Le Tribunal spécial sur le Liban à l’épreuve de la guerre de l’ombre


Part 1/3
René Naba | 03.08.2010 | Paris

Le Liban, une passoire


Paris, 3 août 2010 – Objet de fantasme depuis un demi siècle, le Bar de l’Hôtel Saint Georges de Beyrouth a longtemps été un haut lieu du monde interlope de la barbouzerie internationale. Réputé pour ses cocktails détonants, ses barmen avenants, ses yachts rutilants et sa plage huppée, son ambiance calfeutrée, propice à tous les chuchotements, le destinait à être le lieu de côtoiement par excellence de personnages aussi emblématiques1 qu’énigmatiques que l’agent double soviéto britannique, Kim Philby, membre du fameux groupe «The Cambridge Five», ou, le Général Taymour Bakhtiar, tombeur de Mohamad Mossadegh, le premier ministre nationaliste iranien, artisan de la première nationalisation du pétrole en 1953.

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Israël s’est glissé dans l’UE sans que personne ne le remarque


mardi 3 août 2010 – 06h:23

Robert Fisk – The Independent

Affrontement entre soldats israéliens et Palestiniens protestant contre l’offensive de Gaza l’hiver 2008-2009 - Photo Abbas Momani

« Israël a noué des liens politiques et économiques si solides avec l’UE au cours des 10 dernières années qu’il est devenu un État membre de l’Union à tous les égards sans en avoir le nom. »

C’est à peine si la mort de cinq soldats israéliens dans un accident d’hélicoptère en Roumanie a fait les titres des journaux.Il n’y avait pas d’exercices conjoints OTAN – Israël. Soit. Imaginez le décès de cinq combattants du Hamas dans un accident d’hélicoptère en Roumanie cette semaine. Nous n’aurions pas fini d’en parler. Extraordinaire.

Attention, je ne compare pas Israël au Hamas. Israël est le pays qui a massacré avec raison 1300 Palestiniens à Gaza il y a 19 mois – dont plus de 300 enfants – tandis que le Hamas cruel, assoiffé de sang et terroriste tuait 13 Israéliens (dont trois soldats qui s’étaient tirés dessus par erreur).

Mais il y a un parallèle. Richard Goldstone, éminent juge sud-africain juif, a conclu, dans le rapport de 575 pages sur le bain de sang de Gaza qu’il a établi à la demande des Nations unies, que les deux côtés avaient commis des crimes de guerre ; bien entendu scandale compréhensible chez divers partisans d’Israël aux USA qui ont vu en lui, avec raison, l’incarnation du « mal » ; quant à son excellent rapport, sept gouvernements de l’Union européenne l’ont rejeté. Je me pose donc la question :que fait l’OTAN dans des jeux de stratégie militaire avec une armée accusée de crimes de guerre ?

Ou, pour être plus précis, pourquoi donc l’Union européenne cajole-t-elle les Israéliens ? Dans un livre à paraître bientôt, remarquable et détaillé même si le ton en est un peu trop furieux , l’infatigable David Cronin présentera en novembre une analyse microscopique de « nos » relations avec Israël. Je viens de terminer le manuscrit et il me coupe le souffle. Comme il le dit dans sa préface, « Israël a noué des liens politiques et économiques si solides avec l’UE au cours des 10 dernières années qu’il est devenu un État membre de l’Union à tous les égards sans en avoir le nom. » Effectivement, ce fut Javier Solana, le dirigeant débraillé de la politique étrangère de l’UE (ancien secrétaire général de l’OTAN) qui a en fait dit l’année dernière « Israël, permettez-moi de le dire, est membre de l’Union européenne sans être membre de l’institution ».

De quoi ? Le savions-nous ? L’avons-nous voté ? Qui a permis cela ? David Cameron – qui fait maintenant campagne pour l’entrée de la Turquie dans l’UE – est-il d’accord ? Je suppose que oui puisqu’il continue à se dire un « ami d’Israël » alors que ce pays a produit une excellente série de faux passeports britanniques pour ses assassins de Dubaï. Comme le dit Cronin, « la pleutrerie de l’UE envers Israël contraste fortement avec la position ferme qu’elle a prise par rapport à des atrocités majeures commises dans d’autres conflits ». Après la guerre entre la Russie et la Géorgie en 2008 par exemple, l’UE a chargé une mission indépendante d’enquêter sur les éventuelles violations du droit international et elle a exigé une enquête internationale sur les abus des droits humains après la guerre du Sri Lanka contre les Tigres tamouls. Cronin n’exempte pas la responsabilité de l’Europe pour l’holocauste des juifs et convient que nos gouvernements auront toujours un « devoir moral » pour que cela ne se reproduise pas – bien que j’aie bien remarqué que Cameron a oublié de mentionner l’holocauste arménien de 1915 quand il faisait sa cour aux Turcs cette semaine.

Mais cela n’est pas tellement pertinent. En 1999, les ventes britanniques d’armes à Israël – pays qui occupe la Cisjordanie (et également Gaza) et qui construit des colonies illégales pour les juifs et pour les seuls juifs sur des terres arabes – se montaient à 11,5 millions de livres ; en deux ans ce chiffre à presque doublé pour atteindre 22,5 millions. Ces livraisons comprennent des armes légères, des kits de fabrication de grenades et de l’équipement pour les avions de combat et les tanks. Il y a eu quelques refus après qu’Israël a utilisé des tanks centurions modifiés contre les Palestiniens en 2002, mais en 2006, l’année où Israël a massacré 1300 Libanais, presque tous des civils, à l’occasion d’une autre croisade contre la « terreur mondiale » que représente le Hezbollah, la Grande-Bretagne a accordé plus de 200 licences d’armes.

Bien entendu, une partie de l’équipement britannique transite par les USA pour être acheminé en Israël. En 2002, la Grande-Bretagne a donné des  » head-up displays » (N.d.T (dans les avions de combat, tableau de verre dans la cabine de pilotage où figurent les données du vol et du combat), HUD) fabriqués par BAE Systems pour Lockheed Martin qui les a promptement installés dans des bombardiers de combat F-16 destinés à Israël. L’UE n’a pas soulevé d’objection. Il convient d’ajouter que la même année, les Britanniques acceptaient de former 13 militaires israéliens. Des avions US transportant des armes vers Israël au moment de la guerre contre le Liban de 2006 ont fait le plein à des aéroports britanniques (et hélas, aussi dans des aéroports irlandais). Les trois premiers mois de 2008, nous avons accordé de nouvelles licences d’armes pour un montant de 20 millions de livres – juste à temps pour l’assaut israélien contre Gaza. Les hélicoptères Apache utilisés contre les Palestiniens, dit Cronin, contiennent des pièces fabriquées par SPS Aerostructures dans le Nottinghamshire, Smiths Industries dans le Cheltenham, Page Aerospace dans le Middlesex and Meggit Avionics dans le Hampshire.

Dois-je continuer ? Israël, en passant, a été félicité de l’ aide « logistique » qu’il a fournie à l’OTAN en Afghanistan – là, où nous tuons annuellement encore plus d’Afghans que les Israéliens ne tuent habituellement de Palestiniens – ce qui n’est pas surprenant puisque que le boss militaire israélien Gaby Ashkenazy a visité le siège de l’OTAN à Bruxelles pour plaider en faveur de liens plus étroits avec cette institution. Et Cronin parle de façon convaincante d’un arrangement financier extraordinaire – au point d’en être obscène – en « Palestine ». L’UE finance des projets à Gaza pour des millions de livres. Ces projets sont régulièrement détruits avec les armes israéliennes fabriquées aux USA. Ça marche comme ça : les contribuables européens financent les projets. Les contribuables US financent les armes qu’Israël utilise pour détruire les projets. Ensuite les contribuables EU donnent le fric pour financer la reconstruction du tout. Et ensuite les contribuables US… Je crois que vous avez compris. Israël, en passant, a déjà un programme de coopération « individuelle » avec l’OTAN, lui donnant accès au réseau informatique de l’organisation.

Dans l’ensemble, c’est bien d’avoir un allié aussi farouche qu’Israël dans notre camp, même si son armée est composée de voyous et que certains de ses hommes sont des criminels de guerre. Puisqu’on en est là, pourquoi ne pas demander au Hezbollah d’entrer à l’OTAN également – imaginez combien ses tactiques de guérilla seraient utiles pour nos garçons dans le Helmand. Et puisque les hélicoptères Apache israéliens tuent souvent des civils libanais – par exemple, en 1996, une ambulance pleine de femmes et d’enfants, a été pulvérisée par un missile air – sol Boeing Hellfire AGM 114C – espérons que les Libanais peuvent encore envoyer des salutations amicales aux gens de Nottinghamshire, Middlesex, Hampshire et, bien sûr, Cheltenham

source

Lettre ouverte à Mahmoud Abbas : « Ne bradez pas les droits des Palestiniens »


La lettre ouverte qui suit et adressée au président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas – dont le mandat a expiré en juillet 2009 et qui est resté en fonction grâce à des lois d’exception controversées, a été publiée le 22 juillet 2010.

Nous sommes des Palestiniens d’origines et obédiences diverses – universitaires, intellectuels, artistes, militants, syndicalistes, défenseurs des droits humains et responsables d’organisations de la société civile, en Palestine historique comme en exil – unis dans notre engagement pour la réalisation des droits fondamentaux de tous les Palestiniens, en particulier notre droit inaliénable à l’autodétermination. Ce droit universellement reconnu implique au minimum :

– la fin de l’occupation et de la colonisation de la Bande de Gaza et de la Cisjordanie, y compris Jérusalem
– une pleine égalité pour les Palestiniens vivant en Israël
– le droit au retour pour les Palestiniens réfugiés ainsi que leurs descendants.

Au cours d’une réunion à l’AIPAC [American Israel Public Affairs Committee] le 9 juin 2010, vous avez déclaré : « Je ne contesterai jamais [le] droit juif à la terre d’Israël, » une déclaration dont vous devez encore vous rétracter. Nous considérons cette déclaration – laquelle reprend un des fondements du sionisme – comme une très grave trahison à l’encontre des droits collectifs du peuple palestinien. Elle équivaut à un abandon du droit des Palestiniens vivant en Israël à vivre dans l’égalité dans leur propre patrie. Patrie où ils se sont fermement maintenus malgré le régime d’apartheid qui leur est imposé depuis des décennies… Cette déclaration capitule également à propos du droit des Palestiniens réfugiés à retourner dans leurs foyers.

Aucune institution ni dirigeant palestinien n’a jamais accepté une revendication juive d’exclusivité sur la Palestine, ce qui est en contradiction avec les droits internationalement reconnus du peuple palestinien. Nos droits nous appartiennent en tant que peuple, et vous n’avez aucun droit d’en faire l’usage que vous voulez.

Nous, en tant que Palestiniens, avons urgemment besoin d’une direction légalement et démocratiquement élue, qui soit responsable, efficiente et se soit engagée à la réalisation de nos droits nationaux et de nos aspirations à vivre dans la liberté, la dignité et une paix juste dans notre patrie historique. Nous appelons tous les Palestiniens à réactiver immédiatement le processus démocratique pour lequel notre peuple a tant lutté, de sorte que nous puissions élire des dirigeants ayant une vision et une stratégie efficaces pour faire appliquer nos droits en tant que peuple.

Premier signataires :

– Saleh Abdel-Jawad, Assoc. Prof. of History, Birzeit University (Ramallah) ;
– Abdul-Rahim Al-Shaikh, poet and academic (Jerusalem) ;
– Naseer Aruri, Prof. Emeritus, University of Massachusetts (Dartmouth) ;
– Mourid Barghouti, poet and author (Ramallah/Cairo) ;
– Omar Barghouti, commentator and human rights activist (Jerusalem) ;
– Ramzy Baroud, author and editor of the Palestine Chronicle (Seattle) ;
– George Bisharat, Prof., UC Hastings College of the Law (San Francisco) ;
– Haidar Eid, academic and boycott, divestment and sanctions activist (Gaza) ;
– Samera Esmeir, Assist. Prof. of Rhetoric, Univ. of California, Berkeley (Haifa) ;
– Wael Hallaq, Prof., Columbia University (New York) ;
– Nadia Hijab, author and human rights advocate (Washington, DC) ;
– Jamil Hilal, sociologist and author (Ramallah) ;
– Islah Jad, Assist. Prof. of Gender & Development, Birzeit Univ. (Ramallah) ;
– Hatem Kanaaneh, medical doctor and author (Sakhnin) ;
– Ghada Karmi, author and Fellow, Exeter University (Exeter) ;
– Nur Masalha, Prof. of Religion and Politics, St. Mary’s Univ. College (London) ;
– Joseph Massad, Prof., Columbia University (New York) ; -Jean Said Makdisi, author (Beirut) ;
– Saree Makdisi, Prof., University of California at Los Angeles (Los Angeles) ;
– Zakaria Muhammad, novelist (Ramallah) ;
– Karma Nabulsi, Fellow in Politics, University of Oxford (Oxford) ;
– Eyad Sarraj, psychiatrist (Gaza)

(Par ordre alphabétique – les institutions sont nommées uniquement pour identification des signataires.)

Autres signataires :

– Mohammed Abu Abdu, Pal. Student Campaign for Academic Boycott of Israel (PSCABI) (Gaza) ;
– Bashir Abu-Manneh, Prof., Columbia University (New York) ;
– Mohsen Abu Ramadan, civil society activist and independent political commentator (Gaza) ;
– Salman Abu Sitta, Palestine Land Society (London) ;
– Abdefattah Abusrour, President of Palestinian Theatre League, Jerusalem – General Director of Alrowwad Cultural and Theatre Society, (Aida refugee camp, Bethlehem) ;
– Majeed Al-Barghouthi, poet and writer (Amman) ;
– Musa Al-Hindi, Coord. Comm. member, US Palestinian Community Network (USPCN) ;
– Hala Al-Yamani, Assist. Prof., Bethlehem University (Bethlehem) ;
– Lubna Arikat, community activist (San Diego) ;
– Huwaida Arraf, attorney and human rights activist, New York ;
– Khaled Barakat, writer and activist, Vancouver ;
– Nasser Barghouti, human rights activist (San Diego) ;
– Diana Buttu, lawyer (Ramallah) ;
– Yasmeen Daher, lecturer at Birzeit University and human rights activist (Jaffa) ;
– Seif Da’na, Prof. of Sociology, University of Wisconsin, Parkside (Parkside) ;
– Lamis J. Deek, attorney and human rights advocate (New York) ;
– Noura Erakat, human rights attorney (Washington, DC) ;
– Leila Farsakh, Assoc. Prof., University of Massachusetts (Boston) ;
– Jess Ghannam, Prof., University of California, San Francisco (San Francisco) ;
– Lubna Hammad, lawyer and human rights activist,
– Adalah-NY (New York) ;
– Rema Hammami, Assoc. Prof. of Anthropology, Birzeit University (Ramallah) ;
– Nizar Hasan, filmmaker (Nazareth) ;
– Zaha Hassan, civil rights attorney and human rights advocate (Oregon) ;
– Kamel Hawwash, Assoc. Prof. in Civil Engineering, University of Birmingham (Birmingham) ;
– Monadel Herzallah, US Palestinian Community Network (USPCN), San Francisco ;
– May Jayyusi, Exec. Director of Muwatin, Palestinian Institute for the Study of Democracy (Ramallah) ;
– Ray Jureidini, sociologist, Cairo ;
– Jamal Kanj, author, (Nahr el Bared refugee camp) ;
– Osamah Khalil, PhD Candidate, University of California, Berkeley (Berkeley) ;
– Suleiman Mansour, visual artist (Jerusalem) ;
– Dina Matar, academic, SOAS – University of London (London) ;
– Moammar Mashni, Co-Founder, Australians for Palestine (Melbourne) ;
– Mazen Masri, lawyer and human rights activist (Toronto) ;
– Fouad Moughrabi, Prof. and Head of Dept. of Political Science, Univ. of Tennessee (Chattanooga) ;
– Rana Nashashibi, activist, Coalition for Jerusalem (Jerusalem) ;
– Mary Nazzal-Batayneh, Barrister, Palestine Legal Aid Fund (London) ;
– Mahmoud Oriqat, Engineer (San Diego) ;
– Mazin Qumsiyeh, Prof. (Bethlehem) ;
– Ahmad Sadi, Academic (Galilee) ;
– Grace Said, activist (Washington, DC) ;
– Dalal Yassine, lawyer and human rights advocate (Beirut) ;
– Raja Zaatry, journalist (Haifa) ;
– Elia Zureik, Prof. Emeritus of Sociology, Queen’s University (Kingston, Ontario)

(Par ordre alphabétique – les institutions sont nommées uniquement pour identification des signataires.)

29 juillet 2010 – The Electronic Intifada (transmis par Omar Barghouti – BDS) – Vous pouvez consulter cet article à :
http://electronicintifada.net/v2/ar…
Traduction : Info-Palestine.net