Palestine Officiel : 1500 prisonniers rejoignent la grève de la faim


 

 

Ma’an – 31 mai 2014 – 21 h 57

Ramallah – Le ministre palestinien des Affaires des prisonniers a déclaré samedi que 1500 prisonniers palestiniens allaient se joindre, dimanche, à une grève de la faim de masse, et il avertissait de la détérioration de l’état de santé des plus de 100 Palestiniens en grève depuis plus d’un mois.

 

Issa Qarage craint qu’« il n’y ait des martyrs » si la grève se poursuit, alors que plus de 100 des prisonniers palestiniens qui entamaient samedi leur 38e jour de grève de la faim ont été hospitalisés.

 

La plupart des prisonniers qui, le 24 avril, ont commencé à refuser leurs repas sont des détenus administratifs qui protestent contre la politique d’Israël consistant à les garder prisonniers sans inculpation ni jugement.

 

Qarage a prévenu que beaucoup de ces prisonniers souffrent d’hémorragie interne et de perte de mémoire et de conscience, et que l’état de certains nécessitait une intervention chirurgicale.

 

Et de déclarer également que l’administration pénitentiaire israélienne continue d’« agresser » les prisonniers, les plaçant en isolement cellulaire dans des « conditions cruelles » afin de « les épuiser et de briser leur grève ».

 

La porte-parole de l’administration pénitentiaire israélienne, Sivan Weissman, a confirmé que certains des grévistes de la faim étaient bien détenus à l’isolement, sans fournir plus de détails.

 

Qarage a lancé un appel aux dirigeants arabes pour qu’ils « interviennent de toute urgence et empêchent la tragédie qu’Israël est sur le point de provoquer », dans une intervention lors d’une conférence à l’université d’al-Zaytoonah, en Jordanie.

 

De son côté, la Société des prisonniers palestiniens a déclaré samedi dans un communiqué qu’un autre prisonnier avait été mis en isolement cellulaire.

 

Abd al-Adheem Abd al-Haq, 38 ans, du village de Qusra près de Naplouse, a été transféré de la prison d’Ashkelon à celle d’Ohalei Kedar en isolement cellulaire.

 

Une porte-parole de l’administration pénitentiaire israélienne a dit ne pas être au courant du transfert d’Abd al-Haq.

 

Ils ont été environ une centaine de prisonniers à déclencher une campagne le 24 avril pour protester contre l’utilisation constante par Israël de la détention sans jugement contre les Palestiniens, malgré son engagement en 2012 à limiter la pratique de la détention administrative à des cas exceptionnels. Cette promesse était le résultat d’une grève de la faim impliquant plus de 2000 Palestiniens, grève qui en avait conduit beaucoup jusqu’au seuil de la mort.

 

Depuis le début de la grève de cette année, plus de 100 autres prisonniers ont rejoint les 100 premiers, pendant que des milliers suivent des grèves de solidarité d’une journée.

 

Les Palestiniens gardés prisonniers en détention administrative sont souvent détenus sans inculpation ni jugement pendant des mois, et sans avoir accès à la preuve qui a conduit à leur détention, alors même que le droit international stipule que cette méthode ne peut être utilisée que dans des circonstances exceptionnelles.

 

Addameer, organisation de soutien aux prisonniers et aux droits de l’homme (http://www.addameer.org/etemplate.php?id=579) estime que 183 Palestiniens sont actuellement gardés prisonniers en détention administrative.

 

Plus de 800 000 Palestiniens ont été détenus depuis 1967, et 5224 sont actuellement enfermés dans les prisons israéliennes, selon l’OLP (Organisation de libération de la Palestine).

 

Ma’an : http://www.maannews.net/eng/ViewDetails.aspx?ID=701140

traduction : JPP pour CCIPPP

« Le plus court voyage à l’étranger de ma vie ! »


jeudi 26 juillet 2012, par La Rédaction

Voilà cela aura été le plus court voyage à l’étranger de ma vie !

Je suis parti lundi dans la nuit pour Tel Aviv et je suis rentré dans la nuit de mercredi à jeudi Marseille !

En fait, je ne suis jamais rentré en Israël pour aller à Jérusalem.

En arrivant au contrôle des passeports à l’aéroport Ben Gourion, le contrôleur m’a tout de suite montré les tampons du Liban et m’a demandé de m’asseoir dans une petite salle. Après quelques heures (je ne sais plus trop bien !) d’attente, je fus invité à parler dans un bureau avec une dame qui m’interrogea sur les raisons de ma venue ici en anglais…Je lui explique que je suis venu pour le tourisme, rejoindre une amie de France qui était chez des amis d’ici…Elle me demande si j’étais venu déjà en Israël, je lui réponds oui. Elle me demande des précisions. Je lui dis que c’était dans le cadre des campagnes civiles de protection du peuple palestinien et que je souhaitais connaître la situation de l’éducation dans les territoires occupés en tant que professeur…Elle me demande où j’habite, où j’habitais auparavant, qu’est ce que je faisais au Liban, au Honduras, pourquoi le Liban, le Honduras…Elle me demande de retourner dans la petite salle. Je ne suis pas seul, beaucoup de gens restent un moment dans cette salle puis repartent avec leur passeport, direction la salle des bagages. Au cours d’un long moment d’attente, je demande où est mon sac à dos, combien de temps cela va durer, pas de réponse.

Deuxième interrogatoire avec la même dame et un homme qui parle français, je répète la même chose, la femme a l’air fâché et me montre une page Internet (que je n’(ai jamais vue !) sur moi avec mon nom et ma photo en grand où est inscrit en anglais que j’ai signé en 2009 une pétition contre l’expulsion de leurs maisons des palestiniens à Jérusalem et ma participation à une rencontre au café équitable à Marseille contre le coup d’état au Honduras en 2009 également !

Je leur réponds que je ne connais pas cette page, qu’en effet j’ai bien participé à une réunion sur le Honduras…On me demande de retourner dans la petite pièce.

Plus tard, on me demande d’aller en face au bureau de l’immigration où il y a de nombreuses personnes principalement d’origine slave…Un homme me pose à peu près les mêmes questions, me demande des précisions sur la personne que je vais rejoindre (son âge, son pays, le jour de son arrivée. Je lui dis que j’ai un numéro de téléphone d’elle en Israël, qu’elle m’attend… Il me demande également son numéro en France, je lui dis que je ne l’ai pas. IL me refait asseoir dans la salle d’attente, on me donne un sandwich et une bouteille d’eau.

Deuxième interrogatoire au bureau de l’immigration. Un homme parlant français assez costaud et agressif arrive. Il semble qu’ils regardent de plus en plus l’ordinateur. Le premier homme décide d’appeler mon amie. Ils dialoguent un long moment en anglais, l’homme est assez ouvert, il semble « chancelant »…Il lui dit qu’il la rappellera…Ensuite, l’homme agressif commence à me demander comment j’étais venu il y a dix ans, où j’étais allé, avec quel passeport…Je lui dis que depuis dix ans j’avais changé de passeport, que j’étais allé à Jérusalem et dans les territoires occupés. Et il me demande alors pourquoi j’avais passé le passage d’Israël à Gaza et pourquoi je ne l’avais pas dit …Je lui dis que oui, qu’on ne m’avait pas demandé avant ce que j’avais fait, il y a dix ans…Il me dit que j’ai menti. Je lui réponds que j’ai répondu aux questions…Il me repose des questions sur le Honduras…Au bout d’un moment, ils me disent que je pourrais entrer si je signe un papier où je déclare ne pas rentrer dans les territoires occupés.
J’accepte. Arrive alors la première femme que j’avais vue, très en colère qui dit aux autres de regarder la fameuse page Internet, que c’était en 2009 (rappel : pétition et Honduras !!) et qu’en quelque sorte, on ne peut pas me faire confiance (petite anecdote : une femme qui m’a surveillé ensuite dans le bureau à regarder sur Google et ne semble pas avoir trouvé cette page, que personne n’a trouvé d’ailleurs !). Ils reviennent et me disent que je ne peux pas rentrer dans le pays. Il est à peu près 5 heures du matin, j’étais arrivé à 23 h 30 ! Je suis bien sûr crevé ! Je n’ai pas pou fumer pendant tout ce temps !

Un homme arrive, me conduit chercher mon bagage. Mes bagages sont fouillés de font en comble dans une salle spéciale, ils passent une sorte de brosse sur tous les objets, mon ordinateur et mon appareil photo sont menés dans une salle. Je suis bien sûr fouillé moi-même dans une autre salle spéciale mais le jeune homme est gentil. Je monte ensuite avec d’autres expulsés dans un van, tous les bagages doivent être dans le coffre ! 2, 3 hommes avec des uniformes où un logo semble t’il de l’aviation militaire est imprimé nous conduisent dans un camp de rétention très sécurisé caché par des bâches. On est enfin autorisé dans la cour à fumer une clope ! On monte à l’étage dans la pièce des bagages : on peut prendre une brosse à dent, un dentifrice, des livres, pas de feu, ni de portable ! On est ensuite enregistré à l’accueil et conduit dans une pièce éclairée jour et nuit, un dortoir avec 6 lits superposés, sans drap propre et avec un matelas plastique très abîmé. On nous enferme dans cette pièce. Dans la pièce, il y a que des hommes qui parlent russe et certainement hébreu ( avec les gardiens ?)., pas un mot d’anglais ! On nous donne un sandwich le matin, un plat chaud à midi et un sandwich le soir (entre parenthèses de la compagnie aérienne « El Al » !!!). Nous avons droit à une visite d’une médecin ne parlant qu’hébreu ( !!). Elle fait traduire en anglais que j’ai une tension élevée et me donne un médicament. On m’autorise à fumer et à appeler deux fois mon amie dans la journée. Elle me dit que le consul de France à Jérusalem appelle régulièrement le centre de rétention. Dans l’après-midi, j’ai, dans la cour, lors de la deuxième sortie-clope, la tête qui tourne, ils me disent de boire de l’eau. J’explique à un homme israélien qui me le demande ce que je fais là, il me souhaite bon courage !!! Ils reviennent me voir une ou deux fois dans la chambre pour voir si je vais bien. Je devrais normalement partir le lendemain à 4 heures 15 du matin.

Cette nuit fût terrible, je n’avais pas l’heure, je regardais par la fenêtre s’il y avait autant de bruits de voitures sur l’autoroute, si le jour pointait, me feraient-ils vraiment partir ! L’angoisse ! Et je pensais qu’il fallait beaucoup de temps pour enregistrer les bagages, les fouiller, me fouiller, faire des papiers…

On m’appelle, je récupère mes bagages déjà enregistrés ( !), mon portable, il est 3 heures 30 !

En fait, je suis conduit dans un van directement au bas de l’avion, une femme donne mon portable au Stewart qui le donnera à une dame de l’aéroport à Istanbul où j’ai du expliquer au contrôle des frontières qu’est ce que je faisais là ! La compagnie PEGASUS a bien sûr refusé de me donner la suite de mon voyage Istanbul- Marseille, je devais payer ! Je suis retourné au contrôle des passeports, je suis allé à la direction de l’aéroport, au bout de 3 heures, on me donne enfin mon ticket d’enregistrement pour Marseille ! Ouf !

Sachant que je n’appartiens à l’heure actuelle à aucun parti, aucune organisation, je trouve très inquiétant, très grave de voir l’Etat israélien agir ainsi. C’est pour moi, le signe d’une schizophrénie chronique qui ne pourra durer mais qui tant qu’elle durera, sera dramatique pour le peuple palestinien abandonné même par les autorités palestiniennes à Jérusalem par exemple…

Arnaud Mermetj
Jeudi, 26 juillet 2012

Route 60 – Un itinéraire au-delà des frontières


Le réalisateur, un Palestinien citoyen d’Israël entreprend un voyage en Cisjordanie à la recherche d’une partie de son identité qui lui a été cachée pendant sa jeunesse. Durant ce voyage intime, le réalisateur va observer des situations absurdes et contradictoires avec sa perception du monde. Quand il absorbe ce nouvel environnement, il va à la rencontre d’une vérité qui l’amènera à poser des questions sur soi et sur la situation de l’homme dans notre monde actuel.

Edito

Ce documentaire créatif représente le côté intime de mon expérience en Cisjordanie où j’ai vécu pendant deux ans. C’est en tant que Palestinien que j’y suis allé. J’ai pourtant grandi à 25 km de la frontière avec cette région et je n’y étais jamais allé auparavant. Bien plus qu’un mur, ce sont des barrières psychologiques qui ont été dressé et de la peur qui m’a été transmis en tant que citoyen d’Israël.

Je m’adresse alors à vous, sensible ou pas à la question de la Palestine, à ceux qui luttent contre les barrières et leurs effets, aux intéressés par les questions identitaires et interculturelles. Je vous invite à soutenir mon projet, en participant avec la somme de votre choix à la production, afin de me permettre de mener à bien cette aventure humaine.

Comptant, jusque là, sur mes économies, j’ai pu autofinancer le tournage de ce film, mais sans votre aide, ce projet ne pourrait atteindre un niveau suffisamment professionnel pour le présenter aux festivals et dans les salles de cinémas et surtout dans des soirées projections débat!

Contrecoups imprévus de la guerre livrée aux Palestiniens David et Goliath ou le mythe historique inversé


mardi 12 juin 2012, par Shlomo Sand

Depuis l’origine de son entreprise de colonisation, il y a à peu près un siècle, le mouvement sioniste, et l’Etat d’Israël par la suite, s’est vu comme une minorité persécutée et faible, aspirant à se faire une place au soleil. Brandissant la Bible comme droit de propriété et portant en bandoulière le terrible capital de souffrance des pogroms et des massacres nazis, le projet sioniste a réussi au-delà de tout pronostic : il a fondé un « petit Etat juif » au cœur et aux dépens d’une population arabe infiniment supérieure en nombre.

De nos jours, les historiens savent que, dès la guerre de 1948, le rapport des forces militaires penchait déjà en faveur du jeune Etat, bien au-delà de la représentation que s’en firent les premiers Israéliens. Lors des trois guerres suivantes : 1956, 1967 et 1973, la puissance des forces armées israéliennes s’était encore notablement accrue et, à l’aide d’armements fournis par la France puis par les Etats-Unis, elle s’imposa face aux forces arabes qui lui étaient opposées.

Toutefois, depuis la guerre de Kippour, en 1973, l’armée israélienne n’est manifestement plus confrontée à une menace militaire sérieuse ; et de même, depuis lors, l’existence d’Israël ne s’est plus trouvée en danger. Les pilotes de l’armée israélienne ont cessé, depuis longtemps, d’accomplir des missions de combat ; à l’instar de la majorité des soldats, ils effectuent essentiellement des tâches de police. Force est de reconnaître que les principales missions dévolues à l’armée d’Israël, dotée des armes américaines les plus sophistiquées (chasseurs-bombardiers, drones, fusées guidées, tanks, gilets pare balles…) consistent à réprimer la population des territoires occupés qui de temps à autre tente, de façon désespérée et violente, de se révolter contre son triste sort.

« Tout Etat normal a le droit de défendre ses frontières et de répliquer lorsqu’il subit des bombardements de roquettes », affirment les porte-parole d’Israël dans leurs vibrantes justifications de l’agression brutale contre Gaza. « Certes », pourrait répondre le premier contradicteur venu, « mais tout Etat normal sait aussi où sont ses frontières ! ». Or, Israël ne satisfait pas à ce critère de logique politique de base. Depuis 1967, il n’a pas cessé d’implanter des colonies dans des territoires qui ne sont pas reconnus comme lui appartenant, tout en se gardant, par ailleurs, de les annexer juridiquement afin de ne pas devoir accorder l’égalité civique à leurs habitants.

Si, jusqu’en 2002, Israël a pu justifier l’occupation de ces territoires au motif que le monde arabe n’est pas disposé à reconnaître son existence, cette ligne de défense rhétorique est tombée lorsque la Ligue arabe, incluant l’Organisation de la libération de la Palestine (OLP), a déclaré reconnaître Israël dans les frontières de 1967. L’Etat d’Israël n’a aucunement relevé ce défi diplomatique que tous ses dirigeants ont superbement ignoré. Il s’est retranché derrière une haute muraille de béton, tout en continuant de mordre dans les terres palestiniennes, d’élargir ses colonies et de maintenir son contrôle et sa présence militaires sur toute la Cisjordanie

« Nous sommes sortis de Gaza », affirme Israël. « Alors, pourquoi les Palestiniens continuent-ils de nous attaquer à partir de là ? ». En fait, le retrait israélien de Gaza n’a constitué ni un geste envers les Palestiniens ni un premier pas vers la paix. Bien au contraire ! Tout comme M. Ehoud Barak a effectué le retrait du Liban sans accord afin de se soustraire à toute discussion sur l’évacuation du plateau du Golan, M. Ariel Sharon est sorti de la bande de Gaza pour ne pas avoir à conclure avec les Palestiniens un accord de paix qui aurait également comporté l’évacuation complète de la Cisjordanie et la renonciation à la partie arabe de Jérusalem. En fin de compte, les habitants du sud d’Israël qui subissent les bombardements de roquettes paient le prix fort pour préserver l’intégralité et la tranquillité des colonies.

En vérité, Israël n’a jamais réellement quitté Gaza et n’a jamais accordé aux Palestiniens qui y résident ne serait-ce qu’un semblant de souveraineté. Dès l’origine, l’intention était de créer une vaste « réserve indienne » enclose, préfigurant l’instauration d’autres « réserves » similaires en Cisjordanie ; au cœur d’Eretz Israël. Si les Palestiniens disposaient au moins d’une authentique poignée de souveraineté sur une parcelle de territoire, ils ne se verraient pas accusés d’introduire en contrebande des armes dans une zone relevant officiellement de leur autorité ; ils le feraient en pleine légalité et Israël serait obligé de reconnaître la légitimité de leur Etat. En fait, Israël récuse toute notion d’égalité, même fictive, entre elle-même et les Palestiniens : elle leur dénie tout droit de se défendre. Le droit de se défendre doit demeurer un privilège israélien exclusif. C’est ainsi qu’Israël a catégoriquement rejeté la proposition faite par le Hamas d’une accalmie générale, incluant la Cisjordanie, où l’Etat hébreu continuait de pratiquer sans retenue les « assassinats ciblés » de Palestiniens armés. Il est donc reconnu et admis que le droit d’Israël « de se défendre » implique la neutralisation totale de toute force de résistance palestinienne.

Ce fut pour Israël une véritable aubaine de voir le Hamas remporter à Gaza les élections dont le caractère légal et régulier a été reconnu. Le refus de l’OLP d’accepter le verdict des urnes entraîna la scission du camp national palestinien et la création de deux zones d’influences distinctes. Gaza s’en trouva plus isolée, plus étranglée, plus violente et, surtout, plus ostracisée aux yeux du monde occidental. En Cisjordanie, où l’on souriait encore à Israël, des pourparlers de paix s’ouvrirent avec les Palestiniens « modérés ». L’humiliation et l’absence de contenu effectif des interminables discussions avec l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas ne suscitèrent pas la moindre tendance au compromis et eurent pour seul effet de conforter le Hamas intransigeant. Tout Palestinien raisonnable est à nouveau porté à se dire qu’Israël n’a cessé de duper l’Autorité palestinienne, administrant la preuve que le seul langage qu’il entende est bien celui de la force.

« Le pouvoir corrompt, et le pouvoir absolu corrompt absolument », a déclaré, en son temps, Lord Acton. Israël dispose d’un pouvoir absolu comme vient de l’illustrer sa récente agression contre Gaza. Israël a également montré que, pour économiser la vie des « soldats juifs », elle est prête à sacrifier plusieurs centaines de civils « non juifs ». La majorité des victimes à Gaza ont été des femmes, des enfants, des vieillards. La plupart des combattants Palestiniens ont été tués dans les bombardements aériens, par des tirs d’hélicoptères ou d’artillerie effectués depuis les tanks ou les navires de guerre, bien avant l’entrée en lice des forces d’infanterie terrestres. Ce type d’affrontement n’a pas empêché les communicants israéliens de magnifier avec fierté la « victoire sans précédent ! ».

Non loin des lieux mêmes où la mythologie biblique en avait fait le récit, le géant Goliath est revenu, équipé, cette fois-ci, d’une énorme panoplie militaire. Mais les rôles sont désormais inversés : Goliath est devenu « juif » et il est le « vainqueur ». Le petit David est maintenant un « musulman », réprouvé et piétiné lors d’affrontements interminables. Il faut bien, hélas, le reconnaître : c’est précisément cet énorme déséquilibre des forces entre Israël et les Palestiniens qui perpétue l’occupation de la Cisjordanie et rend la paix impossible.

Le dernier massacre à Gaza, qui répondait, entre autres, à des objectifs électoraux, n’aura aucunement fait évoluer la situation dans le bon sens et, a fortiori, n’aura pas conforté le droit d’existence d’Israël au Moyen-Orient. Tant que les Israéliens ne voudront pas se souvenir que les tireurs de roquettes artisanales sur la ville d’Ashkélon sont aussi les fils et les petits-fils de ceux qui en furent expulsés vers Gaza en 1950, il n’y aura pas d’avancée dans la solution du conflit. Celle-ci implique, en effet, de mieux comprendre la profonde colère de ceux qui subissent l’occupation, depuis au moins quarante et un ans !

Peut-on au moins espérer que ce massacre obligera enfin les Etats-Unis et l’Europe à se départir de leur indifférence afin d’obliger les réfractaires à la paix, héritiers des victimes juives d’hier, à un compromis plus équitable avec les victimes de la tragédie palestinienne qui dure encore aujourd’hui ?

Shlomo Sand
Historien, professeur à l’université de Tel-Aviv, auteur de Comment le peuple juif fut inventé, Fayard, Paris, 2008.
(Le Monde diplomatique – Février 2009)

Traduit de l’hébreu par Michel Bilis.

source

Vingt points sur Palestine/Israël


Dr Qumsiyeh

Popular Resistance
14 janvier 2012

Vingt points dans le discours du Dr Qumsiyeh (La Palestine et Israël en bref)

Nous, Palestiniens, demandons et luttons pour notre droit au retour et l’autodétermination.
Nous appelons à un État démocratique pluraliste, pour les populations de toute religion, dans notre patrie historique de Palestine.
Nous appelons à l’égalité et à la justice.

1 – La Palestine est la partie occidentale du Croissant fertile : une région qui comprend la Palestine, la Jordanie, le Liban, la Syrie et l’Iraq. Dans ce Croissant fertile s’est développée la première agriculture par l’homme. Ici sont nées les premières domestications d’animaux (par exemple, des chèvres, ânes, chameaux) et cultures de plantes (blé, orge, pois chiches, lentilles, olives…).

2 – C’est ici aussi que la civilisation a commencé avec l’élaboration du premier alphabet (par les Cananéens phéniciens) et des premières lois. C’est ici que pour la première fois se sont développées des sciences comme l’astronomie, l’ingénierie, et les mathématiques.

3 – Les premiers habitants de cette partie occidentale du Croissant fertile s’appelaient les Cananéens, et la langue d’origine était l’araméen, que Jésus a parlé (Il est né dans le pays qu’on appelait alors la Palestine, de sorte qu’il était palestinien).

4 – La langue araméenne antique a donné naissance à des langues dérivées notamment le syriaque, l’arabe et l’hébreu, et ce groupe de langues est appelé les langues sémitiques.

5 – L’alphabet arabe a évolué dans le Sud Canaan (la Jordanie et la Palestine d’aujourd’hui) alors que l’alphabet latin évoluait dans le Nord Canaan (la Phénicie, le Liban d’aujourd’hui et la Syrie). L’alphabet dont on se sert aujourd’hui en Europe est né dans notre partie du monde.

6 – La population du Sud Canaan, dont la Palestine, a subi de nombreuses invasions militaires et, à près de quinze reprises, a été gouvernée par des rois ou des empereurs (perses, romains, omeyyades, abbassides, israélites, etc.).

7 – Les croyances religieuses locales ont évolué au cours des âges depuis les idées païennes de Canaan jusqu’aux idées monothéistes, Christianisme (Siècle premier), Judaïsme rabbinique (IIIe siècle) et Islam (VIIe siècle).

8 – De tout temps, la Palestine a été une société multiculturelle, multireligieuse, en dépit des tentatives pour l’homogénéiser à certaines périodes (notamment avec les Croisés qui tuèrent et exilèrent les juifs, les musulmans et les chrétiens des autres sectes).

9 – Les juifs d’aujourd’hui, comme les chrétiens et les musulmans d’aujourd’hui, viennent de contextes ethniques et culturels divers. Ils sont donc génétiquement (biologiquement) hétérogènes.

10 – Avant la vague d’immigration d’Européens juifs, les Palestiniens étaient de religions diverses : 85 % d’entre eux environ étaient musulmans, 10 % chrétiens, 5 % juifs et divers. Pendant des centaines d’années, les Palestiniens de différentes religions ont vécu en relative harmonie. (voir notamment « Qui sont les Palestiniens ? » de Hasan Afif El-Hasan – ndt)

11 – Le sionisme est une idée politique qui s’est propagée parmi une minorité d’Européens juifs, lesquels ont adopté les notions européennes de nationalisme ethnocentrique et prétendu ainsi que les juifs d’aujourd’hui devaient se regrouper en Palestine, et ils créèrent un État juif sur le motif des discriminations en Europe. Des juifs socialistes, avec d’autres juifs, ont cru se battre pour l’égalité des droits. Les sionistes ont pensé que les sentiments anti-juifs en Europe servaient leurs intérêts et ils sont allés jusqu’à collaborer avec les racistes. Il y a eu cet accord de transfert entre le Troisième Reich et le mouvement sioniste (accord Haavara, « Le Transfert », du 25 août 1933 – voir notamment « Les Arabes et la Shoah » de Gilbert Achcar – ndt). Les sionistes ont aussi fait pression sur les gouvernements occidentaux pour que ceux-ci n’acceptent pas de réfugiés européens juifs, de façon à ce qu’ils soient tous dirigés sur la Palestine.

12 – Le sionisme a commencé au milieu du XIXe siècle, avec la création de l’ « Association de la colonisation juive » et est devenu un mouvement international en 1897 au premier Congrès sioniste mondial. Pour atteindre ses objectifs, ses dirigeants recommandèrent de transférer les Palestiniens indigènes non juifs.

13 – Les États-Unis et d’autres pays européens sous l’influence du lobby sioniste ont poussé à la création d’un « État juif » d’Israël en Palestine, en dépit du souhait contraire de la population originaire.

14 – Entre 1947 et 1949, 530 villes et villages palestiniens ont été complètement détruits et leurs habitants sont devenus des réfugiés. Ce processus qui force les Palestiniens à quitter leurs terres s’est poursuivi sous d’autres formes depuis la fondation d’Israël en mai 1948 (voir notamment « Le nettoyage ethnique de la Palestine« , d’Ilan Pappe – ndt). Aujourd’hui, 70 % des onze millions de Palestiniens dans le monde sont des réfugiés ou des populations déplacées.

15 – L’Israël d’aujourd’hui s’est donné un ensemble de lois discriminatoires qui répondent à la description qu’en donne la Convention sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid. Chaque mois, la Knesset israélienne vote de nouvelles lois racistes.

16 – En 1967, Israël a occupé la Cisjordanie (y compris la vieille ville de Jérusalem) et la bande de Gaza. A elles deux, ces régions représentent 22 % de la Palestine historique. Israël a commencé aussitôt à construire des colonies de peuplements juives sur ces territoires palestiniens. En violation du droit international, il y a maintenant 200 colonies sur nos terres, où vivent plus d’un demi-million de colons juifs.

17 – Israël a construit des murs autour des enclaves qui restent aux Palestiniens (des ghettos, des entrepôts habités, des cantons, des réserves), enclaves isolées les unes des autres et du reste de la Palestine. Ces murs isolent les Palestiniens de leurs terres, des autres Palestiniens, des écoles, des hôpitaux… Par exemple, le district de Bethléhem comprend 180 000 natifs de Palestine, dont environ 50 000 sont des réfugiés de 1948. Chacun de nous ici est limité aujourd’hui, pour vivre et se développer, à seulement 13 % de la surface originelle du district de Bethléhem. 87 % de ce district se trouvent maintenant sous contrôle israélien : colonies, bases militaires, zones militaires fermées, etc. La population de Bethléhem est isolée derrière un mur, et même Jérusalem (qui n’est qu’à 6 km d’ici) est hors de portée pour nous.

18 – Le colonialisme implique la violence. Plus de 80 massacres ont été perpétrés contre les Palestiniens autochtones. Plus de 60 000 civils palestiniens ont été tués par les forces et les colons israéliens. C’est dix fois plus que le nombre de civils israéliens (pour la plupart des colons) tués par les Palestiniens. Les Palestiniens résistent au colonialisme depuis 130 années, la plupart du temps par la résistance non violente, une chose dont il n’est guère question dans les pays occidentaux par volonté de diffamer les victimes.

19 – Les Palestiniens, et les autres pays arabes en conflit avec le sionisme, ont été « déraisonnablement raisonnables », comme l’a décrit un diplomate. Nous avons accepté toutes les dispositions du droit international et des résolutions des Nations-Unies sur la question. Par contre, Israël a violé, et viole encore, plus de 60 résolutions du Conseil de Sécurité et plus de 200 résolutions de l’Assemblée générale des Nations-Unies. Sans les États-Unis qui utilisent leur droit de veto pour protéger Israël du droit international au Conseil de Sécurité des Nations-Unies, leur nombre serait doublé.

20 – Nous, Palestiniens, demandons et luttons pour notre droit au retour et l’autodétermination. Nous appelons à un État démocratique pluraliste, pour les populations de toute religion, dans notre patrie historique de Palestine. Nous appelons à l’égalité et à la justice. Les peuples en Europe et dans le monde entier peuvent nous soutenir par l’enseignement, par leurs visites ici, et par les boycotts, désinvestissements et sanctions (BDS). Ceci est un combat collectif, humain, le même que celui qui s’est opposé à l’apartheid en Afrique du Sud.

Beaucoup de livres et de références sont disponibles pour développer chacun des points ci-dessus.

Entre autres :

-  Qui sont les Palestiniens ? – Hasan Afif El-Hasan – PC
-  Le nettoyage ethnique de la Palestine – Ilan Pappe – Fayard
-  Shlomo Sand : Comment le peuple juif fut inventé – Michel Staszewski
-  Comment fut inventé le peuple juif – Shlomo Sand – Le Monde diplomatique
-  Gilbert Achcar : les Arabes et la Shoah – Actes Sud

(JPG)

Mazin Qumsiyeh est coordinateur du Réseau international pour la justice en Palestine. Il est professeur à l’Université de Bethléem et l’auteur de Popular Resistance in Palestine

14 janvier 2012 – Popular Resistance – traduction : JPP

http://popular-resistance.blogspot.com/2012/01/20-puntipoints.html

Coquelicots pour la complainte de Bethléem


J’avais posté ce poème il y a  3 ans

Tahar BEKRI, poète tunisien a écrit “

“Si ton char tue ma prière

Si le canon est ton frère

Si tes bottes rasent mes coquelicots

Comment peux-tu effacer ton ombre

Parmi les pierres ?

Si mon église est ton abattoir

Si tes balles assiègent ma croix

Si mon calvaire est ton bougeoir

Si les barbelés sont tes frontières

Comment peux-tu aimer la lumière ?

Si ta haine par-dessus le toit de ma maison

Confond minaret et mirador

Si ta fumée sature mon horizon

Si tes haut-parleurs assourdissent mes cloches

Comment peux-tu honorer le levant ?

Si tes griffes mordent mon sanctuaire

Si tes casques sont tes oeillières

Si tu arraches mon olivier

Ses rameaux pour ton fumier

Comment peux-tu retenir la puanteur des cendres ?

Si Jenine en arabe est foetus et embryon

Que tu enterres vivant oublieux de l’Histoire

Si la poudre est ton encensoir

Si tes fusées blessent ma nuit sombre

Tes dalles se consolent-elles d’être mes décombres ?

Si le mensonge est ton épine dorsale

Si tu nourris tes racines de mon sang

Si tu caches mon cadavre

Pour étrangler le cri de la terre

Comment peux-tu prétendre qu’elle est ta terre ?”

Ce beau poème a le mérite insigne de coller hélas à l’actualité palestinienne.

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