Note sur Les Arabes et la Shoah, de Gilbert Achcar


« Il y a, certes, beaucoup d’attitudes grotesques et odieuses vis-à-vis de la Shoah dans le monde arabe ; mais il y a aussi des interprétations caricaturales et globalisantes de la réception arabe de la Shoah, tant en Israël que dans le monde occidental ».

Article publié dans la revue Contretemps, numéro 6.

NB : Sauf mention, les citations (entre guillemets et en italique) sont extraites de l’ouvrage de Gilbert Achcar.

Dans une tribune publiée récemment dans Le Monde, Eric Marty, connu pour ses sympathies pro-israéliennes, s’interroge : « Le boycott d’Israël est-il de gauche ? ».

La question s’avère en réalité un prétexte pour se livrer à un exercice de justification de la politique israélienne et de délégitimation de tous ceux qui la critiquent. Deux de ses arguments sont des « classiques » de la rhétorique sioniste : Israël vit sous la menace de « l’anéantissement physique » ; menace entretenue par « une propagande antisémite systématique dans les pays musulmans ». Le choix des mots n’est pas innocent. Les contempteurs d’Israël savent en effet que « l’Etat des Juifs » abrite l’armée la plus puissante du Moyen-Orient et qu’il est le seul, dans la région, à posséder l’arme atomique.

Mais s’ils emploient de manière récurrente des termes tels que « l’anéantissement », la « destruction », « l’annihilation », toujours articulés à la dénonciation de la « propagande antisémite », c’est parce qu’ils savent que de tels mots frappent les esprits. Ils font écho à cette mauvaise conscience occidentale à l’égard de ce qui demeure l’expression la plus tragique du poison de l’antisémitisme : la destruction des Juifs d’Europe durant la seconde guerre mondiale. Instrumentaliser la tragédie des uns pour occulter, voire légitimer, celle des autres : un exercice sur lequel ils n’ont pas le monopole mais auxquels les thuriféraires d’Israël ont fréquemment recours.

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