Egypte. «La prison en nous»


Publié par Alencontre le 21 – février – 2015

Ahmed Maher, Ahmed Douma (g.) et Mohamed Adel (d.)  du Mouvement du 6 Avril, au Caire, le 22 décembre 2013

Par Alia Mossallam

Il y a environ un mois, je suis allée rendre visite à un ami en prison.

Peu importe qui était-ce, elle ou lui, car il y a maintenant des centaines de jeunes hommes et femmes dans les prisons d’Egypte en raison de la nouvelle loi sur les manifestations [1]. Les prisons sont pleines à craquer d’adolescents, d’étudiants, de pères, de frères, de filles et de fils uniques. Elles sont pleines à ras bord de rêveurs et d’idéalistes et d’âmes courageuses qui se sont aventurés dans les rues pour réclamer la libération de leurs ami.e.s, camarades, frères et sœurs. Nos prisons détiennent également en captivité des gens qui ont été arrêtés dans les postes de police où ils se sont rendus à la recherche de leurs proches, des étudiants qui ont assisté à des funérailles «massives», des personnes dans les stations d’essence affiliées à l’armée, qui avaient pourtant des autorisations, et même des manifestants qui se tenaient à l’extérieur des tribunaux appelant à juger l’assassin de Khaled Saeed [2].

Nos prisons sont pleines de jeunes en fin d’adolescence et au début de la vingtaine. Vous vous rappelez de votre fin d’adolescence et du début de la vingtaine? C’est ce moment où nous émergeons dans le monde, quand nous commençons à appliquer nos imaginations vierges à la réalité, imaginations pas encore contaminées par la pratique et l’expérience qui nous rappellent constamment que certaines choses ne sont pas possibles. Nous croyons que nous pouvons faire la loi qui nous sied parce que, évidemment, les lois sont là pour rendre la justice. Nous croyons que les gouvernements peuvent nous rendre des comptes. Mais plus que toute autre chose, nous croyons fermement que nous pouvons changer le monde.

Sanaa Seif est l’une des nombreux/ses militant.e.s qui se sont chargé.e.s d’entrer en contact avec les jeunes détenu.e.s qui sont peu connu.e.s et n’ont pas fait l’objet de campagne. Elle était constamment en contact avec leurs familles, faisant des journées de déplacement aux prisons se trouvant en dehors du Caire.

La dernière fois que je l’ai vue, environ une semaine avant son arrestation, elle a raconté l’histoire d’un jeune homme qui avait été arrêté et détenu dans une cellule de la prison de Fayoum. Elle avait rejoint sa famille lors de leur visite hebdomadaire: un voyage d’une journée à la prison de Fayoum, une attente de cinq heures au soleil, pour une visite de 10 minutes. Ce détenu avait demandé à sa famille de la contacter, afin qu’elle puisse aider pour une campagne en vue d’exiger de meilleures conditions de détention. Ce jeune homme a été maintenu dans une cellule de prison qui était dépourvue de lumière, et était constamment soumis à des attaques à l’intérieur de sa cellule solitaire obscure, où les agents de sécurité venaient piller ses affaires, à la recherche de quelque chose qu’il n’avait nécessairement pas. Ces attaques soudaines et violentes sont des formes de torture psychologique. Vous ne savez jamais quand il faut s’attendre à la venue de ces agents, vous ne savez jamais ce qu’ils recherchent, et vous ne savez jamais ce que votre destin pourrait être s’ils décident de «trouver» quelque chose à retenir contre vous.

Lors de sa visite, le jeune détenu a essayé de lâcher autant d’informations qu’il le pouvait dans les 10 minutes, tournant constamment la tête pour regarder derrière lui quand il lui parlait. Au milieu de la visite, un officier était venu se tenir derrière cet ami de Sanaa et avait crié – pour une raison ou une autre – que celui-ci portait un t-shirt de couleur non conforme. Sans hésiter, et tout en continuant à expliquer les conditions de sa détention à Sanaa, il ôta le t-shirt et le jeta de côté. Le détenu sachant que l’agression était une tentative de perturber la visite – déjà trop courte –, il essaya par tous les moyens de la contrecarrer.

Elle décrit, en pouffant de rire, comment il a continué à parler de ses conditions, insistant sur le fait qu’elle devait se concentrer en griffonnant ses mots, tandis que le détenu était assis là sans son t-shirt.

Cette histoire, comme beaucoup d’autres, me fait beaucoup penser aux nombreux cas similaires dont nous ne savons pratiquement rien. Combien parmi les meilleur.e.s d’entre nous, les plus jeunes d’entre nous, se trouvent dans des cellules obscures, solitaires, certain.e.s avec de longues peines, d’autres encore sans procès du tout, soumis.e.s jour après jour à différentes formes de torture, qui continuent à être pratiquées parce qu’elles ne font pas l’objet d’une grande attention des médias pour les arrêter.

Le jour qui a précédé la visite à mon ami en prison, j’avais des nœuds dans l’estomac. J’étais excitée de voir un ami qui me manque. J’étais nerveuse de ne pas savoir à quoi m’attendre. J’avais peur d’être émue ou consternée au point de vouloir laisser tomber. Je voulais être pleine de bonnes nouvelles, et de choses pour rire. Je voulais lui raconter des histoires sur nos enfants et j’ai fait des listes de tout ce qui est rayonnant. Je voulais, plus que toute autre chose, voir et entendre comment il va.

Quand nous sommes arrivés à la prison, nous nous sommes « enregistrés », et avons attendu jusqu’à ce que nous ayons été informés que notre tour allait venir. Nous faisions la queue avec d’autres familles, jusqu’à ce que nous fussions admis. Après plusieurs recherches, nous sommes finalement arrivés à une sorte de grande cour intérieure bétonnée, une salle rectangulaire avec un banc en béton tout autour. Nous sommes entrés, et avons essayé de nous déplacer entre les amas de provisions que nous avions achetées pour lui et d’autres détenus: de la nourriture, des boissons, des livres, des lettres et du linge blanc frais. La salle était bondée de familles; des mères, des filles, des maris et des frères de prisonniers. Tout le monde s’occupait des provisions, ou se redressait en préparation pour la visite.

Et puis tous nos proches sont entrés, habillés en blanc, comme une bouffée d’air frais. La salle a été inondée d’amour… un genre vrai, extrême, intense de l’amour qui vient de quelqu’un qui nous manque, quelqu’un qu’on aime, qui vient aussi de l’inquiétude au sujet de quelqu’un, et du sens haletant de l’amour d’une réunion tant attendue.

La famille devant nous et plus proche de la porte était celle du fils d’un homme politique important d’un autre bord politique, certainement pas le nôtre. Sa famille (frères, épouse, sœurs) est venue avec de grands bocaux de cornichons, et d’autres types d’aliments, et il était habillé en bleu. Derrière nous, il y avait un camarade à qui la femme et un autre parent étaient venus rendre visite. En face de nous, de l’autre côté de la pièce, deux femmes étaient venues pour voir leurs époux. Elles avaient le visage entièrement voilé et l’une d’elles avait son fils de quatre ou cinq ans. Les deux couples étaient assis sous une séparation de fortune – une invention des prisonniers, consistant en une couverture fixée au mur. Ils se sont cachés derrière la couverture et, pour un cas, seule la femme pouvait se cacher, dans une tentative de créer un moment d’isolement, ou peut-être juste pour un petit moment d’intimité, dans un petit enclos où ils pourraient être ensemble comme ils le feraient ailleurs.

Le dernier des six prisonniers avait reçu le plus grand nombre de visiteurs. Un groupe semblait être la mère, des sœurs, l’époux et les enfants. Ils avaient mis en place un pique-nique, avec sucreries et mets salés, boissons chaudes et froides, et le bavardage et l’air de joie qui accompagnent tels événements. Ils abandonnèrent le banc et se sont assis sur la grande couverture carrée qu’ils avaient mise en place avant qu’il entre.

Tout le monde dans cette pièce s’était préparé pour cette visite. Chacun avait fait de longues listes de toutes les histoires qu’il pourrait raconter, de tout le bonheur qu’il pourrait apporter, de toute la vie qu’il pourrait relater en cette heure d’existence grise-béton.

J’avais espéré apporter de la fraîcheur à ce que j’imaginais une existence fade, mais il y avait tant d’amour intensifié en cette heure que je me suis sentie rajeunie juste d’être là. Je me suis sentie très humble. Je me suis sentie soulagée. J’ai senti, à un moment où j’avais perdu tant d’espoir dans le possible, quand j’ai senti tant d’amertume et de déception envers beaucoup de gens, que j’ai été en quelque sorte désaltérée. Tout ce que je voulais faire était oublier tout ça, pour voir mon ami, pour écouter ses analyses, ses plans pour ce que nous devons et devrions faire pour changer les choses, et regarder les enfants courir se précipitant pour se jeter dans les bras de leur père, jouer à «cache-cache», et donner de l’émotion au béton.

Quand les gardes nous ont avertis que les visites se terminaient, l’atmosphère de l’amour désespéré était devenue plus lourde. Avec un air d’urgence, certains faisaient des listes de leurs besoins, d’autres ont raconté des histoires plus rapidement, et les couples en face de nous disparurent derrière leurs couvertures. Tous se rapprochaient les uns des autres.

Ensuite, les gardes ont annoncé que les visites étaient terminées. Les détenus se sont levés, et commencèrent alors les au revoir. Les gens se retournaient pour cacher leurs larmes, tandis que d’autres respiraient l’émotion de leurs dernières étreintes, tout en gardant leurs visages si proches et en chuchotant leurs dernières assurances. L’ami à notre gauche étreignit sa femme une dernière fois, et tandis qu’il s’éloignait, un seul sanglot lui échappa. Il se précipita et l’embrassa avec une telle force et passion, je luttais pour ne pas m’effondrer.

Alors que notre ami se préparait à quitter la pièce, il demanda, à la hâte: «Qu’est-ce qui se passe à l’extérieur? Vous ne m’avez pas dit ce qui se passe à l’extérieur!» Je l’ai regardé choquée, puis j’ai regardé vers mon autre amie, qui, elle aussi, était nouvelle pour les visites. «A l’extérieur? Nous avons commencé avec des nouvelles de Gaza», lui dis-je. Il a ri, en disant: « Non à l’extérieur de l’Egypte – l’extérieur, extérieur!»

Lorsque les gardes se sont introduits pour nous précipiter dehors, nous avons jeté quelques bribes de nouvelles auxquelles il a répliqué une à une. Dans une ambiance d’excitation et de confusion extrême, nous avons essayé de caser le plus possible de notre monde dans ces dernières minutes – événements ou idées pour y réfléchir. Bien que Dieu sache combien il nous en a chargés.

Et puis nous les avons quittés. Nous tous les avons laissés derrière nous. Il était temps pour eux de retourner à leurs cellules, mais la fin de la visite interviendrait quand nous quitterions la cour et qu’ils seraient attachés et reconduits escortés vers leur cachot. Il se tenait là et nous regardait partir. Nous avons quitté cette pièce en béton pleine de vie, pour nous retrouver dans cette existence stérile, brunie par le soleil, que nous menions impuissants à l’extérieur.

Les meilleurs d’entre nous sont dans ces prisons. Les meilleurs d’entre nous sont enfermés, pour avoir parlé, écrit et réuni des documents contre l’injustice. Les meilleurs d’entre nous sont enfermés par peur qu’ils puissent nous libérer de notre propre existence injuste et fétide. Fragile est notre existence. Ces vagues d’arrestations n’ont épargné que les silencieux; mais peut-on rester silencieux pour toujours? (Paru dans Mada Masr, 17 septembre 2014, traduction de l’anglais par Rafik Khalfaoui)


[1] Il s’agit d’une loi entrée en vigueur en novembre 2013, dite la loi «anti-manifestations», qui interdit de fait les rassemblements et les protestations et donne autorité au ministère de l’Intérieur pour les disperser par la force.

[2] Khaled Mohamed Saeed est un jeune Egyptien qui a été battu à mort par la police le 6 juin 2010 à Alexandrie. Il est devenu un symbole de la lutte contre la répression policière et contre la dictature. La médiatisation de son martyre a contribué au déclenchement de la révolution égyptienne de 2011 qui renversa Hosni Moubarak [Note du traducteur].

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Égypte – La révolution enterrée, les diplomaties occidentales renouent avec la « realpolicy »


Presque quatre ans, jour pour jour, après l’éclatement des soulèvements populaires, le « Printemps arabe » connaît des fortunes très diverses. Alors que la Tunisie s’apprête à élire son nouveau président, les velléités démocratiques en Égypte ont été brisées par une implacable contre-révolution. L’ordre ancien est à présent pleinement rétabli et, tandis que des milliers de condamnations à mort sanctionnent les manifestants de la place Tahrir, la « justice » du régime innocente les responsables de la dictature. Consolidé sur le plan intérieur, le pouvoir militaire a aussi gagné en légitimité internationale ; son engagement dans la coalition contre l’État islamique a accéléré la normalisation des relations diplomatiques avec les pays occidentaux. La « lutte contre le terrorisme » légitime aujourd’hui – comme par le passé – une impitoyable répression de l’opposition pacifique à un régime totalitaire.

u00C9GYPTE -Decembre 2014 - Mehdi KARIMI'Le 29 novembre dernier, la justice égyptienne a innocenté Hosni Moubarak, ainsi que de nombreuses figures de l’ancien régime, dans le procès du meurtre des 238 manifestants tués au cours des évènements de janvier-février 2011.

Si le procureur général a fait appel du verdict, l’ancien président égyptien pourrait être prochainement libéré, puisqu’il a d’ores et déjà purgé une peine de trois ans de prison pour une autre affaire de corruption. Sa libération doit encore être confirmée, mais les conclusions du Juge Mahmoud Rashidy, en charge de l’affaire, constituent déjà la dernière étape d’une l’entreprise de réhabilitation de l’ancien régime et de réécriture de l’histoire de la révolution.

Reprenant à son compte une théorie chère aux fellouls (les fidèles de l’ancien régime), le jugement du tribunal suggère que les Frères musulmans, agents supposés d’un complot « américano-sioniste », ont orchestré les évènements qui ont débuté le 25 janvier 2011 et sont dès lors les seuls responsables de la mort des manifestants.

Le procès était suivi de près par les Égyptiens et le verdict a provoqué une manifestation qui a réuni un millier de personnes aux abords de la place Tahrir, bouclée par la police pour l’occasion. Toléré quelques minutes, le rassemblement a rapidement été dispersé dans la violence et s’est soldé par la mort d’un protestataire.

La veille du prononcé du verdict, le pays avait été secoué par une mobilisation de l’opposition au régime : les heures qui suivent la prière collective du vendredi sont, traditionnellement, un moment privilégié de rassemblement des opposants au coup d’État militaire. Mais les manifestants répondaient à l’appel du Front salafiste, pour un nouveau soulèvement et la restauration de « l’identité islamique » du pays.

Paralysée par les mesures de sécurité exceptionnelles mises en place pour y faire face et le déploiement massif de la police et de l’armée, la capitale, le Caire, a été le théâtre de violences qui ont causé la mort de deux manifestants. Les cortèges, cela dit, ne réunissaient pas autant de personnes qu’escompté et se sont surtout cantonnés dans des quartiers populaires périphériques, bien loin de la place Tahrir.

Cette mobilisation et la manifestation qui a suivi l’acquittement de Moubarak montrent que le rejet du régime militaire persiste et, surtout, qu’il est partagé par une diversité d’acteurs au sein de la société, et ne se limite pas aux seuls Frères musulmans. Mais elles montrent aussi que, si beaucoup d’Égyptiens n’acceptent ni ce verdict, ni le pouvoir militaire, ils sont très peu à prendre le risque de descendre dans les rues. Suffisamment consolidé, le régime peut dès lors revenir sur des acquis et des exigences révolutionnaires très symboliques, sans craindre l’opposition et un soulèvement populaire qu’il ne pourrait pas endiguer, par la répression.

Rares sont ceux qui osent aujourd’hui se dresser devant le rouleau-compresseur contre-révolutionnaire. Le désir des uns de voir revenir la stabilité et la peur des autres face à la répression suffisent à dissuader ceux qui n’adhèrent pas au régime de protester publiquement. Rien ne semble être à même d’empêcher la consolidation progressive du pouvoir d’Abdel Fattah al-Sissi, qui, désormais, jouit en outre d’une légitimité internationale croissante, et ce malgré les violations massives et récurrentes des Droits de l’Homme sous son gouvernement.

La récente condamnation à mort de 188 manifestants n’est que le dernier épisode d’une véritable chasse aux sorcières. Plus tôt, en novembre, 78 mineurs d’âge étaient condamnés à des peines de prison allant de deux à cinq ans.

Depuis le mois de juillet 2013, entre 16.000 et 40.000 personnes ont été emprisonnées, selon Amnesty International (il s’agit d’une fourchette basse).

La torture constitue une pratique systématique dans les prisons égyptiennes. Au cours de ces derniers mois, des dizaines de détenus en sont morts, pendant leur mise en garde à vue. Plusieurs milliers d’autres ont été tués pendant les manifestations.

Instance officielle chargée « d’investiguer » notamment sur les évènements de la place Rabaa al-Adawiya [ndlr : le 14 août 2013, l’armée et la police ont ouvert le feu sur les manifestants rassemblés sur cette place en soutien au président Mohamed Morsi renversé par le coup d’État militaire ; le bilan a a été de plus de 850 personnes tuées ; c’est le massacre de manifestants le plus sanglant de l’histoire récente, selon l’organisation Human Rights Watch], le « Fact-Finding Committee » a présenté ses conclusions : il a désigné les Frères musulmans comme étant les seuls responsables du massacre… de leurs propres partisans…

La pression s’est aussi sensiblement accrue sur la société civile égyptienne. De nombreux militants de défense des Droits de l’Homme sont actuellement détenus ou ont été contraints de quitter le pays. Alors qu’il avait été libéré au mois de septembre, Alaa Abdel-Fattah, figure emblématique de l’opposition libérale, a été de nouveau emprisonné, le 27 octobre, pour s’être opposé à une nouvelle loi restreignant considérablement le droit de manifester.

Le pouvoir poursuit son plan d’éradication systématique de toute voix critique et de tout espace de contestation. Dans son entreprise, il n’hésite pas à encourager le recours à la délation. Un article publié sur le site internet Marsad, « Egypt : The Nation of Snitches makes a comeback », raconte le retour de ces pratiques fascisantes. Interpellé au mois de novembre, Alain Gresh, le directeur-adjoint du Monde Diplomatique, en a fait l’expérience alors qu’il discutait de politique sur une terrasse de café du Caire : dénoncé par une passante qui avait surpris sa conversation et arrêté, le journaliste français a finalement été relâché et convié par la suite au ministère de l’Intérieur, où des excuses lui ont été présentées. Sans doute a-t-il dû sa relaxe à sa qualité d’éditorialiste de renom… Et sans doute aussi doit-il s’interroger sur la pertinence de ses assertions passées, lorsqu’il publiait en 2012, dans les colonnes du Monde diplomatique, que l’Égypte était sur le chemin de la démocratie et que rien ne pouvait la ramener en arrière…

Des faits qui ont eu lieu deux semaines avant la visite d’Abdel Fattah al-Sissi à Paris…

Cette dernière tournée européenne (en France et en Italie) marque une nouvelle étape dans la normalisation des relations diplomatiques entre l’Ègypte et l’Union européenne. Le président al-Sissi devrait aussi se rendre en Allemagne, après les élections parlementaires programmées en mars 2015, et une délégation économique britannique visitera le Caire en janvier prochain…

Le rétablissement de l’ordre ancien en Égypte signifie donc aussi la résurgence de politiques étrangères plus traditionnelles, dont le « Printemps arabe » devait pourtant avoir sonné le glas.

En janvier 2011, la France, par l’intermédiaire de Michèle Alliot-Marie, alors ministre des Affaires étrangères, avait offert le « savoir-faire, reconnu dans le monde entier, de [ses]forces de sécurité » à Zine el-Abidine Ben Ali, le dictateur tunisien, contre des manifestants pacifiques. La chute du régime et les révélations sur les amitiés de la ministre avec Aziz Miled, homme d’affaires proche de Ben Ali, entraineront la « démission » de Michèle Alliot-Marie et une rupture dans la politique étrangère de la France à l’égard de pays dont elle a, des décennies durant, soutenu les régimes dictatoriaux.

À l’échelle de l’Union européenne, les changements survenus dans son voisinage sud s’étaient traduits par la définition d’une nouvelle conditionnalité politique, fondée sur « la reconnaissance des erreurs du passé » en matière de démocratie et de Droits de l’Homme.

Tout comme la révolution égyptienne, ces déclarations d’intentions appartiennent à présent au passé.

La contre-révolution a abouti et le pays est aujourd’hui dirigé par un régime répressif plus redoutable encore que celui de Moubarak. Il s’appuie notamment sur une puissante propagande assimilant toute forme d’opposition politique au terrorisme. Autant d’éléments qui n’empêchent nullement les chancelleries européennes de reconnaître le régime militaire.

Historiquement, les Frères musulmans se sont limités à l’action politique non-violente ; y compris après la destitution de Mohamed Morsi, alors même que les sit-in de ses partisans étaient dispersés dans le sang. Malgré les nombreuses erreurs commises par la Confrérie, il ne fait aucun doute que cet engagement a permis au pays d’éviter de reproduire un scénario similaire à celui de la guerre civile algérienne des années 1990.

D’autres groupes djihadistes – essentiellement Ansar Bayt al-Maqdis (ABM) et Ansar Misr – ont effectivement recours au terrorisme, depuis le coup d’État militaire. Ils ont revendiqué de nombreux attentats contre les forces de police et l’armée, majoritairement dans le Sinaï.

Apparu en 2011, ABM est à l’ origine de plusieurs attaques contre des gazoducs qui desservent Israël et la Jordanie. Le groupe a également ciblé un car de touristes coréens à Taba (Sinaï), en février 2014, et revendiqué l’assassinat d’un travailleur américain dans le désert occidental.

Bien que les Frères musulmans soient idéologiquement opposés à ces groupes salafistes, le pouvoir, poursuivant sa rhétorique politique, a cependant choisi de mettre la Confrérie et les groupes djihadistes dans le même sac. Une absurdité qu’il pousse jusqu’à assimiler la Confrérie à l’État Islamique (EI) et à al-Qaïda – qui sont pourtant ouvertement hostiles aux Frères musulmans. Le 18 septembre dernier, par exemple, une caricature représentant Hassan al-Banna, le fondateur de la Confrérie des Frères musulmans, paraissait dans le journal d’État al-Ahram Weekly, présentant les Frères comme les mentors du djihadisme.

Cet amalgame audacieux – pour ne pas dire farfelu – permet de déguiser la répression de l’opposition en « lutte contre le terrorisme », alors qu’une coalition internationale est aux prises avec l’EI en Irak et en Syrie.

À la tête de cette coalition, les États-Unis et plusieurs pays européens préfèrent ménager un allié et un soutien jugé nécessaire, en fermant les yeux sur les violations massives des Droits de l’Homme.

Ainsi, pendant la conférence de presse par laquelle s’achevait la visite d’al-Sissi en France, le président François Hollande a apporté son soutien au « processus de transition démocratique » (sic) en Égypte ; un « processus démocratique » imposé par un militaire élu avec 97% des suffrages…

À l’époque de ces élections, en mai 2012, Laurent Fabius, l’actuel ministre français des Affaires étrangères, avait souhaité au nouveau maître du Caire « beaucoup du succès dans l’accomplissement de sa haute mission »…

Muées par une « commune appréciation de ce que peut être l’équilibre du monde » (selon les termes de François Hollande), la France et l’Égypte ont signé lors de cette rencontre de nombreux accords commerciaux et militaires, qui s’ajoutent à d’autres traités déjà conclus au cours des derniers mois.

Selon Amnesty International, le montant des commandes militaires entre les deux pays ont plus que doublé entre 2012 et 2013, passant de 27 millions d’euros à 63 millions d’euros. La France n’a jamais cessé de vendre des armes à l’Égypte, et ce en violation du code de conduite européen en matière d’armement, qui lui en interdit l’exportation « s’il existe un risque manifeste que la technologie ou les équipements militaires servent à la répression interne ».

François Hollande a justifié ce soutien par « la guerre contre le terrorisme, qui sévit encore au Sinaï ».

Le président français adopte la ligne défendue par John Kerry, le secrétaire d’État américain, qui annonçait, en septembre, au Caire, la livraison d’hélicoptères Apache à l’armée égyptienne.

Ce discours fait pourtant (volontairement) abstraction d’une donnée fondamentale : si l’on ne peut justifier le recours au terrorisme, il faut noter que c’est après la destitution de Mohamed Morsi et en opposition au coup d’État militaire qu’ont émergé Ansar Beit al-Maqdis et Ajnad Misr…

Synonyme de réapparition de l’État répressif et des pratiques fascisantes, le plein retour de l’ordre ancien en Égypte s’accompagne aussi de la résurgence des politiques étrangères occidentales réalistes et de leur soutien à un pouvoir autoritaire.

Le refrain déjà bien connu de « la lutte contre le terrorisme » constitue encore une fois –et en Égypte à présent- le prétexte aux violations massives des Droits de l’Homme et justifie, comme par le passé, l’indifférence complice des États occidentaux.

Plus encore, cette apathie des démocraties occidentales, c’est certainement le dernier clou d’un cercueil… celui qui renferme désormais la dépouille de la révolution égyptienne… et tous les espoirs qu’elle avait suscités.

source

Egypte : Verdict de mort pour les Frères


La scène se passe dans une salle de tribunal à Minya, en Moyenne-Egypte, à quelque 250 km au sud du Caire. Mille deux cents accusés, dont une bonne partie sont absents car en fuite, y sont poursuivis pour divers crimes dont un meurtre, celui d’un officier de police de la localité en août dernier. En deux jours, le juge – qui n’a pas pris le temps d’écouter les avocats – annonce son verdict pour 546 accusés. Parmi eux, 529 sont condamnés à mort, les 17 autres sont acquittés. Un verdict sans précédent dans l’histoire du pays.

Les condamnés ne sont pas près d’être exécutés. Ils ont le droit à un appel (ceux condamnés par contumace seront par ailleurs rejugés s’ils comparaissent) et le grand mufti, représentant de l’islam auprès de l’Etat, doit encore avaliser ou non la sentence. Au reste, les exécutions capitales ne sont mises en œuvre que de manière rarissime depuis des décennies en Egypte.

Il n’empêche: le malaise est immense. Les conditions de ce procès – qualifié d’«expéditif» par une Agence France Presse qui n’a pourtant guère l’habitude de mêler le commentaire au factuel – se révèlent stupéfiantes puisque les accusés n’ont eu aucune chance de défendre leur cause. «Ce verdict est une catastrophe, une mascarade et un scandale qui aura des conséquences pour l’Egypte pendant des années», a déploré pour l’AFP Gamal Eid, expert juridique au Réseau arabe pour l’information sur les droits de l’homme. «Grotesque», a jouté Amnesty International.

Pour choquante qu’elle soit, cette condamnation à mort massive se situe dans la droite ligne de la répression féroce et tous azimuts menée par les autorités égyptiennes contre la mouvance des Frères musulmans depuis près de neuf mois. Après la chute de la dictature de Hosni Moubarak (1981-2011) provoquée par la révolte des Egyptiens il y a trois ans, les Frères musulmans, bien mieux organisés que les autres formations politiques, forts de leur statut de victimes de la dictature, et populaires pour leurs efficaces et déjà anciens réseaux sociaux, ont remporté tous les scrutins (législatives, présidentielles et référendum constitutionnel). Mais leur court règne, sous l’égide du président Mohamed Morsi (de juin 2012 à juillet 2013), se révélera calamiteux: sectaires, incompétents, intolérants, les Frères seront en outre victimes de «l’Etat profond» (armée, police, justice, etc.) qui n’a eu de cesse de les saboter. Avec l’appui de nombre d’hommes d’affaires et d’une presse quasi unanime, les ennemis des Frères réussiront donc à catalyser la colère populaire contre eux et à aboutir à un coup d’Etat, le 3 juillet dernier, appuyé par une majorité de la population.

Mais, depuis lors, c’est l’hystérie. Les tentatives de «résistance» des Frères – manifestations, occupation de places au Caire – ont rapidement été réprimées par la force (certains militants fréristes ont ensuite réagi avec violence, s’en prenant notamment à la minorité chrétienne copte). Dont coût, selon Amnesty International: 1.400 sympathisants islamistes tués, comme des dizaines de policiers et de civils. Depuis lors aussi, la confrérie dans son ensemble a été déclarée «terroriste» et il ne fait plus bon arborer ses couleurs en Egypte, où ses partisans sont harcelés, pourchassés. Citant des chiffres recueillis à des sources officielles, l’Associated Press évoque un total de 16.000 arrestations, on sait aussi que quelque 2.000 cadres, dont les «têtes» de la confrérie, figurent parmi les détenus.

Dès le 19 août 2013, soit cinq jours après le sanglant «nettoyage» des deux places occupées depuis le 3juillet par les Frères musulmans au Caire, un général de police confiait au journal « Le Monde » la stratégie des nouvelles autorités au Caire: «Nous sommes quatre-vingt-dix millions d’Égyptiens et il n’y a que trois millions de Frères musulmans. Il nous faut six mois pour les liquider ou les emprisonner tous. Ce n’est pas un problème, nous l’avons déjà fait dans les années 1990.»

L’Egypte des putschistes s’inspire des néoconservateurs à la George W.Bush cuvée 2001: on est avec elle ou contre elle, il n’y a pas d’autres postures…

BAUDOUIN LOOS

« Le Soir » du 25 mars 2104

Israel fait perdre la face au gouvernement égyptien


Chères amies, Chers amis,

Comme vous l’avez sans doute appris, le retentissement médiatique ayant été considérable, nous n’avons pu entrer dans la Bande de Gaza, où nous étions invitées par de nombreuses associations de femmes, à l’occasion de la Journée Internationale de la Femme.

Nous avons été bloquées, pour la plupart d’entre nous, à l’aéroport du Caire, par le gouvernement égyptien, qui a bassement relayé son homologue israélien, et ainsi montré au monde entier qu’il collaborait pleinement au blocus de Gaza.

La frontière entre l’Egypte et la Bande de Gaza est en effet hermétiquement fermée, et non pour des raisons de sécurité. En effet, comme viennent de l’écrire des jeunes de Gaza qui lancent à leur tour un appel au secours, de même que le PCHR (Centre Palestinien pour les Droits de l’Homme), le motif sécuritaire n’est qu’un prétexte, puisque la frontière égypto-israélienne de Taba, qui est celle où ont eu lieu récemment des attentats, n’a pas été fermée un seul jour !

Mais qu’a gagné la dictature militaire du général Sisi à nous bloquer au Caire ?

Une grande manifestation qui a duré quelque 48 h dans l’aéroport, au vu et au su de tous les passagers égyptiens et du personnel qui, au grand dam des exécuteurs de basses oeuvres, nous ont manifesté leur approbation et leurs encouragements, montrant qu’ils ne sont pas dupes de la propagande anti-palestinienne gouvernementale.

Photo à l'aéroport du Caire

Les dizaines de femmes venues de différents pays ont transformé ce checkpoint en une véritable dénonciation publique et ridiculisé leurs geôliers à la face du monde, comme vous pouvez en juger par ces images :

http://www.europalestine.com/spip.php?article9150

Voir aussi : Aéroport du Caire : hommes enragés, femmes engagées !

Voir aussi : Quelle ambiance ! Merci Donna pour ces deux vidéos !

Voir aussi : Pas triste le retour de la Coalition dans les aéroports !

Voir aussi : Aéroport du Caire : ils en ont eu pour leur argent : !

Voir aussi : Témoignage de Donna en texte et en images :

Les Palestiniennes qui nous attendaient, nous ont dit à quel point elles étaient fières de notre résistance et de notre solidarité. Plus qu’un passage de quelques jours parmi elles, ce qu’elles attendent de nous, de nous tous, c’est que nous les aidions à ouvrir la grande prison dans laquelle elles se trouvent, que nous les aidions à ne pas dépendre de la charité d’institutions européennes ou autres, que nous les aidions à briser le silence sur la barbarie de ce camp de concentration du 21ème siècle, que nous les aidions à recouvrer la liberté.

Nous vous invitons donc à poursuivre la lutte pour cette libération avec elles, avec nous, par tous les moyens à notre disposition : la campagne de boycott contre l’occupant israélien, l’expression publique de notre indignation, nos voix pour les seuls candidats aux élections qui dénoncent l’existence de ce blocus et qui veillent à ce que les commerçants de leur municipalité ne vendent pas les produits illégaux exportés par l’occupant israélien.

Et nous pouvons également demander à tous les élus, à tous les partis, à toutes les associations qui disent « plus jamais ça » d’inviter officiellement des Palestiniennes de la bande de Gaza à venir nous rendre visite en France. 

Si vous souhaitez en débattre avec nous, avec elles, nous vous invitons à une grande réunion le samedi 22 mars à partir de 17 H à la librairie Résistances à Paris. Au programme :  une visioconférence avec des Femmes de Gaza, la projection de films sur notre blocage au Caire et sur notre campagne contre le blocus de Gaza, en présence de nombreuses femmes de la Coalition qui viendront témoigner.

Nous vous informons également que les dons recueillis avant notre départ, et devant être remis à des associations de femmes à Gaza, le seront rapidement. Nous vous tiendrons informés de leur utilisation précise et nous vous remercions à nouveau pour votre solidarité..

Amicalement,

CAPJPO-EuroPalestine

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Egypte : le procès Morsi ou le risque de la dictature


Le procès du président déchu Mohamed Morsi et de quatorze autres hauts responsables des Frères musulmans doit débuter, lundi 4 novembre, en Egypte. Il se tiendra à la prison de Tora, dans la banlieue du Caire, sous la protection de 20 000 membres des forces de sécurité, mobilisés pour contenir la manifestation à laquelle a appelé la confrérie.

Les jours qui viennent s’annoncent donc comme une nouvelle étape à haut risque dans le chaotique et sanglant processus de transition en Egypte, inauguré par la révolution de 2011. Et il y a fort à craindre que le procès de l’ensemble de l’état-major des Frères – qui sont apparus comme la première force politique du pays à chacune des consultations libres organisées ces deux dernières années –, accentue encore un peu la polarisation de la société égyptienne entre les partisans de l’armée et ceux de la confrérie. Le démantèlement par la force des sit-in pro-Morsi du Caire avait déjà causé un millier de morts le 14 août.

Le procès de M. Morsi et de ses amis a toutes les chances de ressembler à une vengeance politique beaucoup plus qu’au nécessaire bilan d’une année de pouvoir (mal) exercé par les Frères musulmans, de leur victoire à l’élection présidentielle de juin 2012 jusqu’à la destitution du chef de l’Etat par l’armée, le 3 juillet 2013.

Lire En Egypte, les partisans de Mohamed Morsi victimes d’une chasse aux sorcières

Depuis ce coup d’Etat appelé de ses voeux par une large majorité d’Egyptiens, le gouvernement intérimaire, dominé par la figure écrasante du général Abdel Fattah Al-Sissi, voire par des figures revanchardes de l’ancien régime d’Hosni Moubarak, s’est attaché à démanteler méthodiquement la confrérie. Son association a été interdite par la justice en septembre, ses biens et avoirs financiers saisis. Sa façade politique, le Parti de la liberté et de la justice, est une coquille vide dont les principaux dirigeants sont sous les verrous. Deux mille militants ou plus seraient emprisonnés, toute expression publique de soutien à M. Morsi est criminalisée.

C’est un retour, non pas aux années de semi-clandestinité de l’ère Moubarak, mais à la persécution en vigueur sous Gamal Abdel Nasser, dans les années 1950-1960. Les timides appels au dialogue lancés par les Etats-Unis et l’Union européenne n’y changent rien. L’heure est à l’éradication, et le nouveau pouvoir égyptien a fait en sorte de n’avoir personne avec qui dialoguer.

Les Frères musulmans ont leur part de responsabilité dans ce désastre. Ils ont mené une politique clanique et intolérante, n’ayant de cesse, pendant un an, qu’ils prennent le contrôle de tous les leviers de l’Etat. Ils ont entretenu une confusion permanente entre la confrérie, le parti et les institutions publiques, à commencer par M. Morsi, qui s’est conduit en apparatchik plus qu’en chef d’Etat.

Mais lui faire subir un procès qui s’annonce comme une parodie n’est pas le meilleur moyen de restaurer la confiance des Egyptiens envers leurs institutions, en premier lieu la justice. Hosni Moubarak avait, lui aussi, été jugé après sa chute, en février 2011. Condamné à la prison à perpétuité, puis libéré, il est aujourd’hui assigné à résidence dans un hôpital militaire.

Comment s’étonner, dans ces conditions, que nombre d’Egyptiens ne voient dans le procès Morsi qu’une justice de vainqueurs. Et la démonstration que la révolution de la place Tahrir a accouché, à ce stade, d’un régime autoritaire, pour ne pas dire dictatorial.

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Égypte : l’humoriste Bassem Youssef fait rager pro-Morsi et pro-Sissi


samedi 26 octobre 2013, par La Rédaction

Son retour était très attendu dans un pays où les médias, quasi-unanimes, célèbrent l’armée qui a destitué le président islamiste Mohamed Morsi : pour sa première émission après quatre mois d’absence, le satiriste Bassem Youssef a de nouveau déchaîné les passions.

Ce vendredi soir, en dépit du couvre-feu qui s’abat à 19 heures sur Le Caire, les cafés étaient bondés de téléspectateurs rivés devant l’émission « El Bernameg » (Le Programme, en arabe), avec une seule question en tête : osera-t-il critiquer l’armée ?

Et à l’issue de 90 minutes de show, celui qui était déjà la bête noire des Frères musulmans pour ses critiques au vitriol du président Morsi, s’est attiré de nouveaux détracteurs : les partisans du général Abdel Fattah Al-Sissi, chef de la toute-puissante armée qui a destitué M. Morsi le 3 juillet.

Revenant sur cet épisode, Bassem Youssef, qui n’a rien raté des médias locaux pendant les quatre mois d’interruption dus à l’été puis au ramadan, épingle leur unanimité, leurs exagérations sur le nombre de manifestants descendus dans les rues pour réclamer le départ de M. Morsi le 30 juin —20, 40, certains évoquent 70 millions.

Il pose aussi la question qui fâche : est-ce une révolution, comme l’affirment les anti-Morsi, ou un coup d’Etat, comme le disent les pro-Morsi ?
Tournant en dérision les arguments des uns et des autres, il affirme, faisant référence à la puissante confrérie des Frères musulmans de M. Morsi, que « quand tu rêves du pouvoir pendant 80 ans et que tu le perds d’un coup, c’est un coup d’Etat ».

Mais, se mettant ensuite en scène dans la peau des militaires déposant M. Morsi, il décrit une transition tout en douceur où les soldats s’adressent au président une rose à la main : « Morsi, baby, tu n’es plus le président… Ce n’est pas de notre faute, mais de la tienne ».
Evoquant ensuite les nouvelles autorités, il se moque d’un président par intérim dont personne ne semble se rappeler le nom —Adly Mansour—, alors que certains multiplient les odes au général Sissi, voire même les chocolats à son effigie.

Mais rire de cette « Sissi-mania » qui s’est emparée de certains Egyptiens n’est pas au goût de tous.
Ainsi, Sameh Seif el-Yazal, expert en stratégie militaire retraité de l’armée, déplore sur Facebook une « attaque directe contre le général Sissi » qui va « bénéficier aux Frères musulmans » contre lesquels les nouvelles autorités assurent mener une « guerre contre le terrorisme ».

Dans un café du faubourg du Moqattam, Ramy Adel, banquier au Caire, est venu regarder l’émission avec des amis. « On dirait que Bassem Youssef n’a pas d’autre but que de se moquer du régime en place », lâche-t-il. « Il ne cherche qu’à saper le prestige de Sissi et de l’armée, c’est horrible ! ».

Ahmed Abdel Alim, lui, a trouvé l’émission « géniale ». « Bassem Youssef a réussi à résumer ce qui se passe sur la scène politique égyptienne de façon objective et courageuse », lance-t-il, enthousiaste. « Il a critiqué tous les dirigeants, même Sissi, et personne n’ose faire ça », poursuit l’homme qui dit ne soutenir ni l’armée ni les Frères.
Celui qui avait été poursuivi en justice sous la présidence Morsi pour ses critiques acerbes contre le chef de l’Etat n’a pas arrêté de brocarder les ex-dirigeants islamistes, aujourd’hui devant la justice ou détenus au secret.

Leila Ibrahim, elle, n’a retenu que les attaques de Bassem Youssef —un « clown », selon elle— contre M. Morsi, qu’elle soutient : « c’est une honte de se moquer de personnes qui sont en prison. C’est lâche de s’en prendre à ceux qui ne peuvent pas se défendre ».

En Egypte où manifestations, affrontements et attentats ont fait plus d’un millier de morts depuis début juillet, les esprits sont encore échauffés et les réseaux sociaux bouillonnent, entre admiration fervente et critiques virulentes. Sur Facebook, des groupes réclament déjà des poursuites judiciaires contre l’humoriste.

Sur Twitter, le principal intéressé a répondu, laconique : « les Egyptiens aiment les blagues et l’ironie, c’est vrai, mais surtout quand elles correspondent à leurs idées ».

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L’Égypte a échoué à protéger les Coptes, selon Amnesty international


Un prêtre copte montre les dégâts causés dans une église par une attaque islamiste à Delga, dans le centre de l'Egypte, le 29 septembre.
Un prêtre copte montre les dégâts causés dans une église par une attaque islamiste à Delga, dans le centre de l’Egypte, le 29 septembre. (Photo Khaled Desouki. AFP)

Les forces de sécurité égyptiennes ont échoué à protéger les Coptes visés par des attaques après la sanglante répression des partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi, a dénoncé Amnesty International mercredi.

Dans son rapport, l’ONG basée à Londres affirme que plus de 200 propriétés détenues par des chrétiens ont été attaquées, 43 églises sérieusement endommagées et plus de quatre personnes tuées.

Ces violences ont eu lieu après la dispersion sanglante le 14 août de deux places du Caire sur lesquelles étaient rassemblés les pro-Morsi, début d’une vague de répression qui a fait depuis plus d’un millier de morts.

«C’est extrêmement inquiétant que la communauté chrétienne d’Egypte soit visée par des attaques de partisans de Mohamed Morsi en réponse aux évènements du Caire», explique Hassiba Hadj Sahraoui, sous-directrice d’Amnesty pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

«Une réaction violente contre la communauté copte aurait dû être anticipée. Or les forces de sécurité ont échoué à éviter les attaques et mettre un terme aux violences», poursuit Amnesty.

Dans plusieurs cas, des hommes munis d’armes à feu, de barres métalliques ou de couteaux ont saccagé des églises et des maisons, aux cris de «Dieu est grand» et «Chiens de chrétiens». Des reliques ont été profanées, et des graffitis tagués sur les murs, dont «Morsi est mon président» ou «Ils ont tué nos frères pendant la prière», selon Amnesty.

Un homme de 60 ans a été tué par balles chez lui dans la ville de Delga (centre), puis traîné dans les rues par un tracteur. Sa tombe a ensuite été profanée deux fois, selon l’ONG.

Trois églises et un monastère ont également été attaqués par des islamistes à Delga, selon un journaliste de l’AFP.

M. Morsi, premier président élu démocratiquement en Egypte, a été destitué et arrêté le 3 juillet par l’armée après que des millions de manifestants ont réclamé son départ.

Les islamistes accusent les Coptes d’avoir soutenu l’armée dans sa destitution.

Amnesty demande l’ouverture d’une enquête impartiale et indépendante sur ces attaques ainsi que sur «le rôle des forces de sécurité». «Certains incidents ont duré des heures (…) pourquoi les forces de sécurité n’ont pas été en mesure d’y mettre un terme», s’interroge l’organisation.

Les Coptes, qui représentent 6 à 10% des 85 millions d’Egyptiens, se sont régulièrement plaints de discrimination, notamment sous la présidence de M. Morsi.

AFP

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