Palestine Officiel : 1500 prisonniers rejoignent la grève de la faim


 

 

Ma’an – 31 mai 2014 – 21 h 57

Ramallah – Le ministre palestinien des Affaires des prisonniers a déclaré samedi que 1500 prisonniers palestiniens allaient se joindre, dimanche, à une grève de la faim de masse, et il avertissait de la détérioration de l’état de santé des plus de 100 Palestiniens en grève depuis plus d’un mois.

 

Issa Qarage craint qu’« il n’y ait des martyrs » si la grève se poursuit, alors que plus de 100 des prisonniers palestiniens qui entamaient samedi leur 38e jour de grève de la faim ont été hospitalisés.

 

La plupart des prisonniers qui, le 24 avril, ont commencé à refuser leurs repas sont des détenus administratifs qui protestent contre la politique d’Israël consistant à les garder prisonniers sans inculpation ni jugement.

 

Qarage a prévenu que beaucoup de ces prisonniers souffrent d’hémorragie interne et de perte de mémoire et de conscience, et que l’état de certains nécessitait une intervention chirurgicale.

 

Et de déclarer également que l’administration pénitentiaire israélienne continue d’« agresser » les prisonniers, les plaçant en isolement cellulaire dans des « conditions cruelles » afin de « les épuiser et de briser leur grève ».

 

La porte-parole de l’administration pénitentiaire israélienne, Sivan Weissman, a confirmé que certains des grévistes de la faim étaient bien détenus à l’isolement, sans fournir plus de détails.

 

Qarage a lancé un appel aux dirigeants arabes pour qu’ils « interviennent de toute urgence et empêchent la tragédie qu’Israël est sur le point de provoquer », dans une intervention lors d’une conférence à l’université d’al-Zaytoonah, en Jordanie.

 

De son côté, la Société des prisonniers palestiniens a déclaré samedi dans un communiqué qu’un autre prisonnier avait été mis en isolement cellulaire.

 

Abd al-Adheem Abd al-Haq, 38 ans, du village de Qusra près de Naplouse, a été transféré de la prison d’Ashkelon à celle d’Ohalei Kedar en isolement cellulaire.

 

Une porte-parole de l’administration pénitentiaire israélienne a dit ne pas être au courant du transfert d’Abd al-Haq.

 

Ils ont été environ une centaine de prisonniers à déclencher une campagne le 24 avril pour protester contre l’utilisation constante par Israël de la détention sans jugement contre les Palestiniens, malgré son engagement en 2012 à limiter la pratique de la détention administrative à des cas exceptionnels. Cette promesse était le résultat d’une grève de la faim impliquant plus de 2000 Palestiniens, grève qui en avait conduit beaucoup jusqu’au seuil de la mort.

 

Depuis le début de la grève de cette année, plus de 100 autres prisonniers ont rejoint les 100 premiers, pendant que des milliers suivent des grèves de solidarité d’une journée.

 

Les Palestiniens gardés prisonniers en détention administrative sont souvent détenus sans inculpation ni jugement pendant des mois, et sans avoir accès à la preuve qui a conduit à leur détention, alors même que le droit international stipule que cette méthode ne peut être utilisée que dans des circonstances exceptionnelles.

 

Addameer, organisation de soutien aux prisonniers et aux droits de l’homme (http://www.addameer.org/etemplate.php?id=579) estime que 183 Palestiniens sont actuellement gardés prisonniers en détention administrative.

 

Plus de 800 000 Palestiniens ont été détenus depuis 1967, et 5224 sont actuellement enfermés dans les prisons israéliennes, selon l’OLP (Organisation de libération de la Palestine).

 

Ma’an : http://www.maannews.net/eng/ViewDetails.aspx?ID=701140

traduction : JPP pour CCIPPP

« Le plus court voyage à l’étranger de ma vie ! »


jeudi 26 juillet 2012, par La Rédaction

Voilà cela aura été le plus court voyage à l’étranger de ma vie !

Je suis parti lundi dans la nuit pour Tel Aviv et je suis rentré dans la nuit de mercredi à jeudi Marseille !

En fait, je ne suis jamais rentré en Israël pour aller à Jérusalem.

En arrivant au contrôle des passeports à l’aéroport Ben Gourion, le contrôleur m’a tout de suite montré les tampons du Liban et m’a demandé de m’asseoir dans une petite salle. Après quelques heures (je ne sais plus trop bien !) d’attente, je fus invité à parler dans un bureau avec une dame qui m’interrogea sur les raisons de ma venue ici en anglais…Je lui explique que je suis venu pour le tourisme, rejoindre une amie de France qui était chez des amis d’ici…Elle me demande si j’étais venu déjà en Israël, je lui réponds oui. Elle me demande des précisions. Je lui dis que c’était dans le cadre des campagnes civiles de protection du peuple palestinien et que je souhaitais connaître la situation de l’éducation dans les territoires occupés en tant que professeur…Elle me demande où j’habite, où j’habitais auparavant, qu’est ce que je faisais au Liban, au Honduras, pourquoi le Liban, le Honduras…Elle me demande de retourner dans la petite salle. Je ne suis pas seul, beaucoup de gens restent un moment dans cette salle puis repartent avec leur passeport, direction la salle des bagages. Au cours d’un long moment d’attente, je demande où est mon sac à dos, combien de temps cela va durer, pas de réponse.

Deuxième interrogatoire avec la même dame et un homme qui parle français, je répète la même chose, la femme a l’air fâché et me montre une page Internet (que je n’(ai jamais vue !) sur moi avec mon nom et ma photo en grand où est inscrit en anglais que j’ai signé en 2009 une pétition contre l’expulsion de leurs maisons des palestiniens à Jérusalem et ma participation à une rencontre au café équitable à Marseille contre le coup d’état au Honduras en 2009 également !

Je leur réponds que je ne connais pas cette page, qu’en effet j’ai bien participé à une réunion sur le Honduras…On me demande de retourner dans la petite pièce.

Plus tard, on me demande d’aller en face au bureau de l’immigration où il y a de nombreuses personnes principalement d’origine slave…Un homme me pose à peu près les mêmes questions, me demande des précisions sur la personne que je vais rejoindre (son âge, son pays, le jour de son arrivée. Je lui dis que j’ai un numéro de téléphone d’elle en Israël, qu’elle m’attend… Il me demande également son numéro en France, je lui dis que je ne l’ai pas. IL me refait asseoir dans la salle d’attente, on me donne un sandwich et une bouteille d’eau.

Deuxième interrogatoire au bureau de l’immigration. Un homme parlant français assez costaud et agressif arrive. Il semble qu’ils regardent de plus en plus l’ordinateur. Le premier homme décide d’appeler mon amie. Ils dialoguent un long moment en anglais, l’homme est assez ouvert, il semble « chancelant »…Il lui dit qu’il la rappellera…Ensuite, l’homme agressif commence à me demander comment j’étais venu il y a dix ans, où j’étais allé, avec quel passeport…Je lui dis que depuis dix ans j’avais changé de passeport, que j’étais allé à Jérusalem et dans les territoires occupés. Et il me demande alors pourquoi j’avais passé le passage d’Israël à Gaza et pourquoi je ne l’avais pas dit …Je lui dis que oui, qu’on ne m’avait pas demandé avant ce que j’avais fait, il y a dix ans…Il me dit que j’ai menti. Je lui réponds que j’ai répondu aux questions…Il me repose des questions sur le Honduras…Au bout d’un moment, ils me disent que je pourrais entrer si je signe un papier où je déclare ne pas rentrer dans les territoires occupés.
J’accepte. Arrive alors la première femme que j’avais vue, très en colère qui dit aux autres de regarder la fameuse page Internet, que c’était en 2009 (rappel : pétition et Honduras !!) et qu’en quelque sorte, on ne peut pas me faire confiance (petite anecdote : une femme qui m’a surveillé ensuite dans le bureau à regarder sur Google et ne semble pas avoir trouvé cette page, que personne n’a trouvé d’ailleurs !). Ils reviennent et me disent que je ne peux pas rentrer dans le pays. Il est à peu près 5 heures du matin, j’étais arrivé à 23 h 30 ! Je suis bien sûr crevé ! Je n’ai pas pou fumer pendant tout ce temps !

Un homme arrive, me conduit chercher mon bagage. Mes bagages sont fouillés de font en comble dans une salle spéciale, ils passent une sorte de brosse sur tous les objets, mon ordinateur et mon appareil photo sont menés dans une salle. Je suis bien sûr fouillé moi-même dans une autre salle spéciale mais le jeune homme est gentil. Je monte ensuite avec d’autres expulsés dans un van, tous les bagages doivent être dans le coffre ! 2, 3 hommes avec des uniformes où un logo semble t’il de l’aviation militaire est imprimé nous conduisent dans un camp de rétention très sécurisé caché par des bâches. On est enfin autorisé dans la cour à fumer une clope ! On monte à l’étage dans la pièce des bagages : on peut prendre une brosse à dent, un dentifrice, des livres, pas de feu, ni de portable ! On est ensuite enregistré à l’accueil et conduit dans une pièce éclairée jour et nuit, un dortoir avec 6 lits superposés, sans drap propre et avec un matelas plastique très abîmé. On nous enferme dans cette pièce. Dans la pièce, il y a que des hommes qui parlent russe et certainement hébreu ( avec les gardiens ?)., pas un mot d’anglais ! On nous donne un sandwich le matin, un plat chaud à midi et un sandwich le soir (entre parenthèses de la compagnie aérienne « El Al » !!!). Nous avons droit à une visite d’une médecin ne parlant qu’hébreu ( !!). Elle fait traduire en anglais que j’ai une tension élevée et me donne un médicament. On m’autorise à fumer et à appeler deux fois mon amie dans la journée. Elle me dit que le consul de France à Jérusalem appelle régulièrement le centre de rétention. Dans l’après-midi, j’ai, dans la cour, lors de la deuxième sortie-clope, la tête qui tourne, ils me disent de boire de l’eau. J’explique à un homme israélien qui me le demande ce que je fais là, il me souhaite bon courage !!! Ils reviennent me voir une ou deux fois dans la chambre pour voir si je vais bien. Je devrais normalement partir le lendemain à 4 heures 15 du matin.

Cette nuit fût terrible, je n’avais pas l’heure, je regardais par la fenêtre s’il y avait autant de bruits de voitures sur l’autoroute, si le jour pointait, me feraient-ils vraiment partir ! L’angoisse ! Et je pensais qu’il fallait beaucoup de temps pour enregistrer les bagages, les fouiller, me fouiller, faire des papiers…

On m’appelle, je récupère mes bagages déjà enregistrés ( !), mon portable, il est 3 heures 30 !

En fait, je suis conduit dans un van directement au bas de l’avion, une femme donne mon portable au Stewart qui le donnera à une dame de l’aéroport à Istanbul où j’ai du expliquer au contrôle des frontières qu’est ce que je faisais là ! La compagnie PEGASUS a bien sûr refusé de me donner la suite de mon voyage Istanbul- Marseille, je devais payer ! Je suis retourné au contrôle des passeports, je suis allé à la direction de l’aéroport, au bout de 3 heures, on me donne enfin mon ticket d’enregistrement pour Marseille ! Ouf !

Sachant que je n’appartiens à l’heure actuelle à aucun parti, aucune organisation, je trouve très inquiétant, très grave de voir l’Etat israélien agir ainsi. C’est pour moi, le signe d’une schizophrénie chronique qui ne pourra durer mais qui tant qu’elle durera, sera dramatique pour le peuple palestinien abandonné même par les autorités palestiniennes à Jérusalem par exemple…

Arnaud Mermetj
Jeudi, 26 juillet 2012

Route 60 – Un itinéraire au-delà des frontières


Le réalisateur, un Palestinien citoyen d’Israël entreprend un voyage en Cisjordanie à la recherche d’une partie de son identité qui lui a été cachée pendant sa jeunesse. Durant ce voyage intime, le réalisateur va observer des situations absurdes et contradictoires avec sa perception du monde. Quand il absorbe ce nouvel environnement, il va à la rencontre d’une vérité qui l’amènera à poser des questions sur soi et sur la situation de l’homme dans notre monde actuel.

Edito

Ce documentaire créatif représente le côté intime de mon expérience en Cisjordanie où j’ai vécu pendant deux ans. C’est en tant que Palestinien que j’y suis allé. J’ai pourtant grandi à 25 km de la frontière avec cette région et je n’y étais jamais allé auparavant. Bien plus qu’un mur, ce sont des barrières psychologiques qui ont été dressé et de la peur qui m’a été transmis en tant que citoyen d’Israël.

Je m’adresse alors à vous, sensible ou pas à la question de la Palestine, à ceux qui luttent contre les barrières et leurs effets, aux intéressés par les questions identitaires et interculturelles. Je vous invite à soutenir mon projet, en participant avec la somme de votre choix à la production, afin de me permettre de mener à bien cette aventure humaine.

Comptant, jusque là, sur mes économies, j’ai pu autofinancer le tournage de ce film, mais sans votre aide, ce projet ne pourrait atteindre un niveau suffisamment professionnel pour le présenter aux festivals et dans les salles de cinémas et surtout dans des soirées projections débat!

Contrecoups imprévus de la guerre livrée aux Palestiniens David et Goliath ou le mythe historique inversé


mardi 12 juin 2012, par Shlomo Sand

Depuis l’origine de son entreprise de colonisation, il y a à peu près un siècle, le mouvement sioniste, et l’Etat d’Israël par la suite, s’est vu comme une minorité persécutée et faible, aspirant à se faire une place au soleil. Brandissant la Bible comme droit de propriété et portant en bandoulière le terrible capital de souffrance des pogroms et des massacres nazis, le projet sioniste a réussi au-delà de tout pronostic : il a fondé un « petit Etat juif » au cœur et aux dépens d’une population arabe infiniment supérieure en nombre.

De nos jours, les historiens savent que, dès la guerre de 1948, le rapport des forces militaires penchait déjà en faveur du jeune Etat, bien au-delà de la représentation que s’en firent les premiers Israéliens. Lors des trois guerres suivantes : 1956, 1967 et 1973, la puissance des forces armées israéliennes s’était encore notablement accrue et, à l’aide d’armements fournis par la France puis par les Etats-Unis, elle s’imposa face aux forces arabes qui lui étaient opposées.

Toutefois, depuis la guerre de Kippour, en 1973, l’armée israélienne n’est manifestement plus confrontée à une menace militaire sérieuse ; et de même, depuis lors, l’existence d’Israël ne s’est plus trouvée en danger. Les pilotes de l’armée israélienne ont cessé, depuis longtemps, d’accomplir des missions de combat ; à l’instar de la majorité des soldats, ils effectuent essentiellement des tâches de police. Force est de reconnaître que les principales missions dévolues à l’armée d’Israël, dotée des armes américaines les plus sophistiquées (chasseurs-bombardiers, drones, fusées guidées, tanks, gilets pare balles…) consistent à réprimer la population des territoires occupés qui de temps à autre tente, de façon désespérée et violente, de se révolter contre son triste sort.

« Tout Etat normal a le droit de défendre ses frontières et de répliquer lorsqu’il subit des bombardements de roquettes », affirment les porte-parole d’Israël dans leurs vibrantes justifications de l’agression brutale contre Gaza. « Certes », pourrait répondre le premier contradicteur venu, « mais tout Etat normal sait aussi où sont ses frontières ! ». Or, Israël ne satisfait pas à ce critère de logique politique de base. Depuis 1967, il n’a pas cessé d’implanter des colonies dans des territoires qui ne sont pas reconnus comme lui appartenant, tout en se gardant, par ailleurs, de les annexer juridiquement afin de ne pas devoir accorder l’égalité civique à leurs habitants.

Si, jusqu’en 2002, Israël a pu justifier l’occupation de ces territoires au motif que le monde arabe n’est pas disposé à reconnaître son existence, cette ligne de défense rhétorique est tombée lorsque la Ligue arabe, incluant l’Organisation de la libération de la Palestine (OLP), a déclaré reconnaître Israël dans les frontières de 1967. L’Etat d’Israël n’a aucunement relevé ce défi diplomatique que tous ses dirigeants ont superbement ignoré. Il s’est retranché derrière une haute muraille de béton, tout en continuant de mordre dans les terres palestiniennes, d’élargir ses colonies et de maintenir son contrôle et sa présence militaires sur toute la Cisjordanie

« Nous sommes sortis de Gaza », affirme Israël. « Alors, pourquoi les Palestiniens continuent-ils de nous attaquer à partir de là ? ». En fait, le retrait israélien de Gaza n’a constitué ni un geste envers les Palestiniens ni un premier pas vers la paix. Bien au contraire ! Tout comme M. Ehoud Barak a effectué le retrait du Liban sans accord afin de se soustraire à toute discussion sur l’évacuation du plateau du Golan, M. Ariel Sharon est sorti de la bande de Gaza pour ne pas avoir à conclure avec les Palestiniens un accord de paix qui aurait également comporté l’évacuation complète de la Cisjordanie et la renonciation à la partie arabe de Jérusalem. En fin de compte, les habitants du sud d’Israël qui subissent les bombardements de roquettes paient le prix fort pour préserver l’intégralité et la tranquillité des colonies.

En vérité, Israël n’a jamais réellement quitté Gaza et n’a jamais accordé aux Palestiniens qui y résident ne serait-ce qu’un semblant de souveraineté. Dès l’origine, l’intention était de créer une vaste « réserve indienne » enclose, préfigurant l’instauration d’autres « réserves » similaires en Cisjordanie ; au cœur d’Eretz Israël. Si les Palestiniens disposaient au moins d’une authentique poignée de souveraineté sur une parcelle de territoire, ils ne se verraient pas accusés d’introduire en contrebande des armes dans une zone relevant officiellement de leur autorité ; ils le feraient en pleine légalité et Israël serait obligé de reconnaître la légitimité de leur Etat. En fait, Israël récuse toute notion d’égalité, même fictive, entre elle-même et les Palestiniens : elle leur dénie tout droit de se défendre. Le droit de se défendre doit demeurer un privilège israélien exclusif. C’est ainsi qu’Israël a catégoriquement rejeté la proposition faite par le Hamas d’une accalmie générale, incluant la Cisjordanie, où l’Etat hébreu continuait de pratiquer sans retenue les « assassinats ciblés » de Palestiniens armés. Il est donc reconnu et admis que le droit d’Israël « de se défendre » implique la neutralisation totale de toute force de résistance palestinienne.

Ce fut pour Israël une véritable aubaine de voir le Hamas remporter à Gaza les élections dont le caractère légal et régulier a été reconnu. Le refus de l’OLP d’accepter le verdict des urnes entraîna la scission du camp national palestinien et la création de deux zones d’influences distinctes. Gaza s’en trouva plus isolée, plus étranglée, plus violente et, surtout, plus ostracisée aux yeux du monde occidental. En Cisjordanie, où l’on souriait encore à Israël, des pourparlers de paix s’ouvrirent avec les Palestiniens « modérés ». L’humiliation et l’absence de contenu effectif des interminables discussions avec l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas ne suscitèrent pas la moindre tendance au compromis et eurent pour seul effet de conforter le Hamas intransigeant. Tout Palestinien raisonnable est à nouveau porté à se dire qu’Israël n’a cessé de duper l’Autorité palestinienne, administrant la preuve que le seul langage qu’il entende est bien celui de la force.

« Le pouvoir corrompt, et le pouvoir absolu corrompt absolument », a déclaré, en son temps, Lord Acton. Israël dispose d’un pouvoir absolu comme vient de l’illustrer sa récente agression contre Gaza. Israël a également montré que, pour économiser la vie des « soldats juifs », elle est prête à sacrifier plusieurs centaines de civils « non juifs ». La majorité des victimes à Gaza ont été des femmes, des enfants, des vieillards. La plupart des combattants Palestiniens ont été tués dans les bombardements aériens, par des tirs d’hélicoptères ou d’artillerie effectués depuis les tanks ou les navires de guerre, bien avant l’entrée en lice des forces d’infanterie terrestres. Ce type d’affrontement n’a pas empêché les communicants israéliens de magnifier avec fierté la « victoire sans précédent ! ».

Non loin des lieux mêmes où la mythologie biblique en avait fait le récit, le géant Goliath est revenu, équipé, cette fois-ci, d’une énorme panoplie militaire. Mais les rôles sont désormais inversés : Goliath est devenu « juif » et il est le « vainqueur ». Le petit David est maintenant un « musulman », réprouvé et piétiné lors d’affrontements interminables. Il faut bien, hélas, le reconnaître : c’est précisément cet énorme déséquilibre des forces entre Israël et les Palestiniens qui perpétue l’occupation de la Cisjordanie et rend la paix impossible.

Le dernier massacre à Gaza, qui répondait, entre autres, à des objectifs électoraux, n’aura aucunement fait évoluer la situation dans le bon sens et, a fortiori, n’aura pas conforté le droit d’existence d’Israël au Moyen-Orient. Tant que les Israéliens ne voudront pas se souvenir que les tireurs de roquettes artisanales sur la ville d’Ashkélon sont aussi les fils et les petits-fils de ceux qui en furent expulsés vers Gaza en 1950, il n’y aura pas d’avancée dans la solution du conflit. Celle-ci implique, en effet, de mieux comprendre la profonde colère de ceux qui subissent l’occupation, depuis au moins quarante et un ans !

Peut-on au moins espérer que ce massacre obligera enfin les Etats-Unis et l’Europe à se départir de leur indifférence afin d’obliger les réfractaires à la paix, héritiers des victimes juives d’hier, à un compromis plus équitable avec les victimes de la tragédie palestinienne qui dure encore aujourd’hui ?

Shlomo Sand
Historien, professeur à l’université de Tel-Aviv, auteur de Comment le peuple juif fut inventé, Fayard, Paris, 2008.
(Le Monde diplomatique – Février 2009)

Traduit de l’hébreu par Michel Bilis.

source

Vingt points sur Palestine/Israël


Dr Qumsiyeh

Popular Resistance
14 janvier 2012

Vingt points dans le discours du Dr Qumsiyeh (La Palestine et Israël en bref)

Nous, Palestiniens, demandons et luttons pour notre droit au retour et l’autodétermination.
Nous appelons à un État démocratique pluraliste, pour les populations de toute religion, dans notre patrie historique de Palestine.
Nous appelons à l’égalité et à la justice.

1 – La Palestine est la partie occidentale du Croissant fertile : une région qui comprend la Palestine, la Jordanie, le Liban, la Syrie et l’Iraq. Dans ce Croissant fertile s’est développée la première agriculture par l’homme. Ici sont nées les premières domestications d’animaux (par exemple, des chèvres, ânes, chameaux) et cultures de plantes (blé, orge, pois chiches, lentilles, olives…).

2 – C’est ici aussi que la civilisation a commencé avec l’élaboration du premier alphabet (par les Cananéens phéniciens) et des premières lois. C’est ici que pour la première fois se sont développées des sciences comme l’astronomie, l’ingénierie, et les mathématiques.

3 – Les premiers habitants de cette partie occidentale du Croissant fertile s’appelaient les Cananéens, et la langue d’origine était l’araméen, que Jésus a parlé (Il est né dans le pays qu’on appelait alors la Palestine, de sorte qu’il était palestinien).

4 – La langue araméenne antique a donné naissance à des langues dérivées notamment le syriaque, l’arabe et l’hébreu, et ce groupe de langues est appelé les langues sémitiques.

5 – L’alphabet arabe a évolué dans le Sud Canaan (la Jordanie et la Palestine d’aujourd’hui) alors que l’alphabet latin évoluait dans le Nord Canaan (la Phénicie, le Liban d’aujourd’hui et la Syrie). L’alphabet dont on se sert aujourd’hui en Europe est né dans notre partie du monde.

6 – La population du Sud Canaan, dont la Palestine, a subi de nombreuses invasions militaires et, à près de quinze reprises, a été gouvernée par des rois ou des empereurs (perses, romains, omeyyades, abbassides, israélites, etc.).

7 – Les croyances religieuses locales ont évolué au cours des âges depuis les idées païennes de Canaan jusqu’aux idées monothéistes, Christianisme (Siècle premier), Judaïsme rabbinique (IIIe siècle) et Islam (VIIe siècle).

8 – De tout temps, la Palestine a été une société multiculturelle, multireligieuse, en dépit des tentatives pour l’homogénéiser à certaines périodes (notamment avec les Croisés qui tuèrent et exilèrent les juifs, les musulmans et les chrétiens des autres sectes).

9 – Les juifs d’aujourd’hui, comme les chrétiens et les musulmans d’aujourd’hui, viennent de contextes ethniques et culturels divers. Ils sont donc génétiquement (biologiquement) hétérogènes.

10 – Avant la vague d’immigration d’Européens juifs, les Palestiniens étaient de religions diverses : 85 % d’entre eux environ étaient musulmans, 10 % chrétiens, 5 % juifs et divers. Pendant des centaines d’années, les Palestiniens de différentes religions ont vécu en relative harmonie. (voir notamment « Qui sont les Palestiniens ? » de Hasan Afif El-Hasan – ndt)

11 – Le sionisme est une idée politique qui s’est propagée parmi une minorité d’Européens juifs, lesquels ont adopté les notions européennes de nationalisme ethnocentrique et prétendu ainsi que les juifs d’aujourd’hui devaient se regrouper en Palestine, et ils créèrent un État juif sur le motif des discriminations en Europe. Des juifs socialistes, avec d’autres juifs, ont cru se battre pour l’égalité des droits. Les sionistes ont pensé que les sentiments anti-juifs en Europe servaient leurs intérêts et ils sont allés jusqu’à collaborer avec les racistes. Il y a eu cet accord de transfert entre le Troisième Reich et le mouvement sioniste (accord Haavara, « Le Transfert », du 25 août 1933 – voir notamment « Les Arabes et la Shoah » de Gilbert Achcar – ndt). Les sionistes ont aussi fait pression sur les gouvernements occidentaux pour que ceux-ci n’acceptent pas de réfugiés européens juifs, de façon à ce qu’ils soient tous dirigés sur la Palestine.

12 – Le sionisme a commencé au milieu du XIXe siècle, avec la création de l’ « Association de la colonisation juive » et est devenu un mouvement international en 1897 au premier Congrès sioniste mondial. Pour atteindre ses objectifs, ses dirigeants recommandèrent de transférer les Palestiniens indigènes non juifs.

13 – Les États-Unis et d’autres pays européens sous l’influence du lobby sioniste ont poussé à la création d’un « État juif » d’Israël en Palestine, en dépit du souhait contraire de la population originaire.

14 – Entre 1947 et 1949, 530 villes et villages palestiniens ont été complètement détruits et leurs habitants sont devenus des réfugiés. Ce processus qui force les Palestiniens à quitter leurs terres s’est poursuivi sous d’autres formes depuis la fondation d’Israël en mai 1948 (voir notamment « Le nettoyage ethnique de la Palestine« , d’Ilan Pappe – ndt). Aujourd’hui, 70 % des onze millions de Palestiniens dans le monde sont des réfugiés ou des populations déplacées.

15 – L’Israël d’aujourd’hui s’est donné un ensemble de lois discriminatoires qui répondent à la description qu’en donne la Convention sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid. Chaque mois, la Knesset israélienne vote de nouvelles lois racistes.

16 – En 1967, Israël a occupé la Cisjordanie (y compris la vieille ville de Jérusalem) et la bande de Gaza. A elles deux, ces régions représentent 22 % de la Palestine historique. Israël a commencé aussitôt à construire des colonies de peuplements juives sur ces territoires palestiniens. En violation du droit international, il y a maintenant 200 colonies sur nos terres, où vivent plus d’un demi-million de colons juifs.

17 – Israël a construit des murs autour des enclaves qui restent aux Palestiniens (des ghettos, des entrepôts habités, des cantons, des réserves), enclaves isolées les unes des autres et du reste de la Palestine. Ces murs isolent les Palestiniens de leurs terres, des autres Palestiniens, des écoles, des hôpitaux… Par exemple, le district de Bethléhem comprend 180 000 natifs de Palestine, dont environ 50 000 sont des réfugiés de 1948. Chacun de nous ici est limité aujourd’hui, pour vivre et se développer, à seulement 13 % de la surface originelle du district de Bethléhem. 87 % de ce district se trouvent maintenant sous contrôle israélien : colonies, bases militaires, zones militaires fermées, etc. La population de Bethléhem est isolée derrière un mur, et même Jérusalem (qui n’est qu’à 6 km d’ici) est hors de portée pour nous.

18 – Le colonialisme implique la violence. Plus de 80 massacres ont été perpétrés contre les Palestiniens autochtones. Plus de 60 000 civils palestiniens ont été tués par les forces et les colons israéliens. C’est dix fois plus que le nombre de civils israéliens (pour la plupart des colons) tués par les Palestiniens. Les Palestiniens résistent au colonialisme depuis 130 années, la plupart du temps par la résistance non violente, une chose dont il n’est guère question dans les pays occidentaux par volonté de diffamer les victimes.

19 – Les Palestiniens, et les autres pays arabes en conflit avec le sionisme, ont été « déraisonnablement raisonnables », comme l’a décrit un diplomate. Nous avons accepté toutes les dispositions du droit international et des résolutions des Nations-Unies sur la question. Par contre, Israël a violé, et viole encore, plus de 60 résolutions du Conseil de Sécurité et plus de 200 résolutions de l’Assemblée générale des Nations-Unies. Sans les États-Unis qui utilisent leur droit de veto pour protéger Israël du droit international au Conseil de Sécurité des Nations-Unies, leur nombre serait doublé.

20 – Nous, Palestiniens, demandons et luttons pour notre droit au retour et l’autodétermination. Nous appelons à un État démocratique pluraliste, pour les populations de toute religion, dans notre patrie historique de Palestine. Nous appelons à l’égalité et à la justice. Les peuples en Europe et dans le monde entier peuvent nous soutenir par l’enseignement, par leurs visites ici, et par les boycotts, désinvestissements et sanctions (BDS). Ceci est un combat collectif, humain, le même que celui qui s’est opposé à l’apartheid en Afrique du Sud.

Beaucoup de livres et de références sont disponibles pour développer chacun des points ci-dessus.

Entre autres :

-  Qui sont les Palestiniens ? – Hasan Afif El-Hasan – PC
-  Le nettoyage ethnique de la Palestine – Ilan Pappe – Fayard
-  Shlomo Sand : Comment le peuple juif fut inventé – Michel Staszewski
-  Comment fut inventé le peuple juif – Shlomo Sand – Le Monde diplomatique
-  Gilbert Achcar : les Arabes et la Shoah – Actes Sud

(JPG)

Mazin Qumsiyeh est coordinateur du Réseau international pour la justice en Palestine. Il est professeur à l’Université de Bethléem et l’auteur de Popular Resistance in Palestine

14 janvier 2012 – Popular Resistance – traduction : JPP

http://popular-resistance.blogspot.com/2012/01/20-puntipoints.html

Coquelicots pour la complainte de Bethléem


J’avais posté ce poème il y a  3 ans

Tahar BEKRI, poète tunisien a écrit “

“Si ton char tue ma prière

Si le canon est ton frère

Si tes bottes rasent mes coquelicots

Comment peux-tu effacer ton ombre

Parmi les pierres ?

Si mon église est ton abattoir

Si tes balles assiègent ma croix

Si mon calvaire est ton bougeoir

Si les barbelés sont tes frontières

Comment peux-tu aimer la lumière ?

Si ta haine par-dessus le toit de ma maison

Confond minaret et mirador

Si ta fumée sature mon horizon

Si tes haut-parleurs assourdissent mes cloches

Comment peux-tu honorer le levant ?

Si tes griffes mordent mon sanctuaire

Si tes casques sont tes oeillières

Si tu arraches mon olivier

Ses rameaux pour ton fumier

Comment peux-tu retenir la puanteur des cendres ?

Si Jenine en arabe est foetus et embryon

Que tu enterres vivant oublieux de l’Histoire

Si la poudre est ton encensoir

Si tes fusées blessent ma nuit sombre

Tes dalles se consolent-elles d’être mes décombres ?

Si le mensonge est ton épine dorsale

Si tu nourris tes racines de mon sang

Si tu caches mon cadavre

Pour étrangler le cri de la terre

Comment peux-tu prétendre qu’elle est ta terre ?”

Ce beau poème a le mérite insigne de coller hélas à l’actualité palestinienne.

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« Bandes à Gaza » : que savent les étudiants du conflit israélo-palestinien ?


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lundi 7 novembre 2011, par Chloé Yvroux

Que savons-nous du monde et de ses conflits, vraiment ? Rien… Ou si peu. Nous recevons des médias d’énormes masses d’informations qui nous arrivent plus ou moins filtrées, et ces informations, ces images, notre cerveau les filtre à nouveau. C’est dire la distance qui, bien souvent, nous sépare de la réalité. Notre perception du monde est dès lors largement pervertie.

Chloé Yvroux s’est livrée à une expérience – riche d’enseignements – auprès d’un groupe d’étudiants en deuxième année d’histoire-géographie à l’université de Montpellier, en leur demandant leur vision du conflit israélo-palestinien à travers une série de questions simples. Pour un groupe a priori mieux informé que la moyenne de la population, les résultats sont tout simplement ahurissants.

« Gaza, la Cisjordanie, pour les gens c’est très clair », observe Frédéric Barreyre, correspondant de Radio France au Proche-Orient [1]. Que connaissent les auditeurs du conflit israélo-palestinien ? « Ils connaissent les noms d’Arafat et de Peres, mais ne comprendront peut-être plus si je parle d’Abou Mazen, le nom de guerre de Mahmoud Abbas. »

En dehors des éléments fournis par les sondages d’opinion, bien souvent limités à des questions de sympathie et de responsabilité [2], il s’agit de questionner les représentations du conflit par la population en France. Une enquête a été réalisée auprès d’étudiants en histoire-géographie au cours des mois d’avril et mai 2009 [3].

Au-delà du simple constat d’un manque général de connaissances, l’analyse des représentations révèle des perceptions bien partagées, apparemment dues à des déformations collectives. De la situation au Proche-Orient, la plupart des Français ne reçoivent des informations qu’au travers des conversations, de la littérature et des médias. Autant de filtres et d’intermédiaires à l’origine du processus de fabrication des représentations qui permettent de créer un cadre de médiation avec le « réel ». Considérées ici dans leur dimension spatiale en tant que « créations sociales ou individuelles de schémas pertinents du réel » [4], dans le cadre d’espaces qui ne sont pas familiers, les représentations sont le plus souvent réduites à des stéréotypes. Afin de mettre à jour ces représentations partagées sur le conflit israélo-palestinien, l’enquête s’appuie à la fois sur une série de questions ouvertes (portant sur la localisation du conflit, les colonies, les réfugiés, Jérusalem…) et sur la réalisation de cartes. Les fonds de carte sont proposés aux étudiants avec la consigne suivante : « Voici le territoire du conflit. Complétez cette carte avec tous les éléments que vous connaissez. »

Bien qu’il s’inscrive dans un contexte plus large, le conflit israélo-palestinien est surtout territorial. « Une terre pour deux peuples », voilà les termes du problème à résoudre et qui est à l’origine d’une imbrication de territorialités réelles ou projetées. De même, les principaux éléments de revendication et de contestation – qu’il s’agisse de la création de l’Etat palestinien, de l’occupation, de la colonisation, de Jérusalem ou du Mur de séparation – renvoient également à des aspects territoriaux.

Pour ceux qui ne sont pas familiers de ce conflit, cette apparente complexité est une source de confusion, et c’est également le cas pour les étudiants interrogés, alors même qu’ils sont supposés connaître cette question mieux que la moyenne de la population française.

La bande de Gaza devient, pour près d’un tiers des étudiants, l’enjeu principal du conflit israélo-palestinien.

« Une bande de terre revendiquée par les deux pays en conflit », un « lopin de terre sujet du conflit israélo-palestinien », une « zone de combat entre les deux pays » ou encore un « territoire, ou parcelle, en plein milieu du conflit israélo-palestinien ». Les cartes produites illustrent cette vision partagée : Gaza apparaît parfois littéralement comme une « bande » traversant le territoire de part en part, séparant Israël de la Palestine.

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Exemples de représentations de la bande de Gaza, zone « frontière » entre Israël et la Palestine
Esquisses produites par les étudiants au cours de l’enquête menée par Chloé Yvroux en 2009.

Pour nombre d’étudiants, la bande de Gaza constitue le seul territoire des Palestiniens. Une idée par ailleurs nuancée, soit en termes de contrôle : « dernière bande de terre encore sous un petit contrôle palestinien », « seul territoire encore sous contrôle palestinien », ou de présence : « territoire des Palestiniens, le seul qu’il leur reste, envié par les Israéliens », « bande de terre où sont réfugiés l’ensemble des Palestiniens ». Si 20 % des étudiants décrivent explicitement la bande de Gaza comme un territoire palestinien, le reste hésite et n’exprime clairement ni l’identité de la population qui y réside, ni les enjeux. Finalement, sur les cartes, pour la moitié d’entre eux, le territoire du conflit se limite à deux entités : la bande de Gaza et Israël.

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Exemples de représentations de la bande de Gaza

Enfin, il n’est pas possible de faire abstraction des quelques cas de personnification de la bande de Gaza, qui devient « la bande à Gaza » : « Un groupe organisé, armé », « Des extrémistes palestiniens à l’origine de plusieurs attentats ».

Les résultats de l’enquête traduisent le contexte particulier dans lequel elle s’est déroulée, quelques mois seulement après les attaques israéliennes sur Gaza. Ces dernières restent très présentes dans l’esprit des étudiants, puisque 60 % d’entre eux se réfèrent à des thèmes tels que « conflits, violences, attaques et destructions » quand ils évoquent la bande de Gaza [5]. Les explications données au sujet de l’opération « Plomb durci » restent confuses : « Un territoire qui n’était pas dans le mandat israélien avec l’Angleterre, mais laissé aux Palestiniens, que les Israéliens voulaient, donc ils l’ont attaqué en début d’année. »

La Palestine et son allié cisjordanien…

L’enquête permet aussi de soulever l’un des points essentiels de la fausse perception du conflit ; il s’agit de la dissociation entre la Palestine, la bande de Gaza et la Cisjordanie. La plupart vont donc au plus simple ; le conflit israélo-palestinien, un conflit entre deux territoires, Israël et la Palestine. Peu d’entre eux se sont essayés à cartographier cette vision. Ils sont un quart à citer uniquement ces deux territoires lors d’une question sur la localisation du conflit.

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Exemples de représentations du conflit
entre Israël et la Palestine

Si l’utilisation du mot « Palestine » semble spontanée, bien que la définition d’une entité territoriale palestinienne reste confuse, la Cisjordanie reste l’élément le plus insaisissable pour la très grande majorité des étudiants interrogés. Il y a d’une part une confusion sur la nature de l’entité territoriale palestinienne, et, d’autre part, une dissociation entre la Cisjordanie et le conflit israélo-palestinien.

Moins de 10 % des étudiants mentionnent la Cisjordanie dans la question relative à la localisation du conflit. Elle est absente de près de 80 % des cartes réalisées, et quand elle apparaît, dans la moitié des cas, elle est signifiée comme un Etat voisin, souvent en lieu et place de la Jordanie. Les explications données par les étudiants sur l’entité « Cisjordanie » confirment la méconnaissance qui transparaît dans les cartes. Plus de la moitié d’entre eux ne se sont pas exprimés sur ce point. Beaucoup présentent la Cisjordanie comme un pays voisin accueillant des réfugiés palestiniens. La relation entre ce territoire et le conflit se trouve souvent limitée à cet aspect. Au mieux, la Cisjordanie devient un pays adhérant à la cause palestinienne : « Pays d’accueil des Palestiniens réfugiés qui s’allie aux Palestiniens pour la défense de leur territoire », « Allié du Hamas », « Aide non officiellement la Palestine. Ouvertement anti-israélien ». La formulation de l’un d’entre eux résume la vision de l’ensemble des étudiants : « Pays voisin accueillant des réfugiés et se mettant en conflit avec l’Etat d’Israël – même si je ne sais pas très bien son rôle –, ce pays revient souvent dans le conflit israélo-palestinien. »

Sur les colonies, les réfugiés et Jérusalem

Les cartes produites par les étudiants restent rudimentaires, relativement peu élaborées (les éléments les plus représentés sont respectivement les territoires voisins, la bande de Gaza, Jérusalem, Israël et la Palestine). Les manifestations concrètes d’un différend territorial, ou du moins d’un phénomène singulier, qu’il s’agisse des colonies, du Mur, etc. ont une fréquence d’apparition qui rend leur présence insignifiante. Ainsi, les deux cartes ci-dessous sont les exemples les plus renseignés. Si une partie de ces représentations offrent une vision relativement « conforme » du territoire du conflit, d’autres proposent des représentations plus fantaisistes ; toutes doivent être analysées en termes de pertinence.

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Représenter Israël et la Palestine occupée…

Même les notions les plus basiques, telles que celles de « colonies » ou « colonisation », donnent lieu à des confusions. Les propositions sont multiples. L’utilisation du registre historique pour définir les colonies revient dans près de 6 % des réponses : « Israël, ancienne colonie britannique », « implantation initiale des colons après la seconde guerre mondiale », et certains n’y voient aucune résonance contemporaine : « Elles n’existent plus. » Par ailleurs, 5 % des étudiants affirment que la bande de Gaza est une colonie : « La Bande de Gaza abrite une importante colonie palestinienne, tout comme la Cisjordanie » et la même proportion présente les camps de réfugiés palestiniens comme des colonies : « Les réfugiés palestiniens se regroupent en colonies. » Malgré tout, 20 % présentent les colonies comme « israéliennes/juives » situées « sur le territoire palestinien », mais les informations données sont souvent succinctes : « colonies israéliennes sur le territoire palestinien protégées par l’armée », « occupation illégale de certains Israéliens sur des territoires que l’ONU considère comme palestiniens ».

Quant aux réfugiés, si les étudiants se réfèrent à près de 40 % aux Palestiniens, ils se rapportent dans leur grande majorité à ceux qui ont dû fuir leur territoire suite aux bombardements récents : « Palestiniens vers l’Egypte, la seule sortie », « Beaucoup de personnes (plutôt palestiniennes) ont dû se réfugier dans les pays voisins, comme des réfugiés, à cause du conflit dans la Bande de Gaza ». Ainsi seuls 15 % des étudiants replacent la notion de réfugié dans le contexte historique, mais dans ce cadre, les Israéliens sont évoqués dans 10 % des cas : « Israël est une terre de réfugiés. »

La confusion entre les éléments du passé et la situation contemporaine revient de façon récurrente dans les réponses : certains présentent Jérusalem comme une zone internationale ou neutre, se référant au statut de la ville préconisé par le plan de partage de l’ONU en 1947.

La connaissance géographique du conflit chez des étudiants en histoire-géographie est fragmentée, déformée et incomplète. L’intérêt n’est alors pas seulement l’évaluation des connaissances – ce que les individus savent ou ne savent pas –, mais la mise en valeur des perceptions partagées – ce que les individus croient savoir. Les résultats de l’enquête attestent un manque de connaissances, mais ils ne sont en rien surprenants dans ce type de questionnement, et ils peuvent être envisagés comme un indicateur des représentations détenues par l’ensemble de la population en France. Ils soulignent le décalage entre une information de plus en plus présente, accessible, actualisée presque en direct, et ce qu’en retiennent les « usagers de l’information ». Et on se demande quel est le processus qui produit ces représentations collectives « déformées » sur un sujet aussi prégnant dans l’actualité. Ces résultats constituent également un révélateur et offrent un bon support aux journalistes qui pourront, le cas échéant, penser la manière dont leurs lecteurs ou auditeurs reçoivent et absorbent les informations…

Chloé Yvroux est doctorante à l’université de Montpellier.

Notes

[1] Entretien réalisé le 12 janvier 2010 à Jérusalem.

[2] En mars 2010, un sondage réalisé par l’IFOP pour l’Association France Palestine Solidarité (AFPS) demande notamment : « Qui porte la plus grande responsabilité dans la non-résolution du conflit israélo-palestinien ? » Autre sondage effectué en 2000-2001 : « Avez-vous davantage de sympathie pour les positions des Israéliens ou pour celles des Palestiniens ? » (sondage BVA).

[3] Cette enquête s’est déroulée sur l’ensemble des étudiants inscrits en licence d’histoire-géographie de l’université Paul-Valéry de Montpellier. 221 questionnaires ont été récoltés.

[4] « Géographie et représentations », in Yves André, Antoine Bailly, Robert Ferras, Jean-Paul Guérin, Hervé Gumuchian, Représenter l’espace. L’imaginaire spatial à l’école, Ed. Anthropos, 1989.

[5] Il faut tout de même relativiser l’impact de l’actualité sur les réponses, car en dehors des éléments se référant à la violence, lors de tests préliminaires organisés en avril 2008, les tendances étaient les mêmes.

http://blog.mondediplo.net/2011-11-07-Bandes-a-Gaza-que-savent-les-etudiants-du-conflit#nh5

LES USA ET ISRAËL SANS EXPLICATIONS COHÉRENTES


Baudouin Loos

Commentaire

Quelle mouche a donc piqué l’administration américaine ?

Elle vient de décider de geler la participation des Etats-Unis au budget de l’Unesco, ce qui correspond à une amputation de 22 % pour cet organisme des Nations unies spécialisé dans l’éducation, la science et la culture.

Pour quel motif ?

Parce qu’une majorité de ses membres a admis la Palestine, le lundi 31 octobre, comme membre à part entière.

La logique qui soutient cette démarche est difficile à saisir.

Pourquoi l’entrée de la Palestine au sein de cet organisme, même controversée, devrait-elle être payée par la suppression, faute de financements, de programmes d’éducation dans le tiers-monde (des programmes par exemple adressés aux filles) ou de sauvegarde du patrimoine mondial ?

Il n’y a pas de bonne réponse à cette question de bon sens.

L’administration américaine explique ne faire qu’appliquer une loi adoptée naguère par le Congrès, qui proscrit tout financement des agences internationales qui reconnaîtraient la Palestine.

Pour ajouter un argument politique concret, Washington avance que cette admission de la Palestine à l’Unesco est regrettable, prématurée et mine le but partagé : une paix complète, juste et durable au Proche-Orient.

Là encore, hélas ! on reste privé d’explications logiques : en quoi la paix recherchée souffrirait-elle de cette admission ?

Eh bien ! parce qu’Israël y est opposé, tout simplement.

Pourquoi ?

Le gouvernement israélien parle de démarche de confrontation, ce qui n’apparaît en réalité pas du tout clairement. Il évoque une fois encore une manœuvre unilatérale palestinienne qui repousse la possibilité d’un accord de paix.

Il faut parfois répéter des évidences. Les marteler.

En matière de manœuvres unilatérales, les gouvernements israéliens successifs, depuis vingt ans de négociations, n’ont jamais pu trouver leurs maîtres.

La colonisation juive des territoires palestiniens occupés n’a jamais vraiment cessé. Elle a vu le nombre de colons juifs plus que doubler depuis qu’on parle de paix !

Elle consiste aussi à judaïser Jérusalem-Est, la partie arabe de la ville, qui sera pourtant la capitale de la Palestine. Ou alors la paix ne sera jamais signée.

Le gain, surtout symbolique, que les Palestiniens ont engrangé lundi à l’Unesco ne torpille même pas le processus de paix, puisque celui-ci se trouve depuis longtemps dans le formol.

LA DESTRUCTION OFFICIELLE DES COMMUNAUTÉS PALESTINIENNES EN ISRAËL-PALESTINE.


Il y a des morts qui sommeillent dans des chambres que vous bâtirez. Des morts qui visitent leur passé dans les lieux que vous démolissez. Des morts qui passent sur les ponts que vous construirez. Mahmoud Darwich, Discours de l’homme rouge.

Depuis la rédaction de ce texte en janvier 2011 les conditions de vie des Palestiniens se sont encore considérablement détériorées.

Dans le cadre de sa création en 1948, l’État d’Israël s’est emparé de 78% de la Palestine mandataire. Quelque 530 villages, de nombreux quartiers urbains et des villes, ont été détruits ou vidés, totalement ou en majeure partie, de leurs habitants palestiniens. (1) Par le recours à la violence, les plus hautes autorités de la communauté juive de Palestine – d’abord de l’Agence juive et ensuite de l’État d’Israël – ont délibérément expulsé du territoire conquis 800.000 hommes, femmes et enfants sur les 950.000 Palestiniens qui y vivaient.(2)

En outre, environ 40.000 de ceux qui n’ont pas été expulsés, ont été chassés de leur maison, village ou ville pour être regroupés dans des zones restreintes. Ces « déplacés de l’intérieur » ont été empêchés de rentrer chez eux, bien qu’ils soient devenus citoyens israéliens. » (3) Les 2/3 des maisons confisquées ont été détruites. Le reste a été attribué à des immigrants juifs.(4)

À l’intérieur des frontières du nouvel État, la propriété de la communauté juive est passée d’environ 11% en 1947 à plus de 92% en 1949.(5) La politique du nouvel État d’Israël était de s’approprier, afin de l’attribuer à des Juifs, la plus grande partie possible du territoire – particulièrement les terres cultivables et les ports – en y laissant le moins possible de Palestiniens.

Depuis lors, seuls des Juifs – d’où qu’ils viennent et où qu’ils vivent – peuvent acquérir les biens confisqués lors de la création de l’État d’Israël, alors que les Palestiniens – où qu’ils soient nés et où qu’ils vivent – ne le peuvent pas.

Même les Palestiniens de nationalité israélienne ne peuvent acheter ces biens alors que n’importe quel Juif du monde le peut.(6) A l’intérieur des frontières reconnues de l’État d’Israël, il est interdit aux Arabes israéliens de vivre sur les quelque 94% du pays réservés aux Juifs.(7) Le système politique israélien légalise, sur base communautaire, des dénis de justice tels que chasser des Arabes de chez eux afin d’y installer des Juifs.(8)

Les Arabes d’Israël sont des citoyens de seconde zone. Ils subissent de très graves discriminations, notamment mais pas uniquement en ce qui concerne les droits de propriété.

Ils vivent dans des lieux où les infrastructures administratives et sociales sont sévèrement sous financées. Ils jouissent néanmoins de la liberté de déplacement et d’importants droits civils et politiques.

En 1967, l’armée israélienne occupe les 22% restant de la Palestine mandataire. En 2009, suite à plus de 40 ans de « faits accomplis » illégaux au regard du droit international, les Israéliens avaient confisqué à leur usage exclusif 70% de la Cisjordanie (9) dont une grande partie des terres cultivables : colonies entourées de terres agricoles et d’une zone de sécurité ; réseaux de routes et de distribution d’électricité et d’eau réservés aux Israéliens ; centaines de kilomètres de larges structures de confinement – notamment le Mur – ; zones militaires ; parcs industriels ; …. Et cette colonisation se poursuit, voire s’accélère.

Tout cela s’inscrit dans le projet de morceler le territoire en une douzaine de réserves non contiguës et, à l’extérieur de ces réserves, de confiner la population dans de petites enclaves, isolées les unes des autres par un maillage très dense de routes interdites aux Palestiniens et par plus de 700 obstacles à leurs déplacements : check-points, barrières et barrages permanents, grilles surveillées, tranchées, murs et monticules de terre, …(10)

Les réserves et les petites enclaves sont systématiquement dépouillées de leurs moyens d’existence notamment de leurs terres. À cela s’ajoute et s’accélère une colonisation à l’intérieur des réserves et des enclaves, comme à Jérusalem-Est et à Hébron.

Depuis 1967, tout est systématiquement mis en œuvre pour rendre la vie des Palestiniens de moins en moins supportable : entraves à la circulation des personnes et des biens ; infrastructures plus que négligées ; économie asphyxiée (11) ; vie communautaire paralysée – plus de 24.500 maisons (sa maison, c’est infiniment plus que des murs et un toit) démolies. (12)

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Entre la fin septembre 2000 (début de la deuxième Intifada) et la fin juillet 2010, 6.565 Palestiniens dont 1274 enfants, 369 femmes 32 membres du corps médical et 11 journalistes, ont été tués (1.482 d’entre eux ont été tués au cours d’affrontements armés avec les forces d’occupation, les autres 5.083 étaient des civils). Durant la même période, 30.628 Palestiniens ont été blessés (17.078 dans la Bande de Gaza et 13.550 en Cisjordanie).(13) Beaucoup d’entre eux ont été délibérément estropiés par des tireurs d’élite.(14)

La spoliation de terres, l’asphyxie de l’économie et la paralysie de la société, ininterrompues depuis 1967, ont porté leurs fruits.

500.000 Israéliens juifs se sont illégalement installés dans les territoires occupés.(15) 130.000 d’entre eux se répartissent dans 121 colonies et une centaine avant-postes qui se réservent 42% de la Cisjordanie. (16) Ces implantations fortifiées, systématiquement situées au sommet et à flanc des collines, sont des pièces maîtresses du dispositif de confinement de la population palestinienne dans des enclaves strictement contrôlées.

Par ailleurs en 1967, au cours de la Guerre des 6 jours, entre 400.000 et 450.000 Palestiniens, soit 1/3 des habitants de Cisjordanie et de Gaza, ont été expulsés, en quasi totalité vers la Jordanie.(17)

Depuis lors, quelque 130.000 Palestiniens ont été déplacés à l’intérieur des territoires occupés (18) et des centaines de milliers d’autres ont été amenés à s’exiler.(19) En 2009, du fait du Mur qui se contorsionne au gré de la confiscation d’un maximum de terres et d’eau, 498.000 Palestiniens vivaient dans des zones coupées du reste de la Cisjordanie (20) et 263.200 d’entre eux, dans des zones – dites « coutures » et déclarées zones militaires fermées – enclavées entre le Mur et Israël. Tous risquent le déplacement forcé.(21)

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Les terres et ressources en eau du village de Jayyous séparées par le Mur. © OCHA

« Ils vont être coupés de leurs moyens d’existence et emprisonnés dans des enclaves isolées. N’ayant plus de quoi vivre, ils seront forcés de quitter ces enclaves et de chercher du travail dans les faubourgs des villes de Cisjordanie.

Ainsi, les zones limitrophes d’Israël se trouveront-elles ’nettoyées’ de leurs Palestiniens. »(22) Cette politique de destruction de la société palestinienne et de confinement de la population dans des enclaves coupées de leurs moyens d’existence, atteint son paroxysme dans la minuscule bande de Gaza où sont enfermés 1.500.000 « terroristes » hommes, femmes et enfants.(23)

Ce territoire est hermétiquement ceinturé, du côté mer, par la marine de guerre israélienne et, du côté terre, par une clôture infranchissable hérissée de lames de rasoir et longée, sur les terres palestiniennes, par une bande d’une largueur de 500 mètres à 2km qui comprend et rend inaccessibles 29% des terres cultivables (24) et où toute végétation et tout édifice sont rasés afin d’offrir une vue dégagée aux tireurs israéliens.

Cette population, soumise depuis des années à un blocus draconien, a récemment subi, après en avoir subi bien d’autres, une agression militaire d’une brutalité exceptionnelle. Les infrastructures publiques ont été particulièrement visées : immeubles administratifs, hôpitaux, écoles, routes, réserves alimentaires et même les casernes de pompiers.

Plus de 10.000 logements ont été complètement détruits ou lourdement endommagés.(25) Selon un rapport du Comité International de la Croix-Rouge, 1380 Palestiniens ont été tués et 5380, blessés. (26) Selon le droit international, ce blocus et cette agression militaire constituent des crimes contre l’humanité.(27)

Jeff Halper montre comment l’occupation désintègre la communauté palestinienne des territoires occupés et tend à la réduire à l’impuissance. En Cisjordanie et à Jérusalem-Est, « rien n’empêche Israël de terroriser la population palestinienne.

Que ce soit par sa propre armée ou par la milice auxiliaire, financée par les États-Unis et opérée par l’Autorité palestinienne afin de pacifier sa propre population.

Que ce soit par les colons qui tirent sur les Palestiniens, les brutalisent et brûlent leurs récoltes sans crainte d’être poursuivis ou par des agents secrets, aidés par des milliers de Palestiniens forcés à devenir des collaborateurs souvent pour que leurs enfants puissent avoir accès à des soins médicaux ou avoir un toit sur leur tête.

Que ce soit par des expulsions ou par la myriade de contraintes administratives d’un système, invisible mais kafkaïen, de contrôle total et d’intimidation. » (28) A Gaza, depuis le redéploiement en 2005 de l’infrastructure et des forces d’occupation en périphérie, le contrôle et l’intimidation s’exercent de l’extérieur par un blocus impitoyable et un harcèlement militaire avant, pendant et après l’opération Plomb durci.(29)

Amira Hass caractérise on ne peut mieux à quoi la Communauté palestinienne des territoires occupés est désormais réduite : « Si les indigènes le désirent, ils peuvent continuer à vivre dans les réserves ; s’ils ne le veulent pas, qu’ils s’en aillent ».(30)

La terre sans les Palestiniens

Le nombre, l’expansion, la structure et les lieux d’implantation des colonies – notamment autour de Jérusalem-est et de Bethléem – ainsi que l’importance et la nature des infrastructures réservées aux colons et aux forces d’occupation, montrent à l’évidence que l’intention des autorités israéliennes n’est pas d’évacuer les territoires occupés en violation au droit international mais, tout comme lors de la création de l’État d’Israël, d’en accaparer la plus grande partie possible.

Les autorités israéliennes cherchent manifestement à déstructurer la communauté palestinienne au point qu’un État palestinien indépendant soit impossible. Témoins, entre autres : la destruction des infrastructures nécessaires à un État, la déportation ,(31) l’emprisonnement et l’assassinat de personnalités dirigeantes ; les milliers de prisonniers ; (32)les entraves à l’accès à l’enseignement supérieur sur place et à l’étranger ; la répression des étudiants ; … .

Par un de ses aspects essentiels – accaparer le maximum de terres en y laissant le moins de Palestiniens possible -, la politique israélienne n’a pas changé depuis 1948. Elle s’est simplement adaptée : « Dans une région suivie avec autant d’attention qu’Israël-Palestine, écrit Tanya Reinhart, le nettoyage ethnique ne peut pas prendre la forme de massacres de masse ni de grands transferts de population.

C’est un processus lent, quotidien, qui vise à briser la société et à conduire le plus de gens possible à disparaître ou à s’enfuir. »(33) D’autres composantes de cette politique, telles l’enfermement des Palestiniens dans des enclaves délibérément paupérisées et la désarticulation de leur communauté, sont beaucoup plus sévères dans les territoires occupés qu’en Israël.

Au début de la guerre de 1948, les Palestiniens étaient propriétaires d’environ 93% du territoire de la Palestine mandataire. Aujourd’hui, alors qu’ils constituent au moins 48% de la population qui vit sur ce territoire ,(34) ils ne sont propriétaires que d’environ 11% (35) et d’un pourcentage bien inférieur encore – sans doute moins de 5% – des terres cultivables.

Au début de la guerre de 1948, la quasi totalité des Palestiniens vivaient sur le territoire de la Palestine mandataire. Fin 2008, on estimait à 10.600.000 le nombre de Palestiniens dans le monde. Au moins 7.100.000 d’entre eux – soit les 2/3 – étaient des personnes déplacées. 6.600.000 – soit 62% – s’étaient réfugiés à l’étranger et 427.000 étaient des déplacés de l’intérieur. (36)

Aujourd’hui, dans leur propre pays, une grande majorité des Palestiniens vivent dans des enclaves surpeuplées, strictement contrôlées et largement dépouillées de leurs ressources. Il n’est donc nullement exagéré de parler d’une désintégration probablement irréversible des communautés palestiniennes en Israël-Palestine et cela d’autant moins que les confiscations et le harcèlement « légaux » sont toujours en cours.

Notes

1) Badil, Survey of Palestinian Refugees and Internally Displaced Persons, 2008-2009, P.11. Le cas de Lydda (aujourd’hui, Lod où se trouve l’Aéroport international Ben Gourion), à l’époque ville de quelque 20.000 habitants située à l’intérieur de l’État attribué aux Arabes par l’ONU en 1947, est exemplaire à plus d’un titre. La ville qui ne disposait que de quelques vieux fusils, était pratiquement sans défense. Après avoir subi un bombardement, elle est attaquée, le 13 juillet 1948, par des forces de l’armée régulière commandées par le Colonel Yitzhak Rabin, futur Général, Chef d’état-major, Ministre de la Défense, Premier Ministre et Prix Nobel de la Paix. La résistance ne dure que quelques heures. Le jour même, 456 personnes – hommes, femmes et enfants – sont massacrées dont 176 à l’intérieur d’une mosquée. Le lendemain, quelque 50.000 Palestiniens terrorisés dont plus de la moitié étaient des réfugiés qui avaient fui les villages environnants, sont expulsés sur ordre direct de Ben Gourion. Seules quelques centaines de personnes ont été autorisées à rester. Ilan Pappe, Le nettoyage ethnique de la Palestine, Fayard, 2008, p.218-222.

2) Badil, Survey …, p.10.

3) Palestine Monitor 2009 Factbook, p.23.

4) Badil, Survey …, p.11.

5) Badil, Survey …, p.3.

6) « La Loi sur les Biens des Absents (également connue comme la Loi sur les Propriétés abandonnées) a été promulguée en 1950. …. La Loi stipule que les biens d’un Absent seront transférés sous la juridiction de l’Administrateur des Biens des Absents, sans possibilité de faire appel ou de compensation. » Meron Rappaport, « Les maîtres de la terre », Haaretz Magazine, 20 janvier 2005. Cette loi s’applique également aux « déplacés de l’intérieur » qui ont été dépouillés de leurs biens. Ce sont les fameux citoyens arabes israéliens « absents présents ». Par la Loi fondamentale 1960 : Terres d’Israël (1960 Basic Law : Israel Lands ), toutes ces terres deviennent propriété inaliénable du Peuple juif et ne peuvent être vendues qu’à des Juifs et donc pas aux Palestiniens. Badil, Survey … p.15.

7) Voir Jeff Halper, « Ramadan kareem from the Netanyahu and Obama administrations« , 17 août 2010 (www.icahduk.org).

8)Un exemple récent parmi beaucoup d’autres : « Le soir du 29 juillet 2010, à leur retour d’une cérémonie de mariage, neuf familles, habitant le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem, se sont retrouvées expulsées de leurs maison s par des colons et empêchées d’y rentrer par la police. Les Palestiniens n’ont évidemment aucun recours légal contre la confiscation, en 1948 et après, de leurs propriétés, villages entiers, villes et quartiers urbains, fermes, usines ou immeubles commerciaux ». Jeff Halper, « Ramadan … .

9) Badil, Survey …, p.27.

10) Palestine Monitor factsheet, Checkpoints. (www.palestinemonitor.org)

11) Crime de guerre aux termes de la 4ème Convention de Genève Art. 55 : « …, la Puissance occupante a le devoir d’assurer l’approvisionnement de la population en vivres et en produits médicaux. »

12) Selon les estimations de l’ICAHD (Israeli Commitee Against House Demolitions) – mise à jour du 28 juillet 2010 -, au moins 24.813 maisons ont été détruites depuis 1967 en Cisjordanie, à Jérusalem Est et à Gaza. « Statistiques des Démolitions de Maisons (1967-2010) ». (www.icahd.org). Crime de guerre aux termes de la 4ème Convention de Genève Art. 53 : « Il est interdit à la Puissance occupante de détruire des biens mobiliers ou immobiliers, appartenant individuellement ou collectivement à des personnes privées, à l’État ou à des collectivités publiques, à des organisations sociales ou coopératives, sauf dans les cas où ces destructions seraient rendues absolument nécessaires par les opérations militaires. »

13) Selon les statistiques (octobre 2010) du PCHR (Palestinan Center for Human Rights) (www.pchrgaza.org)

14) Environ 1 an avant le déclenchement de la 2ème Intifada à la fin septembre 2000, à l’initiative et sous le contrôle direct du Premier Ministre et Ministre de la Défense de l’époque E. Barak, « l’armée a formé 4 bataillons spécialement destinés à faire face à l’agitation en Cisjordanie. … . Dans ces unités spéciales, on apprend à viser et à tirer de façon calculée : mutiler, mais sans trop augmenter le chiffre des morts (dont, d’après l’armée, les Palestiniens ont besoin pour gagner l’appui international). (De là,) les balles qui frappent si souvent et de façon si précise aux yeux, à la tête ou aux genoux ». Tanya Reinhart, Détruire la Palestine ou comment terminer la guerre de 1948, La Fabrique, 2002, p.85-88.

15) Crime de guerre aux termes de la 4ème Convention de Genève Art. 49.6 : « La Puissance occupante ne pourra procéder … au transfert d’une partie de sa propre population civile dans le territoire occupé par elle. »

16) By Hook and by Crook : Israel’s Settlement Policy in the West Bank, Rapport B’tselem (The Israeli Information Center for Human Rihgts in the Occupied Territories), Juillet 2010. www.btselem.org

17) Badil, Survey …, p.17. 4ème Conv. Art. 49.1 : « Les transferts forcés, en masse ou individuels, ainsi que les déportations de personnes protégées hors du territoire occupé dans le territoire … de tout autre État, occupé ou non, sont interdits, quel qu’en soit le motif. »

18)Badil, Survey …, p.57.

19) Le taux annuel d’émigration atteint les 2%. Badil, Survey …, p.39.

20) Il s’agit des habitants de localités enclavées dans des zones confisquées, notamment dans la Vallée du Jourdain.

21) Badil, Survey …, p.24.

22) Tanya Reinhart, L’héritage de Sharon, La Fabrique, 2006, P.190.

23) A l’instar de tant d’autres puissances occupantes, l’État d’Israël déshumanise ceux qu’il opprime en les qualifiant de « terroristes ».

24) Farming without Land, Fishing without Water : Gaza agriculture struggle for survival, Rapport de l’ONU (OCHAopt), Mai 2010 (www.ochaopt.org)

25) ICAHD, « Statistiques des démolitions de maisons à Gaza pendant l’opération Cast Lead« , (www.icahd.org).

26) Voir Gaza Strip, Initial health needs assessment. Rapport de l’ONU (OCHAopt) du 16 février 2009. L’évaluation de Badil, plus récente, fait état de 1.414 morts dont 313 enfants et 116 femmes. Badil, Survey …, p.19. Du côté Israéliens, 3 civils et 10 militaires dont 4 par « feu ami », ont été tués. (www.btselem.org/english/gaza_strip)

27)Richard Falk, Professeur émérite de droit international à l’Université de Princeton et Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits humains dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, considère que l’attaque militaire « non défensive » de décembre 2008 visant à « punir » Gaza ainsi que le blocus imposé à ce territoire, constituent des crimes contre l’humanité. Richard Falk, « Nécessaire inculpation des responsables de l’agression contre Gaza », Le Monde diplomatique, mars 2009.

28) Jeff Halper, « Ramadan … .

29) Entre le 20 janvier 2009 (fin de Plomb durci) et le 30 septembre 2010, soit quelque 600 jours, il y a eu 420 attaques israéliennes dans la zone tampon qui encercle la Bande de Gaza. Outre les destructions du peu qui reste à détruire, ces attaques ont fait 84 morts et 183 blessés. Voir PCHR Fact Sheet (buffer zone) de décembre 2009 et d’octobre 2010. (www.pchrgaza.org). Et les attaques israéliennes ne se limitent pas à la zone tampon.

30) Amira Hass, « Like a plane without a pilot« , Haaretz du 04.05.2010.

31) Depuis 1968, quelque 2000 Palestiniens ont été déportés parmi lesquels des résistants, des activistes politiques, des directeurs d’école et des inspecteurs de l’enseignement qui protestaient contre la censure des manuels scolaires, des enseignants et des étudiants qui avaient organisé un boycott, des avocats qui avaient organisé une grève. Badil, Survey …, p.20

32) Fin juillet 2009, il y avait 743O détenus palestiniens – y compris 333 mineurs – dans les prisons israéliennes. On comptait, en outre, 387 détentions administratives sans jugement. On estime qu’au moins 40% des hommes sont passés par les prisons israéliennes. Badil, Survey …, p.20. C’est dire que très peu de familles palestiniennes n’ont pas été touchées par l’arrestation d’un de leurs membres.

33) Tanya Reinhart, Détruire … , p.88.

34) Selon le Bureau central israélien de statistiques, il y a aujourd’hui 5.770.9OO Juifs et 1.559.100 Arabes en Israël. Selon le Recensement de la population 2007 de l’UNRWA, il y avait 3.767.126 Palestiniens dans les territoires occupés. Ce qui donne 52% de Juifs et 48% d’Arabes sur le territoire de l’ancienne Palestine mandataire. Le pourcentage de Juifs est probablement surestimé et celui des Arabes, sous-estimé. Apparemment, les statistiques israéliennes prennent en compte tous les Juifs de nationalité israélienne, y compris de double nationalité. Or, un grand nombre d’entre eux – sans doute des centaines de milliers – ne résident pas en Israël. D’autre part, étant donné que le recensement de l’UNRWA date de 2007, la croissance des 3 dernières années – environ 3% par an – de la population palestinienne des territoires occupés, n’est pas prise en compte.

35) En 1947, les membres de la Communauté juive étaient propriétaires d’environ 7% du territoire de la Palestine mandataire. Entre 1947 et 2009, les autorités israéliennes ont confisqué 82% de ce territoire. Ainsi, sur 89% du territoire de la Palestine mandataire, seuls des Juifs peuvent devenir propriétaires. Badil, Survey …, p.3.

36) Badil, Survey …, p.56.

P.S Ce texte est – à quelques modifications mineures près – la première partie d’un article paru dans le numéro de mars 2011 de La Revue nouvelle de Bruxelles sous le titre « L’appel au dialogue de paix occulte la Destruction de la communauté palestinienne ».

Jacques Bude est Professeur émérite de psychologie sociale de l’Université libre de Bruxelles. Mère et père morts en déportation. « Enfant caché » sauvé par des gens merveilleux du pays de Liège.