Egypte: Moubarak pourrait être libéré


 anniebannie : On pourrait aussi le remettre sur le trône ! 

Gil Durand
Mis en ligne il y a 48 minutes

Alors que les violences continuent en Egypte, le président égyptien déchu pourrait, selon ses avocats, sortir de prison dans les 48 heures.

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AFP
    AFP

Selon ses avocats, Hosni Moubarak devrait être libéré, annonce The Guardian sur son site. Acquitté des accusations de corruption, l’ancien président égyptien renversé en 2011 pourrait sortir de prison dans les 48 heures. « Tout ce qu’il reste, c’est une simple procédure administrative », a précisé son avocat ce lundi, cité par le site du Guardian. « Il devrait être libéré d’ici la fin de la semaine ». Reuters est moins optimiste : « Une source proche du parquet n’a pas confirmé cette prochaine libération, mais a déclaré que Moubarak resterait encore deux semaines derrière les barreaux avant que les autorités judiciaires ne prennent une décision définitive », peut-on lire sur Yahoo News .

De son coté, le New York Times confirme que « les autorités judiciaires égyptiennes ont ordonné la libération de Moubarak ». Mais, est-il précisé sur le site, « il reste possible que les autorités trouvent d’autres moyens pour le garder en détention ».

Pour rappel, Hosni Moubarak avait été condamné en juin 2012 à la prison à vie pour complicité de meurtres après la mort de manifestants tués il y a deux ans lors du soulèvement qui l’a poussé à la démission – des condamnations pour lesquelles l’ex-président a fait appel. Le tribunal ne l’avait pas accusé d’avoir une responsabilité directe, mais de ne pas avoir pris les dispositions nécessaires pour empêcher ces morts. Le 18 juin, un tribunal du Caire avait mis fin à la détention du président déchu dans une affaire de fraude, précisant que Moubarak restait en détention en raison d’autres inculpations.

EgypteLire aussi : Réunion des ministres des Affaires étrangères de l’UE mercredi

RIP, mes chéris


Face à face à Catane

samedi 10 août 2013, par La Rédaction

Six migrants se sont noyés en tentant de débarquer à l’aube sur une plage de Catane (Sicile – Italie) d’un bateau transportant une centaine d’immigrés, provenant surtout de Syrie et d’Égypte. « Nous avons été alertés peu après 5h30 (3h30 GMT) qu’un bateau s’était ensablé en face d’un établissement balnéaire » à Plaia di Catania, a expliqué à l’AFP le commandant Roberto D’Arrigo, porte-parole de la Capitainerie du port de la grande ville sicilienne. (10-08-2013 – Avec les agences de presse)
(Photo par Dario Azzaro)

La violence contre les «frères»ne passe pas


Baudouin Loos
Mis en ligne il y a 3 heures

Depuis que l’armée égyptienne, avec l’appui d’une grande partie de la population, a déposé le 3 juillet le Frère musulman Mohamed Morsi qui avait été élu président démocratiquement un an plus tôt, deux carnages ont déjà eu lieu. Si le premier – 53 partisans de Morsi abattus le 8 juillet – avait été le fait de l’armée, celui de la nuit de vendredi à samedi – au moins 72 tués, peut-être beaucoup plus – a été perpétré par la police et des hommes en civil, toujours contre le clan des supporters du « raïs » islamiste déchu. Dans les deux cas, les victimes sont tombées sous les balles des armes à feu de leurs assassins.

Le malaise est grand. Criant. Les principales chancelleries dans le monde ont émis des communiqués faisant état de leurs inquiétudes, recommandant la retenue, etc.

Si l’on en juge par les mobilisations populaires des 30 juin et 26 juillet, Mohamed Morsi ne disposait certainement plus de l’appui de la population. Des millions de gens sont descendus deux fois dans les rues pour clamer d’abord leur exigence de voir le « raïs » se retirer, ensuite, ce vendredi, pour donner à l’armée le « mandat » que son chef, le général Al-Sissi, lui demandait pour « en finir avec le terrorisme et la violence ».

Les Egyptiens qui manifestent contre Morsi et son clan se disent mus par un élan démocratique. Rien ne permet d’en douter. Sauf qu’on n’impose pas la démocratie en tirant à balles réelles sur ses ennemis, fussent-ils considérés comme nuisibles et intolérants.

Il n’est en effet guère contestable que le comportement hégémonique, sectaire et parfois violent du président Morsi et des siens avait engendré un immense sentiment populaire de rejet. Mais la méthode ne passe pas.

Il y a une très douteuse surenchère de la violence de la part de l’armée qui détient à nouveau le pouvoir. Qui connaît d’ailleurs le nom du président par intérim, Adli Mansour, ex-président de la Cour constitutionnelle ? Qu’exerce-t-il comme pouvoir ? Poser la question c’est y répondre. Celui qui tire les ficelles s’appelle donc Abdel Fattah al-Sissi. Ce général est l’homme fort de l’armée, de l’Egypte désormais. Nombre d’Egyptiens qui se sont levés en masse contre Mohamed Morsi et les Frères musulmans lui accordent une confiance aveugle. Les deux carnages qui ont déjà eu lieu depuis le « coup » contre Mohamed Morsi montrent qu’ils auraient sans doute intérêt à chercher une « troisième voie », entre l’intolérance des Frères et la violence de l’armée.

Egypte: le Premier ministre offre aux Frères musulmans d’entrer au gouvernement


 

– Publié le 09/07/2013 à 23:46

Le nouveau Premier ministre égyptien Hazem Beblawi va offrir aux Frères musulmans des postes au sein du gouvernement de transition qu’il a été chargé mardi de former, six jours après que l’armée eut déposé le président islamiste Mohamed Morsi, a annoncé l’agence de presse officielle Mena citant un porte-parole de la présidence.

« Quelques postes au gouvernement seront offerts au Parti de la Liberté et de la Justice » (PLJ), le bras politique des Frères musulmans, a déclaré ce porte-parole, Ahmed al-Muslimani.

Un temps pressenti pour devenir Premier ministre, le Prix Nobel de la Paix Mohamed ElBaradei, figure de l’opposition laïque, devient, quant à lui, vice-président chargé des relations internationales, a précisé le porte-parole de la présidence.

Ces annonces sont survenues le jour-même où les Frères musulmans enterraient les dizaines de manifestants tués lundi au cours d’un rassemblement en faveur de M. Morsi au Caire. Si les Frères ont appelé au « soulèvement » après ce « massacre », aucun incident n’a été rapporté.

Le nouveau Premier ministre est un économiste de tendance libérale âgé de 76 ans qui a fait une longue carrière dans des institutions égyptiennes et internationales.

Hazem Beblawi a été vice-Premier ministre et ministre des Finances en 2011, pendant la période de transition sous la direction militaire ayant suivi la chute de Hosni Moubarak.

Il aura la lourde tâche de redresser une économie en particulier en proie à la chute du tourisme, à un effondrement des investissements étrangers et à une baisse importante de ses réserves en devises.

Peu après cette nomination, l’armée a mis en garde contre toute perturbation du « délicat et complexe » processus de transition, dans une déclaration publique.

Le choix de M. Beblawi intervient après plusieurs jours de discussions et le retrait du principal parti salafiste, al-Nour -qui avait soutenu le coup de force militaire aux côtés de mouvements majoritairement laïques- en raison des violences ayant fait des dizaines de morts parmi les partisans de M. Morsi au Caire.

Dans une tentative de relance de la transition, le président par intérim, Adly Mansour, a émis dans la nuit de lundi à mardi un communiqué dans lequel est prévue une révision de la Constitution de 2012.

La loi fondamentale amendée devra être validée par référendum avant l’organisation d’élections législatives d’ici au début de 2014.

Mais un haut responsable des Frères musulmans a rejeté cette déclaration de M. Mansour : « Un décret constitutionnel par un homme nommé par des putschistes (…) ramène le pays à la case départ », a commenté Essam al-Erian, sur son compte Facebook.

Le groupe Tamarrod, à l’origine de la contestation contre M. Morsi, a de son côté exprimé des réserves, et déclaré préparer avec des experts une série d’améliorations.

Funérailles sous haute tension

Dans le même temps, des funérailles des victimes de lundi se déroulaient dans le climat d’extrême tension prévalant depuis la destitution par l’armée le 3 juillet du président islamiste, trois jours après des manifestations monstres de l’opposition.

Les violences de lundi matin au cours d’une manifestation en faveur de Mohamed Morsi devant le siège de la Garde républicaine au Caire ont fait au moins 51 morts et 435 blessés, selon les services des urgences.

Les Frères musulmans ont publié une liste avec les noms de leurs 42 partisans tués, tandis que police et armée ont fait état de trois morts dans leurs rangs.

Selon la confrérie, des soldats et des policiers ont ouvert le feu sans aucune raison sur les manifestants. Leur bras politique, le PLJ, a appelé au « soulèvement » et mis en garde contre « l’apparition d’une nouvelle Syrie », une allusion au confit qui ravage ce pays.

L’armée a dit avoir répliqué après une attaque de « terroristes armés ».

« Cela n’était pas une manifestation pacifique », les partisans de M. Morsi ont utilisé « des mitraillettes et des pistolets », a affirmé le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Badr Abdelatty.

Le président par intérim a ordonné l’ouverture d’une enquête.

Mardi, une source judiciaire a indiqué à l’AFP que 650 personnes soupçonnées d’avoir voulu entrer de force dans le bâtiment de la Garde républicaine étaient interrogées.

Dès lundi, les autorités avaient décidé de fermer le siège du PLJ au Caire en raison de la découverte « de liquides inflammables, de couteaux et d’armes », selon un haut responsable de sécurité.

Malgré un appel de l’armée à lever les sit-in, des islamistes ont manifesté lundi soir dans plusieurs villes et, mardi matin, des milliers de partisans de M. Morsi étaient encore devant la mosquée Rabaa al-Adawiya, où le rassemblement dure depuis près de deux semaines.

Les pays étrangers ont manifesté leur vive inquiétude après les dernières effusions de sang, les heurts en Egypte ayant fait une centaine de morts en moins d’une semaine.

Mardi, les Etats-Unis, qui avaient exprimé leurs craintes face aux violences, ont toutefois affirmé être « prudemment encouragés » par le calendrier des élections.

L’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis sont pour leur part devenus les premiers pays à apporter une aide financière, à hauteur respectivement de cinq et trois milliards de dollars.

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Chroniques de la révolution égyptienne


jeudi 17 novembre 2011, par La Rédaction

Chroniques de la révolution égyptienne
Par Alaa El Aswany
Ed. Actes Sud Sciences humaines
Traduit de l’arabe par : Gilles Gauthier
ISBN 978-2-330-00137-7
prix indicatif : 23,00 euros

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Observateur et acteur très engagé dans les bouleversements dont ses romans faisaient pressentir l’urgence, Alaa El Aswany propose ici, tel un état des lieux, un ensemble de chroniques écrites avant, pendant et après le séisme de la révolution égyptienne, et cet homme si jovial, si compréhensif, si plein d’empathie avec les autres, se montre inflexible, inexorable dès qu’il s’en prend aux forces qui oppriment son pays.

Alaa EL ASWANY
Né en 1957, Alaa El Aswany exerce le métier de dentiste dans le centre du Caire. Son roman L’Immeuble Yacoubian, porté à l’écran par Marwan Hamed et publié en France par Actes Sud (2006, et Babel n° 843), est devenu un phénomène éditorial international. Depuis le 25 janvier 2011, il est l’un des principaux relais de la révolution égyptienne auprès des médias français.Actes Sud a également publié ses romans Chicago (2007 ; Babel n° 941) et J’aurais voulu être égyptien (2009 ; Babel n° 1004), ainsi que son essai Chroniques égyptiennes (2011).

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Alors que les législatives du 28 novembre approchent, le romancier égyptien Alaa El Aswany vient de publier ses « Chroniques de la révolution égyptienne » aux éditions Actes Sud. A coups d’instantanés de la réalité égyptienne, l’auteur sonde les maux de son pays et défend inlassablement la nécessité d’instaurer un régime démocratique.

Alaa El Aswany a le sens du détail. S’emparant d’une anecdote entendue, d’un simple geste révélateur ou d’une rencontre avec une personnalité, ses « Chroniques de la révolution égyptienne », publiées ce mois-ci aux éditions Actes Sud, décryptent les forces qui oppriment son pays. Publiées avant et après la révolution dans la presse nationale, ces 50 chroniques dressent le portrait d’une société meurtrie par les lourdes années du régime Moubarak. « Pauvreté, brutale, oppression sociale, répression, fraude, châtiment des innocents, tout cela a rendu la vie impossible pour des millions d’Égyptiens », déplore-t-il. Mais plus qu’un observateur minutieux, Alaa El Aswany se fait un acteur engagé, pourfendeur inlassable de la démocratie et des libertés, à l’instar du mouvement Kifaya, qu’il a co-fondé en 2004.

Face à l’appareil répressif du régime Moubarak, le plus célèbre des écrivains contemporains égyptiens, auteur du best-seller « L’immeuble Yacoubian », pressent avant l’heure le mouvement qui se prépare. « L’Égypte est maintenant submergée par les grèves et les mouvements de protestation, comme cela n’avait pas eu lieu depuis la Révolution de 1952. Cette contestation sociale généralisée annonce un changement inévitable et n’est pas du tout étrangère à la démocratie », prédit-il. Convaincue de la nécessité de cette vague de révolte, sa plume aiguisée fustige sans relâche les rouages du système, huilé à coups de clientélisme et corruption.

Répondant au slogan des Frères musulmans « l’islam est la solution », l’écrivain conclue chaque chronique de façon implacable : « la démocratie est la solution ».

Dénonçant le délitement de la justice et du système de santé, les incarcérations arbitraires et les tortures sauvages, ou encore les droits des femmes bafoués par la « vague impétueuse de pensée salafiste-wahabite », chacune de ses chroniques est un appel clair à la démocratie et à une vision ouverte et éclairée de l’islam. Répondant au slogan des Frères musulmans « l’islam est la solution », l’écrivain conclut chaque chronique de façon implacable : « la démocratie est la solution ».

En filigrane de cette critique du régime, Alaa El Aswany garde son habituelle humanité à fleur de peau, caractéristique de ses précédents romans. Animé d’une foi inébranlable dans son peuple, l’auteur ne cesse de défendre le potentiel de sa nation, brisée, selon lui, par le régime de Moubarak. « Les gens du peuple ne sont pas comme le prétendent les dirigeants égyptiens, une populace qui ne sait pas où se trouve son intérêt. Ils sont au contraire dotés d’une boussole infaillible qui les guide vers la position juste. (…) il nous faut bien prendre conscience de ce que la chute des intellectuels commence toujours par leur mépris du peuple ». Mais dans ses dernières chroniques, écrites après la chute de Moubarak, l’inquiétude de l’écrivain est perceptible. « La Révolution n’est pas terminée », avertit-il, avant de s’interroger sur la portée du mouvement : « la révolution égyptienne s’est-elle trompée ? ».

Marqué d’une conscience historique dont il ne se défait jamais, Alaa El Aswany perçoit la difficulté de bâtir une Egypte nouvelle, alors que l’ancien régime perdure : « Le problème, c’est que la révolution a fait tombé Moubarak, mais que le régime de Moubarak, lui n’est pas tombé ». Mais malgré les entraves, il ne se départit jamais de l’espoir d’une Egypte libre, espoir nourri par les trois semaines passées sur la place Tahrir aux côtés des manifestants. A l’instar de sa dernière chronique, qui rend hommage au caricaturiste syrien Ali Farazat, dont les mains ont été brisées par des hommes du régime, Alaa El Aswany réaffirme par ses chroniques la détermination et la puissance des plumes arabes, plus fortes que les bâtons de la répression.

( Par Céline Girard )

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Où sont les felouls ?


4 juillet 2013

Rentrée en France depuis un an maintenant, j’avais laissé ce blog en jachère. Je lis comme tout un chacun la presse internationale, la presse égyptienne en ligne, ou les courriers de mes amis, sans m’autoriser à publier un avis qui n’est pas très éclairé. Mais en ce lendemain de « 2ème révolution », les analyses de l’événement que j’ai pu lire ou entendre m’ont fait l’effet d’une décharge électrique qui m’a précipitée vers mon clavier. Souvenez-vous ! Les commentateurs qui, en janvier 2011, ne voyaient dans les événements d’Egypte que le spectre de l’islamisme, ceux-là même qui, au lendemain de l’élection de Morsy ne se privaient pas de « on vous l’avait bien dit », ceux qui ont fait recette en vendant des essais plus ou moins fouillés discutant doctement du label de révolution (minoré si on lui ajoute arabe), tous ces commentateurs-là aujourd’hui saluent la deuxième révolution d’Egypte et la destitution de Morsy (sans d’ailleurs se confondre en excuses pour avoir annoncé, il y a deux ans, un long hiver islamiste).

Certes la joie des égyptiens de s’être débarrassés de ce régime est immense. Elle explose sur toutes les videos et dans tous les reportages. Les messages de mes amis sont enthousiastes. Mais tout de même, de ce côté de la Méditerranée, ceux qui sont toujours prompts à donner des leçons de démocratie, comment peuvent-ils nous expliquer qu’il y a de bons coups d’Etat ?

armee

Sur le pont de l’Université hier

Alors que 1500 jeunes en 2011 ont perdu la vie pour arracher un début de démocratie aux griffes d’un pouvoir militaire en place depuis 60 ans, alors que l’armée en a torturé des milliers (souvenez-vous des caves du Musée, des tests de virginité), qu’elle a essayé d’étouffer dans l’oeuf  les organisations telle « Asker kazaboun » (militaires menteurs) qui dénonçaient leurs pratiques, il a fallu une mobilisation sans faille et des centaines de manifestations pour faire accepter le processus démocratique des élections présidentielles et législatives.

Souvenez-vous de la femme au soutien-gorge bleu, des massacres de la rue Mohamed Mahmoud, souvenez-vous du massacre des coptes devant Maspero et des autres épisodes racontés sur ce blog.

L’autre avancée a été de permettre à l’Egypte de faire l’expérience d’un gouvernement par les Frères. Ces derniers, auréolés par plus d’un demi-siècle de résistance, durant lequel bon nombre d’entre eux ont connu la torture et la prison, étaient la seule force organisée. Leur participation à l’avenir du pays était incontournable. Pour faire tomber le masque de leur discours religieux il n’y avait rien de mieux que l’épreuve de la conduite du pays. Et ils ont été d’une incompétence au-delà de toute espérance (peut-être l’armée, propriétaire d’une bonne part de la distribution des carburants a-t-elle légèrement savonné la planche). Le pays a rapidement plongé dans une crise économique terrible, et, cerise sur le gâteau, les Frères ont renoué avec la politique autoritaire dont ils avaient souffert, mettant de plus en plus en cause les libertés individuelles, enfermant des journalistes, poursuivant la pratique de la torture (qui n’a jamais vraiment cessé) et menaçant gravement la liberté d’expression. Des coupures d’eau et d’électricité ont achevé de détériorer la vie des égyptiens qui passaient déjà de longues heures à chercher du diesel pour leur voiture… enfin ceux qui avaient encore un travail et une voiture.

C’est alors que s’est lancé le mouvement « tamarod » (rebellion) au printemps dernier. Qui participe à ce mouvement ? Des jeunes, des milliers de jeunes de toute évidence, ceux qui étaient dans les premiers réseaux de la révolution, ceux du « 6 avril », ceux de « al-Ikhouan kazanoun » (les Frères menteurs) et de tas d’autres mouvements généreux et dynamiques. Du Nord au Sud la pétition demandant le départ de Morsy a circulé comme une traînée de poudre, tant la colère était grande.

Mais qui a fait imprimer la pétition ? Qui a fait le choix que la revendication-phare ne soit plus celle d’élections législatives anticipées, ou d’une autre « constituante »  ? On ne mobilise pas 22 millions de personnes sans qu’il y ait débat sur la stratégie, au moins au niveau des responsables politiques existants. D’ailleurs où sont-t-ils ces responsables et comment se fait-il que, dans une situation économique et sociale aussi désastreuse, ils n’aient aucun programme alternatif à faire entendre ?

Tout se passe comme si on avait soigneusement guidé la colère égyptienne vers cette seule revendication, totalement contradictoire avec la conquête d’un processus démocratique et qui va, au bout du compte, redonner aux Frères de quoi lustrer leur couronne de martyrs alors qu’elle allait tomber aux oubliettes de l’histoire (la chasse aux sorcières a déjà commencé).

Une autre information est absente des analyses éclairées d’aujourd’hui. Des centaines de journées de grève ont eu lieu depuis l’hiver dernier, dans l’industrie textile, dans le delta, dans les faubourgs du Caire pour exiger un salaire minimum, et une loi sur la liberté syndicale qui n’existe toujours pas. L’OIT a classé en juin 2013 l’Egypte sur la liste noire des pays où le droit du travail est bafoué. Jamais l’Egypte n’avaient connu autant de conflits sociaux, et les Frères ont tout fait pour faire taire ce mouvement qui clame toujours le slogan du 25 janvier : « pain, liberté, justice sociale ! ». Mais sont-ils les seuls à vouloir faire taire un mouvement ouvrier qui porte des revendications précises posant de véritables questions politiques ?

Au fait, ils sont où les felouls ? Dans les manifestations anti-Morsy bien sûr.

source

*voir cet article sur les feloul