LES MENSONGES, ÇA SUFFIT !


Mireille Péronnet m’écrit:

« Il y a déjà un an, je vous avais envoyé un texte d’un ami, Rudi Barnet
“Lettre à un ami juif de mon pays” . Il a continué à collecter des
informations sur le drame des Palestiniens.
Vous trouverez ci-joint son texte, revu et complété sur base d’événements
plus récents.
Il ne s’agit en rien d’un pamphlet, mais plutôt d’informations
vérifiables, de réponses objectives à diverses questions.

Sans doute que certains d’entre vous n’y découvriront rien de neuf…
peut-être alors pourra-t-il leur être utile comme petit aide-mémoire.
D’autres y trouveront, j’espère, matière à réflexion
. »

Enfant déjà, les témoignages et les images sur la Shoah m’ont épouvanté.

L’horreur de cette “solution finale“, cette volonté d’exterminer juifs, Roms ou homosexuels, parce qu’ils sont différents, ont une autre religion ou une autre culture, m’a marqué pour la vie.
Depuis, il m’a toujours paru vital pour la conscience humaine, que cette tragédie, ainsi que tous les génocides perpétrés par des êtres qui se prétendent humains (Patagonie, Etats-Unis, Arménie, Rwanda…) soient présents dans les programmes scolaires pour que les générations futures gardent mémoire de ces déshonneurs de l’humanité.

Plus tard, adolescent, j’ai aussi été scandalisé par les bombes au napalm et les défoliants que l’armée des Etats-Unis déversait sur la population du Vietnam et du Laos, les exactions du colonisateur français en Algérie et du belge au Congo, le terrible régime d’apartheid imposé aux noirs d’Afrique du Sud… Tant d’autres drames.
Si j’évoque ces quelques souvenirs, c’est pour éviter toute ambiguïté, pour dire que ma révolte contre l’injustice ne date pas d’hier, qu’elle n’a jamais tenu compte des ethnies, races, croyances ou cultures. Que je n’ai simplement jamais accepté d’être du côté des oppresseurs ou des bourreaux, quels qu’ils soient.
Bien qu’il m’arrive parfois de douter de l’humanité des êtres qui peuplent ce monde, je continue, avec mes faibles moyens, de tendre la main aux victimes, ici et ailleurs.

Juif ou Israélien?

Venons-en au drame palestinien… et surtout à cette relation “militante“ à l’Etat d’Israël, cette solidarité apparemment indéfectible de certains de mes concitoyens, qu’ils soient de culture juive ou pas, avec ce régime.
N’étant “militant“ d’aucune idéologie ou religion, j’ai cherché à comprendre cette attitude qui me paraît tenir de l’autisme, n’être possible qu’en occultant l’Histoire, en niant les faits et en méprisant “l’autre“.
Mes recherches m’ont amené à de si nombreuses découvertes qu’il m’a semblé important d’être le plus précis et complet possible pour que chacun puisse vérifier ou contredire ces informations, seule base sérieuse pour un dialogue honnête et constructif.
Certaines de celles-ci étonneront ou seront douloureuses pour certains, mais je suis profondément convaincu que la recherche et la divulgation de la vérité est avant tout un témoignage du respect de l’autre et le premier moyen de tendre la main.

Un conte pour enfants

A l’école de mon village, notre instituteur nous vantait les mérites de “ces courageux colons qui allaient faire fleurir un désert“ et parlait avec enthousiasme de l’implantation d’un “peuple sans terre dans une terre sans peuple“.
Le monde sortait alors d’une guerre terrible, la communauté juive avait connu une tragédie effrayante et le petit écolier que j’étais se réjouissait de cet exode vers un avenir prometteur.
Longtemps, j’ai cru à cette fable, tout comme sans doute les jeunes Juifs socialistes, idéalistes de bonne foi, venus d’Europe pour créer les premiers kibboutzim.
On sait maintenant que c’était un mensonge propagé par l’appareil sioniste.
Loin d’être un désert, il y avait là-bas des villes, des villages, des cultures, des jardins, des êtres humains de religions diverses… Un peuple vivait sur cette terre!
Nous ignorions alors cette imposture et nous ne savions pas, non plus, que cette colonisation avait débuté bien avant la Shoah.

Le désastre qu’affronte le Judaïsme européen n’est pas mon affaire

Les premiers colons sionistes, qualifiés de terroristes par l’occupant anglais, ne se préoccupaient guère de ce qui se passait en Europe!

Petit exemple pour illustrer cette absence de lien avec les martyrs de l’Holocauste : en décembre 1942, David Ben Gourion – futur fondateur de l’Etat d’Israël qui vivait alors depuis près de 40 ans en Palestine – ayant été informé de la mise en œuvre de la “solution finale“, affirmait, que “le désastre qu’affronte le Judaïsme européen n’est pas mon affaire“.
Révélateur, non?

Aujourd’hui, nous devons donc bien admettre que ce que me racontait mon instituteur était “bidon“ et que c’est bien une invasion violente qui a été réalisée là-bas.
La Shoah n’est pas une justification acceptable pour cette “implantation“ et Il faut donc dire avec force que l’utilisation médiatique de ces monstruosités pour légitimer cette colonisation est une ignominie!
Dire que ce n’était pas – et ce n’est toujours pas! – au peuple qui vit en Palestine à payer le prix des crimes de l’Allemagne nazie… ni les nôtres!
Il me paraît d’ailleurs assez paradoxal et choquant de voir que des rescapés de l’horreur nazie, ou leurs descendants, ne soutiennent pas aujourd’hui des êtres humains qui, à leur tour, subissent l’oppression.
Par quelle aberration en arrivent-ils à cet aveuglement, à cette indifférence au malheur d’innocents?

Un mufti bien utile

A l’école du village, on nous racontait aussi que les quelques arabes qui vivaient en Israël étaient alliés aux nazis, qu’il fallait les écraser puisque leur mufti (mollah) de Jérusalem avait collaboré avec Hitler et appelé les Palestiniens à se joindre aux forces de l’Axe.
Nous ignorions alors – certains l’ignorent d’ailleurs toujours… ou ne veulent pas le savoir – que cet Amin Al-Husseini vivait en Europe depuis 1937 (!), qu’il était largement discrédité dans le monde arabe et que son influence sur la population de son pays était plus que limitée.
Preuve en est le très maigre résultat de ses exhortations auprès de ses compatriotes (1).
Que cet A-Hussein ait été un personnage exécrable est incontestable – ce n’était visiblement pas l’avis du gouvernement français qui l’hébergea et le protégea en 1945 – mais de là à en faire le “chef“ des Palestiniens et lui consacrer plus de place au mémorial de Yad Vashem qu’à des Himmler, Goebels (dans “Encyclopedia of the Holocaust“, l’espace qui lui est consacré est seulement dépassé par celui concernant Hitler lui-même) serait risible si ce n’était une manipulation tendant à présenter les Palestiniens comme coresponsables du génocide hitlérien…
Vous avez dit manipulation mentale?

Des nazis bien tranquilles

N’est-il pas inconvenant qu’aucun “Tribunal de Nuremberg ou de La Haye“ n’ait jugé les complices objectifs de l’Holocauste, notamment les gouvernements anglais, étatsuniens et canadiens qui “savaient“ dès 1941, qui connaissaient la mise en œuvre de la “solution finale“… et qui ont cyniquement laissé faire?
On ne peut ignorer, non plus, qu’après 1945, ces “Alliés“ ont été plus que laxistes avec les criminels de guerre, notamment les USA – mais la politique de l’URSS était similaire – qui ont accueilli et protégé nombre de nazis dont plus de 5.000 membres du sinistre réseau de Reinhard Gehlen devenus de bons citoyens américains et “recyclés“ dans la CIA!
Pourquoi ces crimes et complicités n’ont-elles pas été dénoncées et jugées?

… Et petit témoignage personnel

C’est avec stupeur et colère que j’ai appris de la bouche même d’un ex beau-frère qu’il coulait des jours tranquilles à Tel-Aviv (il y est mort depuis) avec sa fille et ses petits-enfants.
Cet homme était un SS belge de la “Légion Wallonie“, il avait combattu à Stalingrad, avait été emprisonné en Belgique et déchu de ses droits civils.
Cette révélation, irréfutable (preuves à disposition), est pour le moins interpellante, non?
Que peut répondre cet Etat au fait d’avoir accueilli cet homme – et si j’en crois ses dires, d’autres de ses “camarades“ – comme citoyen israélien?
Comment Israël peut-il justifier cela?

Etat des lieux

Aujourd’hui, le territoire où vit le peuple palestinien ressemble indéniablement aux “réserves indiennes“ des Etats-Unis.
Avec le blocus, Gaza est devenu le “plus grand camp de concentration à ciel ouvert du monde“ (1,5 million de personnes enfermées dans un espace de 360 km2) et la Cisjordanie est constituée d’une myriade de villages ou de camps de réfugiés militairement isolés les uns des autres.
Chaque jour, Israël continue impunément le vol des maisons et des terres, l’installation de colonies et la judaïsation de Jérusalem… sous l’œil complice des Etats-Unis et de l’Union européenne.
Il faut y ajouter ce honteux mur (près de 700 kms au total) qui empiète sur les terres palestiniennes et prive les habitants de leurs récoltes, d’accès à leurs puits, à leur famille.
Qui peut d’ailleurs encore croire que ce mur a comme objectif d’empêcher l’intrusion de terroristes quand on sait que, chaque jour, plusieurs milliers d’ouvriers le franchissent clandestinement pour se faire exploiter comme travailleurs « illégaux“… et sous-payés, évidemment.

… Et début des questions

Quand, il y a un peu plus d’an, l’armée d’Israël a fait pleuvoir la mort sur Gaza, faisant 1400 victimes dont 400 enfants, les discussions n’ont pas manqué avec des amis qui qualifiaient d’autodéfense ce qui m’apparaissait comme un crime.
C’est à ce moment qu’a débuté ma quête d’information pour tenter de comprendre pourquoi, par quel mécanisme mental une grande partie des juifs de mon pays s’identifiaient à cet Israël lointain au point de justifier les massacres perpétrés par son armée?
Comprendre comment on en était arrivé là, comprendre comment, par quel égarement des valeurs humaines la population israélienne était devenue, objectivement, la complice d’un régime qui traite le peuple palestinien comme de nouveaux “unter-menschen“.
Comment des conquérants en arrivent à se prétendre les défenseurs de la démocratie… et comment certains de mes compatriotes arrivent à se voiler les yeux au point de justifier les actes d’un régime qui a toutes les caractéristiques d’un Etat voyou?
Car on ne peut que constater que c’est bien à une sinistre besogne que nous assistons depuis près de quatre-vingt ans, à des agissement envers une population qui sont universellement qualifiés de crimes contre l’humanité… Sauf là-bas.

Gloire à Ben Gourion… Et vive Eretz Israël!

Une première découverte concerne l’affirmation que “cette situation de guerre est le résultat des perpétuelles attaques palestiniennes contre un peuple pacifique et son obstination à refuser le partage décidé par l’ONU en 1947“.
Cet argument est, personne ne devrait l’ignorer, un mensonge éhonté.
Il est connu aujourd’hui qu’en 1942 déjà, le programme dit “de Biltmore“, adopté par la direction sioniste sous l’égide de Ben Gourion, envisageait bel et bien un État essentiellement juif sur l’ensemble de la Palestine.
Ce même Ben Gourion projetait aussi l’expulsion des “indigènes“, comme en témoigne l’accord qu’il avait conclu avec le roi Abdallah de Jordanie qui prévoyait l’annexion par ce pays de la majeure partie des territoires concédés par l’ONU à l’État arabe de Palestine… La plus grande partie (55%) étant attribuée à Israël!

On voit donc bien que, si Ben Gourion accepta apparemment le plan de partage, il était en réalité déterminé, comme il l’a d’ailleurs publiquement déclaré, à “étendre à tout prix l’État attribué aux Juifs et, pour ce faire, à porter la guerre à l’intérieur des territoires attribués par l’ONU aux Arabes“.
Autre déclaration édifiante de ce même Ben Gourion à qui le maire actuel de Paris (Pierre Delanoë, un Pierre Laval d’aujourd’hui?) à dédié une esplanade sur les quais de la Seine : “Après la formation d’une grande armée à la suite de la création de l’Etat, nous abolirons la partition et nous nous étendrons sur l’ensemble de la Palestine! »
Un rapport du ministère des Affaires étrangères israélien prédisait d’ailleurs, en 1949 : “La sélection naturelle fera le tri entre les réfugiés les plus adaptables et les plus combatifs et les autres, qui dépériront. Certains mourront, mais la plupart, changés en épaves et en parias, iront grossir les classes défavorisées dans les pays arabes “.
Les objectifs impérialistes étaient déjà clairs, non?
C’est la terre de nos ancêtres!
… Ou comment imposer une Histoire inventée

Pour justifier la solidarité entre les juifs de mon pays et ceux d’Israël, certains de mes amis ont évoqué une origine historique commune : “Nous juifs sommes originaires d’une même contrée…La diaspora nous a dispersés et nous retournons au pays après 2.000 ans d’exil“.
Ce dogme, on le sait aujourd’hui, est contredit par la réalité historique et, par conséquent, la revendication territoriale qui en découle est… aberrante.
Les dernières recherches, notamment celles de Shlomo Sand, professeur à l’université de Tel-Aviv, ont révélé que cette “reconquête“ est fondée sur une Histoire inventée – de doctes intellectuels sionistes le savaient depuis longtemps mais préféraient mettre ces informations sous cloche – et que les juifs contemporains sont presqu’exclusivement les descendants des divers peuples convertis à la religion juive (2).
Ces historiens mettent en évidence qu’il n’y a aucun lien d’hérédité biologique entre la quasi totalité des habitants qui vivaient sur cette terre il y a deux mille ans et ceux qui y ont débarqué sous l’impulsion du mouvement sioniste.
Ces arrivants du début du 20ème siècle ont d’ailleurs été mal “acceptés“ par les quelques milliers de citoyens palestiniens de religion hébraïque qui vivaient là depuis des temps ancestraux.

Il est connu aujourd’hui que c’est essentiellement le prosélytisme des missionnaires, extrêmement important dans tous les pays du pourtour méditerranéen, de la Turquie à l’Espagne en passant par les Balkans et Rome, et dans plusieurs pays africains (jusqu’en Ethiopie), qui, jusqu’aux premiers siècles de l’ère chrétienne, est la cause essentielle de l’expansion de cette religion.
Au quatrième siècle, avec la prise de pouvoir du christianisme dans l’Empire Romain et la répression qui s’en suivit, cette expansion cessa.
C’est d’ailleurs en bonne partie cette répression par les chrétiens qui a causé le “repli sur soi“ de la religion juive.
N’est-il donc pas absurde que tant de juifs proclament leur appartenance à un « peuple élu retournant dans la terre de ses ancêtres », alors qu’ils n’ont pas la moindre origine ethnique commune, aucun lien, autre que religieux et culturel, avec cette terre?

La découverte de cette réalité historique démontrant cette absence de filiation disqualifie donc à jamais l’argument du “peuple retournant dans la terre de ses ancêtres“.
Elle amène aussi à ce constat paradoxal que les seuls humains de la région qui peuvent se proclamer “sémites“ sont les Palestiniens… Qu’ils soient musulmans, juifs, chrétiens ou laïcs.
Pour toute réponse à ces révélations, leurs auteurs n’ont recueilli que des attaques personnelles, injures (traître à son pays, négationniste, juif ayant la haine de soi… et j’en passe), jusqu’à des menaces de mort de la part de ceux que leurs découvertes gênaient.

Une diaspora mythique… d’un peuple mythique

Cependant, s’il n’y a pas de “race juive”, loin de moi la volonté de nier l’existence d’une communauté juive liée par une religion et un patrimoine commun (le terme “peuple juif“ me semble également inadéquat : pas plus de “peuple juif“ que de “peuple chrétien“ ou “peuple bouddhiste“).
… Mais il est grand temps, me semble-t-il, de cesser de propager ce mensonge de la “race juive“ et que Netanyahu arrête de proclamer cette stupidité “intégriste“ : “Nous étions là il y a 3.000 ans!“.
Grand temps d’expliquer largement qu’il est aujourd’hui reconnu par tous les historiens sérieux que les Romains n’ont pas chassé les juifs de Palestine, que la fameuse « diaspora » du 1er siècle est une faribole… et tordre aussi le cou à bien d’autres légendes, telle la “sortie d’Egypte“, inculquées comme “vérités“ aux enfants.
Le silence sur ces découvertes et la propagation de cette Histoire inventée ne sont-ils pas une insulte à l’intelligence des citoyens… Juifs ou non?
Le “peuple juif“ étant une fiction, aucune revendication territoriale ne se justifie.
De toute façon, son absurdité est patente car il faudrait alors, en toute logique, accepter des revendications similaires : restituer l’Oklahoma au peuple Séminole, chassé de son territoire il y a seulement 200 ans, le Québec aux Iroquois, le Pérou aux descendants des Incas, leur terre à la nation Mapuche, l’Australie aux Aborigènes…

Une religion bien utile

Certains de mes amis affirment que cette solidarité des citoyens juifs repose sur une culture et une religion communes.
Pour ce qui est de la culture, on admettra sans peine qu’il n’y a plus que de légères différences entre celle des séfarades et celle des ashkénazes… ou des falashas.
Quant à la religion, j’avoue que cet argument me laisse pantois!
Imagine-t-on que les catholiques européens se soient mobilisés pour défendre Franco sous prétexte qu’il brandissait le catholicisme comme fondement de sa dictature? Imagine-t-on les musulmans se dresser pour soutenir Kadhafi, sous prétexte qu’il respecte le Coran?
Les plus hautes autorités religieuses juives se sont d’ailleurs élevées, dès les années 20, contre cette manipulation de la religion par les leaders sionistes (athées!) pour justifier la colonisation et dès 1948, Albert Einstein, Hanna Arendt et bien d’autres intellectuels et artistes juifs qualifiaient le sionisme de mouvement fasciste (3).

… Pour une démocratie bien particulière

Les régimes autoritaires, qu’ils soient basés sur une religion ou une idéologie, sont bien entendu inacceptables, mais Israël peut-il vraiment prétendre au titre de pays démocratique?

Durant ma quête d’information, j’ai découvert que la “Loi Fondamentale“ – comme on le sait, Israël n’a pas de Constitution, ce qui aurait, notamment, impliqué de fixer une limite territoriale – proclame qu’il s’agit d’un Etat juif… Théocratique, donc!
Théocratie mariée à Démocratie?… Union de la carpe et du lapin, non?

Quelques autres particularités de ce régime prétendument démocratique.
La carte d’identité des habitants palestiniens d’Israël mentionne « arabe », seul le mariage religieux juif a valeur d’Etat Civil (celui d’une autre religion, est seulement “reconnu“), la population des territoires “annexés » en 1967 n’a pas de statut de nationalité, les civils non-juifs peuvent être “jugés“ par des tribunaux militaires, la discrimination ethnique à l’embauche est générale, une grande partie des Bédouins du Neguev sont confinés dans des “townships“, seul 2% des terres peut être achetée par les “israélo-palestiniens“… etc.
D’autres discriminations encore : les routes interdites aux non-juifs, les check-points humiliants ou cette fameuse “loi de l’absence“ qui permet de s’approprier la maison du non-juif que l’on a fait fuir, la privation de l’eau dans les territoires palestiniens (70 litres/jour contre 300 litres/jour pour les Israéliens!)…etc.
Toutes ces impositions appartiennent plus à un régime pratiquant l’apartheid qu’à ce que nous appelons la démocratie, non?
Comment peut-on soutenir un tel régime et accepter de cet Etat ce que nous condamnons pour d’autres pays et trouverions inacceptable dans le nôtre?

Comment on se fabrique un ennemi sur mesure

Quant aux “fanatiques islamistes“, ignore-t-on qu’une grande partie des palestiniens est laïque… et que, simple exemple, une majorité des habitants palestiniens de Bethléem est chrétienne?
Faut-il aussi rappeler que c’est le gouvernement israélien qui a activement soutenu le cheik Ahmed Yassine dans la création et le développement du Hamas pour, comme il ne l’a jamais caché, “affaiblir l’OLP et les organisations de gauche à Gaza“, que c’est ce même gouvernement qui, soutenu par l’Occident, a exigé des élections législatives à Gaza… prévoyant que le Hamas allait l’emporter?
Peut-on se dire démocrate quand on refuse ensuite, tout comme les USA et l’Union européenne, de reconnaître les résultats de ces élections, pourtant considérées comme irréprochables par les instances internationales de contrôle?

… Ces bêtes à deux pattes qui refusent de partager

Toute discussion sur cette douloureuse tragédie doit absolument exclure toute « croyance messianique“. Seuls les faits doivent être pris en compte pour la recherche d’une solution à ce drame, pour dire le droit et la justice.

Malheureusement, comme l’a si justement écrit le philosophe Michel Onfray : “Les constructeurs de fables détestent l’Histoire, ils refusent et récusent les faits, ils détestent l’évidence et chérissent les fictions qui les réconfortent dans leurs illusions ».

Le chemin vers la paix nécessite de rejeter d’emblée cet argument indécent de la symétrie, de parler d’un “conflit entre deux adversaires pour un territoire“ alors qu’il s’agit clairement d’une entreprise coloniale.
Il est évident aussi que la reconnaissance de “l’autre“, le respect de ses droits et la volonté de réparer sont des conditions essentielles pour arriver à la paix.
Cela implique qu’il faut cesser de diaboliser l’adversaire ou de nier son existence et sa qualité d’être humain, comme l’ont fait en leur temps les Golda Meir (“Les Palestiniens? Ça n’existe pas! ») ou Menahem Begin (« Les Palestiniens sont comme des bêtes marchant sur deux pattes! ), comme ont continué à le faire tous les gouvernements israéliens – Lieberman, le Ministre actuel des Affaires Etrangères est un spécialiste pour ce genre d’anathème raciste – et comme continue, malheureusement, à le faire une partie de la population israélienne quand elle crie “Mort aux Arabes!“ dans les rues de Tel-Aviv.

Genèse d’un nettoyage ethnique

L’affirmation que “les territoires ont légalement été concédés par l’Angleterre“ est d’une grande hypocrisie car tant l’accord dit “Sykes-Picot“ de 1916 que la “Déclaration Balfour“ de 1917 ne tenaient pas le moindre compte des habitants qui vivaient dans la région… considérée comme inhabitée par les britanniques et les sionistes.

Déjà à cette époque, la complicité des groupuscules sionistes avec l’armée britannique d’occupation avait entraîné de nombreuses réactions violentes de la population palestinienne… dont, notamment, l’affreux massacre de 67 colons juifs à Hébron en 1929.
En réponse à la grande révolte palestinienne de 1936, suite aux attentats terroristes des groupes comme l’Irgoun ou la Haganah, le “Plan Peel“ fut élaboré.
Il attribuait 30% du territoire au mouvement sioniste… et envisageait (déjà!) le déplacement de la population palestinienne.

Le plan de partage de l’ONU est – nul ne devrait l’ignorer – essentiellement le résultat d’un “arrangement“ entre grandes puissances, sans consultation de la population.
On ne peut, non plus, ignorer qu’en 1948, les terres dites “achetées“ par les organisations sionistes ne représentaient que 4% du pays (estimation de l’ONU) et ne pas oublier qu’il à fallu une armée surarmée de près 100.000 hommes (bien plus puissante que l’ensemble des armées de tous les pays environnants), une vague d’attentats, de massacres de civils et, avec la complicité active de l’Angleterre, l’éradication par les bombardements de plus de 400 villages, pour faire fuir plus de 800.000 palestiniens.

En d’autre lieux, ce comportement s’appelle « nettoyage ethnique ».
Qui peut être solidaire d’un mouvement politique et d’un Etat qui pratique ainsi?
Qui peut aussi s’étonner dès lors que le peuple vivant dans ce pays et les Etats voisins n’aient pas accepté la décision de l’ONU, aient refusé d’être spoliés de leurs terres ou se soient opposés à l’implantation d’un nouveau régime colonial à leur frontière?
Qui peut s’étonner qu’ils se soient révoltés?

“Plomb durci“ n’est qu’une riposte légitime aux roquettes…

Un argument souvent évoqué est que le harcèlement par les roquettes du Hamas dont était victime Israël depuis huit ans justifiait le bombardement de Gaza.
C’est faire peu de cas des enquêtes internationales sur les causes de la rupture de la trêve.
Toutes sont unanimes (même Henri Siegman, ancien directeur de l’American Jewish Congress, le concède) : c’est Israël qui a d’abord bombardé Gaza et fait huit victimes.
… Et c’est seulement le lendemain de cette attaque que, en représailles, les roquettes ont été lancées sur la petite ville de Sderot (Nadj, avant l’expulsion des habitants palestiniens en 1948).

De plus, cette offensive militaire sur Gaza était, comme l’a révélé le quotidien israélien “Haaretz“, préméditée et planifiée depuis six mois!… Et le Parlement européen avait été informé en décembre 2008 par Tipi Livni en personne (alors Ministre des Affaires étrangères d’Israël) de l’imminence de l’attaque! (4)
Les roquettes sur Sderot… Un prétexte!

On ne peut, non plus, ignorer que durant les mois qui ont précédé l’attaque, Israël n’a cessé de violer la trêve (qui incluait la levée du blocus!) qu’il avait pourtant signée, en continuant d’affamer et de harceler la population de Gaza.
Faut-il rappeler le massacre par l’aviation israélienne, en février 2008, de ces petits écoliers Gazaouis – ils avaient entre huit et quatorze ans – qui jouaient sur un terrain de football?
Comme le déclara Shmuel Zakai, haut militaire israélien : “Le gouvernement a commis une erreur majeure en aggravant la situation économique catastrophique des Palestiniens de Gaza. On ne peut pas simplement donner des coups (…) et s’attendre à ce que le Hamas se contente de s’asseoir sans agir“ (5).

… Sur un petit peuple désarmé

Ce discours geignard du “petit peuple qui ne fait que se défendre“ serait risible s’il n’était fallacieux.
Il est bien connu que la puissance militaire d’Israël – incluant l’arme atomique (6èmearsenal nucléaire au monde!) – est considérablement supérieure à celle de l’ensemble des pays voisins et que son armée est considérée comme une des plus importantes forces militaires de la planète.
Par ailleurs, ces tirs palestiniens ne sont pas à considérer isolément mais font partie d’un tout.
Le drame de Gaza n’est autre qu’un épisode de plus d’une guerre qui a commencé il y a près de quatre-vingt ans, une péripétie de plus de la résistance d’un peuple qui a subi bien plus de bombardements et d’attentats que la population israélienne et qui compte infiniment plus de morts civiles.
Marek Edelman, le héros juif de l’insurrection du ghetto de Varsovie, décédé en 2009, soutenait publiquement la lutte de ce peuple et appelait “partisans“ ceux que le gouvernement israélien qualifie de “terroristes“.
Qui peut aussi accepter que, pendant l’assaut sur Gaza, Israël a continué ses « exécutions ciblées » et le vol des terres en Cisjordanie… alors qu’aucune roquette n’était tirée par les palestiniens de ces territoires occupés?
De même, qui peut accepter que l’aviation israélienne continue, chaque jour depuis 2006, de violer l’espace aérien du Liban, d’arraisonner des bateaux humanitaires dans les eaux internationales?
… Tout ça pour se défendre?

Liberté pour quelques milliers de Shalit!

J’espère, comme tout pacifiste, que le jeune Shalit retrouvera sa famille et je ne peux que condamner le non-respect des lois humanitaires par ses ravisseurs!
Mais, on semble oublier que cet “enlèvement“ d’un militaire par le Hamas a entraîné immédiatement l’opération “Pluies d’Eté“, cette attaque sanglante lancée par Ehud Olmert qui a provoqué des centaines de morts civiles et l’emprisonnement, sans jugement, d’une soixantaine d’élus palestiniens.
Ne serait-il pas juste – la justice n’étant pas à géométrie variable – que le gouvernement israélien applique la même loi humanitaire pour le millier de Gazaouis maintenus au secret depuis juin 2007 … par “mesure de sécurité“ dixit la Cour Suprême d’Israël.
Juste aussi que, par exemple, Israël libère Salah Hamouri, le citoyen français (pas “palestinien“ comme Mr Kouchner tente de le faire accroire) condamné par un tribunal militaire et incarcéré depuis mars 2005 pour avoir eu “l’intention“ (sans le moindre élément de preuve) de tuer un leader d’extrême droite?
La justice ne voudrait-elle pas qu’ont libère surtout les milliers de résistants, de prisonniers d’opinion et d’enfants (310 mineurs fin 2009, selon l’ONU) qui ne bénéficient pas de la publicité permanente faite par les officines israéliennes pour le jeune Shalit?
Certains de ces Palestiniens sont enfermés depuis des années sans jugement (304 à fin 2009) dans les prisons israéliennes où, comme en témoigne les rapports d’Amnesty International, la torture est récurrente?

Comment peut-on accepter ce “deux poids, deux mesures“?… Parce qu’un arabe ne vaut pas un blanc?

En souvenir des premiers “terroristes“

Tuer délibérément des civils est un crime de guerre qu’il faut absolument condamner, quels qu’en soient les auteurs ! Même s’ils sont des actes de résistance contre un occupant, les attentats suicides palestiniens me remplissent d’horreur.
Mais il faut bien constater que l’histoire de l’expansion d’Israël déborde de massacres et que c’est le mouvement sioniste qui a fait exploser les premières bombes au milieu des civils.
Faut-il rappeler les attentats meurtriers du groupe Stern d’Itzhak Shamir (futur premier ministre)? Les massacres perpétrés par l’Irgoun de Menahem Begin (également futur premier ministre)? L’attentat de l’hôtel King David qui, outre les militaires anglais, tua une majorité d’employés palestiniens?
Faut-il rappeler les bombes dans les marchés populaires qui firent tant de morts? Les odieux massacres des habitants désarmés de Deir Yassin, de Kafr Kassem, de Beit Hanoun, de Jénine, de Khan-Younis, de Raffah, de Beït Lahya…tant d’autres?
Faut-il aussi rappeler la tuerie de Cana ordonnée par Shimon Peres, celle perpétrée à Lydda et Ramle par Moshe Dayan celle de Sabra et Chatila, par la milice libanaise sous les ordres du général Sharon?

Quelle différence “qualitative“ entre les attentats palestiniens et ces massacres?
La principale est que les victimes des uns étaient des émigrants venus d’Occident, celles des autres des arabes autochtones!
Autre question : les bombes au phosphore blanc utilisées au Liban et à Gaza ne visaient-elles pas à, délibérément, tuer des civils, comme le montre clairement le rapport de l’ONU, ce fameux “Rapport Goldstone“ (juriste juif et sioniste!), exécré par le gouvernement israélien?
A ce propos, il est bon de rappeler qu’il a été établi par une équipe d’experts indépendants internationaux renommés – pas par le seul Mr Goldstone – avec l’aide de nombreuses ONG et associations israéliennes qui, malgré l’opposition et les pressions de leur gouvernement, ont fourni des informations.

N’est-il pas impérieux de reconnaître et réparer, autant que possible, ces crimes?
Ces centaines de milliers de palestiniens expulsés de leur terre et de leurs maisons, n’ont-ils pas droit à la justice?
Tout honnête homme ne doit-il pas s’opposer à l’infamie et demander que les responsables soient jugés… pour qu’enfin les israéliens cessent de vivre dans le mensonge.

… Et des réfugiés de la Shoah

A l’occasion du 60ème anniversaire de la libération d’Auschwitz, Sharon a glorifié son régime comme le dernier refuge des juifs victimes du nazisme.
La réalité est bien différente pour les quelques 200.000 rescapés qui résident encore en Israël.
La moitié vit sous le seuil de pauvreté (surtout ceux originaires de l’Europe de l’Est) et est régulièrement insultée par des rabbins comme Ovadia Yossef, idéologue du parti Shass, qui affirme que le sort de ces “mauvais juifs“ est “la punition de Dieu pour leurs péchés“.

Depuis soixante ans que faisons-nous d’autre que chercher la paix?

Bien qu’il soit critiquable, les hommes ont instauré un organe pour la régulation de la paix dans le monde, l’ONU.
On ne peut tenir pour négligeable, que depuis soixante ans les divers gouvernements d’Israël n’ont jamais respecté aucune des trente-cinq (!) résolutions de cet organisme, qu’Israël refuse aussi d’appliquer les décisions du Tribunal International… et a répondu par le silence à la proposition de paix unilatérale faite par l’ensemble des pays arabes en 2002.

Il est vrai que cet Etat n’a guère de raisons de se conformer au Droit international puisque même l’Union européenne n’applique pas ses propres lois et règles – notamment celles contenues dans la Quatrième Convention de Genève – et se rend ainsi complice des exactions commises.

Regardons la carte du pays aujourd’hui.
Voyez tous ces territoires conquis (toujours pour se défendre, bien entendu!) depuis 60 ans.
Voyez la Cisjordanie, ses familles reléguées dans ce qu’il faut bien appeler des “ghettos“.
Voyez la colonisation sauvage de Jérusalem-Est et l’expulsion brutale de ses habitants.
Voyez l’oppression religieuse : restrictions d’accès à la mosquée Al-Aqsa (troisième lieu saint de l’Islam), destruction de mosquées, de cimetières ancestraux… etc.
Voyez ce blocus de Gaza, condamné par la Communauté Internationale (résolution du Conseil de sécurité de l’ONU N°1860). Ce blocus qui affame la population (elle y échappe seulement grâce aux tunnels), l’empêche de reconstruire – le ciment y est interdit d’entrée, excepté pour les bâtiments de l’UNRWA qui a pu reconstruire dix de ses douze hôpitaux, début 2010 – rendant, notamment, impossible la réparation des égouts détruits par “plomb durci“.
Voyez aussi cette nouvelle mesure militaire – encore une fois contraire à la Convention de Genève – qui veut interdire aux Palestiniens, implantés en Cisjordanie mais originaires de Gaza, d’y résider.
Aujourd’hui, près de la moitié des terres agricoles de la bande de Gaza sont devenues inutilisables du fait des destructions, de la pollution par le phosphore ou de leur localisation à l’intérieur de la zone de sécurité définies par l’armée israélienne, les pêcheries sont paralysées à cause de l’interdiction d’aller en haute mer…
… Tout ça pour arriver à la paix?

Il n’y a pas de problème humanitaire à Gaza!

Selon divers rapports de l’ONU (encore une fois pas crédible?), 80% des aides humanitaires envoyées par les gouvernements et les ONG sont (à juin 2010) interdites d’entrée sur le territoire de Gaza.
Toujours selon l’ONU, la moyenne hebdomadaire des camions franchissant le point de passage de Kerem Shalom reste très inférieure à celle en vigueur avant juin 2007 (540 contre 2807) mais, bien entendu, Israël proclame via le colonel Moshe Levy : “Il n’y a pas de problème humanitaire à Gaza! Il n’y a pas de pénurie de nourriture ni d’autres choses, sauf celles qui alimentent le mouvement terroriste et renforcent le Hamas“.
… Vous avez dit « circulez, il n’y a rien à voir“?

Les lois internationales ne nous concernent pas!

Fin mai 2010, la marine israélienne a, une fois de plus, violé le droit international en “arraisonnant“ un convoi humanitaire dans les eaux internationales (à plus 60 kms des côtes!).
Des militants pacifistes provenant de 42 pays étaient sur ces bateaux.
Ils transportaient des chaises roulantes pour estropiés, des maisons en kit, du ciment, du matériel de construction…
Comme toujours, le Mossad n’ignorait rien du contenu des bateaux… et certainement pas l’identité des quelques 700 personnes qui s’y trouvaient.
Les commandos en ont tué une dizaine et blessé de nombreux autres!
Cette attaque en haute mer contre un bateau civil est indéniablement une piraterie maritime… Pas pour les commandos israéliens!

C’était un “flottille terroriste“!

Bien entendu, Israël proclame qu’il n’est pas responsable du massacre!
“Ce sont ces soi-disant pacifistes qui, sous couvert de convoi humanitaire, sont venus provoquer notre démocratie et créer de la violence. Nous n’avons fait que nous défendre contre cette attaque“
Elle ajoute : “ces dangereux envahisseurs étaient armés! » (6)
On sait maintenant qu’ils étaient bien armés… de ce qu’ils avaient trouvé sur le bateau : clubs de golf, couteaux de cuisine, bâtons, barres de métal…!
Israël justifie son attaque en arguant que la “Flottille de la Liberté“ n’a pas obéi aux injonctions de l’armée israélienne.

Depuis quand doit-on obéir aux ordres illégaux d’un Etat qui monte à l’assaut d’un bateau dans les eaux internationales?
Comme le prouvent les résultats des autopsies des victimes, le commando était venu pour tuer.
“Les autopsies montrent que les neuf victimes ont été criblées de balles, plusieurs d’entre elles à bout portant et certaines d’une balle à l’arrière du crâne“. (7)
A ma connaissance, très peu de medias “officiels“ de mon pays ont fait la “une“ de cette information, pourtant capitale.
C’est seulement au bout de trois semaines qu’une TV d’ici l’a rendue publique… Journaliste mais pas téméraire.

Les résultats des autopsies sont accablants : cinq des neuf victimes ont été touchées à la tête.
Le jeune étudiant américano-turc de 19 ans a été abattu par cinq balles, dont deux à la tête (une à bout portant contre le visage, l’autre à la nuque) et une dans le dos.
Hormis ce jeune étudiant, les huit autres victimes “officielles“ étaient toutes des pères de famille (commerçant, journaliste, pompier…) dont la moyenne d’âge est de plus de 40 ans… il y avait même un vieil ingénieur de 61 ans.
Des terroristes bien particuliers, non?
… Mais, sans doute que la “Commission d’enquête“ mise en place par Israël – l’accusé enquête donc sur ses propres crimes! – estimera que c’était de l’auto-défense et que les rapports d’autopsie ne sont pas des preuves.

Il n’y a qu’une vérité, la nôtre!

Quand on connaît les pratiques antérieures de cette “armée la plus morale du monde“ on sait que l’assaut meurtrier de ces bateaux était un acte délibéré… Pas une bavure!
Devant l’indignation mondiale, c’est heureusement sans violence qu’Israël s’est ensuite emparé du “Rachel Corrie“, refusant de l’identifier autrement que par “Linda“ (son nom précédent).
Rachel Corrie était une jeune pacifiste américaine, tuée par un bulldozer militaire, en 2003 à Gaza, parce qu’elle s’interposait à la démolition d’une maison palestinienne.
… Et Netanyahu n’a aucun regret!
On tire dans le tas et ensuite on applique la proposition faite à la Knesset par la députée du Likoud, Miri Regev, à l’annonce de la tuerie : “le plus important est de s’occuper très vite des informations négatives des medias, de façon à ce qu’elles disparaissent“.

… Et nous sommes imbattables pour la propagande!

La désinformation a été immédiatement lancée : “Ce ne sont pas des pacifistes, mais des terroristes contre lesquels nous nous sommes seulement défendus… Et avec une grande modération! (Netanyahu à la TV israélienne).
Ailleurs aussi, c’est éloquent : C’était une embuscade organisée! Nos braves soldats sont tombés dans un piège! C’est des mercenaires qui étaient à bord! Il y avait plein d’armes dans ces bateaux de “pseudo pacifistes“! Les chargements de ces bateaux étaient inutilisables, les aliments avariés!… “Ceux qui sont contre Israël sont des animaux, des chiens enragés, des hyènes! » (Radio Judaica).
“C’est un groupe lié à Al-Quaida qui dirigeait l’opération! » (l’ambassadeur d’Israël au Danemark).
Elle s’amplifiera certainement encore.
Les services de propagande fabriqueront des “preuves“ si nécessaire (comme la publication de ces photos d’armes… datant de 2002) de manière à diaboliser les participants de cette flottille malgré la présence à bord de gens comme Mairead Maguire, Prix Nobel de la Paix 1976.
On les transformera en terroristes assoiffés de sang qui ont attaqué une armée pacifique.
La technique est récurrente!

Cette ignominie aura au moins eu pour conséquence d’informer largement sur les pratiques israéliennes et d’obliger cet Etat, sous la pression internationale, à alléger le blocus sur Gaza.

Vous avez dit blocus? Où voyez-vous un blocus?

Dernièrement, un présentateur de la RTBF a affirmé, dans le journal TV, que “Maintenant qu’Israël a levé son blocus, sauf côté mer…“. Propagande, incompétence?

Quelle est la réalité?
Israël a indéniablement allégé son blocus, mais refuse de communiquer la liste des produits qu’il entend interdire.
Avant le blocus, la liste des produits autorisés était de 4.000 et au moment où j’écris… de 80!
L’allègement est pour le moins… léger.
Parmi les produits interdits, il y a le chocolat, les instruments de musique, les blocs-notes, le ciment, le sel, la majorité des médicaments et du matériel médical… Tous “Produits militaires“ bien entendu, comme ces sept appareils respiratoires offerts par la Norvège aux hôpitaux, confisqués par l’armée.
Cet “allègement“ fera aussi, j’espère, que Moubarak ne terminera pas son mur d’acier côté égyptien… décision d’édification prise en coordination avec Israël et les Etats-Unis?
A ce propos, on passe généralement sous silence que c’est Israël, et non l’Egypte, qui, comme le prévoit le plan de désengagement de Gaza du 6 juin 2004, contrôle en réalité la frontière entre l’Egypte et Gaza!

Je ne sais si l’on peut parler de génocide à l’encontre du peuple palestinien, mais une telle stratégie et de tels moyens sonnent comme un prélude, non?

Ah! Cette fameuse “charte“ du Hamas?

Dans son discours de diabolisation des “extrémistes islamiques“ l’Etat d’Israël se réfère toujours à l’ancienne “Charte du Hamas“… Mais passe sous silence le “Document d’Entente Nationale“ de 2006, signé par le Hamas (!), qui accepte l’Etat israélien à côté d’un Etat palestinien dans le respect de la résolution 242 de l’ONU de 1967 fixant les frontières entre ces deux Etats.
Pourquoi Israël s’oppose-t-il à cet engagement qui équivaut, pour les Palestiniens, à renoncer à 78% du territoire originel et ainsi entériner la conquête juive?
… Et pourquoi ne parle-t-on jamais du refus à l’existence de la Palestine contenue dans la charte du Likoud («le gouvernement israélien rejette catégoriquement la création d’un Etat arabo-palestinien à l’ouest de Jourdain»)?
Ce refus d’appliquer le droit international depuis plus de 60 ans et cette volonté de rejeter toute offre de délimitation des territoires est, pour le moins, un étrange témoignage de désir de paix, non?

Les Palestiniens n’ont aucun droit sur cette terre!

On peut d’autant plus avoir de sérieux doutes sur cette volonté d’arrêter la conquête quand on entend les exhortations de Pinhas Wallerstein, patron de “Yesha“, le Conseil des Colons, considéré comme un “faiseur de gouvernements israéliens“, proclamant que “les colons ne partiront jamais de Judée-Samarie“ et “Cette présence juive, partout, est nécessaire pour empêcher un Etat palestinien“, et encore “Les Palestiniens n’ont aucun droit sur cette terre“.
Mais, après tout, il ne fait que reprendre une des déclarations de David Ben Gourion qui en 1948 proclamait déjà : « Nous devons tout faire pour nous assurer que les Palestiniens ne reviendront jamais, les vieux mourront et les jeunes oublieront“.
Il n’y a de paix que la paix des morts, quoi!

Cette colonisation sauvage est permanente.
Elle s’est même amplifiée après l’attaque de la “Flottille de la Liberté“.
Fin juin 2010, encore une fois, au mépris des engagements pris et des lois internationales, le comité central du Likoud a approuvé à l’unanimité la “poursuite du développement des colonies en Cisjordanie et partout en Eretz Israël, notamment dans le Néguev et en Galilée et dans le Grand Jérusalem“.
Les fanatiques sionistes religieux, ne cessent de brûler champs et mosquées, telle celle du village de Lubbati Charqiya (le 4/5/2010) de leurs voisins palestiniens.
Les colons d’Ytzhar (une des 121 colonies illégales de Cisjordanie) justifient tout cela au nom d’une “mission confiée par Dieu“ (8) … Pendant que les autorités israéliennes regardent ailleurs.
Qui sont les barbares?

Le Boycott est une action légale!

Cette campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) n’est pas une initiative venue de l’extérieur, elle a été demandée par 170 organisations palestiniennes représentatives (religieux, laïques, syndicats…) et a pour but de faire cesser l’impunité d’Israël en le forçant à respecter les règles internationales.
… Et ce n’est pas, comme la propagande sioniste essaie de le faire accroire, une campagne illégale!
Concernant les produits importés en Europe, l’appellation “Made in Israël“ est frauduleuse pour des produits fabriqués par des entreprises implantées dans les colonies de Cisjordanie.
En effet, “l’Accord d’Association UE-Israël“ (en vigueur depuis 2000 et ratifiée par tous les pays de l’Union) et diverses directives en interdit l’entrée dans l’Union européenne.
De plus, la Convention de Genève de 1949 spécifie clairement le statut de territoire “occupé“ de la Palestine et s’oppose à toute collaboration avec le gouvernement israélien dans ses projets de colonisation.
Il est donc illégal, pour une entreprise ou un investisseur occidental quelconque de collaborer, même indirectement, à des projets israéliens en Cisjordanie.
L’action tentant de faire appliquer le Droit est donc parfaitement justifiée… Et c’est ceux qui s’opposent à cet action qui enfreignent la loi!

Concernant le boycott universitaire, on ne peut ignorer qu’aucune université arabe n’existe en Israël même (ces citoyens représentent pourtant 20% de la population) et qu’aucun cours en arabe n’est dispensé dans les sept “officielles“.
… Mais Ehud Barak, Ministre de la Défense, a approuvé l’accès au statut d’université d’un collège situé dans la colonie d’Ariel en Cisjordanie occupée, Université qui n’est accessible qu’aux seuls colons, évidemment!
Au moins par le silence, mais souvent de manière active en se mettant au service des officines gouvernementales, ces universités israéliennes contribuent à maintenir l’oppression.
A quand une action de ces universitaires pour s’y opposer et rejoindre les trop rares personnalités qui manifestent leur désaccord?
Il en va de même concernant la culture.
Il ne s’agit en aucune manière de boycotter des individus – de nombreux artistes israéliens sont accueillis dans des manifestations en Europe – mais de s’opposer aux opérations de propagande de l’Etat israélien et à ceux qui soutiennent, objectivement, cette politique.

Notre machine de propagande balayera tout ça

Il semble que tout ce qui peut être médiatisé, surtout émotionnellement, est aujourd’hui mobilisé dans cette vaste campagne de propagande orchestrée et financée par Netanyahou pour tenter de rétablir une image positive d’Israël dans le monde.
Que penser, en effet, de l’envoi massif d’aide et de sauveteurs (respect pour eux!) aux malheureux Haïtiens? Pendant ce temps, Israël refusait l’entrée à Gaza des biens de première nécessité et des médicaments, causant, faute de soins, la mort de plusieurs centaines de Palestiniens!
L’objectif du gouvernement?
Comme le titrait le journal “Maariv“ : “Pénible vérité : la catastrophe d’Haïti c’est bon pour les Juifs“…“chaque désastre a besoin d’un héros et les héros d’Haïti sont les Israéliens »… « Nous n’aidons pas seulement les Haïtiens dans leur tragédie, mais nous contribuons à unir le monde juif et démontrer les valeurs juives de l’Etat d’Israël“.
Ce discours me paraît proprement scandaleux car il instrumentalise ouvertement le malheur des Haïtiens pour encenser l’Etat d’Israël et tenter de redresser son image.

… Et nous avons aussi nos collabos!

La machine est puissante et ne manque apparemment pas de moyens financiers.
Voyez les vastes opérations de promotion, parfois fort subtiles et perfides, des cinéastes, écrivains ou musiciens, dans les manifestations européennes.

Voyez les opérations de séduction vers les secteurs économiques, la multiplication des émissions TV, des conférences, la mise en valeur de “vedettes“ européennes – l’ineffable BHL, certains cinéastes (même de mon pays), entre autres – affichant ouvertement leur idées pro-sionistes dans les medias.
Ces artistes et ces intellectuels mettent leur travail et leur renommée au service de cette propagande. Ont-ils conscience d’être des “collabos“?
Quelques “consciences“ culturelles ont heureusement dénoncé ce marketing politique et ont pu faire échouer certaines de ces opérations.

Sparadrap sur la bouche ou matraque? Au choix!

Cerise sur le gâteau, le muselage de la presse indépendante locale.
Depuis le début 2010, les arrestations et les expulsions de journalistes se multiplient… Sans provoquer la moindre protestation des grands médias occidentaux.
Voyez, entre autres, le cas de Uri Blau, journaliste de “Haaretz“, obligé de se réfugier dans la clandestinité et menacé d’une longue peine de prison pour espionnage, pour avoir écrit des articles démontrant, preuves à l’appui, comment des commandants de l’armée israélienne ont violé les lois de la guerre.
Le même sort est réservé aux responsables d’ONG qui témoignent des exactions de “Tsahal“ et aux intellectuels et chercheurs israéliens “douteux“.
Voyez aussi l’agression violente sur le vieux militant progressiste Uri Avenry (86 ans) qui revenait d’une manifestation contre la politique de Netanyahou qui avait rassemblé 10.000 personnes dans les rues de Tel-Aviv (5/6/2010)… Et les appels à l’assassinat de la députée Haneen Zoubi, devenue la proie de la haine sioniste pour avoir voulu témoigner à la Knesset des exactions contre les pacifistes de la “Flottille de la Liberté“.
… Et pendant ce temps, dans le silence complice des medias et des nations occidentales, les bombardements continuent sur les habitants de Gaza, tel celui, en mai 2010, sur Kahn Younis, sous le prétexte fallacieux de “démolition de tunnels“ (la maison détruite était très éloignée de la frontière).
Espérons que cette stratégie échouera et que les Netanyahu, Perez, Barak, Lieberman et consort ne pourront se dédouaner de leurs crimes.

Anti-fasciste… Pas antisémite!

Je me rends parfaitement compte que ce qui précède est douloureux à lire pour certains, surtout si on est sous-informé – J’ai moi-même été effaré devant certaines découvertes – mais il n’y a ici aucune volonté de blesser.
C’est simplement le reflet de l’incompréhension et de l’inquiétude d’un citoyen lambda devant le soutien indéfectible d’autres citoyens et de représentants politiques à un pays et à un régime aussi cynique et antidémocratique.
Si la dénonciation de l’antisémitisme est plus que légitime – elle m’est permanente – ce soutien à l’Etat d’Israël ne peut qu’entraîner la confusion entre judaïsme et politique israélienne.
J’ajouterai que cette confusion fait un tort énorme aux juifs honnêtes… et ne peut que renforcer l’islamisme radical.
Il me paraît abject d’accuser d’antisémites ceux qui s’opposent à la politique d’un Etat… Pas à la culture ou à la religion d’une communauté.
J’espère que les juifs intègres ne se boucheront pas les oreilles ni ne fermeront leur cœur en me qualifiant de “militant pro-palestinien“.
Comme laïc, seule l’injustice faite à des humains me motive et me traiter de “partisan“ serait une insulte à ma capacité d’autonomie de pensée.
Pas plus “pro-palestinien“ que “pro-zoulou“ à l’époque du régime raciste sud-africain… Et pas, non plus, naïf de croire que tout va pour le mieux côté palestinien, qu’il n’y a de corruption que chez les Olmert, Sharon, Barak et consort.
Pas d’angélisme!

Les vrais amis d’Israël sont ceux qui dénoncent l’occupation…

Comme membre de la Communauté citoyenne, je ne peux accepter que cet Etat voyou soit le seul à être au-dessus des lois internationales, le seul qui ne doive pas respecter la justice et le droit.
… Et il est inadmissible que certains représentants de la communauté juive d’ici pratiquent en permanence le sordide amalgame “Shoah/Israël“, tel ce président du CCOJB, l’organisation prétendant représenter l’ensemble des juifs de Belgique, qui vitupère sur les opposants au régime israélien, les traitant, “d’antisémites qui n’osent pas s’afficher“, de “malades mentaux“ ou encore de “nouveaux nazis“.
Je ne puis imaginer que les juifs de mon pays se reconnaissent dans ces propos ignobles et ne donnent pas raison à Albert Einstein et Hanna Arendt quand il mettaient le monde en garde contre le sionisme!
Pour ma part, je fais miennes les paroles de Gidéon Lévy : «Si je suis critique par rapport aux guerres menées par Israël, c’est parce que je me sens responsable des miens. En tant que patriote israélien, il est de mon devoir de ne pas laisser mon pays sombrer dans le désastre de l’occupation (…) Les vrais amis d’Israël, ceux qui se préoccupent vraiment de l’avenir de ce pays, sont ceux qui dénoncent l’occupation et surtout, qui disent aux Israéliens la vérité».
… Comme ces courageux activistes de la paix israéliens chantant “le fascisme ne passera pas“ dans les rues de Jérusalem ou comme Stéphane Hessel (survivant de l’Holocauste et un des rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948) qui déclarait récemment : “la meilleure façon pour les artistes, écrivains et universitaires internationaux de convaincre Israël de sa dégradation morale et de son isolement éthique est tout simplement de ne plus rien avoir à faire avec ce gouvernement criminel“.

Tout ça c’est la faute à l’Iran!

Je n’ai vraiment aucune sympathie pour le régime d’Ahmadinedjad, mais brandir la menace atomique contre un Etat qui affirme vouloir se rendre autonome sur le plan nucléaire industriel quand on est soi-même une puissance atomique illégale avec quelques 200 missiles à tête nucléaire pointés sur les Etats voisins me paraît… “surréaliste“!
L’ingénieur Modechai Vanunu a fait 18 ans de prison, dont 11 en isolement, dans les geôles israéliennes pour avoir révélé l’activité nucléaire militaire clandestine de son pays.
Il y retourne encore régulièrement chaque fois qu’il ose rencontrer un étranger… comme cette année pour avoir rencontré sa compagne Norvégienne.
Pendant ce temps Mr Lieberman joue les justiciers et menace – je rappelle qu’il est ministre – de raser par la bombe atomique les palestiniens et l’Iran.
Chercher l’erreur!

Israël est l’enfant d’un viol, mais cet enfant a le droit de vivre!

Tout honnête homme ne peut que s’élever contre les pratiques d’un régime colonial qui pratique le nettoyage ethnique, l’apartheid et commet des crimes de guerre.
Mais, si demain la situation était inversée, si le peuple d’Israël subissait l’injustice, je serais à son côté tout comme je me révolte et proteste, avec mes faibles moyens, contre tout acte raciste subi par un citoyen de mon pays.
S’il est évident que l’Etat d’Israël a été créé par le vol des terres et la spoliation des habitants de la région, la réalité est là : ce pays existe… Et comme l’écrit Shlomo Sand : Israël est l’enfant d’un viol, mais cet enfant a le droit de vivre!
Mon espoir est qu’Israël devienne autre chose qu’un colonisateur génocidaire… De voir un pays qui accepte de rendre justice et de traiter les Palestiniens sur un pied d’égalité.

Arrêtons le mensonge!

Il me paraît urgent que les medias qui soutiennent l’Etat d’Israël cessent leur manipulation des faits et leur humanisme de Tartuffe, que les fanatiques sionistes ne nous abreuvent plus de justifications hypocrites et de discours démagogiques en traitant d’antisémites ceux qui sont simplement des antifascistes.

Comment d’ailleurs peut-on encore aujourd’hui se proclamer “sioniste et progressiste“ quand on sait que cette idéologie, à l’origine une réaction contre l’antisémitisme européen mais devenue mouvement de conquête au service d’un projet nationaliste par la décision de construire un Etat juif, est basée sur la négation du peuple autochtone et instrumentalise la légende biblique.

L’utopie est un projet qu’on n’a pas tenté de réaliser

Comme l’écrit l’historien israélien Ilan Pappé, professeur à l’Université anglaise d’Exeter, “Le retrait de l’armée de la vie des Palestiniens opprimés en Cisjordanie, la levée du blocus de Gaza et l’abolition de la législation raciste et discriminatoire contre les Palestiniens en Israël seraient le premier pas fort bienvenu vers la paix.
Il est également essentiel de discuter sérieusement et sans préjugés ethniques d’un retour des réfugiés palestiniens, selon des modalités respectant leur droit fondamental au rapatriement et les chances de réconciliation en Israël et en Palestine.
Toute politique allant dans ce sens doit être approuvée, accueillie et mise en œuvre par la communauté internationale et les populations vivant entre le Jourdain et la mer Méditerranée.
Alors, les seules flottilles qui se rendront à Gaza seront celles des touristes et des pèlerins (9)

En espérant que cette « bouteille à la mer » ne sera pas perdue… Et que les responsables politiques européens prendront enfin leurs responsabilités.

Rudi Barnet

1.- “Les Arabes et la Shoah“ de Gilbert Achcar, professeur à l’Université de Londres
2.- “Comment fut inventé le peuple juif“ de Shlomo Sand, Fayard Poche
3.- “New York Times“ du 2/12/1948
4.- Témoignage de Me De Keyser, députée européenne, au “Tribunal Russell“ (2/3/2010)
5.- “Haaretz“ du 22/12/2008
6.- Déclaration de l’ambassadrice d’Israël en Belgique le 31/5/2010
7.- “The Guardian“ du 5/6/2010
8.- “Le Monde“ du 18/6/2010
9.- “Herald Scotland“ du 6/6/2010

Jacob COHEN, LE PRINTEMPS DES SAYANIM, éditions l’HARMATTAN


Interview de l’auteur.

Pourquoi ce titre ?
J’ai voulu que le terme « sayanim » apparaisse d’emblée et interpelle le lecteur. On se pose la question, et la définition se trouve juste dans les premières lignes de la 4e. La problématique est installée, sans faux-fuyants, et sans réserve. Idéalement, j’aimerais que ce terme entre dans le vocabulaire courant, dans les analyses, et dans les commentaires.

Voulez-vous nous la rappeler ?
Les sayanim – informateurs en hébreu – sont des juifs de la diaspora qui, par « patriotisme », acceptent de collaborer ponctuellement avec le Mossad, ou autres institutions sionistes, leur apportant l’aide nécessaire dans le domaine de leur compétence.

Comment avez-vous eu l’idée d’écrire sur les sayanim ?
C’est la conjugaison de plusieurs éléments. La lecture de tout livre sérieux sur le Mossad montre l’importance essentielle de ces citoyens juifs qui décident de travailler pour les services secrets israéliens. Imaginez des dizaines de milliers d’agents, occupant des fonctions dans toutes les couches sociales, et qui obéissent au doigt et à l’œil au Mossad. Il est à noter que les auteurs anglo-saxons sont beaucoup plus prolifiques sur ce sujet.
Je suis d’assez près l’actualité proche-orientale, et je consulte les médias des 2 bords. Et je suis sidéré, presque fasciné, par la puissance médiatique du lobby pro-israélien. Et comment il arrive à faire rentrer dans les esprits, jusqu’à devenir des banalités admises, des concepts comme « la seule démocratie de la région », ou tellement aberrants, comme « assurer la sécurité d’Israël ».
Le fait de savoir que des sayanim sont en grande partie le moteur de cette propagande permet une lecture plus lucide et plus pertinente de l’actualité.

Est-ce une réalité ?
Je comprends le sens de la question. Je cite Gordon Thomas au début du livre. C’est un spécialiste reconnu des services secrets, en particulier du Mossad. Tellement reconnu qu’il a interviewé tous les chefs du Mossad depuis les années 60, et tous ont admis, en s’en glorifiant, l’apport crucial des sayanim à travers le monde.
Je cite également Victor Ostrovsky, l’un des rares agents du Mossad à avoir publié, après son départ de l’institution, un témoignage unique et inédit sur le service secret, ses méthodes, ses objectifs, ses ressources.

Quel est leur nombre ?
En France ils seraient près de 3000. Ostrovski, ex-agent du Mossad, estime leur nombre à 3000 rien qu’à Londres. On peut imaginer leur importance aux Etats-Unis. Mais le « réservoir » est infini. Si on associe le Bnai Brit (franc-maçonnerie juive internationale), la WIZO (organisation internationale des femmes sionistes), les organisations judéo-sionistes nationales, comme l’UPJF, l’UEJF, le CRIF… en France, et dans les autres pays, ainsi que les sympathisants, on arrive facilement au chiffre de un million de juifs prêts à travailler pour le Mossad. Evidemment ils ne sont pas tous recrutés à cette tâche. Car il faudrait des centaines d’agents pour les traiter. Le Mossad se contente d’en avoir dans tous les secteurs d’activité, avec un accent particulier sur les plus sensibles : les médias, les grands hôtels et les agences de voyage (pour surveiller les allées et venues des Arabes en général, des agents de renseignement, des hommes d’affaire, enfin de toute personne susceptible d’atteindre les intérêts israéliens.

Un cas concret pour en comprendre le mécanisme?

Pour revenir à Victor Ostrovsky. Lorsque la France a construit une centrale nucléaire en Irak dans les années 70, des scientifiques irakiens étaient venus à Saclay pour se perfectionner. Le Mossad était bien sûr intéressé à les connaître pour pouvoir agir sur eux. N’importe quel autre service secret aurait eu besoin de moyens en hommes, de filature, d’argent pour corrompre, peut-^tre de tentatives d’effraction, et de temps, pour y arriver éventuellement. Le Mossad, et c’est sa supériorité, s’est tout simplement adressé à un informateur juif (sayan) qui travaillait à Saclay. Et a demandé que lui fussent fournis les dossiers complets originaux. Car il se méfiait des photocopies. La majorité des renseignements étant en arabe, c’est lui-même qui s’est acquitté de cette tâche. Quel autre service de renseignements peut bénéficier de telles complicités ? Après, ce fut un jeu d’enfant pour piéger l’un de ces scientifiques, remonter jusqu’à leur responsable, et l’assassiner lors de sa visite à Paris.

Ces agents juifs n’interviennent-ils que dans des cas d’espionnage ?

Pas du tout. Les sayanim interviennent aussi et surtout dans les manipulations médiatiques. D’ailleurs le Mossad possède un département important, appelé le LAP, pour « guerre de propagande ». Il me revient un exemple historique. Rappelez-vous le film EXODUS. Il a réécrit l’histoire de 1948 et imposé la vision sioniste pour au moins une génération. En 1961, c’est le premier ministre israélien en personne qui a accueilli l’équipe du film à l’aéroport. C’est dire l’importance qu’on lui accordait.

Rappelons l’importance du Bnai Brit. 500 000 membres dans le monde, probablement 400 000 aux Etats-Unis, dont 6 000 dans le secteur du cinéma. Comment imaginer qu’un film ou qu’une série défavorable à Israël puisse voir le jour ?

Et plus récemment ?

Le cas le plus flagrant est celui du soldat israélien enlevé par le Hamas. Le réseau des sayanim à travers le monde a fait en sorte que son nom soit tellement matraqué que personne ou presque n’ignore son nom. Par ailleurs, son père a été reçu à plusieurs reprises par tous les dirigeants occidentaux, par Sarkozy, Merkel, Blair, Berluscuni, Zapatero, Barroso, par le secrétaire général de l’ONU, par le parlement européen, par l’assemblée de l’UNESCO, enfin le gratin mondial. Comment est-ce possible sans l’intervention de sayanim bien placés dans les instances gouvernementales, économiques, culturelles, médiatiques ? Je rappelle qu’il s’agit d’un caporal d’une armée d’occupation. Quel autre prisonnier peut bénéficier d’une telle sollicitude internationale ? Et avoir son portrait géant sur l’édifice de la Mairie du 16e arrondissement ? Des hommes politiques français, dont Sarkozy et Kouchner, ont exigé sa libération pour raisons humanitaires. Sans dire un mot des milliers de prisonniers palestiniens.

Dans quel but ?

Il s’agit de faire pénétrer dans l’opinion internationale qu’Israël a un « otage » (un seul !) aux mains du Hamas. Cela fait oublier les 11 000 prisonniers palestiniens détenus dans les geôles israéliennes. L’écrasante majorité d’entre eux sont des prisonniers politiques, c’est-à-dire condamnés pour leur lutte pacifique pour l’indépendance. Rappelons qu’Israël est le seul pays « démocratique » au monde qui applique la détention administrative : pouvoir emprisonner n’importe quel citoyen sans avocat, sans jugement, sans motif, sans limitation dans le temps.
Et c’est sur cette base que les forces d’occupation ont kidnappé, juste après l’enlèvement du soldat, 45 personnalités politiques du Hamas, en majorité des élus du peuple. Sans qu’elles aient rien à leur reprocher. Cela s’appelle des « représailles collectives » condamnées par le droit international, et rappelle le comportement de l’occupant nazi en France.
Ainsi, pendant que les médias nous matraquent avec le soldat « otage », on oublie le plus important, et le plus horrible.

Une expérience personnelle : Le 26 juin, le journal du matin de TV5 avait encore fait un reportage sur le drame de ce soldat « otage ». J’ai écrit en rappelant que l’honnêteté journalistique aurait exigé de mentionner les prisonniers soumis à la détention administrative et le kidnapping des 45 élus du Hamas. Aucune réponse, aucun correctif.

Comment se fait-il qu’on ne parle pas beaucoup des sayanim ?

Cela reste un mystère. Comment des journalistes aguerris ont pu disserter sur Israël sans mettre sur le doigt sur cet aspect capital ! Je mets cela sur la puissance des sayanim qui ont réussi l’exploit de ne pas faire parler d’eux. Il ne faut pas oublier que la chape qui écrasait les médias pour diffuser la pensée unique favorable à Israël n’a commencé à se fissurer que depuis quelques années.

Pourquoi des citoyens juifs français par exemple deviennent des sayanim ?
Vous savez, l’idéologie sioniste, jusqu’en 1948, était loin d’être majoritaire dans les communautés juives. Je me souviens qu’au Maroc, dans les années 50, les rabbins vilipendaient les sionistes. Et puis la création d’Israël, la propagande, la hantise d’un nouveau génocide, ont fait en sorte que les institutions juives ont basculé dans un appui inconditionnel à l’Etat juif. Aujourd’hui en France il n’est pas admissible d’exprimer la moindre réserve dans le cadre des institutions juives. La propagande est telle que les citoyens juifs qui vivent dans le cadre de ces institutions développent un second patriotisme et un nationalisme hors du commun. Au besoin, comme illustré dans le roman (l’épisode du cardiologue), le Mossad fera appel au chantage patriotique.

Vous donnez une grande importance à la franc-maçonnerie dans votre livre. Pourquoi ?
La franc-maçonnerie me paraît une illustration parfaite du travail d’infiltration et de propagande mené par les sayanim. D’abord pour montrer qu’aucun domaine ne leur échappe. Il n’y a pas de petits profits. Là où on peut pousser à la défense d’Israël, on le fait sans états d’âme. Par ailleurs, cela montre que les juifs sionistes ne reculent devant rien. Car peu de gens ignorent – même si on n’est pas familier avec la franc-maçonnerie – que celle-ci est d’abord laïque, ouverte à tous sans distinction de race, de religion, ou d’orientation politique. Et voilà que des franc-maçons juifs et sionistes créent en 2002 une loge spécifiquement juive, et sioniste pour défendre Israël. Je l’ai vécu personnellement, car j’ai été franc-maçon pendant près de 17 ans. Cela s’est passé en 2002, au plus fort de la seconde intifada. Cela n’était pas dit expressément, car c’est contraire à l’éthique maçonnique, mais dans les faits cela revenait au même. Ne devinant pas de quel bord j’étais, ces frères m’ont mis au parfum sans ambages. Et à mon avis c’était couvert par les instances supérieures. Tout ce qui se disait dans la loge était favorable à Israël (voir le 1er chapitre et la conférence tendant à faire un parallèle entre les réfugiés palestiniens et les juifs partis des pays arabes, souvent à l’instigation du Mossad). Et chaque année, la loge organise un « voyage d’information » en Israël, encadré par des fonctionnaires du ministère israélien des Affaires étrangères.

Un de mes personnages principaux, Youssef El Kouhen, va subir les foudres des sayanim franc-maçons. Fils d’immigrés maghrébins, il pense faire un pas décisif dans son intégration républicaine en étant admis au sein du Grand Orient. Mais ayant découvert l’existence de cette loge « judéo-sioniste », il va tenter, avec d’autres frères arabes de contrer leur propagande en créant une loge pro-palestinienne. Mais là il va se heurter à la puissance du lobby sioniste implanté au Grand Orient de France et subira une défaite cinglante. Ce lobby va agir au mépris de toutes les lois de l’Obédience.

En parcourant le livre, on s’aperçoit que certains personnages ressemblent étrangement à des personnes connues, surtout pour leurs sympathies sionistes.
Parmi les 3 000 sayanim français, certains sont connus. Pas en tant que sayanim. Par définition, ce sont des agents secret. Mais étant donné leur soutien constant à Israël et leur participation active à des campagnes savamment orchestrées, il est probable qu’ils agissent dans ce cadre. J’ai voulu les montrer en action, par exemple pour recruter pour monter en épingle une rencontre sportive israélo-palestinienne à Paris, sans autre finalité que de donner l’illusion d’un processus de paix.

Et plus explicitement ?
Il y a plusieurs années, un match de football a eu lieu au Parc des Princes entre des jeunes israéliens et palestiniens. Ce qui avait donné lieu à un battage publicitaire démesuré. J’ai repris cet événement en tentant d’imaginer les coulisses, les pressions, les manipulations, les interventions. Pour obtenir gratuitement le stade, pour le remplir avec des jeunes de banlieue en faisant intervenir le rectorat, en sollicitant des subventions de l’Union européenne et de la Mairie de Paris, en faisant pression sur les dirigeants musulmans « modérés » pour qu’ils apportent leur caution. Une opération de propagande rondement menée grâce aux sayanim, et leurs alliés, dont les plus indéfectibles : SOS Racisme et la Mairie de Paris.

On retrouve souvent SOS Racisme. Pourquoi ?
Pour moi, cette organisation sert de courroie de transmission aux idéologies sionistes. Sa proximité incestueuse avec l’UEJF, un des piliers du soutien à Israël, en est une illustration. Jamais SOS Racisme n’a lancé par exemple une campagne contre l’occupation israélienne, alors qu’elle se démène contre le Soudan. En occupant le terrain, grâce à des subventions généreuses, SOS Racisme empêche l’émergence d’autres organisations anti-racistes plus proches des exigences de la majorité de ses membres. On entend d’ailleurs plusieurs voix, dont celle de Joey Star, réclamer une autre organisation anti-raciste, issue des quartiers, et les représentant légitimement.

Dans le roman, je développe un point de vue qui ne doit pas être loin de la réalité. En fait, c’est l’UEJF et ses alliés sionistes qui cherchent un candidat pour remplacer l’actuel président. D’ailleurs, quand un président de l’UEJF quitte son poste, il devient vice-président de SOS Racisme. Après un noir, les sionistes cherchent un beur présentable qui appliquera les consignes. Tout prétendant à ce poste connaît les enjeux.

Tout un chapitre est consacré à la Mairie du 16e arrondissement. Pour quelle raison ?
Cette Mairie est un des châteaux forts des sionistes. Le Bnai Brit (franc-maçonnerie juive internationale) s’y réunit régulièrement et y organise son salon du livre. Son maire est un ardent défenseur d’Israël. Un portrait géant du soldat israélien enlevé par le Hamas orne la façade de la Mairie.

Il y a ce personnage, MST, qui traverse tout le roman, et qui ressemble furieusement à BHL…
Je vous laisse la responsabilité de ce constat. Il est vrai qu’il y quelques ressemblances, mais en principe ce n’est pas lui. Ceci dit, il ne me déplait pas que certains fassent ce rapprochement. Michel-Samuel Taïeb est effectivement un personnage central, correspondant à son rôle flamboyant, à ses nombreux réseaux, à son implication sans réserve en faveur d’Israël, à l’acharnement avec lequel il recrute d’autres sayanim. C’est lui qui va recruter le cardiologue, qui va intervenir à l’Elysée pour donner l’ordre aux rectorats de remplir le stade de jeunes beurs, qui va appeler un responsable d’émission à Canal Plus pour humilier en direct des militantes de SOS Palestine, qui va faire pression sur le recteur de la Mosquée de Paris pour soutenir ce prétendu « match pour la paix », etc.

On a l’impression que vous vous êtes pas mal amusé avec les noms des sayanim.
Je n’ai pas pu m’en empêcher. Le fait de trouver ces noms, que d’aucuns pourraient rapprocher de personnages réels, me remplissait de joie à chaque fois. Il est vrai que mes sympathies vont là où vous savez. Je n’avais aucune raison de les épargner.

Est-ce à dire que c’est un roman politique ?
Si on entend par là qu’il prend position de façon claire et nette, tout en dénonçant les pratiques de chantages et de manipulations au profit d’une politique impérialiste, alors oui, c’est un roman politique. D’ailleurs il est dédié « à tous ceux qui se battent pour la justice en Palestine ». La forme romanesque n’est qu’un méthode pour y arriver. Bien qu’une grande partie du livre se base sur des faits réels, ou exprime une réalité telle qu’elle pourrait se dérouler. Lorsque MST appelle Canal Plus, je n’étais pas à l’écoute, mais la façon dont la plupart des grands médias lui déroulent le tapis rouge me fait penser que c’est sa manière d’agir. Et d’être obéi.

Est-ce qu’on vous mettra des bâtons des les roues ?
Certainement. Les sayanim et leurs complices, et ils sont nombreux et occupent des postes stratégiques, feront tout pour élever un mur de silence. Ou bien ce sera le déni. Ou enfin le recours à ces vieilles méthodes de l’amalgame. Une critique d’Israël équivaut à de l’antisémitisme. Parler des sayanim, c’est revenir à cette accusation de complot que certains antisémites au tournant du 20e siècle lançaient aux juifs pour les discréditer. Le discours du déni, et d’un certain terrorisme intellectuel, est bien rodé.

Que peut-on vous souhaiter ?
J’espère d’abord que ce livre ouvrira les yeux sur cette force puissante et insidieuse mise au service d’une idéologie de domination. Qu’il permette ensuite un décryptage plus pointu des événements. Et enfin qu’il favorise l’émergence de contre-pouvoirs.

Email de l’auteur : yacobous@yahoo.fr

BP vend son réseau français au groupe israélien Delek


Reuters
22/06/2010
Le groupe israélien Delek a annoncé mardi le rachat des activités de distribution du géant pétrolier BP en France pour 180 millions d’euros. L’opération concerne 416 stations-service et les participations de BP dans trois dépôts de carburants. Les stations-service devraient conserver l’enseigne BP pendant plusieurs années dans le cadre d’un accord de licence. BP et Delek seront en outre liés par un contrat d’approvisionnement.

Le conglomérat israélien précise que la transaction, réalisée par l’intermédiaire de sa filiale Delek Europe, devrait être menée à bien au second semestre de cette année, sous réserve de l’obtention des autorisations nécessaires. Cette opération s’inscrit dans la tendance générale au désengagement des grandes compagnies pétrolières du segment de la distribution, qui ne génère que de faibles marges.

Parallèlement, BP, confrontée à la perspective de plusieurs dizaines de milliards d’euros d’indemnisations après la marée noire déclenchée par l’une de ses plates-formes dans le golfe du Mexique, envisage de céder pour 10 milliards d’euros d’actifs.

le figaro

Une ONG lance un jeu vidéo… ingagnable sur le blocus de Gaza


La vidéo montre un père de famille de Gaza qui tente de rejoindre sa femme et son fils résidant en Cisjordanie occupée.
La vidéo montre un père de famille de Gaza qui tente de rejoindre sa femme et son fils résidant en Cisjordanie occupée.

Une association israélienne des droits de l’homme, Gisha, a lancé hier un jeu vidéo qui engage les joueurs à surmonter le blocus de la bande de Gaza. Un jeu qu’il est impossible de gagner. Ce jeu pédagogique illustre deux aspects moins connus de l’embargo imposé en 2006 par Israël au territoire palestinien : les restrictions au déplacement des Palestiniens vers la Cisjordanie et aux exportations.

Il est intitulé « Safe Passage » (Passage protégé) en référence au projet de connexion physique entre la Cisjordanie et la bande de Gaza, séparées par une trentaine de kilomètres de territoire israélien, évoqué lors des accords d’Oslo et dans les négociations de paix israélo-palestiniennes ultérieures. Ce jeu est accessible sur Internet à l’adresse http ://www.spg.org.il.

Développé avec le soutien financier de l’Union européenne, il propose au joueur de choisir entre trois personnages : un marchand de glaces de Gaza voulant exporter en Cisjordanie, une étudiante de Gaza admise dans une université de Ramallah, et un père de famille de Gaza tentant de rejoindre sa femme et son fils résidant en Cisjordanie occupée.

Dans chacun de ces cas de figure, le joueur, évoluant dans un décor de dessins animés, se perd dans le labyrinthe militaro-administratif israélien et voit toutes les portes se fermer devant lui. Gisha a inséré des documents expliquant les restrictions israéliennes et leurs motivations.

En 2009, le cas d’une étudiante palestinienne originaire de Gaza expulsée de Bethléem (Cisjordanie) par Israël deux mois avant ses examens, Berlanty Azzam, avait souligné la séparation grandissante entre les deux territoires palestiniens.

merci Rend

source : L’Orient-Le Jour
mercredi, juin 23, 2010

 » Graffitis. « Liberté pour Gaza » dans le Ghetto de Varsovie « 


merci JPP

vendredi 2 juillet 2010

Le 28 juin, des activistes polonais et israéliens se sont rencontrés sur les lieux de l’ancien Ghetto de Varsovie. A l’aide d’une bombe de peinture, ils ont écrit sur un mur « Libérer tous les ghettos », en hebreu, et « Liberté pour Gaza et la Palestine » en anglais.

Les inscriptions ont été peintes sur la façade d’un immeuble en ruine, en face des vestiges d’un mur qui servait de frontière séparant les rues de Varsovie du ghetto construit pour la population juive en 1940. Des drapeaux palestiniens ont été accrochés en haut du mur.

Ce fut la première action de ce type, menée sur le terrain de l’ancien Ghetto de Varsovie. Comme l’a dit Yonatan Shapira, ’refuznik’, ancien capitaine des forces aériennes israéliennes, qui refuse de servir dans l’armée et milite en faveur de la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions contre l’Etat d’Israël) :Ma famille est originaire en majorité de Pologne. Nombre de ses membres furent assassinés dans les camps d’extermination pendant l’Holocauste.

Quand je me promène au milieu des ruines du Ghetto de Varsovie, je ne peux pas arrêter de penser aux habitants de la Bande de Gaza, à une communauté de plus de 1, 5 million de personnes, qui non seulement reste enfermée dans la plus grande prison du monde, mais est aussi systématiquement bombardée par des avions sans pilote et des hélicoptères pilotés par des hommes sous le commandement desquels je servais avant de refuser le service militaire en 2003.

Je pense aussi aux délégations des jeunes Israéliens, qui viennent en Pologne pour connaître l’histoire de leur peuple, et qui sont soumis à un incessant processus de lavage de cerveaux militariste et nationaliste.

Peut-être un jour, quand ils regarderont ce que nous avons écrit sur ce mur, ils se rendront compte que l’oppression reste toujours une oppression, l’occupation reste toujours une occupation et les crimes contre l’humanité restent toujours des crimes contre l’humanité-qu’ils aient été commis ici à Varsovie ou dans la Bande de Gaza.

Selon Ewa Jasiewicz, militante de la Campagne Polonaise de Solidarité avec la Palestine et une des coordinatrices du Free Gaza Movement-et qui à ce titre avait participé au convoi humanitaire Flotille de la Liberté vers la Bande de Gaza, Yonatan aurait pu être pilote dans l’escadrille israélienne BlackHawk qui avait attaqué le bateau Mavi Marmara le 31 mai. Suite à cette attaque brutale, neuf personnes sont mortes ; j’aurais pu être une de ces personnes.

En Pologne, il y a plein de murs et de ruines du Ghetto de Varsovie, des vestiges des camps d’extermination et des lieux de mémoire en hommage à ceux qui ont péri en défendant non seulement leur communauté, mais aussi en luttant contre le fascisme.

Les gens en Pologne doivent se réveiller, et se rendre compte que les occupations et les ghettos ne se sont pas terminés avec la fin de la Deuxième Guerre Mondiale. Cette stratégie et cette tactique de domination, de maintien du contrôle sur d’autres gens et d’appropriation de leur terre est mise en œuvre en permanence en Palestine et réalisée de manière conséquente par l’Etat d’Israël.

Notre obligation, c’est de libérer tous les ghettos, et de mettre fin à chaque occupation.

Malgré de nombreux appels, la Pologne poursuit sa coopération militaire avec Israël en ignorant l’obligation de respecter le droit international, d’arrêter le soutien à la ghettoïsation de la Cisjordanie et d’assurer la protection des populations civiles.

La Campagne Polonaise de Solidarité avec la Palestine, avec le mouvement international BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions), appelle a mettre fin à l’impunité israélienne, aux violations du droit international et des droits de l’homme par les autorités d’Israël.

Selon Ewa Jasiewicz, la Pologne ne peut plus continuer à être une sorte de ’green zone’, une zone de protectionde la politique israélienne d’apartheid.

C’est sur nous tous que repose la responsabilité de mettre fin à l’occupation et à la ghettoïsation des habitants de Palestine.

Yonatan Shapira :Quand j’étais adolescent, on m’enseignait que toutes les horreurs qu’avait subies le peuple juif furent le résultat d’un accord tacite du reste du monde et de son manque de réaction. C’est pourquoi je ne peux plus garder le silence. Le peuple juif avait besoin de se libérer du ghetto. A présent, les Israéliens ont besoin de se libérer des crimes de guerre commis par le gouvernement d’Israël en leur nom ; de se libérer de leur rôle d’occupant.

Chacun de nous peut prendre part dans cette lutte globale pour la justice, et soutenir la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions à l’encontre de l’Etat d’Israël, en le faisant non seulement pour les Palestiniens mais aussi pour les Israéliens eux-mêmes.

Aneta Jerska

(publié le 29 juin 2010 par Aneta Jerska sur le site de la gauche indépendante polonaise www.lewica.pl ; traduction française Roman Dębski)

On parle de développement durable à tort et à travers


Francisco Van der Hoff (Max Havelaar)

Le pionnier du commerce équitable ne mâche pas ses mots sur la réalité de l’économie mondiale. Aucune ressource ne manque, c’est la distribution qui fait défaut

Co-fondateur du label Max Havelaar, Francisco Van der Hoff, nous a accordé une interview, avant de poursuivre sa tournée de sensibilisation, via le Canada. C’est en 1988 aux Pays-Bas que le prêtre-ouvrier fonde l’association et le label Max Havelaar, du nom d’un héros de roman, forgé par Edouard Douwes Dekker en 1860, luttant contre un système commercial injuste qui accable 30 millions de Javanais, colonie néerlandaise à l’époque.

Rencontre.

Vous êtes docteur en théologie et en économie politique… Comment expliquez-vous votre parcours ?

Francisco Van der Hoff
. Oui, un étrange profil, n’est-ce pas ? J’ai tout d’abord obtenu un doctorat en théologie, puis cela m’a assez vite ennuyé. Je voulais être plus proche du terrain, de la réalité humaine, de l’action. Je me suis alors orienté vers l’économie politique et la sociologie rurale. Il me semblait nécessaire de sonder la réalité humaine grâce aux outils qu’ont pu me procurer l’économie par exemple avant même de pouvoir mener une quelconque réflexion théologique.

Max Havelaar vient de labelliser le coton cette année. Cela pourrait-il permettre, par exemple, de contrer les avancées du textile chinois ?

Nous venons en effet de nous engager dans le textile. Mais nous n’avons pas tous la même perception du marché mondial sur ce domaine. L’Europe est actuellement très sensible aux manifestations d’hyperproductivité des Chinois. Au Mexique, nous ne pensons pas pouvoir contrer l’expansion chinoise, ni même directement la concurrencer. Après tout, les Chinois font bien leur travail, et puis il nous faut aussi faire face au problème de la corruption au Mexique, qui est au moins tout aussi important. Bien sûr en Europe, vous êtes surpris des coûts de production chinois. Mais pourquoi les vêtements doivent être finalement vendus si chers ? Un pantalon produit pour deux dollars est vendu pour 40 ou 50 dollars.

D’où vient le problème alors ?

Pas véritablement de la production, mais plutôt de la revente puisque le prix gonfle de 300 à 400 %. Cela s’explique notamment par le fait que seulement 65 % des vêtements produits sont vendus alors que les 35 % restants sont tout simplement détruits. A cause de la mode, que l’on observe chaque été et chaque hiver, les entreprises du textile doivent produire de nouveaux modèles. En somme, un véritable désastre économique et environnemental.

Que pensez-vous de la multiplication des labels ?

Chez Max Havelaar, nous n’aimons pas les labels, mais l’industrie et les consommateurs en ont besoin. Les gens sont suspicieux et connaître l’origine du produit est très important pour eux. Certains labels ne sont que des outils de marketing. Heureusement, le label Max Havelaar est connu comme un label « commerce équitable », et non comme simple marque de café.

Néanmoins, le label du commerce équitable ne risque-t-il pas de souffrir d’un certain manque de lisibilité ?

En réalité, la plupart des études qui ont été réalisées sur le marché européen montrent que le label Max Havelaar est connu par environ la moitié des consommateurs français, et jusqu’à 80 % des consommateurs hollandais. Cela ne veut pas dire que tous les consommateurs qui connaissent le label vont acheter le produit. La reconnaissance du label est la principale tâche de Max Havelaar. Nous avons besoin d’un label qui puisse informer les gens sur telle ou telle stratégie, politique ou marketing.

Le commerce équitable peut-il être mis en place par des multinationales, ou bien est-il voué à rester le fait de petites structures ?

Les petites entreprises sont sûrement les plus adaptées et les plus capables pour mettre en place une production sur le mode du développement durable. Encore faut-il se mettre d’accord sur ce que l’on entend par durable. En Amérique du Sud, nous en sommes venus à définir très précisément la notion de durable et ce qu’elle revêt pour les producteurs : une agriculture biologique qui permet de maintenir la biodiversité et donc le respect de l’environnement, ainsi que qualité et prix équitables. Ce dernier garantit aux producteurs et à leur famille logement, nourriture et éducation.

Au final, nous mettons en place une économie véritablement durable. Cette définition est vraiment importante, car aujourd’hui on a tendance à parler de développement durable pour tout et n’importe quoi, comme le font les grands groupes, sans véritablement avoir une idée précise de l’enjeu humain qu’il représente.

Justement, par rapport à cet enjeu humain, vous insistez souvent sur le fait que le commerce équitable s’oppose à l’idée même de charité…

Concrètement, la charité renvoie au geste simple qui consiste à donner à une main tendue : c’est un des actes les plus stupides qui puisse être fait, de la part du receveur comme du donateur. C’est l’expression même d’une société qui ne fonctionne pas correctement. Je possède, tu ne possèdes pas, et par cet échange je t’entretiens dans ta position de mendiant. C’est accepter la situation et favoriser l’immobilisme.

Comment alors concevez-vous la relation entre consommateur et producteur ?

Le système du commerce équitable est bien loin de cette charité. Le pilier sur lequel nous avons fondé notre mouvement est avant tout de permettre un choix. En effet le consommateur, en acceptant de payer son produit plus cher, peut faire le choix de permettre aux producteurs de s’en sortir, mais aussi de bénéficier d’un produit de meilleure qualité. Le développement durable, tel que nous l’entendons, vise à asseoir un rapport d’égalité.

S’engager dans le développement durable peut-il être une stratégie économiquement rentable au niveau concurrentiel mondial ?

La croissance économique qui guide le commerce mondial est peut-être la clef du problème. Si l’ensemble des richesses mondiales étaient divisées par le nombre d’habitants de cette planète, il y aurait alors pour chacun plus que nécessaire. Au moment où nous parlons, il faut être conscient que notre planète, telle qu’elle est exploitée, peut largement nourrir, habiller et loger l’ensemble de ses habitants. On voit donc bien que le problème n’est pas tellement un problème de croissance et d’accumulation, mais plutôt un problème de distribution.

Avez-vous des exemples précis en tête ?

Oui, des hommes politiques tels que Tony Blair et Jacques Chirac effacent les dettes internationales de 18 des pays les plus pauvres à hauteur de 40 milliards de dollars. Certes, c’est une action positive, mais ce ne sont pas les dettes de pays à pays, mais multilatérales. Le geste ressemble davantage à de la charité qu’à une véritable prise en compte d’une distribution équitable des richesses. Je ne pense pas que la rentabilité économique soit un facteur de réel développement mondial, mais je doute surtout qu’il puisse être un facteur de bonheur.
Le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté aux Etats-Unis a crû de 40 % lors des dix dernières années. Pourtant, c’est une société dont on vante l’économie en croissance. Mais à quel coût ? C’est le même problème que nous vivons en Amérique du Sud, et le terrible problème qui touche dramatiquement l’Afrique. Je pourrais multiplier les exemples montrant que la rentabilité économique ne se traduit pas par la réduction des inégalités, mais vise au contraire à les alourdir.

Vous restez pourtant optimiste quant à l’avenir du développement durable…

Oui. Lentement mais sûrement, une partie importante de la population mondiale prend conscience des enjeux qui nous concernent tous et de la nécessité de changer les règles du jeu, les mécanismes du commerce international. Et les pouvoirs publics ne peuvent rester sourds à cette évolution. D’ailleurs, le fait d’avoir reçu une reconnaissance symbolique avec la Légion d’honneur en France montre comment les choses évoluent.

L’enjeu n’est-il pas uniquement médiatique pour certains ?

Je ne suis certes pas dupe et je comprends que ceci puisse faire l’objet d’une récupération médiatique, politique et économique. Lorsque le président de Carrefour, vient me faire part de son intérêt pour le développement durable, c’est un stratège de la politique du maquillage. Je sais qu’il se sert de son exposition médiatique à mes côtés pour légitimer par ailleurs des actions commerciales qui vont tout à fait à contre-courant des logiques du développement durable.
Mais je me rappelle qu’une telle prise de conscience aurait été inimaginable pour beaucoup il y a encore quelques années, lorsque nous passions pour une bande d’utopistes. Si ces personnes font ce pas, c’est bien parce que les choses bougent et qu’ils doivent répondre à une certaine demande sociale. Peu à peu les mentalités évoluent, et si on ne peut pas demander au commerce équitable de s’imposer du jour au lendemain, son avenir est gigantesque.

Vous êtes critique face aux distributeurs, mais ils participent à l’expansion du commerce équitable, non ?

Si notre café s’est peu à peu imposé, il est également vrai que des entreprises comme Starbucks ont su s’adapter à notre émergence. Starbucks s’approvisionne à hauteur de 5 % en café issu du commerce équitable et nous paie raisonnablement bien. S’ils le font, c’est non seulement parce que le café est maintenant devenu l’emblème historique de la lutte pour le commerce équitable, mais c’est aussi une question de qualité.

Vous associez commerce équitable et qualité…

Il se trouve qu’il y a une corrélation évidente entre la qualité du café et le niveau de revenu des producteurs. Si les consommateurs ne sont pas forcément séduits par la finalité du produit, ils peuvent au moins l’être par sa qualité. Et puis, je ne pense pas qu’il n’y ait qu’une part restreinte des consommateurs qui puissent être qualifiés « d’éthiques ». La question du développement durable n’est plus aujourd’hui le registre réservé de quelques initiés.

Vous-même, buvez-vous du café Max Havelaar ?

Je ne vous surprendrai pas en répondant affirmativement. Cependant, je n’en bois lorsqu’il y en a. J’espère donc pouvoir en boire de plus en plus souvent…

source

le site max havelaer

Naomi Klein « The shock Doctrine »


La gauche en héritage

Elle est devenue la figure la plus visible et la plus influente de la gauche américaine – à l’instar d’un Howard Zinn ou d’un Noam Chomsky il y a trente ans. Naomi Klein…

s’exprime régulièrement aux quatre coins du monde, et des centaines de personnes se déplacent pour l’écouter. Elle est même devenue l’icône des icônes. Le groupe de rock Radiohead et la chanteuse ­Laurie Anderson vantent ses livres à leurs fans. La ­comédie de John Cusack War, Inc. s’est inspirée de ses reportages à Bagdad. Et le réalisateur mexicain Alfonso Cuarón a été tellement enthousiasmé par son ­dernier livre, The Shock Doctrine*, paru en 2007, qu’il a gracieusement réalisé un spot publicitaire pour sa campagne de promotion.

suite

Afghanistan : en direct depuis le terrain


Lettre d’un ami médecin travaillant avec une mission humanitaire sur place

Chers amis,
 
Voilà quelques semaines de silence dû sans doute à un manque d’imagination ou une certaine lassitude, non pas celle de vous écrire, mais celle de décrire l’atmosphère pesante d’un hôpital de province qui se débat tant bien que mal avec les funestes conséquences d’une guerre interminable et inutile.

La semaine dernière, quatre bombes ont explosé simultanément dans la ville. Dans le jargon local, elles sont appelées IED (Improvised Explosive Device), et du fait de leur caractère artisanal, elles n’ont fait heureusement que peu de dégâts : trois morts et une vingtaine de blessés. Un plan catastrophe pour l’hôpital est prévu pour ce genre d’événement, mais il n’existe que sur papier. Je vous laisse deviner le désordre qui, une fois de plus, régnait dans l’hôpital !

Une autre réflexion est que la réalité est bien différente de celle des communiqués de l’IMF, assurant que, depuis la dernière offensive de l’OTAN, la province d’Helmand, bastion des talibans, est sous contrôle. Manifestement, la sécurité n’est pas assurée dans la région. Quant à la nôtre, si elle dépend de l’approbation, même tacite, de toutes les parties embarquées dans le conflit, elle dépend aussi de la bonne tenue de notre projet, à savoir procurer des soins de qualité à ceux qui en manquent le plus.
En Afghanistan, c’est un véritable défi, du fait des difficultés d’importation du matériel et médicaments indispensables, du profil bas que nous adoptons pour des raisons de sécurité, et du manque de ressources humaines pour mener à bien le projet.

L’Afghanistan n’est pas un pays très attractif pour les travailleurs humanitaires. Tous ces facteurs conjugués sont une source de frustrations, non seulement pour les expatriés, ce qui n’est pas encore trop grave, mais aussi pour tous ceux qui s’adressent à nous pour trouver quelques bonnes médecines. Se poser la question de savoir s’il existe encore un espace humanitaire aujourd’hui en Afghanistan n’est ni ridicule ni superflu.

Comme toujours, il y a quelques touches de lumière dans ce tableau un peu sombre. L’une est certainement l’accueil sincère que j’ai reçu de tous mes confrères afghans. Je m’imagine parfois à leur place et je m’interroge si, étant afghan, je serais prêt à collaborer aimablement avec une organisation occidentale, alors que mon pays est envahi par une coalition militaire de la même eau.

Si le degré de civilisation s’apprécie à la capacité de reconnaître l’humanité de l’autre, beaucoup d’Afghans, loin d’être les barbares que l’on croit, sont authentiquement civilisés.

500 millions de dollars contre le Hezbollah


mercredi 30 juin 2010, par Alain Gresh

Jeffrey D. Feltman, assistant de la secrétaire d’Etat américaine et responsable du bureau des affaires du Proche-Orient, et Daniel Benjamin, coordinateur du bureau de lutte contre le terrorisme, ont témoigné devant une commission du Sénat le 8 juin 2010. Il s’agissait d’évaluer la force du Hezbollah.

Concluant leur témoignage, ils ont déclaré :

« Les Etats-Unis continuent de prendre très au sérieux les menaces que le Hezbollah fait peser sur les Etats-Unis, le Liban, Israël et l’ensemble de la région. Nous avons déployé de grands efforts diplomatiques, à travers la lutte antiterroriste et une aide matérielle, pour réduire cette menace et cette influence du Hezbollah dans la région et promouvoir la paix, la stabilité et la prospérité à travers le Proche-Orient. »

L’ensemble du développement reprend les analyses de l’administration précédente sur le Hezbollah, définissant celle-ci comme une organisation terroriste responsable notamment de la guerre de l’été 2006. Elle est aussi « l’une des milices les mieux armées et les plus dangereuses dans le monde ».

Mais le plus intéressant, c’est la reconnaissance de l’aide directe apportée par les Etats-Unis aux forces libanaises qui luttent contre le Hezbollah.

« Les Etats-Unis fournissent une assistance et un appui à tous ceux qui, au Liban, travaillent pour créer des alternatives à l’extrémisme et réduire l’influence du Hezbollah dans la jeunesse. (…) A travers l’USAID et la Middle East Partnership Initiative (MEPI), nous avons contribué depuis 2006 à hauteur de plus de 500 millions de dollars à cet effort. Cette assistance substantielle représente l’une des facettes de notre soutien inaltérable au peuple libanais et à l’instauration d’un Liban fort, souverain, stable et démocratique. Depuis 2006, notre aide totale au Liban a dépassé le milliard de dollars. Si nous laissions tomber les millions de Libanais qui veulent un Etat représentant les aspirations de tous les Libanais, nous créerions les conditions par lesquelles le Hezbollah pourrait remplir le vide et devenir encore plus fort. »

Que des pays étrangers s’ingèrent dans les affaires libanaises, on s’en doutait. Le Liban est, depuis longtemps, un champ d’affrontements de puissances régionales, de l’Iran à Israël, de la Syrie à l’Arabie saoudite. Plus inhabituel est le fait qu’une grande puissance reconnaisse ouvertement qu’elle mène une action permanente contre l’une des principales forces du pays, force qui participe, par ailleurs, au gouvernement. Ces pratiques américaines rappellent les interventions des Etats-Unis en France ou en Italie durant la guerre froide contre les partis communistes.

Le Hezbollah, qui a rendu public son nouveau programme le 1er décembre 2009, est la seule force libanaise qui maintient une milice armée.

La déclaration américaine a soulevé un vif débat au Liban quand elle a été connue, à partir du 22-24 juin. Le Hezbollah a affirmé qu’il déposerait plainte contre les Etats-Unis devant les tribunaux.

Dans le quotidien libanais Al-Safir du 29 juin, Nabil Haitam affirme qu’une liste de 700 noms de personnes et d’organisations ayant bénéficié de l’aide américaine circule, et que certains ont reçu des sommes comprises entre 100 000 et 2 millions de dollars. Le journaliste s’interroge :

« Quelles clauses du code pénal ces groupes ou personnes ont-ils violées ? Est-ce que contacter ou agir avec un Etat étranger, et travailler avec cet Etat en échange d’argent à une campagne visant l’une des composantes de la société libanaise – une campagne qui pourrait avoir déstabilisé la société –, est légal ? » (…)

Et Haitam se demande pourquoi Feltman a rendu cette information publique, d’autant qu’elle risque d’embarrasser des alliés des Etats-Unis au Liban. Selon lui, l’ambassade américaine à Beyrouth a rassuré ses alliés en leur affirmant que Feltman voulait simplement montrer au Congrès que les Etats-Unis agissaient au Liban et qu’il n’est pas question qu’ils révèlent des noms.

Autre son de cloche avec l’éditorial de Tariq Alhomayed, rédacteur en chef du quotidien panarabe pro-saoudien Al-Sharq Al-Awsat (23 juin) : « Hezbollah wants transparency ? ». Il cite le député Nawaf Al-Moussaoui, qui a déclaré que « si l’ambassade américaine veut être transparente, alors qu’elle donne la liste des noms de ceux qui ont reçu la plus grande partie de cet argent, dont il est dit qu’il a aidé le peuple libanais ».

Alhomayed soulève la question du financement du Hezbollah, que le secrétaire général de ce parti, Hassan Nasrallah, qualifie « d’argent pur ».

« Comment cet argent arrive-t-il au Liban ? Qui le reçoit ? Qui le distribue ? Combien a été dépensé pour les médias et pour acheter des journalistes et des politiciens ? Combien a été dépensé pour acheter des armes ? Combien a été dépensé pour dédommager les victimes de la guerre de 2006, comme le Hezbollah s’y était engagé ? »

Questions intéressantes venant d’un journal notoirement financé par l’Arabie saoudite, qui a arrosé le Liban pour y acheter journalistes et responsables politiques…

Et Alhomayed pose un autre problème :

« Si le Hezbollah veut la transparence, alors il devrait y avoir la transparence sur tous les sujets. (…) Et le Hezbollah doit faire ce qu’il demande aux Américains. » Le journaliste demande que le Hezbollah fasse la lumière sur un scandale financier lié à l’homme d’affaires Salah Ezzedine, dont la faillite a provoqué la ruine de nombreux Libanais. Or, cet homme d’affaires, selon le journaliste, avait de nombreuses connexions avec des membres du Hezbollah.

Notons aussi qu’aux Etats-Unis, certains se prononcent pour un dialogue avec le Hezbollah. Ainsi, William Crocker, ancien ambassadeur en Irak entre 2007 et 2009 (nommé par le président George W. Bush), s’est prononcé en ce sens devant le comité des affaires étrangères du Sénat (« Former US envoy favors talking to Lebanese resistance », The Daily Star, 10 juin).

source

« Feu vert » de l’ONU à une attaque préventive américano-israélienne contre l’Iran?


La résolution du Conseil de sécurité transforme l’Iran en proie facile

par Michel Chossudovsky

«Une proie facile est une victime sans défense, une cible facile, vulnérable à l’attaque. »

Cette dernière résolution laisse non seulement entendre que Washington et ses alliés de l’OTAN ont le contrôle du Conseil de sécurité de l’ONU, mais qu’en définitive ils donnent un coup fatal à la politique étrangère de Moscou et de Pékin.

Cette résolution du Conseil de sécurité devrait dissiper le mythe de la rivalité des superpuissances. La Chine et la Russie sont un appendice du nouvel ordre mondial.

En ce qui concerne la diplomatie internationale, la Chine et la Russie sont des « tigres de papier », sans dents. «Un tigre de papier [纸老虎 (Zhǐ lǎohǔ)], signifie quelque chose qui semble représenter une menace tel un tigre, mais qui est totalement sans danger ».

La Chine et la Russie sont les victimes de l’échec de leur propre décision au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Une attaque contre l’Iran engendrerait immédiatement une escalade militaire. La Syrie et le Liban seraient également visés. L’ensemble du Moyen-Orient et de l’Asie centrale exploserait, une situation qui pourrait potentiellement évoluer vers un scénario de Troisième Guerre mondiale.

De façon très réelle, l’aventure militaire États-Unis-OTAN-Israël menace l’avenir de l’humanité.

SUITE