SYRIE : un autre massacre se prépare.


Raphaël Pitti

Cette Tribune que j’ai cosignée , a été refusée par Liberation et le monde parce qu’ils avaient d’autres actualités immédiates
Je vous la confie diffusez la au plus que vous pouvez . MERCI à vous tous qui acceptez de me suivre .

 

Depuis plusieurs jours, le régime de Damas a lancé une offensive dans la région d’Idlib ou se trouvent plus de 3 millions de civils. Bachar El Assad et ses alliés russes et iraniens mettent en oeuvre une méthode et une tactique éprouvées lors des sièges d’Alep et de la Ghouta : bombardements aériens massifs et pilonnage délibéré par l’artillerie.

Les habitants d’Idlib sont majoritairement des déplacés internes. Ils ont déjà connu ces horreurs. Ils ont déjà fui l’enfer, et après avoir vécu dans des conditions déplorables, de nouveau, ils sont pris pour cible. Ils vivent de nouveau l’encerclement, la famine, le manque d’eau, la destruction systématique des structures hospitalières et des lieux de vie.

Les civils se retrouvent pris au piège entre les djihadistes d’Hayat Tahrir al-Cham qui contrôlent différents secteurs de cette région et les bombardements de Bachar El-Assad.

Le bilan est d’ores et déjà catastrophique : trois structures médicales ont été bombardées ce week-end en Syrie, portant à 16 le nombre total d’établissements ciblés et mises hors service au cours des deux dernières semaines. Rien que la semaine dernière, plus de 152 000 personnes ont été déplacées.

L’escalade des violences a poussé seize ONG partenaires de l’ONU à cesser leurs activités. Quelque 50 000 personnes ont été privées de l’aide fournie par le Programme alimentaire mondial (PAM) et des milliers d’autres n’ont plus accès aux soins de santé ni à l’éducation. 3 millions de réfugiés dans cette zone sont dépendants de l’aide humanitaire, si celle-ci est arrêtée et avec la violence des bombardements, ils partiront vers la Turquie pour se mettre à l’abri, manger et se faire soigner. Personne n’arrêtera une foule de 3 millions qui voudra traverser la frontière turque. Nous sommes devant les prémisses d’une catastrophe humanitaire à la hauteur de celle de 2015. Nous ne pouvons nous résoudre à un tel drame.

Une fois de plus, les civils sont pris pour cibles. Une fois de plus, les civils vont mourir sous les bombes de Poutine et de Bachar El Assad. Sous nos yeux. Une fois de plus, dans ce pays, on massacre des hommes, des femmes et des enfants dans le silence assourdissant de la communauté internationale.

Chaque année, nos dirigeants se pressent à la tribune des Nations unies pour célébrer l’universalité des droits. Mais, quand vient le massacre des Syriens, il n’y a plus personne. Personne pour faire respecter les pseudo-« lignes rouges ». Personne pour aider Alep avant-hier. Personne pour la Ghouta hier. Personne pour Idlib aujourd’hui. Personne.

Et pas grand-monde non plus sur nos places ou dans nos rues, il faut le reconnaître, pour manifester notre soutien et notre solidarité. Le droit d’ingérence fut décrédibilisé par les mensonges criminels des américains en Irak et par le chaos destructeur en Libye. L’idée d’humanité, elle, n’en finit pas de périr de nos absences, de nos renoncements, de notre indifférence.

La seule voix qui se fait malheureusement entendre est celle de Vladimir Poutine : la Russie s’est opposée vendredi dernier aux Nations unies à toute volonté de mettre fin au pilonnage d’Idlib. Tout comme elle s’était opposée aux résolutions de l’ONU sur les attaques chimiques en Syrie. Tout comme elle s’est méthodiquement et inlassablement opposée à toutes les résolutions sur la Syrie depuis 2011. Laissant ainsi se perpétrer huit longues années de massacres avec un bilan tragique : 370 000 morts, 13 millions de Syriens déplacés, 2,9 millions d’invalides. Tous ceux qui ont justifié ce drame, tous ceux qui l’ont minimisé, tous ceux qui ont fermé les yeux et tous ceux qui ont célébré tant Poutine que Bachar El-Assad en seront comptables devant l’Histoire.

Au nom d’un « anti-impérialisme » pavlovien ou d’un soi-disant « réalisme », nos leaders politiques ont abandonné le peuple syrien, livré à un interminable cauchemar..

Nous demandons solennellement à Emmanuel Macron de tout faire pour éviter un nouveau massacre. Il faut d’urgence que la France participe au déploiement d’un bouclier humanitaire, diplomatique et sanitaire pour protéger les populations civiles piégées par le régime de Bachar El-Assad et par les djihadistes de Hayat Tahrir al-Cham dans la région d’Idlib.

Catherine Coquio, Sarah Kilani, Raphael Glucksmann, Raphael Pitti,
Veronique Nahoum-Grappe
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Einstein et Dieu


Piqué sur la page FB de Brando Palomino

Saviez-vous que quand Einstein donnait une conférence dans les nombreuses universités d’USA, la question récurrente que lui faisaient les étudiants était :

– Croyez-vous ? En Dieu ?
Et il répondait toujours :
– je crois au Dieu de Spinoza.

Celui qui n’avait pas lu Spinoza restait dans les mêmes…

J’espère que cette perle de l’histoire vous servira autant que moi :

Baruch de Spinoza était un philosophe néerlandais considéré comme l’un des trois grands rationalistes de la philosophie du Xviie siècle, avec le français Descartes.

Voici quelque chose de lui.

C’est le Dieu ou la nature de Spinoza :

Dieu aurait dit :

Arrête d’être en train de prier et de te faire des coups sur la poitrine !
Ce que je veux que tu fasses, c’est que tu sortes dans le monde pour profiter de ta vie.
Je veux que tu te fasses plaisir, que tu chantes, que tu t’amuses et que tu profites de tout ce que j’ai fait pour toi.

Arrête d’aller dans ces temples sombres, sombres et froids que tu as construit toi-même et que tu dis que c’est ma maison !
Ma maison est dans les montagnes, dans les forêts, les rivières, les lacs, les plages. C’est là que je vis et là j’exprime mon amour pour toi.

Arrête de me blâmer de ta vie misérable ; je ne t’ai jamais dit qu’il y avait quelque chose de mal en toi ou que tu étais un pécheur, ou que ta sexualité était quelque chose de mal !
Le sexe est un cadeau que je t’ai donné et avec lequel tu peux exprimer ton amour, ton extase, ta joie. Alors ne me blâme pas pour tout ce qu’ils t’ont fait croire.

Arrête d’être en train de lire des écritures sacrées qui n’ont rien à voir avec moi. Si tu ne peux pas me lire dans un lever de soleil, dans un paysage, dans le regard de tes amis, dans les yeux de ton petit garçon…
Tu ne me trouveras dans aucun livre !
Fais-moi confiance et arrête de me demander. Tu vas me dire comment faire mon travail ?

Arrête de m’avoir si peur. Je ne te juge pas, je ne te critique pas, je ne me fâche pas, je ne me fâche pas, je ne me punis pas. Je suis pur amour.

Arrête de me demander pardon, il n’y a rien à pardonner. Si je t’ai fait… je t’ai rempli de passions, de limites, de plaisirs, de sentiments, de besoins, d’incohérences… de libre arbitre comment puis-je te blâmer si tu réponds à quelque chose que j’ai mis en toi ? Comment puis-je te punir d’être comme tu es, si je suis celui que je t’ai fait ? Pensez-vous que je pourrais créer un endroit pour brûler tous mes enfants qui se portent mal, pour le reste de l’éternité ?
Quel genre de Dieu peut-il faire ça ?

Oubliez tout type de commandements, de toutes sortes de lois ; ce sont des ruses pour vous manipuler, pour vous contrôler, qui ne créent que de la culpabilité en vous.

Respecte tes semblables et ne fais pas ce que tu ne veux pas pour toi. Tout ce que je te demande, c’est que tu fasses attention à ta vie, que ton état d’alerte soit ton guide.

Mon bien-aimé, cette vie n’est pas un test, ni un échelon, ni un pas sur la route, ni un essai, ni un prélude vers le paradis. Cette vie est la seule chose qu’il y a ici et maintenant et la seule chose dont vous avez besoin.

Je t’ai rendu absolument libre, il n’y a pas de prix ni de punitions, il n’y a pas de péchés ni de vertus, personne ne porte un marqueur, personne ne porte un registre.
Tu es absolument libre pour créer dans ta vie un ciel ou un enfer.

Je ne pourrais pas te dire s’il y a quelque chose après cette vie, mais je peux te donner un conseil. Vivez comme si vous ne l’aviez pas. Comme si c’était ta seule chance de profiter, d’aimer, d’exister.

Ainsi, s’il n’y a rien, car vous aurez profité de l’occasion que je vous ai donnée. Et s’il y en a, sois sûr que je ne vais pas te demander si tu t’es bien comporté ou mal, je vais te demander ça t’a plu ? Tu t’es bien amusé ? Qu’est-ce qui vous a le plus plu ? Qu’est-ce que tu as appris ?…

Arrête de croire en moi ; croire, c’est supposer, deviner, imaginer. Je ne veux pas que tu crois en moi, je veux que tu me sentes en toi. Je veux que tu me sentes en toi quand tu embrasses ta bien-aimée, quand tu borde ta petite fille, quand tu caresses ton chien, quand tu te baignes dans la mer.

Arrêtez de louanges, quel genre de Dieu égocentrique pensez-vous que je suis ?

Je m’ennuie qu’ils me louent, j’en ai marre qu’ils me soient reconnaissants. Est-ce que tu te sens reconnaissant ? Prouvez-le prendre soin de vous, de votre santé, de vos relations, du monde. Tu te sens regardé, médusé ?… Exprime ta joie ! C’est la façon de louanges.

Arrête de compliquer les choses et de répéter comme perroquet ce qu’on t’a appris à propos de moi.

La seule chose sûr, c’est que tu es ici, que tu es en vie, que ce monde est plein de merveilles.

Pourquoi as-tu besoin de plus de miracles ? Pourquoi tant d’explications ?

Ne me cherche pas dehors, tu ne me trouveras pas. Trouve-moi à l’intérieur… Me voilà, battant en toi.

Spinoza.

Ils ne respectent rien ? Qu’ils ne comptent plus sur nous


Nous sommes en 2019, tous les voyants du climat sont au rouge, on nous regarde de travers si on ne trie pas nos pots de yaourts, les pouvoirs publics ponctionnent nos impôts à la source et nous annoncent qu’ils n’ont pas les moyens de financer une transition énergétique digne de ce nom, et dans le même temps, les grands groupes s’octroient la permission de jouer avec la fiscalité pour ne pas respecter les mêmes règles du jeu que nous…

Alors qu’il ne ne nous reste peut-être plus que deux ans pour gérer l’effet boomerang de nos désastreuses erreurs humaines, c’est peut-être notre dernier tour de passe-passe, la dernière carte qu’on ait en main. Le tapis. Le boycott. Nous, boycotteurs et boycotteuses citoyen.nes, avons décidé de passer à l’action pour rappeler aux entreprises irresponsables qu’elles ont besoin de nous, leurs consommateurs, pour survivre. Parce que nous sommes sidérés par l’immobilisme du politique, par la course folle d’un système défaillant, et que nous refusons de rester spectateurs.

Nous n’achèterons plus de Coca-Cola parce que la firme produit plus de 100 milliards de bouteilles en plastique chaque année au lieu de (re)mettre en place un système de consigne moins pensant pour la planète

Nous n’achèterons plus de produits Nestlé parce que, pour son président, « l’eau est une denrée alimentaire comme les autres et doit avoir une valeur marchande », dans notre monde où 2,4 milliards d’êtres humains n’ont pas accès à l’eau potable. D’ailleurs, en ce moment et ici même, la nappe phréatique de Vittel est en train d’être asséchée par la firme.

Nous allons confier notre argent à une autre que BNP Paribas, parce que, comme le rappelle une enquête des Amis de la Terre, la banque continue d’accorder son soutien aux entreprises les plus agressives dans le développement du charbon, et cela même en Europe. Depuis la COP21, BNP Paribas a ainsi financé à hauteur de près de 600 millions de dollars les entreprises qui développent des centrales à charbon sur le vieux continent.

Nous allons nous passer d’Amazon, qui préfère passer son temps à réfléchir aux techniques d’optimisations fiscales qui lui permettent de payer le moins d’impôts possible, plutôt que rémunérer ses salariés au juste prix.

Nous n’irons plus au McDonald’s, épinglé par l’association Zero Waste France pour son modèle du tout jetable : 2,8 tonnes d’emballages jetables sont utilisés chaque minute dans le monde, 1 kilogramme par seconde rien qu’en France. 80 millions de boîtes Happy Meal sont vendues chaque année dans l’Hexagone. Et seulement un quart des déchets produits dans les Mc Do français sont recyclés.

Nous ne consommerons plus de produits Unilever, qui se fournit en huile de palme auprès de Wilmar, responsable de la destruction des forêts tropicales et de l’accaparement des terres de communautés locales. Dès lors, le groupe contribue à la disparition de nombreuses espèces à l’image des Orangs-outans (il n’y en a presque plus : 150.000 d’entre eux ont disparu en 6 ans avec notre passion pour l’huile de palme), à l’utilisation de produits hautement toxiques et à des conditions de travail dans les plantations souvent déplorables. (si vous préférez l’explication en vidéo, c’est par ici).

Nous n’achèterons plus chez H&M, qui n’hésite pas à brûler ses invendus (12 tonnes chaque année tout de même, pour une valeur totale de 4 milliards de dollars), gaspillant sans vergogne les ressources de la planète.

Nous n’irons plus chez Starbucks, qui n’a toujours pas trouvé comment changer la fabrication de ses gobelets, parce qu’il préfère réfléchir aux circuits complexes qui lui permettront d’échapper à l’impôt, et fait tout pour dégrader sa rentabilité en France et bénéficier ainsi des faveurs de la loi française.

Et la bonne nouvelle, c’est que ce ne sera même pas difficile : les alternatives responsables existent, et notre pouvoir immense… Allez, ciao.

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Depuis le mois d’octobre, le Boycott Citoyen initie des boycotts au long court de certains produits et groupes (Nestlé, Coca-Cola, MacDo…) mais aussi de pratiques (le plastique à usage unique, les voyages professionnels en avion, la surconsommation lors des fêtes commerciales etc.), ainsi que des articles permettant de mettre en avant les alternatives positives et responsables. Nous organisons régulièrement des journées sans achat pour initier des actions coup de poing et montrer l’impact de consommateurs qui prennent le pouvoir, et tous les autres jours, nous apprenons à consommer autrement !
Chaque jour, sur www.boycottcitoyen.org, retrouvez des articles qui vous aident à éviter les produits irresponsables, et à adopter de nouvelles pratiques respectueuses de l’environnement et de l’homme.
Sur la page Facebook du Boycott citoyen, la communauté des boycotteurs et boycotteuses citoyen.nes échangent leurs idées, astuces et bons plans, donnant du poids au mouvement global… Motivant !

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Vous suivez le Boycott Citoyen ? Vous avez initié des changements dans vos modes de consommation grâce aux alternatives proposées ? N’hésitez pas à soutenir nos actions sur Tipeee !

Nous sommes juifs et nous sommes antisionistes


mardi 19 février 2019 par Coordination nationale de l’UJFP

Nous sommes juifs, héritiers d’une longue période où la grande majorité des Juifs ont estimé que leur émancipation comme minorité opprimée, passait par l’émancipation de toute l’humanité.

Nous sommes antisionistes parce que nous refusons la séparation des Juifs du reste de l’humanité.

Nous sommes antisionistes parce que la Nakba, le nettoyage ethnique prémédité de la majorité des Palestiniens en 1948-49 est un crime qu’il faut réparer.

Nous sommes antisionistes parce que nous sommes anticolonialistes.

Nous sommes antisionistes par ce que nous sommes antiracistes et parce que nous refusons l’apartheid qui vient d’être officialisé en Israël.

Nous sommes antisionistes parce que nous défendons partout le « vivre ensemble dans l’égalité des droits ».

Au moment où ceux qui défendent inconditionnellement la politique israélienne malgré l’occupation, la colonisation, le blocus de Gaza, les enfants arrêtés, les emprisonnements massifs, la torture officialisée dans la loi … préparent une loi liberticide assimilant l’antisémitisme qui est notre histoire intime à l’antisionisme,

Nous ne nous tairons pas.

La Coordination nationale de l’UJFP, le 18 février 2019 source

À propos des sémites et des antisémites, des sionistes et des antisionistes


28 Fév 2019 

La dimension de transcendance est totalement absente, ce qui nous donne un discours lisse, à lire pour nos antisémites et antisionistes occidentaux, pour qui les juifs sont des occidentaux qui devraient rentrer à la maison, chez eux, en Europe, parce que ce monsieur lui-même se définit comme Israélien, donc sioniste, suivant la doxa.

On peut avoir en commun bien des idées défendue ici, comme le vivre ensemble avec les enfants d’Ismael, mais cette totale méconnaissance de la foi ancestrale coupe l’auteur juif et israélien de ce qu’il veut partager en profondeur, et ne fait malheureusement que conforter les anti-Israel dans leur hostilité, sans aborder le rôle et la responsabilité des palestiniens dans la dégradation des relations et du proche vivre ensemble.
Shlomit

 

Si toute expression antijuive dans le monde ne cesse de m’inquiéter, j’éprouve un certain écœurement face au déluge d’hypocrisie et de manipulations orchestré par tous ceux qui veulent désormais incriminer quiconque critique le sionisme.

Bien que résidant en Israël, « Etat du peuple juif », j’ai suivi de près les débats, en France, sur : antisémitisme et antisionisme. Si toute expression antijuive dans le monde ne cesse de m’inquiéter, j’éprouve un certain écœurement face au déluge d’hypocrisie et de manipulations orchestré par tous ceux qui veulent désormais incriminer quiconque critique le sionisme.

Commençons par les problèmes de définition. Depuis longtemps déjà, je ressens un malaise non seulement face à la récente formule en vogue : « civilisation judéo-chrétienne », mais aussi face à l’utilisation traditionnelle du vocable : « antisémitisme ». Ce terme, comme l’on sait, a été inventé dans la seconde moitié du 19ème siècle par Wilhelm Marr, nationaliste-populiste allemand qui détestait les juifs. Conformément à l’esprit de cette époque, les utilisateurs de ce terme tenaient pour présupposé de base l’existence d’une hiérarchie des races dans laquelle l’homme blanc européen se situe au sommet, tandis que la race sémite occupe un rang inférieur. L’un des fondateurs de la « science de la race » fut, comme l’on sait, le français Arthur Gobineau.

De nos jours, l’Histoire un tantinet plus sérieuse ne connaît que des langues sémites (l’araméen, l’hébreu, et l’arabe, qui se sont diffusées au Proche Orient), et ne connaît, en revanche, nulle race sémite. Sachant que les juifs d’Europe ne parlaient pas couramment l’hébreu, qui n’était utilisé que pour la prière, (de même que les chrétiens utilisaient le latin), il est difficile de les considérer comme des sémites.

Faut-il rappeler que la haine raciale moderne envers les juifs constitue, avant tout, un héritage des églises chrétiennes ? Dès le quatrième siècle, le christianisme s’est refusé à considérer le judaïsme comme une religion légitime concurrente, et à partir de là, il a créé le fameux mythe de l’exil : les juifs ont été exilés de Palestine pour avoir participé au meurtre du fils de Dieu ; c’est pourquoi, il convient de les humilier pour démontrer leur infériorité. Il faut pourtant savoir, qu’il n’y a jamais eu d’exil des juifs de Palestine, et, jusqu’à aujourd’hui, on ne trouvera pas le moindre ouvrage de recherche historique sur le sujet !

Personnellement, je me range dans l’école de pensée traditionnelle qui se refuse à voir les juifs comme un peuple-race étranger à l’Europe. Dès le 19ème siècle, Ernest Renan, après s’être libéré de son racisme, avait affirmé que :  Le juif des Gaules… n’était, le plus souvent, qu’un Gaulois professant la religion israélite. » L’historien Marc Bloch a précisé que les juifs sont : « Un groupe de croyants recrutés, jadis, dans tout le monde méditerranéen, turco-khazar et slave ». Et Raymond Aron d’ajouter : « Ceux que l’on appelle les juifs ne sont pas biologiquement, pour la plupart, des descendants des tribus sémites… ». La judéophobie s’est, cependant, toujours obstinée à voir les juifs, non pas comme une croyance importante, mais comme une nation étrangère.

Le lent recul du christianisme, en tant que croyance hégémonique en Europe ne s’est pas accompagné, hélas, d’un déclin de la forte tradition judéophobe. Les nouveaux « laïcs » ont transformé la haine et la peur ancestrales en idéologies « rationalistes » modernes. On peut ainsi trouver des préjugés sur les juifs et le judaïsme non seulement chez Shakespeare ou Voltaire, mais aussi chez Hegel et Marx. Le nœud gordien entre les juifs, le judaïsme et l’argent semblait aller de soi parmi les élites érudites. Le fait que la grande majorité des millions de juifs, en Europe orientale, ait souffert de la faim, et ait vécu en situation de pauvreté, n’a absolument pas eu d’effet sur Charles Dickens, Fiodor Dostoïevski, ni sur une grande fraction de la gauche européenne. Dans la France moderne, la judéophobie a connu de beaux jours non seulement chez Alphonse Toussenel, Maurice Barrès et Edouard Drumont, mais aussi chez Charles Fourier, Pierre-Joseph Proudhon, voire, pendant un temps, chez Jean Jaurès et Georges Sorel.

Avec le processus de démocratisation, la judéophobie a constitué un élément immanent parmi les préjugés des masses européennes : l’affaire Dreyfus a fait figure d’événement « emblématique », en attendant d’être surpassée, et de loin, par l’extermination des juifs durant la seconde guerre mondiale. C’est entre ces deux événements historiques qu’est né le sionisme, en tant qu’idée et mouvement.

Il faut cependant rappeler que jusqu’à la seconde guerre mondiale, la grande majorité des juifs et leurs descendants laïques étaient antisionistes. Il n’y avait pas que l’orthodoxie, forte et organisée, pour s’indigner face à l’idée de précipiter la rédemption en émigrant vers la Terre Sainte ; les courants religieux plus modernistes (réformateurs ou conservateurs), s’opposaient aussi vivement au sionisme. Le Bund,parti laïque en qui se reconnaissait la majorité des yddishophones socialistes de l’empire russe, puis de la Pologne indépendante, considérait les sionistes comme des alliés naturels des judéophobes. Les communistes d’origine juive ne perdaient pas une occasion de condamner le sionisme comme complice du colonialisme britannique.

Après l’extermination des juifs d’Europe, les rescapés qui n’avaient pas réussi à trouver à temps refuge en Amérique du Nord, ou en URSS, adoucirent leur relation hostile au sionisme, alors même que la majorité des pays occidentaux et du monde communiste en venait à reconnaître l’Etat d’Israel. Le fait que la création de cet Etat se soit effectuée, en 1948, aux dépens de la population arabe autochtone ne gêna pas outre mesure. La vague de la décolonisation en était encore à ses prémices, et ne constituait pas une donnée à prendre en compte. Israel était alors perçu comme un Etat-refuge pour les juifs errants, sans abri ni foyer.

Le fait que le sionisme ne soit pas parvenu à sauver les juifs d’Europe, et que les survivants aient souhaité émigrer en Amérique, et malgré la perception du sionisme comme étant une entreprise coloniale au plein sens du terme, n’altèrent pas une donnée significative : le diagnostic sioniste concernant le danger qui planait sur la vie des juifs dans la civilisation européenne du vingtième siècle (nullement judéo-chrétienne !), s’était avéré exact. Théodore Herzl, le penseur de l’idée sioniste, avait, mieux que les libéraux et les marxistes, compris les judéophobes de son époque.

Cela ne justifie pas, pour autant, la définition sioniste selon laquelle les juifs forment un peuple-race. Cela ne justifie pas davantage la vision des sionistes décrétant que la Terre Sainte constitue la patrie nationale sur laquelle ils auraient des droits historiques. Les sionistes ont, cependant, créé un fait accompli politique, et toute tentative de l’effacer se traduirait par de nouvelles tragédies dont seront victimes les deux peuples qui en ont résulté : les Israéliens et les Palestiniens.

Il faut en même temps se souvenir et le rappeler : si tous les sionistes ne réclament pas la poursuite de la domination sur les territoires conquis en 1967, et si nombre d’entre-eux ne se sentent pas à l’aise avec le régime d’apartheid qu’Israel y exerce depuis 52 ans, tout un chacun qui se définit comme sioniste s’obstine à voir en Israel, au moins dans ses frontières de 1967, l’Etat des juifs du monde entier, et non pas une République pour tous les israéliens, dont un quart ne sont pas considérés comme juifs, parmi lesquels 21% sont arabes.

Si une démocratie est fondamentalement un Etat aspirant au bien-être de tous ses citoyens, de tous ses contribuables, de tous les enfants qui y naissent, Israel, par-delà le pluralisme politique existant, est, en réalité, une véritable ethnocratie, à l’instar de ce qu’étaient la Pologne, la Hongrie, et d’autres Etats d’Europe de l’Est, avant la seconde guerre mondiale.

La tentative du président français Emmanuel Macron et de son parti visant aujourd’hui à criminaliser l’antisionisme comme une forme de l’antisémitisme s’apparente à une manœuvre cynique et manipulatoire. Si l’antisionisme devenait une infraction pénale, je recommanderais à Emmanuel Macron de faire condamner, à titre rétroactif, le bundiste Marek Edelman, qui fut l’un des dirigeants du ghetto de Varsovie et totalement antisioniste. Il pourrait aussi convier au procès les communistes antisionistes qui, plutôt que d’émigrer en Palestine, ont choisi de lutter, les armes à la main, contre le nazisme, ce qui leur a valu de figurer sur « l’affiche rouge ».

S’il entend faire preuve de cohérence dans la condamnation rétroactive de toutes les critiques du sionisme, Emmanuel Macron devra y joindre ma professeure Madeleine Rebérioux, qui présida la Ligue des Droits de l’Homme, mon autre professeur et ami : Pierre Vidal-Naquet, et aussi, bien évidemment : Éric Hobsbawm, Edouard Saïd, et bien d’autre éminentes figures, aujourd’hui décédées, mais dont les écrits font encore autorité.

Si Emmanuel Macron souhaite s’en tenir à une loi réprimant les antisionistes encore en vie, la dite-future loi devra aussi s’appliquer aux juifs orthodoxes de Paris et de New-York qui récusent le sionisme, à Naomi Klein, Judith Butler, Noam Chomsky, et à bien d’autres humanistes universalistes, en France et en Europe, qui s’auto-identifient comme juifs tout en s’affirmant antisionistes.

On trouvera, bien évidemment, nombre d’idiots à la fois antisionistes et judéophobes, de même qu’il ne manque pas de pro-sionistes imbéciles, judéophobes aussi, pour souhaiter que les juifs quittent la France et émigrent vers l’Etat d’Israel. Faudra-t-il les inclure également dans cette grande envolée judiciaire ? Prenez garde, Monsieur le Président, à ne pas vous laisser entraîner dans ce cycle infernal, au moment précis où la popularité décline !

Pour conclure, je ne pense pas qu’il y ait une montée significative de l’antijudaïsme en France. Celui-ci a toujours existé, et je crains, hélas, qu’il n’ait encore de beaux jours devant lui. Je n’ai, toutefois, aucun doute sur le fait que l’un des facteurs qui l’empêche de régresser, notamment dans certains quartiers où vivent des gens issus de l’immigration, est précisément la politique pratiquée par Israel à l’encontre des Palestiniens : ceux qui vivent, comme citoyens de deuxième catégorie, à l’intérieur de « l’Etat juif », et ceux qui, depuis 52 ans, subissent une occupation militaire et une colonisation brutales.

Faisant partie de ceux qui protestent contre cette situation tragique, je soutiens de toutes mes forces la reconnaissance du droit à l’autodétermination des Palestiniens, et je suis partisan de la « désionisation » de l’Etat d’Israel. Devrai-je, dans ce cas, redouter que ma prochaine visite en France, ne m’envoie devant un tribunal ?

Traduit de l’hébreu par Michel Bilis
Source: Mediapart
Investigation.net

Une politique migratoire aux allures de « chasse à l’homme » à la frontière franco-italiennePAR IVAN DU ROY 21 FÉVRIER 2019


Ce sont 144 pages qui indignent. Elles décrivent la politique migratoire mise en œuvre par la France à la frontière franco-italienne, de Menton à Chamonix : non respect des droits essentiels des personnes, violations de traités signés par la France, indifférence et mépris pour les mineurs isolés et les réfugiés qui ont besoin de soins, militarisation à outrance de la frontière, harcèlement des personnes solidaires… Telles sont les observations réalisées pendant deux ans par l’Anafé, l’association qui publie ce rapport sans concession.

Des allures de vaste « chasse à l’homme » : c’est ce à quoi ressemble la politique sécuritaire et migratoire mise en œuvre à la frontière franco-italienne. Une « chasse à l’homme » qui cible plusieurs dizaines de milliers de personnes chaque année, dont des enfants, à qui on refuse l’entrée sur le territoire au mépris de leurs droits les plus essentiels. Depuis 2016, l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé) collecte des témoignages, mène des enquêtes de terrain, observe, constate, échange et travaille avec des associations locales, de Menton à Chamonix, en passant par la vallée de la Roya, le col de Montgenèvre ou le tunnel de Fréjus. Le résultat est édifiant : un rapport de 144 pages, intitulé Persona non grata publié ce 21 février, qui documente l’ensemble des violations de droits perpétrées par l’État français à l’encontre des personnes migrantes qui tentent de traverser la frontière [1].

Emmenés au commissariat à 17h13, expulsés à 17h15

Les personnes interpellées se voient le plus souvent prononcer un « refus d’entrée » : un formulaire administratif rempli à la va-vite par un CRS ou un gendarme, sur un parking ou un quai de gare, sans même un passage par les locaux de la Police aux frontières (PAF), ni d’interprète pour les personnes ne maîtrisant pas le français, encore moins d’examen approfondi de la situation des réfugiés. Rien que dans les Alpes-Maritimes, 44 433 refus d’entrée ont ainsi été prononcés, souvent de manière expéditive, en 2017 (une même personne peut être concernée par plusieurs refus d’entrée quand elle tente de repasser la frontière), et 7000 en Haute Maurienne, en Savoie !

« Le 17 mars 2018, cinq personnes, dont une avec une jambe cassée, ont été emmenées par les CRS à 17h13 au poste de la PAF de Menton Pont Saint-Louis. Elles ont attendu à l’extérieur du poste. À 17h15, soit trois minutes après leur arrivée, les cinq personnes ont été refoulées en Italie, munies d’un refus d’entrée qui leur a été donné en-dehors du poste », notent des observateurs lors d’une mission conjointe avec Amnesty international et Médecins du monde. Ces témoignages sont légion.

Pas d’accès à un médecin, encore moins à un avocat

Pas question pour ces personnes de pouvoir accéder à un médecin, qu’elles soient blessées, malades ou sur le point d’accoucher. Pas question non plus pour elles d’avoir accès à un conseil (assistance juridique, avocat…) ni de respecter le droit au jour franc, qui permet à une personne qui le demande de ne pas être refoulée avant 24 heures afin de pouvoir exercer les droits prévus par la loi. Ces pratiques « mises en œuvre par la France à la frontière franco-italienne depuis 2015 représentent un non-respect ou des violations des conventions internationales ratifiées, de la Convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales, du code frontières Schengen et des accords de coopération avec l’Italie », rappelle l’Anafé. Quand il s’agit de migrants, les textes signés par la France ne semblent plus valoir grand-chose.

Pour les enfants, c’est pareil. Ce ne sont pas des personnes mineures à protéger, mais des menteurs à refouler d’urgence : « On est allés au poste. On est rentrés dans les bureaux. On a été fouillés », raconte un adolescent, interpellé à Clavière, près du col de Montgenèvre. « Le policier me bousculait. Ils ont pris mon téléphone mais me l’ont rendu ensuite. Ils ont pris mon empreinte. Le policier a pris ma main de force pour la mettre sur la machine. Ils étaient plusieurs autour de moi. Un policier m’a demandé ma nationalité, mon âge. J’ai dit que j’avais 16 ans. Ils ont dit que je ne suis pas mineur. Ils ont changé ma date de naissance. Le policier a signé le document à ma place parce que je ne veux pas retourner en Italie. J’ai dit : “Je veux rester en France, je veux aller à l’école pour pouvoir me prendre en charge”. Mais ils ne voulaient rien comprendre. »

Militarisation « impressionnante » de la frontière

Le rapport de l’Anafé décrit également la militarisation « impressionnante » de la frontière. La présence des force de l’ordre – militaires, compagnies républicaines de sécurité (CRS), gendarmes, police nationale, police aux frontières… –, souvent lourdement armées, équipées de lunettes de vision nocturne ou de détecteurs de mouvement, sature l’espace frontalier, gares, routes ou chemins de randonnées. Ce qui créée une ambiance bien particulière : « Quelques minutes avant l’arrivée du train, dix gendarmes et quatre militaires lourdement armés se présentent sur le quai. Le train s’arrête, certains montent de chaque côté et se rejoignent au centre du train. Une personne sort escortée par les gendarmes », décrivent des observateurs en gare de Breil-sur-Roya, au nord de Menton (Alpes-Maritimes).

« Pendant ce temps, les forces de l’ordre restées sur le quai observent les passagers qui descendent. Une personne qui semble d’origine africaine descend, un gendarme lui dit « bonjour », la personne répond « bonjour », dans un français parfait. Nous nous interrogeons sur le fait que les forces de l’ordre ont dit bonjour uniquement à cette personne alors qu’elles étaient une dizaine à descendre du train. » Une scène digne du film La Grande Evasion.

Ce déploiement militaire à la frontière, rien que pour la vallée de la Roya, coûterait 1,8 million d’euros par mois, près de 22 millions par an, selon le chercheur Luca Giliberti [2]. La vallée ne représente pourtant qu’une petite partie de la frontière franco-italienne, qui s’étend sur 515 kilomètres en tout. Cette militarisation, ces pratiques de « chasse à l’homme » permanentes, poussent aussi les personnes migrantes à prendre de plus en plus de risques pour traverser la montagne et tenter d’esquiver les patrouille, pour simplement être en mesure de faire valoir leurs droits bafoués.

Un jeune Guinéen mort d’hypothermie après avoir été refoulé

Les corps de jeunes Guinéen et Sénégalais ont déjà été retrouvés, tués après avoir chuté dans un ravin. « Le 25 mai 2018, à Bardonecchia (Italie), un corps est retrouvé dans un état de décomposition avancée. Son identité est retrouvée par la police italienne grâce à un reste de peau et une enquête est ouverte : il s’agit d’un jeune Guinéen souffrant de poliomyélite, refoulé le 26 janvier par les autorités françaises, à 10 kilomètres de Bardonecchia. Il est décédé d’hypothermie », illustre l’Anafé. Deux semaines plus tôt, c’est le corps d’une Nigériane, Blessing Matthew, qui est retrouvée par des agents EDF dans la Durance, qui prend sa source à Montgenèvre. Toujours en mai, entre Montgenèvre et Clavière, un jeune sénégalais est retrouvé mort par des randonneurs. Épuisé, il serait tombé d’une falaise.

Face à cette situation scandaleuse qui dure depuis trois ans, « l’Anafé ne peut que déplorer la difficulté à entrer en dialogue avec plusieurs autorités françaises tant au niveau local qu’au niveau national. Les droits fondamentaux, la fraternité et la solidarité ont été relégués au second plan, en violation des engagements internationaux, européens et nationaux. » Les seuls qui sauvent l’honneur d’une politique en perdition à la frontière franco-italienne sont les milliers de bénévoles, de militants associatifs qui font vivre « les valeurs d’humanité, de solidarité et de fraternité » en venant en aide aux victimes de cette « chasse à l’homme ». Mais elles aussi sont désormais la cible de harcèlements, de violences, et poursuivis pour « délit de solidarité ». Elles sont devenues des « militants politiques qu’il faut museler ».

Ivan du Roy

Photo : DR

- Pour consulter le rapport de l’Anafé en ligne

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