Le grand ayatollah Mohammad Hussein Fadlallah


Le grand ayatollah Mohammad Hussein Fadlallah

LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 04.07.10 |

Le grand ayatollah Mohammad Hussein Fadlallah, autrefois considéré comme le mentor du parti pro-iranien Hezbollah et personnalité très influente de l’islam chiite, est mort dimanche à l’âge de 75 ans, a affirmé à l’AFP un de ses principaux conseillers. Né en 1935 dans la ville sainte de Najaf (Irak), le grand ayatollah avait été admis vendredi dans un hôpital de Beyrouth pour une hémorragie interne. Mohammad Hussein Fadlallah était considéré comme le guide spirituel du Hezbollah, durant les premières années de ce mouvement pro-iranien fondé au Liban en 1982 avec le soutien des Gardiens de la Révolution iraniens.

A l’instar du leader actuel du Hezbollah, Hassan Nasrallah, il était inscrit par les Etats-Unis sur leur liste des « terroristes internationaux » établie en 1995. Il avait été accusé dans les années 1980 par les médias américains d’être à l’origine des prises d’otages d’Américains au Liban par des groupes radicaux liés à l’Iran. D’autres médias le présentaient également comme un médiateur dans cette crise, mais la nature de son rôle n’a jamais été élucidée. Personnalité très influente de l’Islam chiite au Liban, en Asie centrale et dans le Golfe, Fadlallah se servait de ses prêches du vendredi pour dénoncer la politique américaine au Moyen-Orient.

Dès les premières années, les relations s’étaient distendues entre l’ayatollah et le Hezbollah à cause de l’influence grandissante de Téhéran sur le « parti de Dieu » mais le « Sayyed » [titre donné aux descendants du prophète Mahomet] était resté un partisan de la Révolution islamique en Iran et de la lutte armée contre Israël. Comme le Hezbollah, il était en faveur de l’instauration d’un régime islamique au Liban, en estimant cependant que ce scénario n’était possible qu’à travers la volonté populaire.

Le Grand ayatollah était depuis plus de 40 ans l’une des principales autorités de l’islam chiite dans le monde arabe. Il a émis des fatwas (décrets religieux) interdisant les crimes dits d’honneur ou l’excision. Auteur de plusieurs ouvrages théologiques, il était connu pour son ouverture sur le développement scientifique et son audace dans l’interprétation des textes de l’islam. Le charismatique dignitaire à la barbe blanche et au visage serein était connu pour ses avis religieux tolérants, notamment vis-à-vis des femmes. En 2005, il avait interdit les attentats contre les civils après des attaques meurtrières dans la station balnéaire égyptienne de Charm el-Cheikh, sachant qu’il avait autorisé les attentats suicide au Liban et dans les territoires palestiniens contre « l’occupant israélien ».

« La stratégie du choc »…


… de Naomi Klein est un livre qui vient à point ! À point, pour faire le point sur cette crise financière internationale. Crise aiguë où tout le monde s’interroge quant à ses débuts, mais aussi et surtout à sa fin !

Cette scandaleuse crise qui balaye les emplois, fait chuter les Bourses, cavale comme une grande faucheuse entre indices et actions, envoie indistinctement sur les roses « lumpen » prolétariat et surdiplômés, bouleverse les données de toute sage et prudente économie se voulant à l’abri des intempéries fatales .

Cette crise mondiale dont les ondes de choc, insondables et encore loin de pouvoir être jugulées, tourmentent producteurs, industriels, commerçants et simples consommateurs. Dans le même panier de la déconfiture turbulents « golden boys » devant le clavier des « laptops » et ignorantes ménagères traînant le caddie dans les rayons des hypermarchés.

Sans prendre le taureau par les cornes, voilà un ouvrage qui s’attaque de front au système capitaliste avec ses multiples dérives. Pour un intransigeant besoin de transparence, une singulière lecture de l’histoire économique mondiale depuis les années soixante.

Avec de regrettables partis pris notamment en ce qui concerne le Liban, sans jamais d’ailleurs suggérer une alternative ou une meilleure possibilité des choses.
Pour son troisième opus, après sept ans de silence, Naomi Klein n’y va pas de main morte. Avec La Stratégie du choc – titre original The shock doctrine – (Lemeac-ActesSud, 670 pages, traduit de l’anglais par Lori Saint-Martin et Paul Gagné), l’auteure du best-seller No logo, activiste politique et journaliste canadienne indépendante, dénonce ce qu’elle appelle sans ambages « le capitalisme de désastre ».

Qu’y a-t-il de commun entre le coup d’État de Pinochet au Chili en 1973, le massacre de la place Tiananmen en 1989, l’effondrement de l’Union soviétique, le naufrage de l’épopée Solidarnosc en Pologne, les difficultés rencontrées par Mandela dans l’Afrique du Sud post-apartheid, les attentats du 11-Septembre à New-York, la guerre en Irak, la destruction systématique du centre-ville de Beyrouth, le tsunami qui dévasta les côtes du Sri Lanka en 2004, l’effroyable cyclone Katrina, la pratique de la torture partout et en tous lieux – Abou Ghraib ou Guantanamo – aujourd’hui ?

Longue chaîne de malheurs permettant de mettre en œuvre des réformes économiques néolibérales majeures impossibles en temps normal. Autant de situations de choc pour une barbarie de la spéculation et une impitoyable loi du marché.

Plus de trente ans d’histoire, en un minutieux et scrupuleux état des lieux (lorgnette d’anticapitaliste oblige), pour dévoiler les dessous des cartes et des transformations, pour décrire l’émergence de ce que Naomi Klein qualifie de « capitalisme du désastre ».
C’est sur les ruines fumantes que se font les contrats les plus juteux.

C’est tout un art et un absolu savoir-faire que de profiter des crises, toutes sortes de crises. Et le Liban (et le Libanais en particulier) est bien placé pour le savoir !
L’état de choc permet toujours une meilleure manipulation des masses. Une vision peu clémente au système économique prévalent actuel où le capitalisme prolifère et prospère dans les contextes les plus tourmentés.

Pour ce pavé impressionnant (par son poids, sa taille et le nombre de ses pages), il ne s’agit pas d’un livre d’économie classique ni d’une investigation journalistique politique neutre. Au contraire, c’est une intrusion au cœur de tout ce qui palpite, vit et se transforme.

Une mine d’informations certes que ce livre sérieusement documenté, mais il s’agit aussi là d’une bombe lancée contre le néolibéralisme. Tout est sujet à critique, contestation, inquisition et esprit soupçonneux.

Il est évident que ce volumineux ouvrage fouillant en toute impunité toutes les catastrophes (guerres, terrorisme, coups d’État) reste surtout un livre profondément davantage informateur que proposant des solutions.

Un livre controversé car, tout en critiquant le consumérisme, il reste silencieux sur les propositions à améliorer la situation, gommer les bavures ou redresser les torts…
Il est clair que Naomi Klein, diplômée de la prestigieuse London School of Economics, malgré son immense talent, son remarquable courage et son labeur à la tâche, a dans ces pages la plume d’une journaliste et non d’une économiste.

Une journaliste qui rêve – à raison – d’un monde meilleur. Mais n’en
rêve-t-on pas depuis des millénaires ?

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