Israël responsable de la mort de centaines de migrants


Le régime de Vichy ne tuait pas les juifs, il se « contentait » de les livrer à leurs bourreaux allemands ; Israël ne tue pas ses demandeurs d’asile, il se contente de les envoyer à la mort par centaines, avec la complicité active du Rwanda et de l’Ouganda, révèle une longue enquête du quotidien Haaretz.



Le système mis au point par les dirigeants des trois pays pour débarrasser Israël de ses migrants sans papiers, notamment ceux qui fuient la dictature en Erythrée, croyant trouver le salut en « Terre promise », est astucieux.

D’abord, Israël s’est doté d’une législation qui lui permet de maintenir indéfiniment en rétention les demandeurs d’asile arrêtés au cours de rafles massives, à l’instar du système de détention administrative infligé en permanence à des centaines de Palestiniens.

Mais se pose alors le problème du renvoi de ces malheureux, non pas vers leur pays d’origine, mais sur une base dite « volontaire » vers une autre terre d’accueil : c’est là qu’intervient la contribution complice du Rwanda et de l’Ouganda.

Israël paie ainsi 5.000 dollars à ces deux pays par tête d’immigré expulsé « volontaire ». Pour obtenir le « consentement » de ces derniers, les services de lutte contre l’immigration illégale se rendent dans les centres de rétention, et exercent leur chantage : « Soit tu restes indéfiniment en prison chez nous, soit tu t’envoles pour le Rwanda, où on te délivrera un titre de séjour et un permis de travail ».

Sans prendre pour argent comptant le discours policier, des centaines d’Africains sans papiers, présents sur le sol israélien parfois depuis des années, acceptent la proposition, raconte la journaliste Lior Birger, du quotidien Haaretz.

Au terme d’une longue enquête auprès de survivants qui l’a menée un peu partout en Europe, Birger, en équipe avec ses collègues Shahar Shoham and Liat Boltzman, a établi que l’arrivée au Rwanda n’était le plus souvent que le début d’un long voyage en enfer, marqué par le trafic de chair humaine, la torture, et souvent la mort, que ce soit quelque part en Libye ou dans les eaux de la Méditerranée.

« A peine arrivés à l’aéroport rwandais de Kigali, les déportés se voient confisquer la seule documentation qu’ils ont sur eux, le laisser-passer qui leur a été remis par les Israéliens à l’embarquement. On les enferme dans une chambre d’hôtel. Puis ils sont informés qu’ils doivent quitter le pays rapidement. Les Rwandais les livrent ensuite à des passeurs, qui les transfèrent –contre paiement de centaines, voire de milliers de dollars- en Ouganda, puis au Sud-Soudan, au Soudan et de là en Libye, d’où ils essaieront de gagner l’Europe », écrivent les auteurs de l’enquête.

« Au vu des dizaines de témoignages que nous avons recueillis et de l’ensemble de notre recherche, nous estimons que plusieurs centaines de ces réfugiés sont morts sous la torture et les mauvais traitements en Libye, ou sont morts noyés en Méditerranée », ajoutent-ils.

Témoignage de Tesfay (le prénom a été changé), expulsé d’Israël en décembre 2015 après y avoir travaillé plusieurs années comme homme de ménage dans un hôtel de la station touristique d’Eilat, rencontré par les auteurs dans une petite ville d’Allemagne à l’été 2017 : « Notre embarcation avait quitté la Libye vers 4 heures du matin ; deux heures après, son moteur a calé ; sur les 500 passagers, pas plus d’une centaine ont survécu ; nous étions 10 en provenance d’Israël sur ce bateau, et il n’y a eu que trois survivants. Pourquoi cela ? Ne sommes-nous pas nous aussi des êtres humains ? »

Dawit (le prénom a été changé) a été retrouvé par les journalistes israéliens à Berlin. Lui aussi, avant d’être raflé, avait passé 5 ans à Tel-Aviv où il travaillait dans un restaurant. « Il est parti ‘volontairement’ vers le Rwanda il y a environ deux ans. Quelques mois plus tôt, c’est en se rendant au commissariat pour le renouvellement de son permis de séjour provisoire qu’il s’est fait piéger, et a aussitôt été envoyé au centre de rétention des immigrés de Holot, dans le désert du Neguev ; là, on lui a mis la pression, en lui laissant le ‘choix’ entre des années de prison ou le départ pour le Rwanda. Dawit a cédé, et il est parti, avec sa jeune épouse enceinte de deux mois ».

En Libye, les passeurs ont placé Dawit sur un bateau, et sa femme sur un autre, qui a rapidement fait naufrage, noyant les centaines de malheureux à son bord.

« Ces survivants des pratiques du gouvernement israélien que nous avons rencontrés en Europe sont des gens qui ont eu de la chance, mais on doute qu’ils guérissent un jour des séquelles psychologiques de leur calvaire. En Allemagne, où Tesfay et Dawit ont fini par arriver, 99% des Erythréens obtiennent un permis de séjour, et en 2016, 81% d’entre eux ont obtenu de plein droit le statut de réfugié ».

Mais Tesfay et Dawit adjurent leurs camarades encore en Israël de ne surtout pas accepter, s’ils se font arrêter, leur déportation « volontaire » vers le Rwanda, tant le danger est grand.

Source : https://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.824444

CAPJPO-EuroPalestine

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Jérusalem. Elie Wiesel, l’ami des colons israéliens


 

Ha’Aretz

Jewel Samad

Elie Wiesel en avril 2013 – AFP/Jewel Samad

Survivant de la Shoah et prix Nobel de la paix, l’écrivain juif américain est également à la tête d’Elad, une organisation radicale de colons israéliens qui occupe les maisons des Palestiniens à Jérusalem, révèle l’homme politique israélien de gauche Yossi Sarid.

J’ai toujours beaucoup appris des rubriques “potins”, que nos
journaux préfèrent appeler par pudeur “échos”. Sans elles, comment saurions-nous qui roule pour qui, et dans quel intérêt ?

Avant de lire les pages d’information pure, allez donc jeter
un œil à ces pages légères. Vous verrez, cela vous aidera à comprendre les
rouages du système.Renforcer la présence juive

Ainsi, vendredi dernier, Ha’Aretz comportait
un encadré de remerciements, en hébreu, à ces “dizaines de nouvelles
familles qui rejoignent la communauté juive dans la Cité de David” [nom donné au
quartier arabe de Silwan à Jérusalem-Est, site de la Jérusalem antique du roi David,
qui fait l’objet d’une campagne de ‘judaïsation’ démographique].”Nous saluons
l’engagement sioniste de tous les acteurs : nous sommes unis dans la
volonté de renforcer la présence juive à Jérusalem. Avec vous, nous accueillerons les pèlerins qui nous rendront visite pendant les fêtes.”

Le texte est suivi de signatures de proches du mouvement de
colonisation Elad. Certains des noms sont totalement inconnus, mais d’autres
étonnent. Après tout, c’est une organisation connue pour semer le trouble dans
la “ville de la paix” [Jérusalem].Que font-ils là ?

Je ne me suis pas étonné de voir le nom du chanteur israélien Yehoram
Gaon – il voit des drapeaux partout. Mais que viennent faire là l’ancien chef des services de renseignements
militaires, Amos Yadlin, l’ancien chef de la police, Shlomo Aharoniski, et
l’ancien directeur de l’hôpital universitaire Hadassah, Shlomo Mor-Yosef ?
Que fait ici Ilan Cohen, un ancien directeur du cabinet du Premier
ministre ? Peut-être devraient-ils expliquer comment ils peuvent apporter
leur soutien à des gens qui en expulsent d’autres [Palestiniens] pour s’emparer de leurs maisons ?

Et qui y a-t-il à leur tête ? Vous ne le devinerez
jamais. Pas le magnat des casinos [le milliardaire américian] Sheldon Adelson. Pas l’homme d’affaires américain Irving Moskowitz et son épouse Cherna.

Non, à leur tête se trouve un homme étroitement lié à la
mémoire de l’Holocauste, un lauréat du prix Nobel de la paix et de la médaille
de la Liberté de la présidence américaine : Elie Wiesel. Un homme au sujet
duquel le comité Nobel déclarait : “Elie Wiesel est un messager pour
l’humanité ; son message est un message de paix, de pardon et de dignité humaine.”

Voilà un homme dont on attend qu’il manifeste une sensibilité
particulière aux souffrances d’autrui, et ce où qu’il se trouve, aussi bien
dans la ville roumaine de Sighetu Marmatiei, dont il est originaire, que dans
le quartier de Silwan à Jérusalem. Voilà un homme qui se targue d’être l’ami de
Barack Obama mais qui soutient des gens qui insultent publiquement le président américain.

Les saboteurs du processus de paixAvant chaque réunion à Washington [pour la paix israélo-palestinienne], les activistes d’Elad préparent une
énième invasion à Jérusalem, sabotant du même coup les efforts laborieux
accomplis par les négociateurs. Peut-être [le Premier ministre israélien] Benyamin Nétanyahou savait-il pourquoi il
proposa, un temps, la présidence d’Israël à Elie Wiesel – nous en tout cas, nous ne comprenions pas.

Elie Wiesel se déclare en dehors de la vie politique
israélienne. Chaque fois qu’on lui a demandé de
réagir à quelque injustice autour de nous qui rappellerait quelque autre injustice lointaine, il a éludé.

Alors maintenant le voir lui, entre tous les hommes, pénétrant
violemment dans une maison [palestinienne] puis une autre, des maisons acquises par des
transactions douteuses, qu’on peut faire évacuer dans la nuit avant que
les draps et le café aient refroidi ? Lui, entre tous, brandissant le châle de prière pour dissimuler un nettoyage ethnique ?

De toutes les organisations d’Israël, il a choisi Elad, la
plus controversée, un mouvement sans vérité, sans grâce, sans compassion. On ne
comprend que trop bien pourquoi Elad l’a choisi lui à la présidence ; mais pourquoi a-t-il accepté ?

Elie Wiesel est un homme immensément respecté, par les Juifs
et par les nations non-juives, parce que ce survivant est devenu un témoin et
un passeur pour toutes les victimes de l’Holocauste. M. Wiesel, pourquoi ne
rendez-vous pas un peu de ce respect ? Revenez sur votre choix, n’associez pas votre nom à Elad, ne signez pas leurs remerciements infamants.

Yossi Sarid
Source

Premier journal publié en hébreu sous le mandat britannique, en 1919. “Le Pays” est le journal de référence chez les politiques et les intellectuels israéliens. Aujourd’hui situé au centre gauche, Ha’Aretz a toujours cultivé une ligne éditoriale […] Lire la suite

 

Même Gandhi pourrait comprendre la violence des Palestiniens  


Gideon Levy • Haaretz • 8 octobre 2015 •

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Camouflés derrière une brume de l’argumentaire de l’auto-défense, de la propagande médiatique, de l’incitation, du lavage de cerveau et de l’a victimisation de ces derniers jours, la seule question qui s’impose est celle -ci : Qui a raison?

Il ne reste plus aucun argument justifiable dans l’arsenal d’Israël, recevable par une personne normale. Même Mahatma Gandhi aurait compris les raisons de cette explosion de violence palestinienne. Même ceux qui redoutent la violence, qui la considèrent comme immorale et inutile, ne n’y peuvent rien : ils comprennent très bien pourquoi ça explose périodiquement. La question serait même : pourquoi ça n’arrive pas plus souvent.

De la question :  » qui a commencé » à la question « qui est à blâmer », la réponse est évidente : Israël, et seulement Israël. Ça ne veut pas dire que les Palestiniens sont irréprochables, mais il faut blâmer avant tout Israël. Tant qu’Israël ne prend pas conscience de cette responsabilité qui est la sienne, le pays n’a aucun fondement pour exiger la moindre chose des Palestiniens. Tout le reste est propagande de bas étage.

Hanan Ashrawi, ancienne militante et représentante du peuple palestinien a écrit récemment : les Palestiniens sont le seul peuple sur terre à qui on demande de garantir la sécurité de l’occupant, alors que l’état d’Israël est le seul pays à exiger d’être protégé des victimes qu’il cause . Alors, que répondre ?

Ainsi que le président palestinien Mahmoud Abbas l’a demandé dans une interview à Haaretz, « Comment voulez-vous que la rue palestinienne réagisse après la mort de l’adolescent Mohammed Abu Khdeir brûlé vif, après l’incendie provoqué  par les colons de la maison de Dawabsheh  sous les yeux des soldats israéliens qui n’ont pas bougé ?  » Et comment répondre ?

Aux 100 ans de la dépossession de l’état de la Palestine, ainsi qu’aux 50 ans d’oppression, il faut ajouter les années les plus récentes, si imprégnées de l’arrogance israélienne que ça nous explose une fois de plus à la figure.

Ce sont les années pendant lesquelles Israël pensait qu’il pouvait faire n’importe quoi et n’en payer aucun prix. On pensait que le ministre de la défense pouvait se vanter de connaître l’identité des meurtriers de Dawabsheh et ne pas les arrêter, et que les Palestiniens se retiendraient. On pensait aussi qu’il pouvait y avoir, presque chaque semaine un garçon ou un adolescent  tués par des soldats, et que les Palestiniens resteraient calmes.

On pensait que dirigeants militaires et politiques pouvaient soutenir les crimes sans que personne ne soit poursuivi. On pensait que les maisons pourraient être détruites, les bergers expulsés, que les Palestiniens accepteraient tout humblement. On pensait que ces colons-voyous pourraient endommager, brûler et agir comme si les biens palestiniens étaient les leurs et que les Palestiniens s’inclineraient.

On pensait que les soldats israéliens pouvaient débouler dans les foyers palestiniens toutes les nuits et semer la terreur, humilier et arrêter des gens. Que l’on pouvait arrêter des centaines de Palestiniens sans procès. Que le service de sécurité du Shin Bet pourrait reprendre la torture de « suspects » avec des méthodes quasi sataniques.

On pensait que les grévistes de la faim et les prisonniers libérés pourraient être de nouveau arrêtés, souvent sans aucune raison. Qu’Israël pourrait détruire Gaza une fois tous les deux à trois ans et que Gaza abandonnerait et que la Cisjordanie resterait calme. Que l’opinion publique israélienne acclamerait tout cela et demander toujours plus de sang palestinien, avec une soif difficile à comprendre. Et que les Palestiniens pardonneraient.

Cela pourrait durer encore pendant de nombreuses années. Pourquoi? Parce qu’Israël est plus forte que jamais et l’Occident indifférent à cette sauvagerie. Les Palestiniens, de leur côté, sont fragilisés divisés, isolés et souffrent comme ils n’ont pas souffert depuis la Nakba.
Donc, ça pourrait durer longtemps tant qu’Israël le pourra et le voudra. Personne ne va essayer de l’arrêter sauf l’opinion publique internationale, qu’Israël rejette en l’accusant d’antisémitisme ou de haine du Juif.

Et en plus, rien n’a été dit sur l’occupation elle-même et l’incapacité à y mettre fin. Nous sommes fatigués. Rien n’a été dit au sujet de l’injustice de 1948, qui aurait dû s’arrêter là mais qui a repris avec encore plus de vigueur en 1967 et continue sans aucune issue en vue. Nous n’avons pas parlé du droit international, de la justice et de la morale humaine, qui ne peut accepter cela en aucune façon.

Que des jeunes gens tuent les colons, jettent des cocktails Molotov sur des soldats ou lancent des pierres sur les Israéliens, cela n’est que l’arrière-plan. Il faut énormément de stupidité, d’ignorance, de nationalisme et d’arrogance – en plus de tout ce qui précède – pour ignorer la situation telle qu’elle se pose.

 

http://stopwar.org.uk/index.php/news/even-gandhi-would-understand-the-reasons-for-this-outburst-of-palestinian-violence

http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.679268 traduction CL  pour le CSPRN
(comité Solidarité Palestine Région Nazairienne)

Gidéon Levy: Pour les péchés de l’occupation, les boycotts sont une punition légère


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Orange ou SodaStream, boycott universitaire ou artistique, les pénalités s’aggraveront tant qu’Israël persistera dans la colonisation, l’exploitation et le vol de la terre palestinienne

Que défendez-vous ? Pour quoi vous battez-vous ? Sur quoi les Israéliens se retranchent-ils maintenant, avec les agressions des politiciens nationalistes et les médias populistes qui fulminent contre le monde. Pourquoi, de façon patriotique, recouvrent-ils les drapeaux orange d’Orange par le drapeau national bleu et blanc ? Quelqu’un a-t-il demandé pourquoi ? Pourquoi le boycott commence-t-il à ronger Israël aujourd’hui, tout cela en vaut-il la peine ?

Comme d’habitude, il y a des questions que ne sont même pas posées. L’introspection, après tout, est un signe manifeste de faiblesse. Et ainsi, on invente une explication qui nous absout de toute responsabilité : le boycott est tombé du ciel, une force majeure incontournable haineuse d’Israël, et la seule façon de la combattre est de contre-attaquer. Israël détient toujours une profusion de réponses sionistes appropriées (et parfois violentes), mais toujours concernant le résultat, jamais les motifs. C’est comme avec le terrorisme, comme avec la position du monde que le député Isaac Herzog, président de l’Union sioniste, de tous les ultranationalistes israéliens, s’est précipité d’étiqueter du nom ridicule de « terrorisme d’un nouveau genre » (se référant aux déclarations de Stephane Richard, le PDG d’Orange). Ne jamais céder. C’est très bien, mais pourquoi ? Nous combattons le boycott, mais pourquoi a-t-il surgi ?

Aujourd’hui, Israël défend la préservation du statu quo. Il se bat contre le monde entier pour préserver son école très évoluée de brutalité et de cruauté, dans laquelle il instruit des générations de jeunes gens pour qu’ils agissent de façon bestiale envers des êtres humains, des personnes âgées et des enfants, pour qu’ils les tyrannisent, aboient après eux, les écrasent et les humilient, simplement parce que ce sont des Palestiniens.

Israël défend la perpétuation de l’apartheid dans les territoires occupés, dans lesquels vivent deux peuples, dont l’un sans aucun droit. Il défend tout son système de justifications pour cela – une combinaison de récits bibliques, de messianisme et de victimisation, assortie de mensonges. Il défend la « Jérusalem unifiée », qui n’est rien d’autre qu’un monstre territorial, où la séparation existe, là aussi. Il se bat pour le droit de détruire la bande de Gaza aussi longtemps qu’il lui plaira de le faire, pour la maintenir comme un ghetto et rester le gardien de la plus grande prison du monde.

Les Israéliens se battent pour leur droit à persister dans la colonisation de peuplement, l’exploitation et le vol de la terre ; pour continuer d’enfreindre le droit international qui interdit la colonisation de peuplement, pour continuer leur pied de nez au monde entier, lequel ne reconnaît pas les colonies. Ils sont aujourd’hui en train de défendre leur droit à tirer sur les enfants qui lancent des pierres et sur les pêcheurs sans défense qui cherchent en mer des bribes de moyens de subsistance au large de la côte de Gaza, leur droit de continuer à arracher les gens de leurs lits au milieu de la nuit en Cisjordanie ; ils se battent pour le droit de placer en détention des centaines de personnes, sans jugement, de détenir des prisonniers politiques, pour les maltraiter.

Voilà ce qu’ils sont en train de protéger, pour quoi ils se battent – pour une région où la plupart d’entre eux ne sont pas allés depuis des années, et sans se soucier de ce qu’il s’y passe, pour une conduite qui est honteuse, même pour certains d’entre eux. Ce sont les péchés et c’est la punition. Croit-on qu’Israël peut continuer sans être sanctionné ? Sans être mis au ban de la société ? Et pour dire la vérité, Israël ne mérite-t-il pas d’être puni ? Le monde ne s’est-il pas montré incroyablement tolérant jusqu’ici ?

Orange ou SodaStream, boycott universitaire ou artistique, ce sont là des punitions légères. Les pénalités s’aggraveront tant qu’Israël ne voudra pas tirer les conclusions qui s’imposent. Par opposition aux tentatives d’Israël et de l’establishment juif visant à détourner le débat, au cœur du boycott, ce n’est pas l’antisémitisme. Au coeur, c’est l’occupation. C’est cela la source de la délégitimation.

La nation peut lutter contre la position du monde entier. Elle peut se lever pour ses droits (qui ne sont pas ses droits) et penser qu’elle se bat pour sa survie. Mais les Israéliens savent-ils ce qu’ils sont en train de défendre aujourd’hui ? Ce qu’ils ne sont pas disposés à céder ? Tout cela vaut-il le coup pour eux ? Ce débat n’a même pas encore été soulevé ici.

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

source

#JeSuisGaza : hommage d’un dessinateur israélien aux journalistes palestiniens assassinés


lundi 12 janvier 2015

Merci au dessinateur israélien Noa Olchowski, qui, en ces temps de #JeSuisCharlie médiatisé dans le monde entier, rappelle qu’entre juillet et août, l’armée israélienne a assassiné un grand nombre de journalistes dans la bande de Gaza.

Le dessin, publié par le quotidien Haaretz avec d’autres caricatures illustrant les attentats en France, se lit comme suit : « 10 journalistes tués dans l’attaque contre Charlie Hebdo, 13 journalistes tués dans l’attaque contre Gaza l’été dernier ».

De fait, les Nations-Unies ont publié une liste de 16 journalistes tués à Gaza (15 Palestiniens, 1 Italien) dans le cadre de l’attaque israélienne. Il y a des preuves incontestables, pour plusieurs d’entre eux, qu’ils ont été délibérément visés par les tirs israéliens, alors que les autres ont trouvé la mort, en même temps que des centaines d’autres civils, dans les bombardements terroristes massifs de l’armée « la plus morale du monde ».

Il s’agit de :

Hamed Shehab (30 ans, agence 24 media)

Mohammed Smeri (site web Gaza Now)

Khalid Hamad (25 ans, Continue TV Production)

Abdulrahman Ziad Abu Hayyin (28 ans, Al-Kitab TV)

Baha’ Edeen Gharib (59 ans, Palestine TV)

Ezat Abu Duhair (23 ans, Al-Huriya Media Network)

Ahed Afif Zaqout (49 ans, Palestine TV)

Rami Rayan (25 ans, Palestine Network for Press and Media)

Sameh Al-Aryan (26 ans, Al-Aqsa TV)

Mohammed Majed Daher (27 ans, hebdomadaire Al-Resallah)

Abdullah Nasr Fahjan (21 ans, photo reporter)

Shadi Hamdi Ayad (24 ans, freelance)

Mohammed Nur al-Din Al-Dairi (26 ans, Palestinian Network for Press and Media and Media)

Hamada Khaled Maqqat (24 ans, responsable du site d’informations SAJA)

Il faut ajouter à cette liste les noms de Simone Camilli et Ali Shehda,
deux journalistes, italien et palestinien, de l’agence Associated
Press, qui ont trouvé la mort le 13 août, après le cessez-le-feu, lors de la détonation d’une bombe israélienne n’ayant pas explosé.

VIVE LA LIBERTE D’EXPRESSION ! MENACES DE MORT CONTRE HAARETZ ETOLCHOWSKI

A la suite de ces publications, le quotidien Haaretz et le dessinateur ont fait l’objet d’une campagne de haine, assortie de menaces de mort.

L’initiateur de cette campagne s’appelle Ronen Shoval : c’est l’un des cadres du parti Habayit Hayehoudi (le « Foyer Juif »), dont le chef, Naftali Bennett, s’était précisément invité à la manifestation de dimanche à Paris, ayant prétendument pour objet la défend de la liberté d’expression.

Sur la page Facebook de Shoval, les insultes et menaces se sont donné libre cours :« Avec l’aide de Dieu, les journalistes de Haaretz seront tués comme cela a été le cas en France », écrit un certain Miki Dahan. « On doit faire la même chose que les terroristes en France, mais en direction de Haaretz », enchérit son acolyte Chai Aloni, tandis qu’une Moni Ponte demande « Pourquoi n’y-a-t-il pas d’attaque terroriste contre Haaretz ? »

Sources :
- pour les caricatures publiées dans Haaretz :http://www.haaretz.co.il/news/picoftheday/1.2534649

- pour la liste des journalistes palestiniens assassinés, communiqué de l’ONU :
http://unispal.un.org/UNISPAL.NSF/0/E4E084EB25181C7B85257D4D0058B8D2

- pour les menaces de Shoval et compagniehttp://mondoweiss.net/2015/01/journalists-publication-newspaper#sthash.6Zg35Mo3.dpuf

CAPJPO-EuroPalestine

“HA’ARETZ” FACE À LA COLÈRE DE SES LECTEURS


Confronté à une vague de désabonnements à cause d’articles jugés trop favorables aux Palestiniens, le journal israélien tente désespérément de justifier sa ligne éditoriale. Avec, en ligne de mire, les éditoriaux de Gideon Levy.

HA’AYIN HA SHVI’IT – http://www.the7eye.org.il/125933

COURRIER INTERNATIONAL (EXTRAITS) –http://www.courrierinternational.com/article/2014/10/23/ha-aretz-face-a-la-colere-de-ses-lecteurs

Dessin de Vlahovic, Serbie.Dessin de Vlahovic, Serbie.

Dans une nouvelle aile du musée d’Art et d’Histoire de Tel-Aviv, une rencontre a été spécialement organisée [le 14 septembre] par Ha’Aretz pour tenter de récupérer quelques milliers d’anciens abonnés. Avant l’ouverture des débats, le ton est donné dans les couloirs par un certain Matti David, qui brandit des tracts en criant : “Voici pourquoi j’ai résilié mon abonnement après trente-quatre ans de fidélité !”

Pourquoi ? Parce que le quotidien de gauche participe au “djihad anti-israélien”. Eitan Carmi, un Galiléen vétéran de l’armée de l’air, a décidé de résilier son abonnement après avoir lu l’article du célèbre journaliste Gideon Levy intitulé “Mauvais pour l’aviation”, dénonçant la participation sans état d’âme de jeunes pilotes au volet aérien de l’opération Barrière protectrice [juillet-août 2014]. Carmi affiche quarante ans d’abonnement au compteur. Comme lui, les participants sont dans leur majorité des hommes de plus de 50 ans. Davantage que le journal lui-même, c’est la ligne politique prêtée à des journalistes comme Gideon Levy, Uri Misgav ou Roger Alpher, pour ne citer qu’eux, qui est clouée au pilori.“Nous sommes un journal doté d’une mission d’information, mais également une entreprise, leur répond Amos Schocken, directeur de Ha’Aretz. D’un côté, nous avons une fonction sociale qui ne doit pas nous faire craindre de subir des attaques.

“D’un autre côté, nous devons engranger des bénéfices pour survivre. Ces deux dimensions entrent souvent en conflit. Mais nous avons toujours tenu à être en pointe dans les campagnes contre certains monopoles publics, pour la modernisation du système judiciaire et contre la corruption de l’administration, y compris celle de la police. Concernant les Palestiniens, notre attitude se veut à la fois israélienne et professionnelle. Elle s’inscrit dans nos combats pour le maintien du caractère [juif] de l’Etat et la défense d’une société plus juste et plus éclairée. S’abonner à Ha’Aretz, c’est souscrire à une police d’assurance quant au chemin pris par Israël. Ha’Aretz s’est toujours défini comme un journal sioniste.

“Cela signifie qu’il soutient l’existence d’Israël en tant qu’Etat juif et démocratique et estime avoir un rôle de premier plan dans la défense et la promotion d’une société avancée dans les domaines de la culture, de l’éducation, des droits civiques et individuels, de l’économie de marché, de la recherche de la paix avec nos voisins arabes et de la reconnaissance de l’autodétermination des Palestiniens.” Le rédacteur en chef, Alouf Benn, attaque de front le sujet qui est à l’origine de la vague récente et massive de désabonnements : l’opération Barrière protectrice. “Cela fait trois ans que j’occupe cette fonction et jamais je n’avais dû faire face à une telle crise, admet-il. Ha’Aretz est typiquement israélien et, comme tous les Israéliens, nous avons subi de plein fouet l’impact de cette guerre.

“Plusieurs journalistes ont été rappelés sous les drapeaux et beaucoup d’entre nous ont dû effectuer leurs deux mois de réserve. Le travail journalistique de Ha’Aretz est nécessairement empreint d’un regard israélien, d’un point de vue israélien. Quand le Hamas tire des roquettes sur Tel-Aviv, ça nous est à tous insupportable. Et nous avons tous des collègues ou des proches qui, dans l’armée d’active ou dans celle de réserve, sont entrés dans la bande de Gaza. Mais nous avons aussi le devoir d’informer et l’obligation de définir une ligne éditoriale. C’est pour cela que, pour donner un exemple, la ligne que nous avons adoptée pour Barrière protectrice a été d’établir une chronologie exhaustive et mise à jour de façon permanente.

“Nous avons été confrontés à la censure militaire, qui nous a interdit de révéler l’information selon laquelle les trois adolescents juifs enlevés en mai dernier en Cisjordanie avaient été presque immédiatement assassinés, contrairement au discours officiel. Nous avons malgré tout essayé de faire passer cette info sans violer ouvertement l’interdiction. Parce que cette information était essentielle : par son contenu proprement dit, mais aussi par sa non-diffusion, laquelle a créé un climat tel dans l’opinion publique qu’une guerre à Gaza devenait inévitable. Avec le recul, je puis affirmer que l’opinion a été sciemment trompée.

“Ce sont les mêmes préoccupations qui ont guidé notre couverture de la campagne militaire contre la bande de Gaza. Nous avons voulu rendre compte, de la façon la plus fiable possible, de ce qui se passait de notre côté comme du côté palestinien. Concernant notre couverture ‘israélienne’, je ne crois pas qu’elle ait été radicalement différente des autres quotidiens. Nous ne sommes pas des fonctionnaires ou des diplomates de l’ONU, nous sommes des Israéliens, nous vivons en Israël, nous sommes curieux d’Israël, mais nous sommes également curieux de ce qui se passe de l’autre côté [palestinien].

“On nous a reproché de rappeler et de souligner le nombre de victimes palestiniennes. Pour prendre une comparaison sans doute osée, ne pas le faire, c’eût été comme rendre compte d’un match de football en ne publiant que le score d’une seule équipe. Cela relève d’une responsabilité professionnelle mais aussi morale. De même, au plus fort des tirs de roquettes [palestiniennes], nous avons soutenu le Premier ministre dans son choix de lancer une opération militaire, mais nous l’avons mis en garde contre le risque d’escalade ainsi que la mort d’innocents. Enfin, en dépit de notre sacro-sainte politique de liberté d’opinion, nous avons tout de même refusé la publication d’une tribune, laquelle assimilait les miliciens du Hamas aux combattants du ghetto de Varsovie.

En revanche, concernant l’éditorial controversé de Gideon Levy daté du 14 juillet, qui condamnait les pilotes israéliens et les appelait à désobéir aux ordres, j’estime que nous avons bien fait de le publier en temps de guerre, même si ce n’était agréable à lire ni pour nous ni pour une majorité de nos lecteurs. Aurions-nous dû attendre que le conflit soit derrière nous ? Et faire ce que nous faisons souvent en Israël : applaudir nos chefs et ensuite les accabler de critiques ? Tirer et puis pleurer ?”

À la simple évocation de Gideon Levy, toute l’assistance s’est réveillée comme un seul homme.

“Votre combat pour l’éducation à la démocratie vous honore. Qu’attendez-vous pour publier un entretien avec Ismaïl Haniyeh [responsable du Hamas], dans lequel il nous expliquera que son objectif est de détruire Israël ? Des gens comme Gideon Levy heurtent davantage l’opinion israélienne qu’ils ne l’informent. Pourquoi s’en prendre à ces pilotes de 22 ans, ces bons petits gars, et pas aux dirigeants ?” demande l’un des lecteurs. Un autre participant s’empare du micro d’Amos Schocken. Matti David, celui qui distribuait des tracts incendiaires dans les couloirs, explose : “En vous arrogeant le droit de savoir mieux que quiconque en Israël ce qui est bon pour la sécurité, la démocratie et le caractère juif d’Israël, c’est-à-dire en vous plaçant au-dessus du pouvoir législatif et judiciaire, vous faites preuve d’une arrogance insupportable. Cette conférence est la preuve que vous avez un problème et que cela ne va pas s’arranger si vous ne changez pas de politique éditoriale et si vous continuez à vous placer en dehors du consensus national.”

Un véritable chœur d’attaques venant de la salle se déchaîne contre Gideon Levy. Des dizaines de personnes hurlent, accusant Ha’Aretz de participer à une “campagne de nazification” d’Israël. Gideon Levy est comparé à “Lord Haw-Haw”, surnom donné jadis à William Joyce, un homme politique américain qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, animait une radio britannique de propagande nazie et qui fut pendu pour haute trahison en 1946.

“Gideon Levy n’a rien fait d’autre lorsque, sur les ondes de la BBC, il a soutenu les appels au boycott d’Israël. Alors nous tous, boycottons Ha’Aretz !” lance-t-il sous les ovations de la salle. Blême, Levy serre les dents et encaisse en silence. De nouveau, Schocken croit pouvoir raisonner la salle en expliquant qu’un autre éditorial controversé de Gideon Levy, publié à la fin de l’opération Plomb durci [janvier 2009], accusant déjà l’aviation d’avoir délibérément visé des civils, s’est finalement révélé pertinent après que, sous couvert d’anonymat, un chef d’escadrille se fut confié au quotidien concurrent Yediot Aharonot. En vain.

Des personnes non inscrites commencent à envahir la salle. Schocken craque : “Si vous ne voulez même pas écouter nos réponses à vos accusations, alors vous n’avez qu’à sortir !”s’écrie-t-il. Ce à quoi une bonne partie de la salle, comme il fallait s’y attendre, répond aux cris de “Sortons !”.

Itamar Baz

Publié le 15 septembre 2014 dans Ha’Ayin Ha’Shvi’it (extraits) Jérusalem

http://www.the7eye.org.il/125933

Gideon Levy, un sioniste détesté en Israël


Publié le  par Baudouin Loos

Contre la vague nationaliste imposante qui soutient avec ferveur l’attaque de l’armée israélienne contre Gaza, les voix israéliennes juives qui réussissent à se faire entendre ne sont pas légion. L’une d’elles bénéficie d’un support médiatique de choix, le très minoritaire mais estimé quotidien de gauche Haaretz. Au sein de sa rédaction, en effet, un homme symbolise «l’autre Israël», celui qui refuse la logique de guerre, et qui dénonce d’ailleurs depuis des décennies l’occupation. Cet homme s’appelle Gideon Levy et les menaces contre lui s’accumulent ces derniers jours.

Le journaliste a tenté la semaine dernière de se rendre dans les villes israéliennes proches de Gaza – l’entrée dans la bande maudite étant interdite aux Israéliens par Israël. Mais son reportage a tourné court devant la tension que sa présence suscitait quand il arrivait quelque part. Il estime même avoir échappé à un lynchage grâce à la présence d’une équipe de la télévision de la seconde chaîne nationale qui devait l’interviewer dans un «mall» d’Ashkelon (l’interview n’a d’ailleurs pas pu avoir lieu en raison de l’hostilité du public présent). Il a raconté cet épisode dans un article publié le 19 juillet.
Que dit donc Gideon Levy pour provoquer une telle ire contre lui?
Dans la rubrique «Opinions», il a par exemple signé le 17 juillet un papier intitulé «Voudriez-vous vivre dans le nouvel Israël qui vous tend la main?».

L’Israël qui se dessine, explique-t-il, sera celui «qui ne tolérera aucune opinion différente, aucune idée alternative. (…) Le peuple parlera à l’unisson, comme un chorus, aussi uniforme qu’un choeur de l’Armée rouge. Les médias aussi parleront d’une seule voix, déclamant les communiqués dictés par le gouvernement et l’armée».

Plus fort encore, car évoquant le climat de ces derniers jours: «En temps de guerre, la situation est différente, bien sûr. (…) On peut critiquer l’armée et la Défense mais dans une seule direction: ”Pourquoi ne laisse-t-on pas l’armée gagner? Laissons-la faire son travail, les battre tous, les bombarder, les écraser plus encore, conquérir plus encore, couper l’électricité, resserrer le siège, accroître autant que possible les tueries, la souffrance et les dévastations (…). Ramener les Arabes à l’âge de la pierre et Gaza au Moyen Age”. C’est autorisé.»

Dans un article plus analytique publié dans la même rubrique ce dimanche 20 juillet, Levy examine les dix conditions posées par le Hamas et le Djihad islamique pour cesser le feu. Et d’estimer qu’il n’y en pas une seule d’infondée parmi elles! Comme la fin du siège imposé à Gaza (que le droit international et la communauté internationale condamnent, d’ailleurs, n’écrit-il pas), la réouverture de l’aéroport de Gaza, celle du passage vers l’Egypte sous supervision internationale, l’ouverture d’un port, etc.) «Ces conditions sont d’ordre civil; les moyens utilisés pour y arriver sont militaires, violents et criminels. Mais l’amère vérité est que quand Gaza ne tire pas de roquettes sur Israël personne ne s’en préoccupe.»

L’animosité rencontrée par Gideon Levy en Israël ne date pas d’hier. Ce journaliste s’est spécialisé dans les affaires palestiniennes durant les années 1980. Ses fréquents reportages très crûs dans les territoires occupés, bien avant qu’il ne commençât à également remplir les colonnes des pages «Opinions», lui ont valu une solide réputation: celle d’un «prophète» pour les uns, comme l’intellectuel juif américain Noam Chomsky, ou celle d’un «traître» pour nombre d’Israéliens.

Nous l’avions rencontré à Bruxelles en 2010. Il assumait son impopularité chez lui en Israël. «Il y a de plus en plus d’Israéliens qui sont furieux contre moi. Eh bien! quelque part, ça me rend fier de moi. Car je lutte contre l’indifférence. Si je les fâche, c’est au moins que je les réveille, je touche leurs nerfs sensibles. Cela dit, la société israélienne devient de plus en plus intolérante. Beaucoup d’Israéliens trouvent que Barack Obama flirte avec l’antisémitisme, les associations qui défendent les droits de l’homme sont traitées de nazies, il y a de moins en moins de contre-pouvoirs, la société civile est dans le coma…»

Depuis lors, le journaliste a aggravé son cas, si l’on ose dire: depuis l’année dernière, lui le sioniste convaincu qui dit se battre «pour un Israël dont je pourrais être fier», s’est résolu à appeler au boycott de son pays«Le changement ne viendra pas de chez nous. C’est clair depuis longtemps. Aussi longtemps que les Israéliens ne paient pas le prix pour l’occupation, ou au moins ne font pas la connexion entre cause et effet, ils n’auront aucune raison d’y mettre fin. Et pourquoi un résident lambda de Tel-Aviv serait-il dérangé par ce qui se passe dans une ville de Cisjordanie comme Jénine ou de la bande de Gaza comme Rafah ? Ces endroits sont loin et pas particulièrement intéressants.»

Avec l’escalade actuelle à Gaza, comme il l’écrivait le 19 juillet, voici pour lui «le temps des menaces, de la haine, des intimidations (mais aussi les encouragements, le réconfort et la solidarité) dans la rue, par courriels, par téléphone, sur Twitter et Facebook. Les ténèbres sont tombés sur nous.»

Et de conclure de manière sombre: «Toutes les semences des incitations à la haine, toutes les lois nationalistes, racistes et la propagande incendiaire, les campagnes de peur et la subversion de la démocratie par le camp de la droite, tout cela a porté ses fruits, et ces fruits sont répugnants et pourris».

BAUDOUIN LOOS

Cette entrée a été publié sur le blog de Baudouin Loos  sur  ce permalien.