Israël-Palestine. L’inévitable embrasement


HENRI WAJNBLUM

« Le fleuve emportant tout, on dit qu’il est violent, mais nul ne taxe de violence les rives qui l’enserrent ».
Bertolt Brecht

Trois extraits d’articles pour commencer… « Les Palestiniens se battent pour leur vie, dans le plein sens du terme. Nous, Juifs israéliens, nous battons pour notre privilège en tant que nation de maîtres, dans la pleine laideur du terme. Que nous remarquions qu’il n’y a une guerre que lorsque des Juifs sont assassinés n’enlève rien au fait que des Palestiniens se font tuer tout le temps, et que tout le temps, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour leur rendre la vie insupportable. (…)

Les jeunes Palestiniens ne vont pas se mettre à assassiner des Juifs parce qu’ils sont juifs, mais parce que nous sommes leurs occupants, leurs tortionnaires, leurs geôliers, les voleurs de leur terre et de leur eau, les démolisseurs de leurs maisons, ceux qui les ont exilés, qui leur bloquent leur horizon. (…) Dans notre langage, les Juifs sont assassinés parce qu’ils sont juifs, et les Palestiniens trouvent leur mort et leur détresse, parce ce que c’est probablement ce qu’ils cherchent. » (Amira Hass dans Ha’aretz).

« C’est contre la colonisation continue des territoires conquis en 1967 que se révoltent une fois de plus en ce moment les Palestiniens. Ils comprennent que la colonisation vise à perpétuer l’infériorité palestinienne et rendre irréversible la situation qui dénie à leur peuple ses droits fondamentaux. Ici se trouve la raison des violences actuelles et on n’y mettra fin que le jour où les Israéliens accepteront de regarder les Palestiniens comme leurs égaux et où les deux peuples accepteront de se faire face sur la ligne verte de 1949, issue des accords d’armistice israélo-arabes de Rhodes. » (Zeev Sternhell).

« La descente en enfer paraît inexorable. D’une semaine, d’un mois, d’une année à l’autre le niveau de violence et de répression va en augmentant. Les Palestiniens, leurs dirigeants, l’homme de la rue, savent que la probabilité d’accéder à l’indépendance de leur État est quasi nulle. Ils suivent et publient toutes les déclarations des responsables israéliens. Par exemple, Madame Tzipi Hotovely, la vice ministre des Affaires étrangères, proclamant : ‘Un retrait de Judée–Samarie ne fait pas partie de la liste des options que nous offrons aux Palestiniens. Le monde doit réaliser que la Judée-Samarie restera sous la souveraineté de facto d’Israël. Ceci n’est pas une monnaie d’échange et ne dépend pas de la bonne volonté des Palestiniens. C’est la terre de nos ancêtres. Nous n’avons pas l’intention de l’évacuer’ » (Charles Enderlin).

Tout est dit. On pourrait s’arrêter là. Car de quoi voulez-vous que Mahmoud Abbas et Benyamin Netanyahou, lui qui se dit prêt à rencontrer le premier à tout moment, de quoi voulez-vous qu’ils discutent encore ?

Mais de sécurité pardi ! De la sécurité des Israéliens s’entend.

Petit rappel… L’Autorité Palestinienne, née des accords d’Oslo de 1993, s’est vue confier la gestion administrative des zones A (18 % du territoire) et B (21 %), tandis qu’Israël continuait à administrer la zone C (61 %), où sont établies les colonies. La sécurité a été confiée aux forces palestiniennes dans la zone A et aux forces israéliennes dans les zones B et C. La coopération sécuritaire dépasse toutefois ce cadre.

Les accords d’Oslo I, signés au Caire en mai 1994, prévoient en effet que les forces de sécurité palestiniennes agissent contre « toute incitation au terrorisme et à la violence contre Israël ainsi que contre tout acte hostile aux colons ».

C’est donc à l’Autorité Palestinienne qu’il incombe d’assurer la sécurité d’Israël et des colons et elle s’acquitte « parfaitement » de cette tâche en réprimant violemment toutes les manifestations hostiles à l’occupation et à la colonisation, ce qui fait dire à beaucoup de Palestiniens que « leurs » forces de sécurité sont devenues le sous-traitant d’Israël pour réprimer toute manifestation hostile. Qui pourrait leur donner tort ?

Poursuivons…

Depuis quelques semaines, les médias sont remplis de commentaires et d’images sur les victimes israéliennes d’attaques au couteau ou à la voiture bélier. Très peu par contre sur les victimes palestiniennes et les manifestations de masse tant dans les Territoires palestiniens occupés que dans les villes arabes d’Israël. Nous avons toujours condamné les attentats aveugles, qu’ils soient commis par des Palestiniens ou par des Israéliens. Notre position n’a pas changé. Mais il est insupportable d’entendre les commentaires ne parlant que des attentats commis par des Palestiniens sans jamais, ou presque, se poser la question du pourquoi.
Vous avez sans doute aussi noté que les agresseurs palestiniens sont la plupart du temps abattus sur place. Avez-vous déjà entendu dire que ne serait-ce qu’un seul des colons, agresseurs ou assassins de Palestiniens, ait été abattu sur place par l’armée israélienne ?

Et le pire reste à craindre… Le maire de Jérusalem, Nir Barkat, a conseillé aux Jérusalémites, détenteurs d’un permis de port d’arme, de sortir armés. Depuis, les armureries de Jérusalem, mais aussi de Tel-Aviv, sont quasi en rupture de stock. Que se passera-t-il le jour, pas improbable du tout, où un civil israélien abattra un Palestinien qui lui aura semblé suspect d’intentions malveillantes ? On n’ose y penser.

Or, aux yeux d’une grande partie de la population israélienne, tout Palestinien est un « terroriste » potentiel.

Certains députés n’ont pas tardé à « montrer l’exemple »… C’est ainsi que les députés du Likud Anat Berko et Yoav Kisch, Eyal Ben Reuven de l’Union sioniste (que nos médias persistent à placer au centre gauche), Bezalel Smotrich et Naftali Bennett de HaBayit HaYehudi (Le Foyer juif) portent des armes lors des sessions de la Knesset ! -On peut raisonnablement penser qu’ils seront suivis par d’autres.

Les Israéliens ont peur, titrent la majorité de nos médias. On pourrait dire cyniquement que c’est un juste retour des choses. Et pourquoi d’ailleurs ne pas le dire ? Les Palestiniens, eux, ont peur depuis quelques décennies, et tout particulièrement depuis la signature des accords d’Oslo qui ont instauré les zones A, B et C, et des centaines de check-points qui rendent leur vie absolument insupportable, sans compter la colonisation effrénée et l’impunité totale dont jouissent les colons.

Car, ainsi que le souligne la Fédération internationale des Droits de l’Homme (FIDH), « depuis février 2014, le gouvernement israélien recourt de manière de plus en plus systématique à la démolition de maisons comme forme de punition collective, une procédure interdite par la quatrième convention de Genève. Ces derniers mois, les colons israéliens, en présence de l’armée et parfois sous sa protection, ont intensifié leurs attaques contres les civils et les propriétés des palestiniens.

Entre le 28 septembre et le 4 octobre 2015, l’ONG Al Haq, membre de la FIDH, a documenté 29 incidents de violence perpétrés par des colons en Cisjordanie. Ces violences incluent des tirs à balles réelles, des attaques physiques, des actes de vandalisme contre des propriétés et des cultures, et l’obstruction faite au déplacement de la population palestinienne ».

Et dans ces circonstances dramatiques, John Kerry, le secrétaire d’État américain, ne trouve rien d’autre à dire que de condamner « la recrudescence d’attaques terroristes contre des civils israéliens » !

Comment s’étonner dès lors que 57 % des Palestiniens ne croient plus à la solution à deux États, et qu’ils le clament haut et fort ces dernières semaines ?
Il est plus impératif que jamais que le monde extérieur manifeste clairement sa solidarité avec la cause d’une paix qui rendrait justice aux Palestiniens et qui sortirait les Israéliens de l’impasse suicidaire dans laquelle ils se sont enfermés.

source

Publicités

Un parti pris inacceptable



Un parti pris inacceptable

Posted: 16 Sep 2015 09:51 AM PDT

Le conflit israélo-palestinien
selon deux manuels scolaires utilisés en Belgique
UN PARTI PRIS INACCEPTABLE

La présente analyse critique concerne les deux manuels scolaires qui sont de loin les plus utilisés en Belgique francophone et, plus précisément, les volumes de ces manuels destinés à la sixième et dernière année de l’enseignement secondaire. Il s’agit de FuturHist 6ème [1], pour l’enseignement officiel (public), et de Construire l’histoire, tome 4 [2] pour l’enseignement catholique. J’insiste toutefois sur le fait que cet article ne porte pas un jugement d’ensemble sur ces manuels (lesquels sont d’ailleurs tous deux le fruit de la collaboration de plusieurs auteurs) mais uniquement sur ce qui y est consacré au conflit israélo-palestinien.[3]

Impossible neutralité

Aucun historien ni aucun professeur d’histoire ne peuvent prétendre à une totale impartialité. Les récits historiques sont des constructions humaines qui constituent des points de vue datés sur des événements ou des situations du passé. Le travail des chercheurs et l’enseignement des professeurs sont forcément tributaires de l’état de leurs connaissances (et donc de leurs limites), de leurs centres d’intérêt, des valeurs dont ils sont porteurs ; ces trois éléments interférant de plus les uns sur les autres. Il me semble par conséquent extravagant de demander à un professeur d’histoire qu’il soit « neutre »[4]. Par contre, ce qui peut et doit à mon sens être exigé de tout historien et de tout professeur d’histoire ce sont l’honnêteté et la rigueur. L’honnêteté implique d’assumer publiquement sa subjectivité (de renoncer à toute prétention de neutralité), de ne pas omettre sciemment des éléments parce qu’ils seraient dérangeants pour l’intéressé-e et, bien sûr, de ne pas inventer des faits.
La rigueur suppose une documentation solide ainsi que l’analyse critique et comparée des sources.
Les auteurs de manuels d’histoire devraient, à mon sens, renoncer systématiquement à présenter une vision univoque des problèmes historiques qui tendrait à faire croire aux élèves que, sur telle ou telle question, il y aurait identité totale de vues entre tous les historiens. D’autant plus s’il est question d’un sujet aussi controversé que le conflit israélo-palestinien. Bien sûr, dans le cadre limité de ce type d’ouvrage, il n’est pas possible de présenter tous les points de vue existant parmi les chercheurs à propos des sujets abordés. Mais cela ne devrait pas empêcher de faire apparaître, par des exemples d’éléments contradictoires, qu’il n’y a pas de vérité définitive et incontestée en histoire (comme dans toute science d’ailleurs).
Pour ma part, cohérent avec ce qui vient d’être énoncé, tout en m’interdisant toute forme de prosélytisme, déontologiquement inacceptable (voir plus loin), j’assume devant mes élèves[5]le fait que je suis un citoyen engagé, en particulier concernant le sujet abordé ici, tout en m’efforçant de le leur présenter le plus objectivement (honnêtement) possible. Plus concrètement, mon souci est de leur donner les moyens de comprendre ce conflit : quelles en sont les causes, les protagonistes, les enjeux actuels ; comment expliquer sa durée, la difficulté d’en sortir. Refusant de leur cacher que les réponses à ces questions font l’objet de débats, je mets à leur disposition une documentation qui reflète cette multiplicité de points de vue.

Parti pris

Si je prends la peine de rédiger une analyse critique de la manière dont le conflit israélo-palestinien est traité dans ces deux manuels[6], c’est que je suis particulièrement choqué par le parti pris dont ont fait preuve les auteurs des pages concernées. Un parti pris qui ne devrait pas exister dans un livre scolaire digne d’une société démocratique : l’école n’a pas pour mission d’endoctriner les élèves mais bien de les outiller intellectuellement pour les amener à penser par eux-mêmes. Cette accusation est sévère mais la suite de cet article démontrera qu’elle est justifiée.
La synthèse historique rédigée par les auteurs du manuel est un texte normatif [7]: il présente le conflit israélo-arabe et plus particulièrement le conflit israélo-palestinien d’une manière catégorique et univoque. On y découvre pourtant de nombreuses assertions dont le moins qu’on puisse dire est qu’elles ne font pas l’unanimité chez les historiens spécialisés. En voici des exemples.

Qui a fondé l’État d’Israël ?

« En 1948, un peuple sans terre, les Juifs, fonde un État indépendant : Israël ». Cette première phrase du paragraphe introductif offre déjà, pour le moins, matière à débat : les Juifs du monde entier constituent-ils un seul peuple[8] ? Sont-ce « les Juifs » qui ont fondé cet État ? Ne serait-il pas plus exact de dire que cette fondation fut le résultat de l’action persévérante du mouvement sioniste, un courant politique particulier, minoritaire jusqu’à la fin des années 1930, et non pas des Juifs dans leur ensemble ?
Quelques lignes plus loin, on peut lire qu’après la Première Guerre mondiale, le Royaume-Uni, qui avait reçu de la Société des Nations un mandat pour administrer la Palestine, se trouva alors « confronté au conflit opposant deux peuples réclamant une même terre : les Juifs de Palestine et de la diaspora d’une part, les Arabes palestiniens d’autre part ». Les auteurs continuent ici à prétendre que ce sont les Juifs dans leur ensemble (« les Juifs de Palestine et de la diaspora ») qui revendiquaient la Terre de Palestine. Les caractères gras (qui sont le fait des auteurs[9]) mettent en évidence une soi-disant opposition entre les Juifs et les Arabes de Palestine. Je mets au défi quiconque de prouver que les Juifs de Palestine (qui constituaient environ 5 % de la population totale de ce territoire à la fin du XIXème siècle, avant le début de l’immigration de juifs européens) se sont unis aux Juifs venus d’Europe pour revendiquer la Terre de Palestine. Le mouvement sioniste[10]est une création européenne. Ce n’est que bien plus tard, après la guerre israélo-arabe de 1948-1949, que l’idéologie sioniste a commencé à se propager au sein des communautés juives du monde arabe.

1945-1949

Voici ce que les auteurs écrivent concernant ce qui s’est passé en Palestine entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et 1949 : « Après 1945, la Grande-Bretagne décide de renoncer à son mandat. L’ONU propose alors un plan de partagede la Palestine, que les Palestiniens rejettent. Pourtant l’indépendance de l’État d’Israël est proclamée le 14 mai 1948. Immédiatement les armées égyptienne, transjordanienne, syrienne, libanaise et irakienne interviennent militairement aux côtés des Palestiniens. C’est la première guerre israélo-arabe. Elle se termine en faveur d’Israël qui agrandit le territoire concédé par le plan de partage. Les Palestiniens quittent massivement le pays ».
C’est pour le moins laconique… et obscur. Pourquoi le Royaume-Uni a-t-il renoncé à son mandat ? Que contenait le plan de partage ? Pourquoi les Palestiniens l’ont-ils rejeté ? Les dirigeants sionistes l’ont-ils accepté ? Qui a proclamé l’indépendance de l’État d’Israël le 14 mai 1948 ? Dans quel contexte historique ?
Cette période-clé et particulièrement dramatique du conflit méritait à coup sûr un développement plus important susceptible de faire comprendre les raisons de l’opposition irréductible entre les aspirations des Palestiniens et celles des Juifs sionistes. D’autant plus que les événements de cette période sont abondamment documentés.[11]
Ces lignes occultent les faits majeurs suivants, qui détermineront pourtant l’avenir :
– Si les dirigeants sionistes ne se sont pas formellement opposés au plan de partage, dans les faits ils ne l’ont pas respecté puisque qu’en 1949, à l’issue du premier conflit israélo-arabe, ils occupaient non pas 55 % du territoire de la Palestine (ce que prévoyait le plan de partage) mais bien 78 % de ce territoire et que ces territoires pris sur ce qui devait constituer l’État arabe n’ont jamais été rendus aux Palestiniens.
–  « Les Palestiniens quittent massivement le pays » : l’endroit où cette phrase est placée suggère que le départ massif des Palestiniens a suivi la victoire israélienne. De plus, rien n’est dit  des circonstances de ce départ. Les études des historiens consacrées à ce sujet, notamment celles des historiens israéliens, sont pourtant convergentes. Elles ont établi les faits suivants : le départ massif des Palestiniens des territoires attribués aux Juifs dans le cadre du plan de partage ainsi que des territoires conquis par les forces armées sionistes en 1948 et 1949 est essentiellement le résultat d’expulsions systématiquement organisées par ces forces armées ou de la fuite éperdue de civils terrorisés par les nouvelles des massacres commis par des groupes armés sionistes. Ces expulsions et ces massacres ont commencé avant l’entrée en guerre des armées des États arabes voisins, le 15 mai 1948. C’est, par exemple, le 9 avril 1948 que fut perpétré la plus meurtrière de ces tueries, celle dont furent victimes les habitants du village de Deir Yassine situé près de Jérusalem. Au moment de l’entrée en guerre des armées arabes, environ 400.000 Palestiniens avaient déjà « quitté » les territoires contrôlés par les forces armées sionistes.
–  Pour obtenir son admission à l’O.N.U. (11 mai 1949), le jeune État d’Israël s’était engagé à accepter le retour des exilés. Cet engagement resta lettre morte, ce qui fut à l’origine du « problème des réfugiés » (entre 750.000 et 800.000 en 1949). Ces exilés et leurs descendants sont plus de cinq millions aujourd’hui.

Terrorisme

Il est question, à plusieurs endroits, de terrorisme ou d’« attentats terroristes ». Ces mots ne sont pas définis (!) mais selon les auteurs ils sont exclusivement le fait de Palestiniens. Ce que suggèrent non seulement le texte de synthèse des auteurs des manuels mais aussi un graphique, de source gouvernementale israélienne, présentant l’évolution du « nombre de décès dus à des actes terroristes sur le territoire d’Israël dans ses frontières de 2000 »[12]. De terrorisme israélien, il n’est nulle part question. Pourtant, si on accepte la définition factuelle de Pascal Boniface[13], il ne fait aucun doute que, tout au long de leur histoire, le mouvement sioniste d’abord, l’État d’Israël ensuite se sont aussi rendus coupables à maintes reprises de ce type d’actions. Pourquoi l’ignorer ?

Opération « paix en Galilée »

« Pour assurer sa sécurité, Israël lance l’opération « paix en Galilée » en 1982 » : il n’est pas précisé en quoi consistait cette « opération » (invasion et occupation du Liban jusqu’à Beyrouth) et cette manière d’« assurer » la sécurité d’Israël n’est pas du tout questionnée. Pas plus que la question essentielle de savoir pourquoi l’État d’Israël vit dans l’insécurité.

Le destin des « Accords d’Oslo »

Il n’est pas mentionné que ces accords, signés en 1993, devaient déboucher sur une paix définitive cinq ans plus tard. Les auteurs affirment sans aucune autre précision que « les engagements pris à Oslo ne sont pas entièrement respectés ». Ils attribuent le blocage du « processus de paix » à « la montée des partis radicaux dans les deux camps » (sans aucune précision sur ce qu’on entend par là ni sur ce qui pourrait avoir causé cette « montée des partis radicaux ») ; à « la complexité de certaines questions comme le retour des réfugiés palestiniens » (aucune explication n’est donnée quant à cette supposée complexité) ; à « la poursuite de la colonisation israélienne en Cisjordanie », ce point n’intervenant qu’en troisième position.  Aucune information n’est donnée sur l’ampleur de cette colonisation, sur ses conséquences pour la vie quotidienne des Palestiniens, ni à propos de la responsabilité des gouvernements israéliens successifs dans cette affaire. De quoi laisser croire aux lecteurs que la colonisation de la Cisjordanie n’a été que l’affaire de « partis radicaux », en particulier religieux et que les gouvernements israéliens successifs ont fait tout ce qu’ils ont pu pour la limiter. C’est ce que suggère fortement le commentaire qui accompagne une carte intitulée « Israël et les territoires palestiniens en 2006 »[14] : « Les colonies juives se sont multipliées dans les territoires occupés depuis la guerre des Six jours en 1967. La majorité des colons sont orthodoxes ou ultra-orthodoxes ; leur croissance démographique est largement supérieure à celle d’Israël. Ils considèrent que les territoires occupés font partie de la terre promise par Dieu et leur reviennent de droit. Depuis 2004, le Gouvernement israélien a entrepris de démanteler les colonies de la bande de Gaza ainsi que certaines implantations en Cisjordanie. » Cette dernière assertion est illustrée par une photo montrant des policiers et des soldats israéliens aux prises avec des colons religieux dans la « colonie juive non autorisée par l’État d’Israël » d’Yitzhar en Cisjordanie, en mai 2004[15].
Outre le fait qu’il n’est pas vrai que la majorité des centaines de milliers de colons sont « orthodoxes ou ultra-orthodoxes » malgré « leur croissance démographique largement supérieure à celle d’Israël » (tiens, un autre « péril démographique »), les travaux des historiens ont démontré à quel point, depuis 1967, tous les gouvernements israéliens ont été activement impliqués dans cette colonisation[16]. Et plus de dix ans après l’intervention musclée dont témoigne la photo, la colonie « non autorisée » d’Yitzhar existe toujours et continue à se développer.

La « barrière de sécurité »

Dans le paragraphe introductif au dossier documentaire[17]il est fait mention, entre guillemets, d’une « clôture de sécurité », sans mentionner qu’il s’agit d’une appellation utilisée par les officiels israéliens. Dans la même phrase, cette « clôture » est appelée barrière de sécurité, sans guillemets. Son but, d’après les auteurs des manuels : « empêcher les infiltrations palestiniennes sur le territoire d’Israël ». Il n’est pas précisé qu’il s’agit là du but proclamé de cette construction selon les autorités israéliennes mais qu’il est contesté par les Palestiniens et par de nombreux observateurs étrangers, qui y voient plutôt un moyen d’annexer de nouveaux territoires de Cisjordanie et de s’approprier leurs ressources en eau.
La phrase suivante donne un bilan officiel israélien qui tend à démontrer le bien-fondé de l’édification de cette « barrière de sécurité » : «Selon un rapport du ministère des Affaires étrangères israélien, ce mur serait efficace, puisque le nombre d’attentats-suicides serait passé de 60 en 2002 à 5 en 2006 ».  Nulle trace, ni d’un point de vue critique sur cette « analyse », ni même du fait que cette barrière a été érigée dans les territoires occupés et non en territoire israélien et que sa construction a, pour cette raison, été condamnée  en octobre  2003 par une résolution de l’Assemblée générale de l’O.N.U. par 144 voix pour et 4 contre ; que, constatant que les dirigeants israéliens ne tenaient aucun compte de cette résolution, l’Assemblée générale a saisi la Cour internationale de justice de la Haye ; que, dans son jugement, celle-ci a exigé le démantèlement de cette « barrière »[18] et que ce jugement a été appuyé par une nouvelle résolution de l’Assemblée générale de l’O.N.U. votée massivement[19] le 20 juillet 2004.

Le problème de l’eau

Un tableau comparatif[20]et son commentaire mettent en évidence, d’une part, le fait que la quantité d’eau douce renouvelable disponible par an et par habitant a considérablement diminué en Israël entre 1950 et 2003, d’autre part le fait que les Libanais et les Syriens disposent de beaucoup plus de cette ressource vitale par habitant que les Israéliens. Le commentaire attire aussi l’attention sur le fait qu’une partie importante de l’approvisionnement en eau douce d’Israël dépend de rivières naissant en Syrie ou au Liban.
Mais ni les limites du territoire israélien considéré,  ni la répartition de l’eau entre Israéliens (y compris ceux qui vivent dans des colonies) et Palestiniens des territoires occupés de Cisjordanie et de Gaza ne sont mentionnées. Alors que des publications tout à fait fiables et non confidentielles ont mis en évidence les inégalités énormes existant dans ce domaine entre Israéliens et Palestiniens de Cisjordanie et, plus encore, de Gaza qui pâtissent d’un manque considérable d’eau potable[21].  On pourrait y ajouter le cas du plateau syrien du Golan, occupé par Israël depuis 1967 où l’inégalité en matière d’accès à l’eau douce entre la population autochtone et les colons juifs est également flagrante.

Le « péril démographique »

Un autre tableau[22], provenant de la même source que le précédent, nous apprend que le taux de fécondité des femmes arabes vivant sur le territoire israélien (dont les limites ne sont pas indiquées, une fois de plus) est nettement supérieur à celui des Juives. Il est de plus précisé que cette forte fécondité des Arabes concerne seulement les musulmanes. Une note des auteurs des manuels nous indique que les taux de fécondité des femmes des États arabes voisins d’Israël (Egypte, Syrie, Jordanie) est également supérieur à celui des femmes israéliennes et que c’est à Gaza qu’il est le plus élevé: les femmes y accouchent en moyenne plus de deux fois plus que les femmes juives israéliennes.
Les auteurs du manuel n’en tirent aucune conclusion. Mais il saute aux yeux que ces chiffres sont là pour suggérer que le « caractère juif » de l’État d’Israël est menacé par la surnatalité « arabe » et tout particulièrement « musulmane » et que, de surcroît, de plus en plus d’« Arabes » se pressent aux frontières d’Israël.  

Le Hamas

On ne trouve dans ce manuel qu’un seul texte émanant d’une source palestinienne. Il s’agit d’extraits de la Charte du Hamas, datant de 1988[23]. Il n’est accompagné d’aucun commentaire susceptible de le replacer dans son contexte historique (naissance du Hamas alors qu’éclatait ce qu’on appellera la « première Intifada »). Ce texte dont personne ne niera qu’il contient des passages virulemment antisémites, même s’il n’a pas été officiellement renié par les dirigeants actuels de ce mouvement, est largement obsolète si on en juge par d’importantes prises de position politiques ultérieures du Hamas telles que son programme électoral (2005), son projet de « programme de gouvernement d’union nationale » (mars 2006) et la plate-forme gouvernementale présentée par le Premier ministre Ismaïl Haniyeh au nouveau parlement le 27 mars 2006. Dans ces deux derniers textes, rédigés après la surprenante et nette victoire électorale du Hamas aux élections législatives palestiniennes de janvier 2006, il apparaît clairement que le Hamas était prêt à accepter une « trêve de longue durée » en cas de création d’un État palestinien sur les territoires palestiniens conquis par Israël en 1967[24]. En 2010, Khaled Mechaal, le leader du Hamas, déclarait d’ailleurs que la Charte est « un document historique qui n’est plus pertinent mais qui ne peut pas être changé pour des raisons internes ». 
Le choix de ce seul document d’origine palestinienne, présenté sans mise en contexte, n’est évidemment pas innocent : il permet de diaboliser le Hamas (et indirectement les nombreux électeurs palestiniens qui ont voté pour ses candidats en janvier 2006), de continuer à suggérer qu’il s’agit d’un « mouvement terroriste » avec lequel aucun dialogue n’est possible et de lui attribuer une responsabilité majeure dans le « blocage du processus de paix ».
Dans le document qui suit dans Construire l’Histoire[25]Le Hamas et le Djihad islamique[26] sont présentés comme les principaux obstacles à un règlement négocié du conflit, pourtant souhaité par le Président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. 

Pour conclure 

L’analyse détaillée qui précède prouve à suffisance, me semble-t-il, le manque de rigueur intellectuelle et la partialité des auteurs des pages consacrées au conflit israélo-palestinien dans ces deux manuels scolaires. Mais de quel parti pris s’agit-il exactement ?
Un point de vue sioniste « de gauche » [27]
Les mots « sionisme » et « sioniste » sont complètement absents. Sous couvert d’une présentation objective des événements par les auteurs et à travers un choix de documents qui pourrait paraître à première vue « équilibré » (parce que des avis divergents s’y côtoient), c’est pourtant un point de vue clairement sioniste qui se manifeste. En voici la preuve.
Le fait de considérer l’ensemble des Juifs du monde, y compris ceux qui étaient établis en Palestine avant le début de l’arrivée des sionistes, comme faisant partie d’un même peuple, unanimement désireux de créer un État juif en Palestine (voir ci-avant « Qui a fondé l’État d’Israël ?») relève sans aucun doute d’une conception sioniste selon laquelle le sionisme serait le « mouvement de libération nationale du peuple juif ». Il en est de même de l’obsession démographique dont il a été question dans le paragraphe que j’ai intitulé  « le péril démographique » : convaincus que l’antisémitisme ne peut être éradiqué, les sionistes pensent que le meilleur moyen de s’en préserver efficacement est la création d’un État-refuge destiné à accueillir tous les Juifs du monde qui le souhaiteraient, et tout particulièrement ceux qui seraient victimes de persécutions antisémites. Pour ceux des sionistes qui se veulent démocrates (c’est le cas de la majorité d’entre eux), pour que soit préservé le « caractère juif » de cet État, il faut à tout prix que les Juifs y restent majoritaires. Cette peur de l’Autre, qui débouche sur la volonté de s’en séparer, leur a fait accepter et même défendre la construction de la « barrière de sécurité » considérée comme un moyen efficace « d’empêcher les infiltrations palestiniennes » ; ce que le texte des auteurs avalise sans aucun recul, comme on l’a vu.
Dans les dossiers documentaires, deux textes émanent de Juifs israéliens[28]. Ils sont tous deux sionistes, l’un d’extrême-droite, l’autre « de gauche ». Le premier, Arieh Eldad, député, membre du parti « Union nationale », est partisan de l’annexion à l’État d’Israël de toute la Cisjordanie, parce qu’il considère que ce territoire fait partie de la « patrie historique des Juifs » mais aussi pour des raisons de sécurité, parce qu’on ne peut pas, selon lui, faire confiance aux Arabes. Le second, Amos Oz, écrivain et journaliste, fut un des co-fondateurs, en 1978, du mouvement « La paix maintenant » qui s’oppose aux colonies de peuplement juives. Notons toutefois qu’il n’a condamné ni l’agression israélienne contre le Liban en 2006 ni les attaques sur Gaza de 2009, 2012 et 2014. Dans son texte, tout en se proclamant partisan de la création d’un État palestinien « sur l’ensemble des territoires aujourd’hui occupés, moyennant éventuellement des ajustements de frontière mineurs et réciproques », il condamne énergiquement ceux qui remettent en question la légitimité de l’État d’Israël en tant qu’État juif, qui ne peuvent être, selon lui que des musulmans fanatiques qui rêvent « de détruire Israël et chasser les Juifs de leur terre ».
Ce point de vue d’un sioniste « de gauche » semble bien partagé par les auteurs de nos deux manuels puisque dans leurs textes[29] ils décrivent la multiplication des colonies juives en Cisjordanie, qu’ils attribuent aux « partis radicaux » et, en particulier, aux colons « orthodoxes » ou « ultra-orthodoxes », comme le principal obstacle à la paix.
Des omissions révélatrices
Le caractère tendancieux de la manière dont le conflit israélo-palestinien est traité dans ces deux manuels, se révèle aussi par des absences.
D’abord celle de points de vue non sionistes ou antisionistes autres qu’« éradicateurs » : on peut très bien être partisan de la « désionisation » de l’État d’Israël, autrement dit de sa transformation d’un État juif (dans lequel les non-juifs sont forcément discriminés) en une démocratie où tous les citoyens sont traités sur un pied d’égalité, tout en s’opposant à ce que les Juifs israéliens soient chassés de ce pays et même en revendiquant pour eux le maintien de droits nationaux à l’égal des Palestiniens. Un tel point de vue, pourtant fort répandu, est totalement absent de ces manuels.
S’il est question des ennemis extérieurs de l’État israélien[30], rien n’est dit de ses soutiens extérieurs et en particulier des rôles fondamentaux joués par les États européens et par les États-Unis dans le conflit israélo-palestinien au moins depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Comment sans cela comprendre l’impunité dont jouit depuis si longtemps l’État israélien malgré ses violations constantes du Droit international ? Mais comme rien n’est dit non plus de ce non-respect du Droit…
… Car il n’est pas question non plus, ni des conditions de vie des Palestiniens sous occupation en Cisjordanie, ni du blocus de la bande de Gaza (extrêmement sévère depuis l’évacuation des colonies juives de ce territoire en 2005) et de ses conséquences terribles pour ses habitants, ni de la manière dont sont traités les très nombreux prisonniers politiques palestiniens.
J’arrête ici cette liste d’omissions qui n’est bien sûre pas exhaustive mais qui, en l’état, me semble suffisamment révélatrice d’un grand manque d’empathie pour l’interminable drame vécu par le peuple palestinien.   
Michel Staszewski,
professeur d’histoire dans le secondaire, formateur de professeurs d’histoire,
collaborateur scientifique du service des sciences de l’éducation de l’ULB.

 


[1]Didier Hatier, Namur, 2012.
[2]Didier Hatier, Namur, 2008.
[3]A noter : Histoire. Jalons pour mieux comprendre, de B. BOULANGÉ, M. COLLE et coll. (Bruxelles, de boeck, 2013), ouvrage destiné aux classes de troisième, quatrième, cinquième et sixième années secondaires, ne traite pas du tout de ce conflit.
[4]J’estime d’ailleurs qu’il en est de même pour tout enseignant quel que soit sa spécialité.
[5]Et, en l’occurrence, devant vous, lecteur-lectrice.
[6]Les textes des auteurs ainsi que les documents choisis sont presque intégralement les mêmes dans les deux manuels. C’est pourquoi mon propos vaut aussi bien pour l’un que pour l’autre.
[7]Dans les dossiers « Repères »,  n° 95 pp. 242-243 dans FuturHist et n° 99 pp. 256-257 dans Construire l’Histoire.
[8]Le Petit Robert donne la définition qui suit du mot « peuple » : ensemble d’êtres humains vivant en société, habitant un territoire défini et ayant en commun un certain nombre de coutumes, d’institutions » (Le Nouveau Petit Robert 2010, p. 1879).
[9]Le texte des auteurs des deux manuels est truffé de mots en caractères gras. Dans toutes les citations extraites de ces textes, j’ai reproduit telle quelle cette façon de mettre en évidence certains mots ou groupes de mots.
[10]Dont le but était de créer un État-nation destiné à accueillir les Juifs du monde entier, censé les mettre ainsi à l’abri de toute discrimination ou persécution antisémites.
[11]Cf. entre autres : A. GRESH. et D. VIDAL, Palestine 47. Un partage avorté, Éd. Complexe, Bruxelles, 1987 / D. VIDAL, Le péché originel d’Israël. L’expulsion des Palestiniens revisitée par les « nouveaux historiens » israéliens, EVO et Éd. de l’Atelier, Bruxelles-Paris, 1998 etComment Israël expulsa les Palestiniens (1947-1949), éd. de l’Atelier, Paris, 2007.
[12]Document 6 p. 162 dans Construire l’histoire et document 6 p. 126 dans FuturHist.
[13]« Le terrorisme serait un acte de violence politique (il n’est pas dicté par des motivations criminelles), recourant à la violence (il ne s’agit pas simplement de propagande, de débats idéologiques) et s’en prenant de façon indiscriminée à des civils (les forces armées de l’adversaire ne sont pas spécifiquement visées) afin d’obtenir un résultat politique. » (P. Boniface,  50 idées reçues sur l’état du monde, A. Collin, Paris, 2007, pp. 145-146 ; cité in FuturHist 6ème, p. 145).Pascal Boniface dirige l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS) à Paris.
[14]Document 1  p. 160 dans Construire l’Histoire et p. 124 dans FuturHist.
[15]Document 2  p. 160 dans Construire l’Histoire et p. 124 dans FuturHist. Le document 4 p. 25 dans FuturHist va dans le même sens : les colons  « fanatiques religieux » y sont présentés comme le principal obstacle, du côté israélien, à une solution négociée du conflit israélo-palestinien.
[16]Cf. par exemple I. ZERTAL et A. ELDAR, Les seigneurs de la terre. Histoire de la colonisation israélienne des territoires occupés, Seuil, Paris, 2013.
[17]p. 160 dans Construire l’Histoire et p. 124 dans FuturHist.
[18]Extrait du jugement (9 juillet 2004) : « L’édification du mur qu’Israël, puissance occupante, est en train de construire dans le territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et sur le pourtour de Jérusalem-Est, et le régime qui lui est associé, sont contraires au droit international ».
[19]Par 150 voix pour, 6 contre et 10 abstentions.
[20]Document 10, p. 163 dans Construire l’Histoire et p. 127 dans FuturHist. Ce tableau est extrait de F. ENCEL et F. THUAL Géopolitique d’Israël, Paris, Seuil, 2006, p. 125.
[21]Cf. par exemple, P ; LEMARCHAND et L. RADI, Israël/Palestine demain. Atlas prospectif, éd. Complexe, Bruxelles, 1996 ou M. BÔLE-RICHARD, Israël. Le nouvel apartheid, Les Liens qui Libèrent, France, 2013.
[22]Document 9, p. 163 dans Construire l’Histoire et p. 127 dans FuturHist.
[23]Document 7, p. 162 dans Construire l’Histoire et p. 126 dans FuturHist.
[24]Cf. P. DELMOTTE, Le Hamas et la reconnaissance d’Israël, in Le Monde diplomatique, janvier 2007.
[25] Extrait de D. LAGARDE, Mahmoud Abbas, un président pour la paix ?, in L’Express, 3/1/2005, p. 7 (document 8 p. 162).
[26]Mouvement politique palestinien islamiste moins puissant que le Hamas, prônant la lutte armée contre Israël.
[27]Je mets le mot « gauche » entre guillemets car, comme nous allons le voir, dans ce contexte, il n’a pas du tout le sens qu’on donne généralement à ce mot en Europe.
[28]Documents 3 et 5 p. 161 dans Construire l’Histoire et documents 3 et 4 p. 125 dans FuturHist.
[29]  Voir pp. 160 et 257 dans Construire l’Histoire et pp. 124 et 243 dans FuturHist.
[30]En particulier dans un texte de Daniel C. Kurtzer, ambassadeur des États-Unis en Israël de 2001 à 2005 (document 11, p. 163 dans Construire l’Histoire et p. 127 dans FuturHist.

Une mort banale en territoires occupés


Qui dit vrai dans la mort de Fala Abou Maria? L’armée israélienne dit avoir été attaquée à coups de pierres par une foule depuis un toit à 3h30 du matin. La famille palestinienne en cause dit que la victime avait lancé un petit pot-de-fleur en plastique vers les soldats.

Pourquoi parler de la mort de Fala Abou Maria? A savoir un Palestinien mort sous les balles de l’occupant israélien. Un cas parmi tant d’autres. Un non-événement, une ligne dans les journaux, dans quelques rares journaux. Parlons-en pourtant.

Cela se passe à Beit Ummar. Un gros bourg de 17.000 habitants situé entre Bethléem et Hébron, en Cisjordanie occupée. En «Judée», disent les Israéliens, qui ont d’ailleurs cerné l’agglomération de plusieurs colonies.
Il est 3h30 durant la nuit du 22 au 23 juillet quand une unité de l’armée israélienne d’occupation se présente pour perquisitionner le domicile des Abou Maria, en vue d’arrêter quelqu’un qu’elle recherche.
L’affaire tourne mal, comme souvent. Selon l’armée israélienne, «une foule violente» s’est attaquée aux soldats «depuis le toit de la maison en lançant des pierres, blessant un soldat». L’unité a répondu en tirant et a blessé une personne; «lorsqu’elle a voulu se retirer, elle a été à nouveau attaquée et a répliqué en visant l’instigateur principal». Un homme en est mort. Il s’agit de Fala Abou Maria, 52 ans, menuisier, le chef de la famille.
Le quotidien britannique The Telegraph a envoyé son correspondant à Jérusalem sur place. Robert Tait a interrogé les témoins de la scène. Leur version est bien différente. Selon les membres de la famille, il n’y a eu ni foule ni jets de pierre. La version israélienne  «est fausse, dit Sara, 25 ans, belle-fille de la victime, qui se trouvait à côté d’elle lorsqu’elle fut tuée. Il n’y avait personne sauf moi, ma belle-mère, mon mari et nos enfants. Pas une pierre n’a été lancée. [Mon beau-père] a lancé un pot-de-fleur et ils l’ont abattu immédiatement».
D’après les explications fournies au journaliste britannique, l’altercation a commencé quand l’unité israélienne a voulu forcer l’entrée de la maison. Fala Abou Maria et deux de ses fils – il a onze enfants – ont tenté de retarder l’entrée des soldats pour que les femmes puissent se lever et s’habiller. L’armée a tiré sur son fils Mohamed, 24 ans, qui a été atteint aux deux jambes et aux testicules, selon le docteur Izzedin Ashlamoun, de l’hôpital Al-Ahli à Hébron.
«Mon beau-père était en colère, raconte une autre belle-fille, Sara. Il ne pouvait plus se contrôler, il croyait que son fils avait été tué, il y avait plein de sang. Il est monté au balcon, s’est emparé d’un petit pot-de-fleur en plastique et l’a lancé en bas vers les soldats, ratant sa cible. Ils lui ont tiré trois balles. Il est mort juste après avoir eu le temps de dire ”Il n’y a qu’un Dieu et Mahomet est son prophète, je meurs en martyr”.»
Une histoire banale en Palestine occupée. Et plus encore à Beit Ummar – située sur une route fréquentée entourée de colonies – où les clashes sont fréquents. Cinq des six fils de la victime ont déjà connu les geôles israéliennes, notamment pour jets de pierres. Pour Mohamed, interrogé à l’hôpital, l’armée d’occupation a perquisitionné la maison familiale une centaine de fois depuis 1989.
L’envoyé du Telegraph a donné la parole à l’armée israélienne. Dont une porte-parole a donné les explications suivantes, sans toutefois dire pourquoi aucune arrestation n’avait été effectuée cette nuit-là: «Je n’ai pas entendu parler d’un pot-de-fleur mais je sais qu’il y a eu des jets de pierres et de briques depuis le toit. Il ne s’agissait pas seulement des résidents de la maison, il y a avait une foule. Je dirais que les jets de pierres ont duré entre dix et vingt minutes». Elle a promis qu’une enquête serait ouverte par l’armée.
Les funérailles de Fala Abou Maria ont donné lieu à de nouveaux incidents. Des centaines de personnes y assistaient, bien que l’armée israélienne eût bouclé les issues de la petite ville. La foule criait vengeance. L’armée israélienne a tiré des balles en plastique et des gaz lacrymogènes. Huit personnes ont été blessées, dont trois ont été hospitalisées.
Selon l’agence palestinienne Maan, Abou Maria est le dix-septième Palestinien tué cette année par les forces israéliennes. L’avant-dernière victime s’appelle Mohamed Alawna, 21 ans, il a été abattu durant une opération de nuit le 22 juillet dans le village de Burqin, près de Jénine, dans le nord de la Cisjordanie occupée.

BAUDOUIN LOOS

source

 

 

Max Blumenthal, sur les guerres de la bande de Gaza dans son passé – et dans son avenir


« Tuer, et tuer, et tuer.
Toute la journée,
tous les jours »
.

*****

 

« La question, c’est juste, quand » :

 

Elias Isquith – 27 juin 2015 – Salon

 

L’auteur de « La guerre de 51 jours : ruines et résistance à Gaza » a raconté à Salon ce qu’il a vu dans les décombres d’un pays en état de siège.

Illustration de la première de couverture du livre « La guerre de 51 jours : ruines et résistance à Gaza » (Photo : Nation Books)

Illustration de la première de couverture du livre « La guerre de 51 jours : ruines et résistance à Gaza » (Photo : Nation Books)

Si pour une raison quelconque, vous êtes l’une de ces très rares personnes sur cette Terre à vouloir y aller, plutôt que d’en partir, de la bande de Gaza, vous pourriez vouloir savoir à quoi vous attendre.

Parce que, bien qu’il se soit passé presque un an depuis que le conflit israélo-Gaza de 2014 – l’ « Opération Bordure protectrice » comme les Forces de défense israéliennes l’ont appelé – s’est interrompu, vous ne devez pas vous attendre à trouver une société reconstruite. Non, selon « La guerre de 51 jours : ruines et résistance à Gaza », le nouveau livre de Max Blumenthal, journaliste, déjà auteur de l’incendiaire « Goliath : vie et haine dans le Grand Israël », ce que vous y verrez, ce sont des montagnes de décombres, à peine moins qu’il n’y en avait à la fin de la guerre.

Sur la base de ses contacts à Gaza aussi bien que de son propre reportage, de première main, le livre de Blumenthal apporte deux choses, aucune n’étant particulièrement bien accueillie dans le monde politique états-unien et les médias du courant dominant. Non seulement Blumenthal fournit une ventilation méthodique de la période précédant le conflit – qui diverge dans ses aspects essentiels des récits les plus courants que l’on trouve dans la presse américaine –, mais encore il propose une comptabilité plus détaillée de ce qu’il s’est passé derrière le brouillard de la guerre. Il essaie aussi de répondre à certaines des questions toujours gênantes concernant la guerre : Pourquoi a-t-elle duré si longtemps ? Pourquoi tant de victimes civiles ? Et qu’est-ce qui a même été accompli ?

Récemment, Salon s’est entretenu au téléphone avec Blumenthal pour discuter de son livre, de l’histoire de Gaza dont beaucoup d’Américains ne savent rien, des raisons qui lui font penser que la guerre a été une conséquence presque délibérée d’une politique israélienne de longue date, et croire qu’elle ne sera pas la dernière. Ci-dessous, vous trouverez notre entretien, revu pour plus de clarté et dans sa longueur.

Vous soutenez que la guerre de l’été dernier ne peut pas être comprise isolément, qu’il faut la voir dans un contexte plus large. Par exemple, pourquoi pensez-vous que la situation aujourd’hui est une conséquence  du « désengagement » de Gaza par l’ancien Premier ministre Ariel Sharon, en 2005 ?

Le retrait des colons nationalistes religieux israéliens (qui étaient environ au nombre de 9000) de la bande de Gaza a été fêté par les libéraux, parce qu’ils y voyaient ces fanatiques forcés par les troupes israéliennes de quitter une région qu’Israël (avait) occupée. Ce retrait unilatéral relevait en réalité d’un scénario auquel quiconque qui se souciait de la population de la bande de Gaza aurait dû s’opposer, parce que l’ordre du jour en était très clair et très visible. Il s’agissait de libérer (Israël) de ses obligations émanant de la Convention de Genève concernant la bande de Gaza, et de prétendre qu’il ne l’occupait plus.

Qu’a permis la nouvelle situation à Israël ?

Il lui a été possible d’établir un système de style panoptique, où il contrôle l’extérieur, le ciel, la mer, et où il peut placer la bande de Gaza sous un siège très sophistiqué, un siège assuré par des robots. Deuxièmement, cela a permis à Israël de restreindre son contrôle des grands blocs de colonies autour de Jérusalem-Est. Ils ont reçu une lettre de George W. Bush (leur demandant) le retrait unilatéral de la bande de Gaza, et leur garantissant que ces colonies gigantesques sur l’aquifère palestinien – colonies qui s’enfoncent profondément au cœur de la Cisjordanie et qui sépareront finalement la Cisjordanie de lui-même – resteront en permanence aux mains d’Israël dans tout accord américain pour une paix négociée. C’est le point numéro deux.

Et le point numéro trois ?

Le point numéro trois, c’est que ce retrait, selon les propos mêmes du chef du Shin Bet de l’époque, Avi Dichter, permet à l’armée plus de « liberté d’actions » dans la bande de Gaza. S’il n’y a plus aucun Israélien juif dans la bande de Gaza, cela vous permet de commencer à utiliser des obus d’artillerie de 150 mm pour les tirs de barrage aux régions frontalières ; cela vous permet d’utiliser des bombes à fragmentation de 2000 livres. Aussitôt que le retrait aura eu lieu, vous verrez l’utilisation d’armes expérimentales, pour un armement à coût réduit. Gaza va devenir un laboratoire pour l’industrie israélienne d’armement, et pour l’ensemble du mécanisme de contrôle qu’Israël essaie de commercialiser et d’exporter vers le monde comme étant déjà testé sur le terrain.

Je veux juste ajouter un point : nous devons comprendre ce qu’est la bande de Gaza, en considérant la situation dans son ensemble – pas seulement depuis 2005, mais depuis 1948.

Que voulez-vous dire ?

Ils sont 72 à 80 % dans la population de la bande de Gaza à être qualifiés de réfugiés. Cela signifie que ceux-ci sont les descendants de la population qui, durant la Nakba, entre 1947 et 1948, a été expulsée par la force hors de ce qui actuellement est Israël. Ces gens ne sont pas autorisés à rentrer dans leurs foyers comme le leur garantit le Droit au retour – en vertu de la Résolution 194 des Nations-Unies – parce qu’ils ne sont pas juifs. S’ils revenaient, la majorité démographique juive d’Israël serait compromise.

Voilà comment les dirigeants d’Israël, qui règnent aussi sur tous les Palestiniens, les voient. Ils voient la population de la bande de Gaza comme une menace démographique. La bande de Gaza est donc un entrepôt humain, pour une population en excédent – c’est anachronique dans un monde moderne. Une population est entreposée parce qu’elle est de la mauvaise ethnie. Voilà pourquoi la bande de Gaza résiste. Pour moi, c’est là, vraiment, l’essence de la crise.

Votre référence à l’angle démographique m’amène à Aron Soffer, que ses collègues ont surnommé « le compteur d’Arabes ». Qui est-il ? Pourquoi est-il important ?

Armon Soffer est un conseiller en chef en ingénierie démographique – c’est-à-dire, comment manigancer une majorité juive dans les régions sous contrôle israélien –, et il le fut dans les gouvernements israéliens successifs. Il a conçu non seulement le désengagement unilatéral de Gaza, mais également le mur de séparation. Dans chaque cas, il a annoncé qu’ils n’apporteraient pas une plus grande sécurité nationale pour Israël, mais qu’ils conduiraient au maintien de la majorité (démographique) juive. Il est obsédé par le maintien d’un seuil à 70 %. Son nom de famille, Soffer, signifie « compteur » en hébreu ; aussi, ses collègues à l’université de Haïfa se réfèrent à lui comme à « Arnon, le compteur d’Arabes ».

Il a anticipé que ses recommandations politiques réduiraient la sécurité nationale d’Israël, tout cela au nom du maintien d’une majorité démographique ?

Écoutez ce qu’il dit. Alors qu’il expliquait la nécessité du désengagement unilatéral de Gaza, il a déclaré : « Quand 2,5 millions de personnes vivront dans une Gaza fermée à l’extérieur, ça deviendra une catastrophe humaine. Ces gens seront plus encore des animaux qu’ils ne le sont aujourd’hui, aidés en cela par un Islam démentiel, fondamentaliste. La pression à la frontière sera horrible ; ce sera une guerre épouvantable. Si nous voulons rester en vie, nous devrons tuer, et tuer, et tuer. Toute la journée, tous les jours ».

Il a déclaré cela au Jerusalem Post – alors il était un proche conseiller de Sharon. Sharon a attribué à Soffer de l’avoir convaincu du désengagement (de la bande de Gaza). Le journal a été imprimé en Israël, mais pas aux États-Unis. Je n’approuve pas le langage ou l’idéologie raciste de Soffer, mais ce qu’il a dit est devenu réalité. Ce que nous avons vu l’été dernier avec l’Opération Bordure protectrice était l’accomplissement de sa prophétie sanglante : « Tuer, et tuer, et tuer tous les jours ». C’est ce que l’armée israélienne a fait pendant 51 jours.

Quelle est la cause du conflit de l’été dernier ? Qu’est-ce qui a allumé l’étincelle et provoqué cette guerre de 51 jours ?

La guerre était un prolongement de la campagne continue visant à anéantir le mouvement national palestinien. C’est ce que le sociologue israélien, Barruch Kimmerling, a appelé un « politicide », c’est-à-dire la destruction d’une identité politique tout entière. Il extrapolait à partir du terme « génocide », qui signifie la destruction d’un peuple entier. Je pense que c’est un condensé vraiment exact de la stratégie à long terme d’Israël.

De quelles façons ?

Je ne pense pas qu’Israël ait la moindre intention d’exterminer physiquement les Palestiniens par centaines de milliers. Il veut simplement les éliminer en tant que mouvement national, et en faire des Arabes errants, qui seront soit confinés dans des bantoustans en Cisjordanie, ou dans un entrepôt dans la bande de Gaza ; soit des citoyens de quatrième classe, fournissant une main-d’œuvre subalterne en Israël même ; soit disposant tout simplement d’un statut de simples réfugiés. Mais sans aucune direction politique, ni aucun objectif nationaliste….

 

 

http://www.salon.com/2015/06/27/the_question_is_just_when_max_blumenthal_on_war_in_the_gaza_strips_past_%E2%80%94_and_its_future/

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Un Juif de Bruxelles: « Israël mène une politique d’apartheid »


| Mis à jour le mercredi 13 août 2014 à 15h40

  • La communauté juive de Belgique compte près de 40 000 personnes. Une communauté particulièrement critiquée par une partie de l’opinion publique qui associe la population juive à l’Etat d’Israël.

    Impliqué dans la vie bruxelloise, Michel Staszewski constate les stéréotypes entretenus dans la population qui pense que tout Juif soutient forcément le gouvernement israélien et les attaques sur la bande de Gaza.

    Il constate que tant ses collègues enseignants que ses élèves, en grande partie musulmans, ont une vision réductrice de ce qu’ils croient être l’identité juive.

    Le professeur d’histoire ne croit pas dans une forme d’importation du conflit israélo-palestinien en Belgique. Il constate en revanche que de plus en plus de gens sont concernés par la situation au Proche-Orient. Et par la plus grande intransigeance du pouvoir israélien au mépris du droit international.

    L’UPJB mène le même combat depuis 1967

    Le dimanche 27 juillet 2014, des membres de l’UPJB ont participé au cortège de la manifestation critiquant les agissements d’Israël dans la bande de Gaza. Engagée depuis des dizaines d’années en faveur d’une  » paix juste au Proche-Orient « , l’UPJB veut se distancier d’un  » soi-disant consensus que tente de faire apparaître le comité de Coordination des organisations juives de Belgique « .

    Pour Michel Staszewski, Israël ne peut poursuivre sa politique que grâce à l’aide des Etats-Unis et à la passivité de l’Union européenne. Mais il pronostique que le pays sera de plus en plus isolé au niveau mondial :  » Rien ne dit que cela durera toujours « .

    Juifs : le bon, le mauvais et les honteux

    Existe-t-il aujourd’hui aux yeux d’Israël des bons Juifs et des mauvais Juifs ? Certains radicaux ont même qualifié de « honteux » les juifs qui défendent les revendications palestiniennes.

    Ceux–là, explique le membre de l’UPJB, font souvent l’objet de menaces verbales… et parfois même de menaces de mort. Il dit n’avoir jamais éprouvé de difficultés à être Juif en Belgique. Parce qu’il ne vit pas reclus dans la communauté juive et qu’il travaille au contraire dans un milieu pluriethnique.

     » Les seuls vrais problèmes sont entre Juifs et en particulier dans ma famille.  » Ce qui n’empêche pas l’existence bien réelle de l’antisémitisme et des préjugés. Et que la peur du religieux de porter la kippa dans certains quartiers ne relève pas que du pur fantasme.

    La politique d’Israël est raciste et s’apparente à l’apartheid entre Palestiniens et colons israéliens, dénonce Michel Staszewski pour qui le terme apartheid se justifie pour les territoires de Cisjordanie et de Jérusalem Est… Gaza étant à ses yeux une prison à ciel ouvert.

    Et cette politique n’est pas neuve: «  Lors de mon premier voyage en Israël, en 1967, nos guides israéliens nous disaient que le gouvernement traitait déjà les populations non Juives de manière raciste. Le président de la ligue israélienne des Droits de l‘Homme le disait déjà dans un livre de 1979 intitulé  » Le racisme de l’Etat d’Israël « .

    Un Juif peut être antisioniste

    Peut-on être Juif et antisioniste ? Michel Staszewski s’en veut la preuve vivante. Mais à titre personne, précise–t-il : « L’UPJB est non sioniste, moi, je suis antisioniste. Le sionisme est une philosophie de la méfiance et de la peur et pas de la volonté de s’accommoder des différences. Un Etat sioniste est un Etat qui ne traite pas tous ses citoyens de la même manière « .