 juillet, profitant de l’effet de surprise. Ils sont depuis visés par les bombardements des forces du régime qui ont encerclé plusieurs quartiers. Des milliers de civils ont quitté la ville pour se réfugier dans les villages alentours.

Dans son bureau installé dans un immeuble d’Anadane déserté par ses occupants, Ferzat Abdul Nasser affirme lui-aussi que la rébellion tient la région s’étirant entre Alep et la frontière turque. « Le régime ne contrôle plus que les airs », résume-t-il. La réalité est un peu plus nuancée, l’armée syrienne disposant toujours de deux bases, dont un aéroport. Elle contrôle également la route qui vient d’Idlib, à l’ouest, empruntée vendredi par les renforts envoyés à Alep. Mais les rebelles circulent quasi-librement sur les petites routes de montagnes, y compris celles qui traversent les zones kurdes récemment ralliées à la révolution. Ils peuvent aussi compter sur les trois postes frontières qu’ils ont conquis ces dernières semaines. Après plus d’un an de lutte armée dans la région, ils espèrent donc pouvoir s’appuyer sur une zone libre jouxtant la frontière turque.

La seule solution viable, selon eux, pour assurer leur approvisionnement en armes, téléphone satellite, nourriture et médicaments. Cette « zone libre » permettrait aussi d’accélérer les désertions au sein de l’armée. Avant de quitter leur poste, les officiers doivent mettre leur famille à l’abri pour la protéger des représailles du régime.

Au barrage d’Anadane, les combattants hurlent que la prochaine étape est la prise d’Alep. « C’est bon, on a nettoyé la région, on y va ! », crie un rebelle debout à l’arrière d’un pick-up en brandissant sa kalachnikov. Ferzat Abdul Nasser est plus circonspect, misant, sans en paraître persuadé, sur une victoire d’ici la fin du Ramadan, le 20 août.

Des explosions résonnent, l’armée syrienne continue de pilonner Alep, de l’autre côté de la colline. Personne ne semble s’en soucier. Jusqu’à ce que les bombardements se rapprochent. Un obus explose à 200 mètres, derrière la tente où des combattants viennent de récupérer un canapé en bois verni. Une autre détonation retentit, encore plus proche. Certains courent vers leur moto, d’autres remontent dans leur pick-up. L’armée a repéré leur fuite. Elle ajuste ses tirs. Un obus explose à quelques dizaines de mètres, soulevant des gerbes de terre. Les rebelles baissent la tête et accélèrent.

Caligula al-Assad


par La Revolution Syrienne en Français, mardi 24 juillet 2012, 15:50 ·

L’exécution soulage et délivre. Elle est universelle, fortifiante et juste dans ses applications comme dans ses intentions. On meurt parce qu’on est coupable. On est coupable parce qu’on est sujet de Caligula. Or, tout le monde est sujet de Caligula. Donc, tout le monde est coupable. D’où il ressort que tout le monde meurt. C’est une question de temps et de patience.

 

Caligula ! Toi aussi, toi aussi, tu es coupable. Alors, n’est ce pas, un peu plus, un peu moins ! Mais qui oserait me  condamner dans ce monde sans juge, où personne n’est innocent !

 

Au demeurant, moi, j’ai décidé d’être logique et puisque j’ai le pouvoir, vous allez voir ce que la logique va vous  coûter.

 

J’exterminerai les contradicteurs et les contradictions. Je veux qu’on fasse entrer les condamnés à mort. Du publie, je veux avoir mon publie Juges, témoins, accusés, tous condamnés d’avance Ah ! je leur montrerai ce qu’ils n’ont jamais vu, le seul  homme libre de cet empire !

 

Demain, il y aura famine Tout le monde connaît  la famine, c’est un fléau. Demain, il y aura fléau… et j’arrêterai- le fléau quand il me plaira.

 

Je ne sais pas si vous m’avez compris !!

 

Mon règne jusqu’ici a été trop heureux. Ni peste universelle,  ni religion cruelle, pas même un coup d’État, bref, rien qui  puisse vous faire passer à la postérité. C’est un peu pour cela, voyez-vous, que j’essaie de compenser la prudence du  destin. Je veux dire… je ne sais pas si vous m’avez compris

 

enfin, c’est moi qui remplace la peste. C’est drôle. Quand je ne tue pas, je me sens seul. Les vivants ne suffisent pas à peupler l’univers et à chasser l’ennui. Quand vous êtes tous là, vous me faites sentir un vide  sans mesure ou je ne peux regarder. Je ne suis bien que  parmi mes morts.

 

Je vis,  je tue, j’exerce le pouvoir délirant du destructeur, auprès  de quoi celui du créateur paraît une singerie. je ne sais pas si vous m’avez compris

 

Oh ! ce ne sont pas ceux dont j’ai  tué les fils ou le père qui m’assassineront. Ceux-là ont compris. Ils sont avec moi, ils ont le même goût dans la bouche.  Mais les autres, ceux que j’ai moqués et ridiculisés, je suis  sans défense contre leur vanité.

 

Tu avais décidé d’être logique, idiot. Il s’agit seulement  de savoir jusqu’où cela ira. Si l’on t’apportait la lune, tout serait changé, n’est-ce pas ? Ce qui est impossible  deviendrait possible et du même coup, en une fois,  tout serait transfiguré. Pourquoi pas, Caligula ? Qui peut le  savoir ?

 

Il y a de moins en moins  de monde autour de moi, c’est curieux. Trop de morts, trop de morts, cela dégarnit.  Même si l’on m’apportait la lune, je ne pourrais pas revenir  en arrière. Même si les morts frémissaient à nouveau sous la  caresse du soleil, les meurtres ne rentreraient pas sous terre pour autant.

 

La logique, Caligula,  il faut poursuivre la logique. Le pouvoir jusqu’au bout,  l’abandon jusqu’au bout. Non, on ne revient pas en arrière et  il faut aller jusqu’à la consommation !

 

Je ne sais pas si vous m’avez compris !!

 

Ninar Hassn

Paris, Juin 2012

D’après le texte Caligula d’Albert Camus

 

Ninar Hassan – Militante syrienne, diplômée en théâtre en exile à Paris.

Syrie : « Avec un peu de matériel, ce régime est fini en dix jours »


ENTRETIEN

Le général Mustapha Ahmed al-Cheikh est le président du Haut Conseil militaire de l’ASL, l’Armée syrienne libre. Le général al-Cheikh était l’un des plus hauts gradés de l’armée syrienne, dont il commandait l’armée du nord, dans la région d’Alep. Rejoint par plusieurs officiers dissidents, il a créé ce Haut Conseil qui essaie de fusionner et de coordonner les différents groupes armés de l’insurrection, y compris le tronc historique de l’ASL, fondée par le colonel Riad al-Assaad, l’un des premiers officiers de haut rang à avoir pris ses distances avec Damas. Cet entretien a eu lieu dans le camp militaire d’Apaydin en Turquie, qui abrite le quartier général de l’ASL.

La Turquie vous aide dans la guerre contre le régime Assad ?

Non. Nous recevons un support moral, c’est tout. Nous n’avons même pas un support logistique. Nous sommes en prison, ici. On ne peut pas sortir.

Et la France ? Certains médias ont affirmé que les services secrets français vous avaient fourni du matériel de télécommunication, qu’ils vous entraînaient à la guérilla urbaine dans les camps de réfugiés.

C’est faux. Ils ne nous ont presque rien donné… Et regardez-nous, ici : vous voyez des camps d’entraînement militaire ?

Avez-vous reçu des armes de l’étranger ?

Très peu. Peut-être certaines régions ont-elles reçu des armes ; mais ce n’est pas par l’intermédiaire du Haut Conseil.

Deux offensives ont été lancées : la « Bataille de libération de Damas », perdue faute de matériel lourd, et l’ouverture d’un front dans le nord, à Alep. Est-ce le Haut Conseil qui a ordonné ces opérations ?

Non. C’est un groupe d’officiers de l’ASL qui a ordonné ces offensives, pas le Haut Conseil.

Mais quels sont les rapports exacts entre le Haut Conseil et ces officiers de l’ASL ?

C’est compliqué : l’ASL, c’est un ensemble de groupes indépendants qui combattent sur le terrain. Et c’était un corps sans tête. Même le colonel al-Assaad n’a pas le contrôle sur ces groupes de combattants. Chaque région, sur le terrain, a son groupe de combattants et son chef ; ce sont surtout des civils qui ont pris les armes, avec des déserteurs. C’est pour cela que nous essayons de faire reconnaître ce Haut Conseil, pour coordonner les mouvements de ces groupes et rendre leur action plus efficace.

Pour le moment, un peu plus de 50 % des groupes combattants travaillent étroitement avec nous. Et ça évolue dans le bon sens : les combattants comprennent l’importance de coordonner les opérations. Depuis six mois, nous avons réussi à organiser dans chaque région de Syrie un Conseil militaire, pour structurer tous ces groupes qui forment l’ASL, qui s’en revendiquent. C’est nécessaire, pour vaincre l’armée du régime, mais aussi pour éviter la prolifération de certains groupes salafistes, djihadistes, qui reçoivent, eux, de l’argent de certains pays, et les empêcher de semer le chaos en Syrie.

Concrètement, que devrait faire l’Occident ? Vous fournir un appui aérien ?

Nous n’avons même pas besoin d’un appui aérien. On a les hommes, partout. Si seulement on nous donnait un peu de matériel, antichar et antiaérien, en dix jours, le régime est fini. Les Américains ont donné des armes antiaériennes en Libye. Nous leur avons demandé la même chose, mais ils ont refusé. Ils disent que, si on donne ces armes à la révolution syrienne, elles vont tomber dans les mains d’al-Qaïda. C’est faux, c’est tout le contraire ! Par contre, à qui ont-ils donné ces armes en Libye ?

Pourquoi les Occidentaux ne vous aident-ils pas ?

C’est une difficile question ! Pour résumer : l’ordre mondial a été construit par l’Occident sur plusieurs points d’appui. Au Proche-Orient, la Syrie en est un. Or, la révolution va contre les intérêts occidentaux. C’est pour cela que la révolution syrienne est abandonnée, sans aide ; c’est une révolution orpheline. Le coût humain est horrible : officiellement, on parle de vingt mille morts. Mais c’est sans compter tous les disparus.

La Russie et la Chine croient combattre l’Occident. Mais, en appuyant el-Assad, elles servent l’équilibre qu’il a mis en place, basé sur la misère du tiers-monde. Les États-Unis soutiennent les Israéliens, qui supportent Bachar el-Assad, parce qu’il s’est entendu avec eux. Il sert de garde-fou aux combattants palestiniens réfugiés en Syrie. Depuis quarante ans, la Syrie n’a pas tiré une balle contre Israël. Et ils ont surtout peur que la Syrie, devenue indépendante, renverse le rapport des forces dans la région, déconstruise l’ordre établi après la Seconde Guerre mondiale et remette en question leur contrôle des pays du Golfe et, donc, du pétrole. Nous, nous essayons d’être libres, mais vos gouvernements sont contre notre liberté.

Que va-t-il arriver aux chrétiens et aux Alaouites, la communauté du président el-Assad ? On a l’impression, en Occident, que c’est une révolution sunnite.

Absolument pas ! Ils auront leur place en Syrie, comme maintenant ! Ce sont les gouvernements occidentaux qui habillent la révolution syrienne de la sorte. Mais la société syrienne a toujours vécu dans la diversité, sans violence. C’est le régime qui essaie de faire croire que la société va éclater. C’est vrai, cependant, que le régime a piégé les Alaouites. Ils ont été amenés à piller la société. Mais nous, nous voulons faire comme Mandela a fait en Afrique du Sud : le pardon et la réconciliation, pour créer un État laïc et démocratique, et mettre fin à ce drame le plus vite possible. D’ailleurs, il y a des chrétiens dans l’ASL ; peu dans le Haut Conseil, parce que les chrétiens ne font pas de carrière militaire. Ils sont avocats, médecins, commerçants. Mais beaucoup de civils ont pris les armes avec l’ASL.

Et si le régime acceptait de négocier avec vous ?

Non ! C’est trop tard ! Après tout ce qu’il a fait, il n’y a plus de négociation qui tienne. De toute façon, la question ne se pose même pas.

Source

Des Israéliens organisent le boycott des magasins employant des Arabes


Sur plusieurs marchés de Jérusalem tels que ceux de Mahane-Yehuda, Ha’Carmel et Ha’Tikva, des militants israéliens de droite font des repérages pour boycotter les commerces vendant des produits arabes ou employant des Arabes, ou encore tenus par des Arabes. Il s’agit de protéger la race aryenne… euh pardon, juive !

Ils s’apprêtent à distribuer cette semaine, révèle le magazine israélien Walla News, des prospectus aux clients, les appelant à n’acheter que des « produits purement juifs ».

Après avoir enquêté pendant plusieurs semaines sur tous les commerces et commerçants de ces marchés, à commencer par celui de Mahane-Yehuda, ils se vantent d’avoir identifié ceux qui doivent être boycottés parce qu’ils sont « soit la propriété d’Arabes, soit parce qu’ils emploient des arabes, soit parce qu’ils vendent des produits qui n’ont pas été exclusivement fabriqués par des juifs ».

Ils seront marqués d’un « X » sur un plan du marché qu’ils comptent distribuer à la clientèle.

« Travailler avec des Arabes crée un véritable risque d’assimilation, c’est pourquoi nous encourageons le travail juif », explique Bentzi Gopstein, président de l’association Lehava (pour la prévention de l’assimilation en terre sainte) qui est à l’initiative de ce projet.

« Nous continuons la tradition de Ben Gourion, et nous sommes décidés à renforcer ceux qui n’emploient que des juifs », a-t-il déclaré en expliquant que « des équipes ont été envoyées sur les marchés pour faire un vrai travail de détective et repérer les commerces 100% juifs »

La discrimination est ici claire, nette, mais on n’a vu aucune des officines israéliennes qui s’acharnent en France contre le boycott des produits israéliens – qui n’est pas celui des commerçants juifs ou des produits casher— dénoncer cette grave stigmatisation raciste.

Très grave en effet, parce que ce racisme et ces propos sur la « pureté de la race », arment actuellement les tueurs de tous pays. C’est le cas de Breivik qui a assassiné 77 jeunes en Norvège l’an dernier, et revendiqué ce massacre, en affirmant que ses victimes avaient le tort de préconiser l’assimilation.

Source : http://on.fb.me/N0rKff

(Traduction de l’hébreu en anglais par Ronnie Barkan)

CAPJPO-EuroPalestine