Le rapport de Richard Falk et Virginia Telley sur l’apartheid israélien, publié en français


Au mois de mars, la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (CESAO) des Nations-Unies a publié un rapport sur l’apartheid israélien. Pour le Comité national palestinien (BNC) de BDS, le rapport constitue un « un progrès historique ». C’est la première fois qu’une agence des Nations-Unies établit, à travers une étude scrupuleuse et rigoureuse, qu’Israël impose un régime d’apartheid sur l’ensemble du peuple palestinien : sur les Palestiniens des territoires occupés, sur les citoyens palestiniens d’Israël et sur les réfugiés et exilés palestiniens. Le rapport recommande aux Nations Unies et à ses états membres de soutenir la campagne BDS.

Très rapidement, sous pression des Etats-Unis et d’Israël, le rapport est retiré des sites des Nations Unies.
Deux jours après sa sortie, il est enterré.

Mais de nombreux instances et associations ont sauvegardé le rapport. Une équipe de traducteurs a traduit le rapport en français. Un traducteur de ce site a participé à ce travail collectif.

La version française du rapport :
pour télécharger le PDF, cliquez ici

L’appel au boycott d’Israël de deux universitaires juifs américains


Et à l’annoncer publiquement ! C’est une lettre fracassante qui a été publiée vendredi dans le Washington Post par deux professeurs « juifs et sionistes », des universités de Harvard et de Chicago, appelant au boycott d’Israël.

  • LETTRE DE DEUX UNIVERSITAIRES JUIFS AMÉRICAINS DANS LE WASHINGTON POST

« Nous sommes des sionistes de longue date, et c’est pourquoi nous avons choisi de boycotter Israël » ont publié Steven Levitsky et Glen Weyl dans l’édition du Washington Post du 23 Octobre.

« Notre soutien à Israël se fondait sur deux convictions : un Etat était nécessaire pour protéger notre peuple de futures catastrophes, et d’autre part qu’un Etat juif serait démocratique et adopterait les valeurs universelles des droits de l’homme, qui s’imposent après l’Holocauste.

Et nous pensions que l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza, tout comme le déni de droits fondamentaux aux Palestiniens vivant là, n’étaient que provisoires, le temps d’assurer la survie du nouvel Etat.

Mais nous sommes confrontés à une réalité : l’occupation est devenue permanente. Près d’un demi-siècle après la guerre des six jours, Israël s’est installé dans un régime d’apartheid.

La Cisjordanie est considérée comme faisant partie d’Israël et la « ligne verte » a été effacée de la plupart des cartes, et c’est ce que le président israélien Reuven Rivlin appelle « le sionisme moderne ».

Ceci pose un dilemme éthique à nous juifs américains. Pouvons nous soutenir un Etat qui refuse de manière permanente ses droits fondamentaux à un autre peuple ? Et même dans une perspective sioniste nous estimons qu’Israël s’est engagé sur un chemin qui met en danger l’existence même d’Israel.

Comme dans le cas de la Rhodésie et de l’Afrique du sud de l’apartheid, cette oppression permanente des Palestiniens par Israël va inéluctablement l’isoler des démocraties occidentales , mais également de l’opinion publique américaine qui —auparavant jugée inconditionnelle— commence à se détacher d’Israël.

Et même sur le plan intérieur, l’occupation exacerbe des pressions démographiques qui risquent de fracturer totalement la société israélienne, notamment avec le gonflement du nombre de colons et des juifs ultra-orthodoxes fanatiquement chauvins.

En fin de compte, l’occupation menace la sécurité qu’elle prétendait assurer. Cette sécurité avait pourtant progressé depuis les traités de paix avec l’Egypte et la Jordanie, puis avec l’affaiblissement de l’Irak et de la Syrie, et avec l’incomparable supériorité désormais acquise sur le plan militaire par Israël, qui n’a plus à faire face à la moindre menace existentielle de la part de ses voisins arabes.
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Et comme l’ont déclaré 6 anciens dirigeants de la sécurité intérieure du Shin Bet en 2012, c’est l’occupation elle-même qui est un danger pour Israël.

Face à cette situation et ne croyant plus à la capacité des Israéliens de remettre en cause cette occupation et de survivre en tant qu’ Etat démocratique, nous estimons que des pressions extérieures sont indispensables.

Même si c’est douloureux pour des personnes comme nous , nous pensons que le retrait de l’aide américaine tout comme son soutien diplomatique à Israël, ainsi que les mesures de boycott et de désinvestissement, sont seuls capables de changer la donne.

C’est pourquoi nous refusons désormais de voyager en Israël, nous boycottons les produits en provenance d’Israël, nous appelons nos universités américaines à désinvestir et nos élus à à retirer leur aide à Israël. (…)

Ceci jusqu’à ce que Israël s’engage sérieusement dans un processus de paix établissant un Etat palestinien souverain ou bien accordant les mêmes droits démocratiques aux Palestiniens à l’intérieur d’un seul Etat.

Steven Levitsky est professeur d’administration publique à l’université de Harvard. Glen Weyl est professeur adjoint d’économie et de droit à l’université de Chicago.

source

«L’affrontement israélo-arabe mobilise, la crise syrienne divise»


Nous avons interrogé le chercheur et politologue français François Burgat à propos du différentiel d’indignation exprimée s’agissant d’une part des intenses bombardements israéliens sur la bande de Gaza pendant quatre semaines et, de l’autre, des tueries quotidiennes en Syrie depuis trois ans.

On a rarement vu de telles mobilisations dans le monde en faveur des Gazaouis sous les bombes. Pourtant les révoltés syriens ont été victimes de massacres pires encore de la part du régime sans qu’on voie des foules indignées envahir les rues en Occident, pourquoi, à votre avis?

La dénonciation de la politique américano-israélienne unit. La lecture de la crise syrienne divise. L’affrontement israélo-arabe mobilise depuis toujours deux camps clairement identifiés, dont les acteurs et les argumentaires n’ont pas sensiblement évolué. Le camp dit «propalestinien» se superpose presque parfaitement à la vaste mouvance «anti-impérialiste», héritière d’une longue tradition d’opposition à la politique étrangère des États-Unis. La dénonciation de la politique israélienne est d’autant plus naturelle qu’elle a le plus souvent valeur de critique d’une classe politique qui, à droite comme à gauche, penche le plus souvent du côté israélien. Uni dans sa condamnation d’Israël et de ses alliés, ce camp «anti-impérialiste» est en revanche divisé moins sur la légitimité de l’opposition syrienne que sur la cohorte hétéroclite de ses alliés, arabes aussi bien qu’occidentaux. La révolte syrienne est en effet intervenue au lendemain d’un profond bouleversement de l’échiquier international. Celui qui a vu les diplomaties occidentales abandonner leur soutien inébranlable aux régimes autoritaires (en Tunisie et en Égypte notamment) pour mettre, assez cyniquement, leurs ambitions dans le panier du soutien aux révolutionnaires arabes. Le trouble généré par ce revirement a été accru par le fait que les Occidentaux, qui avaient boudé jusqu’à la dernière minute les protestations des Tunisiens et des Égyptiens, s’en sont pris pour inaugurer leur nouvelle politique à deux régimes (libyen et syrien) qui leur étaient tous deux traditionnellement hostiles, tout particulièrement sur la question palestinienne. Considérant qu’il a été en fait plus verbal qu’effectif (à la différence de celui de la Russie ou de l’Iran au régime), le soutien occidental s’est ainsi avéré plus préjudiciable qu’autre chose à l’opposition syrienne. On serait même tenté de dire qu’il a constitué à certains égards, pour l’opposition syrienne, un véritable «baiser de la mort». Nombreux sont les militants «anti-impérialistes» – tout particulièrement s’ils sont coupés du terrain syrien – qui hésitent en effet à joindre dans la lutte contre Bachar leurs efforts à ceux (Obama, Cameron, Hollande) qu’ils combattent depuis toujours. Comment aider des révolutionnaires si cela implique de se trouver dans le camp de Bernard Henri Lévy, pour ne rien dire de l’émir du Qatar ou du roi d’Arabie?

Il y a eu depuis trois ans beaucoup de condamnations verbales des horreurs en Syrie de la part des dirigeants de la «communauté internationale» et finalement assez peu à Gaza. La critique d’Israël reste contrainte?

C’est bien le problème. Nombre de militants hésitent à descendre dans la rue pour défendre l’opposition syrienne car ils ont le sentiment que cela revient à soutenir la politique de Hollande! Ils considèrent en quelque sorte qu’une mobilisation populaire aussi légitime que peut l’être la révolte syrienne est devenue infréquentable par le seul fait que des forces politiques illégitimes ont décidé d’essayer d’en tirer profit. Funeste est leur erreur d’analyse bien sûr, est-il besoin de le redire?

La critique d’Israël serait-elle contrainte…? Bien sûr et c’est peu dire! Journalistes, chercheurs, hommes politiques… La liste est longue de tous ceux qui pourraient témoigner des rigueurs multiformes de cette «contrainte»…

Les opinions publiques ne sont-elles pas troublées par l’apparition et par les succès des djihadistes en Syrie (et Irak), qui donnent de la révolte syrienne une image atroce (exécutions, crucifixions, etc.)?

Bien sûr! C’est en fait la question de l’islam politique tout entière qui est au cœur de la suspicion montante des Occidentaux à l’égard des printemps arabes. Sur le registre du «on vous l’avait bien dit», la très réelle et très inquiétante montée en puissance des djihadistes est seulement venue amplifier la réticence d’une écrasante majorité des opinions européennes à l’égard des élus des urnes des printemps arabes et partant, pour certains, à l’égard des printemps dans leur principe même. Nous n’avons sans doute pas assez pris conscience que le quasi-unanimisme européen (si tardif qu’il fût) devant le printemps tunisien était moins fondé sur la chute de Ben Ali que – supposément bien sûr, car l’erreur était de taille – sur la croyance que les islamistes, réputés absents des rangs des révolutionnaires, venaient de sortir de l’histoire.

Le paradoxe de la radicalisation djihadiste est qu’elle est en grande partie le résultat de nos atermoiements devant l’opposition modérée (et néanmoins islamiste car ces deux mots peuvent réellement aller de pair, il faut le redire sans se lasser) que nous avons refusé de soutenir efficacement. Notre réticence spontanée et viscérale vis-à-vis du Hamas ou la facilité avec laquelle nous avons accepté la déposition du président égyptien Mohammed Morsi en 2013 vont de pair avec notre suspicion précoce à l’égard du Conseil national syrien (opposition en exil), immédiatement jugé «trop proche des Frères musulmans». Les djihadistes, cela se fabrique. Le paradoxe de notre attitude vis-à-vis des islamistes est que notre rejet des plus modérés participe activement à la fabrication de leurs successeurs beaucoup plus radicaux.

Une partie des partisans de la cause palestinienne refuse de critiquer le régime syrien, qui prétend depuis toujours la défendre, que leur répondez-vous?

Je leur souhaite seulement d’aller exprimer leur point de vue dans les rues du camp palestinien de Yarmouk, à Damas, ou dans n’importe laquelle des villes que le régime syrien martyrise depuis trois ans sous les bombes et les obus. Ils prendraient alors la mesure de leur terrifiante erreur.

Propos recueillis par BAUDOUIN LOOS

Article paru dans Le Soir du 7 août 2014

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Gideon Levy, un sioniste détesté en Israël


Publié le  par Baudouin Loos

Contre la vague nationaliste imposante qui soutient avec ferveur l’attaque de l’armée israélienne contre Gaza, les voix israéliennes juives qui réussissent à se faire entendre ne sont pas légion. L’une d’elles bénéficie d’un support médiatique de choix, le très minoritaire mais estimé quotidien de gauche Haaretz. Au sein de sa rédaction, en effet, un homme symbolise «l’autre Israël», celui qui refuse la logique de guerre, et qui dénonce d’ailleurs depuis des décennies l’occupation. Cet homme s’appelle Gideon Levy et les menaces contre lui s’accumulent ces derniers jours.

Le journaliste a tenté la semaine dernière de se rendre dans les villes israéliennes proches de Gaza – l’entrée dans la bande maudite étant interdite aux Israéliens par Israël. Mais son reportage a tourné court devant la tension que sa présence suscitait quand il arrivait quelque part. Il estime même avoir échappé à un lynchage grâce à la présence d’une équipe de la télévision de la seconde chaîne nationale qui devait l’interviewer dans un «mall» d’Ashkelon (l’interview n’a d’ailleurs pas pu avoir lieu en raison de l’hostilité du public présent). Il a raconté cet épisode dans un article publié le 19 juillet.
Que dit donc Gideon Levy pour provoquer une telle ire contre lui?
Dans la rubrique «Opinions», il a par exemple signé le 17 juillet un papier intitulé «Voudriez-vous vivre dans le nouvel Israël qui vous tend la main?».

L’Israël qui se dessine, explique-t-il, sera celui «qui ne tolérera aucune opinion différente, aucune idée alternative. (…) Le peuple parlera à l’unisson, comme un chorus, aussi uniforme qu’un choeur de l’Armée rouge. Les médias aussi parleront d’une seule voix, déclamant les communiqués dictés par le gouvernement et l’armée».

Plus fort encore, car évoquant le climat de ces derniers jours: «En temps de guerre, la situation est différente, bien sûr. (…) On peut critiquer l’armée et la Défense mais dans une seule direction: ”Pourquoi ne laisse-t-on pas l’armée gagner? Laissons-la faire son travail, les battre tous, les bombarder, les écraser plus encore, conquérir plus encore, couper l’électricité, resserrer le siège, accroître autant que possible les tueries, la souffrance et les dévastations (…). Ramener les Arabes à l’âge de la pierre et Gaza au Moyen Age”. C’est autorisé.»

Dans un article plus analytique publié dans la même rubrique ce dimanche 20 juillet, Levy examine les dix conditions posées par le Hamas et le Djihad islamique pour cesser le feu. Et d’estimer qu’il n’y en pas une seule d’infondée parmi elles! Comme la fin du siège imposé à Gaza (que le droit international et la communauté internationale condamnent, d’ailleurs, n’écrit-il pas), la réouverture de l’aéroport de Gaza, celle du passage vers l’Egypte sous supervision internationale, l’ouverture d’un port, etc.) «Ces conditions sont d’ordre civil; les moyens utilisés pour y arriver sont militaires, violents et criminels. Mais l’amère vérité est que quand Gaza ne tire pas de roquettes sur Israël personne ne s’en préoccupe.»

L’animosité rencontrée par Gideon Levy en Israël ne date pas d’hier. Ce journaliste s’est spécialisé dans les affaires palestiniennes durant les années 1980. Ses fréquents reportages très crûs dans les territoires occupés, bien avant qu’il ne commençât à également remplir les colonnes des pages «Opinions», lui ont valu une solide réputation: celle d’un «prophète» pour les uns, comme l’intellectuel juif américain Noam Chomsky, ou celle d’un «traître» pour nombre d’Israéliens.

Nous l’avions rencontré à Bruxelles en 2010. Il assumait son impopularité chez lui en Israël. «Il y a de plus en plus d’Israéliens qui sont furieux contre moi. Eh bien! quelque part, ça me rend fier de moi. Car je lutte contre l’indifférence. Si je les fâche, c’est au moins que je les réveille, je touche leurs nerfs sensibles. Cela dit, la société israélienne devient de plus en plus intolérante. Beaucoup d’Israéliens trouvent que Barack Obama flirte avec l’antisémitisme, les associations qui défendent les droits de l’homme sont traitées de nazies, il y a de moins en moins de contre-pouvoirs, la société civile est dans le coma…»

Depuis lors, le journaliste a aggravé son cas, si l’on ose dire: depuis l’année dernière, lui le sioniste convaincu qui dit se battre «pour un Israël dont je pourrais être fier», s’est résolu à appeler au boycott de son pays«Le changement ne viendra pas de chez nous. C’est clair depuis longtemps. Aussi longtemps que les Israéliens ne paient pas le prix pour l’occupation, ou au moins ne font pas la connexion entre cause et effet, ils n’auront aucune raison d’y mettre fin. Et pourquoi un résident lambda de Tel-Aviv serait-il dérangé par ce qui se passe dans une ville de Cisjordanie comme Jénine ou de la bande de Gaza comme Rafah ? Ces endroits sont loin et pas particulièrement intéressants.»

Avec l’escalade actuelle à Gaza, comme il l’écrivait le 19 juillet, voici pour lui «le temps des menaces, de la haine, des intimidations (mais aussi les encouragements, le réconfort et la solidarité) dans la rue, par courriels, par téléphone, sur Twitter et Facebook. Les ténèbres sont tombés sur nous.»

Et de conclure de manière sombre: «Toutes les semences des incitations à la haine, toutes les lois nationalistes, racistes et la propagande incendiaire, les campagnes de peur et la subversion de la démocratie par le camp de la droite, tout cela a porté ses fruits, et ces fruits sont répugnants et pourris».

BAUDOUIN LOOS

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Les Palestiniens vont « payer cher » le fait de se tourner vers l’ONU


Le Vif

Source: Belga
mercredi 02 avril 2014 à 10h45

Les Palestiniens vont « payer cher » leur décision de relancer leurs démarches d’adhésion aux agences de l’ONU et traités internationaux, a averti mercredi un ministre israélien, les menaçant de sanctions économiques, voire d’annexion de territoires occupés.

Le ministre israélien du Tourisme Uzi Landau. © Belga Image

 

« S’ils menacent maintenant (de se tourner vers les institutions de l’ONU), ils doivent savoir une chose: ils le paieront cher », a déclaré à la radio publique le ministre du Tourisme Uzi Landau.

Ce dernier n’a pas exclu la possibilité pour Israël d’annexer des portions de territoire palestinien occupé.

« L’une des mesures possibles serait pour Israël d’appliquer sa souveraineté sur des secteurs qui feront clairement partie de l’Etat d’Israël dans le cadre de toute solution future », a menacé M. Landau.

Le ministre faisait référence aux secteurs de la Cisjordanie occupée où sont implantés des colons juifs, Israël espérant conserver ces zones après un futur accord de paix.
Israël pourrait aussi prendre des mesures de rétorsion économique en intervenant « pour bloquer leurs aides financières ».
Le président palestinien Mahmoud Abbas a annoncé mardi que la direction palestinienne avait décidé de demander l’adhésion à 15 agences et traités internationaux.

Cette décision intervient peu après l’annonce d’un nouvel appel d’offres par le gouvernement israélien pour 708 logements dans le quartier de colonisation de Gilo, à Jérusalem-Est occupée et annexée.

Un accord conclu sous l’égide du chef de la diplomatie américaine John Kerry a permis la reprise en juillet pour neuf mois des négociations de paix, un délai arrivant à échéance le 29 avril.
En vertu de cet accord, la direction palestinienne avait suspendu jusqu’à la fin des pourparlers toute démarche d’adhésion aux organisations et conventions internationales auxquelles le statut d’Etat observateur obtenu en novembre 2012 à l’ONU lui donne accès.

En contrepartie, Israël s’engageait à libérer en quatre phases 104 prisonniers incarcérés avant les accords d’Oslo de 1993, dont les trois premiers groupes ont été relâchés. Mais le dernier contingent n’a pas été libéré comme prévu samedi dernier.

A la suite de l’annonce palestinienne mardi soir, M. Kerry a annulé une visite prévue mercredi à Ramallah pour rencontrer M. Abbas.

 

Les infos du Vif aussi via Facebook

Avec ces Israéliens qui défendent les Palestiniens


loos

En territoire occupé, surtout en « zone C » sous contrôle israélien exclusif, la vie des Palestiniens ressemble à un calvaire. Une poignée d’Israéliens se mobilisent et montrent leur solidarité. Reportage dans le sud de la Cisjordanie.

Sept heures du matin : le rendez-vous était bien matinal ce samedi 2 novembre sur le parking d’un parc public à Jérusalem-Ouest. Un à un, Maria, Tamar, Danny et les autres membres de l’organisation « Taayoush » (Vivre ensemble, en arabe) inscrits pour la journée s’y retrouvent pour d’abord écouter les consignes d’Amiel, le quinquagénaire qui mène la petite troupe.

« Comme d’habitude, explique-t-il, nous irons dans les collines au sud de Hébron et nous irons soutenir les villageois palestiniens en butte au harcèlement des colons. Attention, il faudra jouer au chat et à la souris avec l’armée et la police israéliennes qui peuvent nous arrêter, et faire gaffe aux colons les plus agressifs ; vous serez peut-être amenés à devoir courir pour leur échapper. »

La douzaine de personnes, des Israéliens juifs entre 30 et 60 ans équitablement répartis entre les deux sexes, montent dans un minibus et un 4×4, deux véhicules tout sauf neufs. Direction le sud. Le petit convoi entre rapidement en Cisjordanie occupée, longe Bethléem à gauche, prend à un arrêt de bus deux activistes internationaux, une Américaine de 60 ans et un Français de 21 ans. Une bonne heure de route nous attend.

Dès que les véhicules dépassent Hébron, des jeeps de l’armée israélienne se mettent à nous suivre. Le premier arrêt se situe à proximité de la ville palestinienne de Yatta. Dans une immense oliveraie, une vingtaine de Palestiniens, hommes et femmes, ont commencé la cueillette des olives. Les membres de Taayoush se joignent à eux. Souvent, des colons extrémistes des environs viennent perturber le travail. Aujourd’hui, peut-être grâce à la présence d’Israéliens solidaires, le calme règne.

Zone militaire fermée

Moins d’une heure plus tard – il doit être 9 h 30 – notre groupe d’activistes repart, la journée est encore longue. Des nuages obscurcissent l’horizon. A peu de distance, nous arrivons sur les terres du village d’Umm el-Arais, à proximité de Mitzpeh Yair, un « avant-poste », à savoir une colonie juive illégale même au regard du droit israélien (1). Nous empruntons la petite route qui y mène quand un colon, environ 40 ans, lunettes, longue barbe, grosse kippa sur ses cheveux longs, nous barre la route. « C’est Avidal, lâche Amiel, un laïc devenu extrémiste religieux. »

Impossible de passer, des deux côtés le ravin est dissuasif. La Jeep militaire israélienne arrive assez vite, et un sous-officier en sort pour brandir un ordre écrit : « Le coin vient d’être déclaré zone militaire fermée, personne ne peut s’y trouver, veuillez dégager », dit-il poliment, en se gardant bien de signifier l’ordre au colon.

Après une longue marche arrière, il est décidé de passer à travers les collines, mais à pied. Le groupe arrive à destination en quinze bonnes minutes : au bas de la colline où Mitzpeh Yair a été bâti (des caravanes et quelques maisons amovibles de bois) se dressent une douzaine de serres en toile érigées par les colons sur des terres palestiniennes et dont la Cour suprême israélienne a exigé le démantèlement avant le 31 octobre. Elles sont toujours bien là.

Les deux propriétaires palestiniens, des familles Awad et Jabarin, sont arrivés sur les lieux avec des amis, des femmes et une dizaine d’enfants. Quelques colons leur font face, protégés par une vingtaine de soldats, l’arme en bandoulière. Le ton monte rapidement, une bousculade s’ensuit et les deux chefs de famille sont emmenés manu militari, menottes au poignet.

Tamar, du groupe de Taayoush, n’y tient plus : elle se met à haranguer les soldats de toutes ses forces. Ils ont presque tous moins de 20 ans. « C’est plus fort qu’elle, nous dit Amiel, elle ne peut s’empêcher de leur faire la morale, de leur dire qu’ils protègent ceux qui violent le droit international et même israélien ». Son speech passionné dure bien un quart d’heure. « D’habitude, j’arrête après quelques phrases, nous confiera-t-elle ensuite. Mais ici, j’ai observé que quelques-uns de ces jeunes soldats m’écoutaient, alors j’ai continué ! »

Maggy, la militante américaine de Bethléem, se montre audacieuse : elle franchit un barbelé et va brièvement parler à un groupe de colons. « J’ai voulu leur dire leurs torts, raconte-t-elle, mais ils m’ont répliqué que Dieu leur avait donné cette terre ; qu’est-ce qu’on peut répondre à cet argument ? »

Au total, le face-à-face durera plus d’une heure et nécessitera que les soldats israéliens se précipitent pour empêcher que plusieurs colons ne sortent du périmètre des serres pour narguer les familles palestiniennes. Amiel, de son côté, s’est isolé plus loin. Il tente de trouver par téléphone un avocat pour les deux Palestiniens arrêtés.

Quand un officier de la police israélienne surgit, la scène prend fin. « Son nom est Gilad Scheuer, on le connaît, nous souffle-t-on. Pas moyen de discuter avec lui. » Et de fait, très remonté, l’homme au crane rasé sous sa casquette bleu marine intime l’ordre aux Palestiniens et aux activistes israéliens de s’en aller, et les soldats l’aident à nous faire obtempérer.

Scène dérisoire

A bord des deux véhicules, nous nous rendons à Umm el-Kheir, un village bédouin créé en 1948 après l’expulsion de plusieurs familles bédouines du côté de Beer Sheva, dans le Néguev. Là, la colonie juive dite Carmel étouffe la petite communauté locale. « Ils veulent nous empêcher d’aller faire boire nos chèvres à la source sur ces terres que nous avons achetées légalement, explique Mouatassem, un jeune d’une quinzaine d’années dans un anglais fort compréhensible. La colonie veut s’étendre plus encore, alors qu’elle empiète déjà sur nos terres. »

Les soldats israéliens présents à Mitzpeh Yair arrivent sur la scène : le père de Mouatassem, qui possède le troupeau de chèvres, se lance dans un laïus énervé, ponctué de « Allah Akbar ! » (Dieu est grand). Avec sa barbe grise, ses cheveux blancs perdus dans un énorme keffieh, ses vêtements en lambeaux et son bras droit qui brandit un bâton en l’air, il semble avoir perdu la raison. Les soldats en rient et le prennent en photo. La scène est dérisoire.

Après quelques minutes de discussions avec les Bédouins, le groupe repart. Pour une expérience qui se révélera peu banale. Quelques kilomètres plus loin, nous arrivons à A-Tawni, un village très pauvre accroché à flanc de colline. Cinquante maisons, tout au plus. Un lunch composé de shawarmas, sorte de sandwich à la viande et aux légumes, permet de reprendre de l’énergie. Le soleil, à présent, a vaincu les nuages. Les collines de Cisjordanie offrent au regard un spectacle magique.

Enfants caillassés

Nous continuons à pied, en compagnie de deux volontaires italiennes, qui résident sur place depuis quelques semaines. « Nous aidons les enfants du village, explique Teresa, 27 ans. Pour aller à l’école la plus proche, ils doivent prendre ce chemin, qui passe à côté d’un avant-poste illégal, Havat-Maon, où les colons leur lancent des pierres tous les matins. »

La quinzaine de personnes de l’équipée empruntent donc ce chemin cahoteux. Il y a environ une demi-heure de marche jusqu’à l’école. Pas d’enfants avec nous, c’est samedi. « Le harcèlement des enfants a lieu depuis une dizaine d’années, explique Amiel. Un comité de la Knesset a ordonné en 2007 que l’armée les escorte à chaque trajet, ce qu’elle fait sans enthousiasme : parfois elle vient, parfois pas. Il est arrivé que les soldats doivent faire entrer la quinzaine d’enfants dans la Jeep car malgré leur présence des colons déchaînés les caillassaient ! »

Nous arrivons à proximité de Havat-Maon, juché sur le sommet de la colline. En contrebas, au loin, une oliveraie fait pitié avec la moitié de ses arbres coupés, résultat d’une action rageuse des colons contre les paysans palestiniens. Soudain, à travers les arbres sur la colline qui domine, des silhouettes apparaissent, furtives, en courant. Ce sont quelques jeunes colons, tous masqués. Ils sont cinq ou six. Les membres de Taayoush branchent leurs caméras. Soudain, l’un d’eux s’écrie : « Attention aux pierres ! ». Et de fait, les pierres commencent à tomber près de notre groupe, qui n’a d’autre solution que de battre en retraite.

Un kilomètre plus tard, nous sommes en sécurité. Assis un peu groggy, le groupe reprend son souffle. Personne n’a été touché. Un peu d’eau est bienvenue. Quelqu’un tente de plaisanter mais sans succès. Amiel annonce qu’il va porter plainte contre les lanceurs de pierres, puis ajoute : « Aucune chance d’aboutir à une inculpation ». Nous rejoignons bientôt nos véhicules. Le soleil va bientôt commencer à se coucher.

Sur le chemin du retour, deux questions nous taraudent. Comment se fait-il que si peu d’Israéliens participent, comme cette admirable ONG Taayoush, à des actions de solidarité avec les Palestiniens harcelés ? Et, surtout, comment peut-on lancer des pierres tous les matins sur des enfants ? BAUDOUIN LOOS

NB Cet article fait partie d’un reportage qui a été publié sur trois pages dans le journal Le Soir des jeudi 7 et vendredi 8 novembre.

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Yehuda Shaul, sergent israélien: « Il faut mettre fin à l’occupation »


MONDE | mercredi 16 octobre 2013 à 12h36

Des soldats israéliens ont choisi de rompre le silence et de révéler les comportements de l’armée en Cisjordanie. Après avoir effectué leur service militaire, ils sont pris de remords. Harcèlement de civils, violence gratuite, arrestations d’enfants: les méthodes utilisées pour maintenir le contrôle israélien sur les Territoires palestiniens dépassent les limites qu’ils peuvent admettre. Pour eux, seule la fin de cette occupation pourra sauver Israël de la perte morale vers laquelle le pays se précipite.

Yehuda Shaul est un solide gaillard, qui a fait ses trois années de service dans une unité combattante de l’armée israélienne. Mais après ces trois années, il s’est senti mal. Il s’est rendu compte que l’opinion publique israélienne ignore complètement ce qui se passe dans les Territoires palestiniens et comment l’armée israélienne s’y comporte. Il a fondé une association d’anciens soldats qui veulent témoigner, Breaking the silence. Les éditions Autrement publient aujourd’hui en français leur Livre noir de l’occupation israélienne. Nous avons rencontré Yehuda Shaul.

Quelle est la motivation des soldats pour vous confier leurs témoignages sur ce qu’ils ont vu ou fait dans les Territoires occupés ?

Le jour où j’ai compris ce que j’ai fait comme soldat d’infanterie et commandant en Cisjordanie durant mon service, je n’avais pas le choix. Il y a un moment où vous comprenez que si vous ne dites pas la vérité sur ce qui se passe, personne ne la dira. Et notre société continuera à prendre des décisions politiques sans réellement comprendre ce qui se passe sur le terrain.

L’opinion publique israélienne ignore donc ce qui se passe en Palestine ?

Tout à fait. Mes parents, ma communauté, les gens qui m’ont envoyé dans les Territoires occupés faire ce que j’ai fait n’ont idée de ce qui s’y déroule. C’est pourquoi nous nous appelons « Breaking the silence » (Briser le silence). Nous avons commencé en 2004 avec une expo de photos sur notre période à Hébron. J’y ai servi durant 14 mois comme soldat et comme commandant. Et avec 65 de mes camarades nous avons lancé l’association. La réaction a été énorme dans les médias. Nous avons été invités au parlement. Et 7.000 personnes ont vu l’expo. Ce ne serait pas arrivé si les gens étaient habitués à entendre cette histoire. Mais les gens ignorent les faits. C’est pour cela que notre société ne prend pas la responsabilité de ce qui est fait en son nom. Notre tâche à Breaking the silence, c’est de les forcer à savoir.

Quel genre de faits sont ignorés en Israël ?

Le débat politique tourne autour du conflit avec les Palestiniens. Mais la discussion reste très générale. Ce que nous faisons chaque jour, les gens ne le savent pas. Par exemple, pendant que nous parlons, il y a deux patrouilles militaires à Hébron. Leur mission, c’est de faire sentir leur présence. L’idée des militaires est la suivante: si les Palestiniens ont le sentiment que les soldats sont partout tout le temps, ils auront peur d’attaquer. Pour qu’ils aient ce sentiment, il faut faire sentir sa présence.

Vous faites votre garde de nuit de 22h à 6 h du matin. Huit heures de service. Je suis le sergent, je dirige la patrouille. Je l’ai fait pendant des mois. Vous patrouillez dans les rues de Hébron. Vous entrez dans une maison. Pas une maison suspecte. Vous choisissez une maison au hasard. Vous réveillez la famille. Les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Vous fouillez partout. C’est fini, vous retournez en rue, lancer des grenades assourdissantes, frapper aux portes, faire du bruit, courir au coin de la rue, entrer dans une autre maison et réveiller la famille.

Vous passez vos huit heures de service comme cela. Depuis septembre 2000 et la seconde intifada jusqu’aujourd’hui, cela ne s’est pas arrêté une seconde. En langage militaire on appelle ça : « créer le sentiment de persécution ». La plupart des Israéliens ignorent que c’est notre travail au jour le jour. Instaurer ce sentiment de persécution dans toute une population, pour moi, ça dépasse la limite de ce qui peut être fait en mon nom. Et nous demandons aux autres: voulez-vous soutenir un régime pareil ou pas?

Pour vous, toutes les limites morales ont été franchies ?

Je pense en effet qu’en envoyant nos militaires pour maintenir une occupation sur le peuple palestinien depuis 46 ans, nous avons condamné nos militaires à une réalité où les valeurs morales que nous avons à la maison, dans la société, ne s’appliquent plus. Je me souviens que quand j’allais dormir, je me disais: « Il y a des choses que je ne ferai jamais. Je n’utiliserai jamais des Palestiniens comme boucliers humains. » Une semaine plus tard, en patrouille, vous voyez un paquet suspect sur le bord de la route. Vous prenez le premier Palestinien qui passe et vous lui dites d’aller voir. L’idée est très simple: si c’est une bombe, elle explosera, sinon, on continuera à avancer. C’était la procédure et je l’ai appliquée. Et quand vous retourner dormir vous vous dites: « Mais ça, je ne le ferai jamais. » Et la semaine suivante, vous franchissez une nouvelle limite. Tout ce qui nous reste, c’est de briser le silence et de crier: « Regardez: nous avons été éduqués d’une certaine façon et dans les Territoires, nous faisons le contraire. Que se passe-t-il? »

Que pensez-vous de ces porte-parole et de ces ministres israéliens qui avancent que l’armée israélienne est la plus morale au monde ?

Le problème quand on dit que l’armée israélienne est la plus morale du monde, c’est qu’il n’y a pas d’occupation morale. Les gens ne le comprennent pas, mais ma critique ne vise pas l’armée, elle vise la mission que les militaires sont envoyés faire par la société israélienne. Je ne me suis pas réveillé un matin, à 18 ans, en décidant d’aller m’amuser comme soldat dans les Territoires occupés. J’ai été envoyé là-bas, par mon gouvernement, par ma société. Ce n’est pas une campagne contre l’armée. C’est une campagne pour expliquer ce que l’occupation signifie. Derrière le travail de Breaking the silence, il y a de l’optimisme: il y a une minorité significative en Israël, quand elle est confrontée aux faits, elle brise le silence et prend notre parti. Ils verront que dans l’occupation, il n’y a rien de juif et il ne devrait rien y avoir d’Israélien. Nous ne devrions pas y être impliqués.

Mais ne faut-il pas reconnaître qu’il n’y a pas de guerre propre, qu’il y a toujours des victimes collatérales et qu’Israël doit bien se défendre contre le terrorisme ?

Ce n’est pas une guerre que nous menons, c’est une occupation. J’ai fait un entraînement de six mois comme un soldat d’infanterie et trois mois comme sergent. Je suis entraîné à faire la guerre. Si la Syrie ou l’Égypte attaque Israël, je défendrai mon pays. Je suis prêt. Mais ce que j’ai fait pendant le reste de mon service militaire n’avait rien à voir avec mon entrainement. J’imposais notre loi aux Palestiniens. C’est très différent.

La génération de mes parents, ils ont des histoires à raconter: des batailles contre les Égyptiens, contre les Syriens… Moi, les histoires que je peux raconter, c’est très différent. Je suis entré de force dans des maisons et les enfants faisaient pipi dans leur pantalon de peur… Ce n’est pas la guerre. Ce n’est pas un dommage collatéral. C’est un sale travail, un travail immoral depuis le début. Et si vous lisez le livre que nous publions, vous verrez que l’histoire des soldats israéliens dans les Territoires occupés, les stratégies que nous utilisons, ce n’est pas seulement pour défendre Israël du terrorisme. Ce n’est qu’une petite partie de notre travail. L’essentiel, c’est de maintenir notre contrôle militaire absolu sur les Palestiniens. C’est maintenir un statu quo, ce qui ne signifie pas geler la situation, c’est une campagne continue. Le titre du livre en Hébreu, c’est « L’occupation des Territoires », parce que nous voulions dire que l’occupation ne s’est pas produite en juin 1967 quand Israël a conquis des Territoires. L’occupation israélienne est une campagne offensive et continue d’enracinement de son contrôle militaire. Avec chaque maison que vous construisez dans les Territoires, ils sont réoccupés. Chaque fois que vous faites irruption dans une maison palestinienne en pleine nuit et provoquez un sentiment de persécution, les Territoires sont réoccupés. Chaque point de contrôle volant que vous installez pour perturber un village, c’est une nouvelle occupation. Je suis pas un pacifiste, mais une occupation militaire prolongée sur un autre peuple, je n’en veux pas. C’est la destruction de l’armée, la destruction de notre société et ça détruit la légitimité de l’État d’Israël.

Je suis sûr qu’en Israël, vous êtes vus comme des traîtres. Comment vivez-vous avec ce regard sur vous?

Pour moi, j’ai servi mon pays durant trois ans dans l’armée et depuis 9 ans, je sers mon pays dans Breaking the silence. Pour moi, il n’y a pas de différence, à part le salaire! Je crois que les vrais traîtres sont ceux qui pensent que l’existence d’Israël dépend du fait que les Palestiniens ne seront jamais libres. Les plus grands « délégitimateurs » de l’État d’Israël sont ceux qui veulent nous faire croire que nous sommes complètement indépendants en occupant les Palestiniens pour toujours. Ceux-là détruisent le pays. Avec eux, dans 50 ou 60 ans, Israël n’existera plus de la manière que nous voulons. La seule façon pour Israël d’être une patrie comme je l’aime et comme elle a été créée, c’est que nous arrêtions de commettre des péchés, des actions non-casher, et que nous mettions fin à l’occupation.

Propos recueillis par Daniel Fontaine

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