Israël vote ce mardi : à droite toute !


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Baudouin Loos
Mardi 22 janvier 2013, 08h07 | mis à jour Mardi 22 janvier 2013, 20h14

Si le duo Netanyahou – Lieberman a perdu un peu de son avance dans les sondages, c’est au profit d’un parti d’extrême droite qui veut annexer une majeure partie de la Cisjordanie. La nouvelle Knesset pourrait être la plus nationaliste de l’histoire, à en croire les sondages. La paix n’a quasi pas été évoquée durant la campagne. Analyse

  • Instantané à Jérusalem : cette religieuse orthodoxe marche devant les murailles de la vieille ville utilisées par le Likoud du Premier ministre Binyamin Netanyahou pour faire sa propagande. Sacré le « roi Bibi » par le magazine « Time », M. Netanyahou, champion de la droite, brigue ce 22 janvier un troisième mandat sur le trône d’Israël sans véritable rival. © Ronen Zvulun/Reuters.

Quelque 6,65 millions d’Israéliens sont conviés à voter aujourd’hui pour renouveler leur Parlement (la Knesset) lors d’un vote à la proportionnelle qui leur proposera un choix entre 32 formations politiques. Aucun observateur ne s’attend à de gros bouleversements : la liste du Likoud (nationaliste) du Premier ministre Binyamin Netanyahou qui se présente en alliance avec la formation Israël notre Maison (très à droite également) d’Avidgor Lieberman arrivera largement en tête, et « Bibi » pourra composer son nouveau gouvernement en choisissant les partis nécessaires – qu’ils soient religieux, d’extrême droite ou du centre droit – pour former une majorité confortable. Principal absent du scrutin : le conflit israélo-palestinien. Passons en revue quelques données qui seront la marque de ces élections.

Pourquoi ce scrutin ? Binyamin Netanyahou et Avidgor Lieberman ont avancé la date de ces législatives qui devaient se tenir à l’automne. Cette décision leur était inspirée par des sondages alors très favorables. Toutefois, depuis lors, les instituts de sondage ont quelque peu refroidi les responsables de la liste, qui devrait faire moins de sièges (autour de 33 élus) qu’en 2009 (42 élus si on additionne les deux partis qui se présentaient séparément). Mais Netanyahou n’a rien à craindre : même si ce chiffre décevant était entériné par les urnes, il se succédera à lui-même, le second parti n’arrivant pas à la moitié d’élus, selon toutes les prévisions.

Qu’annoncent les sondages ? Derrière la liste Netanyahou-Lieberman, le parti travailliste devrait refaire surface et prendre la seconde place (une quinzaine de sièges lui sont promis). Revigoré par sa nouvelle patronne, l’ex-journaliste Shelly Yachimovich qui a consacré l’essentiel de son énergie à se donner l’image de défenseur des démunis, de la justice sociale, cela au détriment du dossier palestinien, dont elle fait très peu de cas, montrant même beaucoup de compréhension pour les colons.

En troisième position, on devrait trouver le parti d’un nouveau venu dans la politique, Naftali Bennett (40 ans), un ex-entrepreneur très riche qui a redonné des ailes au vieux Parti national religieux (Mafdal) sous le nom de Foyer juif. On lui prédit entre 12 et 15 élus au lieu des 3 actuels. Ce sont des durs. Le parti des colons juifs. Il préconise l’annexion par Israël des 60 % de la Cisjordanie occupée sur lesquels l’Autorité palestinienne (AP) n’a aucun contrôle en vertu des accords dits d’Oslo. Selon « le plan Bennett », l’AP et ses confettis de territoires seraient dotés d’une plus large autonomie, sans plus.

Derrière ces formations, on devrait trouver un tout nouveau parti, Yesh Atid, lancé par un ex-journaliste charismatique Yaïr Lapid, puis une autre formation tout récemment créée, HaTnouha, dirigée par l’ex-ministre des Affaires étrangères Tzipi Livni. Celle-ci se démarque des autres en promouvant la reprise du processus de paix avec les Palestiniens. Fermeront la marche, deux (ou trois) partis ultra-orthodoxes, un parti sioniste de gauche (Meretz), le parti mixte juif-arabe Hadash (ex-communiste) et deux autres partis arabes.

La droite laïque et religieuse conservera donc sans problème une très grosse majorité dans cette 19e Knesset, même si les instituts de sondage israéliens n’ont pas toujours été des plus fiables.

Et les Arabes israéliens ? Ceux qu’on devrait plutôt appeler les Palestiniens israéliens – près de 20 % de la population – sont, comme à chaque élection israélienne, partagés entre deux attitudes : participer au scrutin ou le boycotter. Les partisans du boycott gagneraient du terrain. Au motif que, de toute façon, les Arabes resteront toujours des citoyens de seconde zone en Israël, discriminés et souvent considérés avec méfiance par la majorité juive du pays. Fait exceptionnel : la Ligue arabe a émis un communiqué ce lundi à l’adresse de cet électorat, l’enjoignant à aller voter. « La Ligue arabe, dit le texte, appelle les citoyens arabes d’Israël à voter massivement aux élections afin d’être représentés et pouvoir s’opposer aux lois racistes »

Que devient la solution des deux Etats dans ce contexte ? Deux Etats, Israël et Palestine, vivant côte à côte pacifiquement : tel est le but affiché par la totalité de la communauté internationale. Binyamin Netanyahou, sous la pression de Barack Obama, a officiellement embrassé cette perspective en juillet 2009, mais les faits et gestes de son gouvernement dénotent en même temps un sabotage à la fois consciencieux et inlassable de la solution des deux Etats par l’extension de la colonisation juive en Cisjordanie et à Jérusalem-Est qui rendent tout à fait impossible la création dans ces territoires d’un Etat palestinien muni de la souveraineté qu’un tel statut devrait impliquer.

Dimanche encore, Netanyahou faisait étape à Ariel, l’une des plus grandes colonies juives qui s’enfonce profondément dans le nord de la Cisjordanie occupée, et ses propos avaient le mérite de la clarté : « Ariel, capitale de la Samarie, est une composante centrale de la ceinture de sécurité d’Israël (…). Si Dieu le veut, de la même manière que Jérusalem sera pour toujours notre capitale éternelle, Ariel a été et sera toujours inséparable d’Israël ».

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