Gidéon Lévy :  « L’effroyable vérité sur les actions d’Israël dans la bande de Gaza »


Gideon Levy – Ha’aretz – 5 février 2015

D’avoir obtenu la démission de la tête de la Commission d’enquête des Nations-Unies ne changera rien quant au résultat de son enquête sur les crimes de guerre possibles commis dans Gaza – à moins que son remplaçant ne soit ou un raciste, ou un menteur.

Quel énorme succès diplomatique : Israël a réussi à obtenir que le professeur de droit canadien, William Shabas, démissionne de son poste de chef de la commission d’enquête des Nations-Unies sur les crimes de guerre éventuels à Gaza.

Grâce à une surveillance obstinée, les divisions Renseignements et Propagande d’Israël ont révélé que Schabas avait reçu une fois 1300 dollars d’honoraires de l’OLP. Conclusion : il a vendu son âme au diable. Le juge en croque. CQFD.

Il faut un sacré culot et une sacrée arrogance pour fouiller à nouveau dans le passé de ceux qui critiquent Israël pour tenter d’assassiner leur réputation, comme dans le cas de Richard Goldstone, simplement parce qu’ils ont osé critiquer l’État. Pour ce qui concerne Israël, le sort de quiconque critique le pays est scellé. C’est un antisémite, un anti-israélien, c’est quelqu’un d’avide ou d’animé par des motifs cachés.

Aux yeux d’Israël, il n’est pas possible que des personnes consciencieuses puissent être réellement et sincèrement choquées par ses actes, même si elles n’ont pas touché 1300 $ de l’OLP. Quand il est question d’Israël, aucun homme de loi épris de justice, ni quiconque de simplement convenable ne peut être horrifié par ce qu’il a fait dans la bande de Gaza l’été dernier. S’ils ont été choqués, c’est que ce sont des antisémites, ou parce qu’ils ont touché de l’argent de l’OLP. Il n’y a pas d’autre possibilité.

Mais la vérité est tout le contraire. Ce sont ceux qui n’ont pas été choqués qui méritent d’être condamnés, qui ont leur réputation assassinée, et leur passé minutieusement examiné. Soit ils vivent dans la cécité, le déni et la répression, soit leurs normes morales sont fondamentalement dénaturées et viciées.

Il était impossible de ne pas être horrifié par ce que les Forces de défense d’Israël ont fait dans Gaza l’été dernier – sauf si vous êtes un propagandiste, un menteur ou un raciste. En tout cas, il est impossible de soutenir Israël au vu de ce qu’il a fait aux Palestiniens. Impossible aussi d’être expert en droit international et d’être solidaire de ce qu’Israël est en train de faire. Le péché de Schabas est qu’il ne l’est pas. Il doit en être fier.

Seule, une commission d’enquête de la Ligue anti-diffamation, du gouvernement micronésien ou du parti Habayit Hayehudi (Foyer juif) n’aurait pas fustigé le saccage par les FDI de la bande de Gaza, saccage qui a été plus brutal et plus sauvage que tous les saccages précédents. Un rapport de B’Tselem publié la semaine dernière (« Drapeau noir : les conséquences juridiques et morales de l’agression contre les immeubles d’habitation dans la bande de Gaza, été 2014 ») raconte ce qui a été si rapidement oublié : les crimes de guerre.

B’Tselem a enquêté sur 70 cas de bombardements d’immeubles d’habitation, dans lesquels 606 personnes ont été tuées dans leur domicile ou tout près, plus de 70 % de ces morts sont des enfants, des femmes et des personnes âgées. Cela donne le vertige. L’armée la plus morale dans son spectacle pourtant le plus immoral, avec ses missiles qui visaient les terrasses des immeubles, et tous ses « avertissements ».

Le sang des victimes implore à grands cris. Mais pas en Israël. Ici, la propagande et les médias ont fait leur job. Dans la campagne électorale, il n’est fait aucune mention du plus important évènement du mandat du gouvernement sortant. Même l’opposition n’ose pas en parler. Le camp sioniste sait qu’il aurait fait la même chose (« dans la guerre contre le terrorisme, il n’y a plus de coalition, plus d’opposition », a déclaré Isaac Herzog la semaine dernière).

Même du sort de ces 20 000 personnes qui se trouvent toujours sans abri, six mois environ après les bombardements, dans l’hiver de Gaza, nul ne s’en préoccupe ici. Ce sont des Palestiniens. En outre, ils ont tiré des roquettes Qassam et ils se sont cachés dans des immeubles habités et le seul qui est à blâmer, c’est le Hamas. Quant aux immeubles qui ont été bombardés, c’était des avant-postes du Hamas et des salles de commandement, et tous ceux qui ont été tués étaient des terroristes, ou des enfants de terroristes.

Très prochainement, le rapport d’enquête, sans Schabas, sera publié. Il ne sera pas « équilibré », comme la propagande israélienne l’exige, parce que la situation est loin de l’être. Les 5 citoyens et les 67 soldats israéliens qui ont été tués y seront probablement mentionnés, comme les milliers de roquettes tirées sur les Israéliens. Mais même avec la nouvelle commission, avec un chef « équilibré », le rapport mentionnera qu’au cours de l’été 2014, Israël a commis des atrocités au-delà de toute proportion dans la bande de Gaza. Il n’y a aucune autre façon de décrire cela.

Source: Haaretz : http://www.haaretz.com/opinion/.premium-1.640830

Traduction : JPP pour l’Agence Média Palestine

http://www.agencemediapalestine.fr/blog/2015/02/08/leffroyable-verite-sur-les-actions-disrael-dans-la-bande-de-gaza/

Meurtres à Betunia, Cisjordanie occupée


Baudouin Loos

La vidéo qui accuse l’armée d’Israël de meurtres de sang-froid

Le document filmé, qui fait le buzz dans les réseaux sociaux, montre comment deux adolescents palestiniens non armés ont été froidement abattus à distance par un ou des soldats de l’armée israélienne le 15 mai dernier.

La scène se passe à Betunia, près de Ramallah, en territoire palestinien occupé. Devant la prison de l’armée israélienne appelée « Ofer ». Nous sommes le 15 mai, jour de la commémoration annuelle de la « nakba » (catastrophe) depuis 1948, la journée considérée comme celle du souvenir de la dépossession par les Palestiniens, marquée par des manifestations multiples.

Une manifestation se déroule en face de la prison en solidarité avec 125 prisonniers détenus sans charges qui observent une grève de la faim depuis 22 jours. Deux cents personnes environ, des jeunes souvent masquées. Des pierres sont jetées, à la main ou à l’aide de frondes, vers le bâtiment fortifié. Des caméras de surveillance d’un magasin palestinien situé en face de la prison filment l’événement. Selon un montage de ces images diffusé par l’ONG Defence for Children International Palestine (DCI-Palestine), on peut voir comment Mohamed Abou Thahar, 15 ans et Nadim Nuwara, 17 ans, sont abattus – l’un d’une balle dans le dos – alors qu’ils marchaient à leur aise sans menacer quiconque.

L’affaire, la semaine dernière, n’avait pas fait les grands titres en Israël. Elle avait en revanche choqué les Palestiniens. La diffusion de cette vidéo bouleverse la donne. Car l’armée israélienne qui a indiqué n’avoir recouru qu’à des balles de caoutchouc (« rubber bullets ») va devoir s’expliquer. Selon Salim Saliba, le médecin qui dirige les urgences à l’hôpital de Ramallah, qui a examiné les deux victimes, celles-ci ont succombé à des balles réelles.

Les règles internes de l’armée israélienne stipulent que le recours aux munitions de guerre est uniquement réservé aux « circonstances de vrai danger mortel » (pour les soldats). DCI-Palestine fait remarquer que cette règle est fréquemment ignorée, et cite des rapports, le sien , celui datant de 2013 de Betselem , une célèbre organisation israélienne qui comptabilise les violations des droits de l’homme dans les territoires occupés, et celui d’Amnesty International de février 2014. Selon le décompte de DCI-Palestine, quelque 1.400 mineurs d’âge ont été tués par l’armée d’occupation ou des colons israéliens depuis l’an 2000.
« Biaisée »

La version de l’armée israélienne répercutée par le journal Haaretz dit ceci : « Jeudi dernier, des troubles violents et illégaux ont eu lieu à Betunia. La vidéo en question a été éditée de manière biaisée et ne reflète pas la violence des troubles. Une enquête initiale indique que les forces opérant dans la zone concernée n’ont pas utilisé de balles réelles. Néanmoins, le procureur militaire a ordonné une enquête interne limitée ».

L’armée israélienne se mettra-t-elle en devoir d’enquêter en profondeur sur les deux tirs létaux du 15 mai à Betunia ? On peut le penser. Certes, en Israël, l’armée appelée « Tsahal » (l’acronyme hébreu d’Armée de défense nationale) jouit d’un immense prestige et beaucoup aiment à lui prêter la qualité d’« armée la plus morale du monde », cela au grand dam des milliers de ses victimes palestiniennes. Mais, cette fois, le retentissement mondial de la vidéo sur les réseaux sociaux n’a pas échappé aux médias israéliens, qui s’en sont emparés.

BAUDOUIN LOOS

Mardi 20 mai 2014

la video

[youtube http://youtu.be/CaibEqx2m_k?]

Exécution des prisonniers : une pratique sioniste ancrée depuis 1948


jeudi 19 septembre 2013, par Fadwa Nassar

L’éxécution du prisonnier Islam Toubassi, jeune Palestinien de 22 ans, arrêté par les forces de l’occupation, soulève à nouveau la pratique courante de l’occupation, depuis 1948, envers les prisonniers palestiniens et arabes. Islam Toubassi a été arrêté à l’aube du mardi 18 septembre, dans le camp de Jénine, lors d’un nouveau raid mené contre le camp de Jénine, par plus de 100 soldats de l’occupation. Islam Toubassi fut réveillé par les soldats, selon le témoignage de son frère Ibrahim, qui ont tiré sur lui, le blessant à la jambe. Il est arrêté et emmené par les soldats de l’occupation. Quelques heures plus tard, son corps est livré à la famille. Il a été froidement exécuté par l’occupant, la blessure à la jambe n’ayant pu certainement pas entraîner la mort.

Des dizaines de prisonniers ont été, depuis l’Intifada al-Aqsa, exécutés par l’occupant sioniste, de cette manière, c’est-à-dire après leur arrestation, au cours de leur transport dans les blindés de l’armée d’occupation, ou dans les postes d’arrestation. En tout cas, avant leur transfert en prison et avant leur « jugement ». Souvent blessés, ils sont tout simplement achevés. L’occupant ne s’encombre pas des Palestiniens : il les exécute. C’est la pratique des « droits de l’homme » du colonisateur raciste, que le monde « libre » occidental continue à soutenir, en refusant de le dénoncer, en poursuivant ses alliances militaires, économiques et culturelles avec lui, et en lui assurant une couverture politique et diplomatique. La communauté internationale, ONU et pays impérialistes, CICR et associations des droits de l’homme, sont aussi responsables que les criminels qui ont achevé le martyr Islam Toubassi. Nous n’avons aucune illusion là-dessus, même si un responsable de l’Autorité Palestinienne a appelé à porter cette affaire devant les tribunaux internationaux, pour juger le nouveau crime perpétré par l’Etat sioniste. Un simple appel pour se dédouaner, pour empêcher la révolte.

Appeler à traduire l’Etat colonial en justice, pour ce nouveau crime, relève du ridicule, quand on sait que l’exécution des prisonniers a toujours été une pratique de cet Etat, depuis 1948. C’est ce que vient de dévoiler, noir sur blanc, un nouveau livre paru sur les prisonniers palestiniens, entre 1948 et 1953, à partir de témoignages de ces Palestiniens encore vivants, qui vivent aujourd’hui dans les territoires occupés en 1948, sur lesquels fut installée la colonie israélienne. La lecture des témoignages qui se recoupent souvent, ne laisse aucun doute, puisque la plupart des faits racontés sont corroborés par les archives de l’Etat colonial, d’une part, et celles du CICR, de l’autre.

Des camps de concentration
Le livre publié récemment par l’Institut des Etudes Palestiniennes, écrit par l’historien Mustafa Qubbaha et le journaliste écrivain Wadi’ Awawdeh, comble une étape importante de l’histoire des prisonniers palestiniens et des prisons et camps de concentration sionistes, dans la Palestine occupée, qu’ils viennent tout juste de proclamer « Etat d’Israël ». Sitôt l’Etat proclamé, les rafles commencent, partout et sans motifs. La plupart des hommes considérés comme pouvant porter des armes furent emmenés, de force ou par la ruse, et incarcérés. De 1948 à 1953, entre 8000 et 120000 détenus palestiniens furent placés dans des camps, quelques-uns provisoires, d’autres permanents, comme le camp d’Ijlil, le plus vaste, où ont été détenus près de 4000 Palestiniens, en majorité des civils. Dans ce camp situé au nord de Yafa, fut froidement exécuté Salim Yafaoui, membre du comité national ayant organisé la défense de la ville de Yafa, en 1948. Le résistant fut exécuté par un gardien du camp, par une balle tirée dans le dos. Son corps fut exposé pendant plusieurs jours, « pour servir de leçon », avant d’être remis au CICR. Le second camp fut celui de Atlit, installé en juillet 1948. Plusieurs détenus palestiniens furent exécutés, sans la moindre justification, dont Hassan, du village de Zarkouna, dans la région de Yafa. Il s’était proposé pour aller cueillir des fruits que les gardiens souhaitaient avoir. A peine s’est-il déplacé qu’il fut froidement assassiné, dans le dos, encore une fois.

Dans trois autres camps de concentration, les prisonniers étaient forcés de travailler. C’était le cas pour les camps de Sarafand (camp militaire britannique transformé en prison), camp Tel Levinsky et le camp d’Um Khaled.

La forteresse historique de Akka fut transformée en prison par les Britanniques, qui y exécutèrent les premiers prisonniers martyrs, Fouad Hijazi, Ata Zeer et Mohammad Jamjoum, le 17 juin 1930, suite à la première révolte d’al-Bouraq, contre la présence sioniste aux environs de la mosquée al-Aqsa. Lorsque les sionistes s’emparent du pays, ils maintiennent la prison dans la forteresse et exécutent 19 prisonniers, au moins, selon leurs compagnons, après avoir été sommairement jugés par un tribunal militaire.

Le témoignage de Jumaa Ghanem de Tiret al-Karmel, qui fut détenu dans la prison de Akka, est sans équivoque : « Un tribunal d’exception fut installé, dans le poste de police. Ils nous prenaient un à un, nous entendions un peu plus tard trois coups de feu, nous ne savions pas ce qui se passait. Mais cependant, personne ne revenait. Nous avions pensé qu’ils voulaient juste nous terroriser. Mon tour est arrivé. Deux soldats m’emmènent vers la place de la prison. J’y retrouvais tous ceux qui ont été emmenés avant moi. Leurs corps inanimés étaient plongés dans le sang. Je me suis retrouvé devant le juge, entouré de trois officiers et de deux traducteurs… »

La barbarie de l’occupant sioniste ne date pas d’ajourd’hui, comme peuvent le prouver tous les massacres commis entre 1947 et 1948, pour semer la terreur et obliger les survivants à quitter leur pays. Mais ceux qui sont restés, eux, ont dû subir l’humiliation et la terreur quotidienne, ils ont dû assister à la destruction brutale de leur pays, de leurs villes et de leurs villages. Ils furent pourchassés, emprisonnés, encerclés, puis soumis à un régime militaire. Et c’est aussi dans ces camps de concentration que l’occupant a installés, qu’ils ont réalisé la véritable nature de ces envahisseurs venus d’ailleurs.

Fadwa Nassar
18 septembre 2013

source

Israël et la « guerre humanitaire »


posté à 19h13, par Eyal Weizman (traduit par Rémy Toulouse)

« La ruine est un symbole important en ce qu’elle permet l’exposition publique de l’occupation et de la domination : elle témoigne de la présence du pouvoir colonial, y compris quand le colonisateur lui-même est invisible. »

Cette traduction d’un article d’Eyal Weizman a été publiée dans le numéro 12 de la version papier d’Article11

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L’article qui suit a été publié sur le site de la London Review of Books le 24 novembre 2012, trois jours après la fin officielle de l’opération « Pilier de Défense » – attaque de l’armée israélienne sur la bande de Gaza qui a fait environ 160 victimes. Du 14 au 21 novembre 2012, une pluie de missiles s’était abattue sur un territoire déjà dévasté par de précédentes agressions et un blocus draconien. Ruines sur ruines, sang sur sang.

Nous avons choisi de traduire et publier ce texte inédit (en français) d’Eyal Weizman parce qu’il dresse un tableau dépassant largement la simple réaction « à chaud ». En analysant les nouveaux visages de la stratégie israélienne et en dressant le parallèle avec l’opération « Plomb Durci » de décembre 2008 et janvier 2009 (plus de 1 300 morts), Weizman met à nu la nouvelle obsession des responsables israéliens : intégrer la logique du droit humanitaire à une stratégie militaire d’agression. Ou comment faire régner la terreur tout en se parant d’un masque de « légalité ».

Eyal Weizman est peu connu en France. Hors le brillant À travers les murs (dont Article11 parlait ici), traduit aux éditions La Fabrique en 2008 et consacré à « l’architecture de la nouvelle guerre urbaine »1, l’œuvre de ce théoricien israélien de l’architecture et de l’urbanisme y reste en grande partie inédite2. C’est un tort, tant ses analyses des différentes composantes (architecturale, législative, militaire, etc.) de l’occupation israélienne éclairent la guerre en cours.

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Gaza sous les raids aériens de novembre 2012 © Rafael Ben-Ari / Sipa

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Au cours des huit jours de bombardements aériens sur Gaza par les drones, F-16 et hélicoptères Apache israéliens, plus de 1 350 bâtiments ont été touchés. Il y avait parmi eux des dépôts militaires, considérés comme des cibles légitimes par le droit humanitaire international. Mais les postes de police, les locaux de télévision, les centres de soin, les ministères, les tunnels et les ponts qui ont également été visés sont protégés par le droit au titre d’infrastructures civiles. Pour justifier leur destruction, Israël a prétendu qu’ « ils appartenaient à une organisation terroriste  ». Un argument qui, si on l’accepte, fait de tous les immeubles publics et infrastructures physiques de la bande de Gaza des cibles légitimes ; c’est pourquoi cette justification est rejetée par tous les avocats internationaux en dehors d’Israël.

La volonté d’Israël de se doter à tout prix d’une ligne de défense juridique, même fragile, est une réponse au rapport Goldstone, qui affirmait (avant que Goldstone lui-même ne se rétracte) qu’Israël et le Hamas avaient commis des crimes de guerre au cours du conflit de l’hiver 2008-2009, et qu’Israël était peut-être même coupable de « crimes contre l’humanité ». En pleine tempête médiatique déclenchée par ce rapport, Benjamin Netanyahu avait pris la parole dans un institut de sécurité pour mettre les choses au clair : les organisations soutenant les principes des droits de l’homme et du droit international étaient, selon lui, la troisième menace stratégique (après l’Iran et le Hezbollah) pesant sur la sécurité d’Israël… Quand les think tanks israéliens, et certains de leurs équivalents occidentaux, font aujourd’hui état de cette « troisième menace stratégique  » qu’est le recours au droit contre les armées étatiques, ils évoquent une « guerre législative » ; soit l’usage du droit international comme une arme par un acteur non étatique, visant à pallier sa faiblesse sur le terrain purement militaire.

Conscient qu’il pouvait être contre-productif de s’exposer davantage à l’action juridique internationale, Netanyahu a fait passer une consigne lors de l’opération « Pilier de Défense » : l’armée devait s’imposer une certaine retenue, afin d’éviter le niveau de destruction atteint en 2008-2009. En outre, les experts israéliens en droit humanitaire international ont été plus étroitement associés que jamais à la préparation des attaques, et l’armée n’a cessé de proclamer son engagement à minimiser les dégâts infligés aux populations civiles. Résultat : le nombre de victimes est bien moins élevé que pour l’opération « Plomb Durci » – qui a causé dix fois plus de morts chez les Palestiniens –, même si ce chiffre s’est accru alors que l’opération militaire touchait à sa fin. La liste des cibles se réduisant, la force aérienne a largué ses bombes sur des quartiers plus densément peuplés, avec un risque plus important de dégâts collatéraux. Mais Israël ne se contente pas d’affirmer que ses raids aériens sont conformes au droit international. L’État hébreu a aussi commencé à expérimenter de nouveaux types de bombardements. C’est ce qu’ont découvert les défenseurs des droits de l’homme qui ont mené, après l’attaque de 2008-2009, une enquête utilisant des techniques issues du nouveau champ de la « juri-architecture3 ». Cela leur a permis de mettre à jour les traces d’une nouvelle stratégie israélienne : des cratères de petite taille causés par des impacts sur ce qui avait autrefois été les toits d’immeubles détruits. L’armée israélienne a fait savoir qu’elle avait à nouveau utilisé cette tactique – appelée « frappe sur le toit  » – au cours de l’opération « Pilier de Défense ». La manœuvre consiste à tirer des missiles et des bombes « préventives » de faible intensité sur des maisons à détruire, avec l’idée que leur impact sera assez important pour que, pris de panique, les habitants fuient leurs maisons avant qu’elles ne soient entièrement démolies.

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Illustration de Baptiste Alchourroun

Israël se targue désormais de systématiquement prévenir les habitants civils des bombardements imminents. La nouvelle procédure est une adaptation de la méthode « frappe sur le toit » : elle consiste à appeler les habitants pour les informer – via un message enregistré ou récité par un opérateur arabophone de l’armée de l’Air – que leur immeuble sera détruit dans les minutes à venir. Des lignes téléphoniques qui avaient été suspendues depuis des mois pour cause de factures impayées ont même été soudainement réactivées pour diffuser ces mises en garde. Selon l’armée israélienne, au cours des dernières vingt-quatre heures de l’opération « Pilier de Défense », des milliers de résidents gazaouïs ont ainsi été avertis par téléphone des frappes à venir. (Israël a accès au réseau de communication de Gaza, parce que le réseau téléphonique et l’infrastructure Internet de la Bande sont acheminés par des serveurs israéliens ; un avantage précieux pour récolter des renseignements et pour diffuser de la propagande.)

Bien entendu, de nombreux habitants de Gaza n’ont ni ligne terrestre ni téléphone portable. Mais lorsque c’est le cas, a expliqué un porte-parole de l’armée israélienne, les experts juridiques recommandent d’utiliser des tracts encourageant les gens à quitter leurs domiciles avant qu’ils ne soient détruits. Et les bombes préventives sont juste une autre manière d’envoyer un avertissement. En 2009, un avocat de l’armée israélienne pouvait tranquillement déclarer : « Les gens qui restent dans une maison malgré les avertissements ne doivent pas être comptabilisés comme des victimes civiles. […] D’un point de vue strictement juridique, je n’ai pas à les prendre en considération. »

Bien sûr, prévenir peut permettre de sauver des vies. Mais la stratégie vise aussi à changer la désignation légale de quiconque est amené à être tué. Selon cette interprétation du droit, si un avertissement a été émis et qu’il n’a pas été suivi, la victime n’est plus un « non-combattant » mais un « bouclier humain » volontaire. Dans ce cas et dans d’autres, les lois de la guerre interdisent certaines choses mais en permettent d’autres. Cela devrait donner à réfléchir à tous ceux qui ont protesté contre l’attaque israélienne au seul nom du droit.

Nous en saurons plus sur la manière dont l’opération « Pilier de Défense » a été menée lorsque, dans les semaines à venir, il sera possible de commencer à lire les décombres. Une partie de ce que nous savons sur l’attaque de 2008-2009 vient ainsi d’archives, rassemblées dans «  le Livre de la Destruction » par le ministère des Travaux et de l’Habitat public, dirigé par le Hamas. Ces archives contiennent des milliers d’entrées, chacune documentant un immeuble partiellement ou entièrement détruit ; tout y est enregistré, des murs fissurés mais tenant encore debout jusqu’aux tas de ruines. Ce ministère mettra certainement en place le même type d’archives après la série de bombardements de novembre 2012. Et la liste dressée sera sans doute étroitement parallèle à celle contenue dans un document de l’armée israélienne, « le Livre des Cibles de Gaza », un épais dossier bleu que le chef d’état-major sortant, Gabi Ashkenazi, qui supervisa l’opération « Plomb Durci », a confié à son successeur lors d’une cérémonie télévisée diffusée début 2011 : «  Je tiens à transmettre quelque chose que je transporte avec moi en permanence », a-t-il déclaré.

Maintenant que les bombardements sont terminés, des indices vont être collectés (et des allégations formulées et contestées) en parlant aux survivants et aux témoins, et en utilisant des données géo-spatiales, des images-satellites d’immeubles détruits et des informations obtenues lors d’investigations sur place. Mais l’enquête se révélera difficile : à Gaza, les ruines s’empilent sur les ruines, et il n’est pas facile de les distinguer les unes des autres. Les guerres de 1947-1949, les incursions militaires des années 1950, la guerre de 1956, celle de 1967, la contre-insurrection de 1972 dans les camps de réfugiés, la première Intifada de 1987-1991, les vagues de destruction lors de la seconde Intifada des années 2000 et les deux attaques de 2008-2009 et 2012 ont toutes ajouté de nouvelles couches de gravats sur celles accumulées antérieurement.

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Gaza, novembre 2012 © AHMUD HAMS / AFP

La ruine est un symbole important en ce qu’elle permet l’exposition publique de l’occupation et de la domination : elle témoigne de la présence du pouvoir colonial, y compris quand le colonisateur lui-même est invisible. Avant de se retirer de la bande de Gaza en 2005, Israël a affirmé son contrôle sur l’enclave au moyen de ses colonies. (En 1980, Ariel Sharon, alors ministre en charge des Colonies, a déclaré qu’il voulait que « tout Arabe discerne chaque nuit, à moins de cinq cents mètres de chez lui, les lumières juives ».) Après que l’armée s’est redéployée autour de Gaza et qu’elle a rasé les colonies, inaugurant une nouvelle phase du colonialisme, les immeubles détruits – tels des monuments, non réparés, non réparables – sont devenus l’affirmation visuelle la plus importante de la domination israélienne.

Mais le véritable pouvoir d’Israël sur Gaza est invisible. Il tient dans la capacité de sa force aérienne à maintenir sur la Bande une menace permanente de « frappe et de surveillance » (les drones peuvent rester dans les airs vingt-quatre heures sur vingt-quatre) ; c’est cette capacité qui a rendu le retrait de l’armée possible. Si on tient compte de l’emprise qu’Israël exerce sur le sous-sol gazaouï – laquelle lui permet de voler la majeure partie de l’eau venant des aquifères côtiers – et sur les ondes radio, par exemple en ayant recours à la technologie de brouillage électromagnétique, tout ce qui reste aux habitants de Gaza est la fine bande de terre prise en sandwich entre les zones contrôlées par les Israéliens. Pas la peine de se demander pourquoi ils cherchent à occuper l’espace au-dessous et au-dessus d’eux avec des tunnels et des roquettes.

Eyal Weizman, novembre 2012 – Texte traduit de l’anglais par Rémy Toulouse

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Le texte publié dans la version papier était accompagné d’une illustration de Baptiste Alchourroun :

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1

JPEG - 80.6 ko2 Hollow Land : Israel’s Architecture of Occupation (2007) et The Least of All Possible Evils : Humanitarian Violence from Arendt to Gaza (2011) n’ont pas été traduits en français.

3 Le terme fait référence à une méthode analytique visant à reconstituer les scènes de violence à partir de leur inscription dans les constructions et les environnements spatiaux.

source


Julien Salingue : Sur l’offensive en cours à Gaza


Propos recueillis par Gaël Cogné et publiés le 16 novembre 2012 sur le site FranceTVinfo

Francetv info : Quelles sont les raisons pour lesquelles Israël a lancé une offensive contre la bande de Gaza ?

Julien Salingue : Il y a deux considérations. Une qui relève de la politique intérieure, l’autre de politique extérieure. D’abord, ça devient de plus en plus une tradition en Israël : les campagnes électorales s’accompagnent d’une attaque. La dernière opération contre Gaza en 2008-2009 (« Plomb durci »), c’était aussi pendant une campagne. Le gouvernement de Benyamin Netanyahu est tenté d’être dans une confrontation militaire pour radicaliser la société israélienne. Ils savaient très bien que le Hamas ne manquerait pas de riposter. Ils comptent convaincre un certain nombre d’électeurs que la meilleure option demeure les plus radicaux, eux-mêmes.

Ensuite, on est à deux semaines d’un probable vote aux Nations unies sur le statut de la délégation palestienne pour son admission comme État nom membre. Israël n’en veut pas mais est minoritaire à l’ONU sur cette position. En lançant une confrontation militaire avec Gaza, il soude derrière lui une partie des hésitants tentés de ne pas vouloir se prononcer, pour ne pas donner l’impression de soutenir les Palestiniens contre Israël. Les réactions d’une partie de l’Union européenne montrent que cela fonctionne. Très nuancées, elles renvoient dos à dos le Hamas et Israël.

L’assassinat du chef militaire du Hamas, Ahmad Jaabari, porte-t-il un coup dur au mouvement ?

Au Hamas, Jaabari était un chef militaire, mais il jouait aussi un rôle politique central dans la bande de Gaza. Il était en charge depuis quelques années du maintien de l’ordre. Son rôle était d’assurer, si nécessaire, le calme aux frontières, aux points de contact avec Israël. Ce n’est pas un hasard si c’est lui qui, on l’a appris dans le quotidien israélien Haaretz, était en train d’élaborer une proposition de trêve avec Israël sous supervision égyptienne. On est loin de l’image qu’on a voulu nous présenter, celle d’un chef de groupes qui tirent des roquettes sur Israël. Finalement, ceux qui au Hamas défendent depuis plusieurs années le principe d’une solution politique et de négociations sont affaiblis.

Le Hamas va-t-il exploiter cette intervention pour renforcer son emprise sur Gaza ?

Il y a quelques mois, le Hamas a créé une force de trois cents hommes chargée de dissuader les autres groupes de tirer des roquettes sur Israël. Alors que le blocus, les bombardements et les incursions se poursuivaient, cette mesure n’était pas populaire. Une partie de la base du Hamas jugeait qu’il n’était pas assez ferme. En visant directement l’appareil militaire du Hamas, Israël donne l’impression à la population que le parti est loin d’avoir fait des compromis. En ce sens-là, ça peut servir le Hamas.

Après, cela peut aussi avoir un effet sur la scène politique intérieure palestinienne. Le Hamas sort renforcé vis-à-vis de l’autorité palestinienne de Ramallah. Depuis quelques jours, cette dernière peine à communiquer. En réalité, Mahmoud Abbas se retrouve un peu piégé. S’il condamne trop vivement l’intervention israélienne, s’il apporte trop ouvertement son soutien à la population de Gaza, il va apparaître comme soutenant le Hamas [son opposant politique]. Mais s’il ne le fait pas, il donne le sentiment qu’il privilégie les intérêts d’appareil à la population.

Du coup, les groupes jihadistes salafistes qui ont fait leur apparition ces dernières années s’en trouvent-ils affaiblis ?

Il est difficile de mesurer leur réalité. Mais ils se sont construits en expliquant que le Hamas était en train de devenir l’équivalent de l’Autorité palestinienne, qu’il n’allait pas assez loin. Par conséquent, dans la phase actuelle, ils perdent de leur aura car le Hamas s’est remis à participer de manière très visible au combat. En revanche, si le Hamas va vers la négociation d’une trêve ou d’un cessez-le-feu et que dans les semaines ou les mois à venir la situation de Gaza ne s’améliore pas, les groupes plus radicaux empocheront la mise.

Pendant longtemps, le régime d’Hosni Moubarak en Egypte s’est montré assez neutre vis-à-vis d’Israël. L’arrivée au pouvoir de l’islamiste des Frères musulmans (organisation proche du Hamas) Mohamed Morsi change-t-elle la donne ?

Ce qui s’est passé depuis deux jours montre assez nettement que les choses ont changé. On a eu les déclarations assez vives de Mohamed Morsi, le rappel de l’ambassadeur d’Egypte en Israël, l’ouverture de la frontière à Rafah pour permettre aux blessés palestiniens de sortir, la visite du Premier ministre égyptien aujourd’hui. Israël ne peut plus compter sur le régime égyptien pour faire taire toute contestation de la politique israélienne en Egypte et pour contribuer à l’isolement des Palestiniens. Pour l’instant, cela ne joue pas beaucoup sur la politique israélienne, mais cela peut, à moyen terme, peser.

Pensez-vous que l’opération va encore durer longtemps ? Y aura-t-il une opération terrestre ?

Difficile à dire. Avec le contexte électoral israélien, le gouvernement ne peut pas donner l’impression d’avancer à moitié. Est-ce que ça veut dire qu’il va entrer partiellement, totalement dans la bande de Gaza, qu’il va accroître la pression militaire ? Ce qui est sûr, c’est que ça ne va pas s’arrêter aujourd’hui. Ce qui va jouer, c’est en partie l’attitude du Hamas et les effets des tirs de roquettes. S’il y a d’autres morts côté israélien, ou d’autres roquettes qui tombent à côté de lieux symboliques, cela peut convaincre l’armée israélienne de pénétrer dans la bande de Gaza et de taper plus fort.

Venez protester !!!! Indécente propagande militariste israélienne à Anvers dimanche prochain


Une pétition adressée à Yves Leterme et Monica De Cowninck peut être signée en cliquant ici

Soyons présents !
Venez protester avec nous
dimanche 18 novembre à 13 h.,
contre ce concert de propagande l’orchestre
de l’armée israélienne à la
Maison de la Province d’Anvers
Koningin Elisabethlaan 22, 2018 Anvers
Tram 2 et 6 à partir de la gare Centrale d’Anvers
(arrêt : Provinciehuis)

 

Indécente opération de
propagande militariste
israélienne à Anvers
dimanche prochain

Le 13 novembre 2012

Rue de la Station 58/2 – 6140 Fontaine-l’Evêque

 

De nombreuses organisations appellent à manifester contre la représentation de l’orchestre de l’armée israélienne, avec le soutien de l’ancien premier ministre
Yves Leterme et de la
Ministre Monica De Coninck
,
ce dimanche 18 novembre à Anvers
.

 
La Plate-forme Charleroi-Palestine s’associe à cet appel.

Inacceptable ! B’nai B’rith Antwerpen et Christenen voor Israël (Chrétiens pour Israël) invitent l’Orchestre de l’armée israélienne à Anvers ce dimanche 8 novembre.
Et l’ex-premier Yves Leterme et la ministre Monica De Coninck y prendront la parole.

« L’armée israélienne a mené samedi et dimanche des offensives aériennes et terrestres dans la bande de Gaza faisant 7 morts palestiniens, dont 3 enfants, et 52 blessés, dont 6 femmes et 12 enfants » écrit l’Association belgo-palestinienne (ABP).

« Au-delà des événements du weekend, cela fait deux semaines qu’Israël a repris des frappes régulières contre la bande de Gaza. Le risque augmente que l’on assiste à une attaque d’envergure, semblable à l’Opération Plomb durci de l’hiver 2008-2009 qui s’était soldé par un bilan de 1400 morts et plus de 5000 blessés du côté palestinien, et cela en moins d’un mois. L’attaque israélienne avait été menée à un mois des élections législatives en Israël. Cette année, les attaques s’intensifient aussi à deux mois des élections israéliennes, prévues en janvier 2013….
Alors que l’armée israélienne reprend sa politique de représailles massives, en déni total du droit international, Monica De Coninck, Ministre fédérale de l’Emploi et Yves Leterme, assisteront dimanche prochain à un concert donné à Anvers par l’armée israélienne. L’Association Belgo-palestinienne s’oppose vivement à ce qu’un représentant du gouvernement fédéral cautionne un tel événement par sa présence et appelle tous les démocrates à manifester en ce sens. Il est impensable que , dans la situation actuelle, alors qu’Israël une fois de plus bafoue le droit international et humanitaire en s’attaquant à des civils, notre gouvernement se voie représenté à une manifestation qui met à l’honneur l’armée israélienne.
»

Un jeune Palestinien blessé lors du bombardement du 10 novembre
« L’armée israélienne a mené une guerre d’agression contre la bande de Gaza lors de l’hiver 2008-2009 pendant laquelle plus d’un millier de Palestiniens ont perdu la vie et plusieurs milliers ont été blessés. Le blocus illégal de cette armée contre la population de la bande de Gaza dure depuis des années. Aussi bien en Cisjordanie, qu’à Jérusalem Est et dans la bande de Gaza (territoires occupés illégalement depuis 1967), l’armée israélienne se rend quotidiennement coupable d’exactions et de violations des droits de l’homme… » rappelle l’asbl Intal
« Pour toutes ces raisons, nous exigeons de la Belgique un embargo militaire contre Israël. Ce qui se produit ce 18 novembre, c’est l’exact opposé. L’ancien Premier Ministre Yves Leterme (CD&V) ainsi que la Ministre fédérale de l’emploi Monica de Coninck (Sp.a) seront présents dimanche prochain à ce concert, apportant de facto leur soutien à l’occupation israélienne ainsi qu’à son armée. Nous dénonçons le fait que des moyens publics, tels que la Maison de la Province d’Anvers, puissent être utilisés par la propagande en faveur de la colonisation et de la répression israélienne. »

Yves Leterme et Monica De Coninck à un concert de Tsahal


Une après-midi anversoise fait beaucoup parler d’elle dans les milieux propalestiniens. Ceux-ci ont en effet eu l’attention attirée par l’affiche d’une invitation lancée par deux organisations, Christenen voor Israel (les chrétiens pour Israël) et le B’nai B’rith Antwerpen (filiale anversoise d’une organisation juive qui se dit active dans

la défense des droits de l’homme et la défense de l’Etat d’Israël). Le concert sera donné dimanche par l’orchestre de « Tsahal », l’acronyme hébreu qui désigne l’armée israélienne. Orateur : Yves Leterme, ex-Premier ministre parti à Paris à l’OCDE. La ministre fédérale de l’Emploi, la SPa Monica De Coninck, devrait également assister à cet événement musical.
Plusieurs organisations propalestiniennes s’étranglent d’indignation à propos de ces parrainages. Ainsi, l’Association belgo-palestinienne a émis un communiqué pour dire son opposition, notamment, « à ce qu’un représentant du gouvernement fédéral cautionne un tel événement par sa présence (…). Il est impensable que, dans la situation actuelle, alors qu’Israël une fois de plus bafoue le droit international et humanitaire en s’attaquant à des civils, notre gouvernement se voie représenté à une manifestation qui met à l’honneur l’armée israélienne ».
De son côté, la députée Ecolo Zoé Genot a interpellé Mme De Coninck.
L’armée d’Israël, qui se décrit comme « la plus morale du monde », est aux yeux du droit international une armée d’occupation. Et son activité répressive a souvent tué des civils innocents, comme en attestent les rapports des ONG compétentes en droits humains. BAUDOUIN LOOS »LE SOIR » DU MERCREDI 14 NOVEMBRE 2012