Manifeste adressé par de jeunes grévistes à Madame Marghem


Lettre de jeunes manifestants à la ministre fédérale du climat parue dans la Libre Belgique :

Ce mercredi après-midi, nous avons eu l’occasion de discuter avec madame la ministre fédérale du climat, de l’environnement et de l’énergie, Marie-Christine Marghem. Cette rencontre aura duré 2h, et fut l’occasion d’échanger sur nos visions respectives de l’écologie et de l’action politique qui en découle, ou qui devrait en découler.
Tout d’abord, merci à madame la ministre de nous avoir accordé de son temps. Nous précisons que nous ne sommes pas des membres de l’organisation des grèves, mais de simples manifestants qui ont pour combat commun la défense de la vie sur Terre et de notre avenir. Nous ne représentons que nous-mêmes. Lors de cette discussion parfois houleuse, nous n’avons pas mis en avant de mesures politiques précises que devrait appliquer la ministre, car nous n’estimons pas en avoir la légitimité. Nous avons tenté de faire entendre le message de notre génération, la génération climat. Ce message, le voici :
“ Pour la première fois depuis des décennies, nous, les jeunes, sommes convaincus que notre vie ne sera pas meilleure que celle de nos parents. La raison de cet avenir sombre ? Un modèle de société mortifère, qui détruit la vie sur Terre et défait les équilibres des écosystèmes.
Nous ne croyons plus au progrès vendu par votre génération de responsables politiques. Nous désirons autre chose, un autre horizon que celui de l’accumulation matérielle et l’aliénation des individus.
Nous ne voulons plus de la croissance et de l’expansion économique, car cette quête insensée et aveugle, inhérente à notre civilisation industrielle, nous mène vers le gouffre écologique.
Nous actons ici la déconnection entre votre monde et le nôtre. Nous aspirons à une toute autre société, où la politique appartient à tous, où chaque décision intègre la finitude et la fragilité de la nature, où les relations humaines priment sur la compétition et la concurrence entre tous. Cette nouvelle société, ou plutôt ces nouvelles sociétés, le système politique et économique actuel ne peut nous l’offrir sur un plateau. C’est pourquoi nous continuerons à nous battre, à faire la grève, à manifester et à désobéir pour notre avenir.
Peu importe ce que vous nous proposez, que ce soit des « coachs climats » infantilisants -qui serviraient d’ailleurs sans doute plus au personnel politique qu’aux étudiants- ou des recommandations individuelles culpabilisatrices. Nous avons le désir radical de transformer la société, et vous, tout comme vos collègues, avez la volonté radicale de gagner les élections. La faute à un système politique dépassé et purement représentatif qui met en compétition des partis dont le but principal est d’arriver au pouvoir. A partir de ce constat, la probabilité que nous tombions d’accord est proche de zéro, et l’intérêt que nous avons à négocier des petits pas avec vous l’est tout autant.
Tous les jeudis, et ce jusqu’aux élections, nous ferons grève, toujours plus nombreux. Tous les jours, nous nous organiserons pour développer les alternatives au vieux monde, et nous construirons des moyens d’actions innovants et divers pour faire pencher la balance vers la préservation de la vie sur Terre plutôt que vers sa destruction.
De votre côté, faites ce que vous pouvez. Ou plutôt, faites ce que vous devez, si tant est que l’avenir des jeunes générations vous est prioritaire : réunissez tous les partis démocratiques autour de la table et travaillez pour inscrire dans le marbre le basculement vers une société vraiment démocratique et soutenable. Ensemble, prenez des décisions courageuses pour mettre fin au règne de l’énergie sale, abondante et bon marché, et ce dans les plus brefs délais. Ensemble, acceptez l’impossibilité de concilier des objectifs antagonistes tels que la croissance et l’écologie.
La transition écologique suppose un juste partage des ressources et des richesses, la fin de l’expansion industrielle incontrôlée, la fin des grands travaux inutiles, destructeurs de terres arables et d’écosystèmes.
Et ce rêve, nous ne comptons pas sur vous pour en faire une réalité. Tout au plus vous nous dites que vous êtes d’accord avec nous. Mais votre mission devrait être la même que la nôtre au final : préserver les conditions de vie sur Terre, et ce pour les humains comme les non-humains. Rejoignez le camp des Terriens face aux Destructeurs. Là se trouve le combat humaniste du XXIème siècle.  »
Piero Amand, Youna Marette, Zoé Dubois, Harold Fitch Boribon et les jeunes grévistes qui se retrouveront dans ce « manifeste ».

Dans la rue : un billet d’Eric Lenoir


Encore l’un de ces billets que j’hésite à produire, et encore plus à diffuser.
Seulement voilà: parfois tout déborde. Qu’il s’agisse des tripes par lesquelles on est pris, du coeur qui s’arrache à la poitrine, des larmes qui remplissent jusqu’à l’intérieur du crâne et supurent par-delà les yeux, des cris qui veulent sortir jusque par les pores de la peau ou de la suffocation qui vient étreindre notre gorge, rien ne semble être à sa place là où il se trouve, et doit partir pour ne pas nous faire imploser.

Il pleut. 6 degrés, un vent à décorner les cocus et un froid pénétrant , comme si chaque gouttelette tombant du ciel et nous arrivant par le flanc était un glaçon fin, étroite stalactite de glace piquant au travers des vêtements déjà humides jusque dans la chair, pour y répandre une douleur polaire diffuse.

L’un des premiers que nous avons remarqués parmi les nombreux que nous croisâmes fut celui-ci, qui dépiautait aux ciseaux, avachi sur le duvet troué qui lui servait de lit offert à la pluie du ciel, un vêtement piteux au milieu d’un ramassis terrible de résidus de vie.
« Monsieur, avez-vous besoin de quelque chose? » Lui demandé -je en prenant garde de ne pas le surprendre ni d’être condescendant
« Non non, pas besoin », m’avait-il répondu sans me regarder en agitant sa main mouillée, avant de se remettre à l’ouvrage dans la flaque épouvantable dans laquelle il dormirait sûrement.

Nous en avons croisé d’autres. Un nombre invraisemblable, pour tout dire. Des tentes aussi, des abris de fortune, des caches.

Et puis il y avait ceux-ci, pires que les autres. Vulnérables à un point qui défiait l’entendement. Déments alcooliques, déments tout court, indigents amochés jusqu’à l’âme. Comme le résidu putride d’une humanité foireuse que la société aurait recraché avant de le piétiner pour le faire disparaître de son paysage.

Il y a eu cet autre, là, tas informe comme un ver dans une housse, à deux pas d’une Compagne Républicaine de Sécurité dont le coût de l’équipement aurait pu le faire vivre deux ans, et son coût du jour trois semaines.

Le pire fut peut être, enfin, ce cauchemar de la conscience, cette insupportable déchéance mentale montée sur un corps en miettes qui hurlait en silence sa colère de tout, sa douleur insondable, inextinguible à être, emporté dans une damnation si cynique qu’elle l’avait posé au pied rutilant d’une vitrine obscène où l’on bradait du rien pour des gens qui n’en avaient pas besoin mais l’achèteraient quand même. De son regard blanchi, probablement aveugle, il tentait de percer les ténèbres de l’incohérence inouïe du monde qui le refusait au point de le nier.
Nous pleurâmes à deux, impuissants. Désespérés.

Nous venions de quitter la place où s’étaient rassemblés un peu des constructeurs d’un demain meilleur, pleins d’utopie et de certitudes. Un avenir vert et bienveillant, où le pouvoir serait horizontal et les Hommes grands.

Nous, nous ramassions nos tripes en nous accrochant aussi fort que nous pouvions à nos maigres repères, à nos convictions, nos aspirations, pour penser que tout cela pouvait en valoir la peine, exister malgré eux, là, qui témoignaient de notre échec collectif à prendre soin des autres en vivant hors de nous et même hors d’eux-mêmes, au milieu de la foule impropre à l’empathie pour mieux s’affranchir de son impuissance ou simplement égoïste au point de ne plus rien voir.

Tout autour de la place où l’on commençait à réécrire le monde meilleur dans une ambiance pacifique, il y avait plusieurs compagnies de forces de l’ordre armées et équipées. Rien que leur prestation du jour valait le prix de dix logements d’urgence, en dur, qui pourraient durer des années.

Nous ramassames nos tripes, nous essuyâmes discrètement nos pleurs, et nous partîmes, écoeurés du constat terrible des priorités de la nation.

Je fis quelques photos, en me disant que les partager et expliquer cela serait ce que je pourrais faire de plus utile aujourd’hui.
La gorge serrée. Les poings blancs.
Et, plus que jamais, je compris qu’il n’y aurait pas d’avenir meilleur sans traîner dans la fange pour en tirer l’argile , de nos mains nues, et redonner forme humaine à ceux qui l’ont perdue.

Paris, 2019.

.De l’excellente page de Eric Lenoir sur fb ici

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Trente enfants russes dont les mères sont emprisonnées en Irak retrouvent leur famille: « Nous ne savions même pas qu’ils étaient là-bas


Trente enfants russes dont les mères sont emprisonnées en Irak pour appartenance au groupe Etat islamique (EI) sont arrivés dimanche à Moscou venant de Bagdad et ont été conduits dans un hôpital moscovite, ont annoncé les autorités russes.

« L’avion du ministère des Situations d’urgence russe a atterri (…). Il a réalisé un vol spécial depuis Bagdad avec trente enfants russes« , a indiqué le président tchétchène Ramzan Kadyrov sur son compte Telegram, précisant que l’avion s’était posé à l’aéroport Joukovski dans la région de Moscou. Les pères de ces enfants, de jeunes garçons et des fillettes âgés de trois à dix ans, auraient été tués dans les trois années de combats entre le groupe jihadiste et les troupes irakiennes qui ont chassé fin 2017 l’EI de l’ensemble des centres urbains du pays, a précisé avant leur départ une source diplomatique russe.

Selon le président tchétchène, il s’agit « d’une preuve indéniable de l’accomplissement rigoureux de la mission fixée par le président russe Vladimir Poutine de sauver des femmes et enfants se trouvant en Syrie et en Irak« .  « Si nous ne (les) ramenons pas à la maison, ils deviendront la cible des services spéciaux étrangers« , a-t-il poursuivi sur Telegram.

Les enfants sont en mauvaise santé

Selon le service de presse du ministère de la Santé russe, cité par l’agence russe Interfax, les enfants ont été conduits dès leur arrivée vers un hôpital du centre de Moscou où ils subiront des « examens poussés ». Sur le réseau social Vkontakte, Ramzan Kadyrov a également posté une vidéo montrant leur départ de Bagdad, précisant que 24 d’entre eux étaient originaires du Daguestan et trois de Tchétchénie. « Leur état de santé est évidemment affreux, confie Anna Kuznetsova, commissaire russe pour les droits de l’enfant. Les enfants sont très minces et faibles. Nous savons que la prison n’est pas le bon endroit pour eux. C’est la première fois qu’on les ramène (en Russie) et il y aura de nouvelles tentatives. Nous avons déjà une liste de trente-six enfants et nous espérons que cette liste sera confirmée à la mi-janvier. »

A Moscou, ce sont les grands-parents qui sont venus récupérer les enfants. Leurs pères, tous membres du groupe terroriste Etat Islamique, ont été tués dans les combats. Quant aux mères, elles sont en prison en Irak. Pour les grands-parents, ce retour est un choc ! Un soulagement, aussi… « Nous ne savions même pas qu’ils étaient là-bas, . Quand ils nous ont appelés, j’ai été choquée. Ils pleuraient tout le temps, ils voulaient rentrer chez eux. ils disaient : ‘Grand-mère, grand-père, s’il vous plaît, ramenez-nous à la maison’, mais comment pourrions-nous aller là-bas et les ramener. Mon coeur était malade. » « Je suis content, vraiment content qu’ils aient ramené les enfants à la maison, ajoute Aslanbek Berebov, grand-père. S’ils en ramènent d’autres, ça serait même mieux. Je suis vraiment content. »

« Ces enfants sont également des victimes »

Dimanche, le Premier ministre irakien Adel Abdel Mahdi a reçu l’envoyée du président russe pour les droits des enfants, devant laquelle il a appelé à « faire la distinction entre les questions humanitaires et les crimes terroristes« . « Ces enfants sont également des victimes« , a-t-il ajouté, selon des propos rapportés par son bureau, sans mentionner le rapatriement.

En novembre, l’une des conseillères de M. Kadyrov, dirigeant autoritaire de la petite république russe, Kheda Saratova, avait accusé le FSB russe (Service fédéral de sécurité) d’empêcher le rapatriement en Tchétchénie de veuves et d’enfants de combattants russes de l’EI . Selon elle, « environ 2.000 » d’entre eux se trouvent en Irak et en Syrie voisine, alors qu’une centaine d’enfants et de femmes -la plupart originaires des républiques russes du Caucase- sont jusqu’à présent revenus en Russie.

Lors de sa grande conférence de presse annuelle mi-décembre, M. Poutine avait affirmé qu’un programme pour le retour de ces enfants était en cours et qu’il allait se poursuivre. Près de 4.500 citoyens russes étaient partis à l’étranger pour combattre « du côté des terroristes« , avait indiqué il y a un an le FSB. Plus de 300 personnes, dont une centaine d’étrangères, ont été condamnées à mort en Irak, et autant d’autres à la prison à perpétuité, pour appartenance à l’EI. La plupart des condamnées sont Turques ou originaires des anciennes républiques de l’Union soviétique.

Mehdi Kassou au sujet de dimanche prochain


❗❗APPEL À MOBILISATION À LIRE JUSQU’AU BOUT, POUR LE BIEN DE NOS AMIS❗❗

(REJOIGNEZ HÉBERGEMENT PLATEFORME CITOYENNE)

📍Bien que la manifestation d’extrême droite prévue à Bruxelles ce dimanche ait été interdite sur tout le territoire de la Région bruxelloise, la présence de casseurs ne respectant pas l’interdiction n’est pas à exclure.

Les menaces proférées à l’encontre des gars du parc nous laissent sérieusement penser que laisser nos amis dans et autour du parc comporte de sérieux risques.

📍Nous avons donc décidé de prendre une série de mesures préventives afin d’éviter toute agression sur nos amis.

🤫Nous ne dévoilerons pas ici l’ensemble de ces mesures pour des raisons évidentes de sécurité

VOICI UNE PARTIE DE CES MESURES⤵️

📍SAMEDI SOIR : Adriana et toute l’équipe des vestes blanches seront au taquet TOUTE LA SOIRÉE ET AUSSI TARD QU’IL LE FAUDRA POUR VIDER LE PARC.

❗ ATTENTION❗

❗VIDER LE PARC NE SE FERA PAS SANS VNOUS❗

💻Thomas nous prépare un formulaire spécial à compléter avec le nombre de personnes que vous pourrez accueillir de samedi à dimanche.

📍Attention, les continuités, habitués et relais seront à gérer de votre côté comme d’habitude.

📍Dans la mesure du possible, GARDEZ VOS INVITÉS LE PLUS TARD POSSIBLE LE DIMANCHE EN JOURNÉE.

❗❗❗Seules les places libres pour des envois depuis le parc SAMEDI SOIR seront à mentionner dans le formulaire❗❗❗

➡️ Le formulaire sera publié demain après midi et sera également posté en commentaire ci-dessous⤵️

📍NOUS AURONS ÉGALEMENT BESOIN DE BEAUCOUP DE BÉNÉVOLES POUR LA JOURNÉE DE DIMANCHE.

🚐 3 CHAUFFEUR PERMIS B (POUR CONDUIRE LES VANS)

❤ UN RENFORT BÉNÉVOLES POUR GÉRER DIFFÉRENTS LIEUX TENUS SECRETS 🤫

NOUS NE POUVONS EN DIRE PLUS ICI MAIS VOUS POUVEZ D’ORES ET DÉJÀ CONTACTER Vanessa ET Gaia EN MESSAGE PRIVÉ SI VOUS SOUHAITEZ VENIR RENFORCER NOS ÉQUIPES.

🔥ON EST PLUS CHAUDS QUE LES FACHOS🔥

🗣 ALORS, VOUS, NOUS, VNOUS, POUR EUX ET CONTRE LE RACISME, ON EST D’ACCORDS⁉️

🤜🏼🖤💛❤🤛🏿
CE SAMEDI, CE SERA TOUS ENSEMBLE CONTRE LES RACISTES
🤜🏿🖤💛❤🤛🏼

Lettre à celles et ceux « qui ne sont rien »


DEC
8
« Nous savons désormais que nous préférons n’être rien aux yeux d’un Macron plutôt que de réussir dans son monde cynique et hors-sol. Voilà bien ce qui pourrait arriver de plus merveilleux : que plus personne ne veuille réussir dans ce monde-là et, par la même occasion, que plus personne ne veuille de ce monde-là. »

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On l’entend partout ces jours-ci : c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Et là où beaucoup s’affligeaient de ne voir que le marécage stagnant d’une majorité dite silencieuse et passive ont surgi mille torrents impétueux et imprévisibles, qui sortent de leur cours, ouvrent des voies inimaginables il y a un mois encore, renversent tout sur leur passage et, malgré quelques dévoiements initiaux, démontrent une maturité et une intelligence collective impressionnantes. C’est la force du peuple lorsqu’il se soulève, lorsqu’il reprend sa liberté. C’est une force extraordinaire et ce n’est pas pour rien que l’on invoque tant 1789, mais aussi 1793 et les sans-culottes. Ami.e.s gilets jaunes, vous avez déjà écrit une page glorieuse de l’histoire de notre pays. Et vous avez déjà démentis tous les pronostics d’une sociologie compassée sur le conformisme et l’aliénation du grand nombre.

Mais qu’est-ce donc que ce « peuple » qui, d’un coup, se réveille et se met à exister ? Rarement comme aujourd’hui le mot aura paru aussi juste, même à ceux d’entre nous qui pourraient le juger périmé, parce qu’il a trop souvent servi à capturer la souveraineté au profit du Pouvoir d’en-haut, et qu’il peut aujourd’hui faire le jeu des populismes de droite ou de gauche. Quoi qu’il en soit, dans le moment que nous vivons, c’est Macron lui-même qui a redonné au peuple à la fois son existence et sa plus juste définition. Le peuple qui se soulève aujourd’hui et qui est bien décidé à ne plus s’en laisser compter, c’est toutes celles et tous ceux qui, dans l’esprit dérangé des élites qui prétendent nous gouverner, ne sont rien. Cette arrogance et ce mépris de classe, on l’a dit mille fois déjà, sont l’une des raisons les plus fortes pour lesquelles Macron, hier adulé par certains, est aujourd’hui si profondément haï.

Voilà ce que le soulèvement en cours a déjà démontré : celles et ceux qui ne sont rien ont su réaffirmer leur dignité et, par la même occasion, leur liberté et leur intelligence collective. Et surtout, ils savent désormais – nous savons désormais que nous préférons n’être rien aux yeux d’un Macron plutôt que de réussir dans son monde cynique et hors-sol. Voilà bien ce qui pourrait arriver de plus merveilleux : que plus personne ne veuille réussir dans ce monde-là et, par la même occasion, que plus personne ne veuille de ce monde-là. Ce monde où, pour que quelques uns réussissent, il faut que des millions ne soient rien, rien que des populations à gérer, des surplus qu’on balade au gré des indices économiques, des déchets que l’on jette après les avoir pressé jusqu’à la moelle. Ce monde où la folie de l’Économie toute-puissante et l’exigence de profit sans limite aboutissent à un productivisme compulsif et dévastateur, c’est celui qui – il faut le dire aussi – nous conduit vers des hausses des températures continentales de 4 à 6 degrés, avec des effets absolument terribles dont les signes actuels du dérèglement climatique, pour sérieux qu’ils soient déjà, ne sauraient nous donner une idée juste et que nos enfants et petits-enfants auront à subir. Si ce n’est pas là l’urgence qui nous soulève aujourd’hui, c’est celle qui nous soulèvera demain si le mouvement actuel échoue à changer profondément les choses.

Parmi les autres détonateurs du soulèvement en cours, il y a l’injustice, fiscale d’abord et désormais plus largement sociale, qui est ressentie comme intolérable. Bien sûr, l’accentuation vertigineuse des inégalités résulte des politiques néolibérales menées depuis des décennies, mais jusque-là on avait toléré, accepté. Maintenant, non. Trop c’est trop. Et quand on commence à ne plus accepter l’inacceptable, on ne peut pas s’arrêter à mi-chemin… Mais, ici, il faut ajouter la chose suivante : Macron, notre pauvre Ju-par-terre, il fait juste son job. Il veut juste être le premier de la classe dans un système où les Etats sont subordonnés aux marchés financiers et où la seule façon pour un gouvernement de s’en sortir un peu moins mal que ses voisins est d’attirer davantage de capitaux. Alors, il faut faire le tapin, racoler en montrant ses plus beaux avantages fiscaux, balancer aux orties toutes les protections sociales, promettre aux investisseurs la main d’œuvre la plus consentante et le meilleur profit possible. C’est ce qui explique les cadeaux faits aux plus riches et aux grandes entreprises (bien plus que la fameuse théorie du ruissellement qui prend l’eau de toutes parts). La politique de Macron, et qu’un autre mènerait à sa place, est donc l’effet d’un système-monde dominé par la force de l’argent, l’exigence de rentabilité et de performance et la logique productiviste qui en découle. Ce que nous devons abattre va au-delà du petit Macron, tout cul par terre qu’il soit. Qu’il parte ne sera qu’un (très bon) début.

La puissance du soulèvement actuel tient également au refus de la représentation dont il a fait preuve jusqu’à présent. A son refus d’être représenté. A son refus de toute récupération politicienne. A sa conscience que la démocratie représentative est devenue une farce, qui consiste à choisir soi-même ceux qui vous trompent et vous méprisent, à se faire déposséder d’une capacité individuelle et collective dont on découvre maintenant qu’on peut la reprendre. Maintenir cette attitude avec fermeté, face à toutes les manœuvres déjà en cours, sera un rude défi. Mais pour l’heure, les appels à une démocratie véritable se multiplient : en clair, le pouvoir au peuple, pour le peuple, par le peuple. Les initiatives fleurissent partout : appel à former des comités populaires, avec leurs assemblées régulières, à construire des maisons du peuple sur les places publiques pour débattre mais surtout pour s’organiser concrètement. On parle de destitution. On parle de sécession. On parle de communes libres. On souligne qu’il ne faudra surtout pas, une fois Macron parti, le remplacer par un autre, puisqu’il s’agit de reprendre en main, par nous-mêmes, l’organisation de nos vies. On parle de s’inspirer de la cité athénienne, de la Commune de Paris, du Chiapas et du Rojava.

Et c’est pourquoi j’écris cette lettre, depuis le Chiapas. Parce qu’ici, au sud du Mexique, la rébellion fleurit depuis 25 ans. Il y a 25 ans, le 1er janvier 1994, les indiens mayas zapatistes, ceux qui n’étaient rien, les plus petits, les invisibles de toujours, ceux qui ont dû se couvrir le visage pour qu’on les voit enfin, se sont soulevés au cri de « YA BASTA ! ». « Ça suffit ! » aux politiques néolibérales et au Traité de Libre Commerce d’Amérique du Nord qui entrait en vigueur ce jour-là ; « ça suffit » au pouvoir tyrannique qui s’imposait au peuple depuis 70 ans ; « ça suffit » à cinq siècles de racisme, de mépris et d’oppression coloniale. Pendant un temps, les zapatistes ont négocié avec le gouvernement mexicain et ont même obtenu la signature d’un accord en 1996 ; mais les  gouvernements successifs ne l’ont jamais mis en pratique. Alors, les zapatistes ont décidé de mettre en œuvre par eux-mêmes leur aspiration à l’autonomie, qui n’est pas du tout une manière de se séparer d’un pays qui est le leur, mais une sécession par rapport à une certaine forme d’organisation politique et institutionnelle. Ce qu’ils ont mis en place, c’est précisément un véritable gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. Un auto-gouvernement des gens ordinaires, impliquant une dé-spécialisation de la politique. Ils ont formés leurs propres instances de gouvernement et leur assemblées, au niveau des communes libres mais aussi au niveau des régions. Leurs propres instances de justice qui résolvent les problèmes par la médiation. Leurs propres écoles et leurs propres centres de soin, dont ils ont entièrement repensé le mode de fonctionnement.

Et ils le font non pas pour répondre aux nécessités d’un système national et mondial fondé sur le profit et le pouvoir de quelques-uns. Ils ne cherchent pas à être performants. Ils ne cherchent pas à être compétitifs. Ils ne cherchent pas à réussir dans le monde des technocrates et des gestionnaires de tous poils. Ils veulent seulement que toutes et tous puissent vivre modestement mais dignement. Que tous et toutes soient non seulement écouté.e.s mais participent activement à l’organisation de la vie collective. Ils veulent seulement que le monde fou de l’Économie ne laisse pas à leurs enfants et aux nôtres un monde dévasté et invivable ; et, pour cela, ils se préparent à résister à la tourmente qui s’approche.

Alors, oui, il est démontré, au Chiapas, mais aussi ailleurs et dans bien des pages de l’histoire de France que le peuple qui se soulève peut reprendre son destin en main. Il n’a pas besoin des hommes politiques ni des institutions représentatives qui ne font rien d’autres que le déposséder de sa puissance. Il peut s’organiser par lui-même, former des communes libres, déterminer à nouveau frais la manière dont il entend vivre, car il est acquis qu’on ne veut plus vivre comme on l’a fait durant tant d’années. L’exercice de cette liberté n’a rien d’aisé, mais ce que je peux dire, depuis le Chiapas, c’est qu’il donne aux rebelles un formidable sentiment de fierté, fait éprouver la force de la dignité retrouvée et la joie qui s’attache à la découverte de ce que permet la puissance collective.

Justice. Vie digne pour tous et toutes. Pouvoir du peuple. Cela suppose de ne plus se laisser berner par la farce de la démocratie représentative – ni même par les promesses peut-être à venir d’une nouvelle constituante – et de ne plus consentir à reproduire un monde dominé par l’exigence productiviste et consumériste de l’Économie.

Vive la digne rage de celles et ceux qui ne sont rien !
Dehors les Macrons et autres apprentis-jupiter !
Mort au système inique, destructeur et inhumain qu’ils servent !
Vive la puissance du peuple qui se soulève et s’organise par lui-même et pour lui-même !

Jérôme Baschet (historien)
San Cristobal de Las Casas, décembre 2018
An 25 du soulèvement zapatiste
An 1 du soulèvement des gilets jaunes et des colères de toutes les couleurs

Coup de gueule contre l’hypocrisie sur la guerre 1914-1918


 

Face à l’endoctrinement de la jeunesse, sommée de répéter à l’infini en ces jours de « mémoire », que nos anciens sont morts pour « notre liberté », face à toute cette hypocrisie qui déplore les millions de morts de la boucherie de 1914-1918, dont mon arrière-grand-père, le jeune Français lyonnais, Edouard Davendre, je ressens le besoin pressant de rendre hommage aux rares courageux qui ont tout fait pour en empêcher l’éclatement. De ces gens-là, pas un mot dans les commémorations actuelles, ni dans les « leçons d’histoire » infligées aux écoliers et lycéens. Et pourtant, sans relâche, ils ont dénoncé les visions impérialistes et guerrières de « leur » bourgeoisie et appelé les peuples à s’unir pour empêcher la guerre. Je ne cite que les plus connus, mais il faut aussi rappeler les centaines de soldats inconnus, qui ont fraternisé dans les tranchées avec l’ennemi d’en face, découvrant ensemble l’absurdité de cette guerre horrible, et souvent fusillés pour la cause !

Partie de foot de fraternisation entre les soldats « ennemis » à Ypres

À cette époque, ceux qui s’élevaient contre la guerre l’ont fait au péril de leur vie et la plupart ont été lâchement assassinés. Leur mort nous rappelle que seuls les résistants et les courageux donnent un vrai sens à l’histoire et de l’inspiration à notre propre vie.

Jean Jaurès haranguant les travailleurs contre la guerre à venir

Discours de Jaurès du 25 juillet 1914, à Lyon (France), cinq jours avant son assassinat :
« Quoi qu’il en soit, citoyens, et je dis ces choses avec une sorte de désespoir, il n’y a plus, au moment où nous sommes menacés de meurtre et, de sauvagerie, qu’une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c’est que le prolétariat rassemble toutes ses forces qui comptent un grand nombre de frères, Français, Anglais, Allemands, Italiens, Russes et que nous demandions à ces milliers d’hommes de s’unir pour que le battement unanime de leurs cœurs écarte l’horrible cauchemar ».

Karl Liebknecht, appelant à l’insurrection au lendemain de la défait allemande de 1918

Karl Liebknecht, député au Reichstag (Allemagne) : « Mais ma protestation va à la guerre, à ceux qui en sont responsables, qui la dirigent ; elle va à la politique capitaliste qui lui donna naissance (…) Et c’est pourquoi je repousse les crédits militaires demandés », un des rares socialistes européens qui a refusé de voter les crédits de guerre.

Rosa Luxemburg, tenant meeting à Stuttgart en 1907

Rosa Luxemburg, née juive polonaise et de nationalité allemande, déclarait dans un meeting en septembre 1913 : « Si on attend de nous que nous brandissions les armes contre nos frères de France et d’ailleurs, alors nous nous écrions : « nous ne le ferons pas ». » Cette déclaration contre la guerre lui valut d’être inculpée d’appel à l’insubordination lors d’un procès en février 1914.
Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg seront assassinés le même jour, avec 30 autres personnes, le 15 janvier 1919, pour avoir poursuivi jusqu’au bout leur dénonciation de la guerre et avoir lutté pour une issue révolutionnaire à toute cette barbarie.

Lénine, révolutionnaire russe, ne cessa jamais de dénoncer le caractère impérialiste de tous les fauteurs de guerre, qui n’avaient en vue que le repartage des colonies et la consolidation du pouvoir des plus riches : « La mystification du peuple la plus largement pratiquée par la bourgeoisie dans cette guerre est le camouflage de ses buts de brigandage derrière l’idée de la “ libération nationale ”. Les Anglais promettent la liberté à la Belgique; les Allemands à la Pologne, etc. En réalité, comme nous l’avons vu, c’est une guerre entre les oppresseurs de la majorité des nations du monde pour consolider et étendre cette oppression ».
Publié par Nadine Rosa-Rosso  ICI