Le Cirque de Bibi à l’ONU


Look! We stole their entire nation! Here’s how we did it!


Nous avons volé tout un pays et regardez comment nous l’avons fait !
….

Dans la grande série en cours « Bibi pris à son propre jeu », celui-ci n’est pas mal dans le genre réaliste.


….

dit B.L. Après le mauvais cinéma de Bibi à l’ONU, tout le monde s’en donne à coeur joie, tant mieux; ce pastiche-là, excellent, me rappelle mon enfance quand je schtroumphais Péyo…

(à suivre)

VIEILLIR selon Bernard Pivot


Extrait de son livre paru en avril 2011 : Les mots de ma vie

Vieillir, c’est chiant. J’aurais pu dire : vieillir, c’est désolant, c’est insupportable, c’est douloureux, c’est horrible, c’est déprimant, c’est mortel. Mais j’ai préféré « chiant » parce
que c’est un adjectif vigoureux qui ne fait pas triste.
Vieillir, c’est chiant parce qu’on ne sait pas quand ça a commencé et l’on sait encore moins quand ça finira.
Non, ce n’est pas vrai qu’on vieillit dès notre naissance.
On a été longtemps si frais, si jeune, si appétissant.
On était bien dans sa peau.
On se sentait conquérant. Invulnérable.
La vie devant soi.
Même à cinquante ans, c’était encore très bien. Même à soixante.
Si, si, je vous assure, j’étais encore plein de muscles, de projets, de désirs, de flamme.
Je le suis toujours, mais voilà, entre-temps – mais quand – j’ai vu le regard des jeunes, des hommes et des femmes dans la force de l’âge qu’ils ne me considéraient plus comme un des leurs, même apparenté, même à la marge.
J’ai lu dans leurs yeux qu’ils n’auraient plus jamais d’indulgence à mon égard.
Qu’ils seraient polis, déférents, louangeurs, mais impitoyables.
Sans m’en rendre compte, j’étais entré dans l’apartheid de l’âge.
Le plus terrible est venu des dédicaces des écrivains, surtout des débutants.
« Avec respect », « En hommage respectueux », Avec mes sentiments très respectueux ».
Les salauds!
Ils croyaient probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur stylo plein de respect? Les cons! Et du « cher Monsieur Pivot » long et solennel comme une citation à l’ordre des Arts et  Lettres qui vous fiche dix ans de plus!
Un jour, dans le métro, c’était la première fois, une jeune fille s’est levée pour me donner sa place. J’ai failli la gifler.
Puis la priant de se rasseoir, je lui ai demandé si je faisais vraiment vieux, si je lui étais apparu fatigué.
« Non, non, pas du tout, a-t- elle répondu, embarrassée.
J’ai pensé que… » Moi aussitôt : «Vous pensiez que…?
– Je pensais, je ne sais pas, je ne sais plus, que ça vous ferait plaisir de vous asseoir.
– Parce que j’ai les cheveux blancs?
– Non, ce n’est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âgé que moi, ça été un réflexe, je me suis levée…                                                                                                                                                                          – Je parais beaucoup beaucoup plus âgé que vous?
– Non, oui, enfin un peu, mais ce n’est pas une question d’âge…
– Une question de quoi, alors?
– Je ne sais pas, une question de politesse, enfin je crois…»
– J’ai arrêté de la taquiner, je l’ai remerciée de son geste généreux et l’ai accompagnée à la station où elle descendait pour lui offrir un verre.
Lutter contre le vieillissement c’est, dans la mesure du possible, ne renoncer à rien.
Ni au travail, ni aux voyages, ni aux spectacles, ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l’amour, ni à la sexualité, ni au rêve.
Rêver, c’est se souvenir tant qu’à faire, des heures exquises.
C’est penser aux jolis rendez-vous qui nous attendent.
C’est laisser son esprit vagabonder entre le désir et l’utopie.
La musique est un puissant excitant du rêve. La musique est une drogue douce.
J’aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant soit l’adagio du Concerto no 23 en la majeur de Mozart, soit, du même, l’andante de son Concerto no 21 en ut majeur, musiques au bout desquelles se révéleront à mes yeux pas même étonnés les paysages sublimes de l’au-delà.
Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés.
Nous allons prendre notre temps.
Avec l’âge le temps passe, soit trop vite, soit trop lentement.
Nous ignorons à combien se monte encore notre capital.
En années? En mois? En jours?
Non, il ne faut pas considérer le temps qui nous reste comme un capital.
Mais comme un usufruit dont, tant que nous en sommes capables, il faut jouir sans
modération.
Après nous, le déluge? Non, Mozart.

Des journalistes créent une « coordination » au sein de la TV syrienne


28 septembre 2012

 

Le site All4Syria rapporte, le 26 septembre, que, « dans une initiative sans précédent,des Syriens travaillant au sein de la télévision d’état viennent de créer une coordination sur Facebook, sous le nom de « Coordination de la TV syrienne ». Ils lui ont donné pour slogan « Ensemble pour nous réapproprier et pour libérer l’information nationale ».

Logo de la Coordination de la TV syrienne

Ouverte le 20 septembre, la page se présente ainsi : « Employés de l’Office de la Radio et de la Télévision Arabe Syrienne (ORTAS) et partisans de la liberté, nous voulons œuvrer à travers cette page à dévoiler en continu les crimes médiatiques du régime et à servir sur ce site la glorieuse révolution en cours. Nous y publierons les informations importantes et graves qui nous parviennent chaque jour. Nous contribuerons ainsi à creuser la tombe de ce régime criminel. Beaucoup de fonctionnaires respectables souffrent en silence de ne pouvoir diffuser les nouvelles qu’ils détiennent. Il est de notre devoir de mettre leur rôle en lumière ».

Dans ses premiers postes, la page offre une description précise de ce qui se déroule dans les coulisses de la télévision et de l’ambiance de travail qui y règne. Elle affirme que « des éléments de la sécurité sont présents en permanence dans la totalité des salles et des studios, au sein du bâtiment de la radio et de la télévision, y compris durant les diffusions en direct. On en dénombre au minimum 200 dispersés parmi les fonctionnaires. Ils sont périodiquement relevés. On leur a affecté des salles, et les plus importants d’entre eux disposent de toilettes particulières. Ils ne sont pas autorisés à quitter les lieux pour rentrer chez eux. Les employés de l’ORTAS peuvent voir les moukhabarat étaler leur lessive au sein du bâtiment, comme ils le feraient dans une caserne normale. D’autres éléments, chargés de la protection des lieux, sont positionnés à l’extérieur et aux portes d’entrée destinées aux piétons, aux voitures et aux visiteurs ».

Siège de l’ORTAS

Mardi 23 septembre, elle rappelait que « les arrestations ont commencé dans l’ORTAS avec l’ingénieur Saïd Derki, qui avait filmé et diffusé des vidéos montrant le chef de l’Etat sur l’estrade de la place des Omeyyades, face au bâtiment de la TV. Ils démontraient que, contrairement à ce que le la télévision officielle avait diffusé, les lieux étaient quasiment vides, la foule n’étant pas au rendez-vous ». A moins que, comme précédemment suggéré sur ce blog, les services de sécurité aient préféré alors ne pas regrouper trop de menhebbakjieh, les adorateurs de Bachar, parmi lesquels pouvaient se faufiler des perturbateurs, des provocateurs ou des terroristes échappant à leur contrôle.

Le même jour, elle dressait une première liste des collègues arrêtés par lesmoukhabarat : Saïd Derki, Hassan Mahara, Mohammed Chihab, Haytham Asfari, Mohammed Qaddah, Marwan Qadiri, Hicham Mousallali, Ayham Abdel-Razeq, Ahmed Bakdach, Basem Kilani et Mohammed Idelbi… Certains d’entre eux avaient été détenus 2 mois, d’autres 3. Ils avaient été accusés d’avoir insulté le président, d’avoir aidé l’Armée Syrienne Libre, d’avoir utilisé Internet, d’avoir fourni des secours aux réfugiés, d’avoir participé à des manifestations de protestation – des mouzâharât, strictement prohibées en Syrie, alors que les masîrât, marches de soutien au pouvoir, sont chaudement encouragées, autrement dit obligatoires pour les élèves, les étudiants, les travailleurs et les fonctionnaires de l’Etat… – et d’avoir insulté des agents des forces de sécurité ».

Une vue de la place des Omeyyades prise par Saïd Derki

La nouvelle coordination a couvert, mercredi 26 septembre, l’explosion qui a visé le siège de l’Etat-major, postant les informations suivantes :
1 / Mercredi 26.09.2012 au matin, au moment où s’est produit l’attentat contre le bâtiment de l’Etat-major, proche de la place des Omeyyades, des éléments de la sécurité qui assuraient la garde de l’ORTAS ont tiré au hasard des coups de feu.
2 / Mercredi 26.09.2012 au matin, en raison de cet attentat, l’entrée et la sortie du bâtiment de l’ORTAS, qui donne sur la place des Omeyyades, ont été interdits.
3 / Mercredi 26.09.2012 au matin, dès l’explosion intervenue à l’Etat-major, proche de la place des Omeyyades, les programmes ont été arrêtés et remplacés par la diffusion de documentaires et de films d’archives sur la 1ère chaîne et sur le canal satellitaire, pour préparer la diffusion en directe des images de l’attentat et des analyses. Elles avaient été précédées par les chaînes Al Manar (du Hizbollah libanais) et Al Akhbariya.

Un journaliste de TV Orient a reçu un message sollicitant son aide à la diffusion de la page de la coordination. Ce message se lit ainsi :
« Cher collègue…
Nous sollicitons ton aide à la diffusion de la page que nous venons de créer sous le nom de « Coordination de la TV syrienne », à l’adressehttps://www.facebook.com/tvsyria. Nous travaillons toujours à l’ORTAS et nous craignons d’être découverts si nous la postons sur nos comptes personnels. Nous espérons que tu pourras nous aider à dévoiler les pratiques tordues dont nous sommes victimes. Nous apprécierons aussi toute critique de la situation des médias syriens sous le règne du régime en place. Nous sommes preneurs de toute orientation destinées aux journalistes qui pourraient contribuer à soutenir la révolution ».

Logo de l’Association des Journalistes syriens

Il n’est pas inutile de rappeler que des journalistes appartenant à tous les médias ont créé, il y a quelques mois, une « Association des Journalistes syriens », une nouveauté absolue en Syrie. Elle était destinée à exprimer leur refus des contraintes imposées par le syndicat unique des gens de presse, placée sous le contrôle théorique du parti Baath mais sous la surveillance effective des moukhabarat, et à organiser leur travail d’information dans des conditions répondant davantage à leur éthique professionnelle.

Cette tentative d’organisation des rangs de la profession fait partie de toute une série d’initiatives prises, en Syrie, depuis le début de la révolution, en vue de permettre aux membres de différentes professions – médecins, ingénieurs, professeurs, avocats… – d’organiser leur travail de manière indépendante du gouvernement.

source 

Al-Jazira, trop critique face au régime Assad ?


ANALYSE

BAUDOUIN LOOS

Al-Jazira a-t-elle perdu sa crédibilité en raison de sa couverture des événements en Syrie ? C’est la thèse d’un influent commentateur des Emirats arabes unis, Sultan al-Qassemi, qu’il a étayée dans un article écrit pour Foreignpolicy.com et traduit par le site Slate.fr.

Al-Qassemi s’en prend aussi à la télévision saoudienne Al-Arabiya, mais ses flèches les plus acérées sont tirées vers la plus importante chaîne arabe d’information continue, la Qatarie Al-Jazira. Laquelle, on le sait, s’est octroyé depuis sa création en 1996 la place de leader sur le marché arabe, revendiquant quelque 50 millions de téléspectateurs quotidiens.

Sa thèse ? Ces chaînes, pour contrer la propagande du régime de Damas « ont abaissé leurs niveaux journalistiques au risque, comme leur adversaire, de travestir la vérité ». L’auteur reproche à ces télévisions de recourir de manière intensive aux témoignages et vidéos anonymes, de minimiser les défauts des rebelles (voire d’occulter la présence de vrais groupes terroristes), de favoriser les analyses favorables aux Frères musulmans et enfin de n’être en fait que le reflet des positions politiques de leurs bailleurs de fonds qatari et saoudien.

Al-Jazira, en conclut l’observateur, « a le plus perdu dans cette histoire : cette chaîne qui avait été suivie par des dizaines de millions de téléspectateurs arabes l’an dernier, en plein apogée du printemps arabe, n’est plus désormais que l’ombre d’elle-même ».

Pourquoi nier l’évidence ? Une guerre médiatique se déroule à côté des violences féroces sur le terrain. La neutralité – guère aisée – n’est d’ailleurs pas revendiquée par ces chaînes. Ainsi, pour le chercheur belge de l’Université d’Edimbourg Thomas Pierret, « il n’est pas interdit de critiquer Al-Jazira mais il est malhonnête d’affirmer que c’est sur la Syrie qu’elle a opéré un tournant propagandiste ; la chaîne n’a jamais été un modèle d’objectivité, il se fait simplement que sa ligne éditoriale “anti-impérialiste” était agréable à une certaine gauche » jusqu’aux révoltes arabes.

La journaliste française Claire-Gabrielle Talon, qui a écrit un livre sur la chaîne qatarie aux PUF en 2011, confirme : « La couverture d’Al-Jazira est engagée en faveur des rebelles syriens, comme elle l’a été pour les révolutionnaires tunisiens, égyptiens et libyens. Rien de nouveau donc, si ce n’est que la Syrie est un ancien allié du Qatar. C’est le retournement des alliances du Qatar qui pose question, plus que la couverture d’Al-Jazira ».

Cet engagement en faveur des révolutions est souvent salué. « Savoir pour qui roule Al-Jazira est le dernier de mes soucis, confie par exemple Mohamed Bouriga, un Tunisien trentenaire originaire de Sousse, à mon avis cette chaîne fait un travail remarquable, et sans ce travail les peuple tunisien, libyen, égyptien, yéménite et syrien auraient été exterminés à huis clos par des dictateurs sans foi ni loi. »

Sa compatriote Hamida Beji, « amie » de Liège sur Facebook, fait en revanche partie de ceux qui retiennent surtout le tropisme islamiste allégué de la chaîne qatarie. Elle approuve Al-Qassemi : « En Tunisie, les journalistes d’Al-Jazira ont été malmenés. Le peuple déteste le Qatar et l’Arabie Saoudite… Donc ces chaînes-là, on ne les regarde plus ».

Ridha Mohamed Khaled, intellectuel tunisien de Belgique va dans le même sens. « Al-Jazira a perdu de son aura du fait de son alignement sur la politique de l’émirat et des intérêts de la confrérie des Frères musulmans… Sa couverture des événements est partiale et peu professionnelle – toujours les mêmes canaux : témoin oculaire (par téléphone), séquences tirées d’internet, statistiques fournies par le seul Observatoire syrien des droits de l’homme, invités idéologiquement marqués, islamistes en général »…

Un journaliste de la chaîne qatari affecté en Afrique confirme de manière anonyme certains soupçons : « Ce qui est certain, c’est la volonté de quelques monarchies du Golfe à aider les islamistes à prendre le pouvoir coûte que coûte dans les pays arabes. Les supports médiatiques ne sont que l’artillerie lourde permettant d’atteindre ce but stratégique ».

Difficile de conclure, donc. Sauf à reprendre la réaction d’une Syrienne de Belgique, Fawzia Harakat, pour qui l’article de Sultan al-Qassemi est largement à côté de la cible. Notamment parce que « les révoltes arabes ont changé le journalisme. Entre autres, parce que les médias sociaux jouent un rôle sans précédent dans la désobéissance civile et dans l’information au point que cela secoue profondément la communication moderne… même si le public doit rester vigilant à propos des informations venues du “web” comme des médias lourds internationaux ».

On laissera le dernier mot à un Damascène contacté par mail, et qui ne s’embarrasse pas de considérations savantes. « Les chaînes visées par Al-Qassemi, je les regarde tous les jours. Elles montrent une partie de ce qui se passe sur le terrain. Elles ne sont pas sectaires ni porte-parole des Frères musulmans. On en a marre de ce genre d’article qui permet de maintenir la vérité dans les ténèbres. Nous avons une cause à défendre plutôt que de parler de ces absurdités. » Un avis pas neutre, en effet, écho exaspéré d’un conflit amer.

source LeSoir

Carnets de Homs de Jonathan Littell 5/5.


CLIQUEZ SUR L’IMAGE


Réalisation : François Christophe

A l’occasion de la journée spéciale 24h00 en Syrie le 24 Septembre, que France Culture consacre à la Syrie, l’émission des microfictions propose, du lundi 24 au vendredi 28 septembre, la lecture, en direct, d’extraits de deux ouvrages : Feux croisés, journal de la révolution syrienne de Samar Yasbek et Carnets de Homs de Jonathan Littell. Ces deux documents, écrits par des écrivains, offrent un contrepoint précieux et nécessaire aux articles de la presse qui relatent chaque jour, au plus près, la situation en Syrie : Feux croisés décrit les premiers mois de la révolution syrienne, à partir du 25 mars 2011, et Carnets de Homs témoigne de la vie quotidienne du peuple en révolte de la ville de Homs au tout début de 2012.

En soutien au peuple syrien, une première lecture de ces textes a été donnée en public le 15 juillet dernier, à Avignon, à l’initiative de Marcel Bozonnet.

Feux croisés. Journal de la révolution syrienne de Samar Yasbek, traduit de l’arabe par Rania Samara, est publié aux éditions Buchet-Chastel (2012).

Carnets de Homs de Jonathan Littell, est publié aux éditions Gallimard (2012)
SOURCE

Courage, le nettoyage ethnique sera bientôt terminé!


anniebannie: les renvois aux notes en bas de page ne fonctionnent pas

Rudi Barnet

Nettoyage ethnique? Plan Daleth [1]? Vous délirez!

Comme pour tout crime, les commanditaires, les exécuteurs de ce plan « D » et les propagandistes de service ont d’abord tenté de nier son existence.

Mais depuis que certaines archives ont été rendues publiques et que les preuves se sont accumulées, ils cherchent à minimiser son importance en affirmant que ce n’était qu’un simple plan d’opérations militaires dans le contexte de la guerre ou à essayer de décrédibiliser ceux et celles qui ont découvert et révélé les faits.

C’est ainsi que l’historiographie officielle israélienne et ses officines de propagande cherchent à faire accroire que la destruction, il y a 65 ans, de quelques 530 villages, la fuite de près de  800.000 habitants et les milliers de morts palestiniens étaient simplement les conséquences malheureuses de la guerre… Et que la très grande majorité des « réfugiés » était partie de son plein gré!

Affirmer cela est mensonger ert injurieux pour la vérité historique et pour les innombrables témoignages recueillis par d’éminents historiens comme Avi Shlaïm,[2]Walid Khalidi, [3]Ilan Pappe [4] Elias Sanbar [5]ou Nur Masalha.[6]

L’analyse des archives israéliennes disponibles a permis à ces historiens de vérifier la triste réalité : un nettoyage ethnique a bien débuté durant ces années-là.

Même Benny Morris, [7]l’historien sioniste (!) qui fut le premier à parler de l’existence de ce plan D reconnaissait qu’il y avait bien eu « nettoyage ethnique », tout en amenuisant son importance et le justifiant : « Il y a des circonstances dans l’histoire qui justifient le nettoyage ethnique. Je sais que ce terme est complètement négatif dans le discours du 21ème siècle, mais quand le choix est entre le nettoyage ethnique et le génocide – l’annihilation de votre population – je préfère le nettoyage ethnique (…)Un Etat juif n’aurait pas pu être créé sans déraciner 700.000 Palestiniens. Par conséquent il était nécessaire de les déraciner. Il n’y avait pas d’autre choix que d’expulser cette population. « [8]

Yoav Gelber [9], historien sioniste d’extrême-droite et partisan de l’expulsion totale des Palestiniens, affirme de son côté que ce n’est qu’un plan élaboré pour répondre aux attaques de l’ALA (Armée de libération arabe qui n’a jamais compté plus de 5.000 volontaires, majoritairement non-palestiniens!) et de la « Légion Arabe », 6.000 soldats dirigés par des officiers britanniques pour le compte de Abdallah, roi de Transjordanie, opposé à la création d’un Etat palestinien.

L’affirmation de Benny Morris à propos du danger de génocide est assez absurde car, comme on le verra plus loin, ce nettoyage ethnique a débuté en 1947, bien avant la décision de partage de l’ONU et l’entrée en guerre des pays limitrophes. Il visait essentiellement des civils palestiniens.

Où était le risque de génocide pour les colons sionistes à ce moment?

Pour les Palestiniens il en était autrement.

S’il est vrai que l’armée israélienne ne comptait « que » 40.000 hommes en mai 48, au moment de la déclaration d’indépendance, elle sera rapidement de plus de 100.000 hommes (plus importante en nombre que l’ensemble des forces de tous les pays environnants… et aussi bien mieux équipée (tanks, bombardiers…)

De leur côté, les Palestiniens étaient dispersés, inorganisés et peu armés et avaient parfaitement conscience que le rapport de forces était trop inégal.

Ben Gourion le déclara d’ailleurs lui-même : « Je pense que, majoritairement, les masses palestiniennes acceptent la partition comme un fait accompli et ne croient pas possible de l’empêcher ou de la rejeter (…) La grande majorité ne veut pas se battre contre nous. » [10]

Mais, rien n’y fait!

La propagande israélienne a toujours présenté cette guerre comme la lutte d’un petit David juif affrontant un Goliath arabe alors que la réalité du terrain, révélée par les historiens modernes, montre qu’Israël n’a jamais été confronté à un véritable risque de défaite.

… Mais il est fondamental de maintenir le mythe fondateur du « petit peuple obligé de se défendre contre les barbares qui veulent l’exterminer. » afin d’éviter ainsi toute accusation de crime contre l’humanité!

Le crime est pourtant incontestable.

Quand on met côte à côte les éléments recueillis par la Haganah[11] pour chaque village palestinien (plan, noms et adresses des habitants de sexe masculin, etc), contenus dans les annexes du plan D, et qu’on les compare avec le rapport des événements et les témoignages des habitants de ces même villages, force est de constater que l’adéquation est, majoritairement, parfaite!

On voit bien qu’il s’agit de l’application stricte et méthodique d’un plan de nettoyage ethnique.[12]

On peut toujours nier les faits, nier l’Histoire, nier les crimes… Cela porte un nom : négationnisme.

De A à C, ou comment peaufiner un plan

Quand Ben Gourion et les chefs de la Haganah finalisèrent le « Plan D » le 10 mars 1948, il y avait déjà de nombreux mois qu’il avait été « testé ».

En effet, les archives israéliennes révèlent qu’on n’avait pas attendu la décision de partage de l’ONU (29/11/1947), ni la fin du Mandat britannique (14/5/1948) pour passer à l’attaque.

Quand le 14 mai 1948, Ben Gourion proclame l’indépendance d’Israël, les forces sionistes avaient déjà expulsé par la violence près de 250.000 Palestiniens et 200 villages avaient déjà été détruits.[13]

… Près de six mois avant le début du conflit avec les pays arabes limitrophes!

Il y avait déjà eu, bien entendu, les plans A, B et C.

Le plan A datait de 1937 et exposait les lignes directrices de la conquête de la Palestine en cas de retrait des troupes britanniques.

Les deux suivants affinèrent le projet.

Le plan C énumérait notamment, avec précision, les actions punitives à exécuter contre la population : « Tuer les dirigeants politiques, agitateurs et soutiens financiers, s’en prendre aux transports et moyens de subsistance (puits, moulins, etc). » [14]

Le « Plan D » complétait et finalisait les trois premiers.

Il détaillait notamment les moyens d’action pour l’expulsion totale et systématique de la population palestinienne de l’ensemble du territoire.

L’opération bénéficiait aussi de tous les renseignements accumulés par les « collecteurs » du FNJ (Fonds national juif) depuis les années 30 : plans des villages, photos, composition sociologique, nombre d’habitants de sexe masculin (de 16 à 50 ans), noms des notables, etc.

Pour chaque village, une liste des Palestiniens qui s’étaient opposés aux Britanniques et avaient combattu le mouvement sioniste avait été établie.

Ces éléments ont été le moteur des pires atrocités commises contre les civils.

On y retrouve des ordres précis aux « brigades opérationnelles », tels  que :

« Destruction de villages (y bouter le feu, les faire exploser et planter des mines dans les débris), en particulier les centres de population dont le contrôle continu est difficile. (…) Réaliser des opérations de recherche et de contrôle en fonction des lignes de conduite suivantes : encerclements des villages et fouille de ceux-ci. En cas de résistance, les forces armées doivent être détruites et la population expulsée en dehors des frontières de l’État hébreu« . [15]

Yaël Yadin, un des chefs militaires du « Plan D » a déclaré fin 1948 que c’est cette reconnaissance minutieuse et détaillée de ce qui se passait dans chaque village palestinien qui a permis au commandement militaire sioniste d’affirmer : « Sans la présence britannique nous aurions écrasé la révolte arabe en un mois!… car les Arabes palestiniens n’avaient personne pour les organiser correctement. » [16]

La volonté de destruction de la Palestine rurale et l’expulsion des habitants pour la création d’un Etat « ethniquement pur » est patente. Le mot « nettoyage » figure d’ailleurs en toutes lettres sur les ordres donnés par le « Haut Commandement » aux unités sur le terrain.

Ben Gourion n’hésitera d’ailleurs pas à affirmer « Nos ennemis sont les paysans arabes! » [17]

Pas les opposants politiques, pas les propriétaires… Non! Les cultivateurs pacifiques, ceux qui gênent le plan D par leur refus de se battre contre les sionistes,  comme on peut le lire à plusieurs reprises dans les rapports des réunions de Ben Gourion et ses associés.

Soixante ans plus tard, Lieberman ne fera que confirmer cet objectif de « nettoyage » en proclamant : « Nous allons faire d’Israël un Etat ethniquement homogène! » [18]

Partition décidée par l’ONU

C’est ainsi que le 31 décembre 1947, on « testa » le plan « D » dans plusieurs endroits, notamment à Balad al-Cheikh, un village à quelques kilomètres de Haïfa, et, le même jour, sur un des quartiers arabes de la ville.

Pour Balad al-Cheikh, l’ordre était de « encercler le village, tuer le plus d’hommes possible, saccager les biens, mais s’abstenir de s’en prendre aux femmes et aux enfants » [19]

L’assaut dura trois heures et fit plus de soixante morts… pas tous des hommes!

Les Britanniques ont laissé faire ces atrocités… Ils ont même parfois apporté leur aide comme après la tuerie de Sa’sa (village près de Safed, à la frontière libanaise) en février 1948.

Un commando israélien pénétra de nuit dans le village et installa des explosifs contre des maisons cibles. On dénombra de nombreux morts dans les maisons démolies.

Les Britanniques transportèrent à l’hôpital deux israéliens, blessés par des débris.

A partir de mars 1948, les opérations de « nettoyage » s’accélérèrent.

Chaque commandant des douze brigades de la Haganah avait reçu une liste de villages ou quartiers de villes à détruire, les informations sur les Palestiniens à tuer ou à expulser… et la date d’exécution de l’opération![20]

Il est à noter que chaque carnage de villageois sera toujours présenté comme le résultat involontaire d’une âpre bataille, en riposte à une attaque, les maisons devenant des fortins bourrés d’armes et les paysans transformés en combattants féroces.

Décidément, plus de soixante ans après, le discours n’a pas changé! [21]

Début de la grande lessive

 

Le massacre de Deir Yassin [22], petit village de pasteurs et de paysans, n’est pas celui qui a fait le plus de victimes (« moins » de 200 civils, dont de nombreux enfants) mais il est resté dans les mémoires comme un modèle du caractère systématique de l’application du « Plan D ».

Le colonel israélien Païl décrit l’horreur : « Faisant feu de toutes leurs armes, ils balançaient également des explosifs dans les maisons. Ils abattirent ainsi toutes les personnes qu’ils y trouvèrent, y compris les femmes et les enfants. Par ailleurs, près de 25 hommes qui avaient été sortis de chez eux furent chargés dans un camion et exposés, à la romaine, à travers les quartiers de Mahahneh Yehuda et Zakron Josef. Après quoi ils furent emmenés dans une carrière de pierre et abattus de sang-froid » [23]

Deir Yassin

Menahem Begin (commandant de l’Irgoun qui, avec le « groupe Stern » mena l’opération), nia tout massacre, parlant d’une « propagande mensongère ».

Mais devant l’indignation de la communauté internationale, Ben Gourion et ses associés finirent par condamner l’action. Les historiens proches du régime estimèrent ensuite que  le massacre avait été « un concours  de circonstances, presqu’inévitable », sans connexion avec le « Plan D ».

Evidemment!

Mais Deir Yassin n’était que le début de la « Grande Lessive ».

Haïfa fut « désarabisée » en une journée de ses milliers d’habitants palestiniens par la sinistre brigade Carmeli.

On pilonna d’abord la ville au mortier depuis les collines, repoussant la population affolée vers la mer.

Ensuite les milices envahirent la place.

Les ordres de Mordehaï Maklef, officier des opérations, étaient clairs et simples : « Tuez tous les Arabes que vous rencontrez, incendiez tout ce qui est inflammable et ouvrez les portes à l’explosif. » [24]

Ce fut fait!

Ben Gourion visita les quartiers arabes après le nettoyage et nota dans son journal : « Un spectacle épouvantable et fantastique. Une ville morte, une ville carcasse … sans âme qui vive, à part les chats errants. » [25]

Ce qui est arrivé à Acre – le plan de partage de l’ONU attribuait la ville à l’État arabe projeté – est exemplatif de la méthode d’exécution du « Plan D ».

La ville était assiégée mais résistait aux bombardements.

Début mai 1948, la Croix-Rouge constata l’empoisonnement de l’eau des aqueducs qui approvisionnaient la ville. L’origine?… Injection des germes de la typhoïde. [26]

Affaiblis par l’épidémie et le pilonnage intensif, les habitants se rendirent… et partirent, laissant les israéliens piller leurs maisons.

Le cas de Jaffa est également exemplaire.

C’est la dernière ville conquise avant la fin du mandat britannique par 5.000 « soldats » de la Haganah et de l’Irgoun.

Après trois semaines de siège, les 50.000 habitants ont été expulsés sous la « protection » des Britanniques.

Ruines de Jaffa

A cette date, il n’y avait plus de Palestiniens dans les grands centres urbains et 200 villages avaient été détruits, leurs habitants tués ou expulsés.

Tout cela s’est passé avant la proclamation d’indépendance, dans l’indifférence ou avec la complicité des troupes britanniques.

Comme l’écrit Ilan Pappe : »C’est un fait, à dire et à répéter, car il anéantit le mythe israélien selon lequel les « Arabes » se seraient enfuis quand « l’invasion arabe » a commencé (…) C’est une pure fabrication de prétendre qu’il y a eu des tentatives juives pour persuader les Palestiniens de rester, comme l’affirment encore aujourd’hui les manuels scolaires israéliens » [27]

Avant « l’entrée en guerre » des pays voisins, près de la moitié des villages palestiniens du territoire que l’ONU leur avait attribué avaient déjà été attaqués et conquis par les sionistes.

De nombreux autres seront rayés de la carte dans les mois qui suivirent la déclaration de l’Etat d’Israël.

… Et nettoyage final?

Après le 14 mai 1948, le « nettoyage ethnique » s’accentua encore.

L’arrivée, en juin, de nouveaux avions, entre autres armes « lourdes », renforça notablement les moyens de la conquête.

Yigaël Yadin, chef d’état-major adjoint de la Haganah, lança à ses troupes : « Aujourd’hui, nous avons toutes les armes dont nous avons besoin (…) Les Britanniques s’en vont (…) Toute la situation sur les fronts va changer »

Et il avait plus que raison de se réjouir.

Ben Gourion avait ordonné à la Haganah : « Le nettoyage de la Palestine demeure l’objectif premier du plan Daleth! » [28]

Des 64 villages entre Tel-Aviv et Haïfa, seuls deux furent épargnés… Sur la demande des colons qui avaient besoin des villageois pour le travail [29]

Parmi les villages rasés se trouvait celui de Al-Tantoura qui comptait 1500 habitants.

Après avoir maté la résistance, la soldatesque de la brigade Alexandroni rassembla les hommes (adolescents compris) et déclencha une orgie d’exécutions de sang-froid sur la plage, la mosquée ou le cimetière.

Plus de 200 Palestiniens furent ainsi assassinés.

Malgré les témoignages des survivants et les aveux de certains membres de la brigade, Israël a toujours nié les faits et diffamé ceux qui les révélaient.

Encore aujourd’hui ceux qui critiquent Israël sur ce massacre sont considérés comme traîtres ou menteurs.

Mais comme l’écrit Benny Morris, historien sioniste, il suffirait d’ouvrir les archives pour connaître les détails de ce que lui-même considère comme un crime de guerre. [30]

Mais c’est apparemment encore un sujet trop sensible pour le régime… plus de 60 ans après!

Jusqu’à l’automne 48, les diverses brigades de la nouvelle armée israélienne continuèrent leur lugubre besogne : expulsions, destructions d’un maximum de villages palestiniens et exécutions de ceux qui résistent. Comme à Al-Bassa, gros village de 3.000 habitants, où de nombreux hommes et adolescents furent alignés devant l’église et assassinés, tandis que le reste de la population était expulsée vers le Liban. [31]

A certains moments, le médiateur de l’ONU, Folke Bernadotte [32] parvint à ralentir les exactions et à obtenir de courtes trêves, pas toujours respectées.

Mais dès la fin de la trêve, le « rouleau compresseur » se remettait à écraser, impitoyable.

C’est ainsi que 50 à 70.000 personnes furent expulsées des villes « palestiniennes » de Lydda (Lod aujourd’hui) et Ramla. La brigade, commandée par Yigal Allon et Yithzak Rabin, [33] y assassina plus de 250 habitants. [34]

 Exode de Lydda

Benny Morris rapporte que durant cette « opération Hiram », dirigée par le général Carmel, [35]les forces israéliennes perpètrent au moins neuf massacres de civils palestiniens et de prisonniers de guerre.

Des tonnes de bombes furent déversées par les « B-17 » sur 7 villages de Galilée, provoquant la mort de près de cent civils.

L’armée israélienne fit également des incursions dans des villages du Sud-Liban, proche de la frontière. Fin octobre 48,  elle massacra 80 personnes à Hula et 94 à Saliha.

L’officier Shmuel Lahis qui tua de sa main 35 habitants de Hula sera condamné à 7 ans de prison, avant d’être amnistié… et nommé directeur de l’Agence Juive. [36]

Israël sait honorer ses héros!

Morris estime que la moitié des massacres commis durant la « guerre » se produisirent durant  cette l’opération.[37]

Nazareth qui comptait une population de religion chrétienne importante connut un sort moins dramatique.

Ben Gourion ordonna d’arrêter les expulsions car « Ici, le monde nous regarde. » [38]

Même les 90.000 Bédouins du Néguev furent « nettoyés » ou cantonnés dans des « réserves ».

Al-Dawaimeh, village martyr!

 

Ce village près de Hébron a été le théâtre d’une des pires atrocités commises par l’armée israélienne durant les opérations de nettoyage ethnique.

Ce fut aussi la dernière grande tuerie… avant celle de Kfar Kassem en 1956.

A Al-Dawaimeh, plus de 200 civils palestiniens ont perdu la vie le 28 octobre 1948 quand le général Yitzak Sadeh [39], commandant de la « Brigade Huit », sous les ordres du général Yigal Allon [40], lança ses tueurs dans le village.

Les récits des témoins, soldats israéliens inclus, et le rapport de l’ONU décrivent un massacre impitoyable, jusque dans la mosquée.[41]

Devant les risques de scandale, les lieux de la tuerie furent rapidement nettoyés le 1er novembre [42], ce qui permit, dans un premier temps, de nier l’ampleur du massacre et de s’opposer aux témoignages.

Ce n’est que des mois plus tard (juin 1949) qu’un rapport des Nations Unies mentionna : « La raison pour laquelle on connaît si peu au sujet de ce massacre qui, à bien des égards, a été plus brutal que celui de Deir Yassin, est dû au fait que la Légion arabe (la force jordano-britannique qui contrôlait la région) a craint que, si la nouvelle se répandait, elle exercerait le même effet sur le moral de la paysannerie que Deir Yassin : un nouvel afflux de réfugiés arabes. » [43]

C’est ce qu’on nomme le cynisme ordinaire?

De rares responsables israéliens eurent le courage de dénoncer l’horreur, tel Aharon Tzizling, Ministre de l’agriculture, qui déclara au conseil des ministres, le 17 novembre 1948 : « Je n’ai pu dormir de la nuit. Ce qui est en cours blesse mon âme, celle de ma famille et celle de nous tous (…) Maintenant, les juifs aussi se conduisent comme des nazis, et mon être entier en est ébranlé » [44]

En dépit des preuves accablantes, aucun des israéliens auteurs ou commanditaires des massacres et des destructions durant ces années de nettoyage ethnique n’a été inculpé pour crime de guerre!

Et… En route vers de nouvelles aventures?

La passivité de l’ONU devant le non-respect de sa décision de partage du territoire est impressionnante.

A aucun moment, Israël n’a dû rendre de comptes sur ses « débordements » d’avant la création de l’Etat et toutes ses conquêtes n’ont pas provoqué la moindre réaction au moment de sa reconnaissance comme membre de l’ONU en mai 1949.

Seule une attaque contre le plateau du Golan (Syrien!) a pu être empêchée par l’ONU… pour quelques années.

Mais Ben Gourion n’avait pas l’intention de s’arrêter là!

Il prévoyait, dans un premier temps d’étendre le territoire israélien en Cisjordanie et au Sud-Liban, mais les ordres d’attaque furent reportés par crainte des accords d’alliance militaire de la Jordanie avec la Grande-Bretagne.

Il révèle sa soif de puissance et ses prochains objectifs dans un texte daté du 24/5/1948 : « Nous allons créer un Etat chrétien au Liban, dont la frontière sera le Litani. Nous allons briser la Transjordanie, bombarder Amman et détruire son armée, et alors la Syrie tombera, après quoi, si l’Egypte veut continuer à se battre, nous bombarderons Port-Saïd, Alexandrie et Le Caire.

Ce sera notre vengeance pour ce qu’ils ont fait à nos aïeux à l’époque biblique. » [45]

Nouvel Alexandre le grand? Nouveau Napoléon? Nouvel Attila?… Ou nouveau Dr Folamour?

Revenir? Où voulez-vous revenir?

Fin 1948, ce nettoyage ethnique était terminé, mais les épreuves des Palestiniens n’étaient pas près de prendre fin.

Pour une bonne partie d’entre eux, le régime israélien activa un second plan, celui de « l’anti-rapatriement ».

Pour empêcher toute possibilité de retour des expulsés, on accéléra la destruction des villages et la création d’implantations juives, de manière à éviter toute pression internationale et toute revendication basée sur la résolution 194 de l’ONU du 11/12/1948, proclamant le droit au retour des réfugiés palestiniens.

On créa une unité spéciale chargée d’empêcher les villageois et citadins de revenir dans leurs maisons.

Elle n’hésitait pas à les exécuter sans sommation, comme en témoignent les archives des FDI (Forces de Défense d’Israël) [46]

Et demain?

Il serait illusoire de croire que ce sinistre « Plan D » n’est plus en activité!

Toute la politique du régime actuel tend à poursuivre le plan Daleth, à conquérir de nouveaux territoires et à assujettir les habitants qui n’ont pas été expulsés.

Avant le plan Daleth… et après le plan Daleth

S’il n’est plus possible d’agir comme il y a 65 ans et qu’il n’est plus envisageable de museler l’information, il est visible que les pratiques actuelles du régime israélien sont dans le droit fil de ce plan.

Ses objectifs ont simplement pris d’autres formes : que ce soit dans la partie arabe de Jérusalem où les expulsions sont journalières, que ce soit en Cisjordanie où l’armée chasse les habitants de la zone C, où les colons fanatiques sèment la terreur, brûlent les récoltes et volent les terres, que ce soit dans le Néguev où les Bédouins sont pourchassés, que ce soit à Gaza où les commandos marins assaillent les pêcheurs à quelques centaines de mètres du rivage… Tout est conforme au « Plan D »

On est bien loin, à l’opposé même, du « Petit peuple qui a dû se défendre contre les armées arabes qui n’acceptaient pas son existence! » et de « Deux peuples qui ne parviennent pas à s’entendre ».

Ces leitmotivs sont d’ignobles tartufferies!

Il y a certes encore de nombreuses zones d’ombre à éclaircir – ce ne sera possible qu’en rendant publiques toutes les archives de cette époque – et il existe de nombreux faits et comportements qui restent à élucider.

Mais il est indéniable, pour tout honnête homme, qu’il y a bien eu là-bas un effroyable nettoyage ethnique!

Indéniable aussi que ce « Plan D » a été mis en œuvre bien avant la décision de l’ONU de partager la terre et que l’explication « ils sont partis de leur plein gré » est un mensonge éhonté.

Il est aussi troublant de constater que l’objectif du régime israélien est toujours, visiblement, de nettoyer ce territoire de la présence palestinienne par des mesures de plus en plus oppressantes : mesures d’apartheid, humiliations, blocus, expulsions, créations de colonies, occupations militaires, destructions de maisons… etc.

Tout en continuant de discourir sur une solution à deux Etats… Mirage pour les naïfs, Hochet pour les discoureurs!

Ce plan »D » est bien un crime de guerre et un crime contre l’Humanité.

Il faut être d’une totale mauvaise foi pour le contester!

… Mais les tribunaux qui jugent ce type de crime étant presque toujours les tribunaux des vainqueurs, il est malheureusement plus que probable que les criminels qui ont élaboré, planifié et perpétré cet odieux programme ne se retrouveront jamais dans le box des accusés.

L’Histoire les jugera.

Rudi Barnet

(Septembre 2012)


[1] 4ème lettre de l’alphabet hébreu

[2] « Le mur de fer. Israël et le monde arabe » (Buchet Chastel, 2008) et « Israël face à son passé » (Editions Arkhê, 2010)

[3] Il a enseigné à Oxford et Harvard et est membre de l’American Academy of Arts and Sciences.

[4] Historien israélien, professeur d’histoire à l’Université d’Exeter en Grande-Bretagne

[5] « Palestine 1948, l’expulsion » (Revue d’études palestiniennes, 1984)

[6] Historien britannique né en Palestine, rédacteur en chef de la revue Holy Land Studies (Edinburgh University Press)

[7] Il est professeur à l’Université Ben Gourion du Néguev à Beer-Sheva et a également enseigné aux USA.

[8] « Haaretz » le 15/1/2004

[9] Officier dans l’armée durant 13 ans, professeur à l’Université de Haïfa

[10] Cité par Ilan Pappe dans « Le Nettoyage ethnique de la Palestine (Fayard, 2006)

[11] Principale milice clandestine sioniste créée en 1920

[12] Walid Khalidi « Plan Daleth: Master Plan for the conquest of Palestine » (Middle East Forum, novembre 1961)

[13] Benny Morris  » The Birth of the Palestinian Refugee Problem 1947-1949″ (Cambridge University Press, 1989)

[14] Yehuda Sluzki « Le Livre de la Haganah »

[15] « Archives de la Haganah », cité dans « Le Nettoyage Ethnique de la Palestine » de Ilan Pappe (Fayard, 2006)

[16] « Israel : The Establishment of a State » de Harry Sacher (British Book Centre. 1952, Hyperion. 1976)

[17] Discours au comité exécutif du Mapai le 6/4/1948

[18] « Le Monde » du 19/9/2010

[19] Uri Milstein :  » History of Israel’s War of Independence »(University press of America) cité dans « Le Nettoyage Ethnique de

la Palestine » de Ilan Pappe (Fayard, 2006)

[20] Archives des FDI (Forces de Défense d’Israël), 1950/2315, dosier 47, 11/5/1948

[21] Doctrine de l’historien sioniste Nathan Weinstock dans « Terre Promise, Trop Promise » (Odile Jacob, 2012)

[22] Deir Yassin était situé dans la zone attribuée par l’ONU à la partie arabe. Partage soit-disant accepté par Ben Gourion.

[23] Colonel Meir Païl dans « 100 clés du Proche-Orient » de Alain Gresh et Dominique Vidal (Huchette Pluriel, 2003)

[24] Archives de la Haganah 69/72 du 22/4/1948. Maklef devint, plus tard, chef d’état-major de l’armée israélienne.

[25] Voir dans www.haifa-israel.info/Haifahistoire.html et « Le Port dans la Tempête » de Shay Fogelman (Haaretz du 3/6/2011)

[26] Archives de la Croix-Rouge (Genève, dossier G59/1GC, G3/82)

[27] « Le Nettoyage Ethnique de la Palestine » (Fayard, 2006, p145 et 177)

[28] Journal de Ben Gourion, repris par Ilan Pappe dans « Le Nettoyage Ethnique de la Palestine, P.174)

[29] Archives FDI (Forces de Défense d’Israël) 15/957, dossier24

[30] « The Tantura « Massacre » Affair » dans « The Jerusalem Report » du 4/2/2004

[31] On peut trouver la liste chronologique des méfaits sur « www.palestineremembered.com »

[32] Il sera assassiné en septembre 48 par le groupe d’Yitshak Shamir pour avoir, notamment, tenté de sauver les

Palestiniens (droit au retour)… comme il avait tenté, en tant que président de la Croix-Rouge suédoise, de sauver ses

concitoyens juifs quelques années auparavant.

[33] Tous deux deviendront Ministres

[34] Salim Tamari « Journal of Palestine Studies » (Vol.27 n° 4, 7/1998)

[35] Originaire de Bielorussie, émigré en 1924 en Israël, devint ensuite ministre des transports

[36] Dominique Vidal « Comment Israël expulsa les Palestiniens (1947-1949) » (Editions de l’Atelier

[37] Benny Morris »Victimes. Histoire revisitée du conflit arabo-sioniste » (Editions complexe, 2003)

[38] Journal de Ben Gourion du 18/7/1948 (cité par Ilan Pappe)

[39] D’origine polonaise (émigré en 1920), il est le fondateur de « Palmah » (unité de choc paramilitaire)

[40] Futur Premier Ministre et Ministre des Affaires étrangères

[41] Benny Morris « The Birth of the Palestinian Refugee Problem »(Cambridge University Press, 1989)

[42] Wikipedia : « A-Dawayima massacre »

[43] Cité par Ilan Pappe dans « Le Nettoyage Ethnique de la Palestine » (Fayard, 2006)

[44] « Magazine Tel-Aviv » (23/4/2004) cité par Dominique Vidal dans « Dix ans de recherches sur la guerre de 1947-1949 » (Le

Monde Diplomatique de décembre 1997)

[45] « Journal de Ben Gourion » du 25/5/1948 (cité par Ilan Pappe)

[46] Archives FDI 51/957, dossier 1683

Le régime syrien met en scène de faux repentis


Pour offrir un moment de détente aux membres des « partis et des forces de changement pacifique » réunis, mercredi 26 septembre, à l’Hôtel Dama Rose (anciennement Hôtel Méridien) à Damas, les gentils organisateurs de cette manifestation ont eu l’idée de leur présenter un spectacle original, imaginé par les moukhabarat et mis en scène par le tandem ministériel symbolisant « l’ouverture » du gouvernement en direction de l’opposition : le 4ème vice-premier ministre en charge de l’Approvisionnement et du Commerce intérieur, Qadri Jamil, et le ministre de la Réconciliation nationale, Ali Haydar. Les vedettes de ce show, qui fait depuis lors un tabac sur les chaînes et les sites acquis au régime syrien (un résumé plus que succinct est accessible ici en français), étaient des officiers et soldats de l’armée syrienne repentis, qui avaient décidé de revenir au bercail et de rejoindre leur corps d’origine, après s’être un temps égarés dans les rangs de l’Armée Syrienne Libre.

Le lieutenant-colonel Al Zalem et ses amis « repentis »

Malheureusement pour eux, les organisateurs de ce happening avaient mal assuré leurs arrières. Il est aussitôt apparu que les repentis n’étaient pas tout à fait ce qu’ils affirmaient être. Le plus gradé d’entre eux, le lieutenant-colonel Khaled Abdel-Rahman Al Zalem, qui s’est présenté comme « ancien adjoint au commandant du Conseil militaire de la région sud au sein de l’Armée Syrienne Libre (ASL) », s’est exprimé en leur nom. Il a affirmé que, pour lui comme comme pour ceux qui l’entouraient, le ralliement à l’armée régulière d’où ils étaient issus était volontaire. Or, il n’en est rien. Ingénieur militaire, il était en poste à l’aéroport de Mezzeh lorsqu’il avait fait défection, à la fin de l’année 2011. Il avait été arrêté le 29 mars 2012. Il croupissait depuis lors dans la prison militaire de Sadnaya, où selon des connaissances il avait perdu quelque 20 kilos. On comprend dans ces conditions sa voix mal assurée et sa gêne manifeste à participer à une telle mise en scène… Mais, comme le lieutenant-colonel Huseïn Harmouch contraint, à la mi-septembre 2011, de faire les aveux qui lui étaient réclamés,  après avoir été capturé en Turquie et ramené de force dans son pays, il n’avait pas eu le choix. Au terme de sa prestation, Khaled Al Zalem a d’ailleurs été ramené dans la prison qu’il avait quittée quelques heures plus tôt.

Le terroriste repenti Yaser Fawzi Al Abed

Le second orateur, un certain Yaser Fawzi Al Abed, n’était pas militaire. Il avait entamé sa carrière à la télévision syrienne quelques mois plus tôt, lors d’une prestation particulièrement brillante. Arrêté par les services de sécurité et présenté, le 8 mars 2012, comme un « terroriste criminel », il avait avoué le meurtre, à Alep, des hommes d’affaires Mahmoud Ramadan et Mahmoud Al Sourani. Il avait été « surpris d’apprendre », quelques heures après l’assassinat du premier, qu’il s’agissait du frère d’Ahmed Ramadan, membre influent des instances dirigeantes du Conseil National Syrien. Autrement dit, « sans le savoir », il avait rendu un grand service au régime en atteignant indirectement, dans la personne de l’un de ses proches, l’un des opposants les plus résolus au régime en place… Entre autres méfaits, Yaser Fawzi Al Abed entendait créer un Emirat islamique, dont il aurait évidemment été le chef.

Guère plus à l’aise dans son nouveau rôle que l’autre héros du divertissement, il s’est présenté cette fois-ci sous les traits d’un « repenti ». Après avoir créé et dirigé plusieurs groupes armés dans les environs de sa ville natale, il avait décidé de lui-même d’abandonner les armes et l’ASL. En fait, il avait été convaincu par l’appel à la réconciliation lancé par le ministre Ali Haydar. Il s’était donc présenté à ce Congrès, libre et de son plein gré, pour apporter sa contribution au dialogue national. Il invitait ses anciens compagnons d’arme à suivre son exemple. Inutile de préciser qu’il n’a pas indiqué – puisqu’il n’était pas censé être reconnu – dans quelles conditions, en dépit des crimes dont il avait spontanément assumé la responsabilité, il avait recouvré sa liberté.

A de rares exceptions près, les congressistes ont été conquis par ces témoignages et ces appels au dialogue et à la réconciliation, qu’ils ont salués debout et chaleureusement acclamés. Il est vrai qu’ils étaient réunis pour cela. En revanche, les détails troublants plus haut mentionnés n’ont pas échappé à la perspicacité des activistes d’un groupe d’action constitué au sein de l’organisation « Syrie pour tous« .  S’étant fixé pour mission la surveillance des informations diffusées par les chaînes de télévision syriennes et le sous-titrage des vidéos de la révolution, ils ne sont pas étrangers au slogan « kadheb, kadheb, kadheb, al i’lam al souri kadheb » (menteurs, menteurs, menteurs, les médias syriens sont menteurs).

Congrès… (Ali Farzat)

Il y a tout lieu de croire que ce genre de spectacle se renouvellera de temps en temps, puisque la prison de Sadnaya et les geôles des différents services de renseignements, dont la branche des enquêtes des moukhabarat de l’armée de l’air, abritent actuellement au moins 3 000 officiers et sous-officiers. Les uns sont de véritables déserteurs. D’autres auraient seulement eu des velléités de désertion. Quelques ont vendu des armes et des munitions à des « organisations terroristes » ou coopéré avec elles… Dans l’espoir de retrouver leur liberté dans des conditions moins précaires que les mutins de juillet 2008, ils pourraient être nombreux à se présenter aux castings qui leurs seront proposés… si l’opération de ce jour est considérée comme un succès. Certes, les participants à la rencontre de l’Hôtel Dama Rose n’ont ni caché leur enthousiasme, ni marchandé leurs applaudissements. Mais, ayant déjà oublié leurs trois camarades enlevés par les moukhabarat et ayant tiré un trait sur l’absence de leurs amis de l’extérieur dissuadés d’entrer dans le pays… faute de garantie concernant leur sortie, ils étaient là pour cela.

Cette mascarade est bien dans les habitudes du régime. L’apparence et la mise en scène lui sont nécessaires pour dissimuler la réalité de ce qu’il est et la nature de ses agissements. Mais elle contribuera à entretenir le doute sur la véracité des cas de « repentance » et de réconciliation, dont certains médias se font volontiers l’écho. On se contentera de mentionner ici l’étrange affaire dont le village chrétien de Rableh, situé à 3 km de la frontière de la Syrie avec le Liban en provenance de Qouseir, vient d’être le théâtre. Toujours prompte à mettre en exergue et à gonfler les souffrances des chrétiens, et en particulier des catholiques, qui sont réelles mais qui ne doivent pas aboutir à négliger ou à sous-estimer celles du reste des Syriens de toutes ethnies et de toutes confessions, Agenzia Fides, agence de presse du Vatican, en a fait ses choux gras.

Situation du village de Rableh

Le 25 septembre, elle rapportait que 150 hommes et femmes, membres de la communauté grecque-catholique du village de Rableh, avaient été enlevés la veille dans les vergers où ils travaillaient à la cueillette des pommes. Ils avaient été emmenés par « des bandes armées ». Ce n’était pas la première fois que celles-ci sévissaient, mais, « grâce à une négociation menée par le gouverneur de Homs, la situation semblait s’être améliorée ». Quelques heures plus tard, la même agence faisait état de l’enlèvement de 130 autres civils, rassemblés avec les otages pris la veille dans une école du village voisin de Joussieh. Les femmes avaient été libérées. Les hommes armés, qui agissaient « en bandes non identifiées et incontrôlées, indépendamment de l’ASL », avaient indiqué « attendre leur chef pour négocier le versement d’une éventuelle rançon ».

Le 26 septembre, Agenzia Fides laissait entendre que « ce premier cas d’enlèvement de chrétiens par un groupe armé de l’opposition syrienne » – il est bien que ce soit elle qui le dise… – était en voie de règlement puisque les bandits avaient déjà remis en liberté 250 otages. De fait, un peu plus tard dans la même journée, elle signalait des manifestations de joie dans le village, des cloches sonnant à toute volée, une messe d’action de grâce… Suite à « une intense activité de négociation conduite par les chefs des familles locales, engagés dans le mouvement populaire de réconciliation », tous les civils avaient été libérés sans condition. Mieux encore, « des membres de groupes d’opposition du village de Rableh avaient décidé d’adhérer à leur tour au mouvement interconfessionnel et multiethnique de mousâlaha » (réconciliation), dont le ministre Ali Haydar assure la promotion et la mise en œuvre au sein du gouvernement.

L’Agence a le droit de se féliciter à la fois de l’issue heureuse de cette prise d’otages et du succès du mouvement de réconciliation. Mais encore faudrait-il ne pas prendre les vessies pour des lanternes et ne pas confondre à dessein les groupes armés créés à la faveur du désordre ambiant pour se livrer à des prises d’otage contre rançon et des trafics transfrontaliers sans rapport avec la révolution, et les unités mises en place, jusque dans le village de Rableh…, pour protéger les citoyens et contribuer au renversement du régime de Bachar Al Assad.

« Par le dialogue, ça veut dire par le dialogue ». Sur la pétition, « Démocratie » (par Ali Farzat)

On avait cru comprendre que la réconciliation par le dialogue était « proposée » à l’ensemble des Syriens ayant pris les armes pour lutter contre le régime. On constate, suite à la prestation du dénommé Yaser Fawzi Al Abed évoquée plus haut, que, faute de partenaires dans l’opposition intéressés par ce qu’elles leur offrent – déposer les armes et passer sous les fourches caudines sans contrepartie -, les autorités syriennes ont décidé de « se réconcilier » avec ceux qui leur tombent sous la main, quitte à affubler d’oripeaux politiques ceux qui ne sont que des bandits de grand chemin.

Les révolutionnaires syriens ne sont réticents ni au dialogue, ni à la réconciliation, bien au contraire. Soucieux de préserver l’unité de la population que le régime s’efforce de diviser pour mieux régner, ils ont tendu la main à ceux qui recherchaient comme eux la liberté et la justice. Bachar Al Assad et son camp auraient pu en faire partie. Mais ils auraient dû renoncer pour cela au recours à la force, rappeler l’armée dans ses casernes, mettre un terme aux exactions des moukhabarat, libérer les vrais prisonniers politiques, accepter la poursuite des manifestations pacifiques et entamer avec tous les Syriens un dialogue politique sans exclusive. Avec les observateurs de la Ligue Arabe comme avec les missions des Nations Unies, le chef de l’Etat s’est plusieurs fois engagé à mettre en oeuvre ces préconisations, mais il n’a jamais tenu parole. Il a intensifié les meurtres et les destructions, cherchant à réinstaurer la terreur et éradiquer toute forme de contestation. Il s’est de lui-même exclu du jeu. La réconciliation voulue par les contestataires se fera donc sans lui.

source