À bord du KWAI, nettoyage record du continent de plastique.


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Sasha Delaage

Le 19 juin 2019, après 25 jours passés en mer, le KWAI rentre dans le port de Honolulu. Pendant près d’un mois, l’équipage a effectué le plus grand nettoyage du “Vortex de déchets du Pacific Nord” jamais entrepris. Le voilier retrouve la terre ferme avec à son bord, 42 tonnes de déchets et de filets récoltés dans l’océan. Reportage de notre correspondante à Hawaii, Sasha de Laage.

Nous sommes le 25 Mai 2019, le port de Honolulu grouille d’activité. Les hommes d’équipages du KWAI s’affairent sur le pont, les bénévoles achèvent les derniers préparatifs. C’est finalement devant une foule de journalistes et de sponsors que le navire appareille et file au Nord-Est. Le cap est fixé vers le “Vortex” de Déchets du Pacifique Nord, là où par le biais des courants marins qui forment un tourbillon, se concentrent les plus grands amas de plastique dans l’océan. Cette zone du Pacifique – qu’on estime deux fois plus vaste que la France – est plus connue sous le nom de “continent de plastique”.

Le KWAI – photo © : Sasha de Laage/Ocean Voyages Institute

Mary Crowley, présidente de l’ONG Ocean Voyages Institute qui finance l’expédition, nous explique que “l’objectif de la mission est de mieux comprendre les courants marins dans cette région du Pacifique, et de retirer le maximum de débris et de filets fantômes, -ghost nets-, de l’océan.” Ce terme désigne les filets  abandonnés ou perdus en mer par les navires de pêche. Ils deviennent un piège et une menace pour toute forme de vie aquatique et sont un “fléau pour les écosystèmes marins”, insiste Mary Crowley. Ces filets dévastateurs finissent par s’échouer sur les côtes ou sur des barrières de coraux qu’ils étouffent.

Il y aura plus de plastique dans les océans que de poissons d’ici 2050”

Un Océan de Plastique

En 2017, un rapport alarmant du World Economic Forum nous mettait déjà en garde. Si rien ne venait à changer, il y aura plus de plastique dans les océans que de poissons d’ici 2050 (en poids). Tous les ans, ce sont 8 millions de tonnes de plastique supplémentaire qui contaminent l’océan. Voilà à quoi ressemble le monde que nous léguons à nos enfants si nous ne faisons rien. Pour inverser cette tendance désastreuse, il n’y a pas de solution miracle: nous devons arrêter de considérer l’océan comme la poubelle du monde et changer de modèle de production. “50% de l’oxygène que nous respirons, nous le devons à l’océan rappelle Charlotte Vick, de la Mission Blue Foundation. “Pendant longtemps, nous avons cru que l’océan était trop vaste pour s’effondrer. Mais ce n’est pas le cas, puisqu’il s’effondre en ce moment même” déplore t-elle.

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Les initiatives pour récupérer et recycler tous ces déchets présents dans l’environnement se multiplient autour du monde, à l’image du succès de la start-start-up 4Ocean et de l’ambitieux projet The Ocean Clean-Up. Mais Mary Crowley nous prévient: “Beaucoup de personnes pensent que ces start-up vont sauver nos océans, il y a énormément de spéculation autour du projet ‘The Ocean Clean-Up’, mais aucun résultat n’en ressort pour l’instant. Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre une solution miracle. La plupart des bateaux de pêches pourraient être employés 4 mois par an pour nettoyer les océans, et avoir un impact très concret !

Récupération d’un filet fantôme dans le Pacifique – photo © : Greg Joder/Ocean Voyages Institute

Comment nettoyer l’océan ?

Il [l’océan] rassemble nos déchets pour nous, il fait le plus gros du travail en attendant que nous les récupérions !

Charlotte Vick, bras droit de l’iconique Sylvia Earle, nous met en garde: “L’acidification des océans, le réchauffement climatique, et la pollution plastique… Notre planète bleue est en grand danger…” avant de s’interroger: “L’océan est si vaste, comment le nettoyer ?” Pour Mary Crowley, la nature fait bien les choses et peut-être un allié dans ce combat. “L’Océan a une façon de trier les déchets” nous rappelle t’elle. “Il rassemble nos déchets pour nous, il fait le plus gros du travail en attendant que nous les récupérions !” En effet, en dehors du plastique ingéré par le monde animal et les fonds océaniques, une partie de celui-ci est coincé dans les gyres océaniques d’une part, et dans des amas « locaux » d’autre part.

En amont de notre départ, certains vaisseaux en transit dans cette région du Pacifique avaient attachés des trackers GPS sur certains filets fantômes, nous donnant ainsi leur position en temps réel. La technologie satellite a été un atout majeur et une solution innovante pour dénicher les zones denses en déchets plastiques. Nous n’avons eu qu’a suivre les 8 coordonnées que nous renvoyaient le satellite. Dut aux courants, les filets balisés étaient très proches d’autres débris” nous explique Ethan Aspler, le capitaine du KWAI. Devant les caméras venues célébrer le retour du KWAI, il précise: “Avec l’aide d’un vigile posté sur le mat et de deux pilotes de drones, nous avons pu localiser des filets supplémentaires, dans un rayon de plusieurs kilomètres autours du navire, et ainsi augmenter considérablement l’efficacité de notre nettoyage.”

Tracker GPS sur un filet fantôme – photo © : Ocean Voyages Institute

Teitera, un des membres d’équipage, raconte: “C’était épuisant, d’être constamment en alerte, en mouvement, dans l’eau pour attacher les sangles autours des filets, sur le pont pour les hisser hors de l’eau, sur le dinghy pour récupérer les emballages, les bouteilles et tous les débris qui traînaient.” Comme tous les membres d’équipage, Teitera vient de Kiribati, un petit état insulaire du centre du Pacifique. Ému, il reprend: “Nous sommes un peuple de pêcheurs, et nous n’avons pas fait grand chose pour détruire l’océan. Mais nous sommes les premiers à souffrir de la disparition des poissons et de la montée des eaux. Et nous sommes aussi les premiers à nettoyer la poubelle des autres.

Teitera – photo © : Sasha de Laage/Ocean Voyages Institute

Au final, le KWAI a retiré à lui seul 42 tonnes de débris et de filets de l’océan, ce qui fait de cette campagne le plus grand nettoyage du “continent de plastique” jamais entrepris. La totalité des déchets et des filets ont été recyclé. Cependant, un des membres d’équipage temporise :C’est super ce qu’on a fait. Mais il faut pas se voiler la face. On a vu tellement de débris là-bas, tellement de micro-plastiques… Ce qu’on a accompli, c’est bien, mais ce n’est pas suffisant. Ça doit participer à un effort global pour modérer nos modes de vies.” On peut saluer cette clarté d’esprit. Car personne n’est dupe : nous n’y arriverons pas sans changer la société thermo-industrielle à la source.

Selon une étude datée de 2014, on estime à environ 51 trillions le nombre de particules micro-plastiques dans l’océan. Ces fragments sont avalés par les poissons, avant de remonter la chaîne alimentaire et de finir dans nos propres estomacs. Mary Crowley confirme que “ce n’est que le début ! Nous allons repartir dès le mois d’Août, et nous espérons être une dizaine de vaisseau à parcourir le Pacifique pendant 3 mois dès l’année prochaine.” Charlotte Vick, quant à elle, nous invite à “participer à cette solution globale en réduisant notre consommation et en supportant les efforts de clean-ups partout autour du monde.” Le rendez-vous est pris pour Mai 2020, ou le KWAI battra sûrement son propre record.

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Vivre sans Google et cie ? La liste des alternatives aux GAFAM


Les GAFAM – ces mastodontes du web – sont régulièrement sous le feu des critiques. Contrôle du marché de l’information et de la publicité en ligne, revente des données personnelles, pouvoir économique mondial hors norme, influence de la démocratie via des lobbies surpuissants, les motifs de se méfier de ces géants ne manquent pas. Difficile pourtant de s’en défaire une bonne fois pour toute tant ils sont partout dans notre univers numérique. Néanmoins, voici quelques pistes pour les remplacer au quotidien.

Derrière l’acronyme un peu barbare de GAFAM se cachent 5 groupes tentaculaires travaillant sur les nouvelles technologies de l’information et de la communication : Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft. Ces géants connus de tous et aux croissances folles sont aujourd’hui les leaders en matière de capitalisations boursières au prix de pratiques parfois – souvent – moralement douteuses. Au cœur des scandales, entre l’intrusion massive dans la vie privée des utilisateurs et la gestion peu scrupuleuse de leurs données personnelles, nous retrouvons également des collusions avec certains gouvernements comme ont pu le démontrer les  lanceurs d’alerte de Wikileaks ou Edward Snowden. Une hégémonie quasi totale qui n’est pas signe de bonne santé pour nos démocraties déjà fragilisées.

Une autre vision du Web et de l’informatique

Depuis les débuts de l’informatique, un autre modèle s’organise en marge des logiques marchandes et liberticides grâce aux acteurs – ou hackteurs – des « free softwares » ou logiciels libres. De manière générale, ces logiciels peuvent être redistribués librement (gratuitement dans la majeure partie des cas, même si ce n’est pas obligatoire) et l’utilisateur peut avoir accès à leurs codes sources pour customiser et améliorer son expérience et celles des autres utilisateurs.

La plupart des logiciels ou services distribués sous licence libre sont développés de manière coopérative par leur communauté, permettant ainsi de répondre de manière efficace aux besoins des utilisateurs et de corriger un grand nombre de bugs. Bien moins avides en données personnelles, car non-financés par la publicité, ils peuvent s’avérer de bonnes alternatives aux services proposés par les GAFAM et se révèlent parfois même plus performants. VLC Media Player par exemple est un des seuls logiciels grand public permettant de lire, convertir et télécharger des fichiers audio et vidéo dans tous les formats existants.

Crédit : Anybox. Lire « Pourquoi l’open source »
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Pour Richard Stallman, pionnier de la philosophie du Libre, ce mouvement veut poser les fondations d’une nouvelle société où les idées et la culture s’échangent librement. C’est à dire, sans soumission à une logique strictement commerciale qui oriente les actes des producteurs de contenus. L’objectif est de permettre à tout le monde de s’épanouir sans entrave, en favorisant la compréhension de la technologie et l’utilisation du matériel informatique tout en limitant le gaspillage et l’obsolescence. Bâtie sur ce modèle, la fondation Wikipédia, quotidiennement enrichie par les contributions de ses utilisateurs, en reste le meilleur exemple.

Des alternatives concrètes aux GAFAM pour se réapproprier son ordinateur et la navigation web

Dans la mesure du possible, nous tâcherons de proposer ici quelques solutions libres, open-source et respectueuses de la vie privée des utilisateurs, sans prétendre que celles-ci soient qualitativement supérieures. Si nous ne pouvons pas traiter en un seul article tous les services proposés par les GAFAM, nous tenterons de mettre en avant des alternatives aux services les plus couramment utilisés.

Google

Premier consommateur de données personnelles au monde, le cœur de métier de Google – détenu par la holding Alphabet – consiste à connaître au mieux les utilisateurs afin de cibler précisément les publicités qui les intéressent. Les espaces publicitaires ainsi ciblés sont ensuite mis aux enchères et revendus au plus offrant. Tous les services qui encadrent Google servent ainsi uniquement à récolter ces données personnelles dans un objectif commercial qui, notamment, alimente la mondialisation de la consommation telle que nous la connaissons.

Dans un premier temps, si on souhaite naviguer plus librement sur le web, il est nécessaire de bien choisir son navigateur web.

Le navigateur

En mai 2018, le navigateur internet de Google détient à lui seul près de 66 % des parts de marché contre 11 % pour son concurrent open source Mozilla Firefox. Disponible pour presque tous les opérateurs systèmes (Windows, Mac OS, Android, Linux …) le navigateur web de la Mozilla Foundation se montre plus performant que son concurrent et moins consommateur en ressources et en copie de données personnelles. Le changement de navigateur est vraiment rapide et simple avec la possibilité d’importer ses préférences de navigation depuis Google Chrome après installation. Firefox permet également de synchroniser ses navigateurs grâce à un compte utilisateur sur plusieurs appareils. Ce qui fait la richesse de Firefox, c’est également ses nombreux thèmes et extensions gratuits créés par la communauté.

Autres alternatives possibles : Brave, un navigateur internet open-source conçu avec un bloqueur de publicités intégré. Tor Browser, un navigateur également libre surtout centré sur l’anonymat. Attention aux navigateurs open source venant de Google tel que Chromium et ses dérivés, formes de « social-washing » numérique, ils ne respecteront pas aussi bien votre vie privée que d’autres alternatives.

Le moteur de recherche

Et pour changer de moteur de recherche ? Rien de plus simple. Il suffit de modifier les paramètres de son navigateur web et de sélectionner ou d’ajouter son nouveau moteur de recherche, mais lequel choisir ?

DuckDuckGo : pour naviguer de manière sure. Avec une interface proche de Google, ce moteur de recherche fonctionne sans publicité et respecte la vie privée de ses utilisateurs.

Qwant : une alternative française respectueuse de la vie privée. Lancé début 2013, le navigateur n’utilise aucun dispositif de traçage des utilisateurs ni aucun cookie. Il ne conserve également aucun historique de recherche.

Lilo : pour ceux qui veulent soutenir des projets sociaux et environnementaux. Lilo reverse 50 % de son chiffre d’affaires aux projets soutenus par les utilisateurs. Il n’est donc pas strictement sans publicité mais « détourne » ses revenus à des causes jugées utiles.

Ecosia : pour les amoureux des arbres. L’objectif d’Ecosia est simple, planter 1 milliard d’arbres grâce aux revenus générés par son moteur de recherche. À l’heure actuelle c’est plus de 60 millions d’arbres plantés grâce aux recherches sur Ecosia. Chaque mois, le navigateur publie son rapport financier et les reçus des plantations d’arbres dans une logique de transparence.

La boîte mail

ProtonMail : une messagerie moderne et sécurisée. En plus d’être open source et encryptée, ce fournisseur de service mail situé en Suisse, et qui bénéficie donc de son cadre légal, dispose également d’une application Android et iOS pour faciliter la gestion de sa boîte mail sur téléphone. Accessible dans de nombreuses langues, il propose également des solutions pour les entreprises et les professionnels.

Tutanota : une boîte mail accessible et sécurisée. Comme ProtonMail, Tutanota est open source, sécurisé et dispose également d’applications sur téléphone, une nécessité aujourd’hui.

Il apparaît important de citer ici également l’association lyonnaise Framasoft qui, au travers de son projet « Dégooglisez votre internet » et de ses 32 services open source proposés, permet de remplacer presque intégralement l’écosystème Google. L’association a pour but premier de faire le lien entre l’univers du libre et du grand public grâce à leurs actions d’éducation populaire.

Facebook

Le souci avec les réseaux sociaux, c’est que nous sommes généralement très contents – sur l’instant – de leur donner nos informations personnelles pour pouvoir être retrouvés plus facilement par nos amis, ou tout simplement pour raconter notre vie quotidienne. Facebook l’a bien compris et est le champion de l’utilisation peu scrupuleuse des données utilisateurs. Pour le groupe, l’année 2018 a été marquée par le scandale Cambridge Analytica lors duquel nous avons appris que plus de 50 millions d’utilisateurs avaient été ciblés par des publications politiques pouvant orienter leurs votes, violant ainsi les conditions d’utilisations du réseau social.

Avec ses quelque 2,38 milliards d’utilisateurs mensuels, le groupe privé peut se vanter d’avoir une réelle influence sur nos façons de penser et sur notre morale en imposant ses choix à l’échelle mondiale aux utilisateurs captifs (difficile de changer de réseau social quand tous nos amis sont sur Facebook). Le phénomène est tel que le Sénat et le Congrès étasunien ont décidé de mettre leurs nez dans la question et d’auditionner régulièrement Mark Zuckerberg sur ces pratiques.

– Le but de la Diaspora Foundation est de créer un réseau social open source et respectueux de la vie privée des utilisateurs. Les données des utilisateurs sont stockées sur un des « pods » choisis par l’utilisateur lors de sa première connexion, au lieu d’un grand serveur central appartenant à une entreprise et regroupant les données de tous. Diaspora permet de créer son profil, d’actualiser son statut et d’échanger des messages avec ses amis, tout en échangeant photos, vidéos et autres documents. (Mr Mondialisation héberge et alimente son propre Pod diaspora #Mondiaspora).

Mastodon quant à lui est plus proche d’un client Twitter. On y poste des statuts courts tout en suivant de nombreux profils. Le projet n’est pas financé par la publicité, mais par des dons sur Patreon.

– Citons enfin MeWe, un réseau social très proche visuellement de Facebook et particulièrement facile d’utilisation. Tout comme le géant américain, MeWe propose un système de groupes et de pages pour les entreprises et associations. Présenté comme la prochaine génération du réseau social, son modèle économique ne repose ni sur la récolte de données privées ni sur la publicité. C’est pour l’instant un candidat idéal, tant graphiquement qu’en terme d’utilisation, pour contrer le géant Facebook. (Mr Mondialisation compte s’y installer prochainement pour une phase de test).

Apple et Microsoft

Ne nous en cachons pas. Poser la question des alternatives à Apple et Microsoft revient à s’attaquer à un gros morceau de l’histoire de l’informatique et des technologies. Au cours des dernières décennies, les deux entreprises ont fait couler beaucoup d’encre lors de grandes affaires publiques : abus de position dominante, vente forcée, mépris des usagers. Malgré cela, elles n’en restent pas moins leaders dans leurs domaines respectifs.

Se passer de la suite Microsoft Office (Word, Excel, PowerPoint….) :

Disponibles sur tous les opérateurs systèmes LibreOffice de la Document Foundation et Apache OpenOffice sont deux suites de bureautiques gratuites et open source capables de répondre aux besoins des professionnels comme des particuliers. L’utilisateur y retrouvera toutes les fonctionnalités du pack Microsoft Office : feuilles de calcul, présentations avec slides, traitement de texte, modificateurs d’images, etc. Documentations et tutoriels sont accessibles sur les sites web respectifs des logiciels. Contrairement aux croyances, ces solutions offrent une vaste gamme de comptabilités pour la lecture et l’enregistrement des documents.

Remplacer Windows ou macOS en choisissant son opérateur système (OS) :

Le mouvement du libre a fait ses armes au commencement de l’informatique individuelle avec la création d’un opérateur système libre combinant les travaux des équipes de Richard Stallman et Linus Torval : « GNU/Linux », renommé par simplicité Linux. Le fait que Linux soit open source permet à tous les utilisateurs de proposer leur version de l’OS, on appelle cela une distribution ou « distro ». Au fil des ans, des groupes de développeurs se sont formés afin de mettre à disposition des utilisateurs les distros les plus simples, optimisées possibles. Grâce au travail des développeurs, Linux est aujourd’hui accessible aux personnes ayant peu de connaissances en informatique. De plus, les distributions Linux ne connaissent que très peu de menaces informatiques (virus ou autres malwares), car elles sont plus rarement ciblées par les pirates.

Tout le monde n’étant pas à l’aise avec l’informatique ou ne voulant pas s’embêter avec l’installation d’un nouvel OS nous proposerons ici des distributions qu’il est possible d’acheter préinstallées sur un nouvel ordinateur. Nous nous concentrerons également sur les distributions simples d’accès pour un nouvel utilisateur. Les professionnels sont invités à approfondir leurs recherches.

Linux Mint

Avec son interface proche de Windows, Linux Mint espère séduire les utilisateurs en transition vers Linux. La distribution est légère, peu consommatrice en ressource et très facile à prendre en main. Un must pour débuter dans le monde du libre.

Ubuntu

Ubuntu est probablement une des distributions les plus connues. Très simple d’installation, elle propose une bonne expérience utilisateur pour les néophytes.

Pop!_OS

Pop!_OS de system76 (basée sur Ubuntu) est la preuve incarnée qu’il est possible de proposer une distribution Linux très accessible aux nouveaux utilisateurs, performante, et design. System76 propose également toute une gamme d’ordinateur incluant Pop!_Os ou Ubuntu à l’installation.

– Et bien d’autres encore …

Si le sujet vous intéresse, nous vous invitons à découvrir par vous-même les nombreuses distributions Linux afin de choisir celle qui vous convient le mieux. Vous découvrirez au cours de vos recherches de nombreuses communautés d’utilisateurs, riches en documentations, tutoriels et solutions concrètes pour vos besoins. On trouve par exemple des distributions très légères pour faire fonctionner d’anciens ordinateurs ralentis par des OS trop lourds (ex : les netbooks ou notebooks que les étudiants utilisent pour du traitement de texte), d’autres sont plus adaptées pour les mordus de jeux vidéo, etc. Bref, le web grouille de solutions libres pour les curieux et amoureux d’informatique.

Amazon

Quelles solutions s’offrent à nous lorsqu’on souhaite se passer du géant de la marketplace aux pratiques concurrentielles néfastes et peu soucieuses des questions environnementales ?

Contrairement aux sujets précédents, nous ne pourrons bien évidemment pas proposer une alternative strictement libre ou « open source » à Amazon. Choisir d’acheter sur Amazon, c’est avant tout préféré la simplicité du service que l’entreprise offre grâce à sa position dominante sur le marché tout en fermant les yeux sur les nombreuses dérives sociales et écologiques que leur modèle génère. Symptomatique de notre société, le mode de fonctionnement « Amazon » écrase les vendeurs, producteurs et livreurs en rendant cette souffrance invisible aux yeux du consommateur qui peut donc simplement se satisfaire de cet immense catalogue de produits du bout d’un clic, sans se soucier du reste.

Crédit : Victor Svensson

Des alternatives plus éthiques à Amazon existent déjà, mais bien d’autres restent à inventer. Lalibrairie.com est, par exemple, un librairie en ligne qui fédère 2500 libraires locaux et référence 350 000 ouvrages. L’alternative se définit comme la librairie en ligne qui défend les libraires indépendants et donc une économie locale du livre… Et pourquoi pas, tout simplement, se rendre dans une librairie indépendante ? En matière de mode éthique, durable, locale et/ou biologique, une simple recherche dans une moteur de recherche open source offre une bel aperçu des nombreuses solutions disponibles pour s’habiller plus respectueusement.

Conclusion

Pour la philosophie du Libre, remettre l’utilisateur ou le consommateur au cœur de la démarche de création en mettant à sa disposition les connaissances nécessaires permet ainsi l’émergence de solutions insoupçonnées et plus démocratiques. Si les consommateurs ne sont pas satisfaits des services proposés, et face au manque de courage politique pour des changements structurels, les changements peuvent alors se faire par le bas grâce au boycott ou en proposant/soutenant des alternatives.

Malgré le temps d’adaptation au changement de nos habitudes, l’expérience du Libre nous montre que si d’autres solutions existent, elles nécessitent cependant un investissement de la part des utilisateurs en temps et en courage pour sortir de cette zone de confort. Dans le contexte actuel de prise de conscience de l’impact de nos modes de consommation, nous avons peut-être intérêt à nous inspirer de la philosophie des logiciels libres pour nous réapproprier nos appareils technologiques et poser les bases d’une société plus émancipatrice, sur le web comme dans le monde réel…


De profundis


La nuit tombe…
Nous portons le zodiac à l’eau…et déjà l’effroi glacé nous saisit…
Les flots noirs présagent de leur traitrise assassine.
Ceux qui renoncent sont déjà morts, ou pire.
Ceux qui embarquent, sidérés, se pétrifient.
La traversée est folie…et survie…Nécessité.

Un jour, deux jours, l’entassement,
l’assaut des vagues,
la torture des crampes,
la promiscuité des cris, des gémissements, des larmes et des morts…

Combien des miens jonchent les fonds de Méditerranée. ..?

Il est aisé de me condamner pour qui ne comprend le périple insensé.

Combien des miens jonchant les fonds de Méditerranée?

Ne dîtes pas à ma mère que j’ai échoué…

#FreeSeaWatch
#FreeAquarius
#FreeRescues

La Kerterre, ou comment construire sa maison de hobbit pour quelques centaines d’euros


© Kerterre

En Bretagne, une femme construit depuis plus de 20 ans des petites maisons faites de chaux et de chanvre, parfaitement habitables. Des logements bon marchés, isolants et allant de pair avec un mode de vie respectueux de la nature.

 

Avec leur forme arrondie qui se fond dans l’environnement où elles sont construites, les Kerterres font penser à des habitats troglodytes. Voire à des maisons de récits fantastiques, façon Bilbo Le Hobbit. Sauf que là, ce n’est pas de la fiction : à mi-chemin entre l’oeuvre d’art sculptée et la bâtisse, ces petites maisons connaissent un succès grandissant. En breton, « Ker » signifie « lieu habité ». Le nom Kerterre renvoie donc à un retour à la terre via notre habitation.

C’est en tout cas le nom qu’a donné Évelyne Adam, ancienne professeure de piano, à ces petits habitats. « Il y a 21 ans, nous raconte-t-elle, un ami m’a donné du chanvre. Je l’ai mélangé à de la chaux, et j’ai vu que ça carbonatait, que cela devenait de la pierre. » Après des années d’expérimentations, quelques formations de maçonnerie ici et là, elle est parvenue à bâtir de véritables maisons habitables à l’aide de ce matériau naturel.

© Kerterre. Sculptées à la main, les Kerterres peuvent prendre des formes diverses très esthétiques qui se mêlent à leur environnement.

Le mélange du chanvre et de la chaux permet ainsi de créer une matière très isolante et surtout solide : « Mes petites grottes sont garanties plus de 1000 ans ! Même si je ne serai plus là…», s’amuse la créatrice des Kerterres. La Kerterre est sculptée à partir de mèches de chanvre trempées dans la chaux, qui viennent s’entremêler en créant un mur autoportant.

 

Prix : 500 euros pour un dôme de 3 mètres de diamètre

Mais surtout, ce matériau naturel permet de construire des maisons à très bas coût. Pour une Kerterre « moyenne », de 3 mètres de diamètre, comptez environ 500 euros de matériel (il faudra tout de même ajouter le prix des portes et fenêtres). « J’ai toujours pensé que les maisons coûtaient trop cher à la nature, et aux humains. Avec la Kerterre, pas besoin de s’endetter pour 25 ans de crédit ! », précise-t-elle.

Il est possible, avec du temps et de la motivation, de construire sa Kerterre tout seul, la technique étant plutôt simple (en gros, on plonge des longues mèches de chanvre dans un mélange de chaux, d’eau et de sable, et on a notre matériau !).

Quelques notions de base sont toutefois utiles pour bâtir sa Kerterre. C’est pourquoi Evelyn Adam et son équipe proposent des stages et formations tout au long de l’année. Si l’on possède un terrain, on peut même accueillir chez soit un stage de Kerterre pour construire sa maison à l’aide d’une équipe et des formateurs. Pour un stage de 5 jours, comptez 395 euros, et pour une formation complète de trois semaines, il faudra débourser environ 1800 euros.

 

« Il y a 20 ans, on se moquait de moi. Et maintenant, la demande explose ! »

 

Les Kerterres d’Évelyne Adam suscitent un véritable intérêt aujourd’hui en France. De plus en plus de personnes se lancent ainsi dans l’aventure, à la recherche d’un habitat plus simple, plus proche de la nature. Dans la lancée du mouvement des Tiny house ou autres habitats minimalistes, la Kerterre prend de l’ampleur dans l’Hexagone. La créatrice des Kerterres explique ainsi que « les inscriptions pour les formations sont très vite complètes. À terme, on va devoir recruter plus de formateurs. » Amusée, elle nous confie : « Il y a 20 ans, on se moquait de moi. Et maintenant, la demande explose ! »

Certains choisissent de construire tout leur habitat à la manière d’une Kerterre, d’autres vont simplement en construire une dans leur jardin pour y installer un atelier, une chambre d’ami…

« On a une majorité de femmes qui participent au stage, raconte Évelyne Adam. C’est le réveil de la femme constructrice ! ». La Kerterre ne nécessite pas spécialement de force physique et peut en effet permettre à des femmes de construire leur maison, toute seule.

© Kerterre / À l’intérieur des Kerterres, des pièces confortables.

Le Kerterre : Une philosophie de vie plus qu’un habitat

Mais c’est avant tout une façon de vivre qui est prônée avec ce type d’habitat. Évelyne Adam dit que ses Kerterres permettent de « bonifier » la terre autour de soi. En plus d’être construite à partir de matériau 100% naturel, la Kerterre a vocation à se fondre dans l’environnement où elle est bâtie. Ces types de structure impliquent l’installation d’électricité hors réseau via des panneaux solaires par exemple, ou la mise en place de toilettes sèches. Ce mode de vie peut sembler quelque peu rustique pour certains. Pour d’autres, vivre comme un hobbit, c’est tout simplement la clef du bonheur !

Pour en savoir plus, un documentaire a été réalisé par Nikita Gouëzel sur les Kerterres, intitulé « Pour moi et plus que moi ».

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Méfiance envers les réfugiés: «L’opinion publique est très influencée par des discours politiques sécuritaires»


INTERVIEW « 20 Minutes » a interrogé Shoshana Fine, docteure en science politique et spécialiste des questions migratoires, sur le manque d’empathie des Français envers les réfugiés

Des réfugiés franchissent la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis
Des réfugiés franchissent la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis — SIPA 

  • Selon une étude de l’Ipsos, la légitimité des réfugiés à fuir leur pays est de plus en plus remise en cause dans le monde et notamment en France.
  • Si le scepticisme est mondial, les Français arrivent en tête de classement dans plusieurs opinions négatives sur les réfugiés.
  • « 20 Minutes » a interrogé Shoshana Fine, docteure en science politique et spécialiste des questions migratoires, pour tenter d’expliquer ce manque d’empathie.

Selon une enquête de l’Ipsos diffusée ce vendredi pour la journée mondiale des réfugiés, un Français sur deux et « 54 % de la population mondiale ne croient pas que les étrangers qui viennent dans leur pays sont de vrais réfugiés », contre 52 % en 2017.

Seulement 43 % des Français estiment qu’échapper à la guerre ou à des persécutions « constitue une raison suffisamment légitime pour se réfugier ». Le taux pour la population mondiale s’élève à 61 %, ce qui place les Français en bas du classement, avec les Hongrois.

Alors pourquoi a-t-on aussi peu d’empathie de notre part pour les réfugiés ? 20 Minutes a interrogé Shoshana Fine, docteure en science politique et relations internationales, spécialiste des questions migratoires et dans l’externalisation de la politique migratoire de l’Union Européenne dans les « pays tiers ».

Selon vous, comment expliquer ces chiffres et ce manque d’empathie de la part des Français envers les réfugiés ?

Il y a peut-être des raisons historiques et sociologiques, mais je crois qu’il ne faut pas dévier de la vraie explication. L’opinion publique est très influencée par des discours politiques traitant la question des réfugiés dans une sémantique sécuritaire et non solidaire. Il y a une banalisation de ce discours depuis le début de la crise migratoire, un discours à dominance négative. A fortiori en France, où que le gouvernement soit de droite avec Nicolas Sarkozy, de gauche avec Hollande, ou des deux comme Emmanuel Macron, les politiques au pouvoir ont gardé ce discours sécuritaire et néfaste sur les réfugiés.

Un autre chiffre pourrait expliquer cette peur : 58 % des Français sont convaincus que les réfugiés ne peuvent pas s’intégrer à la société d’accueil contre 47 % de la population mondiale ?

Il faut voir qu’en France, il y a énormément de difficulté pour s’intégrer. Pendant les deux-trois premières années, les réfugiés ont une vie extrêmement précaire. En théorie, ils peuvent travailler au bout de six ou neuf mois, mais en réalité, trouver un travail est extrêmement difficile pour eux tant il n’y a pas de politiques d’inclusion de l’Etat. Par exemple, aucun cours de langue n’est fourni, ce qui entrave forcément le processus d’intégration. Il faudrait absolument en mettre en place dès la demande d’asile et ne plus attendre qu’elle soit accordée, en se disant par exemple que l’apprentissage de notre langue et sa diffusion auront forcément des effets positifs, que la demande soit finalement validée ou non. On empêche ce processus d’intégration puis on leur reproche de ne pas s’intégrer, c’est une hypocrisie.

Si les Français ont des chiffres très hauts, il y a un scepticisme mondial sur les réfugiés, et des chiffres en progression partout sur la question…

Il faut rappeler qu’effectivement, ce n’est pas propre à la France. 85 % des réfugiés vivent dans des pays en développement, et le Nord qui a pourtant les capacités économiques pour accueillir les réfugiés ne le fait pas. Il y a une diffusion et une banalisation d’un discours d’extrême droite qui augmente la peur chez l’autre. En 2016, on parlait d’un million de réfugiés en Europe, une population que le continent peut tout à fait contenir.

Mais il y a eu une crise de la solidarité, plus qu’une crise migratoire. Le fait que chaque pays refuse de les accueillir renforce la méfiance des populations des autres pays. « Pourquoi personne ne veut des réfugiés ? C’est bien qu’il doit y avoir une raison. » Ce cercle vicieux créait un imaginaire du réfugié de peur et de suspicion, diffusé dans tous les pays du Nord. A force de ne pas accueillir de réfugiés, on s’en méfie. Etrangement, depuis 2016, il y a de moins en moins de réfugiés accueillis en Europe mais les Européens s’en méfient de plus en plus. Les Français, ou les pays du Nord, ne manquent pas d’empathie par nature, c’est simplement que les politiques ne sont pas adaptées. Si ces pays se mettaient à une politique d’accueil et d’ouverture, l’avis de la population changerait à ce sujet.

 

Comment peut-on hurler «Allahu akbar» ?


Un article publié dans Libération en 2014 qui est toujours d’actualité

Par Ghalib Al-Hakkak , Agrégé d’arabe, université Paris-1 Panthéon-Sorbonne

Le traitement de l’information depuis un moment, et, surtout, depuis les agressions récentes à Joué-lès-Tours, Dijon et Nantes, risque de réduire le sens de l’expression «Allahu akbar» à un slogan de haine, de brutalité, de terreur.

Dois-je m’alarmer, s’il est scandé par une personne dans la rue ? Que faut-il faire si je l’entends derrière ma porte ? J’ouvre ou j’appelle la police ? Revenons un peu au sens exact de cette expression. Il s’agit, en réalité, d’une comparaison tronquée : «Dieu est plus grand [que quiconque]». On pourrait la comprendre ainsi : «Dieu est le plus grand».

Mais en quelle occasion l’entend-on chez les musulmans arabes ? En dehors de la prière et de l’appel à la prière (le ‘dhân, chanté dans les villes musulmanes cinq fois par jour, jadis lancé du haut d’un minaret, ou du toit d’une mosquée, et depuis quelque temps souvent à partir d’un CD), cette expression peut surgir n’importe quand, et n’importe où, pour exprimer une admiration totale de quelque chose, tout simplement.

Il suffit d’aller sur YouTube et d’écouter les chansons d’Oum Kalsoum pour repérer, après chaque couplet, quelques Allahu akbar bien audibles au milieu des applaudissements. J’avoue qu’en croisant dans la rue une très belle femme, un silencieux Allahu akbarse déclenche dans mon cerveau. Face à la Joconde, il n’y a pas plus éloquent qu’un Allahu akbar. Une vieille tante, essayant Skype pour la première fois, s’est écriée : «Allahu akbar !» Elle a ajouté : «Le chrétien qui a inventé ça ira tout droit au paradis des musulmans !» Et que dire du gardien algérien de mon immeuble, il y a quarante ans, auquel j’essayais d’expliquer, qu’avec mon épouse nous avions sauvé et élevé un petit merle tombé du nid et que cet oiseau n’était toujours pas habitué à rester dehors. Cet homme me regardait avec un doute visible sur ma santé mentale. Mais, lorsqu’il a vu l’oiseau se précipiter de l’arbre d’à côté vers ma fenêtre qui venait de s’ouvrir, il n’a pu s’empêcher de crier trois fois : «Allahu akbar !» Le miracle que cela représentait à ses yeux ne pouvait être salué d’une autre manière.

C’est une belle expression, apaisante et rassurante, injustement confisquée aujourd’hui par les forces de la haine et de l’obscurantisme. Et je suis persuadé qu’une fois notre monde débarrassé de cette vague anormale de violence et d’exclusion au nom de l’islam, un énorme «Allahu akbar» traversera les esprits, chez les Arabes musulmans du monde entier avides de retrouver leur liberté totale de penser, leur amour du beau, leur solidarité sociale naturelle et leur sens inné de la fraternité.

source

Un mensonge qui peut tuer


anniebannie dit : le texte n’est pas récent mais ce mensonge poursuit sa sinistre carrière. Je me permets donc de poster ce texte que j’ai trouvé ICI chez Ghalib Al-Hakkak

« Quelque chose m’intrigue dans l’attitude du polémiste Eric Zemmour. Admettons qu’il s’agisse d’un exercice intellectuel que de susciter de vives discussions et ce quel que soit le but recherché. C’est un art. Il n’est pas donné à tous de savoir provoquer. Il faut afficher une conviction dont la sincérité ne permet pas le doute. D’ailleurs, pour défendre Eric Zemmour depuis quelques jours, certains journalistes et commentateurs ont souligné la compétence de l’homme, son savoir, sa culture, sa passion pour les idées qu’il porte. En somme, Eric Zemmour paraît à beaucoup de gens comme quelqu’un de sérieux, de rigoureux. Il faut donc le croire quand il parle.

Eh bien, permettez-moi d’en douter. Depuis le 6 juillet 2014, je ne peux pas croire un mot de ce que dit Eric Zemmour. Il débattait ce jour-là avec Nicolas Domenach, sur i-Télé, dans « ça se dispute » et il a affirmé que « sur toutes les pages du Coran, il est écrit [qu’] il faut tuer les juifs, il faut tuer les chrétiens » (1).

La rigueur scientifique aurait obligé l’auteur de ce propos particulièrement grave, puisque totalement faux, d’opérer quelques vérifications, après l’émission. Eh bien, non. Un mois plus tard, Nicolas Domenach lui dit sur le même plateau qu’après avoir contacté Malek Chebel, qui connaissait bien le Coran pour l’avoir traduit, qu’il pense que c’était faux. Le Coran n’appelle pas au meurtre des juifs et des chrétiens. Zemmour persiste et signe en répétant « ben voyons ».

Mes propres recherches dans le Coran n’ont abouti à aucune occurence d’une telle phrase.
L’affaire est grave. Et si l’on peut se permettre un peu de cynisme, on pourrait se demander combien de terroristes ont cru la parole de Zemmour ce jour-là ? Et combien de juifs et de chrétiens l’ont aussi crue, et quels dégâts cela a pu provoquer dans l’opinion publique française.

Personnellement, j’en ai tiré deux conclusions. La première est qu’aujourd’hui, sur les plateaux de télé, sur les ondes de la radio, il y a de la place pour le mensonge. C’est naturel puisque la vie est ainsi. Sans mensonge, il n’y a pas de vérité. La seconde est que même quand ce mensonge est susceptible de pousser à la violence, il est parfois accepté et rediffusé.

Le mensonge d’Eric Zemmour sur le Coran a bien fini par inspirer trois cent personnalités qui ont signé le 21 avril 2018 un manifeste demandant l’abrogation des versets coraniques « appelant au meurtre des juifs et des chrétiens ». Des versets qui n’existent pas.

Peu importe. Le mensonge a fini par devenir réalité.
Où s’arrêtera ce cycle infernal ? Vous voulez lutter contre la radicalisation ? Intéressez-vous aussi à ce genre de littérature qui se nourrit de l’ignorance.

 »
Ghalib Al-Hakkak, agrégé d’arabe, Unievrsité Paris 1 Panthéon-Sorbonne
(1) cf. vidéo « ça se dispute », i-Télé, 6 juillet 2014 – à partir de la minute 5.01 : https://www.youtube.com/watch?v=ZH2zI3vhfmk