L’ex-Premier ministre israélien Ehud Olmert reconnu coupable de corruption


lundi 31 mars 2014, par La Rédaction

Un tribunal de Tel-Aviv a condamné lundi l’ancien Premier ministre israélien Ehud Olmert dans une nouvelle affaire de corruption. Ehud Olmert, impassible à la lecture du verdict, a été reconnu coupable d’avoir touché des pots-de-vin dans l’énorme scandale immobilier Holyland à Jérusalem, une première pour un chef de gouvernement en Israël. Maire de Jérusalem de 1993 à 2003, Ehud Olmert est considéré depuis 2010 comme le principal suspect dans cette affaire. Il aurait, selon l’accusation, touché 750 000 shekels, soit environ 156 000 euros.

« Nous parlons de corruption et de pratiques obscènes », a déclaré le juge, David Rosen, à la lecture du verdict. Il a dénoncé « un système politique corrompu qui a pourri avec les années (…) et dans lequel des centaines de milliers de shekels ont été transférés à des élus ». Ehud Olmert a menti à la cour pour tenter de ternir l’image du témoin de l’accusation, a ajouté le juge.

Ehud Olmert est devenu Premier ministre en mars 2006, succédant à Ariel Sharon, l’ex-homme fort de la droite, qu’il avait convaincu de créer un nouveau parti centriste, Kadima, en novembre 2005. Leader de Kadima jusqu’en 2008, il a été poussé à la démission du parti et du gouvernement par plusieurs affaires de corruption. En septembre 2012, il a été condamné à une peine légère d’un an avec sursis et à une amende après avoir été reconnu coupable d’abus de confiance dans l’affaire dite du « Centre d’investissement ». La justice l’a reconnu coupable d’avoir favorisé, en tant que ministre du Commerce et de l’Industrie (2003-2006), son ex-associé dans un cabinet d’avocats. Il a été acquitté dans deux autres dossiers de corruption.

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Aux Etats-Unis, deux frères milliardaires empêchent les démocrates de dormir


AFP Publié le jeudi 27 mars 2014 à 08h27 – Mis à jour le jeudi 27 mars 2014 à 08h33

INTERNATIONAL On ignore le montant exact dépensé par Charles et David.

Peu de choses agitent autant les démocrates, en cette année électorale aux Etats-Unis, que le nom de Koch: celui de deux frères milliardaires qui dépensent des dizaines de millions de dollars pour aider les républicains à reconquérir le Congrès.

Charles et David Koch dirigent le conglomérat industriel familial Koch Industries (chimie, énergie…), considéré comme le deuxième plus grand groupe américain non coté, selon Forbes. S’ils restent très discrets, ils ne cachent pas leur positionnement conservateur.

Les alliés démocrates de Barack Obama ne contrôlent depuis 2011 que la chambre haute du Congrès, le Sénat, que les républicains espèrent bien conquérir aux législatives de novembre –avec l’aide des généreux dons des frères Koch.

Aux Etats-Unis, le financement électoral a connu une dérèglementation importante depuis la fin des années 2000. Les dons directs aux candidats restent strictement plafonnés; mais de nouvelles structures sont apparues (« Super PAC », organisation à but non lucratif « 501(c)4″…), qui permettent aux plus généreux donateurs de financer des dépenses électorales sans limite. Certaines structures assurent même l’anonymat complet des contributeurs.

On ignore le montant exact dépensé par Charles et David, mais les 17 organisations conservatrices liées plus ou moins directement aux frères Koch ont levé 407 millions de dollars lors de la campagne électorale 2012, a calculé le Washington Post en examinant des déclarations d’impôts. Une puissance de feu formidable.

Pour les démocrates, perdre le Sénat serait une catastrophe, car Barack Obama n’aurait plus aucun allié au pouvoir au Congrès, ruinant les deux dernières années de son mandat. Pour les républicains, la reconquête passe par une dizaine d’Etats où les sénateurs sortants démocrates sont considérés comme fragiles. Ceux-ci sont déjà la cible de campagnes publicitaires intenses, notamment en Caroline du Nord, contre la sénatrice démocrate Kay Hagan.

« Acheter notre démocratie »

Un groupe financé par les frères Koch, Americans For Prosperity, y diffuse déjà des publicités contre Kay Hagan, ce qui profite à son adversaire républicain, Thom Tillis. « Il est évident qu’ils essaient d’acheter un sénateur qu’ils pourront ensuite manipuler à Washington pour faire voter des lois qui leur conviennent », accuse la porte-parole de Kay Hagan, Sadie Weiner.

Dans les états-majors démocrates, on prend la menace Koch très au sérieux. Les responsables démocrates estiment que les frères dépenseront quelque 30 millions de dollars cette année, une somme conséquente qui peut renverser le rapport de force dans certains Etats, où le nerf de la guerre reste la puissance publicitaire. Les Koch essaient « d’acheter notre démocratie », a accusé le chef de la majorité sénatoriale, Harry Reid, qui cite à l’envi le nom de Koch depuis plusieurs semaines. « Les Américains n’aiment pas entendre parler de deux frères multi-milliardaires qui ont autant d’impact sur les élections, et je pense que si on le dévoile (…) ce sera comme un antidote contre ce qu’ils disent », dit à l’AFP le numéro trois des démocrates du Sénat, Chuck Schumer.

Les républicains contre-attaquent en accusant les démocrates de vouloir détourner l’attention de la réforme du système de santé, « Obamacare », récemment entrée en vigueur de façon chaotique. « Obamacare, dans presque tous les Etats les plus disputés, est aussi impopulaire qu’un putois dans une garden-party », raille Ryan Williams, un consultant républicain. Selon lui, « se plaindre que deux frères, dont la plupart des gens n’ont jamais entendu parler, dépensent de l’argent en publicités télévisées, ce n’est vraiment pas une stratégie gagnante ».

Les frères Koch, eux, encaissent sans répliquer ou presque. Dans une très rare interview en février, au Wichita Business Journal, Charles Koch a justifié son investissement en politique par la nécessité de promouvoir les idéaux de libre entreprise, afin de libéraliser l’économie et lutter contre le favoritisme économique. « Aucun autre grand groupe ne semble essayer de faire ça, alors autant que ce soit nous », a-t-il confié. « Il faut bien que quelqu’un s’efforce de sauvegarder ce pays et de préserver un système d’opportunités ».

À quoi sert Dieudonné ? Et qui en profite ?



mardi 25 mars 2014

Nous reproduisons ci-dessous un article de Pierre Stambul sur Dieudonné (et l’antisémitisme, et Valls, etc.) Pierre Stambul est coprésident de l’UJFP (Union Juive Française pour la Paix). Son article paraîtra dans le prochain numéro de « Emancipation », revue mensuelle de la tendance syndicale du même nom.

A quoi sert Dieudonné ? Et qui en profite ? Par Pierre Stambul

Antisémitisme, sionisme, humoriste, liberté d’expression, antisystème… , tout se mélange. Si on essayait d’y voir clair ?

Ils disent la même chose.

Commençons par une anecdote. La veille du jour de l’an, je rentre de Gaza, la tête pleine des horreurs des effets du blocus. Je suis dans la voiture qui me ramène de l’aéroport et le téléphone sonne. C’est France-Bleu-Provence qui veut m’interviewer … sur Dieudonné, pas sur Gaza. « L’affaire » ayant fait du bruit jusqu’au Caire, je suis vaguement au courant. Sans trop réfléchir, je leur dis : « Ecoutez, je ne sais pas si Dieudonné est un agent du Mossad, mais s’il ne l’est pas, c’est que le Mossad est devenu franchement très con, ce à quoi je ne crois pas ». Je sens un grand blanc chez mon interlocutrice. J’embraye : « Car enfin, Dieudonné et les partisans inconditionnels d’Israël disent la même chose : que juif = sioniste ou que les partisans d’Israël sont propriétaires du génocide nazi ». « Et puis, Valls qui affirme que les Roms n’ont pas vocation à vivre en France est-il qualifié pour nous donner des leçons d’antiracisme ? »

Il m’est parfois arrivé de passer sur les médias. Mais cette fois-ci, mon refus de choisir entre Dieudonné et Valls ne correspondait pas à ce que les médias souhaitent. Et mon interview n’a pas été diffusée.

Le rôle historique de l’antisémitisme

Les Juifs, pour reprendre les termes de Hannah Arendt, ont été les parias de l’Europe, considérés comme des « Asiatiques inassimilables ». Il y a eu un consensus antisémite en Europe contre les Juifs, considérés comme un obstacle aux rêves fous de pureté « ethnique » ou « raciale ».

Le sionisme a transformé les Juifs en en faisant des colonisateurs européens au service de l’Occident. Les Juifs européens d’aujourd’hui ne sont plus des parias ou des dominés. L’islamophobie a remplacé l’antisémitisme comme dénominateur commun de toutes les idéologies de haine et d’exclusion. L’extrême droite est aujourd’hui plutôt pro-israélienne à l’image de ces dirigeants (le Flamand Dewinter, le Néerlandais Wijlders ou l’Autrichien Strache) partis à Jérusalem visiter la Knesset et le musée Yad Vashem à l’invitation de leur « collègue » Lieberman.

Il est piquant de voir le n° 2 du CRIF (William Goldnadel) devenu l’avocat de l’ancien rédacteur en chef du journal « Minute » (Patrick Buisson) comme si les antisémites traditionnels étaient devenus fréquentables.

L’antisémitisme n’a bien sûr pas disparu, mais il n’est plus l’instrument des dominants pour écraser les dominés. Quelqu’un comme Valls qui proclame tous les jours son « philosémitisme » (« par ma femme, je suis lié de manière éternelle à la communauté juive et à Israël ») pense en même temps que « les Roms ont vocation à retourner en Roumanie ou en Bulgarie ».

Dieudonné est-il antisémite ?

La question peut paraître stupide, mais de nombreuses personnes, surtout dans les quartiers populaires, nient cette évidence. Ils affirment que c’est de l’humour et/ou de la provocation et que c’est parfaitement licite.

Humour, l’affirmation vieille de plus de 10 ans où Dieudonné expliquait que « la traite des Noirs a été financée par des banquiers juifs ».

Humour raffiné, la composition de la « liste antisioniste » présentée aux élections de 2009. Pour éviter les poursuites judiciaires, je laisse aux lecteurs/trices le soin d’aller voir la biographie des grandEs humoristes/humanistes que sont Yahia Gouasmi, Alain Soral, Ginette Skandrani, Maria Poumier, Pierre Panet ou Christian Cotten. Pierre Panet est décidément un grand humoriste. Présent sur la liste du FN dans le XIIème arrondissement de Paris, il a indisposé les dirigeants de ce noble parti stupéfaits de découvrir un négationniste sur leurs listes.

Humour encore le fait d’intégrer Faurisson à son spectacle ou de manifester son amitié pour Serge Thion.

La bonne question n’est pas : « est-il antisémite ? » mais « comment et pourquoi l’est-il devenu ? ». Je pense qu’au départ, c’est « la concurrence des victimes », l’idée juste qu’on a minimisé un crime aussi long et épouvantable que l’esclavage et la traite des Noirs alors que la Shoah (je préfère le terme « génocide nazi ») est devenue quelque chose qu’on doit célébrer, parfois sans prendre le recul pour en comprendre les ressorts. Dieudonné est devenu monomaniaque de la dénonciation de l’esclavage. Les sionistes sont devenus monomaniaques de la Shoah au point de nier les autres génocides. Là aussi, des formes de pensée parallèles, la concurrence des victimes c’est dangereux.

L’antisémitisme de Dieudonné est devenu obsessionnel et il a repris un certain nombre de stéréotypes classiques (« Les Juifs maîtres du monde », « Les Juifs et l’argent », « Les Juifs et les médias »).

Un formidable cadeau au sionisme.

L’Etat d’Israël a été déclaré coupable du crime d’apartheid par le Tribunal Russell sur la Palestine. Aux yeux d’un nombre croissant de citoyenNEs du monde entier, Israël aujourd’hui, c’est l’Afrique du Sud d’autrefois et il faut boycotter ce pays colonialiste qui pratique des crimes de guerre. La dernière défense des partisans de la politique israélienne, c’est de brandir l’antisémitisme, c’est de dire que critiquer Israël, c’est de l’antisémitisme, c’est de s’approprier le génocide nazi et de l’utiliser pour empêcher toute critique.

En Israël même, ce qui maintient le « consensus » dans la société pour écraser les PalestinienNEs, c’est le complexe de Massada, ce sentiment collectif que les victimes ont été, sont et seront toujours les Juifs, que personne ne les aime et qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour se défendre.

La guerre israélo-palestinienne n’est ni raciale, ni religieuse, ni communautaire. Elle porte sur des questions universelles fondamentales : le refus du colonialisme et l’égalité des droits. Qui dit le contraire ? les sionistes et les amis de Dieudonné. Pour les sionistes, les Juifs ont vécu en exil, ont fait leur retour dans leur pays et les Palestiniens n’existent pas ou sont des intrus. Pour Dieudonné, le mal que les sionistes infligent aux Palestiniens est intimement lié à la nature perverse des Juifs. Les sionistes disent : « c’est parce que tout le monde nous persécute qu’il nous faut un pays dominant ses voisins » ; Dieudonné leur répond : « c’est parce que les Juifs dominent le monde qu’ils persécutent les Palestiniens ».

Discours parallèles et complémentaires pour que le choix n’existe qu’entre deux formes de barbarie et de racisme.

Nous savons que l’instrumentalisation du génocide nazi par les sionistes est une escroquerie. Les sionistes n’ont joué qu’un très faible rôle dans la résistance juive au nazisme. Certains de leurs dirigeants se sont fortement compromis avec le nazisme. Et les millions de victimes de l’extermination n’avaient rien à voir avec le projet colonial qui a détruit la Palestine. Comme Dieudonné pense que juif et sioniste, c’est pareil, il multiplie les allusions obscènes sur le génocide et fréquente allègrement les négationnistes. Cela sert qui ?

Si Dieudonné n’existait pas, les sionistes l’auraient inventé. Il n’est hélas pas le seul. On trouve un tout petit nombre d’individus qui affirment que « Les Juifs sionistes et antisionistes sont les deux faces d’un même problème » ou que « la cause palestinienne est mal défendue là où la parole antisémite est brimée alors qu’elle est bien défendue là où cette parole est libre ».

Deux discours voisins

Nous vivons une période de racialisation des conflits. L’Occident est en plein dedans avec « La guerre du Bien contre le Mal » et le « choc des civilisations ». Le mal, ce sont les Arabes, les Musulmans, les bronzés, les quartiers, les pauvres. Et la Bible vient au secours de ce mode de pensée avec les Chrétiens sionistes pour qui les Arabes, c’est Armageddon et il faut les expulser.

Israël est l’élève modèle de ce discours. Mais la France aussi qui discrimine et ostracise touTEs les descendantEs de l’immigration post-coloniale.

Dieudonné fait comme les sionistes. Il essentialise les gens selon leur origine ou leur identité supposée. Il répond à la haine et la discrimination par la connerie raciste. Il ne connaît rien à la Palestine. Là-bas, celles et ceux qui soufrent savent que juif et sioniste, ce n’est pas pareil. Ils ont connu ou entendu parler de Michel Warschawski, d’Amira Hass, de Gideon Lévy ou de Juifs non Israéliens comme Stéphane Hessel ou Noam Chomski.

Antisystème, quelle blague !

La popularité de Dieudonné vient d’un sentiment diffus. Il est perçu comme un mode de rupture, comme quelqu’un « d’antisystème ».

En vérité Dieudonné occupe un créneau précis : capter une partie du vote des « quartiers » au profit du Front National.

La rupture avec le système, c’est la lutte contre les ravages du capitalisme, c’est renouer avec la lutte des classes, c’est réinventer une véritable égalité sociale et l’égalité des droits.

L’idéologue qui inspire Dieudonné (Alain Soral) a beau avoir appelé son mouvement « Egalité et Réconciliation », il ne prône ni l’un ni l’autre. Il s’inspire clairement de ce qui a fait la force du fascisme : transformer la colère sociale en colère raciste, briser le mouvement ouvrier et faire disparaître les traces de son histoire.

Historiquement, Le Pen c’est l’Algérie Française, la torture, la stigmatisation permanente de « l’immigré » et de ses symboles supposés (les mosquées, le voile …). Que la violence de la crise pousse des gens dans les quartiers à entendre ce discours n’a qu’une seule source : la volonté d’une rupture avec le système.

Il est tragique que la « gauche » qui a historiquement incarné cette soif de changement soit à ce point devenue inaudible. Elle est jugée responsable du chômage, de l’abandon, des discriminations, de la désagrégation du tissu social et de la montée du racisme.

Interdire Dieudonné n’a pas de sens. Surtout quand c’est Valls qui s’en mêle et qui prétend combattre Dieudonné au nom des « valeurs républicaines ». Quelles valeurs ? Celles de la république française héritière des guerres coloniales ? Celles qui en organisant la destruction des acquis sociaux a transformé des territoires entiers en zones sans présent ni avenir ? Il faut combattre Dieudonné idéologiquement. Il n’est pas une victime. Il est la face complémentaire de l’idéologie dominante.

Pierre Stambul

CAPJPO-EuroPalestine

Egypte : Verdict de mort pour les Frères


La scène se passe dans une salle de tribunal à Minya, en Moyenne-Egypte, à quelque 250 km au sud du Caire. Mille deux cents accusés, dont une bonne partie sont absents car en fuite, y sont poursuivis pour divers crimes dont un meurtre, celui d’un officier de police de la localité en août dernier. En deux jours, le juge – qui n’a pas pris le temps d’écouter les avocats – annonce son verdict pour 546 accusés. Parmi eux, 529 sont condamnés à mort, les 17 autres sont acquittés. Un verdict sans précédent dans l’histoire du pays.

Les condamnés ne sont pas près d’être exécutés. Ils ont le droit à un appel (ceux condamnés par contumace seront par ailleurs rejugés s’ils comparaissent) et le grand mufti, représentant de l’islam auprès de l’Etat, doit encore avaliser ou non la sentence. Au reste, les exécutions capitales ne sont mises en œuvre que de manière rarissime depuis des décennies en Egypte.

Il n’empêche: le malaise est immense. Les conditions de ce procès – qualifié d’«expéditif» par une Agence France Presse qui n’a pourtant guère l’habitude de mêler le commentaire au factuel – se révèlent stupéfiantes puisque les accusés n’ont eu aucune chance de défendre leur cause. «Ce verdict est une catastrophe, une mascarade et un scandale qui aura des conséquences pour l’Egypte pendant des années», a déploré pour l’AFP Gamal Eid, expert juridique au Réseau arabe pour l’information sur les droits de l’homme. «Grotesque», a jouté Amnesty International.

Pour choquante qu’elle soit, cette condamnation à mort massive se situe dans la droite ligne de la répression féroce et tous azimuts menée par les autorités égyptiennes contre la mouvance des Frères musulmans depuis près de neuf mois. Après la chute de la dictature de Hosni Moubarak (1981-2011) provoquée par la révolte des Egyptiens il y a trois ans, les Frères musulmans, bien mieux organisés que les autres formations politiques, forts de leur statut de victimes de la dictature, et populaires pour leurs efficaces et déjà anciens réseaux sociaux, ont remporté tous les scrutins (législatives, présidentielles et référendum constitutionnel). Mais leur court règne, sous l’égide du président Mohamed Morsi (de juin 2012 à juillet 2013), se révélera calamiteux: sectaires, incompétents, intolérants, les Frères seront en outre victimes de «l’Etat profond» (armée, police, justice, etc.) qui n’a eu de cesse de les saboter. Avec l’appui de nombre d’hommes d’affaires et d’une presse quasi unanime, les ennemis des Frères réussiront donc à catalyser la colère populaire contre eux et à aboutir à un coup d’Etat, le 3 juillet dernier, appuyé par une majorité de la population.

Mais, depuis lors, c’est l’hystérie. Les tentatives de «résistance» des Frères – manifestations, occupation de places au Caire – ont rapidement été réprimées par la force (certains militants fréristes ont ensuite réagi avec violence, s’en prenant notamment à la minorité chrétienne copte). Dont coût, selon Amnesty International: 1.400 sympathisants islamistes tués, comme des dizaines de policiers et de civils. Depuis lors aussi, la confrérie dans son ensemble a été déclarée «terroriste» et il ne fait plus bon arborer ses couleurs en Egypte, où ses partisans sont harcelés, pourchassés. Citant des chiffres recueillis à des sources officielles, l’Associated Press évoque un total de 16.000 arrestations, on sait aussi que quelque 2.000 cadres, dont les «têtes» de la confrérie, figurent parmi les détenus.

Dès le 19 août 2013, soit cinq jours après le sanglant «nettoyage» des deux places occupées depuis le 3juillet par les Frères musulmans au Caire, un général de police confiait au journal « Le Monde » la stratégie des nouvelles autorités au Caire: «Nous sommes quatre-vingt-dix millions d’Égyptiens et il n’y a que trois millions de Frères musulmans. Il nous faut six mois pour les liquider ou les emprisonner tous. Ce n’est pas un problème, nous l’avons déjà fait dans les années 1990.»

L’Egypte des putschistes s’inspire des néoconservateurs à la George W.Bush cuvée 2001: on est avec elle ou contre elle, il n’y a pas d’autres postures…

BAUDOUIN LOOS

« Le Soir » du 25 mars 2104

« Le Diable Occidental s’habille en Prada »,



22 mars 2014

Saddam Hussein a déjà été exécuté, de même qu’Oussama ben Laden. Mais tout n’est pas perdu pour l’Occident éclairé. On a un nouveau diable. Il s’appelle Vladimir Poutine. Il déteste les homosexuels, alors les hauts responsables éclairés ne sont pas allés à Sotchi. Le voilà qui occupe une terre, alors on va lui imposer des sanctions. L’Occident crie partout comme un putois : Comment ose-t-il annexer le territoire de la Crimée ?

Les États-Unis est la superpuissance responsable du pire carnage commis depuis la Seconde Guerre mondiale. Les victimes ensanglantées nous implorent, enfouies sous la terre de Corée, du Vietnam, du Cambodge et du Laos, de l’Iraq, du Pakistan et de l’Afghanistan. Pendant des années, Washington s’est ingéré dans les affaires internes de l’Amérique Latine, comme si c’étaient les siennes, installant et renversant les régimes, bon gré mal gré.

Qui plus est, le nombre de détenus dans les prisons américaines et leur proportion par rapport à la population, est la plus élevée du monde, y compris la Chine et la Russie. Depuis 1977, 1.246 personnes, dont certaines étaient innocentes des accusations portées contre elles, ont été exécutées aux États-Unis. Huit états des USA restreignent la liberté d’expression contre l’homosexualité par des moyens qui ressemblent beaucoup à la loi anti-gay promulguée par Poutine. C’est cette superpuissance qui, avec ses alliés et ses états vassaux, crie haro sur le nouveau diable.

Ils protestent contre l’occupation de la péninsule de Crimée, comme si c’était l’occupation la plus épouvantable du monde. Pour ça, ils vont punir la Russie. Peut-être qu’ils vont même s’engager dans une guerre mondiale pour libérer Sébastopol. L’Amérique peut occuper l’Irak – la guerre contre la terreur, et les armes de destruction massive justifient cette action, comme tout le monde sait – mais la Russie n’a pas le droit d’envahir la Crimée. C’est une violation de la loi internationale. Même un référendum est une violation de la loi – que l’Occident observe si scrupuleusement, comme tout le monde sait.

Mais évidemment, la vérité est loin du monde de cette partialité moralisatrice, comme l’orient l’est de l’occident. L’annexion de la Crimée peut poser problème, mais moins que l’occupation israélienne des territoires palestiniens. Elle est plus démocratique que le projet d’échange de territoires proposé par Avigdor Lieberman. Au moins, la Russie a demandé aux habitants sous quelle puissance souveraine ils voulaient vivre, ce à quoi Lieberman n’a jamais pensé.

Les raisons pour lesquelles la Russie a annexé la Crimée sont plus convaincantes que l’annexion de facto des territoires occupés par Israël. Les Russes et les Israéliens emploient la même terminologie : droits ancestraux et liens historiques. Les Israéliens ajoutent des raisons tirées de la Bible, et y ont incorporé les notions de caractère sacré et de croyance messianique. « La Crimée et Sébastopol retournent vers … leurs propres rivages, leur port d’attache, la Russie » selon Poutine. En Israël, le premier ministre Benjamin Netanyahou parle du « rocher de notre existence ».

Mais, alors que la plupart des habitants de Crimée sont russes, la plupart des habitants des territoires sont palestiniens – la différence est minime, voire insignifiante…

La Russie est aussi plus honnête qu’Israël : Elle déclare son intention d’annexer le territoire. Israël, qui, à toutes fins utiles, a annexé ses territoires il y a longtemps, n’a jamais osé l’admettre.

L’occupation israélienne ne résonne pas dans le monde – pas de sanctions et sûrement pas de menaces de guerre – comme le fait l’occupation de la Crimée. Netanyahou n’est pas le diable, ni aux yeux des Américains, ni à ceux des Européens, et on ne parle jamais des violations de la loi internationale par Israël. L’occupation israélienne, qui est plus cruelle que celle de la Crimée, n’est pas reconnue comme telle, et l’Occident ne fait rien du tout pour y mettre définitivement fin. Les États-Unis et l’Europe lui fournissent même des fonds et des armes.

Cela ne veut pas dire que la Russie ne mérite pas d’être critiquée. L’héritage de l’Union Soviétique est horrible, et la démocratie en Russie est loin du réel, que ce soit la déclaration de guerre de Poutine contre les médias et la liberté d’expression, ou la honteuse affaire « Pussy Riot ». Il y a une montée de la corruption et, avec elle, le règne des oligarques. Poutine ne parle pas aussi noblement que le président des USA, Barack Obama, mais c’est l’Amérique et non la Russie, qui administre Guantanamo.

Malgré les pontifiants discours occidentaux sur la justice et le droit international, c’est en réalité le diable occidental qui s’habille en Prada, tandis qu’il en fait bien plus que la Russie pour saper ces valeurs dont il fait l’éloge. »

Gidéon Levy