Max Blumenthal, sur les guerres de la bande de Gaza dans son passé – et dans son avenir


« Tuer, et tuer, et tuer.
Toute la journée,
tous les jours »
.

*****

 

« La question, c’est juste, quand » :

 

Elias Isquith – 27 juin 2015 – Salon

 

L’auteur de « La guerre de 51 jours : ruines et résistance à Gaza » a raconté à Salon ce qu’il a vu dans les décombres d’un pays en état de siège.

Illustration de la première de couverture du livre « La guerre de 51 jours : ruines et résistance à Gaza » (Photo : Nation Books)

Illustration de la première de couverture du livre « La guerre de 51 jours : ruines et résistance à Gaza » (Photo : Nation Books)

Si pour une raison quelconque, vous êtes l’une de ces très rares personnes sur cette Terre à vouloir y aller, plutôt que d’en partir, de la bande de Gaza, vous pourriez vouloir savoir à quoi vous attendre.

Parce que, bien qu’il se soit passé presque un an depuis que le conflit israélo-Gaza de 2014 – l’ « Opération Bordure protectrice » comme les Forces de défense israéliennes l’ont appelé – s’est interrompu, vous ne devez pas vous attendre à trouver une société reconstruite. Non, selon « La guerre de 51 jours : ruines et résistance à Gaza », le nouveau livre de Max Blumenthal, journaliste, déjà auteur de l’incendiaire « Goliath : vie et haine dans le Grand Israël », ce que vous y verrez, ce sont des montagnes de décombres, à peine moins qu’il n’y en avait à la fin de la guerre.

Sur la base de ses contacts à Gaza aussi bien que de son propre reportage, de première main, le livre de Blumenthal apporte deux choses, aucune n’étant particulièrement bien accueillie dans le monde politique états-unien et les médias du courant dominant. Non seulement Blumenthal fournit une ventilation méthodique de la période précédant le conflit – qui diverge dans ses aspects essentiels des récits les plus courants que l’on trouve dans la presse américaine –, mais encore il propose une comptabilité plus détaillée de ce qu’il s’est passé derrière le brouillard de la guerre. Il essaie aussi de répondre à certaines des questions toujours gênantes concernant la guerre : Pourquoi a-t-elle duré si longtemps ? Pourquoi tant de victimes civiles ? Et qu’est-ce qui a même été accompli ?

Récemment, Salon s’est entretenu au téléphone avec Blumenthal pour discuter de son livre, de l’histoire de Gaza dont beaucoup d’Américains ne savent rien, des raisons qui lui font penser que la guerre a été une conséquence presque délibérée d’une politique israélienne de longue date, et croire qu’elle ne sera pas la dernière. Ci-dessous, vous trouverez notre entretien, revu pour plus de clarté et dans sa longueur.

Vous soutenez que la guerre de l’été dernier ne peut pas être comprise isolément, qu’il faut la voir dans un contexte plus large. Par exemple, pourquoi pensez-vous que la situation aujourd’hui est une conséquence  du « désengagement » de Gaza par l’ancien Premier ministre Ariel Sharon, en 2005 ?

Le retrait des colons nationalistes religieux israéliens (qui étaient environ au nombre de 9000) de la bande de Gaza a été fêté par les libéraux, parce qu’ils y voyaient ces fanatiques forcés par les troupes israéliennes de quitter une région qu’Israël (avait) occupée. Ce retrait unilatéral relevait en réalité d’un scénario auquel quiconque qui se souciait de la population de la bande de Gaza aurait dû s’opposer, parce que l’ordre du jour en était très clair et très visible. Il s’agissait de libérer (Israël) de ses obligations émanant de la Convention de Genève concernant la bande de Gaza, et de prétendre qu’il ne l’occupait plus.

Qu’a permis la nouvelle situation à Israël ?

Il lui a été possible d’établir un système de style panoptique, où il contrôle l’extérieur, le ciel, la mer, et où il peut placer la bande de Gaza sous un siège très sophistiqué, un siège assuré par des robots. Deuxièmement, cela a permis à Israël de restreindre son contrôle des grands blocs de colonies autour de Jérusalem-Est. Ils ont reçu une lettre de George W. Bush (leur demandant) le retrait unilatéral de la bande de Gaza, et leur garantissant que ces colonies gigantesques sur l’aquifère palestinien – colonies qui s’enfoncent profondément au cœur de la Cisjordanie et qui sépareront finalement la Cisjordanie de lui-même – resteront en permanence aux mains d’Israël dans tout accord américain pour une paix négociée. C’est le point numéro deux.

Et le point numéro trois ?

Le point numéro trois, c’est que ce retrait, selon les propos mêmes du chef du Shin Bet de l’époque, Avi Dichter, permet à l’armée plus de « liberté d’actions » dans la bande de Gaza. S’il n’y a plus aucun Israélien juif dans la bande de Gaza, cela vous permet de commencer à utiliser des obus d’artillerie de 150 mm pour les tirs de barrage aux régions frontalières ; cela vous permet d’utiliser des bombes à fragmentation de 2000 livres. Aussitôt que le retrait aura eu lieu, vous verrez l’utilisation d’armes expérimentales, pour un armement à coût réduit. Gaza va devenir un laboratoire pour l’industrie israélienne d’armement, et pour l’ensemble du mécanisme de contrôle qu’Israël essaie de commercialiser et d’exporter vers le monde comme étant déjà testé sur le terrain.

Je veux juste ajouter un point : nous devons comprendre ce qu’est la bande de Gaza, en considérant la situation dans son ensemble – pas seulement depuis 2005, mais depuis 1948.

Que voulez-vous dire ?

Ils sont 72 à 80 % dans la population de la bande de Gaza à être qualifiés de réfugiés. Cela signifie que ceux-ci sont les descendants de la population qui, durant la Nakba, entre 1947 et 1948, a été expulsée par la force hors de ce qui actuellement est Israël. Ces gens ne sont pas autorisés à rentrer dans leurs foyers comme le leur garantit le Droit au retour – en vertu de la Résolution 194 des Nations-Unies – parce qu’ils ne sont pas juifs. S’ils revenaient, la majorité démographique juive d’Israël serait compromise.

Voilà comment les dirigeants d’Israël, qui règnent aussi sur tous les Palestiniens, les voient. Ils voient la population de la bande de Gaza comme une menace démographique. La bande de Gaza est donc un entrepôt humain, pour une population en excédent – c’est anachronique dans un monde moderne. Une population est entreposée parce qu’elle est de la mauvaise ethnie. Voilà pourquoi la bande de Gaza résiste. Pour moi, c’est là, vraiment, l’essence de la crise.

Votre référence à l’angle démographique m’amène à Aron Soffer, que ses collègues ont surnommé « le compteur d’Arabes ». Qui est-il ? Pourquoi est-il important ?

Armon Soffer est un conseiller en chef en ingénierie démographique – c’est-à-dire, comment manigancer une majorité juive dans les régions sous contrôle israélien –, et il le fut dans les gouvernements israéliens successifs. Il a conçu non seulement le désengagement unilatéral de Gaza, mais également le mur de séparation. Dans chaque cas, il a annoncé qu’ils n’apporteraient pas une plus grande sécurité nationale pour Israël, mais qu’ils conduiraient au maintien de la majorité (démographique) juive. Il est obsédé par le maintien d’un seuil à 70 %. Son nom de famille, Soffer, signifie « compteur » en hébreu ; aussi, ses collègues à l’université de Haïfa se réfèrent à lui comme à « Arnon, le compteur d’Arabes ».

Il a anticipé que ses recommandations politiques réduiraient la sécurité nationale d’Israël, tout cela au nom du maintien d’une majorité démographique ?

Écoutez ce qu’il dit. Alors qu’il expliquait la nécessité du désengagement unilatéral de Gaza, il a déclaré : « Quand 2,5 millions de personnes vivront dans une Gaza fermée à l’extérieur, ça deviendra une catastrophe humaine. Ces gens seront plus encore des animaux qu’ils ne le sont aujourd’hui, aidés en cela par un Islam démentiel, fondamentaliste. La pression à la frontière sera horrible ; ce sera une guerre épouvantable. Si nous voulons rester en vie, nous devrons tuer, et tuer, et tuer. Toute la journée, tous les jours ».

Il a déclaré cela au Jerusalem Post – alors il était un proche conseiller de Sharon. Sharon a attribué à Soffer de l’avoir convaincu du désengagement (de la bande de Gaza). Le journal a été imprimé en Israël, mais pas aux États-Unis. Je n’approuve pas le langage ou l’idéologie raciste de Soffer, mais ce qu’il a dit est devenu réalité. Ce que nous avons vu l’été dernier avec l’Opération Bordure protectrice était l’accomplissement de sa prophétie sanglante : « Tuer, et tuer, et tuer tous les jours ». C’est ce que l’armée israélienne a fait pendant 51 jours.

Quelle est la cause du conflit de l’été dernier ? Qu’est-ce qui a allumé l’étincelle et provoqué cette guerre de 51 jours ?

La guerre était un prolongement de la campagne continue visant à anéantir le mouvement national palestinien. C’est ce que le sociologue israélien, Barruch Kimmerling, a appelé un « politicide », c’est-à-dire la destruction d’une identité politique tout entière. Il extrapolait à partir du terme « génocide », qui signifie la destruction d’un peuple entier. Je pense que c’est un condensé vraiment exact de la stratégie à long terme d’Israël.

De quelles façons ?

Je ne pense pas qu’Israël ait la moindre intention d’exterminer physiquement les Palestiniens par centaines de milliers. Il veut simplement les éliminer en tant que mouvement national, et en faire des Arabes errants, qui seront soit confinés dans des bantoustans en Cisjordanie, ou dans un entrepôt dans la bande de Gaza ; soit des citoyens de quatrième classe, fournissant une main-d’œuvre subalterne en Israël même ; soit disposant tout simplement d’un statut de simples réfugiés. Mais sans aucune direction politique, ni aucun objectif nationaliste….

 

 

http://www.salon.com/2015/06/27/the_question_is_just_when_max_blumenthal_on_war_in_the_gaza_strips_past_%E2%80%94_and_its_future/

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

Fils de la Mort


Israël a-t-il sciemment brisé le cessez-le-feu? C’est la thèse du pacifiste israélien vétéran Uri Avnery.

 

LA GUERRE était finie. Les familles retournaient à leurs kibboutz près de Gaza. Les jardins d’enfants rouvraient. Un cessez-le-feu était instauré et de nouveau encore prolongé. De toute évidence, les deux parties étaient épuisées.
Et alors, tout d’un coup, la guerre a repris.
Que s’est-il passé ? Eh bien, le Hamas a lancé des roquettes sur Beersheba en plein cessez-le-feu.
Pourquoi ? Sans raison. Vous savez comment sont les terroristes. Avides de sang. Ils ne peuvent s’en empêcher. Tout comme les scorpions.
Mais ce n’est pas si simple.

LES ENTRETIENS DU CAIRE étaient sur le point d’aboutir, du moins le semblait-il. Mais Benjamin Nétanyahou avait des soucis. Il avait caché le projet d’accord égyptien pour un long cessez-le-feu même à ses collègues du gouvernement. Ils ne l’ont appris que par les médias qui l’ont révélé à partir de sources palestiniennes.
Apparemment, le projet disait que le blocus serait considérablement allégé sinon officiellement levé. Des pourparlers au sujet d’un port et d’un aéroport devaient débuter au cours du mois à venir.
Quoi ? Qu’obtenait Israël en contrepartie ? Après tous ces tirs et ces tueries, avec 64 soldats israéliens tués, après tous les discours grandiloquents sur notre victoire retentissante, était-ce là tout le résultat ? Pas étonnant que Nétanyahou ait tenté de cacher le document.
La délégation israélienne reçut l’ordre de rentrer sans signer. Les médiateurs égyptiens exaspérés obtinrent une nouvelle prolongation du cessez-le-feu de 24 heures. Elle devait expirer à minuit mardi, mais tout le monde de part et d’autre s’attendait à le voir être encore prolongé. Et alors c’est arrivé.
Aux alentours de 16 heures, trois roquettes furent tirées sur Beersheba et tombèrent dans des zones inhabitées. Pas de sirènes d’alarme. De façon assez curieuse, le Hamas nia les avoir lancées, et aucune autre organisation palestinienne n’en revendiqua la responsabilité. C’était bizarre. Après chaque lancement précédent depuis Gaza, il se trouvait toujours une organisation palestinienne fière de le revendiquer.
Comme d’habitude, les avions israéliens ripostèrent promptement en bombardant des immeubles dans la bande de Gaza. Comme d’habitude, des roquettes se mirent à pleuvoir sur Israël. (J’ai entendu les interceptions à Tel Aviv).

COMME D’HABITUDE ? Pas tout à fait.
D’abord on a su qu’une heure avant l’arrivée des roquettes, la population israélienne proche de Gaza avait été prévenue par l’armée d’avoir à préparer abris et “espaces de sécurité”.
Ensuite il apparut que le premier immeuble de Gaza frappé appartenait à la famille d’un chef militaire du Hamas. Trois personnes furent tuées dont un bébé et sa mère.
Et puis la nouvelle s’est répandue : il s’agissait de la famille de Mohammed Deif, le chef des Brigades Izz al-Din al-Qassam, la branche militaire du Hamas. (Qassam était un héros palestinien, le premier à s’être rebellé contre le pouvoir britannique en Palestine dans les années 30. Il fut pourchassé et tué par les Britanniques.) Parmi les tués de ce mardi il y avait sa femme et son bébé. Mais il semble que Deif lui-même n’était pas là.
Cela n’est pas en soi une surprise. Deif a survécu à au moins quatre tentatives d’assassinat. Il a perdu un oeil et plusieurs membres mais en est toujours sorti vivant.
Tout autour de lui, ses chefs successifs, des dizaines de ses pairs et subordonnés politiques et militaires ont été assassinés au fil des années. Mais lui a été béni des dieux.
Maintenant, militant palestinien le plus recherché et traqué, il figure en tête de la liste noire israélienne. Il est le “Fils de la Mort” N° 1, une formule quelque peu biblique utilisée en Israël pour qualifier ceux qui doivent être assassinés.
Comme la plupart des habitants de la bande de Gaza, Deif est un enfant de réfugiés d’Israël. Sa famille vient du village de Kawkaba, maintenant en Israël. Je l’ai traversé en 1948, avant qu’il ne soit complètement rasé.
Pour le Service de Sécurité israélien, il représente un enjeu qui vaut bien de rompre le cessez-le-feu et de relancer la guerre.

POUR BEAUCOUP de services de sécurité dans le monde, dont l’américain et le russe, l’assassinat est un sport et un art.
Israël revendique la médaille d’or.
Un assassinat est une opération complexe. Elle exige beaucoup de temps, d’expertise, de patience et de chance. Les exécutants doivent recruter des informateurs proches de la victime, poser des appareils électroniques, obtenir des informations précises sur tous ses mouvements, mettre à exécution leur projet en quelques minutes dès que l’occasion se présente.
C’est la raison pour laquelle on n’a pas le temps d’obtenir une confirmation de l’échelon supérieur. Peut-être le Service de Sécurité (couramment appelé Shin Bet) a-t-il obtenu la permission de Nétanyahou, son unique chef politique, peut-être pas.
Il étaient évidemment informé que Deif rendait visite à sa famille. C’était une occasion en or. Depuis des mois, même des années, Deif menait une vie souterraine, au sens littéral – quelque part dans le labyrinthe de tunnels que ses hommes avaient creusés sous la Bande. On ne l’apercevait jamais.
Depuis le début de cette guerre, tous les autres chefs importants du Hamas vivaient également sous terre. D’Ismaïl Haniyeh aux niveaux en-dessous, aucun n’a été vu. La maîtrise totale de l’air par les avions et les drones israéliens impose ces précautions. Le Hamas ne dispose pas d’armes anti-aériennes.
Il me semble hautement improbable que Deif mettrait sa vie en danger en rendant visite à sa famille. Mais le Shin Bet a de toute évidence obtenu un tuyau et y a cru. Les trois roquettes bizarres tirées sur Beersheba fournissaient le prétexte pour rompre le cessez-le-feu, et c’est ainsi que la guerre a repris.
Les vrais aficionados de l’art de l’assassinat ne se préoccupent pas beaucoup des conséquences politiques ou militaires de leurs actes. C’est “L’art pour l’art”.
À propos, la dernière guerre de Gaza, il y a deux ans, avait débuté de la même façon. L’armée israélienne avait assassiné le chef de-facto d’al-Qassam, Ahmed Jaabari. La guerre qui s’ensuivit avec ses centaines de morts ne fut qu’un dommage collatéral.
Jaabari était à l’époque le suppléant de Deif qui était en convalescence au Caire.

TOUT CELA est, bien sûr, beaucoup trop compliqué pour des diplomates américains ou européens. Ils aiment les histoires simples.
La Maison Blanche a immédiatement réagi à la reprise des hostilités en condamnant le lancement de roquettes par le Hamas et en réaffirmant qu’“Israël a le droit de se défendre”? Les médias occidentaux l’ont répété comme des perroquets.
Pour Nétanyahou, qu’il ait été prévenu de la tentative d’assassinat ou non, c’était une issue à un dilemme. Il se trouvait dans la situation fâcheuse de beaucoup de dirigeants dans l’Histoire qui déclenchent une guerre et ne savent plus comment en sortir.
Dans une guerre, un chef prononce des discours grandiloquents, promet la victoire et des résultats merveilleux. Il est rare que ces promesses se réalisent. (Si elles se réalisent, comme à Versailles en 1919, cela peut être encore pire.)
Nétanyahou est un homme doué en marketing, à défaut d’autre chose. Il a beaucoup promis et les gens l’ont cru et l’ont approuvé à 77%. Le projet de cessez-le-feu permanent proposé par les Égyptiens, bien que manifestement en faveur d’Israël, était loin de représenter une victoire pour Israël. Il confirmait seulement que la guerre se concluait sur un match nul. Le propre gouvernement de Nétanyahou y était opposé, l’opinion publique y répugnait manifestement. La reprise de la guerre le tira d’embarras.
Mais que faire maintenant?

LE BOMBARDEMENT de la population de Gaza suscite de plus en plus de critiques de la part de l’opinion publique mondiale. Il a aussi perdu son attrait en Israël. La maxime “bombardons les jusqu’à ce qu’ils cessent de nous haïr” ne fonctionne visiblement pas.
La solution alternative est d’entrer dans la bande de Gaza et de l’occuper complètement, de sorte que même Deif et ses hommes soient obligés de monter à la surface pour être assassinés. Mais c’est une proposition dangereuse.
Lorsque j’étais soldat au cours de la guerre de 1948, on nous avait appris à ne jamais nous mettre dans une situation qui ne laisse aucune échappatoire à l’ennemi. Dans un tel cas il se battra jusqu’au bout, provoquant de nombreuses pertes.
Il n’est pas possible de sortir de la bande de Gaza. Si l’armée israélienne est envoyée conquérir toute la Bande, les combats seront féroces, causant des morts et des blessés par centaines chez les Israéliens et par milliers chez les Palestiniens, et des destructions incalculables. Le Premier ministre sera l’une des victimes politiques.
Nétanyahou en est pleinement conscient. Il ne le veut pas. Mais que peut-il faire d’autre ? On peut presque plaindre l’homme.
Il peut bien sûr donner l’ordre à l’armée d’occuper seulement des parties de la Bande, un village ici, une ville là. Mais cela aussi répandra mort et destruction, sans gain manifeste. Au bout du compte, le mécontentement du public sera le même.
Le Hamas a menacé cette semaine d’ouvrir “les portes de l’enfer” pour nous. Cela n’affecte guère les habitants de Tel Aviv, mais pour les villages et les villes proches de Gaza c’est réellement l’enfer. Les morts et les blessés sont peu nombreux mais la peur est dévastatrice. Les familles avec enfants s’en vont en masse. Lorsque le calme revient, elles essaient de revenir chez elles mais ensuite les nouvelles roquettes les poussent à repartir.
Leur situation critique suscite une réaction émotionnelle forte dans l’ensemble du pays. Aucun politique ne peut l’ignorer. Le Premier ministre moins que tout autre. Il lui faut mettre fin à la guerre. Il lui faut aussi afficher clairement une image de victoire. Mais comment l’obtenir ?
Le dictateur égyptien tente d’apporter son aide. Barack Obama aussi, bien qu’il soit furieux contre Nétanyahou et qu’il ne puisse pas le blairer. Mahmoud Abbas aussi, lui qui craint une victoire du Hamas.
Mais pour le moment, l’homme de la décision finale est le Fils de la Mort, Mohammed Deif, s’il est bien vivant. Sinon, son successeur.
S’il est en vie, l’assassinat de sa femme et de son fils peut ne pas l’avoir rendu plus doux et plus pacifique.

[Article écrit en hébreu et en anglais, publié sur le site de Gush Shalom le 23 août 2014 – Traduit de l’anglais “Son of Death” : FL/SW]

Gideon Levy, un sioniste détesté en Israël


Publié le  par Baudouin Loos

Contre la vague nationaliste imposante qui soutient avec ferveur l’attaque de l’armée israélienne contre Gaza, les voix israéliennes juives qui réussissent à se faire entendre ne sont pas légion. L’une d’elles bénéficie d’un support médiatique de choix, le très minoritaire mais estimé quotidien de gauche Haaretz. Au sein de sa rédaction, en effet, un homme symbolise «l’autre Israël», celui qui refuse la logique de guerre, et qui dénonce d’ailleurs depuis des décennies l’occupation. Cet homme s’appelle Gideon Levy et les menaces contre lui s’accumulent ces derniers jours.

Le journaliste a tenté la semaine dernière de se rendre dans les villes israéliennes proches de Gaza – l’entrée dans la bande maudite étant interdite aux Israéliens par Israël. Mais son reportage a tourné court devant la tension que sa présence suscitait quand il arrivait quelque part. Il estime même avoir échappé à un lynchage grâce à la présence d’une équipe de la télévision de la seconde chaîne nationale qui devait l’interviewer dans un «mall» d’Ashkelon (l’interview n’a d’ailleurs pas pu avoir lieu en raison de l’hostilité du public présent). Il a raconté cet épisode dans un article publié le 19 juillet.
Que dit donc Gideon Levy pour provoquer une telle ire contre lui?
Dans la rubrique «Opinions», il a par exemple signé le 17 juillet un papier intitulé «Voudriez-vous vivre dans le nouvel Israël qui vous tend la main?».

L’Israël qui se dessine, explique-t-il, sera celui «qui ne tolérera aucune opinion différente, aucune idée alternative. (…) Le peuple parlera à l’unisson, comme un chorus, aussi uniforme qu’un choeur de l’Armée rouge. Les médias aussi parleront d’une seule voix, déclamant les communiqués dictés par le gouvernement et l’armée».

Plus fort encore, car évoquant le climat de ces derniers jours: «En temps de guerre, la situation est différente, bien sûr. (…) On peut critiquer l’armée et la Défense mais dans une seule direction: ”Pourquoi ne laisse-t-on pas l’armée gagner? Laissons-la faire son travail, les battre tous, les bombarder, les écraser plus encore, conquérir plus encore, couper l’électricité, resserrer le siège, accroître autant que possible les tueries, la souffrance et les dévastations (…). Ramener les Arabes à l’âge de la pierre et Gaza au Moyen Age”. C’est autorisé.»

Dans un article plus analytique publié dans la même rubrique ce dimanche 20 juillet, Levy examine les dix conditions posées par le Hamas et le Djihad islamique pour cesser le feu. Et d’estimer qu’il n’y en pas une seule d’infondée parmi elles! Comme la fin du siège imposé à Gaza (que le droit international et la communauté internationale condamnent, d’ailleurs, n’écrit-il pas), la réouverture de l’aéroport de Gaza, celle du passage vers l’Egypte sous supervision internationale, l’ouverture d’un port, etc.) «Ces conditions sont d’ordre civil; les moyens utilisés pour y arriver sont militaires, violents et criminels. Mais l’amère vérité est que quand Gaza ne tire pas de roquettes sur Israël personne ne s’en préoccupe.»

L’animosité rencontrée par Gideon Levy en Israël ne date pas d’hier. Ce journaliste s’est spécialisé dans les affaires palestiniennes durant les années 1980. Ses fréquents reportages très crûs dans les territoires occupés, bien avant qu’il ne commençât à également remplir les colonnes des pages «Opinions», lui ont valu une solide réputation: celle d’un «prophète» pour les uns, comme l’intellectuel juif américain Noam Chomsky, ou celle d’un «traître» pour nombre d’Israéliens.

Nous l’avions rencontré à Bruxelles en 2010. Il assumait son impopularité chez lui en Israël. «Il y a de plus en plus d’Israéliens qui sont furieux contre moi. Eh bien! quelque part, ça me rend fier de moi. Car je lutte contre l’indifférence. Si je les fâche, c’est au moins que je les réveille, je touche leurs nerfs sensibles. Cela dit, la société israélienne devient de plus en plus intolérante. Beaucoup d’Israéliens trouvent que Barack Obama flirte avec l’antisémitisme, les associations qui défendent les droits de l’homme sont traitées de nazies, il y a de moins en moins de contre-pouvoirs, la société civile est dans le coma…»

Depuis lors, le journaliste a aggravé son cas, si l’on ose dire: depuis l’année dernière, lui le sioniste convaincu qui dit se battre «pour un Israël dont je pourrais être fier», s’est résolu à appeler au boycott de son pays«Le changement ne viendra pas de chez nous. C’est clair depuis longtemps. Aussi longtemps que les Israéliens ne paient pas le prix pour l’occupation, ou au moins ne font pas la connexion entre cause et effet, ils n’auront aucune raison d’y mettre fin. Et pourquoi un résident lambda de Tel-Aviv serait-il dérangé par ce qui se passe dans une ville de Cisjordanie comme Jénine ou de la bande de Gaza comme Rafah ? Ces endroits sont loin et pas particulièrement intéressants.»

Avec l’escalade actuelle à Gaza, comme il l’écrivait le 19 juillet, voici pour lui «le temps des menaces, de la haine, des intimidations (mais aussi les encouragements, le réconfort et la solidarité) dans la rue, par courriels, par téléphone, sur Twitter et Facebook. Les ténèbres sont tombés sur nous.»

Et de conclure de manière sombre: «Toutes les semences des incitations à la haine, toutes les lois nationalistes, racistes et la propagande incendiaire, les campagnes de peur et la subversion de la démocratie par le camp de la droite, tout cela a porté ses fruits, et ces fruits sont répugnants et pourris».

BAUDOUIN LOOS

Cette entrée a été publié sur le blog de Baudouin Loos  sur  ce permalien.

LA “CONFÉRENCE DE PAIX“ OCCULTE LA DESTRUCTION DE LA PALESTINE par Jacques Bude


“Mettre fin aux spéculations sur les mirages de la fin de l’occupation et les chimères quant à la création d’un État palestinien au moyen des négociations, alors que ces tentatives ont échoué de manière cinglante. … L’expérience de vingt années de négociations avec l’entité sioniste prouve que celle-ci, par sa composition, sa nature, son comportement raciste de colonisation et de haine et sa politique ne montre aucune disposition pour une paix véritable qui garantisse au minimum les droits nationaux de notre peuple. … La colonisation s’est poursuivie pendant ces vingt ans de négociations et vu sa proportion se multiplier par trois, voire par quatre. Tandis que la judaïsation de Jérusalem se propage inexorablement.“

Marwan Barghouti, mars 2012

À de rares exceptions près, les initiatives internationales visant à mettre fin au conflit entre Israéliens et Palestiniens considèrent que le dialogue de paix – négociations sans intervention extérieure – est le seul moyen d’atteindre cet objectif. Cette vision des choses est également largement répandue au niveau du sens commun.

Pourtant les « conférences de paix » entre Israéliens et Palestiniens – Madrid (1991), Oslo I (1993-1994), Oslo II (1995), Wye River (1998), Charm El-Cheikh (1999), Camp David (2000), Taba (2001), Charm El-Cheikh (2005), Jérusalem (2006), Annapolis (2007) – n’ont ni réalisé ni même contribué à la paix. Ces « dialogues de paix » n’ont ni interrompu, ni même ralenti la colonisation de peuplement et la confiscation des terres dans les territoires occupés en 1967. Ils n’ont pas empêché l’État d’Israël de poursuivre, voire d’accélérer l’installation d’Israéliens juifs dans les territoires occupés – aujourd’hui plus de 500000, soit un Israélien juif sur 10 -, l’implantation de colonies fortifiées, la confiscation et le nettoyage ethnique de terres palestiniennes.

Longtemps les appels à la négociation – au “dialogue de paix“ – entre Israéliens et Palestiniens se sont inscrits dans une rhétorique d’évacuation des territoires occupés en 1967 en échange de la paix. Dans le sillage des Accords d’Oslo, l’Autorité palestinienne s’est totalement engagée dans cette perspective. Il n’en a manifestement pas été de même pour les autorités israéliennes. Avant et après Oslo, tous les gouvernements israéliens ont inscrits leur politique – à l’instar de la politique officiellement prônée par Yitzhak Shamir en 1991[1] – dans la perspective de la paix en échange de la paix, c’est-à-dire, de la fin des agressions israéliennes en échange de la fin de la résistance à l’occupation et à la colonisation.[2] Ce qui d’ailleurs est conforme à l’essence même de l’État d’Israël.

Intentionnellement ou non, toutes les « conférences de paix » ont été des promesses creuses qui ont entravé les Palestiniens, et un moyen d’amener les Israéliens et la communauté internationale à soutenir ou du moins à accepter la colonisation – confiscation des terres et nettoyage ethnique – des territoires occupés en 1967. Par exemple, “l’offre généreuse“ mise au point et utilisée de main de maître par E. Barak à la Conférence de Camp David (2000), a consisté à prétendre qu’afin d’arriver à un accord de paix, les autorités israéliennes avaient fait des offres extrêmement généreuses qui avaient été systématiquement rejetées par les Palestiniens.[3] Ce qui est censé prouver que les Palestiniens ne veulent pas la paix mais la destruction d’Israël et par conséquent que, confronté à l’absence d’un partenaire de paix, l’État d’Israël est obligé d’assurer sa sécurité, notamment par la construction d’un “Mur de sécurité“ et par l’implantation de colonies.[4]

L’effet sur l’opinion israélienne et internationale de ces prétendues “offres généreuses“ israéliennes, qui en fait n’ont jamais existé et qui auraient été confrontées à un rejet systématique de la part des Palestiniens, a été stupéfiant.[5] Pourtant les nombreuses et très graves infractions israéliennes aux Droits humains des Palestiniens – crimes de guerre et crimes contre l’humanité – ont été abondamment documentées par des organisations au-dessus de tout soupçon. Force est de constater que la crédulité devient incommensurable dès que l’on invoque de prétendues menaces à la sécurité d’Israël, pourtant de très loin la puissance militaire dominante de la région.

Depuis quelques années et de plus en plus souvent, les masques tombent du côté israélien. Des hautes autorités israéliennes ne font plus allusion à l’évacuation des territoires occupés, au démantèlement des colonies, ni même à la fin de la colonisation en échange de la paix. Par exemple, en réaction à l’attribution du statut d’État observateur à la Palestine par l’ONU le 29 novembre 2012, le Gouvernement israélien a publié le 2 décembre 2012 un communiqué officiel du Premier Ministre Benjamin Netanyahu où on peut lire: “Aujourd’hui nous construisons et nous continuerons à construire à Jérusalem et dans toutes les zones qui se trouvent sur la carte des intérêts stratégiques de l’État d’Israël“ “Il n’y aura pas d’État palestinien sans un dispositif qui garantisse la sécurité des citoyens israéliens. Il n’y aura pas d’État palestinien tant que l’État d’Israël ne sera pas reconnu comme l’État du Peuple juif. Il n’y aura pas d’État palestinien tant que les Palestiniens n’auront pas proclamé la fin du conflit“.[6] Donc le Gouvernement israélien proclame officiellement que les Palestiniens n’auront la paix qu’à condition de laisser les Israéliens coloniser en toute sécurité.

Bien qu’elle continue à évoquer l’échange de la paix contre l’évacuation des Territoires, il y a longtemps que l’Autorité palestinienne a été amenée à souscrire à la perspective de « la paix en échange la paix ».[7] Du fait de sa totale dépendance à l’égard des États-Unis, de l’Union européenne et de la bonne volonté douanière d’Israël et sans doute surtout afin de préserver les privilèges liés à la gestion de l’occupation, l’Autorité palestinienne réprime ou du moins endigue fermement toute opposition militante à l’occupation, en échange du pouvoir d’administrer sous stricte tutelle israélienne la mosaïque de “réserves“ telle qu’elle existe aujourd’hui. Toutefois, bien que l’État d’Israël – Territoires occupés inclus – soit déjà, à l’image des États-Unis, un État moderne avec ses réserves d’indigènes, les autorités israéliennes ne sont pas encore rassasiées. Il reste des terres à confisquer et à “nettoyer“.

Le fait que l’Autorité palestinienne ne porte pas les graves violations du droit international et humanitaire commises par les autorités israéliennes devant la Cour internationale de Justice de La Haye est à mon sens une manifestation probante de l’acceptation de “la paix en échange de la paix“ par l’Autorités palestinienne.

Au moment de la création de l’État d’Israël, la quasi totalité des Palestiniens vivaient en Palestine mandataire. Ils y étaient propriétaires de 93% du territoire. Aujourd’hui près des 2/3 des Palestiniens vivent à l’extérieur de leur pays d’origine.[8] Ceux qui y vivent – en Israël proprement dit et dans les territoires occupés en juin 1967 – constituent quelque 50% de la population[9], mais ne sont propriétaires que d’environ 11% du sol[10] et d’un pourcentage bien inférieur encore – moins de 5% – des terres cultivables. En Israël proprement dit, la grande majorité des Palestiniens – bien que de nationalité israélienne – vivent dans des lieux restreints, étroitement surveillés et très défavorisés par rapport à ceux où vivent les Israéliens juifs. Dans les Territoires occupés, la situation est bien plus sévère encore. Les Palestiniens y sont progressivement amenés à se cantonner dans des enclaves largement dépouillées de ressources, si ce n’est la charité internationale. Tant en Israël proprement dit que dans les territoires occupés, leurs droits humains sont bafoués, leurs institutions sont soumises à une tutelle draconienne, le harcèlement est omniprésent et la confiscation des terres – notamment dans le Néguev – s’intensifie.

Bref, nous assistons depuis plus de 65 ans à la destruction officielle et délibérée de la société palestinienne par les autorités de l’État d’Israël: colonisation de peuplement, contrôle total des institutions, confiscation des terres et nettoyage ethnique des zones confisquées.

Cette destruction – aujourd’hui largement réalisée – se poursuit et s’accélère derrière l’écran de l’actuelle Conférence de paix entre des autorités israéliennes bénéficiant d’une totale impunité et une Autorité palestinienne sous tutelle.

Hors l’application du droit international, s’en remettre à une négociation de paix entre une puissance militaire occupante et la communauté désarticulée qui est à sa merci, c’est s’en remettre à la raison du plus fort, celle de la puissance occupante; c’est entériner l’occupation, les déplacements de population, les spoliations de terres et de maisons, les punitions collectives, les violences de l’armée, des polices et des milices des colonies, la destruction des infrastructures éducatives, économiques, sanitaires, …; c’est être complice de la pacification de la communauté opprimée et de sa désarticulation; c’est avaliser les violations du droit international et des droits humains des Palestiniens: droits à se défendre, à résister à l’occupation, à la sécurité alimentaire, à l’assistance sanitaire, à l’éducation, à la propriété, à la libre circulation, …; c’est contribuer à assurer l’impunité aux autorités politiques et militaires de l’État d’Israël pour leur politique délibérée de destruction de la société palestinienne; c’est, en quelque sorte par défaut, être complice de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Il ne s’agit évidemment pas de mettre en question l’existence de l’État d’Israël, d’ailleurs reconnu dans ses frontières de 1949 par la Communauté internationale, l’OLP[11] et, implicitement, le Hamas[12]. Cela s’apparenterait à une incitation au crime contre l’humanité. Il s’agit d’appeler la Communauté internationale: à contraindre un État et ses autorités à respecter le droit international[13]; à se préoccuper non plus de la pacification d’une zone d’occupation militaire mais du respect des droits humains des victimes d’une occupation illégale et meurtrière, ce qui implique la fin de l’occupation.

Tant que l’État d’Israël ne respecte pas les droits humains des Palestiniens, y compris ceux de nationalité israélienne; tant que cet État et ses autorités violent gravement le droit international et humanitaire, toute personne – particulièrement tout responsable politique – doit appeler les instances politiques et judiciaires nationales et internationales à remplir leurs obligations de respecter et de faire respecter le droit. Ces instances doivent signifier aux autorités politiques et militaires israéliennes qu’enfreindre au Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est un crime contre l’humanité et que ceux qui en sont responsables seront inculpés. Ces instances doivent exiger, sous peine de sanctions et d’inculpations: la fin de l’occupation, du nettoyage ethnique et des confiscations – notamment des terres et de l’eau – et le dédommagement des Palestiniens, notamment en vertu de leur “droit au retour“, entériné par l’ONU, y compris par l’État d’Israël.[14]

Ce n’est que dans le respect du droit international et humanitaire que le rétablissement d’une société palestinienne autonome et viable sera possible et que les soi-disant “dialogues de paix“ entre Israéliens et Palestiniens ne serviront plus uniquement à occulter la destruction de la société palestinienne et à assurer l’impunité de ceux qui en sont responsables.


[1] Devenu Premier Ministre, Yitzhak Shamir – ancien chef du Lehi, groupe terroriste, responsable de massacres, entre autres Deir Yassine en avril 1948, perpétrés pour faire fuir les Palestiniens – déclare dans son discours d’ouverture de la Conférence de Paix de Madrid (1991): « La nature du conflit n’est pas territoriale. … Nous prions pour que cette rencontre marque la fin de l’hostilité, de la violence, de la terreur et de la guerre; qu’elle apporte le dialogue, la réconciliation, la coexistence et – par-dessus tout – la paix. ». Voir Le Monde diplomatique, Cahier spécial sur le Proche-Orient, janvier 2006.

[2] On accorde souvent le bénéfice du doute au gouvernement dont I. Rabin était Premier Ministre et Ministre de la Défense. Or, “Quelques mois après la signature de l’Accord d’Oslo, Rabin déclarait «Il n’y a pas de dates sacrées», autrement dit qu’il ne se sentait pas obligé de respecter le calendrier qu’il avait lui-même signé.“ A. Kapeliouk, Le gouvernement israélien prisonnier de ses contradictions, Le Monde Diplomatique, juin 1995. En fait, entre la signature des Accords d’Oslo en Septembre 1993 et l’assassinat de Rabin en février 1995, le nombre de colons a fortement augmenté et les infrastructures de l’occupation se sont considérablement développées. “En 1993, on comptait environ 120000 colons en Cisjordanie; leur nombre augmente de 40000 sous les gouvernements travaillistes (celui de Rabin, puis celui de Pérès, juin 1993-mai 1996); de 30000 sous le gouvernement de droite de Benyamin Netanyahou (mai 1996-mai 1999).“ Alain Gresh, Pourquoi les accords d’Oslo ont-ils échoué? Blogs du Monde Diplomatique, 22 octobre 2007. Après le massacre de 29 Palestiniens en prière dans une mosquée de Hébron en février 1994, I. Rabin a refusé, contre l’avis de ses ministres, de s’en prendre aux colons. Voir Dominique Vidal, I. Rabin. « Faucon », puis « colombe », Manières … , p.50.

[3] Pour une analyse de la mise au point, de l’utilisation et des effets de cette technique de légitimation de la politique israélienne, voir Tanya Reinhart, Détruire … p. 59-64.

[4] Cette technique d’occultation de la destruction de la société palestinienne, a été systématiquement utilisée depuis lors. Ainsi en janvier 2009, B. H. Lévy affirme tenir de la bouche même du Premier Ministre de l’époque Ehoud Olmert, la teneur d’une proposition que celui-ci venait de faire à Mahmoud Abbas, Président de l’Autorité palestinienne. “Je lui ai fait une offre. 94,5% de la Cisjordanie. Plus 4,5% sous forme d’échange de territoires. Plus un tunnel, sous son contrôle, reliant la Cisjordanie à Gaza et équivalant au 1% manquant. Et, quant à Jérusalem, une solution logique et simple: les quartiers arabes pour lui; les quartiers juifs pour nous; et les Lieux Saints sous administration conjointe saoudienne, jordanienne, israélienne, palestinienne, américaine. … L’offre est là. J’attends.“, Extrait de « Carnets de guerre », Le Journal du Dimanche du 18 janvier 2009. On notera que cette offre est censée avoir été formulée alors que la dévastation Plomb durci – quelque 1400 tués, 5000 blessés, 10.000 logements détruits ou sévèrement endommagés – était en cours et que la marionnette médiatique de propagande israélienne B. H. Lévy parcourait Gaza à l’intérieur d’un blindé des forces d’invasion israéliennes. Quand on parle d’occultation par l’appel au dialogue de paix … .

[5] En Israël, « Depuis 1993, les sondages avaient constamment montré une majorité autour de 60% en faveur de ‘la terre pour la paix’. Après Camp David et les ‘négociations’ qui ont suivi, le soutien aux concessions pour la paix est tombé dans les sondages à 30%. » Tanya Reinhart, Détruire … p. 63-64.

[6] “Today we are building and we will continue to build in Jerusalem and in all areas that are on the map of the strategic interests of the State of Israel.“ “There will be no Palestinian state without an arrangement in which the security of Israeli citizens will be ensured. There will be no Palestinian state until the State of Israel is recognized as the state of the Jewish people. There will be no Palestinian state until the Palestinians declare an end to the conflict.“    http://www.mfa.gov.il/MFA/Government/Communiques/2012/Cabinet-communique-2-December+2012.htm

[7] Le principe des Accords d’Oslo qui instaurent l’Autorité palestinienne, était l’évacuation des territoires occupés en juin 1967 en échange de la sécurité de l’État d’Israël. L’Autorité palestinienne s’est résolument engagée dans cette perspective en réprimant toute opposition militante à l’occupation – à l’époque, la première Intifada – afin d’assurer l’évacuation des territoires. Étant donné que les autorités israéliennes n’ont pas respecté leurs engagements, l’Autorité palestinienne s’est trouvée piégée. Paralysée par le mirage des “négociations de paix“, elle a été rapidement réduite à s’en tenir à gérer l’occupation.

[8] Fin 2008 – et la situation s’est encore considérablement dégradée depuis lors – on estimait à 10.600.000 le nombre de Palestiniens dans le monde. Au moins 7.100.000 d’entre eux – soit les 2/3 – étaient des personnes déplacées. 6.600.000 – soit 62% – s’étaient réfugiés à l’étranger et 427.000 étaient des déplacés de l’intérieur. Badil, Survey of Palestinian Refugees and Internally Displaced Persons, 2008-2009, p.56.

[9] Selon le Bureau central israélien de statistiques, il y avait en 2011 5.770.9OO Juifs et 1.559.100 Arabes en Israël. Selon le Recensement de la population 2007 de l’UNRWA, il y avait 3.767.126 Palestiniens dans les territoires occupés. Ce qui donne 52% de Juifs et 48% d’Arabes sur le territoire de l’ancienne Palestine mandataire. Le pourcentage de Juifs est probablement surestimé et celui des Arabes, sous-estimé. Apparemment, les statistiques israéliennes prennent en compte tous les Juifs de nationalité israélienne, y compris de double nationalité. Or, un grand nombre d’entre eux – sans doute des centaines de milliers – ne résident pas en Israël. D’autre part, étant donné que le recensement de l’UNRWA date de 2007, la croissance d’environ 3% par an de la population palestinienne des territoires occupés au cours des 5 dernières années, n’est pas prise en compte.

[10] En 1947, les membres de la Communauté juive étaient propriétaires d’environ 7% du territoire de la Palestine mandataire. Entre 1947 et 2009, les autorités israéliennes ont confisqué 82% de ce territoire. Ainsi, sur 89% du territoire de la Palestine mandataire, seuls des Juifs peuvent devenir propriétaires. Badil, Survey …, p.3.

[11] Implicitement en 1988, lorsque le Conseil national palestinien reconnaît les résolutions de l’ONU et explicitement, en 1996, lorsqu’il élimine de sa Charte tous les articles contestant le droit à l’existence de l’État d’Israël.

[12] En 2006, le Hamas signe le document d' »Entente nationale » qui reconnaît implicitement Israël dans ses frontières de 1967.

[13] Pour une revue rigoureuse des violations du droit international commises par l’État d’Israël et les autorités israéliennes, ainsi que des manquements de l’Union Européenne et de ses États membres à leur obligation de réagir à ces violations, voir Conclusions de la première session internationale du Tribunal Russel sur la Palestine, Barcelone, 1-3 mars 2010. http://www.russelltribunalonpalestine.com

[14] La résolution 194, adoptée le 11 décembre 1948 par l’Assemblée générale des Nations unies, “Décide qu’il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible et de vivre en paix avec leurs voisins, et que des indemnités doivent être payées à titre de compensation pour les biens de ceux qui décident de ne pas rentrer dans leurs foyers et pour tout bien perdu ou endommagé lorsque, en vertu des principes du droit international ou en équité, cette perte ou ce dommage doit être réparé par les gouvernements ou autorités responsables“. Cette résolution a été votée par la délégation israélienne.

Jacques Bude

Les mouvements du Hamas et du Jihad islamique se félicitent du vote des Nations Unies


dimanche 2 décembre 2012 – 07h:13

Ma’an News


Les principaux dirigeants du Hamas et du Jihad islamique ont fait bon accueil à la reconnaissance de la Palestine comme pays observateur aux Nations Unies, suite à l’initiative du Fatah, leur rival politique.

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Ramadan Shalah (à gauche sur la photo), dirigeant du Jihad islamique et Khaled Meshaal, dirigeant du Hamas

Depuis que l’agression militaire d’Israël sur Gaza s’est interrompue la semaine dernière, les organisations palestiniennes depuis longtemps antagonistes ont fait un certain nombre de concessions, suscitant des espoirs d’une réconciliation entre la Cisjordanie et Gaza.

Le mouvement Hamas, qui dirige Gaza, avait d’abord rejeté l’initiative à l’ONU, qui est une partie fondamentale de la stratégie diplomatique de l’ex-président Mahmoud Abbas, le chef du Fatah.

Comme le mouvement du Jihad Islamique, le Hamas a révisé sa position après la guerre de Gaza, qui a été considérée comme un succès pour les ailes militaires des deux organisations.

Le Premier Ministre du Hamas à Gaza, Ismaël Haniyeh, a déclaré vendredi que le vote était un point culminant de la victoire et une affirmation de l’immuabilité palestinienne.

S’adressant dans Gaza à un rassemblement de solidarité avec les prisonniers en grève de la faim, Haniyeh a dit qu’il avait suivi le déroulement du vote, et il a remercié les 138 pays qui ont voté en faveur de l’adhésion de la Palestine.

Il a déclaré également que son mouvement faisait bon accueil à l’initiative, tout en continuant sa politique consistant à ne pas reconnaître Israël et « de ne pas abandonner un seul pouce de terre palestinienne. »

Haniyeh a aussi déclaré que ce vote contribuera à faire en sorte que la Palestine retourne à ses véritables propriétaires.

Le secrétaire général de Jihad islamique, Ramadan Shalah, a fait écho aux commentaires de Haniyeh, qualifiant le vote de « moment historique. »

Mais le mouvement a également ajouté son avertissement, Shalah disant que le vote ne devrait pas « priver les Palestiniens d’une partie de leurs droits sous la bannière des négociations et de la légitimité internationale. »

Le Jihad Islamique et le Hamas accusent l’Autorité Palestinienne en Cisjordanie, dirigée par le Fatah, d’abandonner le droit au retour des réfugiés Palestiniens, ceux-ci ayant été expulsés dans les mois qui ont précédé la guerre de 1948.

Les deux parties se rapportent à ’Israël en tant qu’occupant illégal de la Palestine, bien que certains dirigeants du Hamas, dont Khaled Meshaal, le responsable du bureau politique déclarent vouloir un État Palestinien basé sur les frontières d’armistice de 1949, en conformité avec la politique d’Abbas.

Mashaal a dit que le vote de l’ONU « contribuera à unifier les efforts des Palestiniens au niveau national » en tant qu’élément du processus de réconciliation avec le mouvement d’Abbas.

« J’ai dit à Abu Mazen (Abbas) que nous voulions que cette initiative (aux Nations Unies] fasse partie d’une stratégie nationale palestinienne, » a déclaré Mashaal dans une entrevue avec l’agence Reuters.

1e décembre 2012 – Ma’an-News – Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.maannews.net/eng/ViewDet…
Traduction : Info-Palestine.eu