» Graffitis. « Liberté pour Gaza » dans le Ghetto de Varsovie « 


merci JPP

vendredi 2 juillet 2010

Le 28 juin, des activistes polonais et israéliens se sont rencontrés sur les lieux de l’ancien Ghetto de Varsovie. A l’aide d’une bombe de peinture, ils ont écrit sur un mur « Libérer tous les ghettos », en hebreu, et « Liberté pour Gaza et la Palestine » en anglais.

Les inscriptions ont été peintes sur la façade d’un immeuble en ruine, en face des vestiges d’un mur qui servait de frontière séparant les rues de Varsovie du ghetto construit pour la population juive en 1940. Des drapeaux palestiniens ont été accrochés en haut du mur.

Ce fut la première action de ce type, menée sur le terrain de l’ancien Ghetto de Varsovie. Comme l’a dit Yonatan Shapira, ’refuznik’, ancien capitaine des forces aériennes israéliennes, qui refuse de servir dans l’armée et milite en faveur de la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions contre l’Etat d’Israël) :Ma famille est originaire en majorité de Pologne. Nombre de ses membres furent assassinés dans les camps d’extermination pendant l’Holocauste.

Quand je me promène au milieu des ruines du Ghetto de Varsovie, je ne peux pas arrêter de penser aux habitants de la Bande de Gaza, à une communauté de plus de 1, 5 million de personnes, qui non seulement reste enfermée dans la plus grande prison du monde, mais est aussi systématiquement bombardée par des avions sans pilote et des hélicoptères pilotés par des hommes sous le commandement desquels je servais avant de refuser le service militaire en 2003.

Je pense aussi aux délégations des jeunes Israéliens, qui viennent en Pologne pour connaître l’histoire de leur peuple, et qui sont soumis à un incessant processus de lavage de cerveaux militariste et nationaliste.

Peut-être un jour, quand ils regarderont ce que nous avons écrit sur ce mur, ils se rendront compte que l’oppression reste toujours une oppression, l’occupation reste toujours une occupation et les crimes contre l’humanité restent toujours des crimes contre l’humanité-qu’ils aient été commis ici à Varsovie ou dans la Bande de Gaza.

Selon Ewa Jasiewicz, militante de la Campagne Polonaise de Solidarité avec la Palestine et une des coordinatrices du Free Gaza Movement-et qui à ce titre avait participé au convoi humanitaire Flotille de la Liberté vers la Bande de Gaza, Yonatan aurait pu être pilote dans l’escadrille israélienne BlackHawk qui avait attaqué le bateau Mavi Marmara le 31 mai. Suite à cette attaque brutale, neuf personnes sont mortes ; j’aurais pu être une de ces personnes.

En Pologne, il y a plein de murs et de ruines du Ghetto de Varsovie, des vestiges des camps d’extermination et des lieux de mémoire en hommage à ceux qui ont péri en défendant non seulement leur communauté, mais aussi en luttant contre le fascisme.

Les gens en Pologne doivent se réveiller, et se rendre compte que les occupations et les ghettos ne se sont pas terminés avec la fin de la Deuxième Guerre Mondiale. Cette stratégie et cette tactique de domination, de maintien du contrôle sur d’autres gens et d’appropriation de leur terre est mise en œuvre en permanence en Palestine et réalisée de manière conséquente par l’Etat d’Israël.

Notre obligation, c’est de libérer tous les ghettos, et de mettre fin à chaque occupation.

Malgré de nombreux appels, la Pologne poursuit sa coopération militaire avec Israël en ignorant l’obligation de respecter le droit international, d’arrêter le soutien à la ghettoïsation de la Cisjordanie et d’assurer la protection des populations civiles.

La Campagne Polonaise de Solidarité avec la Palestine, avec le mouvement international BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions), appelle a mettre fin à l’impunité israélienne, aux violations du droit international et des droits de l’homme par les autorités d’Israël.

Selon Ewa Jasiewicz, la Pologne ne peut plus continuer à être une sorte de ’green zone’, une zone de protectionde la politique israélienne d’apartheid.

C’est sur nous tous que repose la responsabilité de mettre fin à l’occupation et à la ghettoïsation des habitants de Palestine.

Yonatan Shapira :Quand j’étais adolescent, on m’enseignait que toutes les horreurs qu’avait subies le peuple juif furent le résultat d’un accord tacite du reste du monde et de son manque de réaction. C’est pourquoi je ne peux plus garder le silence. Le peuple juif avait besoin de se libérer du ghetto. A présent, les Israéliens ont besoin de se libérer des crimes de guerre commis par le gouvernement d’Israël en leur nom ; de se libérer de leur rôle d’occupant.

Chacun de nous peut prendre part dans cette lutte globale pour la justice, et soutenir la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions à l’encontre de l’Etat d’Israël, en le faisant non seulement pour les Palestiniens mais aussi pour les Israéliens eux-mêmes.

Aneta Jerska

(publié le 29 juin 2010 par Aneta Jerska sur le site de la gauche indépendante polonaise www.lewica.pl ; traduction française Roman Dębski)

On parle de développement durable à tort et à travers


Francisco Van der Hoff (Max Havelaar)

Le pionnier du commerce équitable ne mâche pas ses mots sur la réalité de l’économie mondiale. Aucune ressource ne manque, c’est la distribution qui fait défaut

Co-fondateur du label Max Havelaar, Francisco Van der Hoff, nous a accordé une interview, avant de poursuivre sa tournée de sensibilisation, via le Canada. C’est en 1988 aux Pays-Bas que le prêtre-ouvrier fonde l’association et le label Max Havelaar, du nom d’un héros de roman, forgé par Edouard Douwes Dekker en 1860, luttant contre un système commercial injuste qui accable 30 millions de Javanais, colonie néerlandaise à l’époque.

Rencontre.

Vous êtes docteur en théologie et en économie politique… Comment expliquez-vous votre parcours ?

Francisco Van der Hoff
. Oui, un étrange profil, n’est-ce pas ? J’ai tout d’abord obtenu un doctorat en théologie, puis cela m’a assez vite ennuyé. Je voulais être plus proche du terrain, de la réalité humaine, de l’action. Je me suis alors orienté vers l’économie politique et la sociologie rurale. Il me semblait nécessaire de sonder la réalité humaine grâce aux outils qu’ont pu me procurer l’économie par exemple avant même de pouvoir mener une quelconque réflexion théologique.

Max Havelaar vient de labelliser le coton cette année. Cela pourrait-il permettre, par exemple, de contrer les avancées du textile chinois ?

Nous venons en effet de nous engager dans le textile. Mais nous n’avons pas tous la même perception du marché mondial sur ce domaine. L’Europe est actuellement très sensible aux manifestations d’hyperproductivité des Chinois. Au Mexique, nous ne pensons pas pouvoir contrer l’expansion chinoise, ni même directement la concurrencer. Après tout, les Chinois font bien leur travail, et puis il nous faut aussi faire face au problème de la corruption au Mexique, qui est au moins tout aussi important. Bien sûr en Europe, vous êtes surpris des coûts de production chinois. Mais pourquoi les vêtements doivent être finalement vendus si chers ? Un pantalon produit pour deux dollars est vendu pour 40 ou 50 dollars.

D’où vient le problème alors ?

Pas véritablement de la production, mais plutôt de la revente puisque le prix gonfle de 300 à 400 %. Cela s’explique notamment par le fait que seulement 65 % des vêtements produits sont vendus alors que les 35 % restants sont tout simplement détruits. A cause de la mode, que l’on observe chaque été et chaque hiver, les entreprises du textile doivent produire de nouveaux modèles. En somme, un véritable désastre économique et environnemental.

Que pensez-vous de la multiplication des labels ?

Chez Max Havelaar, nous n’aimons pas les labels, mais l’industrie et les consommateurs en ont besoin. Les gens sont suspicieux et connaître l’origine du produit est très important pour eux. Certains labels ne sont que des outils de marketing. Heureusement, le label Max Havelaar est connu comme un label « commerce équitable », et non comme simple marque de café.

Néanmoins, le label du commerce équitable ne risque-t-il pas de souffrir d’un certain manque de lisibilité ?

En réalité, la plupart des études qui ont été réalisées sur le marché européen montrent que le label Max Havelaar est connu par environ la moitié des consommateurs français, et jusqu’à 80 % des consommateurs hollandais. Cela ne veut pas dire que tous les consommateurs qui connaissent le label vont acheter le produit. La reconnaissance du label est la principale tâche de Max Havelaar. Nous avons besoin d’un label qui puisse informer les gens sur telle ou telle stratégie, politique ou marketing.

Le commerce équitable peut-il être mis en place par des multinationales, ou bien est-il voué à rester le fait de petites structures ?

Les petites entreprises sont sûrement les plus adaptées et les plus capables pour mettre en place une production sur le mode du développement durable. Encore faut-il se mettre d’accord sur ce que l’on entend par durable. En Amérique du Sud, nous en sommes venus à définir très précisément la notion de durable et ce qu’elle revêt pour les producteurs : une agriculture biologique qui permet de maintenir la biodiversité et donc le respect de l’environnement, ainsi que qualité et prix équitables. Ce dernier garantit aux producteurs et à leur famille logement, nourriture et éducation.

Au final, nous mettons en place une économie véritablement durable. Cette définition est vraiment importante, car aujourd’hui on a tendance à parler de développement durable pour tout et n’importe quoi, comme le font les grands groupes, sans véritablement avoir une idée précise de l’enjeu humain qu’il représente.

Justement, par rapport à cet enjeu humain, vous insistez souvent sur le fait que le commerce équitable s’oppose à l’idée même de charité…

Concrètement, la charité renvoie au geste simple qui consiste à donner à une main tendue : c’est un des actes les plus stupides qui puisse être fait, de la part du receveur comme du donateur. C’est l’expression même d’une société qui ne fonctionne pas correctement. Je possède, tu ne possèdes pas, et par cet échange je t’entretiens dans ta position de mendiant. C’est accepter la situation et favoriser l’immobilisme.

Comment alors concevez-vous la relation entre consommateur et producteur ?

Le système du commerce équitable est bien loin de cette charité. Le pilier sur lequel nous avons fondé notre mouvement est avant tout de permettre un choix. En effet le consommateur, en acceptant de payer son produit plus cher, peut faire le choix de permettre aux producteurs de s’en sortir, mais aussi de bénéficier d’un produit de meilleure qualité. Le développement durable, tel que nous l’entendons, vise à asseoir un rapport d’égalité.

S’engager dans le développement durable peut-il être une stratégie économiquement rentable au niveau concurrentiel mondial ?

La croissance économique qui guide le commerce mondial est peut-être la clef du problème. Si l’ensemble des richesses mondiales étaient divisées par le nombre d’habitants de cette planète, il y aurait alors pour chacun plus que nécessaire. Au moment où nous parlons, il faut être conscient que notre planète, telle qu’elle est exploitée, peut largement nourrir, habiller et loger l’ensemble de ses habitants. On voit donc bien que le problème n’est pas tellement un problème de croissance et d’accumulation, mais plutôt un problème de distribution.

Avez-vous des exemples précis en tête ?

Oui, des hommes politiques tels que Tony Blair et Jacques Chirac effacent les dettes internationales de 18 des pays les plus pauvres à hauteur de 40 milliards de dollars. Certes, c’est une action positive, mais ce ne sont pas les dettes de pays à pays, mais multilatérales. Le geste ressemble davantage à de la charité qu’à une véritable prise en compte d’une distribution équitable des richesses. Je ne pense pas que la rentabilité économique soit un facteur de réel développement mondial, mais je doute surtout qu’il puisse être un facteur de bonheur.
Le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté aux Etats-Unis a crû de 40 % lors des dix dernières années. Pourtant, c’est une société dont on vante l’économie en croissance. Mais à quel coût ? C’est le même problème que nous vivons en Amérique du Sud, et le terrible problème qui touche dramatiquement l’Afrique. Je pourrais multiplier les exemples montrant que la rentabilité économique ne se traduit pas par la réduction des inégalités, mais vise au contraire à les alourdir.

Vous restez pourtant optimiste quant à l’avenir du développement durable…

Oui. Lentement mais sûrement, une partie importante de la population mondiale prend conscience des enjeux qui nous concernent tous et de la nécessité de changer les règles du jeu, les mécanismes du commerce international. Et les pouvoirs publics ne peuvent rester sourds à cette évolution. D’ailleurs, le fait d’avoir reçu une reconnaissance symbolique avec la Légion d’honneur en France montre comment les choses évoluent.

L’enjeu n’est-il pas uniquement médiatique pour certains ?

Je ne suis certes pas dupe et je comprends que ceci puisse faire l’objet d’une récupération médiatique, politique et économique. Lorsque le président de Carrefour, vient me faire part de son intérêt pour le développement durable, c’est un stratège de la politique du maquillage. Je sais qu’il se sert de son exposition médiatique à mes côtés pour légitimer par ailleurs des actions commerciales qui vont tout à fait à contre-courant des logiques du développement durable.
Mais je me rappelle qu’une telle prise de conscience aurait été inimaginable pour beaucoup il y a encore quelques années, lorsque nous passions pour une bande d’utopistes. Si ces personnes font ce pas, c’est bien parce que les choses bougent et qu’ils doivent répondre à une certaine demande sociale. Peu à peu les mentalités évoluent, et si on ne peut pas demander au commerce équitable de s’imposer du jour au lendemain, son avenir est gigantesque.

Vous êtes critique face aux distributeurs, mais ils participent à l’expansion du commerce équitable, non ?

Si notre café s’est peu à peu imposé, il est également vrai que des entreprises comme Starbucks ont su s’adapter à notre émergence. Starbucks s’approvisionne à hauteur de 5 % en café issu du commerce équitable et nous paie raisonnablement bien. S’ils le font, c’est non seulement parce que le café est maintenant devenu l’emblème historique de la lutte pour le commerce équitable, mais c’est aussi une question de qualité.

Vous associez commerce équitable et qualité…

Il se trouve qu’il y a une corrélation évidente entre la qualité du café et le niveau de revenu des producteurs. Si les consommateurs ne sont pas forcément séduits par la finalité du produit, ils peuvent au moins l’être par sa qualité. Et puis, je ne pense pas qu’il n’y ait qu’une part restreinte des consommateurs qui puissent être qualifiés « d’éthiques ». La question du développement durable n’est plus aujourd’hui le registre réservé de quelques initiés.

Vous-même, buvez-vous du café Max Havelaar ?

Je ne vous surprendrai pas en répondant affirmativement. Cependant, je n’en bois lorsqu’il y en a. J’espère donc pouvoir en boire de plus en plus souvent…

source

le site max havelaer

Naomi Klein « The shock Doctrine »


La gauche en héritage

Elle est devenue la figure la plus visible et la plus influente de la gauche américaine – à l’instar d’un Howard Zinn ou d’un Noam Chomsky il y a trente ans. Naomi Klein…

s’exprime régulièrement aux quatre coins du monde, et des centaines de personnes se déplacent pour l’écouter. Elle est même devenue l’icône des icônes. Le groupe de rock Radiohead et la chanteuse ­Laurie Anderson vantent ses livres à leurs fans. La ­comédie de John Cusack War, Inc. s’est inspirée de ses reportages à Bagdad. Et le réalisateur mexicain Alfonso Cuarón a été tellement enthousiasmé par son ­dernier livre, The Shock Doctrine*, paru en 2007, qu’il a gracieusement réalisé un spot publicitaire pour sa campagne de promotion.

suite

Afghanistan : en direct depuis le terrain


Lettre d’un ami médecin travaillant avec une mission humanitaire sur place

Chers amis,
 
Voilà quelques semaines de silence dû sans doute à un manque d’imagination ou une certaine lassitude, non pas celle de vous écrire, mais celle de décrire l’atmosphère pesante d’un hôpital de province qui se débat tant bien que mal avec les funestes conséquences d’une guerre interminable et inutile.

La semaine dernière, quatre bombes ont explosé simultanément dans la ville. Dans le jargon local, elles sont appelées IED (Improvised Explosive Device), et du fait de leur caractère artisanal, elles n’ont fait heureusement que peu de dégâts : trois morts et une vingtaine de blessés. Un plan catastrophe pour l’hôpital est prévu pour ce genre d’événement, mais il n’existe que sur papier. Je vous laisse deviner le désordre qui, une fois de plus, régnait dans l’hôpital !

Une autre réflexion est que la réalité est bien différente de celle des communiqués de l’IMF, assurant que, depuis la dernière offensive de l’OTAN, la province d’Helmand, bastion des talibans, est sous contrôle. Manifestement, la sécurité n’est pas assurée dans la région. Quant à la nôtre, si elle dépend de l’approbation, même tacite, de toutes les parties embarquées dans le conflit, elle dépend aussi de la bonne tenue de notre projet, à savoir procurer des soins de qualité à ceux qui en manquent le plus.
En Afghanistan, c’est un véritable défi, du fait des difficultés d’importation du matériel et médicaments indispensables, du profil bas que nous adoptons pour des raisons de sécurité, et du manque de ressources humaines pour mener à bien le projet.

L’Afghanistan n’est pas un pays très attractif pour les travailleurs humanitaires. Tous ces facteurs conjugués sont une source de frustrations, non seulement pour les expatriés, ce qui n’est pas encore trop grave, mais aussi pour tous ceux qui s’adressent à nous pour trouver quelques bonnes médecines. Se poser la question de savoir s’il existe encore un espace humanitaire aujourd’hui en Afghanistan n’est ni ridicule ni superflu.

Comme toujours, il y a quelques touches de lumière dans ce tableau un peu sombre. L’une est certainement l’accueil sincère que j’ai reçu de tous mes confrères afghans. Je m’imagine parfois à leur place et je m’interroge si, étant afghan, je serais prêt à collaborer aimablement avec une organisation occidentale, alors que mon pays est envahi par une coalition militaire de la même eau.

Si le degré de civilisation s’apprécie à la capacité de reconnaître l’humanité de l’autre, beaucoup d’Afghans, loin d’être les barbares que l’on croit, sont authentiquement civilisés.

500 millions de dollars contre le Hezbollah


mercredi 30 juin 2010, par Alain Gresh

Jeffrey D. Feltman, assistant de la secrétaire d’Etat américaine et responsable du bureau des affaires du Proche-Orient, et Daniel Benjamin, coordinateur du bureau de lutte contre le terrorisme, ont témoigné devant une commission du Sénat le 8 juin 2010. Il s’agissait d’évaluer la force du Hezbollah.

Concluant leur témoignage, ils ont déclaré :

« Les Etats-Unis continuent de prendre très au sérieux les menaces que le Hezbollah fait peser sur les Etats-Unis, le Liban, Israël et l’ensemble de la région. Nous avons déployé de grands efforts diplomatiques, à travers la lutte antiterroriste et une aide matérielle, pour réduire cette menace et cette influence du Hezbollah dans la région et promouvoir la paix, la stabilité et la prospérité à travers le Proche-Orient. »

L’ensemble du développement reprend les analyses de l’administration précédente sur le Hezbollah, définissant celle-ci comme une organisation terroriste responsable notamment de la guerre de l’été 2006. Elle est aussi « l’une des milices les mieux armées et les plus dangereuses dans le monde ».

Mais le plus intéressant, c’est la reconnaissance de l’aide directe apportée par les Etats-Unis aux forces libanaises qui luttent contre le Hezbollah.

« Les Etats-Unis fournissent une assistance et un appui à tous ceux qui, au Liban, travaillent pour créer des alternatives à l’extrémisme et réduire l’influence du Hezbollah dans la jeunesse. (…) A travers l’USAID et la Middle East Partnership Initiative (MEPI), nous avons contribué depuis 2006 à hauteur de plus de 500 millions de dollars à cet effort. Cette assistance substantielle représente l’une des facettes de notre soutien inaltérable au peuple libanais et à l’instauration d’un Liban fort, souverain, stable et démocratique. Depuis 2006, notre aide totale au Liban a dépassé le milliard de dollars. Si nous laissions tomber les millions de Libanais qui veulent un Etat représentant les aspirations de tous les Libanais, nous créerions les conditions par lesquelles le Hezbollah pourrait remplir le vide et devenir encore plus fort. »

Que des pays étrangers s’ingèrent dans les affaires libanaises, on s’en doutait. Le Liban est, depuis longtemps, un champ d’affrontements de puissances régionales, de l’Iran à Israël, de la Syrie à l’Arabie saoudite. Plus inhabituel est le fait qu’une grande puissance reconnaisse ouvertement qu’elle mène une action permanente contre l’une des principales forces du pays, force qui participe, par ailleurs, au gouvernement. Ces pratiques américaines rappellent les interventions des Etats-Unis en France ou en Italie durant la guerre froide contre les partis communistes.

Le Hezbollah, qui a rendu public son nouveau programme le 1er décembre 2009, est la seule force libanaise qui maintient une milice armée.

La déclaration américaine a soulevé un vif débat au Liban quand elle a été connue, à partir du 22-24 juin. Le Hezbollah a affirmé qu’il déposerait plainte contre les Etats-Unis devant les tribunaux.

Dans le quotidien libanais Al-Safir du 29 juin, Nabil Haitam affirme qu’une liste de 700 noms de personnes et d’organisations ayant bénéficié de l’aide américaine circule, et que certains ont reçu des sommes comprises entre 100 000 et 2 millions de dollars. Le journaliste s’interroge :

« Quelles clauses du code pénal ces groupes ou personnes ont-ils violées ? Est-ce que contacter ou agir avec un Etat étranger, et travailler avec cet Etat en échange d’argent à une campagne visant l’une des composantes de la société libanaise – une campagne qui pourrait avoir déstabilisé la société –, est légal ? » (…)

Et Haitam se demande pourquoi Feltman a rendu cette information publique, d’autant qu’elle risque d’embarrasser des alliés des Etats-Unis au Liban. Selon lui, l’ambassade américaine à Beyrouth a rassuré ses alliés en leur affirmant que Feltman voulait simplement montrer au Congrès que les Etats-Unis agissaient au Liban et qu’il n’est pas question qu’ils révèlent des noms.

Autre son de cloche avec l’éditorial de Tariq Alhomayed, rédacteur en chef du quotidien panarabe pro-saoudien Al-Sharq Al-Awsat (23 juin) : « Hezbollah wants transparency ? ». Il cite le député Nawaf Al-Moussaoui, qui a déclaré que « si l’ambassade américaine veut être transparente, alors qu’elle donne la liste des noms de ceux qui ont reçu la plus grande partie de cet argent, dont il est dit qu’il a aidé le peuple libanais ».

Alhomayed soulève la question du financement du Hezbollah, que le secrétaire général de ce parti, Hassan Nasrallah, qualifie « d’argent pur ».

« Comment cet argent arrive-t-il au Liban ? Qui le reçoit ? Qui le distribue ? Combien a été dépensé pour les médias et pour acheter des journalistes et des politiciens ? Combien a été dépensé pour acheter des armes ? Combien a été dépensé pour dédommager les victimes de la guerre de 2006, comme le Hezbollah s’y était engagé ? »

Questions intéressantes venant d’un journal notoirement financé par l’Arabie saoudite, qui a arrosé le Liban pour y acheter journalistes et responsables politiques…

Et Alhomayed pose un autre problème :

« Si le Hezbollah veut la transparence, alors il devrait y avoir la transparence sur tous les sujets. (…) Et le Hezbollah doit faire ce qu’il demande aux Américains. » Le journaliste demande que le Hezbollah fasse la lumière sur un scandale financier lié à l’homme d’affaires Salah Ezzedine, dont la faillite a provoqué la ruine de nombreux Libanais. Or, cet homme d’affaires, selon le journaliste, avait de nombreuses connexions avec des membres du Hezbollah.

Notons aussi qu’aux Etats-Unis, certains se prononcent pour un dialogue avec le Hezbollah. Ainsi, William Crocker, ancien ambassadeur en Irak entre 2007 et 2009 (nommé par le président George W. Bush), s’est prononcé en ce sens devant le comité des affaires étrangères du Sénat (« Former US envoy favors talking to Lebanese resistance », The Daily Star, 10 juin).

source

« Feu vert » de l’ONU à une attaque préventive américano-israélienne contre l’Iran?


La résolution du Conseil de sécurité transforme l’Iran en proie facile

par Michel Chossudovsky

«Une proie facile est une victime sans défense, une cible facile, vulnérable à l’attaque. »

Cette dernière résolution laisse non seulement entendre que Washington et ses alliés de l’OTAN ont le contrôle du Conseil de sécurité de l’ONU, mais qu’en définitive ils donnent un coup fatal à la politique étrangère de Moscou et de Pékin.

Cette résolution du Conseil de sécurité devrait dissiper le mythe de la rivalité des superpuissances. La Chine et la Russie sont un appendice du nouvel ordre mondial.

En ce qui concerne la diplomatie internationale, la Chine et la Russie sont des « tigres de papier », sans dents. «Un tigre de papier [纸老虎 (Zhǐ lǎohǔ)], signifie quelque chose qui semble représenter une menace tel un tigre, mais qui est totalement sans danger ».

La Chine et la Russie sont les victimes de l’échec de leur propre décision au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Une attaque contre l’Iran engendrerait immédiatement une escalade militaire. La Syrie et le Liban seraient également visés. L’ensemble du Moyen-Orient et de l’Asie centrale exploserait, une situation qui pourrait potentiellement évoluer vers un scénario de Troisième Guerre mondiale.

De façon très réelle, l’aventure militaire États-Unis-OTAN-Israël menace l’avenir de l’humanité.

SUITE