Les harkis réhabilités par la télé française



Rencontre avec Dalila Kerchouche, co-scénariste du film et fille de harki.
La chaîne de télévision publique française, France 2, diffuse, ce mardi soir, Harkis, un film d’Alain Tasma. Le célèbre comédien français d’origine algérienne, Smaïn, y interprète l’un des rôles-titres. L’œuvre est inspirée d’un roman de Dalila Kerchouche, journaliste et fille de Harki. Afrik.com s’est entretenu avec elle.
Dossier : Guerre d’Algérie
mardi 10 octobre 2006 / par Franck Salin

Plus de 40 ans après l’arrivée des premiers harkis en France, une fiction s’empare de leur histoire. Ces Algériens, engagés aux côtés des Français durant la guerre d’indépendance (1954-1962), n’avaient pas eu l’air d’inspirer les réalisateurs et producteurs de fiction français. C’est aujourd’hui chose faite avec Harkis, un film d’Alain Tasma, produit par Serge Moati (Image & Compagnie). Il raconte la vie des Benamar, une famille de harkis arrivée en 1974 dans un camp du sud de la France, en pleine forêt. Surveillés par un chef paternaliste et méprisant, ils mènent une vie misérable que Leila, la fille aînée interprétée par Leïla Bekhti, refuse. Pour elle, son père, qu’incarne Smaïn, marqué par l’exil et habitué à courber l’échine, ne doit rien aux Français qui ne les ont pas protégés en Algérie. L’œuvre est inspirée de faits réels qui fournissaient la matière de Mon père, ce harki, le roman de Dalila Kerchouche. Cette dernière, journaliste et fille de harki, est aussi la co-scénariste du téléfilm. Elle répond aux questions d’Afrik.com.

Afrik.com : Pourquoi avez-vous voulu écrire cette histoire ?
Dalila Kerchouche : Je voulais mettre un coup de projecteur sur l’histoire des harkis qui est taboue et méconnue en France. On en a fait une histoire politique, alors que c’est avant tout un drame humain, un scandale, la souffrance de gens qui ont servi la France et qu’elle a mis dans des camps.

Afrik.com : Comment vous est venue l’idée d’écrire un scénario sur l’histoire des harkis ?
Dalila Kerchouche : J’ai été invitée à l’émission Riposte au sujet de mon roman, Mon père ce harki. Et Serge Moati, qui présente et produit l’émission, a été frappé par cette histoire qu’il ne connaissait pas. Il m’a dit qu’il fallait absolument faire un film dessus. J’ai foncé, j’ai écrit un scénario et France 2 a pris le projet.

Afrik.com : Lorsque vous avez appris que Smaïn, comédien habitué au registre comique, allait interpréter un rôle-titre dans ce film plutôt grave, n’avez vous pas tiqué ?
Dalila Kerchouche : Non. J’ai un grand respect pour lui. C’est une figure à laquelle je suis très attachée. Ce rôle, c’était un défi pour lui, c’était son Ciao Pantin (film où l’humoriste français Coluche s’était illustré dans un rôle dramatique à contre-emploi, ndlr).

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