Poètes Célèbres : Charles BAUDELAIRE, Arthur RIMBAUD, Victor HUGO, Paul VERLAINE, Joachim Du BELLAY


Ajoutée le 5 déc. 2016

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Hoshang Ossé poète kurde de Syrie


Il y a celui qui danse pour oublier
Il y a celui qui danse pour se rappeler
Peut être que vous me considérez comme un instant
Où se réfugient vos visages fêlés 
Peut être que vous me considérez comme un instant
Auquel vos cœurs disposés au chagrin se rendent
Pour fuir vos blessures sanglantes    
Mais…
N’oubliez pas que je souffre en méditant votre arrivée et votre départ
                         *  *  *  *  *

عيد

ثمةَ من يرقص لينسى
وثمة من يرقص ليتذكر.
قد تعتبرونني لحظة, تلوذُ إليها وجوهكم المتصدعة
أو يوماً تأوي إليه قلوبكم الفارة من جراحكم, المفطورة على الحزن
لكن…
لا تنسوا بأنني أتألم متأملاً مجيئكم وذهابكم.

Voyez d’autres poèmes ici

Un poète kurde en exil : Hoşeng Osê


Hoşeng Osê  vit à présent en Flandre. Il écrit en arabe et en kurde et est également journaliste.

De blinde meeuw

 

Noordzee…

Ik ben geen soldaat die een mes in de rug kreeg, noch een verradende koning op een schaaktafel.

Denk je niet dat ik de resten van een schipbreuk ben, die op je kust eindigt.

Ik ben de resten van een bloedbad.

Ik draag in mijn hart mijn kruis én mijn graf.

Ik verberg onder mijn tong het geheugen van mijn vaderland voor de oprukkende barbaren.

de verdriet is mijn beker, mij pijn is wijn.

Denk je niet dat ik een kapitein ben, wiens schip hem in de steek liet.

Ik ben een natie wiens vier windstreken hem niet langer herkennen.

Ik ben een treurend gedicht, dat een blinde profeet nog steeds schrijft, voor de kleine zwaluwen.

Zelfs jij, Noordzee?!

Zelfs jij keert mij ook de rug toe?!

Ik ben geen oprukkende Alexander, noch een ambitieuze Napoleon ..

Ik ben gewoon een echo ..

Een nederlaag ..

Gewoon een lijk dat sinds drie duizend jaar,

Nog steeds naar een graf zoekt.

 

………………………..

 

Een gemummificeerde tijger

 

 

Zijn ogen: twee gloeiende kolen, die vonken uit een diepe put.

Hij zegt: ik ben Jozef, verraders, en ik wil niet uit de put komen.

*****

Verjaagd door de duisternis, verdoemd door het daglicht, slaat hij met zijn nagels de rotsen van de tijd.

Noch de zee kan het vuur der hartstochten in zijn hart doven;

Noch de regen kan het leed, dat zijn geest treft, verzachten.

Alleen de stilte luistert eerbiedig naar zijn gekreun.

*****

Jullie, die Abel duizend keer per minuut doden;

Denk je niet dat ik een gemummificeerde tijger in een museum ben!

Deze wereld die jullie met oorlogen en vernielingen gevuld hebben, is het eeuwige museum, en jullie zijn de mummies!

Ik wandel onder jullie rond.

En omdat jullie gemummificeerde mensen zijn, met duizend maskers,

Wil ik niet eens, dat jullie mijn prooi worden!

Hosheng at 11:40 in this youtube video in Kurdish.

« Station d’attente », de Amir HASSAN


Une bonne nouvelle au milieu du désastre que constitue le resserrement du blocus de Gaza : notre ami Amir HASSAN, diplômé de l’université d’Al-Aqsa à Gaza, vient de se voir attribuer une « Mention spéciale du jury » du Consulat Général de France à Jérusalem, au Concours d’écriture Planète-femmes 2013, pour ce magnifique et terrible poème :

« Station d’attente »,

de Amir HASSAN

Assise, depuis plus de trente ans, depuis que le chant de la guerre a fait le tour du village, depuis que les hommes sont partis à la recherche de la paix perdue, depuis ce mensonge antique, depuis que la rose n’est plus la rose, depuis que l’hiver égorge la beauté des saisons, depuis que les retrouvailles ne sont plus possibles et depuis que la mort a tenu ses promesses.

Assise comme un vieux papier qui résiste face à la poussière, la mémoire est faible, cependant l’oubli n’y a pas trouvé sa place.

Le corps est fragile mais le cœur bat encore, indifférent, juste pour l’harmonie et la symphonie du geste.

Je n’ai pas vu les années passer, elles étaient toutes complices. Je n’ai pas senti les cheveux blancs pousser dans le champ sur ma tête. Des cheveux comme une couronne de sagesse dans ce vieux royaume qui n’a plus envie de repeindre le ciel avec trois couleurs, n’a plus envie de confisquer les nuages, la pluie et n’a plus envie de faire du temps des leçons d’histoire pour une génération naïve. Une génération qui croit à tout quand ce vieux royaume prend du recul.

Ô fils de ma patrie, je ne vous regarde plus depuis que j’ai appris que le dernier regard n’adoucit pas l’adieu, ne fait pas revenir les martyrs, ne rassure pas les futures victimes de la machine aveugle de la guerre .

Ô soldats de mon pays, qu’elle est noire ma nation sans vous, qu’il est hypocrite ce Noël sans vous, qu’elle est cruelle la vie sans vous et qu’elle est profonde la poésie après vous.

Voyez en moi l’invisible, comprenez en moi l’incompréhensible, regardez bien comment la guerre transforme les dames en stations d’attente.

Regardez bien comment la guerre a fait de la terre un énorme cimetière gris, où les morts ont du mal à mourir correctement, dignement. Un cimetière où les orphelins semblent être des courriers sans adresse et où les graines germent sur les cadavres des innocents.

Ô soldats, je n’ai plus le privilège de parler comme avant, le silence a fait de moi son fief, et le temps m’a fait oublier les mots, à part vos prénoms car ce ne sont pas des mots, mais des rimes.

J’aurais aimé vous dire combien de jeunes rêveurs sont passés par là, devant mes yeux, à cette époque où mes yeux avaient encore le droit de bouger de droite à gauche. A cette époque, où ils avaient encore le droit de croire au retour des arbres combattants, j’aurais peut-être crié pour briser cette atmosphère maudite qui vous dicte des mensonges horribles, qui vous dit que la guerre fait des héros.

On n’a pas besoin d’un héros immobile jeté par terre avec deux balles qui lui décorent sa dernière apparence.

Regardez la neige triste autour de moi, elle a mes larmes, mes pleurs. Sans parler que ce soleil ancien n’ose même pas apparaître face à la grandeur de cette montagne de douleur et de chagrin. Pourtant, avant, je ne savais pas que le chagrin pouvait être un pays, je ne savais pas que les femmes pouvaient être des demeures de deuil à jamais.

Le rythme des canons n’est pas plus fort que le rythme du silence que nous portons au creux de nos cœurs. Nous, femmes de la planète masculine guerrière ; nous, les derniers refuges pour les instants qui assassinent ; nous, les figures qui feront de beaux tableaux à la mairie ; nous, les soldats inconnus sur la place de la république ; nous, les oubliées sur un banc dans les jardins publics ; nous, les enterrées vivantes dans ce monde sophistiqué ; nous, la longue queue aux portes des cliniques et des boulangeries ; nous, les statues nues que les regards des passagers violent sans merci ; nous, le message de paix qui parle sans voix, les cris sans bruit, les caresses et les câlins parfumés d’amour, les prières tardives qui font veiller Marie, les chants rebelles qui luttent contre l’injustice, et le regard profond qui dit tout ou qui ne dit rien du tout…

Ô soldats, je ne suis pas toute nue et je ne suis pas Jésus, mais un seul regard vous aurait peut-être sauvé la vie. »

Amir Hassan

E-mail : ameer_h_2004@hotmail.com

En post-scriptum, Amir nous dit :

« A Gaza la situation est vraiment catastrophique. Il y a une vraie crise alimentaire, de carburant, de transport et d’électricité.

Le passage de Rafah est fermé, personne ne peut voyager. 50 personnes seulement ( Malades, Etrangers) par jour. Des milliers de Gazaouis sont bloqués.

On ne reçoit que les menaces d’Israel.

On attend le pire.

Mais on garde l’espoir, car c’est gratuit de le garder.

Pensée de Gaza, Gaza la chaleur humaine. »

CAPJPO-EuroPalestine

Gloire à ceux qui nous torturent – Poème


Abdellatif Laâbi

Poéme / Poémes d’Abdellatif Laâbi

[X]

de vous à moi

la vérité jurez-moi de ne pas me croire nous attendons

qu’une roue fissure des chairs non comestibles ou qu’un œil s’éteigne pour avoir été témoin nul carnassier ne viendra repriser les césariennes on torture

apothéose artifice de pogroms

feu de squelettes

gloire gloire

la face paisible du bourreau la main douce qui charcute et l’univers coule

son petit train-train de morales encore encore le doux nectar du mal la vivifiante souffrance écumoire de diaphragmes

bille de bulbes gloire

ô le noble regard du coupeur de têtes le fond musical des pilules de cyanure ô l’effluve de ce vitriol nous attendons cadavres ou fossiles et la fête macabre monte une ordalie sans prévenir l’on torture

et l’on tenaille ce qui bat et l’on pilonne ce qui puise et l’on sectionne ce qui ligature

crimes sur table

gloire gloire

nous sommes le peuple élu

érigé

sur les pointes de fatalité pour nous les lendemains qui chantent les fleuves de miel

et de lait le sacrifice frères

le sacrifice exil dans le sacrifice ô l’apothéose des gorges prêtes

au sacrifice l’héritage

le sadisme d’Abraham l’héritage

la foi terrassée par les miracles l’abondance spontanée du désert miracle

nous ne souffrons pas ô l’arcade pure du tueur à gages le chatouillis des électrodes et le bistouri nettoyant les vertèbres encore

encore respirer tous les gaz

gloutonnement

avaler des grenades

gloire

au peloton d’exécution

embrasser l’envers

et l’endroit du doigt mûr

qui caresse

la gâchette

qui nous tue

la fonte étincelle mort-né échappé au scalp

de l’ordre je ne voulais pas être de ce théâtre non marionnette

je ne voulais pas qu’on m’exécute comiquement

sur les gradins mais rester valve

algue corps battant de respiration élémentaire diastole

rester pharynx

sans une possibilité pour la plus forte vie être de cette nuit

que ne démantèle pas le jour de ce levain

non de cette pâte

être enfin de ces tubercules vénéneux de racines

refus net

cette soi-disant complication d’organismes parlants

je refuse

cette procréation d’automates vous avez

dépeuplé le langage et le monde vous avez dépeuplé

la vie désappris le pardon de toute roche

masse

solidifiée de masse en masse

confrontation l’air vicié des cases

les jardins surélevés

on meurt encore

de faim

je ne parle pas

de la guerre

de la recolonisation du tiers-monde

des greffes qui ne prennent pas c’est moi seul que je congratule de ces

tortures comme une outre qu’on bat

dans ma chair

le poème

je réponds à la violence

par la violence je ne contrôle pas les impulsions de mon poing patience

toutes ces vies m’appartiennent je parlerai de tout avant qu’une main payée

ne vienne me poignarder dans le dos patience je vais parler

des morts qui m’ont devancé ceux que je fréquente

et ceux à venir tout sera dit je vous en fais serment

ces chiens ont sali notre mémoire qui voudra de cette histoire où des rats visqueux ont trotté abolir pour commencer ensuite la récidive les textes formels

on ne nous la fera pas le napalm coince la mitraillette la sarbacane par-derrière

la lune pour bientôt

les îles

les steppes et basculer le tas

dans un désert de salines quelques martiens viendront achever les rescapés

laideurs laideurs

dans la rigueur des jours-termes

je ne vois que des assassins

cette fraternité assassine

qui boucle l’arc

la cible propulsée

dedans le crime salut barbarie des grandes famines salut silex tribal salut jungle de crudité quelque chose en moi se réveille encore une fois le miracle du corps je commence par nier ma main se dresse

se casse

et se retourne prend le sexe

froidement l’étalé

Naissance:1942 Fès ( Maroc)Distinctions:
Prix Goncourt de la Poésie (2009) Grand Prix de la
Francophonie (2011)Bio-bibliographie succincteAbdellatif Laâbi est né en 1942, à Fès.

En 1966, il fonde la revue Souffles avec Mohammed Khaïr-Eddinc et Mostefa Nissa-boury.
La revue est interdite en 1972 et Laâbi est condamné à dix ans de prison. Grâce à une campagne internationale il est libéré en 1980. Il s’installe en France en 1985. Parmi ses recueils de poèmes : Le soleil se meurt (1992), L’étreinte du monde (1993).
Le spleen de Casablanca (1996), Fragments d’une genèse oubliée (1998), Poèmes périssables (2000). On lui doit aussi des romans et des récits (Le chemin des ordalies, 1982, Les rides du lion, 1989), des pièces de théâtre et des traductions de poètes arabes, de Mahmoud Darwich à Abdallah Zrika.

Son opposition intellectuelle au régime lui vaut d’être emprisonné pendant huit ans. [ Lire la biographie de Abdellatif Laâbi]

source

Pablo Neruda – Il meurt lentement


Il meurt lentement

celui qui ne voyage pas,

celui qui ne lit pas,

celui qui n’écoute pas de musique,

celui qui ne sait pas trouver

grâce à ses yeux.

Il meurt lentement

celui qui détruit son amour-propre,

celui qui ne se laisse jamais aider.

Il meurt lentement

celui qui devient esclave de l’habitude

refaisant tous les jours les mêmes chemins,

celui qui ne change jamais de repère,

Ne se risque jamais à changer la couleur

de ses vêtements

Ou qui ne parle jamais à un inconnu

Il meurt lentement

celui qui évite la passion

et son tourbillon d’émotions

celles qui redonnent la lumière dans les yeux

et réparent les coeurs blessés

Il meurt lentement

celui qui ne change pas de cap

lorsqu’il est malheureux

au travail ou en amour,

celui qui ne prend pas de risques

pour réaliser ses rêves,

celui qui, pas une seule fois dans sa vie,

n’a fui les conseils sensés.

Vis maintenant!

Risque-toi aujourd’hui!

Agis tout de suite!

Ne te laisse pas mourir lentement!

Ne te prive pas d’être heureux!

Je n’ai pas trouvé une version audio, mais voici dit par Pablo Neruda Las Alturas de Macchu Picchu

Ecrire après Mahmoud Darwich: le chant poétique de Tamim al-Barghouti


Tamim al-Barghouti

Lorsque, à la mort de Darwich, Tamim al-Barghouti rédige un faire-part, il s’est trouvé plus d’une personne pour s’émouvoir devant la piété filiale. Plus d’un trait rapproche les deux hommes. Cela va de l’identité palestinienne, de l’attachement à la cause du peuple jusqu’aux références intertextuelles en passant par la force de la déclamation. Mais qui est Tamim al-Barghouti?

Fils de Mourid Al-Barghouti, poète et militant palestinien réfugié au Caire et de la romancière égyptienne Radwa Ashour, il a grandi parmi les livres mais aussi dans le tumulte des tracasseries administratives allant jusqu’à l’exil de son père. Tamim est diplômé en sciences politiques de l’université de Boston. Il enseigne à l’université américaine du Caire et à l’Université Libre de Berlin. Il est professeur associé à Georgetown et il a occupé diverses fonctions au sein de l’ONU. Par rapport à Darwich, c’est une première divergence : en communiste, l’aîné est allé chercher le savoir du côté du Moscou et c’est vers l’Ouest qu’est parti Tamim. Comme Darwich, ce dernier, aiguillonné par le sentiment d’injustice qu’il ressent, commence à écrire très jeune, à l’âge de douze ans. Il s’initie à la musique et en applique les rythmes et les tempos au vers arabe classique. Il commence par écrire dans les deux dialectes égyptien et palestinien. En 2007, il participe à une émission de télévision à Abu Dhabi «Le Prince des poètes», un concours de poésie ouvert à tous les poètes arabes. Son succès est fulgurant bien qu’il n’ait obtenu qu’un petit cinquième prix !
Comme Darwich, il réussit par la diction, par sa déclamation qui enflamme l’auditoire. Ainsi donc, la poésie semble mieux portée par la voix, par la présence. Du jour au lendemain, ce jeune homme très peu connu même au Caire est admiré partout où l’on parle arabe. Le 15 octobre 2010, Al-Jazira consacre une émission à la famille Barghouti où la star était Tamim. Les extraits que le père, Mourid, lit de sa propre poésie sonnent comme une pâle imitation de Darwich alors que ceux du fils, Tamim comportent des inflexions autres. Mais commençons d’abord par le poème lu à la télévision d’Abu Dhabi. Le texte s’intitule «A Jérusalem» et comporte une centaine de vers dont nous traduisons les deux premières strophes :
«Voulant me rendre chez mon amour, j’en fus dissuadé
Par les lois des ennemis et leur mur
Alors je me suis dit c’est peut-être une bénédiction
Car que peut-on voir à Jérusalem
Quand du sentier on en aperçoit les maisons
On ne voit que l’insoutenable
Et il n’est pas dit que rencontrer son amour
Soit toujours un bonheur ni que toute distance soit néfaste
Si l’on est heureux de retrouver son amour alors qu’on doit se dire adieu
C’est son bonheur même qu’on devrait redouter
Quand on a vu l’antique Jérusalem une seule fois
Où que l’on regarde, c’est elle qu’on aperçoit

Il y a à Jérusalem un marchand de légumes de Géorgie
Las de son épouse, il pense à ses vacances ou à repeindre la maison
Il y a à Jérusalem un homme de Manhattan Uptown
Qui enseigne à de jeunes Polonais les préceptes de la Torah
Il y a à Jérusalem un policier éthiopien interdisant l’accès au souk
Une mitrailleuse sur l’épaule d’un colon de moins de vingt ans
Un chapeau qui s’incline devant le mur des lamentations
Des touristes français blonds qui ne voient absolument rien de Jérusalem
Se contentant de se prendre en photo avec une femme qui toute la journée vend des radis sur la place
A Jérusalem les soldats marchent avec leurs bottes sur les nuages
A Jérusalem nous avons prié à même l’asphalte
A Jérusalem, il y a tout le monde excepté Toi»
La nouveauté ici c’est le caractère classique du poème s’inspirant de la poésie antéislamique. Certes, de telles références ne sont pas rares chez Darwich mais ici elles sont plus explicites. L’image du poète passant avec ses compagnons devant la maison de la bien-aimée remonte à Imrou’l Qays, le prince errant né vers l’an 500 et mort vers 540 à Ankara. Après Imrou’l Qays, s’arrêter devant les vestiges laissés par la famille de la bien-aimée est devenu un topos qui ne sera remis en question que par Aboû Nouwâs (762- 813). Pour aller vite, il semble que la (post) modernité à laquelle on peut rattacher la poésie de Darwich et celle de Barghouti ait comme expression un retour vers des formes poétiques anciennes. Le paradoxe d’une modernité puisant dans le classicisme le plus évident n’est qu’apparent. Entendons par (post)modernité la remise en question des notions de modernité et de ce classicisme. La distinction entre Darwich et Barghouti réside ailleurs. Si tous les deux se réfèrent aussi bien à l’islam qu’au christianisme entendu comme composante fondamentale de l’identité palestinienne. Par moment, il n’est pas aisé de dire si Darwich est musulman ou chrétien, ce qui n’est pas le cas chez Barghouti. On peut soutenir que la poésie de Barghouti ne heurte pas les valeurs de la tribu.

On trouve dans ses textes un imaginaire plus classique que celui de Darwich. Ce dernier est le poète d’une époque où les révolutionnaires pensaient que l’on pouvait s’approprier les valeurs occidentales pour la libération de la Palestine et pour la création d’un état laïc où musulmans, chrétiens et juifs pourraient vivre ensemble. Tamim est malgré lui le témoin de l’échec de ce projet. Même pour un non islamiste, force est de constater que seuls les islamistes ont su tenir tête à Israël. Cette idée gagne du terrain dans le monde arabe.
Chez Barghouti, les valeurs identitaires sont affirmées avec vigueur. Faut-il voir en cela l’expression d’un paradoxe de la jeunesse arabe actuelle menant un train de vie occidental et en même temps fermement attachée à ses valeurs ? L’ombre du passé est désormais fortement présente. Et c’est une ombre apaisante, bienfaisante. Ecoutant Barghouti, je pense à «la cruauté de [s]es vers réguliers» (Aragon). Voici un extrait d’un poème de Tamim au charme irrésistible :
Laisse-moi mes péchés car les nuits sont parcimonieuses
Dis, ma providence, depuis quand les conseils m’ont-ils servi ?
Il y en moi un jeune homme facile à vivre et bon
Qui taquine une époque renfrognée et peu portée sur la plaisanterie
Qui chante souvent la guerre et non pas l’amour
Parce que, comparée à la guerre, l’amour est cinglant
En toute guerre, il y a un parti de droit et un parti injustice
Or en amour on ne peut les démêler
S’il dit qu’il n’aime pas, ce n’est que pur mensonge
Et s’il dit « j’aime », il en a honte à cause des massacres
Il y a dans sa poésie un sens éloquent et obscur
Et dans sa poitrine un cœur résident et en exode
Un peuple vivant sous des tentes qu’on dirait
L’ombre de la poésie de jadis qui nous hante

La force de Barghouti est d’avoir su faire place à cette ombre et d’avoir réussi la prouesse d’extraire d’un lexique commun des vers si singuliers. Personne n’a mieux réussi non plus à associer les topoï de la poésie la plus classique à une vision contemporaine de la réalité. Avec Barghouti, ce sont de nouvelles inflexions qu’on retrouve. C’est Imrou’l Qays rajeuni ou tout autre poète d’antan portant un regard inflexible sur l’indécence du réel. Ne préjugeons pas du devenir de cette poésie. Nous croyons y avoir décelé les signes d’une aptitude à faire du poème le lieu d’une réflexion sur la poésie.
Barghouti semble s’inscrire dans la filiation de Darwich non pas parce qu’il est dans sa lignée mais parce qu’il s’en écarte et qu’il le renie, à sa manière, c’est-à-dire pieusement.


Jalel El Gharbi
(20/12/2010)

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