La prochaine flottille est en route pour Gaza


4 août 2010

Rencontre de la coalition de la Flottille de la Liberté à Stockholm…

Communiqué de presse

Plus de deux mois se sont écoulés depuis le 31 mai 2010, date de l’assaut mortel d’Israël contre la Flottille de la Liberté. Rien n’a été mis en place pour rendre Israël responsable de cette attaque sauvage, tuant neuf de nos collègues. Rien n’a été mis en place pour mettre fin aux violations continuelles contre le peuple Palestinien et en particulier contre les 1,5 millions d’habitants de Gaza. Pour cela, nous continuons notre effort global et populaire pour faire front à l’intransigeance d’Israël en planifiant notre prochaine action. La coalition de la Flottille de la Liberté vient d’achever sa réunion à Stockholm, en Suède. Il a été question d’agrandir notre coalition pour inclure différents groupes du monde entier voulant nous rejoindre et d’intensifier nos efforts pour mettre en place une nouvelle flottille.

Le monde doit continuer à exiger qu’Israël coopère avec la commission d’enquête du Conseil des droits de l’Homme des Nations Unis, afin d’assurer l’indépendance, la rigueur, la crédibilité et la justice pour les victimes. Nous avons des préoccupations fondamentales avec le panel de l’ONU chargé par le Secrétaire général Ban Ki Moon, d’enquêter sur le raid d’Israël. Parmi ces préoccupations est la tentative apparente de dévaloriser l’enquête du Conseil qu’Israël devra accepter.

Le panel du Secrétaire général aura un mandat très limité pour uniquement évaluer les enquêtes nationales qui sont en train d’être menées par Israël et la Turquie, et ne seront donc guère conformes aux normes internationales d’objectivité et de rigueur. En outre, la nomination de l’ancien président colombien Alvaro Uribe comme vice-président du panel nuit encore plus à la légitimité de ce panel.

Non seulement le gouvernement d’Uribe a officiellement exprimé sa volonté de renforcer les relations militaires avec Israël en Colombie, mais le bilan des droits humains en Colombie sous le président Uribe doivent aussi constituer un sujet d’enquête. Les Nations Unies ne doivent être impliqués dans aucune tentative de blanchir les atrocités ou de contrecarrer l’action internationale légale au nom des victimes de la flottille.

L’assouplissement présumé d’Israël du blocus sur la bande de Gaza a été purement cosmétique, destiné uniquement à détourner la critique de ses politiques illégales. L’élargissement de la liste des articles autorisés dans la bande de Gaza ne répond pas aux préoccupations les plus fondamentales de la population là-bas – la liberté de circulation. Des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants se voient encore refuser le droit de voyager librement pour des soins médicaux, des opportunités d’éducation, ou même de se réunir avec les membres de la famille dans d’autres parties du territoire palestinien occupé.

L’autorisation du ketchup, du chocolat et de la cardamome dans la bande de Gaza n’aide pas les gens non plus à réparer leur économie dévastée. Ce qui est indispensable et ce que nous demandons est la levée immédiate et complète du blocus, ce qui signifie aussi une levée de l’interdiction de voyager ainsi que de l’interdiction des exportations de Gaza. Nous exigeons également qu’Israël libère sans conditions, nos navires capturés et nos biens volés.

Israël et nos gouvernements respectifs doivent savoir que nous représentons un mouvement croissant de civils internationaux et nous ne comptons pas rester les bras croisés alors qu’Israël continue d’agir en toute impunité – meurtres, mutilations, emprisonnements, vols et agressions des bases mêmes de notre humanité commune. Israël a non seulement créé délibérément une crise humanitaire à Gaza, mais il a aussi créé une crise des droits de l’homme et c’est la dignité de l’homme dans toute la Palestine que le monde doit aborder aujourd’hui.

C’est pourquoi notre flottille avait pour objectif, non seulement de fournir des biens essentiels à la bande de Gaza, mais aussi de contester les politiques mêmes qui ont laissé les Palestiniens dans le besoin de l’aide humanitaire. C’est pourquoi nous allons continuer d’envoyer des bateaux à Gaza.

Un lord britannique exige des sanctions européennes contre Israël



07/08/2010 Un membre de la Chambre des Lords a suggéré d’interdire l’entrée sans visa aux citoyens israéliens dans les pays de l’Union européenne, et de prohiber la vente de produits et marchandises israéliens dans leurs marchés, si Israël persiste à violer le Droit international.

Selon le magazine « Jewish Chronicle », c’est Lord Hylton ( 78 ans) connu pour son long registre de critiques contre l’entité sioniste qui a présenté ce projet de loi à l’agenda des travaux de la Chambre des Lords, lui demandant de présenter la demande à l’Union européenne.

Durant le mois de juin passé, il s’était attelé durant les séances du Conseil à poser une quinzaine de questions sur Israël et les Palestiniens, sur les réfugiés et les prisonniers palestiniens et sur l’incident de la flottille de la liberté au cours duquel l’armée israélienne a tué neuf pacifistes turcs.

Selon le magazine, Lord Hylton qui occupe le poste de directeur du Forum économique du Moyen Orient, effectue des visites régulières dans la région, comprenant entre autre Israël, la Turquie, l’Irak et le Qatar.

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Israël, un fardeau pour l’Amérique


Processus de Paix . A l’heure où Washington fait pression pour une solution, de nombreux cercles influents aux Etats-Unis relèvent que les intérêts américains sont en contradiction avec ceux d’Israël.

La campagne bat son plein pour un retour à des négociations directes entre Palestiniens et Israéliens, une manière d’avancer un peu dans le règlement d’une question qui perdure et qui ne semble guère voir de résolution. S’il y a des pressions, elles viennent de l’Occident, les Etats-Unis en l’occurrence, qui multiplie les initiatives de manière intense ces derniers mois. Et s’il est toujours bien établi que Washington est le principal soutien de l’Etat hébreu contre qui que ce soit, certains indices montrent que les choses commencent à changer. Et même une question majeure s’est posée : Israël est-il un atout stratégique ou un handicap pour les Etats-Unis ? C’est tout récemment, c’est-à-dire le 20 juillet dernier, que des cercles américains importants se sont interrogés sur cet aspect des choses.

Le centre Nixon organisait un déjeuner/débat sur ce thème, au cours duquel Chas Freeman Jr., ambassadeur des Etats-Unis pour l’administration H. W. Bush en Arabie saoudite de 1989 à 1992, a prononcé un discours où il a fait le point sur les différents aspects stratégiques et même économiques où Israël constitue un fardeau pour l’Amérique. « Le gouvernement américain ne ménage pas sa peine pour protéger Israël des conséquences politiques et juridiques internationales de sa politique et de ses actes dans les territoires occupés et contre ses voisins, ou — comme on l’a vu récemment — en haute mer. Les quelque 40 veto que les Etats-Unis ont opposés, afin de protéger Israël au Conseil de sécurité des Nations-Unies, ne sont que la partie visible de l’iceberg. Nous avons bloqué un nombre autrement plus important de réactions potentiellement dommageables pour Israël venant de la communauté internationale, suite à la conduite israélienne. Le coût politique pour les Etats-Unis, internationalement, pour avoir gaspillé de cette manière tant de notre capital politique, est exorbitant », mentionne-t-il.

Cet état des lieux est bien alarmant, et si les Etats-Unis ont des intérêts réels dans la région, Israël les compromet de manière grave. Si l’opinion arabe est dressée contre les Etats-Unis, c’est justement pour cet appui aveugle pour Israël qui a occupé les terres palestiniennes et rejette toutes les tentatives de paix. La guerre meurtrière contre Gaza est l’exemple le plus récent. Et avant, les choses étaient aussi graves et les Américains n’ont jamais hésité de soutenir Israël même contre toute l’opinion mondiale. D’ailleurs, de nombreux analystes relèvent que des actes terroristes, comme ceux d’Al-Qaëda, ont été expliqués par ce parti pris pour Israël. Sans vouloir trouver de justification à de tels actes, il est certain que la politique pro-israélienne de l’Amérique a encouragé la naissance de tels mouvements.

De plus, comme l’affirme Freeman, qui est un connaisseur de la région et qui a même opéré sous George W. Bush, celui qui a le plus porté tort à l’image de l’Amérique, relève d’autres aspects aussi concrets et surprenants : « Là où Israël n’a pas de relations diplomatiques, les diplomates américains prennent régulièrement sa défense. Comme je le sais par expérience personnelle (j’ai été remercié par le gouvernement israélien d’alors pour mes efforts couronnés de succès déployés pour son compte en Afrique), le gouvernement américain a été le promoteur constant, et souvent le financier, des différentes formes de programmes de coopération israéliens avec les autres pays ».

Même sur le plan économique, les chiffres ne manquent pas de prouver cette théorie où Israël est un vrai fardeau et qu’il reçoit beaucoup d’aides alors qu’il n’en a pas besoin. Freeman cite arguments et exemples : « Les contribuables des Etats-Unis financent entre 20 et 25 % du budget Défense d’Israël (selon la méthode de calcul). 26 % des 3 milliards d’aides militaires que nous garantissons à l’Etat juif chaque année sont dépensés en produits de défense par Israël. Exclusivement, les entreprises israéliennes sont traitées comme des entreprises états-uniennes pour l’accès aux marchés publics de défense des Etats-Unis ».

Et de relever : Les subventions visibles accordées par le gouvernement US à Israël montent à plus de 140 milliards de dollars depuis 1949. Une telle somme fait qu’Israël est de loin le premier bénéficiaire des largesses américaines depuis la Deuxième Guerre mondiale. (…) Le revenu par habitant en Israël est aujourd’hui d’environ 37 000 dollars — à égalité avec le Royaume-Uni —, et Israël n’en est pas moins le plus grand bénéficiaire de l’aide étrangère US, laquelle rentre pour plus d’un cinquième dans ce revenu.

Sans aucun doute, les torts portés par Israël à l’Amérique deviennent objet de débat. Selon Foreign Policy, une partie des cadres américains estiment que les rebuffades enregistrées par l’administration américaine sur le dossier israélo-palestinien du fait de la détermination israélienne, portent atteinte désormais à sa crédibilité. Et des spécialistes, tel Stephan Walt, affirment que « les intérêts d’Israël et des Etats-Unis ne sont pas nécessairement convergents, ils peuvent même être au contraire antagonistes » =.

Ahmed Loutfi
Chaïmaa Abdel-Hamid

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Comme les Allemands, nous ne voulons pas savoir


par Shulamit Aloni
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Entretien avec Shulamit Aloni
(mai 2004, mais toujours d’actualité)

Shulamit Aloni, à quoi voulez-vous en venir en disant que vous comprenez les Allemands ?

Dans ce pays, on rencontre aujourd’hui des gens qui disent : « je ne veux pas savoir, je ne lis pas les journaux. » Si les gens ne sont pas prêts à lire Gidéon Lévy et Amira Hass [reporters du Ha’Aretz dans les territoires occupés], c’est simplement parce qu’ils ne veulent pas savoir ce qui se passe.

Ils ne disent pas que les articles écrits par ces deux journalistes ne sont pas corrects, mais simplement qu’ils ne veulent pas savoir. Nous n’avons pas accepté que les Allemands disent « nous ne savions pas » et cela nous a, à juste titre, rendu furieux. Ils ne voulaient tout simplement pas savoir. Ils étaient derrière le Führer et ils admiraient leur armée.

Chez nous aussi, les gens ne savent pas et ne veulent pas savoir. Ce qu’ils savent, c’est qu’ils doivent se montrer patriotes. Et quoi de plus patriotique qu’une guerre ? Et on hisse le drapeau dans les écoles. Et on apprend l’hymne national. Il y a même cette imbécile [Limor Livnat, ministre de l’Education] qui a proposé d’inscrire sur les murs des classes : « Elohim yaazor lanou » [« Dieu nous viendra en aide »]. Ne sait-elle pas que, sur le ceinturon des soldats nazis, il était inscrit : « Dieu est avec nous » ? Il règne ici une hystérie de patriotisme et les gens ne disent plus rien.

Vous ne choisissez pas la simplicité en faisant une telle comparaison …

Notre société est rongée par l’insensibilisation et par l’exaltation de la force. Je suis effrayée par notre effondrement moral. Je suis effrayée par notre arrogance et par la facilité avec laquelle nous tuons et assassinons des Palestiniens. Je suis effrayée de ce que l’on a pu arracher 4 000 oliviers dans les Territoires sans que cela provoque de remous. Je ne peux trouver le repos quand je vois la muraille que nous sommes en train d’ériger. Nous volons la terre à des gens qui vivent en ce lieu précis depuis des siècles.

Lorsque les camarades d’Arik Sharon ont vu leurs terres expropriées, ils ont reçu des indemnités énormes. Nous sommes en train de détruire des serres, des plantations et des infrastructures vitales pour trois millions de personnes, et nous nous persuadons que c’est nous la victime.

Quand nos tireurs d’élite tuent des gens, je ne peux vivre avec ça. Je ne peux admettre que nous ne cessions de ressasser que nous sommes la victime et que nous ne fassions pas notre examen de conscience.

Il faut comprendre que nos bombardements aériens ne sont pas moins sanglants que leurs attentats. Pendant que nous pleurons nos 900 morts, nous ne nous souvenons pas que nous avons tué 3 000 civils palestiniens.
Nous sommes violents, nous nous mentons à nous-mêmes, notre exaltation de la force nous ronge. Et nous nous disons une démocratie. Il ne peut y avoir de démocratie quand on domine trois millions de gens qui n’ont pas de voix.

Nous n’essayons même pas de comprendre que ce que les Palestiniens veulent, c’est la souveraineté et les droits de l’Homme.

D’où vient cette insensibilisation dont vous parlez ?

Notre insensibilité morale absolue découle de notre domination. Quand le général [Amos] Yadlin, qui dirige le Collège de la Sécurité Nationale, écrit un article dans lequel il juge moral de tuer des femmes et des enfants lors de nos liquidations ciblées, et quand quelqu’un comme le professeur Assa Kasher [philosophe à l’Université de Tel-Aviv] soutient cette position, il y a un problème.

On retient des Arabes israéliens à l’aéroport international et on casse leurs bagages ; il est de plus en plus courant de retarder des militants de gauche pour les forcer à se taire. Pourquoi ? Que nous arrive-t-il ? Mais les gens se taisent pour ne pas avoir d’ennuis. Il y a ici des phénomènes dont il y a lieu de s’inquiéter. Pourquoi n’a-t-on pas ouvert d’enquête après la mort par écrasement de la manifestante américaine Rachel Corey ? Pourquoi le gouvernement n’empêche-t-il pas cela ? Pourquoi n’enquête-t-on pas sur les soldats qui abattent des journalistes ? Pourquoi couvre-t-on ceux qui ont la gâchette facile ?

L’armée utilise des tireurs d’élite qui s’exercent en tirant sur des Arabes. L’effondrement moral de notre société est la conséquence directe de ce qui se passe dans les Territoires. Nous sommes responsables du sang juif versé.

Qu’est-ce que cela signifie ?

Dans Yediot Aharonot, Nahum Barnéa a un jour écrit que Sharon lui avait dit : « le sang juif est le ciment le plus efficace pour maintenir le consensus national. Quand le terrorisme diminue, les interrogations apparaissent, les critiques se font entendre et l’amertume grandit. Lorsque la terreur ne s’exerce pas, notre société se relâche et perd son panache. » Je vous le demande, n’était-il pas évident que nos opérations brutales dans la Bande de Gaza ne pouvaient entraîner que des représailles ?

Tout le monde savait qu’il y aurait une réaction. Alors qui est responsable du sang juif ? Nous-mêmes. Nous mobilisons toute la force dont nous disposons. Ils font régner la terreur et nous la leur rendons au centuple. Notre stratégie est une stratégie de la force, pas de la détente.

Si nous avions joué la carte de l’apaisement, nous n’aurions pas fait de sale coup à Abou Mazen lorsqu’il a été nommé Premier ministre [de l’Autorité palestinienne]. Aujourd’hui, tout le monde dit que l’armée et le gouvernement israéliens ont fait échec à Abou Mazen et que ça a été une erreur.

Mais il y a chez nous un véritable culte de l’armée, comme si l’armée était une valeur en soi, la clé de notre union et de notre existence. Dans ce pays, ce n’est pas l’Etat qui a son armée, mais l’armée qui a son Etat.

Que voulez-vous dire ?

On vient d’acheter des avions extrêmement sophistiqués pour plusieurs milliards. Qui en avait besoin ? Cet argent, on aurait pu le consacrer à la santé et aux pauvres. Nous avons la paix avec l’Egypte et avec la Jordanie. La Syrie veut la paix et est hors jeu. L’Irak n’est pas une menace et l’Iran est le problème de la communauté internationale.

Mais Shaul Mofaz gesticule et menace les Iraniens, en persan, de bombarder leur réacteur atomique [le ministre de la Défense israélien est d’origine iranienne]. Qu’est-ce qui lui prend ? Depuis 37 ans, la paranoïa juive fait l’objet d’un lavage de cerveau. On nous dit qu’on veut nous exterminer. Qui ça, « on » ?

Nous sommes en paix avec l’Egypte et avec la Jordanie, et ces deux pays ne nous menacent plus. Et les Palestiniens, ils vont peut-être nous jeter à la mer ? La guerre actuelle n’est pas une guerre de survie mais une guerre coloniale.

Quand vous dites que tout le monde se tait, vous englobez la gauche israélienne ?

Oui. Il n’était pas juste que des membres de la gauche prennent position contre les objecteurs de conscience. Dans un Etat moralement perverti et dans un pays où l’on fait accoucher les femmes sur le bord de la route, on devrait être fier de nos objecteurs plutôt que des les attaquer. Mais on préfère rester sage et montrer son patriotisme.

Je me considère comme une patriote et c’est être patriote que protester contre la dépravation morale qui s’empare de nous. On me dit qu’il faut être populaire et populiste, qu’il faut coller à la masse. Dans le monde entier, on réprouve le nationalisme. Chez nous, on en fait un étendard. Tous les partis politiques sont fautifs. Il y a un tel attrait pour le pouvoir qu’à gauche, on croit que le pouvoir sera reconquis en épousant l’esprit de la droite.

L’élection de Yossi Beilin à la tête du Yahad, et donc de la gauche, changera-t-elle quelque chose ?

Je ne vois rien pour l’instant. Je suis hors du coup et je n’ai pas de conseils à donner, parce que je n’ai plus de responsabilités politiques. Je soutiens Yossi parce qu’il est déterminé dans son combat pour la paix. Je ne crois pas que nous pourrons restaurer la société israélienne selon les valeurs de la liberté, de la justice et de la paix sans faire d’abord la paix.

Croyez-vous que la gauche soit sur la bonne voie ?

Je ne suis pas croyante. Je ne crois plus. J’espère seulement qu’il y aura une dynamique. Mais cette dynamique n’existera que si Ran Cohen [chef de file de l’aile sociale du Meretz], Beilin et Jammous [« Buffle », surnom arabe du député Haïm Oron] et toute la bande commencent d’abord par se bouger. Ces derniers temps, les seules voix que l’on a entendues au Meretz étaient celles de Zahava Galon et Roman Bronfman [dissident démocrate du parti populiste russophone de Nathan Sharanski]. Et leurs voix semblaient bien isolées.

Il faut se bouger, reprendre langue avec toutes les organisations de lutte pour la paix, attaquer directement le gouvernement, s’exprimer dans la rue et oser rompre avec le politically correct. Il faut dire la vérité : notre combat contre les Palestiniens est un combat colonial et nous commettons des choses horribles. Il faut reconnaître que nous aussi nous avons fait exploser les Britanniques à l’époque où ils occupaient le pays. Il faut montrer que l’on prend l’argent des pauvres pour l’investir dans les Territoires.

Il faut emmener dans les Territoires les gens de Dimona et Yeroham [villes de développement touchées de plein fouet par la crise économique et la cure ultra-libérale imposée par Binyamin Netanyahou] et leur montrer que c’est avec leur argent que l’on construit ces belles maisons aux toits verts [des colons], ces routes splendides et cette clôture monstrueuse.
Qu’ils voient la réalité et qu’ils ne puissent plus dire après cela qu’ils ne savaient pas.

Qu’on montre tout cela à ces gens qui ne perçoivent plus de salaires depuis des mois et ils cesseront de voter Likoud.

Vous voyez-vous revenir à la vie politique ?

Je ne me vois pas revenir. Je fais entendre ma voix, je m’agite et j’écris des articles. Mais je ne reviendrai pas. Je ne suis pas nostalgique. Le fait que Sharon et Pérès, à leur âge, soient encore là est décourageant. Il est temps de laisser la place à une nouvelle génération se développer. Mais voyez ce qu’on a fait à Mitzna…

De Barak et Netanyahou, lequel est un dirigeant convenable ?

Ehoud Barak a été une véritable catastrophe et j’espère qu’on ne le laissera pas remettre les pieds en politique. S’il est tombé, c’est à cause de ses combines. Barak n’a pas compris l’état d’esprit du peuple. Quand on lui criait « Rak bli Shas ! » [« Tout sauf le Shas », parti ultra-orthodoxe sépharade et oriental alors dirigé par le très populaire et populiste Arieh Deri], il n’entendait pas.

Résultat, nous avons maintenant le Shinouï [parti laïque de droite, populiste, xénophobe et anti-oriental]. Il a amené catastrophe sur catastrophe. Il n’a pas appliqué les accords [israélo-palestiniens] que le gouvernement israélien s’était engagé à appliquer.

Il est allé jusqu’à se moquer d’un Netanyahou qui avait donné Hébron [aux Palestiniens] et s’est même vanté de n’avoir, lui, rien donné.

Je n’accepte pas sa politique économique mais, au moins, Netanyahou est conséquent. Barak ne faisait que parler.

Propos recueillis par Attila Somfalvi ( [email]attila-s@y-i.co.il[/email] ) Traduit de l’hébreu par Pascal FENAUX ( [email]pfenaux_courrierinternational@yahoo.fr[/email] )

Née en 1928 à Tel-Aviv, Shulamit Aloni est avocate et publiciste de formation. Membre du Palmah [milice nationaliste de gauche] durant la guerre de 1948, elle fonde dans les années 60 le Ratz – « Mouvement israélien des Droits civiques » – et siège un temps comme députée travailliste à la Knesset. En 1973, elle transforme le Ratz en parti politique et quitte le Maarakh – « Cartel » composé de l’Avoda travailliste, du Mapam sioniste socialiste et de ligues villageoises arabes.

En 1988, un deuxième gouvernement d’union nationale composé du Likoud et du Maarakh organise la répression du soulèvement palestinien dans les territoires occupés, ce qui provoque l’explosion du Maarakh suite au départ du Mapam et des ligues arabes.

En 1990, le Ratz s’allie au Mapam et aux libéraux indépendants du Shinouï – « Mouvement pour le Changement » – pour former le Meretz – « Parti démocratique d’Israël ». Lorsque le Parti travailliste de Yitzhak Rabin et Shimon Pérès revient au pouvoir au printemps 1992, le Meretz rallie la coalition gouvernementale et Shulamit Aloni obtient les portefeuilles de la Culture, des Communications et de l’Education.

Minée par des conflits récurrents avec Yossi Sarid, autre figure de proue du Meretz, elle démissionne de toutes ses fonctions juste avant la victoire des droites nationalistes et religieuses de Binyamin Netanyahou au printemps 1996.

En accueillant en son sein les dissidents travaillistes du Shahar – « Paix, Education et Progrès » – emmenés par Yossi Beilin, le Meretz s’est transformé en Yahad – « Ensemble » ou « Israël social-démocrate ».

Lors des élections de la présidence du Yahad, Ran Cohen, activiste social et oriental, affrontait Yossi Beilin, négociateur des accords israélo-palestiniens d’Oslo (1993) et du pacte de Genève (2003). Aloni a alors choisi de soutenir publiquement Beilin. Depuis qu’elle a retrouvé sa liberté de parole, ses interventions publiques suscitent polémique sur polémique.

Propos recueillis par Attila Somfalvi ( attila-s@y-i.co.il )

Traduit de l’hébreu par Pascal FENAUX pfenaux_courrierinternational@yahoo.fr
Reference : http://www.enfantsdepalestine.org/ar,99

Nous sommes les seuls à avoir le droit …


Gideon Levy

Après l’affrontement de mardi dernier à la frontière, Israël continuera à faire fi de la FINUL et de l’armée libanaise.

Ces salauds de Libanais ont changé les règles. C’est scandaleux. Il paraît qu’ils ont un commandant de brigade qui est résolu à protéger la souveraineté de son pays. Un scandale.

Un engin israélien élague à la frontière libano-israélienne

L’explication c’est qu’il « endoctrine ses troupes », chose que nous sommes les seuls autorisés à faire bien sûr et que « l’état d’esprit du commandant » montre qu’il est « proche du Hezbollah ». Le culot !

Et maintenant que nous avons récité jusqu’à plus soif les explications de la propagande des forces israélienne de défense (FID) sur ce qui s’est passé mardi à la frontière septentrionale, il est temps d’examiner les faits.

Mardi matin, Israël a demandé à la « coordination » avec la FINUL de pouvoir réaliser une nouvelle opération de« déblayage» à la clôture de la frontière. La FINUL a demandé aux FID de reporter l’opération parce que son commandant était à l’étranger. Les FID n’en avaient cure. Ce n’est quand même pas la FINUL qui nous arrêtera.

À midi , les élagueurs se sont mis au travail. Les soldats libanais et ceux de la FINUL leur ont crié d’arrêter. Au Liban, ils disent que leurs soldats ont également tiré des coups de semonce en l’air. S’ils l’ont fait, ce n’est pas ce qui a arrêté les FID.

Les branches de l’arbre ont été coupées et du sang a été versé des deux côtés de la frontière. Épanché en vain.

Il faut dire qu’Israël prétend que la superficie de l’autre côté de la clôture est sur son territoire, ce que la FINUL a officiellement confirmé hier. Mais une clôture est une clôture : à Gaza il suffit de s’approcher de la clôture pour que nous descendions le contrevenant. En Cisjordanie, l’itinéraire de la clôture n’a rien à voir avec la Ligne verte ; pourtant les Palestiniens n’ont pas le droit de la traverser.

Au Liban, nous avons édicté des règles différentes : la clôture n’est qu’une clôture ; nous avons le droit de la traverser et de faire ce que nous voulons de l’autre côté, parfois sur le territoire souverain du Liban. Nos avions ont le droit de voler couramment dans l’espace aérien du Liban et parfois nous envahissons aussi son territoire.

Cette région a été occupée par Israël pendant 18 ans sans que nous le reconnaissions jamais. Cette occupation n’était pas moins brutale que celle des territoires, mais elle a également été blanchie. « Zone de sécurité » est ce que nous l’appelions. De sorte que maintenant aussi, nous pouvons faire ce que nous voulons.

Mais voila que brusquement, il y a eu un changement. Qu’est-ce que nos analystes ont dit ? Récemment il y a eu des « tirs anormaux » contre des avions israéliens. Après tout, il faut maintenir l’ordre. Nous avons le droit de voler dans l’espace aérien libanais, mais eux n’ont pas le droit de tirer.

Toutefois, l’incident de mardi doit être placé dans un contexte plus large : il a été exagéré hors de proportion ici comme si c’était un casus belli , et la guerre n’aurait été évitée que grâce à la fameuse « retenue » israélienne. Depuis des mois maintenant, on entend des roulements de tambour de guerre. Ra ra ra, danger. Des Scuds envoyés par la Syrie, la guerre dans le nord.

Personne ne demande pourquoi ni pour quelle raison ; c’est simplement que c’est l’été ici et avec lui les habituelles menaces de guerre. Mais c’est à Israël qu’un rapport des Nations unies publié cette semaine impute la responsabilité de la tension.

Dans cette atmosphère surchauffée, les FID devraient faire attention quand elles allument leurs allumettes. La FINUL demande de retarder une opération ? La région est explosive ? Eh bien, le travail aurait dû être reporté. Il se peut que l’armée libanaise soit décidée davantage maintenant à protéger la souveraineté de son pays – ce qui est non seulement son droit, mais son devoir – et un commandant libanais qui voit les FID opérer de l’autre côté de la clôture peut donner l’ordre de tirer, même de façon non justifiée.

Qui mieux que les FID savent ce que c’est que d’ouvrir le feu pour n’importe quelle violation réelle ou imaginée ? Demandez donc aux soldats à la barrière de séparation ou à ceux qui gardent Gaza. Néanmoins, Israël a rejeté avec arrogance la demande de reporter son opération faite par la FINUL .

C’est avec la même arrogance qu’il exige que les USA et la France cessent de fournir des armes à l’armée libanaise. Seule notre armée est autorisée à se constituer un stock d’armes. Pendant des années, Israël a exigé que l’armée libanaise prenne la responsabilité de ce qui se passe dans le sud du Liban et maintenant qu’elle le fait, nous changeons de ton. Pourquoi ? Parce qu’elle a arrêté de se comporter comme un sous-traitant israélien et qu’elle commence à agir comme l’armée d’un État souverain.

Et bien entendu cela est interdit. Une fois que les armes se sont tues, une clameur s’élève à nouveau pour que l’on frappe un autre « coup fort » contre le Liban pour « le dissuader »- infliger sans doute des destructions supplémentaires du type infligé dans le quartier Dahiya de Beyrouth.

Trois Libanais tués, dont un journaliste, cela ne suffit pas pour faire contrepoids à la mort de notre commandant de bataillon. Nous en voulons davantage. Le Liban doit apprendre une leçon et c’est à nous de la lui donner.

Et nous ? Nous n’avons pas de leçons à apprendre. Nous continuerons à ignorer la FINUL , à ignorer l’armée libanaise et son nouveau commandant de brigade qui a eu le toupet de penser que son boulot est de protéger la souveraineté de son pays.

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