La violence contre les «frères»ne passe pas


Baudouin Loos
Mis en ligne il y a 3 heures

Depuis que l’armée égyptienne, avec l’appui d’une grande partie de la population, a déposé le 3 juillet le Frère musulman Mohamed Morsi qui avait été élu président démocratiquement un an plus tôt, deux carnages ont déjà eu lieu. Si le premier – 53 partisans de Morsi abattus le 8 juillet – avait été le fait de l’armée, celui de la nuit de vendredi à samedi – au moins 72 tués, peut-être beaucoup plus – a été perpétré par la police et des hommes en civil, toujours contre le clan des supporters du « raïs » islamiste déchu. Dans les deux cas, les victimes sont tombées sous les balles des armes à feu de leurs assassins.

Le malaise est grand. Criant. Les principales chancelleries dans le monde ont émis des communiqués faisant état de leurs inquiétudes, recommandant la retenue, etc.

Si l’on en juge par les mobilisations populaires des 30 juin et 26 juillet, Mohamed Morsi ne disposait certainement plus de l’appui de la population. Des millions de gens sont descendus deux fois dans les rues pour clamer d’abord leur exigence de voir le « raïs » se retirer, ensuite, ce vendredi, pour donner à l’armée le « mandat » que son chef, le général Al-Sissi, lui demandait pour « en finir avec le terrorisme et la violence ».

Les Egyptiens qui manifestent contre Morsi et son clan se disent mus par un élan démocratique. Rien ne permet d’en douter. Sauf qu’on n’impose pas la démocratie en tirant à balles réelles sur ses ennemis, fussent-ils considérés comme nuisibles et intolérants.

Il n’est en effet guère contestable que le comportement hégémonique, sectaire et parfois violent du président Morsi et des siens avait engendré un immense sentiment populaire de rejet. Mais la méthode ne passe pas.

Il y a une très douteuse surenchère de la violence de la part de l’armée qui détient à nouveau le pouvoir. Qui connaît d’ailleurs le nom du président par intérim, Adli Mansour, ex-président de la Cour constitutionnelle ? Qu’exerce-t-il comme pouvoir ? Poser la question c’est y répondre. Celui qui tire les ficelles s’appelle donc Abdel Fattah al-Sissi. Ce général est l’homme fort de l’armée, de l’Egypte désormais. Nombre d’Egyptiens qui se sont levés en masse contre Mohamed Morsi et les Frères musulmans lui accordent une confiance aveugle. Les deux carnages qui ont déjà eu lieu depuis le « coup » contre Mohamed Morsi montrent qu’ils auraient sans doute intérêt à chercher une « troisième voie », entre l’intolérance des Frères et la violence de l’armée.

Egypte: le Premier ministre offre aux Frères musulmans d’entrer au gouvernement


 

– Publié le 09/07/2013 à 23:46

Le nouveau Premier ministre égyptien Hazem Beblawi va offrir aux Frères musulmans des postes au sein du gouvernement de transition qu’il a été chargé mardi de former, six jours après que l’armée eut déposé le président islamiste Mohamed Morsi, a annoncé l’agence de presse officielle Mena citant un porte-parole de la présidence.

« Quelques postes au gouvernement seront offerts au Parti de la Liberté et de la Justice » (PLJ), le bras politique des Frères musulmans, a déclaré ce porte-parole, Ahmed al-Muslimani.

Un temps pressenti pour devenir Premier ministre, le Prix Nobel de la Paix Mohamed ElBaradei, figure de l’opposition laïque, devient, quant à lui, vice-président chargé des relations internationales, a précisé le porte-parole de la présidence.

Ces annonces sont survenues le jour-même où les Frères musulmans enterraient les dizaines de manifestants tués lundi au cours d’un rassemblement en faveur de M. Morsi au Caire. Si les Frères ont appelé au « soulèvement » après ce « massacre », aucun incident n’a été rapporté.

Le nouveau Premier ministre est un économiste de tendance libérale âgé de 76 ans qui a fait une longue carrière dans des institutions égyptiennes et internationales.

Hazem Beblawi a été vice-Premier ministre et ministre des Finances en 2011, pendant la période de transition sous la direction militaire ayant suivi la chute de Hosni Moubarak.

Il aura la lourde tâche de redresser une économie en particulier en proie à la chute du tourisme, à un effondrement des investissements étrangers et à une baisse importante de ses réserves en devises.

Peu après cette nomination, l’armée a mis en garde contre toute perturbation du « délicat et complexe » processus de transition, dans une déclaration publique.

Le choix de M. Beblawi intervient après plusieurs jours de discussions et le retrait du principal parti salafiste, al-Nour -qui avait soutenu le coup de force militaire aux côtés de mouvements majoritairement laïques- en raison des violences ayant fait des dizaines de morts parmi les partisans de M. Morsi au Caire.

Dans une tentative de relance de la transition, le président par intérim, Adly Mansour, a émis dans la nuit de lundi à mardi un communiqué dans lequel est prévue une révision de la Constitution de 2012.

La loi fondamentale amendée devra être validée par référendum avant l’organisation d’élections législatives d’ici au début de 2014.

Mais un haut responsable des Frères musulmans a rejeté cette déclaration de M. Mansour : « Un décret constitutionnel par un homme nommé par des putschistes (…) ramène le pays à la case départ », a commenté Essam al-Erian, sur son compte Facebook.

Le groupe Tamarrod, à l’origine de la contestation contre M. Morsi, a de son côté exprimé des réserves, et déclaré préparer avec des experts une série d’améliorations.

Funérailles sous haute tension

Dans le même temps, des funérailles des victimes de lundi se déroulaient dans le climat d’extrême tension prévalant depuis la destitution par l’armée le 3 juillet du président islamiste, trois jours après des manifestations monstres de l’opposition.

Les violences de lundi matin au cours d’une manifestation en faveur de Mohamed Morsi devant le siège de la Garde républicaine au Caire ont fait au moins 51 morts et 435 blessés, selon les services des urgences.

Les Frères musulmans ont publié une liste avec les noms de leurs 42 partisans tués, tandis que police et armée ont fait état de trois morts dans leurs rangs.

Selon la confrérie, des soldats et des policiers ont ouvert le feu sans aucune raison sur les manifestants. Leur bras politique, le PLJ, a appelé au « soulèvement » et mis en garde contre « l’apparition d’une nouvelle Syrie », une allusion au confit qui ravage ce pays.

L’armée a dit avoir répliqué après une attaque de « terroristes armés ».

« Cela n’était pas une manifestation pacifique », les partisans de M. Morsi ont utilisé « des mitraillettes et des pistolets », a affirmé le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Badr Abdelatty.

Le président par intérim a ordonné l’ouverture d’une enquête.

Mardi, une source judiciaire a indiqué à l’AFP que 650 personnes soupçonnées d’avoir voulu entrer de force dans le bâtiment de la Garde républicaine étaient interrogées.

Dès lundi, les autorités avaient décidé de fermer le siège du PLJ au Caire en raison de la découverte « de liquides inflammables, de couteaux et d’armes », selon un haut responsable de sécurité.

Malgré un appel de l’armée à lever les sit-in, des islamistes ont manifesté lundi soir dans plusieurs villes et, mardi matin, des milliers de partisans de M. Morsi étaient encore devant la mosquée Rabaa al-Adawiya, où le rassemblement dure depuis près de deux semaines.

Les pays étrangers ont manifesté leur vive inquiétude après les dernières effusions de sang, les heurts en Egypte ayant fait une centaine de morts en moins d’une semaine.

Mardi, les Etats-Unis, qui avaient exprimé leurs craintes face aux violences, ont toutefois affirmé être « prudemment encouragés » par le calendrier des élections.

L’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis sont pour leur part devenus les premiers pays à apporter une aide financière, à hauteur respectivement de cinq et trois milliards de dollars.

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Chroniques de la révolution égyptienne


jeudi 17 novembre 2011, par La Rédaction

Chroniques de la révolution égyptienne
Par Alaa El Aswany
Ed. Actes Sud Sciences humaines
Traduit de l’arabe par : Gilles Gauthier
ISBN 978-2-330-00137-7
prix indicatif : 23,00 euros

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Observateur et acteur très engagé dans les bouleversements dont ses romans faisaient pressentir l’urgence, Alaa El Aswany propose ici, tel un état des lieux, un ensemble de chroniques écrites avant, pendant et après le séisme de la révolution égyptienne, et cet homme si jovial, si compréhensif, si plein d’empathie avec les autres, se montre inflexible, inexorable dès qu’il s’en prend aux forces qui oppriment son pays.

Alaa EL ASWANY
Né en 1957, Alaa El Aswany exerce le métier de dentiste dans le centre du Caire. Son roman L’Immeuble Yacoubian, porté à l’écran par Marwan Hamed et publié en France par Actes Sud (2006, et Babel n° 843), est devenu un phénomène éditorial international. Depuis le 25 janvier 2011, il est l’un des principaux relais de la révolution égyptienne auprès des médias français.Actes Sud a également publié ses romans Chicago (2007 ; Babel n° 941) et J’aurais voulu être égyptien (2009 ; Babel n° 1004), ainsi que son essai Chroniques égyptiennes (2011).

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Alors que les législatives du 28 novembre approchent, le romancier égyptien Alaa El Aswany vient de publier ses « Chroniques de la révolution égyptienne » aux éditions Actes Sud. A coups d’instantanés de la réalité égyptienne, l’auteur sonde les maux de son pays et défend inlassablement la nécessité d’instaurer un régime démocratique.

Alaa El Aswany a le sens du détail. S’emparant d’une anecdote entendue, d’un simple geste révélateur ou d’une rencontre avec une personnalité, ses « Chroniques de la révolution égyptienne », publiées ce mois-ci aux éditions Actes Sud, décryptent les forces qui oppriment son pays. Publiées avant et après la révolution dans la presse nationale, ces 50 chroniques dressent le portrait d’une société meurtrie par les lourdes années du régime Moubarak. « Pauvreté, brutale, oppression sociale, répression, fraude, châtiment des innocents, tout cela a rendu la vie impossible pour des millions d’Égyptiens », déplore-t-il. Mais plus qu’un observateur minutieux, Alaa El Aswany se fait un acteur engagé, pourfendeur inlassable de la démocratie et des libertés, à l’instar du mouvement Kifaya, qu’il a co-fondé en 2004.

Face à l’appareil répressif du régime Moubarak, le plus célèbre des écrivains contemporains égyptiens, auteur du best-seller « L’immeuble Yacoubian », pressent avant l’heure le mouvement qui se prépare. « L’Égypte est maintenant submergée par les grèves et les mouvements de protestation, comme cela n’avait pas eu lieu depuis la Révolution de 1952. Cette contestation sociale généralisée annonce un changement inévitable et n’est pas du tout étrangère à la démocratie », prédit-il. Convaincue de la nécessité de cette vague de révolte, sa plume aiguisée fustige sans relâche les rouages du système, huilé à coups de clientélisme et corruption.

Répondant au slogan des Frères musulmans « l’islam est la solution », l’écrivain conclue chaque chronique de façon implacable : « la démocratie est la solution ».

Dénonçant le délitement de la justice et du système de santé, les incarcérations arbitraires et les tortures sauvages, ou encore les droits des femmes bafoués par la « vague impétueuse de pensée salafiste-wahabite », chacune de ses chroniques est un appel clair à la démocratie et à une vision ouverte et éclairée de l’islam. Répondant au slogan des Frères musulmans « l’islam est la solution », l’écrivain conclut chaque chronique de façon implacable : « la démocratie est la solution ».

En filigrane de cette critique du régime, Alaa El Aswany garde son habituelle humanité à fleur de peau, caractéristique de ses précédents romans. Animé d’une foi inébranlable dans son peuple, l’auteur ne cesse de défendre le potentiel de sa nation, brisée, selon lui, par le régime de Moubarak. « Les gens du peuple ne sont pas comme le prétendent les dirigeants égyptiens, une populace qui ne sait pas où se trouve son intérêt. Ils sont au contraire dotés d’une boussole infaillible qui les guide vers la position juste. (…) il nous faut bien prendre conscience de ce que la chute des intellectuels commence toujours par leur mépris du peuple ». Mais dans ses dernières chroniques, écrites après la chute de Moubarak, l’inquiétude de l’écrivain est perceptible. « La Révolution n’est pas terminée », avertit-il, avant de s’interroger sur la portée du mouvement : « la révolution égyptienne s’est-elle trompée ? ».

Marqué d’une conscience historique dont il ne se défait jamais, Alaa El Aswany perçoit la difficulté de bâtir une Egypte nouvelle, alors que l’ancien régime perdure : « Le problème, c’est que la révolution a fait tombé Moubarak, mais que le régime de Moubarak, lui n’est pas tombé ». Mais malgré les entraves, il ne se départit jamais de l’espoir d’une Egypte libre, espoir nourri par les trois semaines passées sur la place Tahrir aux côtés des manifestants. A l’instar de sa dernière chronique, qui rend hommage au caricaturiste syrien Ali Farazat, dont les mains ont été brisées par des hommes du régime, Alaa El Aswany réaffirme par ses chroniques la détermination et la puissance des plumes arabes, plus fortes que les bâtons de la répression.

( Par Céline Girard )

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Où sont les felouls ?


4 juillet 2013

Rentrée en France depuis un an maintenant, j’avais laissé ce blog en jachère. Je lis comme tout un chacun la presse internationale, la presse égyptienne en ligne, ou les courriers de mes amis, sans m’autoriser à publier un avis qui n’est pas très éclairé. Mais en ce lendemain de « 2ème révolution », les analyses de l’événement que j’ai pu lire ou entendre m’ont fait l’effet d’une décharge électrique qui m’a précipitée vers mon clavier. Souvenez-vous ! Les commentateurs qui, en janvier 2011, ne voyaient dans les événements d’Egypte que le spectre de l’islamisme, ceux-là même qui, au lendemain de l’élection de Morsy ne se privaient pas de « on vous l’avait bien dit », ceux qui ont fait recette en vendant des essais plus ou moins fouillés discutant doctement du label de révolution (minoré si on lui ajoute arabe), tous ces commentateurs-là aujourd’hui saluent la deuxième révolution d’Egypte et la destitution de Morsy (sans d’ailleurs se confondre en excuses pour avoir annoncé, il y a deux ans, un long hiver islamiste).

Certes la joie des égyptiens de s’être débarrassés de ce régime est immense. Elle explose sur toutes les videos et dans tous les reportages. Les messages de mes amis sont enthousiastes. Mais tout de même, de ce côté de la Méditerranée, ceux qui sont toujours prompts à donner des leçons de démocratie, comment peuvent-ils nous expliquer qu’il y a de bons coups d’Etat ?

armee

Sur le pont de l’Université hier

Alors que 1500 jeunes en 2011 ont perdu la vie pour arracher un début de démocratie aux griffes d’un pouvoir militaire en place depuis 60 ans, alors que l’armée en a torturé des milliers (souvenez-vous des caves du Musée, des tests de virginité), qu’elle a essayé d’étouffer dans l’oeuf  les organisations telle « Asker kazaboun » (militaires menteurs) qui dénonçaient leurs pratiques, il a fallu une mobilisation sans faille et des centaines de manifestations pour faire accepter le processus démocratique des élections présidentielles et législatives.

Souvenez-vous de la femme au soutien-gorge bleu, des massacres de la rue Mohamed Mahmoud, souvenez-vous du massacre des coptes devant Maspero et des autres épisodes racontés sur ce blog.

L’autre avancée a été de permettre à l’Egypte de faire l’expérience d’un gouvernement par les Frères. Ces derniers, auréolés par plus d’un demi-siècle de résistance, durant lequel bon nombre d’entre eux ont connu la torture et la prison, étaient la seule force organisée. Leur participation à l’avenir du pays était incontournable. Pour faire tomber le masque de leur discours religieux il n’y avait rien de mieux que l’épreuve de la conduite du pays. Et ils ont été d’une incompétence au-delà de toute espérance (peut-être l’armée, propriétaire d’une bonne part de la distribution des carburants a-t-elle légèrement savonné la planche). Le pays a rapidement plongé dans une crise économique terrible, et, cerise sur le gâteau, les Frères ont renoué avec la politique autoritaire dont ils avaient souffert, mettant de plus en plus en cause les libertés individuelles, enfermant des journalistes, poursuivant la pratique de la torture (qui n’a jamais vraiment cessé) et menaçant gravement la liberté d’expression. Des coupures d’eau et d’électricité ont achevé de détériorer la vie des égyptiens qui passaient déjà de longues heures à chercher du diesel pour leur voiture… enfin ceux qui avaient encore un travail et une voiture.

C’est alors que s’est lancé le mouvement « tamarod » (rebellion) au printemps dernier. Qui participe à ce mouvement ? Des jeunes, des milliers de jeunes de toute évidence, ceux qui étaient dans les premiers réseaux de la révolution, ceux du « 6 avril », ceux de « al-Ikhouan kazanoun » (les Frères menteurs) et de tas d’autres mouvements généreux et dynamiques. Du Nord au Sud la pétition demandant le départ de Morsy a circulé comme une traînée de poudre, tant la colère était grande.

Mais qui a fait imprimer la pétition ? Qui a fait le choix que la revendication-phare ne soit plus celle d’élections législatives anticipées, ou d’une autre « constituante »  ? On ne mobilise pas 22 millions de personnes sans qu’il y ait débat sur la stratégie, au moins au niveau des responsables politiques existants. D’ailleurs où sont-t-ils ces responsables et comment se fait-il que, dans une situation économique et sociale aussi désastreuse, ils n’aient aucun programme alternatif à faire entendre ?

Tout se passe comme si on avait soigneusement guidé la colère égyptienne vers cette seule revendication, totalement contradictoire avec la conquête d’un processus démocratique et qui va, au bout du compte, redonner aux Frères de quoi lustrer leur couronne de martyrs alors qu’elle allait tomber aux oubliettes de l’histoire (la chasse aux sorcières a déjà commencé).

Une autre information est absente des analyses éclairées d’aujourd’hui. Des centaines de journées de grève ont eu lieu depuis l’hiver dernier, dans l’industrie textile, dans le delta, dans les faubourgs du Caire pour exiger un salaire minimum, et une loi sur la liberté syndicale qui n’existe toujours pas. L’OIT a classé en juin 2013 l’Egypte sur la liste noire des pays où le droit du travail est bafoué. Jamais l’Egypte n’avaient connu autant de conflits sociaux, et les Frères ont tout fait pour faire taire ce mouvement qui clame toujours le slogan du 25 janvier : « pain, liberté, justice sociale ! ». Mais sont-ils les seuls à vouloir faire taire un mouvement ouvrier qui porte des revendications précises posant de véritables questions politiques ?

Au fait, ils sont où les felouls ? Dans les manifestations anti-Morsy bien sûr.

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*voir cet article sur les feloul

Égypte : L’armée suspend la Constitution, démet Mohamed Morsi


LE CAIRE (Reuters) – L’armée a repris mercredi la place qu’elle a longtemps occupée au centre du jeu politique en Egypte, annonçant la mise à l’écart du président Mohamed Morsi et la suspension temporaire de la Constitution afin de trouver une solution à la crise que traverse le pays.

 

L’annonce de ces mesures d’exception a été faite à la télévision nationale par le général Abdel Fatah al Sissi, chef de l’état-major, à l’issue d’une rencontre avec les dirigeants de l’opposition et des communautés religieuses ainsi qu’avec les représentants des mouvements de jeunesse.

 

Ces décisions mettent fin à une année d’exercice du pouvoir par les Frères musulmans et ouvrent une période de transition politique qui doit conduire à de nouvelles élections présidentielle et parlementaires dans un délai restreint.

 

L’armée, qui se tenait en retrait des coulisses du pouvoir depuis quelques mois, a démontré qu’elle demeurait un acteur institutionnel majeur lors de cette journée à rebondissements.

 

Les militaires avaient donné au chef de l’Etat jusqu’à 17h00 pour répondre aux attentes des centaines de milliers de manifestants réclamant son départ depuis plusieurs jours.

 

A l’expiration de ce délai, et alors qu’aucun accord n’avait été trouvé, les choses se sont accélérées.

 

L’armée a d’abord pris position dans plusieurs lieux stratégiques du Caire, près du palais présidentiel et devant le siège de la télévision nationale.

 

Elle a ensuite apporté son soutien à la « feuille de route » mise au point par l’opposition, les dignitaires religieux et les organisations de la jeunesse.

 

Enfin, forte de l’appui d’une large partie de la population, elle a informé Mohamed Morsi qu’il n’était plus président de l’Egypte, un an après avoir été démocratiquement élu.

RÉVISER LA CONSTITUTION

Dans son allocution télévisée, Abdel Fatah al Sissi a précisé que le président de la Haute cour constitutionnelle allait devenir chef de l’Etat par intérim en remplacement de Mohamed Morsi. La prestation de serment est attendue jeudi.

Il reviendra au nouveau président, doté du pouvoir de gouverner par décrets, de désigner un gouvernement de technocrates pendant la période de transition.

Au cours de cette période, une commission sera chargée de réviser la Constitution, a ajouté le général Al Sissi.

Par ailleurs, le militaire a annoncé la création d’un comité de réconciliation nationale incluant les mouvements de la jeunesse, en pointe dans la contestation contre Mohamed Morsi.

Ces dispositions ont été approuvées par les dirigeants religieux, le grand cheikh de la mosquée Al Azhar et le patriarche de l’Eglise copte, Théodore II, ainsi que par le chef de file de l’opposition Mohamed ElBaradeï.

Ce dernier est lui aussi intervenu à la télévision pour appeler de ses voeux une élection présidentielle anticipée. Selon lui, la révolution du Nil qui avait été confisquée par les Frères musulmans dont était issu Mohamed Morsi a été relancée par les militaires.

Le calendrier des prochaines échéances électorales sera déterminé par le gouvernement intérimaire, a indiqué un porte-parole de l’armée.

Le parti Nour, deuxième formation islamiste d’Egypte, a annoncé qu’il soutenait la feuille de route afin d’éviter un conflit au pays.

LIESSE SUR LA PLACE TAHRIR

L’annonce d’Abdel Fatah al Sissi a été accueillie par des cris de joie et des scènes de liesse sur la place Tahrir au Caire où se rassemblaient les anti-Morsi. « Le peuple et l’armée sont unis comme les doigts de la main », chantaient les manifestants.

« Nous avions chassé un dictateur, nous en avons chassé un deuxième. Nous recommencerons si cela est nécessaire. Nous avons de l’expérience maintenant », expliquait un manifestant installé dans un café près de la place Tahrir.

De son côté, Mohamed Morsi a dénoncé sur son compte Facebook un « coup d’Etat militaire » et ses partisans, réunis dans la banlieue du Caire, ont réagi avec colère, certains arrachant des pavés et dénonçant les annonces d’Al Sissi comme « nulles ».

Pro et anti-Morsi se sont affrontés à Alexandrie dans la soirée où des coups de feu ont été entendus, selon des témoins.

Un responsable de la police locale a indiqué que des renforts avaient été appelés et que les forces de l’ordre contrôlaient la situation.

Des heurts entre les deux camps auraient fait quatre morts à Marsa Matrouh dans le nord du pays où se sont déployées des forces de sécurité, a indiqué le gouverneur de la région.

Par ailleurs, la chaîne de télévision Egypt25 des Frères musulmans a été suspendue de diffusion et ses dirigeants ont été arrêtés, a rapporté l’agence de presse Mena.

Mohamed Morsi se trouvait, lui, dans une caserne de la Garde républicaine sans que l’on sache s’il était détenu ou restait libre de ses mouvements.

Selon des témoins, les soldats ont dressé des barrières et ont installé des fils de fer barbelés autour de la caserne.

Dans la journée, Mohamed Morsi et de hauts responsables des Frères musulmans s’étaient vu interdire tout déplacement hors d’Egypte.

Dans un message adressé à ses partisans, le chef de l’Etat a appelé à résister pacifiquement « au coup d’Etat militaire » et à ne pas avoir recours à la violence contre les soldats.

Les Etats-Unis se montrent pour l’instant discrets face aux événements en Egypte, ni la Maison blanche, ni le département d’Etat n’ayant fait de commentaire sur le rôle des militaires dans ce basculement politique.

Amr Dalsh et Asma Alshari, Jean-Philippe Lefief et Pierre Sérisier pour le service français

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Libérez Andrey Pshenichnikov


Libérez Andrey Pshenichnikov
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Pourquoi c’est important

Andrey Pshenichnikov, 25 ans, un Russe né au Tadjikistan et émigré en Israël en 2001, à l’âge de 13 ans. Lors de son service militaire au sein de l’armée israélienne, Andrey s’est rendu compte de l’injustice que font subir l’État d’Israël et son armée aux Palestiniens. Andrey a quitté l’armée, puis, il s’est installé au printemps de l’année 2012 dans le camp des réfugiés palestiniens de Dheishé, près de la ville de Bethléem. Il a demandé à renoncer à sa nationalité israélienne et à obtenir la nationalité palestinienne. Très vraisemblablement sur leur ordre, l’Autorité palestinienne l’a extradé aux Israéliens. Andrey a séjourné ensuite en France au cours de l’été et de l’automne 2012, où il a participé activement aux actions de protestation contre les violations des droits de l’Homme perpétrées par l’occupant israélien en Palestine.Andrey avait un rendez-vous avec des amis, tous militants français solidaires de la Palestine au Caire le 25 décembre 2012. Pour s’y rendre, Andrey a demandé et obtenu un visa pour l’Égypte auprès des services consulaires de ce pays à Tel-Aviv. Il se trouve que ses passeports ont été confisqués par les autorités israéliennes à Eilat, afin de l’empêcher de traverser légalement la frontière israélo-égyptienne. Son enthousiasme était grand et sa résolution d’assister à la conférence de ses amis français, tenue en commun avec des Égyptiens, l’était aussi. Étant ainsi privé de son document de voyage et de son visa d’entrée en Égypte, Andrey a effectivement enfreint la loi égyptienne en s’y introduisant sans document de voyage.

Il se trouve que la peine minimale prévue par la loi égyptienne pour ce délit est l’emprisonnement de 6 mois. En général, les tribunaux ne condamnent pas à des peines plus lourdes. L’Égypte aurait pu en rester là : les autorités judiciaires auraient pu tenir compte de cette circonstance atténuante qu’est la demande et la délivrance du visa d’Andrey, mises en apposition avec la confiscation de son passeport par la police israélienne. Il y a, bien entendu, d’autres circonstances atténuantes, de diverses natures, tels le combat pour la justice pour le peuple Palestinien mené par Andrey, son absence de casier judiciaire (à l’exception d’une condamnation israélienne pour avoir séjourné dans un camp des réfugiés Palestiniens), ou encore son jeune âge.

Mais Andrey a été condamné le 11 février 2013 pour infiltration illégale sur son territoire nationale à 2 ans d’emprisonnement par la cour de justice de la ville d’At-Tour, gouvernorat du Sinaï Sud, Égypte. Il s’agit d’une peine sans proportion avec le délit commis, à plus forte raison si l’on tient compte de la personnalité et de la motivation d’Andrey.

A l’évidence, Andrey Pshenichnikov n’a pas pénétré en Égypte afin de nuire à ce pays ni au peuple égyptien.

Nous demandons donc aux autorités égyptiennes de libérer Andrey Pshenichnikov.

Ce sera la plus noble reconnaissance du combat d’Andrey pour un monde plus juste, où le peuple arabe de Palestine puisse recouvrir ses droits aux cotés de ses voisins, ce qui bénéficiera à toute cette région du monde, tant assoiffée de vie et de paix. Il est encore temps pour votre pays d’ouvrir grande la porte de la cellule où se trouve Andrey Pshenichnikov, de lui souhaiter la bienvenue en Égypte, et de lui permettre de repartir vers une destination de son choix.

Publiée Février 26, 2013

Tunisie/Égypte – Un laboratoire exemplaire ? (Les Cahiers de l’Orient 109, printemps 2013)


Tunisie---Liberte

photo © Pierre Piccinin da Prata (Tunis – place de la Kasbah – février 2011)

Conviendrait-il de conclure que, au mieux, le « Printemps arabe » se résumerait désormais aux cas tunisien et égyptien ?

Les clefs d’un désastre…

Le « Printemps arabe », en effet, ne semble pas vouloir tenir ses promesses ou, plus exactement, celles des nombreux observateurs euphoriques qui ont cru déceler, dans cette « vague révolutionnaire déferlant sur tout le monde arabe, du Maroc aux portes de l’Iran », l’émergence soudaine et généralisée d’une société civile suffisamment forte pour transformer politiquement l’Afrique du nord et le Moyen-Orient, en renversant des régimes dictatoriaux et en imposant des règles sociales et économiques nouvelles.

Quelques erreurs d’approche, d’abord, ont faussé l’analyse et produit cette expression-même de « Printemps arabe », qui résume à elle seule la distorsion existant entre les conclusions des commentateurs et la réalité du terrain ou, plus justement dit, « des » terrains : la passion générée par cet ensemble d’événements spectaculaires et l’emballement naïf qui en a résulté ; les comparaisons incongrues avec des épisodes de l’histoire européenne en apparence similaires (la Révolution française de 1789 ou le « Printemps des peuples » de 1848), qui ont conduit à l’application de schémas et de grilles d’analyse complètement inadéquats, produisant de ces révoltes arabes une image déformée et une interprétation prospective qui est désormais invalidée par les événements ; l’explication mono-causale de ces « révolutions », alors que les États concernés présentent des modes de fonctionnement politiques, socio-économiques, mais communautaires et religieux également, très divers, qui ont démultiplié les raisons et les configurations de la contestation ; l’erreur sémantique, qui a généré la confusion entre « révolte » et « révolution » ; et l’attrait de l’actualité, aussi, qui a nié la perspective des mouvements de contestation, dont la plupart ne sont pas nouveaux, mais existent depuis les années 1980’ et ont reçu depuis trente ans des réponses identiques à celles qui leur ont été données aujourd’hui, au Maroc, par exemple, en Algérie ou en Jordanie. Rappelons aussi que, des vingt-deux États membres de la Ligue arabe, seulement six pays sont concernés par ce « Printemps ». Enfin, la question se pose de savoir ce qui a motivé les jeunesses arabes : leur révolte avait-elle pour objectif la démocratie ou bien s’est-il agi d’une frustration au regard du pouvoir de consommer de l’Occident ?

Lire la suite ici

Manifestation devant l’ambassade égyptienne sous auspices AWSA (12 février)


Nous vous invitons à manifester auprès d’AWSA-Be le 12/02/13 à 18h devant l’ambassade égyptienne à Bruxelles dans le cadre des manifestations mondiales pour protester contre le terrorisme sexuel exercé sur des manifestantes femmes en Égypte.

Le 12 février à 18h auront lieu, en effet, des manifestations partout dans le monde auprès des ambassades égyptiennes! Nous ne pouvons manquer cette action !
Si vous souhaitez vous mobiliser aussi avec AWSA-Be, n’hésitez pas à nous contacter au 02.229.38.10 ou sur awsabe@gmail.com.

Plus d’infos:https://www.facebook.com/events/150788335077948/

Et pour la manif. à Bruxelles: https://www.facebook.com/events/327518497349166/
Voir aussi l’évènement créée par « The uprising of women in the Arab world »: https://www.facebook.com/intifadat.almar2a
Texte des revendications ci dessous.

Un grand merci pour votre engagement et au plaisir de vous revoir tous et toutes,

L’équipe d’AWSA-Be asbl

Egypte : un manifestant humilié et brutalisé se rétracte, accuse la police


lundi 4 février 2013, par La Rédaction

Un Egyptien, qu’une vidéo a montré nu, traîné au sol et battu lors de la répression d’une manifestation au Caire, s’est rétracté pour dénoncer des brutalités de la police après avoir accusé des manifestants.
« C’est la police qui m’a battu », lors d’une manifestation d’opposants vendredi soir devant le palais présidentiel, affirme Hamada Saber Mohamed Ali, dont la volte-face fait la Une de la plupart des journaux locaux lundi.
Sur une vidéo qui a choqué l’opinion publique, on voit des policiers battre l’homme avec des matraques, le bousculer et le dévêtir, avant de le traîner au sol, puis de l’embarquer dans un fourgon blindé posté devant le palais.
Admis dans un hôpital relevant du ministère de l’Intérieur, ce père de famille avait affirmé dans un premier temps sur la télévision d’Etat que des manifestants l’avaient pris pour un policier et l’avaient déshabillé, ajoutant avoir été « sauvé » par les forces de sécurité.
Cette version difficilement convaincante, compte tenu des images montrant clairement qu’il est battu par des policiers, a de surcroît été mise à mal par des membres de sa famille qui ont affirmé que la victime faisait « l’objet de beaucoup de pressions » et avait peur.
« J’étais sous la pression et la terreur des policiers à l’hôpital. Mais j’ai admis la vérité après avoir regardé la vidéo où, comme un animal, des officiers et des policiers s’acharnaient sur mon corps nu », a rectifié l’homme, cité par le quotidien Al-Chorouk. Il a expliqué sur une télévision avoir fait volte-face après que sa famille l’eut « désavoué » et avoir constaté que « toute l’Egypte était en colère et qu’on me ridiculisait sur Facebook ».
Cet ouvrier de 50 ans vit avec sa femme et ses trois enfants dans une seule pièce dans un quartier pauvre du Caire, selon le journal Al-Watan.
Sa volte-face « ne change rien à la position du ministère de l’Intérieur qui refuse la violence », a commenté un responsable du ministère, cité par Al-Chorouk.
Le parquet a ouvert une enquête et l’opposition a réclamé la démission du ministre de l’Intérieur, Mohamed Ibrahim, sur l’affaire, présentée par les autorités comme « un acte isolé ».
Fin 2011, l’image d’une manifestante voilée que l’armée traînait sur la chaussée, mettant à découvert son ventre et son soutien-gorge, avait provoqué l’indignation en Egypte et dans le monde.

(04-02-2013 – Avec les agences de presse)

[youtube http://youtu.be/AlgUUGKZ4R4?]

Egypte : Les Frères musulmans torturent…


Un papier de Delphine Minoui que le journal numérique du Soir.be publie cette après-midi en manchette.

Quand les Frères Musulmans donnent dans la torture

Correspondante au Caire, Delphine Minoui

D’une main déterminée, Mohammad El Garhi fait défiler, un à un, les clichés de la honte sur son téléphone portable. Visage ensanglanté, vêtements arrachés, regard sonné… Les portraits des victimes qu’il a photographiées dans la nuit du mercredi 5 au jeudi 6 décembre, après s’être infiltré dans ce qu’il décrit comme une « cellule de torture improvisée », parlent d’eux-mêmes. « Les Frères Musulmans auront beau nié avoir arrêté et malmené les protestataires, c’est bien la preuve en grandeur réelle de leur brutalité », souffle-t-il. Cette nuit-là, le jeune reporter d’Al Masry al Youm, un quotidien arabophone proche de l’opposition égyptienne, a été dépêché aux abords du Palais présidentiel. La veille, un premier rassemblement de protestataires, venus manifester contre une Constitution dont ils dénoncent la coloration religieuse et les atteintes aux libertés, s’était déroulé dans le calme, sous le regard d’ailleurs souvent complice des policiers. Le Président issu de la Confrérie s’est-il senti en danger pour s’en remettre, dès le lendemain, à la violence de ses supporters ?

Il est environ 16h lorsque ces derniers rallient les alentours de l’énorme bâtisse blanche, au cœur du quartier huppé d’Héliopolis, en tentant de chasser violemment les manifestants. La tente des anti-Morsi vacille. Les insultes fusent. Des protestataires sont molestés. Cherchant à se défendre, les moins chanceux se retrouvent rapidement sous une pluie de bâtons. Tirés de force par leurs bourreaux, ils échouent dans un lieu secret, attenant à l’une des entrées du Palais, face à la mosquée Omar Ibn Abdel Aziz. Emboîtant le pas d’un collègue de Misr 25, la télévision pro- Frères, le journaliste égyptien parvient à y accéder vers 19h30. « A l’intérieur, j’ai pu dénombrer 15 membres de la Confrérie. Ces gens ne portent pas d’uniforme, mais j’ai pu les reconnaître à leur façon de parler et à leur allure. Ils étaient barbus pour la plupart, et particulièrement musclés. Epaulés par les forces anti-émeute, ils avaient divisé l’espace en deux cellules : celle de la torture et celle des interrogatoires », raconte Mohammad. A chaque nouvelle arrivée, le même manège se reproduit : les victimes – des dizaines selon le journaliste – sont jetées au sol, ruées de coups, et leurs biens personnels – carte d’identité, argent, téléphone – confisqués. Les questions fusent : Qui vous a payé pour manifester ? A quel mouvement appartenez-vous ? Celui de Sabbahi, d’El Baradei (deux grandes figures de l’opposition) ou bien le PND (l’ex parti de Moubarak) ? Pendant ce temps, les interrogateurs filment les réponses à bout de téléphone portable. Quand une victime refuse de se prêter au jeu, les coups redoublent de plus belle. « Regardez cet homme. Il n’arrêtait pas de leur répéter : « Je connais de nombreux cheikhs, je suis un bon musulman ». Mais ses bourreaux ne voulaient rien entendre. Pour eux, c’était un agent de l’Occident ! », poursuit Mohammad El-Garhi, en s’arrêtant sur une des photos. Avant d’ajouter, penaud : « Je n’en croyais pas mes yeux et mes oreilles : comment les Frères Musulmans, des victimes de l’ancien régime, pouvaient-ils s’être transformées si rapidement en bourreaux ? Et dire que j’ai voté pour Morsi. Aujourd’hui, je le regrette profondément…».

Détail encore plus troublant : dans son discours offensif, prononcé en direct à la télévision, dès le lendemain soir, le chef d’Etat islamique a fait référence aux « aveux » des « bandits » arrêtés pendant les troubles – une déclaration qui laisse entendre que les autorités étaient au courant de ces « cellules de torture ». « Au lieu de condamner ces détentions illégales et les abus commis à l’entrée du Palais, le président Morsi s’est insurgé contre ces victimes », déplore Joe Stork, de Human Rights Watch. Pire : cette nuit-là, les échanges de tirs et de coktails molotov entre pro et anti-Morsi ont fait, selon le Ministère de la Santé, au moins dix morts et plus de 700 blessés. Mais alors que l’affiliation politique des défunts – dont un copte – demeure incertaine, les Frères Musulmans ont eu vite fait d’en faire des islamistes de leur clan et de les ériger en « martyrs ».

« Je ne reconnais plus mon pays », se lamente Yehya Negm. Le visage parsemé d’égratignures et boursouflé par les coups, cet ancien diplomate de 42 ans est un miraculé. Ce fameux mercredi 5 décembre, il a vu la mort de près après avoir été roué de coups, en pleine foule, par les anti-Morsi. « Quand j’ai rejoint le cortège des protestataires, vers 16h, l’ambiance était calme et bon enfant. Quelques heures plus tard, ça a commencé à dégénérer quand les partisans du président sont arrivés. A 22h, mon groupe a été pris à partie. Ils étaient des dizaines, des centaines à me frapper au ventre, à la tête. Quand je me suis effondré au sol, ils ont commencé à m’écraser le crâne sous leurs bottes, avant de me traîner par terre sur une centaine de mètres. Une ambulance est passée par là, mais ils ont refusé de laisser son équipe me soigner. C’est à cet instant là que j’ai tourné de l’œil », raconte-t-il. Quand il reprend conscient, un peu plus tard, il réalise qu’on l’a enchaîné avec des ficelles en plastic à l’une des portes du Palais. Il n’est pas seul : une petite cinquantaine de personnes ont échoué comme lui, dans cet espace encerclé par des pro-Morsi en furie. « Ils me traitaient d’infidèle, de traite. Dans mon portefeuille, qu’ils avaient saisi, ils ont trouvé des dollars : la « preuve », pour eux, que j’étais un « espion de l’Occident». Quand je les ai suppliés de me rendre mon cellulaire, qu’ils avaient aussi confisqué, pour appeler ma famille, ils m’ont répondu : Oublie la ! ». La nuit sera longue et douloureuse. Ce n’est que le lendemain, aux alentours de 15h, qu’il retrouve enfin les siens, après que les pro-Morsi, sommés comme leurs adversaires d’évacuer les lieux sur ordre de l’armée, le transfère au poste de police. Aujourd’hui, Yahya se remet à peine de ses blessures « autant physiques que psychologiques », dit-il. Lui qui avait longtemps hésité à boycotter la Constitution a désormais bien l’intention de se rendre aux urnes ce samedi. « Je voterai « non », c’est décidé. Comment laisser passer une Constitution rédigée dans le sang ? », s’emporte-t-il.
DELPHINE MINOUI