Internet au-dessus des Etats


 

LLB – Contribution externe –  Publié le lundi 12 décembre 2016 à 12h36 – Mis à jour le lundi 12 décembre 2016 à 12h38

 

Une opinion de Luc de Brabandere, philosophe d’entreprise

 

 

 

Internet n’est pas un espace public, n’est pas écologique, ni transparent, ni équitable, ni neutre, ni gratuit…

Il nous faut de nouveaux modèles pour traduire nos valeurs dans le monde actuel.

C’est le plus grand défi jamais posé à nos démocraties.

 

Quand on voit Mark Zuckerberg discuter avec Obama, Bill Gates monter les marches de l’Elysée ou Jack Ma être reçu au palais royal de Bruxelles et au Parlement européen, on pourrait penser qu’ils vont rencontrer leurs pairs. Il n’en est évidemment rien.

Comme disait Coluche, remettons les pendules à leur place. Les patrons de Facebook, Microsoft ou Alibaba ne sont pas des hommes d’Etat, ce sont des hommes d’affaires. Ils ne pensent pas à leurs électeurs, ils pensent à leurs clients. Ce sont des voyageurs de commerce et ils ne viennent pas parler d’égal à égal avec des responsables politiques, car ils sont au-dessus de la politique. Pour la plupart des entrepreneurs de la Silicon Valley, le principal obstacle au développement de leur business est même l’existence des Etats ! Et l’accueil « royal » qui leur est fait montre à souhait la confusion des genres et le désarroi des nations face à ceux qui les ignorent.

Reprécisons un certain nombre de choses.

 

1

 Internet n’est pas un espace public. Non, c’est un espace privé. Ce n’est pas parce que plusieurs sociétés de l’Internet ont un chiffre d’affaires supérieur au PNB de certains pays qu’elles en deviennent pour autant un pays.

2

 

 Internet n’est pas mondial. Internet parle anglais, Internet est américain. Non seulement l’écrasante majorité des acteurs importants le sont, mais aussi la majorité des organismes qui l’organisent, le régulent ou gèrent les noms de domaines. Malgré sa taille gigantesque, l’Internet chinois ne compte pas beaucoup à ce niveau.

3

 

 Internet n’est pas écologique. Internet consomme une énorme quantité de matières premières et de métaux précieux. Internet consomme une énorme quantité d’énergie. Chaque Data Center, comme celui de Google à Mons, a besoin d’autant d’électricité qu’une ville de 40 000 habitants. Internet provoque une énorme quantité de déchets toxiques qui s’accumulent dans des décharges en Afrique ou en Inde.

4

 

 Internet n’est ni virtuel, ni immatériel. Les réseaux « sans fil » ne sont possibles que grâce à des milliers de câbles souterrains et des centaines de câbles sous-marins. Dans les océans aussi, les géants du Web tissent leur toile. Facebook et Google ont annoncé la construction d’un câble de près de 13 000 kilomètres pour relier Hong Kong et Los Angeles. Et d’autres se disent que la fonte de la calotte polaire arctique pourrait permettre d’installer des câbles plus courts entre l’Europe et l’Asie…

 

5

 Internet n’est pas transparent. Qui connaît la nature exacte des liens scellés entre les maîtres du Big Data et les services de renseignement américains ?

 

6

 Internet n’est pas neutre. Tout algorithme correspond à un projet de son propriétaire. Allonger le temps de connexion, encourager la distraction, créer une dépendance, il est là le vrai projet des algorithmes.

7

 

 Internet n’est pas totalement compris dans son fonctionnement. Les ingénieurs des grandes plateformes reconnaissent ne pas comprendre toutes les réactions des algorithmes qu’ils ont eux-mêmes développés ! On parle alors de « machines apprenantes ». Mais elles apprennent quoi au juste ? Ne serait-il pas sage d’au moins se poser la question ?

 

8

 Internet n’est pas le garant d’une économie de marché. Même le très libéral « The Economist » l’affirmait dans son édition du 17 septembre dernier. L’apparition de colosses menace la concurrence et même la légitimité du commerce.

 

9

 Internet n’est pas le garant de la démocratie. Car la démocratie n’est pas une somme continue et aléatoire de référendums, de sondages ou de pétitions. De plus, la plupart des entrepreneurs du Web la considèrent comme obsolète !

 

10

 Internet n’est pas le garant d’un enseignement de qualité. Donner une tablette à chaque élève n’a de sens que si l’enfant apprend à la regarder de manière critique, ce que seul un professeur peut lui enseigner.

11

 Internet n’est pas équitable. L’outil traditionnel de redistribution des richesses n’y fonctionne pas. La fiscalité se fait dépasser au-dessus par ceux qui pratiquent l’ingénierie fiscale à l’échelle planétaire. Et elle se fait court-circuiter en dessous par ceux qui organisent une économie collaborative.

12

 

 Internet n’est pas gratuit. Si les abonnements sont si peu chers, c’est parce que nous payons pour l’essentiel en nature. Pour recevoir quelques renseignements utiles ou pour pouvoir stocker nos photos, nous détaillons – sans en réaliser la valeur – nos goûts et nos préférences. On appelle cela les « données », appellation justifiée si on ne perd pas de vue que c’est nous, et pas eux, qui sommes les généreux donateurs !

 

13

 Internet n’est pas notre outil. Nous sommes l’outil d’Internet, et aussi son laboratoire. Facebook a reconnu avoir organisé des tests grandeur nature sur ses membres pour voir comment ils réagissaient à la diffusion de certaines informations.

 

14

 Internet n’est pas bon. Internet n’est pas mauvais. Internet est bon ET mauvais. Internet est la plus grande machine du monde certes, mais reste une machine. Elle ne peut donc être ni créative, ni responsable.

15

 

 Internet est surtout le plus grand défi jamais posé à nos démocraties. Internet déstructure le temps et l’espace à un rythme accéléré et rend caduques les structures socio-économiques qui ont fait notre prospérité. Quand Jeff Bezos, CEO d’Amazon, est venu voir Jean-Claude Junkers à Luxembourg, c’était pour négocier un statut fiscal particulier. Mais aujourd’hui Jeff Bezos pourrait envisager d’acheter le Luxembourg…

 

Il nous faut d’urgence de nouveaux concepts, de nouveaux modèles, de nouvelles catégories pour traduire nos valeurs dans le monde d’aujourd’hui. Il nous faut réinventer le droit, l’enseignement, la sécurité sociale. Et si nous ne le faisons pas nous-mêmes en Belgique et en Europe, d’autres qui ne partagent pas nos valeurs le feront à notre place.

Internet est au-dessus des Etats. Google et Facebook n’existaient pas il y a vingt ans, aujourd’hui ils dominent le monde. Cela n’a été possible que parce qu’ils sont au-dessus des Etats.

Y a-t-il quelqu’un pour me dire où a lieu la réflexion sur les grands principes de l’humanisme numérique ?

 

Poètes Célèbres : Charles BAUDELAIRE, Arthur RIMBAUD, Victor HUGO, Paul VERLAINE, Joachim Du BELLAY


Ajoutée le 5 déc. 2016

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Bachar el-Assad : “Voici comment nous avons créé l’Etat Islamique”


 

La collusion du régime syrien avec les terroristes du groupe djihadiste remonte à une décennie.

THE DAILY BEAST

Publié le 2 Décembre 2016
Confessions choc d’un homme de Bachar el-Assad : “Voici comment nous avons créé l’Etat Islamique”

Dans sa première interview après avoir remporté la présidence, Donald Trump a laissé entendre qu’il allait changer de politique dans le conflit en Syrie, passant d’un soutien à l’opposition modérée à une collaboration avec le régime du président Bachar al-Assad.

« La Syrie se bat contre ISIS, et nous devons nous débarrasser d’ISIS », a déclaré Trump. Quant aux rebelles que les Etats-Unis ont soutenu pendant les trois dernières années, Trump dit: « Nous ne savons pas qui sont vraiment ces gens. »

Mais le président-élu semble être mal informé sur le rôle clé d’Assad dans la montée du soi-disant État Islamique.

Tout d’abord, le dictateur syrien a essayé d’amadouer les dirigeants occidentaux en décrivant le soulèvement national contre lui comme une révolte dirigée et animée par des terroristes. Quand cela a échoué, il a libéré des extrémistes islamistes emprisonnés qui avaient combattu contre les troupes américaines en Irak, puis il a mis en scène de fausses attaques contre des installations gouvernementales, en accusant des terroristes. Loin de luttre contre ISIS, Assad a fermé les yeux quand ISIS a mis en place un état dans l’état avec sa capitale à Raqqa, avant de laisser aux États-Unis et à d’autres le soin de contrer les extrémistes islamiques.

lire l’article ici

Lettre ouverte à ceux qui, au nom de l’anti-impérialisme, soutiennent le régime de Bachar el-Assad


 

La contestation massive des dictatures dans le monde arabe (qu’on a globalement qualifié de « printemps arabe ») a commencé en 2010 par des manifestations en Algérie, au Maroc puis en Tunisie. Depuis lors presque tous les pays arabes ont été touchés, à des degrés divers, par des révoltes populaires. Au-delà des situations particulières à chaque État, la plupart des participants à ces mobilisations ont été et sont encore partout motivés par le refus de la misère et de la corruption des classes dirigeantes ainsi que la soif de liberté.

Ce que je viens d’écrire ne sera pas contesté par le commun des mortels qui suivent, fut-ce de loin, ces événements.

Pourtant, obsédés par l’impérialisme des États-Unis d’Amérique et de ses alliés, une minorité, très active sur les réseaux sociaux, minimise ou même nie carrément l’existence de ces révoltes populaires. Pour elle, ce que certains ont appelé les « révolutions arabes » n’existent tout simplement pas. Si des organisations armées se battent contre des régimes en place, il ne peut s’agir que de mouvements djihadistes ou d’autres organisations, non djihadistes, mais manipulées par les djihadistes et/ou par les Etats-Unis et leurs alliés.

Il en serait de même en Syrie, où l’opposition démocratique à la dictature du régime de Bachar el-Assad et son bras armé, l’Armée Syrienne Libre, soit n’existeraient (quasi) pas, soit seraient au service de l’impérialisme occidental ou instrumentalisés par lui. Cet impérialisme occidental est considéré par ces « anti-impérialistes » comme l’« ennemi principal ». Ce qui justifie à leurs yeux leur soutien à ceux qui s’y opposent, à commencer par le régime el-Assad et ses alliés, L’Iran, La Russie, le Hezbollah libanais. Également opposés aux organisations djihadistes, ils considèrent que les Américains et leurs alliés sont en grande partie responsables de la naissance et du développement de ces groupes. Et, pour eux, ceux qui les combattent le plus efficacement sont les ennemis du « camp occidental » que sont le régime d’el-Assad et ses alliés (la Russie, l’Iran, le Hezbollah libanais).

La famille Assad est au pouvoir en Syrie depuis 1970. Hafez el-Assad, le père de Bachar, a gouverné ce pays d’une main de fer durant 30 ans. Période durant laquelle, pour se maintenir au pouvoir, il a commis d’innombrables crimes à l’encontre de son peuple. Le plus terrible est le massacre des révoltés de la ville de Hama en 1982, dont on ne connaît pas le nombre exact de victimes (les estimations varient entre 7.000 et 35.000). Son fils Bachar lui succède à sa mort en 2000. Durant les premiers mois de son « règne », il donnera l’illusion d’une volonté de démocratisation. Mais il suivra ensuite résolument la voie ouverte par son père : son régime se caractérisera dès lors par l’absence de libertés publiques, la corruption, la répression féroce de toute contestation y compris de nombreux assassinats, l’utilisation systématique de la torture à l’encontre des très nombreux prisonniers politiques.

En mars 2011, suivant en cela les exemples tunisien et égyptien, ont lieu, en Syrie, les premières manifestations pacifiques exigeant la liberté d’expression et critiquant le régime. Ces manifestations seront tout de suite réprimées très violemment, à tel point que, quelques mois plus tard, on assistera à la militarisation de la révolte contre le régime et, fin juillet, à la naissance de l’Armée Syrienne Libre. De plus en plus de militaires de l’armée syrienne, dont des officiers supérieurs, désertent. Certains d’entre eux rejoignent l’Armée Syrienne Libre.

Au fil du temps, la révolution syrienne s’est transformée en guerre civile avec toutes les horreurs qu’entraînent ce type de conflit. Les organisations djihadistes (essentiellement « Daesh » et le « Front al Nosra » devenu, après sa rupture avec Al-Qaïda en juillet 2016, le « Front Fatah al-Cham ») y ont pris de plus en plus d’importance. Ces derniers temps, des groupes rebelles non djihadistes, quasi privés de tout soutien militaire extérieur contrairement à certains groupes djihadistes, ont été parfois amenés à s’allier avec des groupes du « Front Fatah al-Cham » ou avec d’autres groupes islamistes (mais pas avec Daesh) pour combattre l’armée syrienne.

Cette complexification du conflit rend difficile pour les démocrates l’organisation d’un mouvement de solidarité de masse avec les partisans d’une Syrie démocratique. Qui faut-il soutenir ? Et comment ?

Mais ce qui devrait être clair pour tout démocrate, c’est qu’on ne peut en aucun cas soutenir le régime de Bachar el-Assad.

Or, comme dit plus haut, au nom de leur «anti-impérialisme » – en réalité de leur opposition à la politique impérialiste des seuls États-Unis et de leurs alliés, comme s’il n’existait que cet impérialisme-là – certains défendent le régime d’Assad, pourtant massacreur de son propre peuple. Pour eux, le respect des Droits humains les plus fondamentaux (tels qu’ils sont définis dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948 http://www.un.org/…/universal-declaration-human-…/index.html), dont les libertés individuelles et publiques ainsi que le principe de la souveraineté populaire, fondement de la démocratie, est considéré comme secondaire. Cela je ne peux l’admettre.

Et, en tant qu’homme de gauche, j’interpelle ici tout particulièrement ceux parmi ces « anti-impérialistes » qui se disent eux aussi « de gauche ». Pour moi, être de gauche implique avant tout de défendre l’égalité en droits de tous les êtres humains. Je pense ici en particulier aux droits fondamentaux suivants, contenus dans la Déclaration universelle des Droits de l’Homme mais largement bafoués par le régime de Bachar el-Assad : droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne (article 3) ; interdiction de la torture (art. 5) ; interdiction des arrestations, emprisonnements ou exil arbitraires (art.) ; droit d’être jugé selon la loi, la même pour tous et par des tribunaux indépendants du pouvoir politique (art. 10) ; droit de circuler librement (art. 13) ; libertés d’opinion, d’expression, de réunion et d’association (art. 19 et 20) ; droit égal pour tous de participer à la vie politique de son pays, d’accéder à toutes les fonctions publiques, de prendre part aux choix des dirigeants politiques par des élections périodiques par le biais du suffrage universel avec vote secret (art. 21) ; droit de de s’affilier à un syndicat existant ou de créer un syndicat (art. 23) ; droit à des congés payés périodiques (art. 24) ; droit à un niveau de revenus suffisant pour assurer son alimentation, son habillement, son logement, sa santé, même en situation de chômage, de handicap ou de vieillesse (art. 25) ; droit à l’éducation (art. 26).

Je ne me considère pas « du même bord » que ceux qui considèrent que tout cela peut être sacrifié, même « provisoirement » au nom de la priorité que constituerait « la lutte anti-impérialiste ». L’accès au bien-être du peuple syrien dans un cadre démocratique est inconciliable avec le maintien du clan Assad au pouvoir.

Parmi les nombreux groupes armés combattant sur le territoire syrien, certains continuent à le faire au nom des droits humains tels qu’ils sont définis dans la Déclaration universelle de 1948, en particulier ceux qui fondent la démocratie politique. Ce sont ces groupes-là et eux seuls qui, à mes yeux, méritent le soutien des démocrates du monde entier.
Michel Staszewski