Jaffa, la mécanique de l’orange »


de Eyal Sivan

Au début de janvier 1948, alors qu’avait débuté depuis plusieurs semaines la guerre dont par la suite les sionistes allaient s’échiner, non sans succès, à faire croire qu’elle avait été déclenchée par les armées des pays arabes voisins (lesquels en fait attendirent stoïquement pour réagir sans excès d’enthousiasme qu’une moitié des villages palestiniens eussent été attaqués, souvent pillés et leurs habitants parfois massacrés), un attentat sanglant commis par l’Irgoun [1] eut lieu à Jaffa : une bombe pulvérisa la « Maison Sarraya », le siège du comité national palestinien local. Bilan de cet attentat terroriste de l’Irgoun : 36 morts [2].

Bien avant déjà, c’est-à-dire avant même le vote par l’ONU de sa résolution du 29 novembre 1947 prévoyant la partition de la Palestine, la population arabe avait – notamment à Haïfa, dont les maisons brûlaient et les écoles étaient dynamitées dans les quartiers arabes – vécu dans une terreur grandissante à mesure que le colonisateur britannique cessait de facto d’assumer ses responsabilités et laissait le champ libre aux milices sionistes.

Le ton des relations que les sionistes entendaient désormais avoir avec les Arabes était dès ce moment donné. Depuis lors, il n’a guère changé.

suite

تميم البرغوثي أمير الشعراء Tamim Al Barghouthi


anniebannie : je « reposte » ce magnifique poème de Tamim Al Barghouthi Jérusalem car entretemps, Ariane m’a envoyé un lien vers la traduction en français

Tamim Al Barghouti s’est révélé au grand public lors du concours « le prince des poètes » organisé par une chaîne d’Abou Dhabi. Il y participa avec son poème « Fi Al Qods » qu’il avait écrit lorsque l’armée israélienne l’avait empêché de prier à la Mosquée al-Aqsa comme c’est le cas pour tous les Palestiniens de moins de 35 ans.

Voici un renvoi vers l’événement de cette année-ci.

voici le texte en arabe :
http://www.islamonline.net/servlet/Satellite?c=ArticleA_C&cid=1187593762012&pagename=Zone-Arabic-ArtCulture%2FACALayout

et voici la traduction en français : (oups, le lien m’a l’air brisé. Heureusement un ami lecteur m’envoie la traduction dans les commentaires.

Les Sayanim : deux textes


mise à jour : vous pouvez à présent commander le livre dans sa version numérique ici

D’abord ce roman de Jacob Cohen « Le Printemps des Sayanim »

Les sayanim – informateurs en hébreu – sont des Juifs de la diaspora qui, par « patriotisme », acceptent de collaborer ponctuellement avec le Mossad, ou autres institutions sionistes. Leur nombre en France se situerait, selon les auteurs, autour de trois mille. Ils se recrutent principalement au sein du Bnaï Brit (franc-maçonnerie juive internationale) et autres organisations juives nationales.

Mêlant réalité et fiction, le récit explore cette nébuleuse à Paris, aux ramifications étendues et insoupçonnées. Youssef El Kouhen, fils d’immigrés marocains, professeur d’histoire, en fera l’amère expérience.

Jacob Cohen
Ed. L’Harmattan
ISBN : 978-2-296-11284-1
Avril 2010 – 174 pages
Prix éditeur : 16,5 €

et puis, cet extrait du livre de Victor Ostrovsky/Claire Hoy intitulé Mossad en français (traduit par Alexis Champion et Jacques Martinache) (1990) By way of deception dans l’original (extrait traduit par Michel Charbonnier):

[…] Le lendemain, Ran S. fit une conf’ sur les « sayanim », composante unique et importante du mode opératoire du Mossad. Les « sayanim» [assistants, en hébreu] doivent être juifs pur sucre, à 100 %. Ils vivent à l’étranger et, bien qu’ils ne soient pas citoyens israéliens, la plupart d’entre eux ont été contactés à travers leur parenté en Israël. Un Israélien ayant un parent en Angleterre, par exemple, peut se voir requérir de lui écrire une lettre expliquant que la personne porteuse du pli représente une organisation dont le principal objectif est de sauver des juifs dans la diaspora : le parent british pourrait-il aider, d’une manière ou d’une autre ?

Il y a des milliers de « sayanim», répartis dans le monde entier. Uniquement à Londres, il y en a près de deux mille dans l’active, et 5 000 en réserve. Ils jouent des rôles nombreux et variés. Un sayan « automobile », par exemple, dirigeant une compagnie de location de voitures, pourra aider le Mossad à louer un véhicule sans avoir à remplir les documents d’usage. Un sayan « appart’ » trouvera un logement sans soulever de soupçons, un « sayan » banquier pourra vous procurer de l’argent, si vous en avez besoin, même au beau milieu de la nuit, un sayan médecin pourra soigner une blessure par balle sans en référer à la police, etc.

L’idée, c’est de disposer d’un pool de personnes disponibles lorsque vous avez besoin de gens capable de fournir certains services, mais qui observera la discrétion la plus extrême au sujet desdits services, en raison de leur loyauté à la cause. Ils ne sont pas rémunérés, mais seulement indemnisés. Souvent la loyauté des sayanim fait l’objet d’abus de la part des ‘katsas’, qui profitent de leurs prestations à des fins personnelles. Le sayan n’a aucun moyen qui lui permette d’en avoir le cœur net.

Une chose qui est absolument certaine, c’est que même au cas où un juif sait que le service que vous lui demandez est commandité par le Mossad, il peut ne pas être d’accord pour travailler avec vous, lais il ne vous mouchardera jamais. Et c’est ainsi que vous avez, à votre disposition, un système de recrutement totalement exempt de risques qui, de fait, met à votre disposition un pool de millions de juifs dans lequel vous pouvez puiser, à l’extérieur de vos propres frontières ! Il est bien plus facile d’opérer avec des gens déjà disponibles dans la place, et les sayanim apportent des services incroyables, absolument partout dans le monde. De plus, ils ne sont jamais mis en danger, ni mis dans le secret des dieux…

Imaginons que, durant une opération, vous êtes un katsa et que vous ayez soudain besoin d’un magasin d’électronique en guise de couverture. Hop ! Un simple coup de fil à un sayan travaillant dans cette branche du commerce vous permet de rassembler 50 téléviseurs, 200 magnétoscopes… absolument tout ce que vous voulez… à partir de son stock : il vous les amène à l’immeuble que vous lui désignez et, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, vous avez votre magasin d’électronique, avec même de 3 à 4 millions de dollars de stock, dans l’arrière-boutique !

Le plus gros de l’activité du Mossad s’effectuant en Europe, il est préférable d’avoir une adresse professionnelle en Amérique du Nord. Ainsi, il y a des adresses sayanim, et des numéros de téléphone sayanim. Si un katsa doit donner une adresse ou un numéro de téléphone, il peut utiliser ceux d’un sayan. Et si le sayan reçoit une lettre, ou un appel téléphonique, il saura immédiatement que faire. Certains sayanim hommes d’affaires ont un pool de vingt opérateurs à leur disposition, qui répondent au téléphone, tapent des courriers, faxent des messages, et tout ça n’est qu’une façade pour le Mossad ! Le clou de cette histoire, c’est que 60 % du chiffre d’affaires des compagnies de plateformes téléphoniques, en Europe, sont dus au Mossad : sans lui, il y a longtemps que ces boîtes auraient mis la clé sous le paillasson !

Le seul problème, avec ce système, c’est le fait que le Mossad n’a apparemment aucun état d’âme en ce qui concerne l’effet dévastateur qu’aurait la révélation de ces manigances pour le statut des juifs vivant dans la diaspora. La réponse que vous obtenez, si vous soulevez cette question, est la suivante : « Et puis après ? Qu’est-ce qu’il pourrait leur arriver, au pire, aux juifs ? Ils viendraient tous en Israël, non ? C’est ça, qui serait génial ! »

Extrait de By Way of Deception, par Victor Ostrovsky et Claire Hoy, St Martin’s Press (éditeur), 1990.