L’expulsion de Mamadou annulée: la police a refusé de jouer l’escorte pour l’Office des étrangers


 

Gilbert Dupont Publié le dimanche 21 mai 2017 à 08h56 – Mis à jour le dimanche 21 mai 2017 à 11h24

<img src= »http://r1.ldh.be/image/2b/59213a72cd70022542f2562b.jpg  » alt= » » title= »© D.R. »>

Faits divers Aujourd’hui, la Belgique devait expulser Latif Mamadou. Le départ prévu ce matin à 10 h 35 a finalement été annulé. D’après nos informations, les policiers ont refusé de jouer l’escorte pour l’Office des étrangers.

Quand nous lui parlons hier au centre 127 bis, Latif pense à ses enfants. Au petit Keiredine, 7 mois. À la grande, Anisia, 3 ans, qu’il n’ira plus déposer le matin à la crèche, à Berchem-Ste-Agathe.

L’expulsion a ceci de particulier qu’elle se fait en dépit de trois décisions de justice. Pour la chambre du conseil de Bruxelles qui statuait sur la privation de liberté depuis février, celle-ci est illégale. Pour le conseil d’Etat, l’arrêté ministériel sur lequel se fonde l’ordre de quitter le territoire délivré à M. Mamadou est carrément « inexistant ».

Pour la Cour de cassation – première juridiction du pays – la détention de ce père de 47 ans viole de façon flagrante la Convention européenne des droits de l’Homme. La justice ajoute qu’au lendemain de l’arrêt de cassation, l’Office des étrangers, loin de s’incliner, semble au contraire avoir précipité le rapatriement, ce que le juge n’hésite pas à qualifier d’un « acharnement ».

Pourquoi expulser M. Mamadou qui va s’en aller comme ça ce matin en laissant deux petits enfants dont un bébé de sept mois ?

L’Office des étrangers sort que Mamadou a été condamné pour faux à deux ans de prison pour des faits de 2007. En 2007, Mamadou venait juste d’arriver du Bénin et, nous explique-t-il, il était perdu dans les formalités. Il n’a jamais compris grand-chose à cette histoire et, pensant tout régler, s’est adressé à un avocat congolais qui allait s’occuper de tout. L’avocat lui a pris 1.500 euros et ne s’est occupé de rien. Même pas de lui communiquer la date du procès. Et Latif Mamadou fut condamé par défaut.

Entre-temps , Mamadou a rencontré Judy et le couple à ces deux enfants. Mamadou n’est pas un gangster : il n’a plus eu affaire à la justice. Famille sans problème jusqu’à ce contrôle de police le 10 février dernier.

L’informatique a ressorti cette vieille condamnation par défaut et M. Mamadou fut dirigé sur Steenokkerzeel. Famille intégrée, deux petits enfants, condamnation par défaut pour des faits vieux de 10 ans : pour l’Office des étrangers, rien de tout ça ne compte, c’est l’expulsion.

Et Keiredine ? Et Anisia ? « Pour les voir grandir, utilisez les réseaux sociaux. Ça existe aussi à Cotonou ». Selon son avocate Drita Dushaj, c’est ce qu’on lui aurait répondu.

L’avocate met le doigt là où ça ne va pas : « Plusieurs recours sont introduits et sans préjuger, M. Mamadou a de fortes chances. Si au moins l’Office des étrangers acceptait de geler la situation et d’attendre les résultats. Si les tribunaux nous donnaient tort, je dirais : d’accord. Mais l’OE choisit au contraire de précipiter l’éloignement pour empêcher de facto ainsi la justice de décider ce qu’il en est. Francken prime sur le pouvoir judiciaire et c’est ce qui n’est pas admissible dans un Etat de droit. La Cour de cassation, le Conseil d’Etat et la chambre du conseil dénoncent des violations, et Theo Francken s’en fout. On viole les valeurs démocratiques au nom d’une politique de nettoyage. Je suis inquiète pour M. Mamadou.« .

M. Mamadou a prévu trois valises. Dans l’après-midi, Judy lui rend une dernière visite avec les enfants. Quand se reverront-ils ?

Me Drita Dushaj avait conseillé à son client de refuser d’embarquer. La procédure se fait sous escorte, de force.

Rappelons que cette famille ne pose depuis dix ans aucun problème en Belgique.

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Suicide d’un employé de Bruxelles-Propreté: « Le chef ch… dans les couloirs et nous faisait laver ses excréments pour nous humilier »


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Faits divers Le tribunal du travail de Bruxelles a condamné l’Agence régionale pour la propreté, en abrégé l’ARP encore dite Bruxelles-Propreté, pour n’avoir pris aucune mesure pour mettre fin à des faits répétés de harcèlement moral et raciste que du personnel d’un dépôt a dénoncé pendant des semaines sur le lieu de tavail.

Et bien que la loi relative au bien-être des travailleurs date du 4 août 1996, l’avocat Antoine Chomé parle d’une première dans la jurisprudence : l’agence Bruxelles-Propreté est condamnée pour n’avoir pris aucune mesure antiharcèlement, sinon de licencier le collaborateur qui avait osé se plaindre, un certain Saïd Tariki.

L’affaire est dramatique. Un collègue du même service, Didier F., s’est suicidé après avoir lui aussi déposé plainte quelque temps plus tôt pour harcèlement. Suicide par pendaison.

Dans ce dépôt Bruxelles-Propreté de la rue des Palais à Schaerbeek, ce chef déféquait ailleurs que dans les toilettes puis donnait l’ordre humiliant à celui qu’il harcelait de laver ses excréments. Le même au réfectoire jetait les déchets de table et les poubelles à terre puis les faisait ramasser. Saïd Tariki parle d’insultes racistes. Il disait aux étrangers qu’il traitait de « bougnoules » de rentrer dans leur pays. Il rédigeait de faux rapports et c’est ainsi que Saïd Tariki qui travaillait depuis quinze ans à Bruxelles-Propreté fut licencié pour faute grave – sur l’accusation d’avoir écouté à la porte d’un supérieur.

Un collègue refusa de manger de ce pain-là. C’est ce collègue Didier F. qui devait se suicider par la suite. Le chef voulait qu’il confirme qu’il avait surpris Tariki l’oreille collée à la porte. C’était faux. Didier F. a refusé. Il a subi le même harcèlement. On l’a retrouvé pendu avec une lettre explicite qui explique tout.

Dans le jugement que La DH a lu, la condamnation de Bruxelles-Propreté « pour n’avoir rien fait » est sévère. Extraits :  » Comportement fautif résultant de l’insuffisance, de l’inertie et de l’absence de mesures adéquates prises en temps opportun puisque (l’agence) avait été informée du comportement harcelant et qu’elle était tenue légalement de mettre fin à ces agissements. »

Le tribunal insiste sur le fait que Saïd Tariki a appelé son employeur à l’aide à plusieurs reprises « de manière claire ». Il constate qu’une pétition signée par trente collègues est restée sans effet. Il condamne Bruxelles-Propreté pour n’avoir pris aucune mesure, « pas même celle d’informer M. Saïd Tariki du suivi qu’elle entendait réserver à ces appels à l’aide. »

Pour la justice, Bruxelles-Propreté « a commis une faute en persistant à négliger de prendre la mesure de l’ampleur des problèmes dénoncés pourtant de manière répétée et suffisamment claire, si ce n’est de licencier la victime du harcèlement « . Pour la 4e chambre du tribunal du travail encore, Bruxelles-Propreté « n’avance aucun élément sérieux pour écarter l’existence d’une faute dans son chef ».

Et l’agence régionale est doublement condammée.

À indemniser le licenciement abusif de son collaborateur.

Et à indemniser son préjudice lié au harcèlement : M. Tariki et Me Chomé le chiffrent à plus de 50.000 euros. Un expert judiciaire sera désigné.

L’agence Bruxelles-Propreté a décidé d’interjeter appel.

Le procès aura lieu en 2018.

Quant au suicide de ce collègue Didier F. qui fut harcelé par le même chef pour avoir pris la défense de M. Tariki et refusé d’apporter un faux témoignage accablant, celui-ci ne restera pas sans suite. Consulté par la famille, Me Antoine Chomé examine des procédures pénales et civiles.

Saïd Tariki qui travaillait depuis 15 ans à Bruxelles-Propreté a été licencié pour faute grave (Crédit: Bernard Demoulin).

Belgique : Parlons de nos libertés, il y a danger !



Le 8 janvier 2016
Rue de Bomerée 83 f – 6032 Mont-sur-Marchienne – Tél : 0473 286 375


Bonjour,  Nous souhaitons, une fois n’est pas coutume, attirer votre attention non pas sur ce qui se passe en Palestine, mais bien sur une dérive inquiétante que nous constatons en ce qui concerne le respect des libertés démocratiques, ici. En Belgique. Et plus particulièrement à Charleroi. Au début du mois de décembre 2015, la Plate-forme Charleroi-Palestine a demandé l’autorisation d’ériger pendant deux heures un calicot, le 27 décembre, sur l’esplanade du Palais des Beaux Arts, près du marché dominical. Il s’agissait d’une représentation du Mur de l’apartheid en Palestine. Nous avons fourni à la police administrative toutes les informations nécessaires, et bien plus encore. Après d’innombrables échanges de courriers électroniques, chacun nous amenant à fournir toujours plus de détails, nous avons même envoyé, à sa demande, une photo du « Mur » symbolique, qui n’est autre que celui que l’Association Belgo-Palestinienne (ABP) a déjà utilisé notamment sur la Grand Place de Bruxelles (voir photo) <http://www.association-belgo-palestinienne.be/a-lire-a-voir-a-ecouter/videos/le-mur-de-lapartheid-a-la-grand-place-de-bruxelles/> . En fin de compte,  nous avons reçu cette réponse (dont copie était adressée au cabinet du bourgmestre) : «L’autorité communale désire connaître les dimensions précises du calicot et une copie du texte qui figure sur celui-ci. Il est également indispensable de nous fournir la copie du TRACT que vous avez l’intention de distribuer aux passants.* A défaut de recevoir toutes ces informations complètes, le service évènement de la Ville [&hellip]n’assurera pas le suivi de votre dossier.» Comme nous l’a confirmé le service juridique la Ligue des Droits de l’Homme, il s’agit d’une exigence tout à fait abusive. Il n’appartient en aucun cas à l’autorité communale d’exercer un quelconque contrôle sur le contenu du message qu’entend diffuser une organisation, à plus forte raison une organisation qui n’a jamais fait l’objet d’aucune poursuite de quelque nature que ce soit. Non seulement l’exigence formulée par la police de Charleroi à la demande de « l’autorité communale » témoigne d’une suspicion qui n’a pas lieu d’être et qui est intolérable, mais ce faisant elle cherche à exercer une compétence que la loi réserve strictement au pouvoir judiciaire, qui d’ailleurs ne peut l’exercer qu’à posteriori et non à priori, à peine de violer la Constitution (art. 19 et 25) et la Convention Européenne des Droits de l’Homme (art.10). Nous avons donc refusé de nous plier à cette exigence, et nous ne le ferons jamais à l’avenir, quand bien même les tracts en question seraient parfaitement anodins. L’inquiétant parallèle entre Anvers et Charleroi :
même combat liberticide ?

La Ligue des Droits de l’Homme nous a également fait savoir qu’il y a eu récemment des précédents… dans la ville d’Anvers. Comme on peut le lire dans cette Carte Blanche <http://www.levif.be/actualite/belgique/bart-de-wever-versus-les-droits-de-l-homme/article-opinion-374283.html> de Peter Mertens, publiée sur le site du Vif- L’Express le 31 mars 2015 : « Les organisateurs (d’une manifestation syndicale d’agents des services publics) ont dû faire savoir à l’avance à la police qui allait prendre la parole à la manifestation. Ils ont également dû transmettre « les slogans qui allaient être scandés et le message qui allait être annoncé« . En cours de manifestation, il était interdit d’exhiber des « banderoles ou pancartes provocatrices » ni de scander des « slogans provocateurs« . C’est ce qui figure littéralement dans le document signé par le bourgmestre De Wever. Pour la première fois de notre histoire sociale de l’après-guerre, un bourgmestre impose à une manifestation des conditions portant sur le contenu même de celle-ci.» L’auteur signale également : « Le fait que des conditions de contenu sont imposées à une manifestation signifie aussi qu’on instaure une sorte de police de la pensée censée évaluer le message de fond de toute manifestation. Les manifestants ne peuvent plus faire entendre eux-mêmes leur avis, ils ne peuvent plus improviser, scander, chanter ou interpréter des saynètes sans que leur message ait été transmis à l’avance aux pouvoirs publics. Les conditions imposées aux manifestants des services publics par De Wever en sa qualité de chef de la police anversoise, sont en contradiction avec la Constitution. Le principe veut qu’à la liberté d’expression, on ne puisse associer de conditions préventives sur le contenu, mais uniquement quelques conditions pratiques en relation avec l’organisation des manifestations. » Il conclut : « Ce qui se passe aujourd’hui à Anvers doit être pris très au sérieux. Il s’agit de l’approche américaine pure et dure de « la loi et l’ordre », mais sans « la loi ». De la sorte, on assiste à une érosion de la dynamique démocratique, que l’on ramène au seul « ordre », dans le même temps que sont niés les principaux droits et libertés fondamentaux. Liberté de la presse, liberté d’expression et de rassemblement, droit de grève et droit de manifestation sont des droits fondamentaux. Ils ne peuvent être remis en cause quand la chose arrange les pouvoirs publics. C’est précisément pour cette raison qu’après la barbarie de la Seconde Guerre mondiale, les droits fondamentaux ont été établis en 1950 dans le Traité européen des droits de l’Homme. Et ils valent également pour le bourgmestre d’Anvers. » Et tout autant pour celui de Charleroi, à qui nous ne permettrons pas d’ignorer que l’article 19 de la Constitution garantit la liberté d’expression en toutes matières «sauf la répression des délits commis à l’occasion de l’usage de cette liberté», ce qui suppose d’abord que cette liberté ait pu s’exercer librement, et qui en toute hypothèse n’est pas de sa compétence. Nous n’entendons pas davantage lui permettre d’oublier que la Cour Européenne des Droits de l’Homme n’a cessé de répéter que l’ingérence ces pouvoirs publics dans la liberté d’expression des citoyens doit non seulement être «inspirée par des buts légitimes» mais qu’en outre elle doit être limitée à ce qui est «strictement nécessaire dans une société démocratique». Qui plus est, la liberté d’expression «vaut non seulement pour les « informations » ou « idées » accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes, mais aussi pour celles qui heurtent, choquent ou inquiètent ». Quand les autorités communales refusent
de se mettre en question
Comme vous le savez probablement, la Plate-forme Charleroi-Palestine a déjà rencontré des problèmes avec les autorités communales en juillet dernier, lors du match de football entre Charleroi et l’équipe raciste israélienneBeitar Jérusalem à Charleroi. Un arrêté de police nous avait interdit toute manifestation sur les 102km2 du territoire communal. Cet arrêté était, de notre point de vue, non seulement abusif (en droit) mais en outre comportant des considérations mensongères et insultantes à l’égard de notre association mais aussi, plus généralement, de tous les défenseurs de la cause palestinienne. Pourtant, en réponse à des interpellations lors du Conseil communal du 7 septembre 2015, le bourgmestrePaul Magnette a déclaré que la Plate-forme Charleroi-Palestine « n’a rien d’anti-démocratique » et que la cause d’une paix juste et durable en Palestine compte « de nombreux sympathisants au sein de notre conseil« . Entre les paroles et les actes (concrétisés dans l’arrêté d’interdiction), il y a comme un hiatus&hellip Considérant que ce n’était pas la première fois que nous rencontrions des problèmes de ce type, et compte tenu qu’en dépit des propos lénifiants du bourgmestre l’autorité communale se refuse à remettre en question les pratiques de la police locale, nous avons décidé d’exercer le seul recours qui s’offre aux citoyens dans ces circonstances. Vu l’importance des principes en jeu, nous avons donc entamé, en dépit de son coût non négligeable et de sa durée, une procédure devant le Conseil d’État afin de faire annuler l’Arrêté de Police (que vous pouvez consulter ICI <http://www.pourlapalestine.be/docs/arrete_police_15juillet2015.pdf> ), juridiquement aberrant et démocratiquement révoltant dont il est question. Force est cependant de constater que cela n’incite à aucune remise en question et que malheureusement, les choses n’ont pas changé : le citoyen qui entend exercer sa liberté d’expression est d’office traité en ennemi.

Un débat au Conseil communal le 25 janvier ?

La Plate-forme Charleroi-Palestine a adressé un courrier aux conseillers communaux sur ces nouvelles atteintes à la liberté d’expression. Nous espérons évidemment qu’il y a des voix démocratiques qui s’élèveront et vous proposons d’être présents afin de les écouter. Il ne s’agit pas que de la liberté d’expression de la Plate-forme Charleroi-Palestine et de ses membres, mais de celle de tous les citoyens, à Charleroi et ailleurs. Comme nous vous le disions plus haut, la procédure engagée devant le Conseil d’État coûte plusieurs milliers d’Euros. Or, nous ne voulons pas, pour y faire face, utiliser des moyens destinés à soutenir des projets en Palestine, ou pour organiser ici des activités relatives à la Palestine. Nous avons donc entrepris de collecter des fonds spécifiquement destinés à financer ce recours, dont nous espérons qu’il débouchera sur une jurisprudence utile à la démocratie dans son ensemble. Si vous le souhaitez, vous pouvez apporter votre pierre à l’édifice en versant une participation sur notre compte bancaire (avec la mention : « soutien pour le recours ») : IBAN : BE90 7512 0438 7932 –  code BIC  : AXABBE22 MAIS SURTOUT : soyez vigilants et faites entendre votre voix.

Il n’est pas trop tard mais il est plus que temps.


* nous soulignons
Restez informés, visitez le site web de la plate-forme régulièrement <http://www.pourlapalestine.be> Plus intéressé(e) ? Cliquez ici pour vous désinscrire <http://www.pourlapalestine.be/unsub.php?t=KhSAIc7Q8WI0fq&s=13213>
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Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés Bruxelles


Des milliers de personnes appellent le gouvernement belge à traiter les demandeurs d’asile plus humainement !

Bruxelles, le 22 décembre 2015

Plus de 3.500 personnes en Belgique ont signé une pétition s’adressant au Secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, Theo Francken. Cette pétition en ligne, lancée par la Plateforme Citoyenne de Soutien aux Réfugiés au début du mois de décembre, demande à Theo Francken d’ouvrir plus de logements temporaires pour les personnes déposant une demande d’asile à Bruxelles et d’augmenter le nombre de demandes d’asile enregistrées par jour à l’Office des Étrangers (OE), aujourd’hui limité à 250.

La générosité des citoyens et la mobilisation du secteur associatif ont permis que moins de demandeurs d’asile dorment dans les rues au cours de ces dernières semaines. Des groupes de bénévoles se sont organisés pour distribuer des vêtements et de la nourriture. Certains citoyens ont même accueilli chez eux des demandeurs d’asile pendant plusieurs nuits d’affilé. Cette générosité et cette mobilisation ont compensé les manquements des pouvoirs publics, pourtant dans l’obligation, selon la législation européenne, d’offrir aux demandeurs d’asile un niveau minimum de protection sociale.

Si le nombre de nouveaux arrivants a diminué depuis une dizaine de jours, la mise en place rapide de centres d’accueils dignes pour soulager les centres existants et augmenter la capacité d’accueil actuelle reste une nécessité. Au 16 décembre, 31.705 personnes occupent les 32.655 places disponibles. Les centres sont surpeuplés et les conditions de vie minimum tant pour les réfugiés que pour le personnel.

Le WTC III sert de transit prolongé. Si plusieurs centaines de personnes se présentaient à nos frontières demain, le système serait à nouveau pris en défaut. Les délais d’inscription à l’Office des Etrangers sont désespérément long. Le 4 novembre, ce délai était déjà de 10 jours. Le 16 novembre, il était passé à 15 jours. Plus d’un mois plus tard, ce délai n’a toujours pas diminué et le retard accumulé n’est pas encore résorbé.

Le délai de traitement des dossiers risque d’être aussi allongé. En effet, en novembre, il y avait 12.546 dossiers de demandes d’asile en cours à l’Office des Etrangers et 9739 dossiers au CGRA (dont 5239 d’arriérés).

Le manque de réactivité du gouvernement lors des dernières arrivées importantes de septembre et de novembre laisse présager les mêmes travers la prochaine fois. Or, il est fort probable que davantage de demandeurs d’asile arrivent en Belgique à court- ou moyen-terme, compte tenu de l’afflux continu de personnes aux frontières de l’UE, en Grèce et en l’Italie notamment, et de la difficulté de l’Allemagne de faire face à près d’un million de demandeurs d’asile arrivés sur son territoire récemment.
Pour ces raisons, la Plateforme Citoyenne appelle, en plus des revendications citées dans la pétition, le gouvernement belge à :

– Investir davantage de ressources pour fournir un accueil de qualité aux demandeurs d’asile. Parmi eux, beaucoup ont fui des situations terribles et ils/elles ont besoin d’un logement offrant calme et sécurité. Un accueil de qualité est également l’une des premières étapes vers une intégration réussie dans la société belge pour ceux et celles qui seront reconnus en tant que réfugié.e.s.

– Adapter le système d’accueil actuel en acceptant davantage de demandeurs d’asile, étant donné le contexte de la crise de réfugiés sans précédent et la nécessité pour chaque pays de l’Union Européenne d’accueillir sa juste part de demandeurs d’asile.
https://secure.avaaz.org/…/Theo_Francken_Nous_vous_demand…/…

Des centaines de demandeurs d’asile dorment dans les rues de Bruxelles. Avant que l’hiver ne fasse des victimes, offrons à ces familles un meilleur accueil! Signez la pétition.

Léopold II, exclu à jamais de toute commémoration ?


 VALENTINE VAN VYVE Publié le mercredi 16 décembre 2015 à 17h59 – Mis à jour le jeudi 17 décembre 2015 à 18h46

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OPINIONS2015 marquant le 150e anniversaire de son intronisation, un hommage à Léopold II devait être organisé, ce jeudi à Bruxelles. Il a été annulé. La personnalité du Roi demeure très controversée. Tout hommage est-il toujours inimaginable ?

Oui pour Antoine Moens De Hase

Responsable de Intal-Congo.

Il est insultant, pour toutes les victimes de la colonisation, de rendre hommage à une personne qui s’est enrichie sur le dos d’un peuple, qui a mis en place, à l’échelle d’un pays, un camp de travail à ciel ouvert. La responsabilité de Léopold II et de la Belgique dans ces atrocités est passée sous silence, couverte par les soi-disant bienfaits d’un roi bâtisseur. Et si on parlait des choses qui fâchent ?

Pourquoi vous opposez-vous à tout hommage rendu à Léopold II ?

Nous nous insurgeons contre ces événements initialement prévus par la Ville de Bruxelles : tant l’hommage, annulé, devant la statue de Léopold II, que la conférence sur son influence urbanistique. Léopold II ne mérite pas cet hommage. C’est une personnalité qui s’est enrichie sur la colonisation, dont le bilan humain est effroyable : il est de l’ordre de plusieurs millions de morts, les estimations variant entre 5 et 10 millions dans l’Etat indépendant du Congo (EIC), qui était sa propriété depuis 1885. Le deuxième roi des Belges a mis en place un système d’exploitation du Congo tout à fait criminel dont il a tiré des bénéfices personnels. Cette commémoration nous montre à quel point la Belgique s’aveugle sur son passé colonial. Elle passe sous silence les souffrances indicibles qui ont accompagné l’affirmation de sa domination sur le Congo.

L’hommage n’est-il pas une manière de restaurer la vérité historique et de parler, justement, de ce qui fait mal ?

Ce n’était pas du tout le but de l’hommage tel qu’il était présenté. L’hommage ne présente le roi Léopold II que comme un « roi bâtisseur ». On ne peut pas parler des bâtiments construits sous l’égide de Léopold II sans mentionner l’origine des fonds qui ont permis qu’ils voient le jour. Dans le projet de la Ville de Bruxelles, aucun mot sur le financement des bâtiments. C’est choquant ! La Ville de Bruxelles a décidé d’annuler cet hommage et de ne parler, finalement, de rien. Mais ce n’est pas cela que l’on veut, que du contraire : parlons des souffrances et des morts que la colonisation a causés. Mais la Belgique est en retard et très frileuse sur la question de la colonisation, en témoigne la reconnaissance tardive de sa responsabilité dans l’assassinat de Patrice Lumumba. Elle doit se remettre en question, regarder en face ce dont Léopold II a été l’instigateur, accepter que la colonisation est plus le synonyme de barbarie, de tyrannie que de civilisation.

On parle également d’hommage : ce n’est donc pas une approche critique mais une reconnaissance du travail. En tant qu’être humain, je ne peux pas rendre hommage à une telle personnalité, une personne qui a mis en place un camp de travail à ciel ouvert à l’échelle d’un pays. Commémorer un tel personnage est pour le moins déplacé et constitue une insulte à toutes les victimes de la colonisation, une apologie d’un crime de masse, commis contre des êtres humains.

La Ville de Bruxelles a finalement annulé l’hommage devant la statue, pour ne conserver que la conférence. Vous en réjouissez-vous ?

Partiellement car, ce faisant, elle montre justement qu’elle n’a pas compris la critique que nous lui avons faite, à savoir qu’il est temps d’arrêter de s’enfoncer la tête dans le sable, qu’il est temps de parler du passé colonial du pays.

D’un côté on veut rendre hommage à une personnalité. De l’autre, lorsqu’on se rend compte que cet hommage risque de poser problème parce que le personnage est controversé – le roi le plus controversé de la monarchie – ; on se retient de le faire, sans se demander pour quelles raisons cet hommage peut froisser et est inapproprié. La raison est simple : Léopold II est responsable de millions de morts et le patrimoine de la Belgique en porte la trace indélébile : tant de bâtiments bruxellois glorifient la colonisation, la violence et le travail forcé. Pensons à la place Brugmann, qui glorifie un banquier s’étant enrichi pendant la colonisation, le parc du Cinquantenaire et l’arcade du même nom. Par contre, il n’existe aucun bâtiment ou lieu glorifiant ceux qui se sont battus pour la justice et l’égalité en s’opposant à la colonisation. Une place Lumumba à Bruxelles serait une manière de reconnaître, dans le patrimoine urbanistique de la ville, des valeurs plus progressistes.

L’hommage renforce-t-il la difficulté de reconnaître ce passé ?

Les mentalités n’évoluent pas et cet hommage en est le symbole. En rendant hommage à Léopold II et au patrimoine qu’il a laissé à la Belgique, au fait qu’il ait été un grand bâtisseur, on rend hommage à la colonisation.

Non pour Pierre Luc Plasman

Auteur d’une thèse intitulée « Lépold II et l’Etat indépendant du Congo, étude du paradoxe de la gouvernance léopoldienne » (2015).

Léopold II est un personnage très contrasté à propos duquel on est longtemps resté, dans notre pays, au stade de l’image d’Epinal. Le choc a été rude lorsqu’ont éclaté au grand jour les terribles atrocités commises au Congo. La statue du bourreau a remplacé celle du héros. Mais il faut dépasser cette vision dichotomique. On n’est pas dans le blanc ou noir. Les qualités de ce roi furent à la hauteur de ses défauts.

La responsabilité de Léopold II dans les atrocités commises au Congo doit-elle empêcher à tout jamais toute commémoration de son règne ?

Non. L’initiative qui avait été prévue par la Ville de Bruxelles est loin d’être infondée. Elle consistait à vouloir rendre hommage à quelqu’un qui a souhaité embellir l’image de Bruxelles (mais pas seulement d’ailleurs). Pour Léopold II, sans héritier direct après la mort de son fils, c’est la Belgique qui était son héritière. La difficulté, avec un personnage comme Léopold II, c’est que ses défauts sont à la hauteur de ses qualités. Il est très délicat d’expliquer un règne comme celui-là (qui a duré 44 ans : le plus long de l’histoire de Belgique, plus long même que l’espérance de vie moyenne des Belges à son époque !) en quelques minutes. La tentation est forte de tomber dans une vision dichotomique. C’est d’ailleurs plus facile de voir les choses en bien ou en mal, en blanc ou en noir (voyez le succès de Star Wars !). On adule ou on rejette. Mais l’historien, lui, fait du gris.

Pourquoi est-il si compliqué, en particulier à propos de Léopold II, d’avoir une analyse nuancée en Belgique ?

Léopold II est un personnage très contrasté à propos duquel on est longtemps resté, dans notre pays, au stade de l’image d’Epinal. Très vite après sa mort puis, surtout, après la guerre, on a élevé à Léopold II une statue de commandeur, mettant en avant une série de réalisations incontestables. Ce roi a travaillé pour la grandeur de la Belgique, pour la richesse de la Belgique, pour sa force, etc. Indubitablement, il a été un grand souverain pour la Belgique, qui en était même venu à confondre le prestige de la couronne avec celui du pays. Mais, d’un autre côté, il y a aussi eu une face sombre : la face coloniale. La mission civilisatrice sera doublée de racisme et de violences d’autant plus terribles qu’elles seront perpétrées d’un objectif capitaliste (produire le plus possible, gagner le plus possible, mais à moindre coût). Pendant très longtemps, les anciens coloniaux et ceux qui avaient été bercés par le prestige du « roi bâtisseur » (c’est ce qu’on apprenait à l’école, sans un mot pour le versant colonial) ont eu, face à certaines révélations, une réaction épidermique de rejet, en invoquant par exemple une manœuvre de jalousie… Ou, alors, en se barricadant de toute critique formulée contre le roi. Puis, petit à petit, l’histoire coloniale a fait son chemin (d’abord côté flamand, puis chez les francophones). On a assisté, alors, à une autre réaction, tout aussi exagérée que la première, mais de rejet. Scandalisés qu’on ait pu les « tromper », les gens qui s’étaient sentis trahis voulaient absolument « faire éclater la vérité ». On a cassé la statue du héros pour en ériger une autre : celle du bourreau.

Où en est-on aujourd’hui ?

Voyez ce qui vient de se passer à Bruxelles : on continue à entendre deux positions extrêmes. Il est frappant de voir comment les Pays-Bas, eux, par contre, ont réussi à s’approprier leur histoire coloniale, en l’absence de ces crispations continuelles, dans un débat calme et posé.

Mais qu’est-ce qui bloque, alors, chez nous ?

Il faut remarquer, de façon générale, une grande méconnaissance de l’histoire. C’est la raison pour laquelle il faut absolument lancer un grand travail de vérification scientifique. Et puis les révélations sur les actes barbares et d’une extrême violence commis au Congo ont éclaté à la figure de la plupart des Belges élevés jusque-là, comme expliqué précédemment, dans une presqu’adoration vis-à-vis du roi bâtisseur. Le reportage de la BBC diffusé à la RTBF et sur la VRT en 2004 a été un vrai choc.

Ne peut-on toujours trancher sur ce qui s’est exactement passé ? Par exemple : sur l’argent en provenance du Congo utilisé en Belgique par Léopold II ? Et sur la notion de génocide ?

Cet argent est bien moins le fruit de l’exploitation directe des forêts de caoutchouc que des grands emprunts que l’Etat indépendant contracte sur sa réputation de richesse. Ainsi, pour le musée de Tervuren par exemple, les entrepreneurs vont être payés en obligations des emprunts de l’Etat indépendant du Congo et pas par l’argent de la vente du caoutchouc. Quant aux violences, il y a eu de terribles massacres et une violence d’une cruauté inouïe, mais on ne peut pas parler de génocide.

A la Belgique


Réponse au « Monde »

Une ancienne journaliste française, Claire Brisset (« Le Figaro », « Le Monde », « Le Monde diplomatique ») s’est offusquée du fameux éditorial paternaliste du « Monde » qui grondait la Belgique… Voici ce qu’elle écrit:

Depuis plus d’une semaine, en France, les commentateurs de tous poils –journalistes, politiques – ont trouvé un bouc émissaire à l’action terroriste qui a ensanglanté le pays le 13 novembre. Chacun y va de son interprétation condescendante, « Le Monde » du 24 novembre allant même jusqu’à se demander, dans son éditorial, si la Belgique ne serait pas devenue « une nation sans Etat ».
Qu’il y ait eu des failles, pour dire le moins, dans la surveillance de ceux qui s’apprêtaient à commettre des actes aussi lâches qu’ignobles, consistant à cibler une classe d’âge, la jeunesse, à laquelle chaque pays est viscéralement attaché, qui le conteste ? Mais comment peut-on jeter la pierre à une société tout entière en l’enjoignant, comme le fait encore « Le Monde » dans le même sentencieux éditorial, de se « ressaisir », comme on le dirait au plus mauvais élève de la classe ? Comment ne pas voir que le terrorisme prospère sur ce qui fait l’essence des démocraties, à savoir le refus du tout policier et du tout militaire ?

Les failles ont existé des deux côtés de la frontière, c’est l’évidence même. De part et d’autre de cette frontière, les deux pays ont laissé se constituer des ghettos hermétiques où la police ne rentre plus, où faiblesse de l’action sociale le dispute à la laideur urbaine, celle qui rend fou. Avant 2012, la France a éclairci comme jamais les rangs de ses forces de l’ordre. Et elle n’a pas su tirer les leçons des attentats de janvier 2015 qui auraient dû provoquer le sursaut que l’on voit aujourd’hui.

Le propos n’est pas ici d’entrer dans un débat technique sur l’anti-terrorisme. Mais de constater une désagréable réalité. Sous prétexte que la France est un vieux pays centralisé – malgré toutes les tentatives de ces dernières décennies –, elle considère avec condescendance ses voisins moins peuplés, moins anciens, et ne cesse d’invoquer, au nom de la République, la force de ses structures « régaliennes », oubliant au passage que le mot veut dire …royal.

Je ne tomberai pas dans le travers qui consisterait à dénigrer mon propre pays, profondément blessé. Mais je rejette ce regard méprisant sur un pays, la Belgique, qui est à la fois joyeux et attentif, qui accueille par milliers des Français handicapés ou âgés dont la France se désintéresse… et qui accueille, aussi par milliers, des Français soucieux d’échapper à une fiscalité qu’ils jugent confiscatoire. Un pays, la Belgique, véritable laboratoire du travail social, je peux en témoigner. Un pays où l’on connait les arcanes de la politique française mieux que ne le font beaucoup de Français. Un pays où l’on mange comme Pantagruel, où l’on boit sec, où l’on célèbre le Beaujolais nouveau, où l’on vous prête sa chambre. Un pays frère.

relayé par Baudouin Loos sur fb ici